lundi 27 juin 2022

Saints Pierre et Paul

 

Solennité des apôtres Pierre et Paul / La Roque sur Pernes

26/06/2022

Matthieu 16, 13-23

Dans le chemin de foi de l’apôtre Pierre l’épisode de Césarée marque une étape essentielle. Une étape qui se situe entre le premier appel de Simon le pêcheur avec André son frère (Venez, suivez-moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes) et le moment du reniement chez le grand prêtre Caïphe. C’est le moment des pleurs qui font passer l’apôtre de l’ardeur orgueilleuse à la foi véritable animée par la charité, une foi humble et forte, forte en raison de l’humilité et qui lui donnera, au moment voulu, la grâce du martyre à Rome.

Pour cette solennité l’Eglise nous propose donc l’Evangile de la profession de foi du premier des apôtres. Je vous propose de le méditer en tenant compte de ce qui suit immédiatement cette page évangélique au chapitre 16 de saint Matthieu. C’est cet ensemble qui nous permet en effet de comprendre que la foi de Pierre est encore imparfaite, que l’ardeur du sentiment humain se mêle à la divine charité. Lisons cet épisode en parallèle.

Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! C’est la profession de foi de l’apôtre. En entendant l’annonce des souffrances de la Passion et de la mort du Messie, l’amour humain de Pierre se révolte : Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas.

Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Le pêcheur de la mer de Galilée reçoit de Dieu la vérité sur l’identité de Jésus. Il ne l’invente pas. De lui-même il est incapable de parvenir à cette connaissance non plus selon la chair mais selon la foi. Mais en très peu de temps il retombe dans une vision humaine, pleine de générosité et d’ardeur, mais ne correspondant pas à la volonté de Dieu : Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. C’est cette phrase qui est inscrite avec des lettres de taille gigantesque à la base de la coupole de saint Pierre de Rome, au-dessus du lieu où l’apôtre fut enseveli après son martyre dans le cirque voisin de Caligula et de Néron. Simon est Pierre lorsqu’il professe la foi révélée par le Père, lorsqu’il se laisse totalement envahir par la grâce de l’Esprit Saint, représenté sous la forme d’une colombe dans le vitrail au-dessus de la chaire de l’apôtre à Saint Pierre. C’est le Père qui met dans son cœur et sur ses lèvres les mots de la foi chrétienne. Mais en un instant il passe de Pierre à Satan lorsqu’il cesse d’écouter la Parole de Dieu pour laisser parler en lui un sentiment purement humain, un sentiment naturel et bon, mais incapable d’accepter que son Maître passe par la croix pour entrer dans la gloire de la résurrection. Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute. Il n’est plus alors la pierre sur laquelle le Christ veut édifier son Eglise, le fondement solide de la foi. Privé de la grâce divine, il devient une pierre d’achoppement et de scandale.

Ce n’est que par la chute du reniement que la foi ardente de l’apôtre sera définitivement purifiée de ce qu’elle pouvait avoir de présomptueux… Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais.  L’humiliation du reniement le configure à son Maître qui entre dans la grande humiliation de la Passion et de la mort. Pierre ressortira de cette épreuve définitivement fortifié. Ses pleurs et sa chute lui permettront paradoxalement de fortifier ensuite ses frères dans la foi, d’être un apôtre.

Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères.

Ayant connu la faiblesse de l’homme livré à lui-même et à ses seuls jugements et sentiments, Pierre sera véritablement la pierre sur laquelle le Christ pourra construire son Eglise.

samedi 18 juin 2022

La sainte Trinité 2022

 

Sainte Trinité / année C

12/06/2022

Avec le don de l’Esprit au jour de la Pentecôte Dieu achève de se révéler lui-même. Après avoir envoyé son Fils, le Père avec Jésus glorifié manifeste la divinité de l’Esprit. A la plénitude de la révélation divine correspond l’accomplissement de notre salut. Salut qui devient effectif par le don de la grâce, les sacrements et la vie en Eglise. Salut offert à tous par un Dieu qui veut le salut de tous par son Fils dans l’Esprit. Célébrer la Sainte Trinité, c’est donc célébrer la révélation divine parvenue à son sommet et le salut des hommes parfaitement accompli.

Dans le Nouveau Testament nous trouvons trois définitions essentielles de Dieu qui nous permettent d’entrer dans le mystère du Dieu trois fois Saint.

Tout d’abord Jésus révèle que Dieu est esprit. L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer.

Même si les artistes ont pris la liberté de représenter Dieu le Père sous la forme d’un homme, ce qu’ils n’auraient jamais dû faire, Jésus nous rappelle que Dieu est esprit, donc un être sans corps, un être insaisissable pour notre imagination qui elle se situe toujours dans le temps et dans l’espace. Dire de Dieu qu’il est esprit c’est donc affirmer qu’il est transcendant, qu’il n’entre pas dans nos catégories de pensée forcément limitées. Nous lisons dans le prophète Isaïe : Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. Contrairement aux créatures angéliques Dieu est un esprit éternel, sans commencement ni fin, ce que notre rationalité humaine est incapable de saisir.

