dimanche 2 juillet 2017

13ème dimanche du temps ordinaire / A


2/07/17

Matthieu 10, 37-42


Au centre de l’Evangile que nous venons d’écouter se trouve cette sentence paradoxale : Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Autour de cette sentence Jésus nous parle de notre famille humaine et de notre famille spirituelle, l’Eglise en tant que communauté des croyants. Il commence par nous parler de notre condition de disciples. Etre son disciple exige de notre part ce que j’appellerais un amour et un attachement prioritaires. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. La traduction liturgique en utilisant l’adjectif digne peut nous porter à une fausse interprétation de la pensée du Christ. Une autre traduction, celle de Chouraqui, peut nous aider à y voir plus clair : Qui me préfère père ou mère ne vaut pas pour moi. Nous savons bien que nous ne serons jamais dignes du Christ. C’est d’ailleurs que nous disons avant chaque communion eucharistique. Il faut donc comprendre : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne d’être appelé mon disciple, parce qu’il préfère l’amour de sa famille à mon amour. Pour le dire clairement : l’amour pour le Christ doit être prioritaire dans la vie du disciple. Tout le reste, aussi légitime soit-il, doit passer après notre attachement au Christ. Si, malheureusement et cela arrive parfois, il y a concurrence dans notre vie entre l’amour que nous devons à Jésus et celui que nous devons à nos parents ou à nos enfants, alors nous devons toujours choisir l’amour pour Jésus afin d’être vraiment ses disciples. C’est ce que Jésus lui-même a mis en pratique dans sa propre vie par rapport à sa propre famille humaine. Souvenons-nous de l’épisode lors du pèlerinage à Jérusalem lorsque le jeune Jésus, âgé de 12 ans, demeure dans le temple sans prévenir ses parents : En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » A cet instant précis, le jeune Jésus fait comprendre à Marie et à Joseph que son amour pour le Père est premier. Plus tard il montrera que sa vraie famille n’est pas celle de la chair et du sang, mais bien la famille spirituelle : Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Si Jésus exige de nous un attachement aussi fort que celui que je viens de décrire, n’oublions pas que dans la deuxième partie de cet Evangile il s’identifie à nous, qui sommes ses disciples : Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. En partant du Père, source de toute vie, jusqu’à nous et en passant par le Christ, c’est une même et unique famille, celle des enfants de Dieu. Si bien qu’accueillir un chrétien, c’est accueillir le Christ lui-même, et donc Dieu lui-même. Nous le voyons l’amour prioritaire est réciproque : des disciples pour le Christ et du Christ pour les disciples. Si Jésus a aimé Marie et Joseph, ce n’est pas d’abord parce qu’ils étaient ses parents, mais surtout parce qu’ils étaient des disciples qui cherchaient en toutes choses dans leur vie la volonté du Père. Ce que Jésus enseigne ici est d’ordre surnaturel. Il nous fait comprendre que les liens les plus importants ne sont pas ceux de la chair et du sang, mais ceux de l’Esprit. Ce n’est pas pour rien qu’il nous faut renaître de l’eau et de l’Esprit par le baptême pour faire partie de cette nouvelle réalité qu’est l’Eglise, famille des enfants de Dieu unie par les liens de la foi, de la charité et de l’espérance : A tous ceux qui l’ont reçu, le Verbe a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.

dimanche 25 juin 2017

12ème dimanche du temps ordinaire / A


25/06/17

Matthieu 10, 26-33

Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce dimanche s’adressent d’abord aux apôtres, c’est-à-dire aux missionnaires choisis et envoyés par le Christ pour rendre témoignage à l’Evangile. Jésus ne leur promet pas un succès facile. Il leur annonce des difficultés et des oppositions. Ce n’est pas parce qu’ils annoncent l’Evangile au nom du Christ qu’ils seront accueillis à bras ouverts. L’annonce de l’Evangile se heurte aujourd’hui comme hier à bien des résistances, des oppositions ou tout simplement à une froide indifférence. Ce qui est valable pour les apôtres l’est aussi pour chaque chrétien, donc pour chacun d’entre nous. Car, même si nous n’avons pas la vocation de missionnaire, de par notre baptême et notre confirmation nous sommes, nous aussi, appelés à rendre témoignage à l’Evangile de Jésus, par nos actes et par nos paroles. L’avertissement qui clôt cette page évangélique est donc aussi valable pour les laïcs qui n’ont pas reçu une mission particulière au sein de l’Eglise : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

Le refrain qui revient à trois reprises dans ces paroles de Jésus est un appel à ne pas avoir peur au milieu des inévitables difficultés que comporte le témoignage chrétien : soyez donc sans crainte. Un passage de cet Evangile demande une explication et un approfondissement particulier : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Dans la tradition philosophique de Platon, on distingue en l’homme l’âme immortelle du corps périssable. Jésus reprend en partie cette distinction, mais en soulignant le fait que même l’âme peut connaître une espèce de mort en « périssant dans la géhenne ». C’est une allusion à l’enfer, à la damnation. Tous ceux qui ont persécuté les chrétiens se sont attaqués à leur vie, en martyrisant et en faisant périr le corps. Ces persécutions sont malheureusement d’actualité pour beaucoup de nos frères chrétiens d’Orient qui n’ont souvent pas d’autre choix que l’exil ou la mort. Mais Jésus nous dit que nous devons surtout craindre celui qui a le pouvoir de faire périr notre âme dans la géhenne. Même s’il n’est pas nommé, on peut penser ici au diable. En Europe nous ne sommes pas persécutés et nous jouissons de la liberté de culte. Cependant nous devons craindre ce qui peut tuer notre âme, tout ce qui peut tuer en nous la vie de communion avec Dieu. Ou sans la tuer, la rendre plus difficile. Nous devons craindre tout ce qui peut nous éloigner de cette communion avec Dieu et nous empêcher de témoigner de l’Evangile. La société de l’indifférence religieuse dans laquelle nous sommes plongés est, par certains aspects, tout aussi dangereuse pour la vitalité de notre foi que des persécutions. Car cette indifférence va de pair avec une idéologie mettant au cœur de l’existence humaine la recherche effrénée du plaisir, du divertissement, de la réussite et des richesses. Cette indifférence s’accompagne en effet d’un matérialisme grossier qui range la prière dans la case des occupations inutiles et à éliminer. Le silence est perçu comme une menace, et la mode consiste à écouter de la musique (ou du bruit !) en permanence… L’inactivité et le repos deviennent insupportables si bien que l’on consulte à longueur de journée son smartphone… Tous ces phénomènes, s’ils traduisent le mal-être de l’homme contemporain, contribuent aussi à lui fermer l’accès à une vie spirituelle, à une vie d’intériorité qui exige de goûter le silence extérieur pour établir en soi le silence du recueillement. Quelques chapitres plus loin dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus adopte un langage imagé et radical pour nous prémunir contre tout ce qui peut faire périr notre âme dans la géhenne :

Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer dans la vie éternelle manchot ou estropié, que d’être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie éternelle, que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu.
Au-delà des images empruntées à notre corps, nous pouvons facilement trouver ce que nous devons « couper » pour vivre de la vie de Dieu en nous. De quoi devons-nous nous séparer, nous libérer, pour être davantage disponibles à la vie spirituelle ? A quoi pouvons-nous renoncer, avec l’aide de la grâce divine, afin de recentrer notre vie sur le Christ mort et ressuscité pour nous ?


dimanche 18 juin 2017

LE SAINT SACREMENT / A


18/06/17

Jean 6, 51-58

Après la Pentecôte, l’Eglise nous fait célébrer la Sainte Trinité (c’était dimanche dernier) et le Saint Sacrement. Parmi les sept sacrements de l’Eglise catholique, seul le sacrement de l’eucharistie a une fête qui lui correspond. C’est dire toute son importance. D’où le nom de Saint Sacrement que nous pouvons traduire de la manière suivante : le sacrement par excellence. Tous les sacrements sont en effet porteurs de la sainteté de Dieu mais l’eucharistie l’est à un degré plus parfait encore puisqu’elle nous met directement en communion avec Jésus. N’oublions pas par ailleurs que chaque Jeudi Saint nous faisons aussi mémoire de ce sacrement. La différence entre les deux fêtes est la suivante : le Jeudi Saint nous nous souvenons de l’institution de ce sacrement par le Seigneur lors de la dernière Cène, alors qu’en ce dimanche nous essayons de saisir la signification de ce sacrement pour nous et pour la vie de l’Eglise.

La première lecture de cette messe nous rappelle la longue marche du peuple hébreu dans le désert, après la libération d’Egypte. Cette marche est une préparation spirituelle à l’installation en terre promise. Moïse présente ce temps de la vie du peuple comme une mise à l’épreuve de sa fidélité envers Dieu. L’un des problèmes essentiels auxquels le peuple a été confronté est bien celui de l’eau et de la nourriture. La manne (qui signifie en hébreu Qu’est-ce que c’est ?) est cette nourriture mystérieuse donnée par Dieu pendant le temps du séjour au désert.

Dans l’Evangile selon saint Jean, Jésus lorsqu’il veut faire comprendre le mystère de l’eucharistie à ses disciples se réfère à l’expérience du peuple dans le désert. Il se présente en effet comme la manne nouvelle et surtout bien meilleure que celle donnée par Dieu autrefois : Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Dans le saint sacrement de la messe, nous recevons pour le temps de notre pèlerinage sur cette terre la nouvelle manne, le corps et le sang du Seigneur, mort et ressuscité pour nous. Cette nourriture spirituelle nous donne la vie éternelle en nous faisant communier à la personne du Christ : celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.

Il est très éclairant de mettre en relation le saint sacrement avec la demande du Notre Père concernant le pain quotidien : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. En effet pendant le temps de notre vie sur cette terre, temps qui correspond spirituellement à la longue marche des hébreux dans le désert, nous avons besoin chaque jour de la nourriture pour notre corps et de la nourriture spirituelle. Dans le Notre Père nous demandons les deux pains : le pain pour le corps et le pain pour l’âme, en nous souvenant que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Rares sont les personnes qui peuvent participer à la messe chaque jour. Le pain spirituel que nous demandons au Père est par excellence le pain eucharistique mais il est aussi la Parole de Dieu telle que la Bible nous la transmet. Ce pain spirituel, c’est aussi chaque temps de prière que nous prenons dans la semaine pour vivre notre communion avec la Trinité, communion commencée au jour de notre baptême. Recevoir le pain spirituel chaque jour, c’est donc tout au long de la semaine vivre de la communion eucharistique du dimanche et se préparer à la prochaine communion que nous ferons. C’est, à travers la méditation de la Bible, la lecture d’un auteur spirituel et par la prière sous toutes ses formes, se préparer à bien profiter du grand don qui nous est fait chaque fois que nous participons à la messe du dimanche avec foi et amour. C’est se préparer au grand moment de la communion eucharistique et faire en nous l’expérience du psaume 33 : Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! C’est en effet à travers notre participation à l’eucharistie que nous pouvons éprouver la vérité des paroles de Jésus en saint Matthieu : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Chaque communion eucharistique anticipe ainsi la joie du Paradis qui consistera à voir Jésus dans le face-à-face de l’amour éternel.




dimanche 28 mai 2017

Septième dimanche de Pâques / A


28/05/17

Jean 17, 1-11

Le dernier dimanche du temps de Pâques se situe entre deux grandes fêtes : l’Ascension et la Pentecôte. Chaque année la liturgie nous propose de méditer un passage de la grande prière que Jésus adresse à son Père avant d’entrer dans sa Passion. La fin de cet Evangile annonce déjà le mystère de l’Ascension : Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Dans sa prière le Seigneur parle de la relation qui l’unit à son Père et de la relation qui l’unit avec nous, ses disciples. Avant de considérer ces deux relations, regardons ce que Jésus révèle de lui-même à travers les paroles de sa prière.

Tu lui as donné autorité sur tout être vivant. Avant même le mystère de Pâques, Jésus, en tant que Fils de Dieu, reçoit du Père la royauté sur toute la création. Nous retrouvons cette vérité avant l’Ascension dans la finale de l’Evangile selon saint Matthieu : tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Saint Paul reprendra lui aussi cette affirmation dans ses lettres aux Ephésiens et aux Colossiens :

Dieu nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.

Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

Jésus est bien le nouvel Adam, le roi de la création nouvelle. Dans sa prière, il rappelle sa divinité, son union parfaite avec le Père : Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe.

Nous voici donc au cœur de la relation qui unit cet homme Jésus avec celui qu’il appelle son Père. Cette relation unique n’a ni commencement ni fin, puisque cet homme est de nature divine : Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi.

