vendredi 17 novembre 2023

32ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

12/11/2023

Matthieu 25, 1-13

La parabole des dix jeunes filles invitées à des noces nous parle de la vigilance spirituelle, un thème important dans la prédication de Jésus, thème que nous trouvons à la fin de notre année liturgique et à son commencement avec le temps de l’Avent : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. La parabole qui précède dans l’Evangile selon saint Matthieu délivrait déjà le même message : Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. Dans les deux paraboles celui que l’on attend tarde à venir que ce soit le maître ou l’époux. La venue du Royaume des Cieux, la manifestation du Christ tarde en effet pour nous humains qui mesurons le temps à l’échelle de notre brève vie sur cette terre. Le temps de Dieu n’est pas le nôtre. La parabole de ce dimanche met en avant les dispositions intérieures des jeunes filles : certaines sont insouciantes, d’autres prévoyantes. D’autres traductions les qualifient de folles et sages, d’idiotes et d’intelligentes. Pour accueillir l’époux dans la nuit elles ont besoin de lumière, donc de leurs lampes, donc d’huile pour les alimenter. Les unes manquent de cette huile, les autres en ont fait provision. Ce que représente cette huile, la parabole ne nous le dit pas. Simplement nous constatons que cette huile ne peut ni se partager ni s’acheter au dernier moment. Arrive en effet un moment dans notre vie où il est trop tard pour devenir sage, trop tard pour avoir le temps de se procurer l’huile que l’on a négligé d’acquérir tout au long de notre vie. Cette huile désigne quelque chose de personnel, une réalité qui est le fruit d’une certaine manière de vivre en ce monde. On l’a ou on ne l’a pas. Les jeunes filles prévoyantes ont la vertu cardinale de prudence qui leur a fait prévoir de l’huile dans l’attente de la venue de l’époux. A juste titre on peut les qualifier de sages. La vertu de prudence est l’un des aspects de la sagesse. Cette parabole de Jésus peut par certains aspects nous faire penser à la célèbre fable de La Fontaine La cigale et la fourmi, inspirée d’une fable d’Esope. Le dialogue conclusif entre les vierges insouciantes et l’Epoux peut nous aider à imaginer ce que signifie l’huile : Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.” En effet ce dialogue nous rappelle un passage du chapitre 7 du même Evangile :

Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?” Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !”

L’huile qui permet aux jeunes filles prévoyantes d’accueillir Jésus au milieu de la nuit, c’est tout simplement la mise en pratique de la volonté de Dieu, la fidélité à sa Parole et à ses commandements. C’est l’huile qui nous permet d’éviter le mal et de choisir le bien. Avec cette huile de notre vie chrétienne notre lampe brille de la lumière de la foi, de l’espérance et de la charité. L’huile des bonnes œuvres ne peut exister sans un cœur rempli d’amour pour Dieu et pour le prochain. Ce que les vierges sages disent aux vierges folles, “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter”, peut nous faire penser à l’affirmation du Cantique des cantiques : Un homme donnerait-il toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, il ne recueillerait que mépris.

La parabole de ce dimanche nous invite à déplacer notre attention : au lieu de nous demander pourquoi l’époux tarde-t-il ou encore quand viendra-t-il, c’est nous-mêmes que nous devons considérer. Que faisons-nous du don de notre vie ? Que faisons-nous du temps que Dieu nous donne ? Vivons-nous dans la sagesse, donc dans la prudence ? Il s’agit bien pour chacun d’entre nous de préparer la rencontre avec le Christ. Chaque jour, car il n’est pas absent. De par sa résurrection et le don de l’Esprit, il est présent et agissant en nous, dans nos vies, dans l’Eglise. Se préparer aujourd’hui et en vue du moment ultime, celui de notre mort et celui de la révélation du Christ. Cette préparation ne doit pas être fébrile ou angoissante. Il s’agit de rendre jour après jour notre cœur capable d’accueillir le Christ et par lui le mystère de Dieu. Pour cela nous avons besoin de la sagesse de Dieu qui nous fait voir toutes choses à leur juste valeur. C’est cette sagesse qui nous délivre de la vanité des fausses valeurs. C’est cette sagesse qui chasse de notre cœur la peur pour nous installer dans la confiance, dans la paix du Seigneur. Pas plus que l’amour la sagesse ne s’achète. Elle est l’objet du désir de notre cœur. La meilleure préparation à la rencontre d’aujourd’hui et de demain, c’est de nourrir en nous ce désir de Dieu en l’accompagnant des bonnes œuvres. Celui que nous aurons désiré, nous le verrons. L’histoire des vierges folles est celle d’un rendez-vous manqué. Ce n’est pas tant l’Epoux qui tardait à venir, c’est elles qui sont arrivées en retard !

Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva.

dimanche 5 novembre 2023

31ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

05/11/2023

Matthieu 23, 1-12

Au chapitre 23 de son Evangile Matthieu nous rapporte un enseignement de Jésus sur le comportement des responsables religieux de son peuple, en particulier de ceux qui enseignent la Torah, la loi de Moïse. Cet enseignement met en lumière l’hypocrisie de ceux qui enseignent car ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres. Enseigner la loi de Dieu ou encore l’Evangile n’est pas un enseignement comparable à celui délivré par les professeurs de nos écoles. Enseigner le catéchisme nous engage personnellement contrairement à l’enseignement des mathématiques ou de l’histoire. Cet enseignement religieux ne délivre pas seulement une connaissance pour l’esprit mais il indique une façon de vivre selon la volonté de Dieu et s’adresse donc au cœur de l’homme pour le transformer. La fraternité de notre devise républicaine est une invention de Jésus qui a voulu une Eglise qui soit une communauté de frères. Dans cette communauté, les responsables et les enseignants, les apôtres et leurs successeurs doivent se considérer comme des frères et des serviteurs, serviteurs du Christ et serviteurs de leurs frères. Leur charge d’enseignement ne doit pas les remplir d’orgueil. Elle exige d’eux au contraire une plus grande humilité et une réponse quotidienne à l’appel universel à la sainteté. Les reproches concrets que le Seigneur adresse aux scribes et aux pharisiens de son temps s’adressent aussi à la hiérarchie sacerdotale de notre Eglise, du pape aux prêtres en passant par les évêques qui, tous, en vertu de leur ordination, ont reçu une mission d’enseignement.

Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. C’est un risque bien réel dans notre Eglise. Le Magistère de l’Eglise doit être très attentif à ne pas « compliquer » la pratique de la religion, à ne pas la rendre finalement inaccessible ou incompréhensible. Jésus est venu pour nous libérer des complications de certains aspects de la loi de Moïse, pour simplifier ainsi la vie religieuse et alléger notre fardeau : Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. En particulier les pasteurs de l’Eglise qui sont consacrés dans le célibat doivent bien se garder de faire porter aux couples et aux familles des fardeaux qu’ils ne voudraient pas remuer eux-mêmes du doigt…

Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges… Les responsables de notre Eglise doivent agir par amour pour Dieu et par amour de leurs frères et se méfier de la tentation qui consiste à parader dans des tenues d’apparat évoquant davantage la cour des rois que la compagnie du Christ. Tentation bien présente dans certains milieux dits traditionnalistes qui attachent une importance démesurée aux vêtements comme tel cardinal portant la cappa magna… oubliant que l’habit ne fait pas le moine, oubliant surtout la simplicité évangélique et la belle sobriété de la liturgie. La vanité humaine peut malheureusement s’insérer au sein même de la célébration des mystères de notre foi…

Ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. C’est le drame des responsables religieux qui ne travaillent pas pour la gloire de Dieu mais pour obtenir une place privilégiée dans la société et l’honneur qui vient des hommes, là encore nous sommes dans la vanité si opposée à l’esprit de foi des apôtres du Christ. Saint Luc ajoute dans sa version un élément significatif du comportement des scribes et des pharisiens, l’appât du gain et l’amour de l’argent au détriment des frères les plus pauvres : Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés (20, 47).

