samedi 12 novembre 2022

Messe de Requiem du 11 novembre 2022

 



Nous sommes rassemblés en ce jour dans la prière pour faire mémoire de toutes les victimes civiles et militaires des guerres. Nous offrons le sacrifice du Christ pour le repos de leur âme, le sacrifice de celui qui a proclamé heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu. Cette commémoration de l’armistice est pour nous l’occasion de réfléchir à la guerre et à la paix. Ce thème est important dans la doctrine sociale de l’Eglise puisqu’elle y consacre un chapitre entier de son Compendium, chapitre intitulé La promotion de la paix.

Tout d’abord la guerre est toujours un péché grave car elle implique une désobéissance préméditée et planifiée au commandement de Dieu : Tu ne tueras pas. Dans le sillage de la guerre on trouve souvent la famine, le vol, le viol et des destructions de villes et d’infrastructures qui sont, on l’oublie trop souvent, des catastrophes du point de vue écologique. Si la reconstruction qui suit les guerres est « bonne » pour l’économie, elle est en premier lieu un énorme gaspillage écologique. Sans parler des résidus polluants d’armes et de munitions répandus dans l’environnement… Sans parler de la perversion absolue que constitue la guerre chimique et biologique qui consiste à polluer volontairement l’environnement et à répandre des virus dans le camp des ennemis. L’un des premiers exemples de guerre biologique remonte en 1763 : Jeffrey Amherst, commandant en chef des troupes britanniques, et Henri Bouquet[1] eurent recours à la transmission volontaire de la variole à l’aide de couvertures distribuées aux Amérindiens. Plus récemment entre 1961 et 1971, dans le contexte de la guerre du Vietnam, 80 millions de litres de produits chimiques ont été déversés par l'armée des États-Unis dont 61 % d'agent orange.

Si la guerre est toujours un péché, il est important d’en connaître les causes. La cause principale des guerres est précisément le péché qui habite le cœur de l’homme et le pousse à faire le mal en désobéissant aux commandements de Dieu. Ce péché se repère dans des attitudes et des idéologies opposées au message de l’Evangile. Tout d’abord l’orgueil du cœur humain, péché capital par excellence. On fait la guerre à des frères humains parce que l’on se croit supérieurs à eux, meilleurs ou encore plus civilisés. Ce fut le cas, par exemple, des espagnols et des américains par rapport aux populations indiennes qui furent réduites en esclavage puis exterminées. On fait aussi la guerre parce que l’on se croit investi d’une mission supérieure à l’égard des autres peuples : c’est l’impérialisme. On envahit et on exploite sous le prétexte de civiliser ou d’apporter la démocratie. Mais bien souvent les guerres s’enracinent dans le péché de cupidité, c’est-à-dire dans la volonté de s’approprier par la force les ressources et les richesses d’autres nations. Dans ce cas la guerre est un vol à grande échelle. Comme l’affirme Saint Jacques dans sa lettre :

D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre.

Paul Valéry affirmait avec clairvoyance : La guerre, c'est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent, mais ne se massacrent pas. En effet ceux qui déclarent les guerres, les gouvernants, portent une très lourde responsabilité devant Dieu. Il est tellement facile de faire faire la guerre aux autres alors que l’on demeure en sécurité ainsi que sa famille. L’histoire du 20ème siècle et de ses nombreuses guerres nous montre que si les gouvernants ont pu entraîner leur peuple dans des guerres, c’était à cause de la complicité active de la plupart des journalistes qui relayaient la propagande en faveur de la guerre et grâce au silence ou à l’approbation des intellectuels de leurs nations… Les exceptions furent rarissimes : un Romain Rolland en France, un Hermann Hesse en Allemagne. La propagande en faveur de la guerre repose toujours sur le même principe : nous sommes le camp du bien et en face se trouve le camp du mal. Ce qui ne correspond pas, la plupart du temps, à la réalité car la réalité est toujours bien plus complexe que ce type de raisonnement simpliste.