Avant de mourir, Jésus prie pour ses disciples, il prie donc par avance pour tous les chrétiens du monde, de tous les temps et de tous les lieux. Ayant parfaitement accompli la mission que le Père lui a donnée, les disciples ont pu mettre leur foi en lui : Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Etre chrétien, c’est donc beaucoup plus que croire simplement en un Dieu créateur et père de toutes choses. C’est croire que sur le visage de cet homme nommé Jésus resplendit la gloire même de Dieu. Ce Jésus qui a souffert, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité d’entre les morts, est bien plus qu’un prophète, bien plus que le Messie, il est l’éternel partenaire de gloire du Père dans le mystère de la sainte Trinité.

Avant de quitter ses amis et d’entrer dans sa Passion, Jésus leur révèle à travers sa prière le don qu’il veut leur faire : Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Le don de la vie éternelle ne commence pas pour nous après notre mort, avec ce que nous appelons le Paradis, mais il commence dès maintenant, en particulier au jour de notre baptême, en sachant que le don du baptême nous est fait chaque jour de notre vie. Jésus nous dit que la vie éternelle consiste à le connaître et à connaître le Père. La connaissance dont il s’agit ici n’est pas d’ordre intellectuel, c’est la connaissance à laquelle nous avons accès si nous mettons notre foi en Jésus et si nous l’aimons d’un amour qui réponde à son amour. Cette connaissance est donc d’ordre pratique et descend jusque dans le concret de notre existence quotidienne pour le transfigurer. D’où le lien que Jésus fait entre l’amour qui nous attache à lui et l’obéissance à sa parole, la mise en pratique de ses enseignements dans nos actes, nos paroles, nos pensées et notre style de vie :

Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime.


jeudi 25 mai 2017

Ascension du Seigneur / année A


25/05/17

Le mystère glorieux de l’Ascension du Seigneur marque une étape nouvelle dans l’histoire du salut. Avec le mystère de Noël, Dieu, en son Fils Jésus, s’unit pour toujours à notre humanité. Au jour de l’Ascension, Jésus ressuscité n’abandonne pas son humanité. Elevé à la droite du Père, il demeure vraiment Dieu et vraiment homme. Ce qui change désormais, c’est la manière que nous avons d’entrer en relation avec lui et lui avec nous. Avant l’Ascension, et encore plus avant sa mort en croix, Jésus était connu des hommes de son temps et de son pays. Certes il fallait le don de la foi pour reconnaître en lui plus qu’un prophète, le Messie, le Fils de Dieu, mais il était visible aux yeux de chair qui sont les nôtres. Après Pâques et l’Ascension, la présence de Jésus ne se limite plus à un lieu et à une époque, elle devient universelle et cosmique, mais nous ne pouvons plus le voir avec nos yeux de chair. Le récit des pèlerins d’Emmaüs anticipe le mystère de l’Ascension et nous fait comprendre le nouveau mode de présence du Seigneur à son Eglise, en particulier dans le sacrement de l’eucharistie : Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

L’Ascension est bien en effet ce moment où le Ressuscité disparaît à nos regards jusqu’au jour de son retour dans la gloire. L’apôtre saint Paul exprime d’une manière saisissante cette nouvelle relation qui s’instaure entre le Christ et nous à partir de son Ascension : Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi.


Nous connaissons le Christ par les vertus de foi, d’espérance et de charité déposées dans notre âme par le baptême. Parmi ces vertus, l’espérance est particulièrement liée à la fête de ce jour : Que Dieu ouvre votre cœur à sa lumière, pour vous faire comprendre l’espérance que donne son appel, entendons-nous dans la deuxième lecture. Quant à la prière d’ouverture de la messe, elle évoque aussi l’espérance : Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance. Si le Christ nous quitte au jour de l’Ascension, c’est en tant que frère aîné et pour nous entraîner à sa suite, comme il le dit clairement à ses disciples avant de mourir : Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. En attendant le retour du Seigneur, nous ne sommes pas abandonnés. Il nous donne l’Esprit Saint ainsi que le don de sa présence : et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Cette présence, silencieuse et discrète, peut parfois ressembler pour nous à une absence. Nous vivons alors l’épreuve de la foi qui est faite pas seulement de clarté mais aussi de ténèbres. Dans la deuxième lecture, saint Paul ose affirmer que l’Eglise, corps du Christ, est l’accomplissement total du Christ. N’oublions jamais que le Ressuscité nous manifeste sa présence par et dans son Eglise, pas seulement à travers les sacrements, mais aussi, et souvent d’une manière très belle, par le témoignage de vie, de foi et de charité de nos frères chrétiens. Avec le mystère de l’Ascension et celui de la Pentecôte, l’Eglise est manifestée. Nous pouvons contempler quelque chose de la face du Seigneur sur le visage de nos frères et de nos sœurs qui essaient de mettre leurs vies en conformité avec l’Evangile du Christ :

Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit.

dimanche 14 mai 2017

Cinquième dimanche de Pâques / A


Jean 14, 1-12

14/05/17

L’Evangile selon saint Jean de ce cinquième dimanche de Pâques nous fait entendre une partie du long « discours » de Jésus, la veille de sa mort, « discours » commençant après la scène du lavement des pieds et qui se poursuit jusqu’au chapitre 17. Le mot « discours » ne convient d’ailleurs pas, pas plus que celui d’ « enseignement » pour caractériser ces paroles du Seigneur. Il s’agit plutôt d’une conversation avec les disciples, de confidences ultimes, du testament que Jésus lègue à ses amis avant d’entrer dans sa Passion. Nous voici en présence d’un homme qui sait qu’il va être trahi par l’un de ses amis, abandonné par quasiment tous les autres, et qu’il va devoir endurer les souffrances physiques et morales de la Passion et de la mort en croix… Et pourtant cet homme ne pense qu’à une chose : réconforter ses amis, les encourager… Ne soyez donc pas bouleversés ! Nous retrouvons ici cette charité infinie qui a poussé le Seigneur et le Maître à laver les pieds de ses disciples et à se mettre à genoux devant chacun d’entre eux, Judas y compris. De ce testament du Seigneur je retiendrai deux aspects : l’appel à l’espérance et l’appel à la foi. Jésus, à la veille de sa mort, veut en effet susciter dans le cœur de ses disciples l’espérance de la vie éternelle. S’il accepte cette mort, c’est bien pour leur ouvrir les portes du Royaume des cieux. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Là où je suis, vous y serez aussi. Telle est la promesse de vie éternelle que Jésus fait à ce moment dramatique. A partir de son Ascension, le Ressuscité devient invisible sur cette terre. Nous n’avons accès à sa présence que par les yeux de la foi. Mais cette communion de vie et d’amour que nous commençons avec Lui ici-bas ne s’achèvera pas au jour de notre mort. Bien au contraire, cette communion trouvera son accomplissement dans ce que nous appelons la vie éternelle ou encore le paradis : nous serons pour toujours avec le Seigneur ressuscité dans la joie du Ciel. En ce temps de Pâques, l’espérance chrétienne nous entraîne à considérer notre vie humaine du point de vue de Dieu, du point de vue de l’éternité, parce que Jésus est ressuscité d’entre les morts pour que nous soyons avec Lui vainqueurs de la mort éternelle. Cette mort éternelle, appelée enfer par la tradition chrétienne, consiste à être séparé pour toujours de Jésus. C’est la solitude et l’isolement de l’âme. C’est la privation de la communion.