Dans la première lettre de Jean nous lisons aussi que Dieu est lumière. Le Verbe, le Fils de Dieu, Jésus est cette lumière divine. L’image de la lumière signifie que Dieu nous ouvre un chemin de vie, qu’il nous conduit comme le bon berger et nous enseigne la sagesse comme un maître. Dieu est lumière quand il nous donne son Fils et l’Evangile, quand il nous enseigne par Jésus, quand il nous donne les bonnes inspirations intérieures par le Saint Esprit qui demeure en nous.

La dernière définition de Dieu, toujours dans la première lettre de saint Jean, est certainement la plus importante : Si Dieu est esprit et lumière, il est surtout amour. Et si Dieu est amour, nous comprenons qu’il est Père, qu’il ne peut pas être un Dieu solitaire et distant, un Dieu indifférent. Avant même l’acte créateur, Dieu est Père parce qu’il a un Fils, le Verbe, et que cette relation d’amour et de vie en Dieu, cette échange entre le Père et le Fils est le Saint Esprit. En créant tout ce qui existe, l’univers visible et invisible, Dieu est le Père de toutes les créatures. C’est encore la Sainte Trinité qui crée et pas seulement la personne du Père. Dieu crée en effet toutes choses par sa Parole et par son Esprit. La puissance de Dieu n’est pas celle d’un despote ou d’un dictateur. Sa puissance ne vient pas de sa capacité à nous contraindre par la force à lui obéir. Sa puissance est celle de la communion d’amour entre les trois personnes de la Trinité, une communion qui nous invite avec tendresse à vivre nous-mêmes la communion avec Dieu et entre nous, et à la vivre dans la liberté des enfants de Dieu. L’amour de Dieu comme l’amour authentiquement humain a horreur de la force et de la contrainte. Il ne peut s’épanouir et s’accueillir que dans la liberté que nous donne l’Esprit Saint.

dimanche 5 juin 2022

Pentecôte 2022

 


5/06/2022

Au jour de la Pentecôte l’Eglise naît du don de l’Esprit Saint. Au jour de l’Annonciation l’Esprit Saint féconde le sein de la Vierge Marie pour qu’elle puisse donner au monde Jésus, le Fils de Dieu. A Noël par la puissance de l’Esprit le Verbe, la Parole de Dieu, naît de Marie en partageant notre condition humaine, vrai Dieu et vrai homme. De la même manière, à la Pentecôte, par la puissance du même Esprit, l’Eglise, naît comme le corps du Christ à la fois divine et humaine. A la naissance du Fils de Dieu et à celle de l’Eglise, il convient d’ajouter notre propre naissance dans le sacrement du baptême. Ces trois naissances sont l’œuvre du Saint Esprit. Jésus parle ainsi de la renaissance du baptême à Nicodème : Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

Jean, celui qui baptisait dans l’eau en signe de repentir et de conversion, se fait le témoin de la Parole de Dieu : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint. Le baptême issu du mystère du Christ n’est pas seulement un baptême par l’eau mais un baptême dans l’Esprit Saint, cet Esprit répandu sur la première Eglise à la Pentecôte. C’est en effet au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit que le baptême chrétien est donné. Saint Jean, dans sa première lettre, nous fait comprendre que le signe de l’eau n’est rien sans le don de Jésus lors de sa Passion et sans le don de l’Esprit : C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un.

Dans le sacrement de baptême le rite de l’eau est complété par une onction d’huile parfumée, l’onction avec le saint chrême. Ecoutons la prière prononcée par le prêtre lorsqu’il marque le front du baptisé avec le saint chrême : Par le baptême, le Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur Jésus Christ, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit. Toi qui fais maintenant partie de son peuple, il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement membre de Jésus-Christ, prêtre, prophète et roi. Le saint chrême nous rappelle les mots Christ et chrétien. Christ signifie en grec celui qui a reçu l’onction, celui qui est consacré et choisi par Dieu, c’est l’équivalent de Messie qui vient de l’hébreu. Par le baptême nous participons réellement à la personne et à la mission de Jésus, prêtre, prophète et roi. Avant Jésus, dans l’Ancien Testament, les prêtres, les prophètes et les rois recevaient leur mission de Dieu par une onction d’huile. Les rois de France perpétuaient la tradition royale d’Israël par la cérémonie du sacre à Reims. Avec Jésus le Christ, le prêtre, le prophète et le roi ne sont plus trois personnes séparées. Il rassemble et accomplit dans sa personne ces trois fonctions au service du peuple de Dieu. Par le baptême, nous aussi, nous sommes prêtres, capables de faire de notre personne et de notre vie une offrande agréable à Dieu. Nous aussi nous sommes prophètes, porteurs et témoins de la Parole de Dieu dans le monde qui est le nôtre. Nous aussi nous sommes rois, serviteurs du bien commun dans la société, libérés du péché et capables de nous gouverner nous-mêmes selon l’amour et la vérité. C’est le même Esprit Saint qui agit en notre faveur dans les sacrements du baptême et de la confirmation pour faire de nous des saints et des saintes.

Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père !