Nous comprenons à travers cet enseignement du Seigneur tout ce que les responsables de l’Eglise doivent bien se garder de faire, toutes les tentations du pouvoir, de l’honneur, de l’argent qui peuvent s’emparer de leur cœur et en chasser l’Esprit Saint pour en faire un cœur vaniteux, c’est-à-dire vide. Dans une Eglise de frères, c’est tous ensemble que nous sommes responsables du témoignage que nous portons, solidaires les uns des autres, fidèles et pasteurs, fidèles et enseignants, dans notre volonté de fidélité au seul et unique Maître le Seigneur Jésus-Christ. Si les saints pasteurs font de saints fidèles, il n’en est pas moins vrai que la sainteté des fidèles sanctifie aussi les pasteurs. La fraternité de l’Eglise est une fraternité de la sainteté dans laquelle nous nous édifions mutuellement.

mercredi 1 novembre 2023

TOUSSAINT 2023

 

Psaume 33

Saints du Seigneur, adorez-le : rien ne manque à ceux qui le craignent.

En cette solennité de la Toussaint je vous propose une méditation sur la sainteté chrétienne à partir du psaume 33 qui invite les saints du Seigneur à l’adorer : Saints du Seigneur, adorez-le : rien ne manque à ceux qui le craignent.

La sainteté consiste tout d’abord à chercher le Seigneur : Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. Qui cherche le Seigneur ne manquera d'aucun bien. Cette recherche de Dieu implique de notre part un désir de vivre dans la communion avec lui, de vivre en sa présence chaque jour de notre vie et jusque dans la vie éternelle. Il s’agit d’une attitude active de notre part impliquant notre volonté et notre amour. Ce désir de Dieu aboutit toujours au désir de la prière et de la contemplation de son mystère révélé en Jésus-Christ. Le saint ne peut pas vivre sans la prière, sans cette relation privilégiée avec Dieu qui lui permet de mettre en pratique le premier commandement rappelé par Jésus dimanche dernier : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Dans le temps offert à la prière le saint fait l’expérience privilégiée de la bonté du Dieu qui est Amour, même quand la prière devient difficile parce que Dieu semble absent et que son silence nous pèse. Dans l’acte de l’offrande de notre temps et de notre personne à Dieu dans la prière nous lui exprimons notre désir d’être avec lui, de nous tenir tout simplement en sa présence. Le Dieu trois fois saint nous permet alors de goûter sa présence, en anticipation de la communion parfaite et éternelle dans le Royaume : Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! Heureux qui trouve en lui son refuge !

La sainteté, c’est aussi apprendre la crainte du Seigneur : Venez, mes fils, écoutez-moi, que je vous enseigne la crainte du Seigneur. Le sens biblique de la crainte n’a rien à voir avec la peur. Il s’agit du respect de Dieu et du désir de vivre conformément à ses commandements en suivant la voie de la sagesse. La crainte en tant qu’attitude de sagesse est la condition du bonheur authentique : Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ? La sainteté n’est pas un mépris de notre vie terrestre ni un refus du bonheur. Elle est au contraire un désir de vie et de bonheur en plénitude. Le psalmiste nous indique le chemin concret que prend la sainteté dans la crainte du Seigneur : Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides. Évite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la. L’enseignement du psaume est pour nous une invitation à relire ce que saint Jacques nous dit au chapitre 3 de sa lettre sur la bonne ou la mauvaise utilisation de notre langue et du don merveilleux du langage. Les préceptes qui conduisent à la sainteté sont simples mais difficiles à mettre en œuvre en raison de notre nature pécheresse. Saint Jacques fait le lien avec la langue qui prie et la langue qui peut causer du tort au prochain : Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, qui sont créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Mes frères, il ne faut pas qu’il en soit ainsi. C’est un exemple de la séparation entre l’amour pour Dieu et l’amour pour notre prochain. Eviter le mal, faire le bien, rechercher la paix, quoi de plus simple en effet ? L’actualité de notre monde avec ses guerres et ses conflits sans fin nous montre cependant à quel point le cœur de l’homme est malade et a besoin de salut et de libération. Ils sont rares les artisans de paix loués par Jésus dans l’Evangile des Béatitudes : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. La sainteté consiste à choisir ce chemin malgré tous les obstacles. Il y faut beaucoup de courage, de persévérance et surtout de confiance et d’abandon à Dieu :

Le Seigneur entend ceux qui l'appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre. Il est proche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu… Le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.