Dans sa lettre encyclique Tous frères de 2020, le pape François aborde la question de la guerre et de la paix. Je lui laisse la parole en guise de conclusion à cette réflexion :

On fait facilement le choix de la guerre sous couvert de toutes sortes de raisons, supposées humanitaires, défensives, ou préventives, même en recourant à la manipulation de l’information. De fait, ces dernières décennies, toutes les guerres ont été prétendument “justifiées”… On veut ainsi justifier indument même des attaques ‘‘préventives’’ ou des actions guerrières qui difficilement n’entraînent pas « des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer ». Le problème, c’est que depuis le développement des armes nucléaires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilités énormes et croissantes qu’offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontrôlé qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes… Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. (n°258)

Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal. N’en restons pas aux discussions théoriques, touchons les blessures, palpons la chair des personnes affectées. Retournons contempler les nombreux civils massacrés, considérés comme des “dommages collatéraux”. Interrogeons les victimes. Prêtons attention aux réfugiés, à ceux qui souffrent des radiations atomiques ou des attaques chimiques, aux femmes qui ont perdu leurs enfants, à ces enfants mutilés ou privés de leur jeunesse. Prêtons attention à la vérité de ces victimes de la violence, regardons la réalité avec leurs yeux et écoutons leurs récits le cœur ouvert. Nous pourrons ainsi reconnaître l’abîme de mal qui se trouve au cœur de la guerre, et nous ne serons pas perturbés d’être traités de naïfs pour avoir fait le choix de la paix. (n°261)

 



[1] Un mercenaire suisse, entré au service de l’armée britannique en 1756 avec le grade de lieutenant-colonel. 


dimanche 6 novembre 2022

32ème dimanche du temps ordinaire / année C

 

6/11/2022

Luc 20, 27-38

L’Evangile de ce dimanche nous fait entendre l’une de ces nombreuses discussions par lesquelles les pharisiens, les docteurs de la Loi ou les sadducéens voulaient tendre un piège à Jésus et le mettre à l’épreuve. Nous sommes à Jérusalem dans les derniers jours de la vie de Jésus et les autorités du Temple cherchent à mettre la main sur lui. L’objet de la discussion porte sur la vie après la mort et sur la résurrection. Pour prouver la stupidité de la foi en la résurrection les sadducéens inventent une histoire invraisemblable à partir d’une loi de la Torah, un cas d’école comme certains théologiens en raffolent. La réponse que leur donne Jésus en saint Luc est en partie différente de celle que nous trouvons chez Matthieu et Marc : Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.

Cette réponse met en avant l’une des significations du mariage et de la procréation : l’homme et la femme dans leur désir d’immortalité font des enfants, enfants qu’ils perçoivent comme le prolongement de leur personnalité et de leur vie bornée par la mort. Inconsciemment en faisant des enfants le couple recherche une certaine forme de résurrection. Jésus précise aussi la signification du célibat : il est un témoignage de la foi en la vie éternelle. Enfin nous comprenons que le mariage est une réalité terrestre et que dans le Royaume de Dieu il perd son utilité et sa raison d’être car nous serons semblables aux anges, créatures spirituelles qui n’ont pas de sexe et ne se reproduisent pas.

Regardons maintenant la réponse de Jésus en saint Matthieu et en saint Marc : Vous vous égarez, en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu. À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans le ciel.

N’êtes-vous pas en train de vous égarer, en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu ? Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans les cieux.

Les deux autres évangélistes soulignent l’erreur des sadducéens parce qu’ils méconnaissent les Ecritures et la puissance de Dieu. Notre foi en la résurrection s’appuie en effet sur l’affirmation de la puissance de Dieu. Si Dieu a donné la vie, s’il est le créateur de tout ce qui est, alors pourquoi n’aurait-il pas la puissance de redonner la vie par la résurrection ? Refuser l’espérance de la résurrection, c’est donc manquer de foi en Dieu. Ce qui peut nous interroger dans la réponse de Jésus c’est sa mention des anges, créatures spirituelles qui n’ont pas de corps. Pour prouver la résurrection qui nous est promise à nous les humains, résurrection de la chair, Jésus nous dit que nous serons semblables aux anges dans les cieux qui n’ont pas de corps ! Est-ce pour Jésus une manière de nous faire comprendre que notre corps de ressuscité sera bien différent de celui que nous sommes sur cette terre ? Car nous sommes bien corps et âme dans l’unité de notre personne. Peut-être Jésus à travers la référence aux anges veut-il nous faire comprendre ce que saint Paul plus tard tentera de faire comprendre aux Corinthiens ? Il y a des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est l’éclat des célestes, autre celui des terrestres… ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel.