L’appel à l’espérance va de pair avec un autre appel, celui qui nous invite à croire, à mettre toute notre confiance en Jésus mort et ressuscité pour nous : Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi. Ici l’objet de notre foi, c’est bien la divinité de Jésus, la communion parfaite qui existe entre Lui et le Père au sein de la Sainte Trinité. Le lien de cette divine communion, c’est l’Esprit Saint, amour entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. N’oublions pas de prier l’Esprit Saint, reçu au baptême et à la confirmation. Demandons-lui de fortifier notre foi en Jésus ressuscité, implorons l’Esprit pour que notre espérance en la vie éternelle puisse sans cesse grandir en notre âme !

Ô Esprit du Père et du Fils, lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.


dimanche 7 mai 2017

Quatrième dimanche de Pâques / A


Jean 10, 1-10

7/05/17

L’image du berger et de ses brebis est l’une des plus utilisées dans l’Ancien Testament. Il n’est donc pas étonnant que Jésus la reprenne à son compte dans une Palestine où la figure du berger et de son troupeau était une réalité quotidienne. Les rois d’Israël étaient considérés comme les bergers du peuple et n’oublions pas que le plus célèbre d’entre eux, David, gardait le troupeau de son père quand il a été appelé par Samuel pour être consacré comme roi d’Israël et successeur de Saul. L’enseignement en paraboles s’appuie sur les réalités de la vie quotidienne. C’est ce qui fait sa force mais aussi sa faiblesse. Car la parabole du bon berger ou du bon pasteur n’évoque rien de concret dans l’esprit d’un européen du 21ème siècle. Nous vivons en effet dans un monde radicalement différent de celui de Jésus. Mais ce qui demeure ce sont les questions et les besoins des hommes, l’exigence d’une spiritualité authentique, même si nous sommes imprégnés de matérialisme.

Nous sommes donc contraints à relire cette parabole en cherchant au-delà des images dépassées le cœur du message, ce que Jésus a voulu réellement nous transmettre pour notre vie spirituelle. Le cœur de cette parabole, c’est bien la communion d’amour qui existe entre le berger et ses brebis, entre Jésus bon pasteur et chacun d’entre nous. Voyons comment le Seigneur décrit cette communion.

Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Contrairement à ce que l’image du troupeau pourrait évoquer, Jésus veut construire avec chacun d’entre nous une relation unique et personnelle : il nous appelle par notre nom. Le chrétien n’est donc pas un mouton bêlant au sein du troupeau, mais un membre de l’Eglise, un membre du corps du Christ qui reçoit son nom au baptême et qui est appelé à découvrir sa vocation unique dans l’Eglise et dans la société. C’est la raison pour laquelle ce dimanche est aussi la journée de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses dans l’Eglise.

Il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jésus nous appelle par notre nom pour que nous marchions à sa suite et, nous dit la parabole, nous connaissons sa voix. Nous pressentons à quel point ces détails de la parabole décrivent une relation personnelle et intime, relation d’amour et de confiance, entre le berger et ses brebis. C’est un appel fort à vivre la communion avec Jésus ressuscité et à approfondir chaque jour cette communion, en particulier par la prière et la méditation de la Parole de Dieu. Le sommet et l’expression la plus parfaite de notre communion avec le bon Pasteur étant notre participation à la messe du dimanche et notre communion eucharistique au pain de vie. Car cette communion entre Jésus et ses disciples, au sein de l’Eglise, est une communion au service de la vie : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.


Tout le temps de Pâques jusqu’à son couronnement avec la fête de la Pentecôte est une célébration de la victoire du Ressuscité sur la mort, une célébration de la vie divine offerte gratuitement à tous les hommes. Comme toujours, c’est un appel à notre liberté. Vivre vraiment de cette vie divine de communion avec Jésus ne peut pas se faire sans un engagement total de notre personne à écouter sa voix et à le suivre. Au plus nous nous donnons dans l’amour et la confiance au bon berger, au plus nous ferons l’expérience en nous de sa paix et de sa joie.

dimanche 30 avril 2017

Troisième dimanche de Pâques / A



Luc 24, 13-35

30/04/17

En rapportant l’expérience des disciples d’Emmaüs, saint Luc fait une catéchèse liturgique sur le sacrement de l’eucharistie. Nous retrouvons en effet dans son récit la structure de ce sacrement : la première partie avec la liturgie de la Parole et l’homélie, la seconde partie avec la fraction du pain et la communion.