dimanche 23 octobre 2022

30ème dimanche du temps ordinaire / année C

 

23/10/2022

Luc 18, 9-14

Saint Luc en ce dimanche nous présente un enseignement de Jésus en parabole, il nous peint un petit tableau très vivant en donnant l’intention de cet enseignement : À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres… La scène prend place dans le Temple et nous montre deux hommes en prière. Leur attitude physique et mentale est présentée en contraste. L’un debout, l’autre à distance et se frappant la poitrine. La prière du pharisien est une prière d’action de grâce et elle commence très bien : Mon Dieu, je te rends grâce… Malheureusement ce croyant ne remercie pas Dieu pour ses dons ou pour sa bonté mais parce qu’il s’estime supérieur aux autres, meilleur qu’eux : parce que je ne suis pas comme les autres hommes. Lui est saint, les autres sont pécheurs. Il se vante aussi devant Dieu de ses œuvres : Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. Oubliant la mise en garde de Jésus dans le sermon sur la montagne : Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. La prière de cet homme témoigne du sentiment de supériorité qui l’habite et de l’orgueil qui a pris possession de son cœur. Il n’est pas rendu juste par l’amour de Dieu mais il conquiert sa justice par ce qu’il fait de bon. Et c’est bien cet orgueil qui l’amène pernicieusement à mépriser ceux qu’il nomme les autres hommes… oubliant par-là la fraternité dans laquelle Dieu nous place en nous créant et en nous sauvant dans le Christ. Sa prière a donc l’effet inverse d’une prière authentique : au lieu de créer de la communion, elle sépare cet homme et de Dieu et de ses frères. A l’opposé de l’orgueil du pharisien Jésus nous montre l’humilité du publicain : Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! La conclusion de l’enseignement est claire : Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé.

Jésus lui-même a choisi cette voie de l’abaissement pour se faire le frère de tous les hommes qui sont tous pécheurs, qui ont tous besoin du pardon et de la réconciliation. Et il l’a fait dès le commencement de son ministère en se soumettant au baptême de pénitence donné par Jean : Avec tout le peuple qui recevait le baptême, Jésus aussi se fit baptiser. D’un côté le pharisien se sépare des autres, de l’autre le Seigneur se tient au milieu d’eux.

En cette journée mondiale des missions, nous comprenons que l’évangélisation exige cette fraternité. Il est impossible d’être témoin du Christ en méprisant les autres ou en se croyant supérieur ou meilleur. Le catholique qui évangélise et témoigne de sa foi ne considère pas les incroyants ou les fidèles des autres religions avec dédain et de haut. Il sait qu’il n’est pas meilleur qu’eux et que parfois ce sont ces frères en humanité, en dehors de l’Eglise visible, qui peuvent nous édifier. Le bien, fort heureusement, n’est pas notre propriété. Etre missionnaire implique donc de cultiver la vertu du publicain, celle de l’humilité. On ne propose pas la vérité de l’Evangile en dominant mais bien en s’abaissant, en se faisant petit et en désirant être frère et sœur de tous nos semblables.

En guise d’ouverture, pour prolonger notre méditation, écoutons ce passage du message du pape François à l’occasion de la journée missionnaire mondiale : L’exemple de la vie chrétienne et l’annonce du Christ vont ensemble dans l’évangélisation. L’un sert l’autre. Ce sont les deux poumons avec lesquels toute communauté doit respirer pour être missionnaire.

dimanche 9 octobre 2022

28ème dimanche du temps ordinaire / année C

 

9/10/2022

Luc 17, 11-19

L’épisode de la guérison des dix lépreux nous enseigne que la gratitude est une vertu rare chez les hommes :

Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu !

1 sur 10, cela ne fait pas beaucoup en effet ! Regardons comment l’évangéliste décrit la vertu de gratitude chez ce lépreux samaritain :

L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce.

Cet homme sait dire merci à Dieu et à Jésus pour le don de sa guérison et il joint à son action de grâce une attitude d’adoration en se prosternant aux pieds de Jésus. Gratitude, humilité et adoration caractérisent son attitude.