Cet Evangile de Luc nous parle de la présence de Jésus Ressuscité dans son Eglise. Mais il le fait en lien avec la vie de ces deux disciples qui, accablés par la tristesse, quittent Jérusalem pour Emmaüs. Jésus ressuscité, pour se révéler à ces hommes qui ne croient pas en sa résurrection, prend le temps de marcher avec eux et de dialoguer avec eux. Il les écoute, les interroge et ce n’est que plus tard qu’il leur apporte sa lumière en partant des Ecritures. Leur cœur est lent à croire, et le Seigneur respecte leur difficulté. Au lieu de les juger et de les condamner, il explique pour eux le sens des Ecritures. Jésus aurait pu se révéler à eux dès le début de la rencontre. Il choisit une autre manière de faire, plus patiente et remplie de miséricorde à l’égard de ces hommes qui souffrent parce qu’ils ont été déçus par la mort de Jésus en croix. Nous le voyons, le Ressuscité n’impose pas sa présence de l’extérieur, mais il respecte le chemin personnel de ces hommes ainsi que leur liberté. Ce qui les empêche d’accueillir le témoignage des femmes sur le tombeau vide, c’est bien l’idée qu’il se faisait du Messie, un Messie libérateur, triomphant et qui ne pouvait connaître ni la souffrance ni l’échec. L’itinéraire personnel de Jésus ne correspond pas à la conception qu’il se faisait de Dieu. Tout cela signifie que ce sont souvent nos préjugés sur Dieu qui nous empêchent de croire en Lui et de reconnaître sa présence dans nos vies. Or le chrétien ne croit pas en un Dieu qui correspondrait à ses conceptions et à ses attentes, mais à Dieu tel que Jésus le révèle et le fait connaître. C’est ce chemin que font les disciples sur la route grâce à la patience et aux enseignements de l’inconnu qui marche avec eux.

Ce n’est qu’une fois arrivés dans l’auberge, au moment de la fraction du pain, que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent enfin dans l’inconnu Jésus Vivant. Au moment même où ils le reconnaissent, celui-ci disparaît à leurs regards. De ce paradoxe nous pouvons tirer plusieurs enseignements pour nous. En premier lieu la présence de Jésus n’est pas d’abord une affaire de connaissance, fut-elle biblique. C’est à travers l’humble geste de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent. Dans tous les sacrements, mais au plus haut point dans la communion eucharistique, il y a cet aspect matériel et concret qui touche pas seulement notre raison et notre intelligence mais aussi notre corps et notre cœur. Et c’est d’ailleurs quand ils mangent le pain donné par Jésus que la première partie, sur la route, prend tout son sens : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ? Si la compréhension de la Bible nous prépare à la communion, c’est bien la communion sacramentelle avec Jésus qui permet en retour que l’Ecriture touche notre cœur et le fasse brûler de l’amour même de Dieu. Le fait que Jésus disparaisse au moment même où il est reconnu à travers le signe du pain nous enseigne que l’eucharistie nous donne accès à la présence du Ressuscité mais sans pour autant l’enfermer à la mesure de nos dimensions humaines. Depuis l’Ascension et la Pentecôte, Jésus est assis à la droite du Père. Sa présence et son amour nous sont donnés, en particulier dans la célébration fervente de la messe, mais il demeure toujours le Fils unique du Père. Ce n’est qu’à travers le voile de la foi que nous avons accès à sa présence. Le Ressuscité est toujours en même temps notre frère, notre ami fidèle, notre compagnon sur la route de nos vies et celui qui dépasse, en tant que Verbe de Dieu et Ressuscité, toutes nos représentations et nos espérances humaines.

C’est ce que saint Jean exprime d’une manière magnifique dans le prologue de son Evangile :


AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

dimanche 23 avril 2017

Deuxième dimanche de Pâques / A


23/04/17

Les textes bibliques de ce dimanche dans l’octave de Pâques nous invitent à une réflexion sur notre foi chrétienne. Dans l’Evangile nous entendons le Ressuscité dire à Thomas : Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Pierre, dans la deuxième lecture, nous parle des épreuves de cette vie qui, d’une manière paradoxale, peuvent nous faire grandir dans notre attachement au Christ : elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. Enfin la première lecture nous présente la communauté des premiers chrétiens de Jérusalem comme une communauté de croyants, la crainte de Dieu étant dans tous les cœurs. Précisons au passage que la crainte de Dieu n’a rien à voir avec la peur. Ce terme biblique se rapprocherait plutôt du mot français « respect ». Il ressort de ces lectures que notre foi en Jésus ressuscité est un bien précieux, le don le plus précieux de tous, un don venant de Dieu lui-même avec la charité et l’espérance. D’où l’importance pour chacun d’entre nous de prendre conscience de la grandeur de ce don et de savoir remercier le Père pour ce don qui nous met en communion avec Jésus mort et ressuscité pour nous. La foi relève d’un ordre surnaturel, elle n’est pas de l’ordre de la vision. Elle nous permet, comme le dit saint Pierre, d’aimer Jésus sans le voir, de croire en lui dans l’attente de la rencontre face à face au jour de notre mort et du jugement.

La lecture tirée des Actes des apôtres nous montre les fruits que produit une foi vivante. La foi va toujours de pair avec la fidélité. Les premiers chrétiens de Jérusalem étaient fidèles dans trois domaines constitutifs de la vie chrétienne : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle et la vie de prière. Tels sont les fruits de notre foi si nous sommes fidèles à la grâce qui nous est faite. Une foi vivante cherche à toujours mieux connaître la révélation divine par la méditation de la Bible et l’étude des enseignements de l’Eglise. Avoir suivi quelques années de catéchisme dans sa jeunesse ne suffit pas. A notre époque il est indispensable pour le chrétien adulte de se former dans sa foi, tout particulièrement à travers l’étude de la doctrine sociale de l’Eglise. Une foi vivante favorise la communion et l’unité entre tous les croyants. Elle ouvre aussi les cœurs à tous les hommes qui ne partagent pas notre foi. Etre catholique, c’est vivre en communion avec tous les membres de l’Eglise tout en promouvant cette communion avec toute l’humanité, car tous les hommes ont un seul Dieu et Père, créateur de tous. Les chrétiens de Jérusalem avaient compris que cette communion n’était pas seulement spirituelle. Elle impliquait aussi un esprit très concret de partage et de solidarité : Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. La capacité des croyants à partager leurs biens matériels avec leurs frères, en particulier avec ceux qui sont dans le besoin, est un signe éclatant de l’authenticité de leur foi. Notre foi chrétienne nous détourne de la tentation de l’accumulation sans fin des richesses et nous fait donc un devoir de les utiliser pour soulager les hommes qui manquent du nécessaire pour vivre dignement, qu’ils soient croyants ou pas. Enfin une foi vivante nous introduit à la vie spirituelle, vie de communion avec le Ressuscité par les sacrements, en particulier l’eucharistie et le sacrement du pardon, et la prière personnelle quotidienne. On ne peut participer pleinement et fructueusement à l’eucharistie du dimanche si pendant la semaine notre vie est un désert spirituel ne laissant aucune place à la prière et à la lecture de la Bible.


En ce dimanche de la miséricorde divine, faisons nôtre la prière qui exprime l’essentiel de notre foi : Jésus, j’ai confiance en toi !

dimanche 16 avril 2017

DIMANCHE DE PÂQUES 2017



16/04/17

Nous voici parvenus au sommet de notre année liturgique avec la célébration de la résurrection du Seigneur. Cet événement que nous ne pouvons accueillir que par la foi est le centre non seulement de toute notre vie chrétienne mais aussi le centre de l’histoire humaine et de celle de toute la création. Jésus vainqueur de la mort inaugure la nouvelle création voulue par Dieu. Si le Christ n’est pas ressuscité d’entre les morts, alors toute notre foi s’écroule, et le christianisme devient une sagesse parmi tant d’autres. Cette fête est pour nous l’occasion d’une conscience renouvelée de notre participation réelle, par le baptême et les sacrements, au mystère de Jésus mort et ressuscité pour nous. Dans la deuxième lecture l’apôtre n’hésite pas à dire : vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Si tout cela est vrai, cela signifie que notre foi est une force capable de nous transformer et, avec nous, le monde que nous habitons durant le temps de notre brève existence sur cette terre. Si tout cela est vrai, l’espérance chrétienne et la charité nous poussent à agir et à faire des choix pour que ce monde soit toujours davantage conforme à la volonté du Père et Créateur. Dans la première lecture, l’apôtre Pierre dit de Jésus qu’il faisait le bien là où il passait, consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Un disciple de Jésus doit forcément se poser la question suivante : au jour de ma mort quel bilan pourrai-je faire de ma vie sur cette terre ? Comment aurai-je fait fructifier toutes les grâces de Dieu ? Ma foi aura-t-elle été stérile, inactive, ou bien, au contraire, m’aura-t-elle permis de faire le bien comme Jésus ? Le pape François rappelle en permanence le lien existant entre notre foi en Jésus ressuscité et notre engagement social. Dans un monde qui semble possédé par les forces du mal, que l’on pense à la famine, aux guerres, aux inégalités croissantes, au massacre de l’environnement et des espèces animales, il semble difficile de demeurer dans l’espérance qui nous vient du Christ ressuscité. Dans son exhortation apostolique de 2013, La joie de l’Evangile, le pape François nous permet de comprendre la racine de tous ces maux. L’idolâtrie de l’homme contemporain ne consiste pas à se prosterner devant une statue d’une quelconque divinité, il s’agit plutôt de l’idolâtrie de l’argent. Et cette idolâtrie nous coupe de Dieu et des autres. Elle tue ou avilit chaque jour des millions d’êtres humains, dont de nombreux enfants. C’est elle aussi qui fait que la nature est perçue uniquement comme une source de profits que l’on peut piller sans aucune limite, et les animaux comme des objets privés de leur dignité de créatures de Dieu. Ecoutons une longue citation du pape à ce sujet :

La culture du bien-être nous anesthésie et nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté, tandis que toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue.

Le constat est clair : nous ne pouvons pas en même temps reconnaître le Christ comme notre Seigneur et pratiquer l’idolâtrie de l’argent ! Dans son encyclique Laudato si’, le pape nous propose le chemin d’une vie véritablement chrétienne, vie sobre et vie de partage, ce chemin est celui d’une rupture avec le système dominant notre monde et il implique le courage d’une entrée en résistance. Croire en la résurrection du Christ exige de nous une libération de l’idole argent et de l’égoïsme pour que le règne du Christ puisse enfin s’instaurer dans les cœurs comme dans les sociétés. Chacun de nous, seul et avec d’autres, en s’engageant dans des associations qui promeuvent la doctrine sociale de l’Eglise, et en les soutenant financièrement, a le pouvoir de faire que sa foi s’incarne dans notre monde, sans perdre l’espérance. En ce saint jour de Pâques, contemplons avec les apôtres Paul et Pierre le magnifique projet de Dieu qui, en ressuscitant Jésus, a fait de lui le chef d’une création nouvelle :

La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.
Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.


dimanche 9 avril 2017

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION


9/04/17

Matthieu 26,14-27,66

C’est avec la lecture de la Passion du Seigneur selon saint Matthieu que nous commençons la semaine sainte. L’évangéliste voit dans la Passion et la mort de Jésus l’accomplissement des Ecritures. L’Ancienne Alliance s’accomplit dans la nouvelle Alliance, le sang de Jésus est bien le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés. Pour nous rapporter les événements tragiques du vendredi saint, Matthieu utilise de nombreuses expressions du psaume 21, si bien que ce que vit Jésus à ce moment-là est compris comme l’accomplissement de ce psaume. L’humanité de Jésus est mise en avant, et cela dès le récit de l’agonie dans le jardin des oliviers. Les paroles que le Seigneur adresse alors à ses disciples comme à Dieu montrent qu’il ne va pas au-devant de la croix à la manière d’un antique héros impassible : Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » L’intense souffrance morale de Jésus précède la souffrance physique que la Passion va infliger à son corps. Cette souffrance morale se caractérise dans le récit de saint Matthieu par le sentiment d’abandon et de solitude. C’est d’abord l’abandon des disciples accompagné par la trahison de Judas et le reniement de Pierre : Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent. Sur la croix le Seigneur prononce une unique parole qu’il emprunte au commencement du psaume 21 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Cette parole fait écho aux railleries des autorités religieuses du peuple qui se réjouissent d’avoir pu enfin condamner au silence cet homme en le faisant crucifier par Pilate : Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” En mourant sur la croix, Jésus sait qu’il accomplit les Ecritures et la volonté de son Père en vue de notre réconciliation et de notre sanctification. D’une manière incompréhensible pour nous, lui, qui est vraiment Dieu et vraiment homme, fait la douloureuse expérience du silence et de l’apparente absence de son Père. Le déchirement de son corps accablé de souffrances s’accompagne du déchirement de son âme. L’interrogation empruntée au psaume indique l’intensité de l’épreuve qui est celle du Christ quelques instants avant sa mort en croix. Il n’en demeure pas moins le Fils de Dieu, le Sauveur de l’humanité. Cela signifie qu’il est aussi déjà habité par les prémisses de la lumière de Pâques. Il sait à ce moment précis, au sein même de ce sentiment d’abandon, qu’il est vainqueur du mal et de la mort. Il fait siennes les paroles d’espérance qui concluent le psaume 21 :


Tu m'as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur, glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël. Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte. Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses... Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son œuvre !

dimanche 26 mars 2017

Quatrième dimanche de Carême / A


Jean 9, 1-41

26/03/17

Après la rencontre avec la samaritaine, l’Evangile de ce dimanche de carême nous fait méditer la guérison de l’aveugle de naissance. Saint Jean consacre très peu de lignes au récit de la guérison. Il s’intéresse davantage à la polémique que cette guérison suscite parmi les pharisiens. Dans ce récit deux enseignements principaux nous sont donnés. Le premier concerne la question du mal physique (pourquoi cet homme est-il né aveugle ?). Le second traite de la foi et de son contraire, le refus de croire, assimilable dans le récit à un aveuglement volontaire.