La capacité que nous avons à reconnaître un bienfait et à dire merci se cultive et se développe dans deux directions : envers nos frères les hommes et envers notre Père et Créateur. Le chemin pour apprendre à dire merci à Dieu passe par notre capacité à dire merci aux hommes. Cela va bien au-delà de la simple politesse que l’on apprend normalement dans notre enfance. Quand nous observons nos relations sociales, nous ne pouvons que constater avec tristesse un ensauvagement, une dureté qui nous rendent la vie difficile. Parfois même la politesse a disparu. Reconnaître que nous dépendons des autres demande de l’humilité. Et surtout la prise de conscience que nous ne sommes pas le centre du monde. L’exercice de la gratitude, bien plus grande et profonde que la politesse, change notre cœur et l’ouvre à la joie. Un cœur qui sait dire merci est un cœur joyeux. Ne considérons pas que tout nous est du et sachons apprécier ce que nos frères nous donnent, tous les services qu’ils nous rendent et sans lesquels nous ne pourrions tout simplement pas vivre. C’est dans la mesure où nous cultiverons cette capacité merveilleuse que nous serons capables de reconnaître les bienfaits de Dieu. Pour paraphraser saint Jean comment dire merci à Dieu que nous ne voyons pas si nous sommes incapables de dire merci à nos frères que nous voyons ? La gratitude est d’ailleurs l’une des nombreuses manifestations de l’amour de charité. Cet Evangile est l’occasion de nous redire la signification du sacrement de la messe, l’eucharistie, c’est-à-dire l’action de grâce, le merci de la foi et de la charité, que nous faisons monter vers Dieu notre Père par son Fils dans l’Esprit. C’est ainsi que commencent toutes les préfaces qui introduisent la grande prière eucharistique :

Vraiment, Père très saint, il est juste et bon, pour ta gloire et notre salut, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, par ton Fils bien-aimé, Jésus le Christ… (P.E II)

Si nous vivons l’eucharistie de l’intérieur, avec l’adhésion de notre cœur, nous apprenons l’attitude du samaritain, celle de l’action de grâce, de l’humilité et de l’adoration.

En guise de conclusion, écoutons ce qu’écrivait Cicéron à propos de cette merveilleuse capacité donnée à l’homme mais dont sont aussi capables les animaux, pensons en particulier aux chiens :

La gratitude est non seulement la plus grande des vertus mais aussi la mère de toutes les autres.

dimanche 18 septembre 2022

25ème dimanche du temps ordinaire / C

 

18/09/2022

Luc 16, 1-13

Dimanche dernier nous avons médité les paraboles de la miséricorde divine au chapitre 15 de saint Luc. Dans le chapitre 16 l’évangéliste a rassemblé des enseignements du Christ concernant notre rapport à l’argent. Pour introduire ces enseignements Jésus raconte l’histoire du gérant. Ce gérant est tout d’abord incompétent puis, dans un second temps, il est qualifié de malhonnête car il remet en partie les dettes aux débiteurs de son maître. De manière surprenante pour nous le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté. En effet il a su assurer ses arrières par son attitude afin d’éviter de se retrouver dans la misère après son renvoi. Dans la leçon que Jésus tire de cette histoire il passe du gérant malhonnête à l’argent malhonnête : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Contrairement à ce que nous pensons habituellement l’argent n’est pas neutre aux yeux du Seigneur puisqu’il le qualifie de malhonnête. Peut-être veut il signifier par-là que l’argent a ce pouvoir de nous corrompre, de nous rendre malhonnêtes… Il est une puissance qui pousse les hommes à être malhonnêtes. Mais nous pouvons aussi l’utiliser avec habileté en étant généreux et en partageant. Cet usage habile de l’argent est le meilleur « investissement » en vue de la vie éternelle. Car ceux qui auront bénéficié de notre générosité seront nos avocats auprès de Dieu et ils intercéderont pour nous.

Jésus poursuit avec cette interrogation : Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? L’honnêteté dans notre rapport avec l’argent malhonnête est donc importante. Il s’agit de mériter la confiance de Dieu dans les petites comme dans les grandes choses, dans le domaine matériel de la gestion des biens comme dans le domaine spirituel de la dispensation des dons de Dieu par le canal de l’Eglise et de ses ministres.