Pourquoi donc cet homme est-il né aveugle ? Confrontés au scandale du mal, nous cherchons forcément des explications. La réponse donnée par Jésus et par les pharisiens est radicalement différente. Pour ces derniers, partisans de la théorie traditionnelle, c’est le péché qui expliquerait le handicap de cet homme, sa condition d’aveugle étant en quelque sorte une punition divine… Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance… Relevons au passage la dureté et le mépris avec lesquels les pharisiens considèrent cet homme guéri par Jésus. Pour le Seigneur au contraire le péché n’explique rien. Ni cet homme, ni ses parents ne sont responsables du fait qu’il soit né aveugle. Cet état n’est donc pas une punition du péché… mais l’action de Dieu devait se manifester en lui. Nous le constatons, Jésus ne répond pas à la question de l’origine du mal physique. Ce scandale reste dans le domaine du mystère. Notre intelligence n’a pas accès à une explication rationnelle satisfaisante, et elle doit donc l’accepter plutôt que de donner de fausses réponses. Par contre Jésus semble dire que Dieu peut tirer un bien de ce mal en manifestant sa bonté et sa puissance à l’égard de cet homme. Cela signifie que le mal physique (pensons à tous les malades) exige des membres de l’Eglise un surcroit de charité et de dévouement. Les premiers hôpitaux d’Europe ont été créés et gérés par des congrégations religieuses, ils se nommaient Hôtel-Dieu.

L’autre enseignement de ce récit porte sur l’endurcissement de cœur des pharisiens et leur refus obstiné de croire en Jésus malgré l’évidence. Le signe de la guérison est clair et indiscutable… mais Jésus a eu le tort de faire du bien à cet aveugle le jour du sabbat ! C’est la raison pour laquelle ils se mettent à persécuter l’homme ayant retrouvé la vue ainsi que ses parents. Les pharisiens eux-mêmes sont divisés, puisque certains ouvrent tout de même leur cœur : Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? Mais le groupe des incrédules l’emporte. Pour eux l’infraction de la loi du Sabbat est plus importante que la guérison de l’aveugle de naissance. Leur culte de la loi de Moïse ferme finalement leur cœur en la foi en Jésus, et ils préfèrent par conséquent ne pas se prononcer sur l’identité de Jésus : nous ne savons pas d’où il est. La réaction du miraculé contraste par sa simplicité avec les raisonnements tortueux des pharisiens :

Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire.

Face à l’évidence des faits, ils s’enferment dans leur condamnation morale de Jésus : nous savons, nous, que cet homme est un pécheur.

La conclusion de cette page évangélique nous fait passer de la lumière naturelle à la lumière de la foi. Et Jésus fait remarquer aux pharisiens la gravité de leur propre péché, eux qui s’empressent de dénoncer le péché chez les autres…

Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure.


Le pire des aveuglements, celui de l’orgueil, consiste à ne pas voir que nous ne voyons pas, à nous croire justes alors que nous sommes pécheurs. Le pire des aveuglements, c’est celui qui est volontaire et qui nous enferme dans nos préjugés, nous empêchant de découvrir dans nos vies la nouveauté de l’action de Dieu. L’humilité nous recommande, au contraire, de reconnaître notre lenteur à croire, notre manque de foi, afin d’être guéris par l’amour du Christ. Au chapitre 9 de l’évangile selon saint Marc, nous voyons le père d’un enfant possédé dire à Jésus : Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! Cette prière paradoxale résume bien notre situation personnelle. La foi étant un chemin jamais terminé, nous portons toujours en nous simultanément une part de foi et une part d’incroyance. Au cœur de cette eucharistie, disons à Jésus ressuscité notre besoin de guérison et d’illumination : viens au secours de mon manque de foi !

dimanche 19 mars 2017

Troisième dimanche de Carême / Année A



19/03/2017

Jean 4, 5-42

Du troisième au cinquième dimanche de Carême, l’année liturgique A propose à notre méditation les Evangiles qui, dans l’Eglise primitive, accompagnaient les catéchumènes dans leur marche vers le baptême : aujourd’hui la samaritaine, dimanche prochain l’aveugle de naissance et enfin la résurrection de Lazare.

La rencontre de Jésus avec la femme de Samarie est un exemple saisissant de la pédagogie du Seigneur. Son but est bien de nous amener à la foi et de nous faire progresser dans notre vie de disciples. Regardons comment il procède avec la samaritaine. Il commence par une demande très matérielle : donne-moi à boire. Jésus a réellement soif. Il a beaucoup marché et il fait chaud à l’heure de midi. Sa demande suscite l’étonnement, donc la curiosité de la femme. Comment se fait-il qu’un homme Juif m’adresse la parole et me demande quelque chose ? Jésus montre ainsi que les barrières édifiées par les hommes entre eux n’ont aucune valeur, et s’opposent même à la volonté de Dieu, créateur et Père de tous les hommes. Ce que saint Paul a parfaitement traduit dans sa lettre aux Galates :

Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.

Vient ensuite le moment du quiproquo :

Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? »

Jésus parle d’une eau spirituelle, celle de l’Esprit Saint, mais la femme ne comprend pas et en reste à l’eau matérielle… pensant que ce serait très agréable de ne plus avoir à venir au puits chaque jour si Jésus lui donnait cette eau vive qui désaltère pour toujours… On retrouve une situation de quiproquo plus loin dans le récit lorsque les disciples, revenus de la ville avec de la nourriture, ne comprennent pas les paroles de leur Maître :

« Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »

Pour sortir la samaritaine de son incompréhension, Jésus lui demande d’appeler son mari… ce qui lui permet de révéler avec délicatesse sa connaissance de la situation compliquée de cette femme… A partir de ce moment où elle le reconnaît comme un prophète et pas seulement comme un Juif original qui a soif, elle-même élève la conversation en abordant un thème spirituel, celui de l’adoration de Dieu. Il est vrai que sa question demeure marquée par le matériel : où faut-il adorer Dieu et non pas comment adorer Dieu ? Une fois de plus Jésus rectifie en lui enseignant que l’essentiel n’est pas le lieu de notre adoration mais la manière que nous avons d’adorer Dieu et d’observer ainsi le premier de tous les commandements, l’amour envers Dieu :

Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer.