La conclusion de notre page évangélique est d’une grande clarté : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Et elle provoque la réaction de l’auditoire : Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l’argent, tournaient Jésus en dérision. Le chrétien habile se servira de l’argent malhonnête afin de servir Dieu en obéissant au commandement de l’amour envers le prochain. L’argent malhonnête représente donc une tentation pour chacun de nous : celle de l’idolâtrie. Dans ce cas le danger consiste à confondre un moyen et une fin. Dieu ne nous a pas installés sur cette terre pour que nous devenions millionnaires. Confondre l’accumulation égoïste et sans fin d’argent avec la réussite d’une vie humaine est le signe d’un manque de sagesse évident. Le livre de Qohélet remarque que qui aime l’argent n’est jamais rassasié d’argent. Qui aime l’abondance manque toujours de revenu (5, 9). Si nous sommes préoccupés en permanence par l’accumulation de capital, par l’enrichissement, nous ne pouvons pas servir Dieu car notre cœur a fait de l’argent malhonnête une idole. La cupidité en tant que péché capital nous sépare de la source de vie divine. L’enseignement de Jésus au chapitre 16 de saint Luc reprend des passages entendus les dimanches précédents comme là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ou encore celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. Plus fondamentalement ce que Jésus enseigne sur l’argent malhonnête est un écho de la lamentation proférée au chapitre 6 : quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Comment pouvons-nous goûter les consolations divines si notre cœur est captif des consolations que nous procure l’argent malhonnête ? Comment mettre notre confiance en l’invisible si nous n’accordons d’importance qu’à ce qui est visible ?

dimanche 11 septembre 2022

24ème dimanche du temps ordinaire / C

 

11/09/2022

1 Timothée 1, 12-17

Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs.

Cette parole digne de foi que nous trouvons dans la deuxième lecture nous donne le thème de la liturgie de la Parole. Les lectures nous présentent en effet différents types de pécheurs ainsi que la miséricorde de Dieu en leur faveur. Dans la première lecture le péché d’idolâtrie concerne tout le peuple. C’est en quelque sorte un péché communautaire qui est pardonné grâce à l’intercession de Moïse. Dans l’Evangile la parabole du père et de ses deux fils nous fait voir deux types de pécheurs : celui qui quitte la maison de son père pour être autonome et celui qui, tout en restant dans la maison de son père, est dévoré par la jalousie en raison de la bonté de son père à l’égard de son frère. Etre dans la maison du Père, dans l’Eglise, ne nous préserve donc pas de la tentation ni du péché. L’obéissance du fils aîné, travaillant dans la maison de son père, était formelle et extérieure. C’est ce qui a permis à la jalousie de prendre possession de son cœur. Ce fils apparemment fidèle refuse la miséricorde du père. Il obéit aux ordres mais est incapable de faire sienne l’attitude d’accueil de son père. Cela nous rappelle la leçon que nous trouvons dans une autre parabole, celle des ouvriers employés à la vigne : N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? (Mt. 20,15)

Dans la deuxième lecture Paul confesse, lui aussi, son péché ainsi que la miséricorde du Christ : Moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi ; la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec elle la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus. Dieu a transformé le persécuteur de l’Eglise en apôtre de l’Evangile en lui faisant le don de la foi en Jésus. Car Saul agissait de bonne foi, il croyait servir Dieu avec zèle, mais il était dans l’ignorance. Sur la croix Jésus demande le pardon pour ses bourreaux en mentionnant leur ignorance : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. C’est ce pardon qui a ressuscité Saul en le transformant en Paul. L’expérience qu’il a faite de ce pardon totalement inattendu et gratuit lui permet d’interpréter le mystère de la croix : Aucun de ceux qui dirigent ce monde n’a connu la sagesse du mystère de Dieu, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. (1 Co 2,8). L’ignorance, l’absence de foi peuvent donc conduire au péché tout en attirant la miséricorde de Dieu. La conversion du persécuteur devient ainsi une source d’espérance pour tous les pécheurs : S’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui, en vue de la vie éternelle. Dieu a changé le cœur de Saul en lui révélant son Fils, en lui donnant la foi. Il lui a même donné une vocation d’apôtre. Oubliant son passé de pécheur, il lui a témoigné sa confiance : Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère.

L’expérience personnelle de conversion de Paul lui a inspiré dans sa lettre aux Romains cette certitude : là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. Baudelaire, quant à lui, décrit le poète, l’artiste, comme celui qui, à la manière de Dieu, est l’artisan d’une divine transformation : Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or. Nous pouvons présenter à Dieu la boue de nos péchés pour qu’il en fasse de l’or de sa sainteté.

dimanche 4 septembre 2022

23ème dimanche du temps ordinaire / C

 

4/09/2022

Luc 14, 25-33

La rentrée scolaire a eu lieu, moment important pour les familles, les enfants et les jeunes, qui, après la longue coupure estivale, commencent une année nouvelle. L’Evangile de ce dimanche nous fait entendre des paroles de Jésus difficiles à recevoir, des paroles qui font partie de ce que Monique Piettre nomme les paroles « dures » de l’Evangile dans son petit livre de 1988. Tout d’abord remarquons que l’Evangile de ce dimanche ne s’adresse pas seulement aux disciples ou aux apôtres mais bien aux grandes foules qui faisaient route avec Jésus. Ces paroles difficiles ne s’adressent donc pas à une élite de surhommes mais bien à des personnes ordinaires comme vous et moi… ce qui ne fait qu’augmenter leur difficulté ! Car une première lecture de cet Evangile pourrait bien nous décourager de suivre Jésus. Tout cela n’est pas pour nous ! A trois reprises le Seigneur utilise la même construction de phrase : Si ou Celui qui ne fait pas telle ou telle chose, il ne peut pas être mon disciple. Bref il nous parle de ce qui nous empêche de le suivre.

Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.

Le premier empêchement peut venir de la manière dont nous concevons nos relations familiales. Jésus ne nous demande pas de ne pas aimer les membres de notre famille puisque l’amour du prochain fait partie de sa prédication et qu’il reprend à son compte le commandement de Moïse demandant d’honorer son père et sa mère. Il nous demande une hiérarchie dans l’amour, autrement dit une mise en ordre. En premier l’amour pour le Christ, ensuite l’amour pour notre famille, d’où le verbe préférer. Le disciple, le chrétien, est celui qui est capable d’avoir un amour de préférence pour le Christ. Saint Benoît, le père des moines d’occident, a bien traduit cela au chapitre 72 de sa Règle : Les moines ne préféreront absolument rien au Christ.

Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

Le deuxième empêchement peut venir de notre manière de nous situer par rapport à la souffrance, au mal, au renoncement et à l’esprit de sacrifice. Un homme normalement constitué et sain d’esprit fuit la souffrance. La souffrance peut être destructrice. Elle est la conséquence d’un mal qui est à l’œuvre au sein de la création après le péché des origines. Porter sa croix avec Jésus signifie vaincre le mal par le bien (Romains 12, 21). C’est aussi accepter la part inévitable de souffrance et de renoncement en union avec le Christ. Notre condition humaine implique forcément cette souffrance qu’il s’agit de contrebalancer par l’amour qui nous unit au Christ. Facile à dire, très difficile à vivre lorsque la maladie survient ou un divorce, lorsque l’on perd son emploi ou que le deuil nous frappe. Cela dépasse de loin les forces humaines et cela demande de notre part une vie de prière authentique, un appel à la force du Christ dans les sacrements.

Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

Le troisième et dernier empêchement est celui de notre attachement aux biens matériels, ce qui explique le vœu de pauvreté des religieux et religieuses. Les chrétiens qui vivent dans le monde et non pas dans un monastère ont besoin pour eux-mêmes et pour leur famille de biens matériels afin d’assurer la sécurité de leur vie. Jésus nous indique qu’il y a une limite à ce besoin naturel de sécurité. Comment ne pas penser à l’Evangile entendu le 7 août ? Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. Pour être libre de suivre le Christ, il nous faut donc renoncer à certains biens, renoncer surtout à l’accumulation infini des biens, renoncer à la cupidité. Une manière concrète de vivre ce renoncement consiste à pratiquer le partage et le don de mes biens avec ceux qui sont dans le besoin et qui n’ont pas, comme moi, la sécurité pour leur vie.

Ces paroles dures de Jésus nous pouvons les accueillir si nous les comprenons comme un moyen de grandir dans la liberté. Nous pouvons les accueillir sans oublier d’autres paroles qui, elles, nous encouragent :

Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.