Le Père de Jésus n’est pas une chose, un objet, une idole ou encore un dieu fait à l’image de l’homme. Il est Esprit, d’où l’interdiction de le représenter par une image. La seule image possible de Dieu étant justement son Fils dans le mystère de l’incarnation. Jésus nous fait ainsi comprendre le danger d’une religion sans spiritualité qui attacherait davantage d’importance aux aspects extérieurs du culte qu’au culte lui-même. Dans le culte que nous rendons à Dieu, ce qui est premier et essentiel c’est l’amour sincère que nous lui portons dans notre cœur et notre désir de vivre selon sa volonté en suivant les inspirations de l’Esprit. C’est cela adorer Dieu en esprit et en vérité. Mais si le Seigneur souligne l’importance de la spiritualité dans notre foi, il ne nous fait pas tomber pour autant dans un spiritualisme désincarné. Puisque tout son enseignement ne cesse de nous répéter que c’est à travers le critère de notre amour concret pour le prochain que nous pouvons savoir si nous adorons vraiment Dieu en esprit et en vérité. Un passage du prophète Michée faisait déjà le lien entre une authentique spiritualité et la justice sociale qui en découle :

Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » La voix du Seigneur appelle la cité : « Écoutez... Puis-je supporter une mesure fausse, des biens acquis par fraude et un boisseau honteusement réduit ? Puis-je tenir pour innocents ceux qui utilisent des balances fausses, et des sacoches de poids truqués ? Les riches sont pleins de violence. Les habitants profèrent le mensonge, leur langage n’est que tromperie.
En ce temps de Carême, l’adoration en esprit et en vérité nous permet donc de faire le lien entre notre vie de prière et notre engagement personnel pour que règnent le droit et la justice dans nos relations sociales, d’où le rappel qui nous est fait du devoir de solidarité et de partage.


dimanche 5 mars 2017

Premier dimanche de Carême / année A


5 mars 2017

Genèse 2, 7-9 ; 3, 1-7

La liturgie de ce premier dimanche de Carême met en parallèle la tentation de la femme dans le jardin d’Eden et la tentation de Jésus dans le désert. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous parle d’Adam comme celui qui préfigurait Jésus, et il nous donne le sens spirituel de ce parallélisme :
En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

Avant de regarder le mécanisme de la tentation et comment la femme et Jésus se comportent dans cette situation, il est intéressant de revenir brièvement au début de la première lecture, c’est-à-dire à la création de l’homme :

Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant.

Dieu nous crée à partir de deux éléments distincts : la poussière et le souffle de vie. Nous sommes à la fois fragiles et humbles, reliés à la terre et à toutes les autres créatures, et rendus vivants par le don du souffle de vie, ce que la tradition philosophique appelle l’âme. Nous sommes en même temps matière et esprit, corps et âme.

Regardons maintenant comment le serpent tentateur s’y prend pour faire tomber la femme et avec elle son mari. Il commence par utiliser le mensonge, mais sous une forme interrogative, donc dissimulée :
« Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? »

Face à la réaction de la femme qui détecte le piège et rétablit la vérité, le tentateur, menteur et père du mensonge (Jean 8,44), accuse Dieu de mensonge :

« Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »

Il présente l’image redoutable d’un Dieu jaloux de ses privilèges et qui veut maintenir l’homme dans l’ignorance. Ce faisant il fait miroiter aux yeux de la femme l’espérance d’un changement de condition : passer de la condition de créatures à celle d’êtres de rang divin. Cette tentation originelle n’a qu’un seul but : faire tomber dans le péché capital d’orgueil la femme et son mari. Le message du serpent les invite à s’élever par eux-mêmes au niveau de Dieu en mangeant du fruit défendu. Sous-entendu, c’est en désobéissant à Dieu que vous lui serez semblables… La suite du récit est très importante pour nous faire comprendre le mécanisme psychologique de la tentation :

La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence.

Ce fruit interdit par Dieu a en effet un aspect savoureux, agréable et désirable… Le mal et le péché se présentent toujours à nous comme des réalités agréables et désirables. Nous ne faisons pas le mal pour le mal. Si nous succombons si facilement à la tentation, c’est bien parce que le mal se présente toujours à nous déguisé en bien. Ce n’est qu’une fois que nous avons succombé que nos yeux s’ouvrent en effet, non pas pour nous rendre compte que nous sommes devenus des dieux, mais pour découvrir au contraire que nous sommes nus, c’est-à-dire faibles.

Si la femme et son mari se sont laissés trompés par le serpent, Jésus, lui, sort victorieux des trois tentations. De quelle manière ? En s’appuyant sur la parole de Dieu : il est écrit… Dans la tentation, il est toujours dangereux de se fier à notre seul sentiment et jugement, car la tentation trouble justement notre capacité de discernement. En se référant à l’objectivité de la parole de Dieu, Jésus se met hors d’atteinte et n’offre ainsi aucune prise au démon. Dans la deuxième tentation, le tentateur affine sa méthode en citant lui-même la parole de Dieu. Cela signifie que certaines tentations peuvent se présenter à nous sous l’aspect de la piété et de l’obéissance à Dieu.

Le temps du Carême nous met devant les yeux ce choix fondamental : l’humilité ou l’orgueil, la vie ou la mort. A travers la prière, le jeûne et le partage, nous demandons à Dieu notre Père la grâce de l’humilité chrétienne. Nous demandons la grâce de comprendre que notre véritable grandeur, notre dignité de fils de Dieu n’est pas une conquête de notre intelligence mais un don de Jésus. Les jours qui nous acheminent vers Pâques et nous préparent à cette solennité nous invitent à vivre de l’intérieur la vérité de l’Evangile, vérité dont nous trouvons une réalisation parfaite en Jésus et en Marie :


Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé !