dimanche 5 novembre 2017

TOUSSAINT 2017


Le concile Vatican II a enseigné, en conformité avec le message du Nouveau Testament, que tous les fidèles du Christ étaient appelés à la sainteté. C’est donc la vocation commune à tous les chrétiens en raison de la grâce reçue au baptême et à la confirmation. Cette grande vérité avait été quelque peu oubliée dans le passé, si bien qu’on en venait à penser que la sainteté était réservée aux vocations particulières : religieux, religieuses et membres du clergé. Saint François de Sales s’est élevé avec force contre cette réduction de l’appel à la sainteté à certaines vocations, et cela au 17ème siècle. En témoigne ce passage de son Introduction à la vie dévote :

C'est une erreur de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent ès états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite.

La solennité de la Toussaint est une occasion de nous rappeler cet appel universel à la sainteté, appel qui concerne tout autant les membres laïcs de l’Eglise que le clergé et les personnes consacrées dans la vie religieuse. Simplement chaque chrétien peut aspirer à la sainteté en fonction de sa vocation, ce qui signifie que les chemins et les moyens ne sont pas les mêmes pour tous. Saint François de Sales le montre clairement :

Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu'ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier.

Le concile Vatican II enseigne que le lieu propre de l’exercice de la sainteté par les fidèles laïcs, c’est notre monde. Les personnes laïques, mariées ou célibataires, se sanctifient dans l’accomplissement de leurs tâches au sein même des réalités terrestres. D’où l’importance de toujours rechercher l’accomplissement de son devoir d’état dans la famille, le travail comme dans la société. Les laïcs se sanctifient tout particulièrement dans les domaines étudiés par la doctrine sociale de l’Eglise : la famille, le travail et l’économie, la politique, l’écologie et la promotion de la paix. C’est par leur engagement de foi dans ces réalités, si importantes pour la vie de la société, que les fidèles laïcs sont sel de la terre et lumière du monde. Cela ne signifie pas, bien sûr, que les laïcs pourraient se désintéresser de la spiritualité et de la vie de prière, bien au contraire. Simplement une maman ou un papa ne peuvent pas s’adonner à la prière de la même manière qu’une personne consacrée dans un monastère. Et saint François de Sales va encore plus loin en affirmant que notre recherche de la sainteté doit aussi tenir compte de notre situation personnelle concrète : il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Cela signifie que telle mère ou père de famille pourra prier chaque jour 30 minutes alors que pour d’autres 10 minutes suffiront… Donc pas de règles rigides et uniformes qui seraient valables pour tous dans la recherche de la vie parfaite ! Même si un minimum est exigé comme la participation à la messe du dimanche, la prière quotidienne et la confession pascale ainsi que la volonté de mettre en pratique le commandement de l’amour. La première lecture nous montre une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. La sainteté n’est donc pas réservée à un petit nombre d’élus. Telle est notre espérance, devenir semblables à Jésus parce que nous le verrons tel qu’il est. Tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur. La sainteté est en effet d’abord un chemin, toujours à reprendre sans jamais se décourager. Elle est le chemin du désir de Dieu, du désir de ressembler au Christ des Béatitudes. Elle est le chemin de la communion avec Dieu par la pratique du commandement de l’amour. Nous faisons dès maintenant partie du peuple des saints et des saintes si nous nous reconnaissons dans les paroles du psaume :

Voici le peuple de ceux qui cherchent le Seigneur, qui recherchent la face de Dieu !

Les saints et les saintes du Ciel ont tous été des chercheurs de Dieu en pratiquant jour après jour, dans la joie comme dans les épreuves, les vertus de foi, espérance et charité.


samedi 21 octobre 2017

29ème dimanche du temps ordinaire / année A



Matthieu 22, 15-21

22/10/17

Dans les derniers jours de son ministère public à Jérusalem, Jésus est confronté à ses ennemis qui cherchent par tous les moyens possibles à le discréditer. Toutes les questions qui lui sont posées ne proviennent pas du désir de connaître la vérité mais de la volonté de le faire tomber dans un piège. La parole humaine en est réduite alors à n’être qu’une arme en vue de détruire l’adversaire. Pour citer l’Ecclésiaste, rien de nouveau sous le soleil. Cet usage hypocrite et pervers de la parole humaine se poursuit de nos jours dans les prétendus débats politiques, et certains de nos journalistes ressemblent bien aux pharisiens du temps de Jésus. Avant même de poser leurs questions, ils ont condamné la personne à laquelle ils s’adressent. Leur but n’est pas de mettre en valeur ce qu’elle pense réellement sur des sujets de fond, mais de la prendre en faute sur des détails insignifiants… Bref ils ne contribuent pas à informer de manière objective mais ils manipulent l’opinion publique. Pour masquer l’hypocrisie et la manipulation, rien ne vaut une bonne dose de flatterie… Maître, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Cette description de Jésus est parfaitement juste. Le problème réside dans le fait que les pharisiens n’y adhèrent pas intérieurement, ils sont dans l’hypocrisie la plus totale. Quant à leur question, elle est formulée de telle manière qu’elle révèle leur penchant légaliste : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? Le Seigneur ne va tomber dans le piège et il va s’abstenir de répondre oui ou non de manière directe. Derrière la question des pharisiens se profile le problème politique qui les tracasse. Depuis Pompée, leur pays, la Judée, est une province sous l’autorité de Rome. C’est cela qu’ils ne supportent pas. C’est la raison pour laquelle ils se dispenseraient bien de payer l’impôt à César. Jésus n’est pas venu pour jouer le rôle d’un Messie politique, d’un Juif nationaliste, rempli de zèle pour bouter l’occupant romain hors d’Israël. Sa mission est essentiellement spirituelle : permettre aux hommes de se convertir pour accueillir le Royaume des Cieux. Il distingue donc les réalités de ce monde, temporelles, comme l’organisation politique, des réalités spirituelles. D’une manière très habile, il fait remarquer à ses ennemis qu’ils sont bien obligés d’utiliser les monnaies romaines dans leur vie quotidienne, que cela leur plaise ou pas. D’où la leçon selon laquelle il convient de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Implicitement, il leur répond qu’il faut payer l’impôt à César, car cela ne constitue absolument pas un obstacle à l’essentiel : la vie de communion avec Dieu. Les empereurs romains comme les présidents de la République passent, seul Dieu demeure. Autrement dit l’occupation romaine n’empêche pas le Juif qui le désire d’adorer Dieu en esprit et en vérité. C’est d’un autre domaine. D’ailleurs lorsque le Royaume de Juda et d’Israël était indépendant et libre, beaucoup de rois ont malheureusement été de mauvais rois qui ont été infidèles à la foi monothéiste et sont tombés dans des pratiques païennes… La vraie question n’est donc pas de type légal : est-il permis, oui ou non ? mais bien spirituelle : comment je peux progresser dans la vraie foi, l’amour et l’adoration du Dieu vivant quel que soit le contexte politique dans lequel je me trouve. Il est toujours dangereux de confondre la sphère temporelle du politique, par définition imparfaite et changeante, et la sphère de la vie spirituelle ancrée sur le roc de la sainteté de Dieu. Le billet de banque des Etats-Unis témoigne de cette confusion en osant mettre le nom de Dieu sur un vulgaire moyen de paiement, In God we trust… L’intention était probablement d’honorer Dieu, mais le résultat est dramatiquement l’opposé puisqu’on rabaisse le nom sacré de Dieu en l’imprimant sur un billet de banque… Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent… Une autre manière de dire : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. D’où l’importance pour nous de ne pas diviniser la sphère temporelle et politique et de ne pas mettre Dieu au service des Césars de notre temps. Pour ce qui est des lois civiles justes comme payer l’impôt, Jésus est légaliste, et Paul à sa suite. Pour ce qui est de notre relation avec Dieu, Jésus dépasse le domaine de ce qui est permis ou pas, il nous demande en effet d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre intelligence et de toute notre force.

dimanche 15 octobre 2017

28ème dimanche du temps ordinaire / A


Matthieu 22, 1-14

15/10/17

Nous avons probablement tous déjà fait cette expérience désagréable : inviter des amis à une fête ou à un bon moment à passer ensemble et recevoir une réponse négative du style : excuse-moi, mais je n’ai pas le temps… Peut-être avons-nous renouvelé nos invitations quelques fois… et avons-nous fini par nous décourager devant le manque d’enthousiasme de ceux que nous invitions à partager un bon moment ensemble… Dans ces moments nous pouvons ressentir en nous de l’amertume et de la colère en nous posant la question suivante : ceux que nous avons invité et qui ont refusé étaient-ils vraiment des amis ou bien de simples connaissances ?
Dans la Bible, Dieu se présente très souvent à nous comme celui qui appelle, celui qui invite. C’est le thème principal de la parabole de ce dimanche. Mais ici ce n’est pas une simple invitation à participer à une fête quelconque : il s’agit en effet du Père qui célèbre les noces de son Fils. Une fête de mariage n’est pas comparable à une banale soirée de fête ! C’est un événement extrêmement important et significatif. Mais si le Fils de Dieu, Jésus, est l’époux dans la parabole, alors qui est l’épouse ? Plusieurs réponses peuvent être données à cette question. Pensons tout d’abord au mystère de l’incarnation par lequel le Fils de Dieu épouse notre humanité en se faisant notre frère. Mais l’épouse peut aussi être l’Eglise pour laquelle Jésus a donné sa vie, et donc d’une certaine manière chaque membre de l’Eglise, chaque baptisé. Tous les chrétiens sont ainsi appelés à fêter les noces du Royaume des cieux, à se réjouir de l’Alliance d’amour entre le Père et l’humanité en son Fils Jésus. Oui, la multitude des hommes est appelée.

Si cette parabole nous parle de l’invitation de Dieu, elle nous montre aussi comment nous répondons à cet appel : les invités ne voulaient pas venir ; ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce. Ces réactions sont déjà bien décevantes, mais il y a pire encore : les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. C’est le drame qu’ont vécu tous les prophètes, Jésus lui-même et tous les serviteurs de l’Evangile qui continuent aujourd’hui à inviter tous les hommes au repas de fête, au festin de l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Bref Dieu invite et les hommes préfèrent s’occuper de leurs affaires terrestres plutôt que de lui répondre. Si Dieu nous considère comme ses enfants bien-aimés, malheureusement nous le considérons souvent comme un détail dans notre vie, celui à qui nous donnons la dernière place. Une fois que nous avons passé la plus grande partie de notre temps à notre travail, à nos occupations et à nos divertissements, peut-être donnerons-nous quelques miettes de notre temps pour vivre notre relation avec Jésus. Le repas des noces ne fait pas seulement allusion au festin symbolique de la fin des temps dans le Royaume des cieux mais aussi au repas de l’eucharistie auquel nous sommes invités chaque dimanche, repas qui nous prépare justement à notre entrée dans la vie éternelle : heureux les invités au repas du Seigneur ! Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Quand il s’agit d’organiser notre week-end, notre dimanche, quelle place donnons-nous à cette invitation que Jésus nous fait par la voix de son Eglise ? Pouvons-nous répondre au Seigneur, si nous l’aimons vraiment, non, désolé, je n’ai pas le temps, je n’ai pas une heure à te consacrer pour participer à ton repas de fête ? L’image du repas des noces, donc du festin de l’amour entre Dieu et l’humanité, ne se limite pas à évoquer la communion au corps et au sang de Jésus lors de la messe du dimanche. Chaque fois que nous donnons de notre temps et que nous nous donnons nous-mêmes au Seigneur pour nourrir notre foi et notre relation avec lui, nous répondons oui à son invitation : lecture de la Bible, prière personnelle, temps de récollection ou de retraite etc.

Le repas est prêt mais les invités n’en étaient pas dignes. La liturgie de la messe nous fait bien comprendre que nous ne serons jamais dignes du grand don qui nous est fait. Non pas pour nous décourager ou nous condamner, mais pour mettre en notre cœur l’humilité sans laquelle nous ne pouvons pas profiter pleinement du don de la communion. C’est la raison pour laquelle nous reprenons les paroles de l’officier romain dans l’Evangile. Nous sommes venus, nous avons répondu à l’appel du Seigneur, mais il nous faut demeurer humbles et éviter l’orgueil qui nous ferait penser que nous faisons partie du petit nombre des élus, car le fait même d’avoir répondu à l’invitation est déjà une grâce de Dieu :


Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri.

dimanche 1 octobre 2017

26ème dimanche du temps ordinaire / A


Premier octobre 2017

Mt 21, 28-32

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens. Ceux-ci lui reprochent son action dans le Temple, lorsqu’après son entrée triomphale dans Jérusalem, il en a chassé  les marchands et les changeurs de monnaie qui y commerçaient en vue des sacrifices d’animaux. La tension est donc vive entre le Seigneur et les responsables religieux du peuple. La petite parabole des deux fils, très simple à comprendre, s’adresse à eux pour leur reprocher leur manque de foi. Si les pécheurs, représentés ici par les publicains et les prostituées, ont cru au message de Jean-Baptiste, eux ont refusé de croire, même après avoir vu l’exemple de la conversion des pécheurs. La parabole porte donc sur notre capacité à croire et notre capacité à mettre notre vie en harmonie avec la foi que nous proclamons. Elle nous parle aussi de la possibilité que nous avons d’endurcir notre cœur. Elle reprend l’image du travail dans la vigne de Dieu, déjà rencontrée dimanche dernier. Notre travail dans la vigne est le signe que nous voulons accomplir la volonté du Père. Nous lui faisons confiance et nous obéissons à sa parole. Jésus insiste sur l’importance de nos actes (le travail dans la vigne), actes qui représentent les fruits de notre foi, donc notre conversion. La vie chrétienne exige en effet de chacun de nous une conversion permanente car le risque est grand pour nous de ressembler au fils qui dit oui, qui dit à Dieu « je crois en toi », mais qui refuse ensuite de conformer sa vie à la parole de Dieu. Jésus avait déjà enseigné ce point au chapitre sept du même Evangile, et cet enseignement est une constante dans ses paroles : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.

Plus loin dans le même Evangile, Jésus dénonce cet écart entre les paroles et les actes chez les maîtres de la Loi et les Pharisiens : Tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.


Finalement la parabole des deux fils est un commentaire de la demande du Notre Père : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! Un aspect intéressant de cette parabole concerne notre psychologie humaine blessée par le péché et soumise à la tentation. Nous avons probablement déjà fait l’expérience du premier fils dans notre vie. Face à la volonté de Dieu, connue à travers les enseignements du Seigneur et les inspirations de l’Esprit Saint, nous avons tout d’abord dit « non », nous avons refusé. Et souvent il nous faut un certain temps pour pouvoir dire « oui » et agir en conformité avec ce que le Seigneur attend de nous. Ce qui signifie que notre conversion à l’Evangile est un processus qui prend toujours du temps, à la suite de notre premier acte de foi en Dieu. Ce qui rend notre vie avec le Christ enthousiasmante et vivante, belle et joyeuse, c’est cette expérience que nous pouvons faire chacun, chacune, de manière personnelle. C’est le fait que de petites victoires en petites victoires, nous nous fortifions et nous progressons dans l’accomplissement de la volonté de Dieu. Et au plus nous sommes sanctifiés par l’amour du Seigneur, au plus l’accomplissement de notre vocation chrétienne devient pour nous une source de joie, de paix et d’épanouissement. La lutte demeure toujours présente, mais c’est d’abord la présence de Jésus Ressuscité qui nous guide et nous soutient pour que notre « oui » soit vraiment un « oui » authentique : Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. 

dimanche 17 septembre 2017

24ème dimanche du temps ordinaire / année A


17/09/17

Matthieu 18, 21-35

Le chapitre 18 de l’Evangile selon saint Matthieu est une catéchèse sur le mystère de l’Eglise. L’Evangile de ce dimanche correspond à la conclusion de cette catéchèse construite à partir des paroles du Christ. L’enseignement de Jésus part souvent des questions qu’on lui pose. Le Seigneur aime en effet écouter les questions des hommes pour délivrer son message. Le chapitre 18 s’ouvre par une question des disciples et s’achève par une question de Pierre :

Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ?

Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ?


A ces deux questions, le Seigneur répond en donnant des modèles à imiter, des sources d’inspiration pour notre conduite chrétienne. La vraie grandeur consiste à se faire petit comme un enfant et le pardon authentique fait de nous des imitateurs de Dieu. D’un côté nous avons donc comme modèle le petit enfant et de l’autre Dieu le Père ! Humilité et pardon, humilité et miséricorde vont donc de pair, et trouvent en Jésus, image du Père, leur union parfaite et leur sommet. Ces deux dispositions du cœur, ces deux attitudes sont caractéristiques de la vie chrétienne, et dessinent par conséquent le visage de l’Eglise. Le Fils éternel de Dieu s’est manifesté en la personne de Jésus pour offrir à l’humanité le pardon de Dieu et à la création tout entière le don de la réconciliation et de la paix. Si Jésus exige de Pierre et de tous ses disciples un pardon sans limite, un pardon infini, c’est parce que la miséricorde de Dieu est elle-même infinie et sans bornes. La capacité de pardonner chez les chrétiens devient ainsi une participation humaine à la miséricorde de Dieu manifestée dans le Christ. Que le pardon soit un thème central dans la prédication de Jésus ne demande pas beaucoup de démonstration… Qu’il nous suffise de penser à la demande du Notre Père ! Cette capacité de pardonner est le signe de la présence du Royaume de Dieu parmi nous, elle est un signe éclatant de sainteté. A l’inverse l’attitude du débiteur impitoyable dans la parabole nous fait retomber dans un monde privé de la grâce divine, dans un univers païen. Chaque fois que nous refusons en tant que chrétiens d’offrir le pardon, nous ne sommes pas simplement ingrats et illogiques mais nous bloquons en quelque sorte l’avènement du Royaume de Dieu. Nous déconstruisons ce que Jésus nous a obtenu par l’offrande de sa vie. Notre psychologie humaine, blessée par le péché des origines, est ainsi faite que nous sommes généralement indulgents envers nous-mêmes et impitoyables envers les autres. Les grands saints nous étonnent souvent parce qu’ils se considèrent comme de grands pécheurs. Ils inversent dans leur vie l’instinct psychologique qui accuse autrui avant de se remettre soi-même en question. Notre tendance à être sans pitié envers autrui va de pair avec une autre tendance, presque automatique en nous, celle du jugement. Nous progresserons dans notre capacité à pardonner au fur et à mesure que nous vaincrons cette tendance à juger rapidement les autres sans connaître les tenants et les aboutissants de leur histoire personnelle. Si pardon et humilité vont de pair dans la vie de l’Eglise, alors le conseil que Paul donnait aux premiers chrétiens nous est infiniment précieux si nous voulons refléter dans nos vies la miséricorde du Seigneur à notre égard : ne faites rien par rivalité ni pour la gloire ; ayez l’humilité de croire les autres meilleurs que vous-mêmes. Au lieu de penser chacun à son intérêt, que chacun se préoccupe des autres.

dimanche 10 septembre 2017

23ème dimanche du temps ordinaire / A


10/09/17

Matthieu 18, 15-20

L’Evangile de ce dimanche nous parle de la vie de la communauté chrétienne, de la vie en Eglise. Jésus aborde deux aspects de cette vie communautaire : le péché et la prière. Si nous lisons cet Evangile dans le contexte plus large du chapitre 18 de l’Evangile selon saint Matthieu, nous nous apercevons que ce chapitre s’ouvre par une question des disciples : Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? Et à cette question Jésus répond en appelant un petit enfant… Si quelqu’un peut se rabaisser au niveau de cet enfant, c’est lui le plus grand dans le Royaume des Cieux. Ainsi la note essentielle des disciples, donc de l’Eglise, c’est l’humilité. L’Eglise, à l’exemple de son Maître et Seigneur, est d’abord servante. Jésus aborde ensuite la question du scandale dans la communauté chrétienne. Puis, juste avant l’Evangile de ce dimanche, il propose la parabole de la brebis perdue avec comme conclusion : votre Père des Cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits se perde. Si l’Eglise est d’abord servante, c’est pour le salut de tous les hommes. Ou pour le dire autrement l’Eglise n’est pas signe de salut en dominant mais en s’abaissant, comme Jésus l’a fait lors du lavement des pieds.

Dans ce contexte les paroles sur la correction fraternelle s’éclairent d’un jour nouveau. Elles nous rappellent que l’Eglise sainte est composée de membres pécheurs. Le péché dont parle ici Jésus doit revêtir une certaine gravité. Il ne s’agit pas des péchés véniels auxquels tous les chrétiens succombent quotidiennement. Il s’agit du péché qui constitue un contre-témoignage flagrant, du péché qualifié de mortel par l’Eglise car il nous sépare de Dieu et blesse la communion de l’Eglise. D’où la nécessité d’une intervention de la communauté auprès du pécheur en vue de son salut et pour obtenir son repentir. Jésus recommande en priorité une intervention discrète (va lui parler seul à seul), car elle respecte davantage la dignité de la personne qui a péché. La correction fraternelle n’a pas pour but d’humilier publiquement le pécheur. Ce n’est que lorsque le pécheur s’endurcit dans sa faute que cette correction de la part de l’Eglise prend un caractère solennel et public qui peut aboutir à ce que nous appellerions aujourd’hui l’excommunication (considère-le comme un païen et un publicain). Dans des cas extrêmes l’Eglise a en effet le devoir de protéger ses membres contre un membre qui, par son attitude, sème le trouble et cause le scandale. L’importance de la communion en Eglise se vérifie avec les paroles de Jésus sur la prière : la prière communautaire a plus de puissance que la prière personnelle, car quand deux ou trois sont réunis au nom de Jésus, il est là au milieu d’eux. L’enseignement du Seigneur sur l’Eglise s’ouvre par l’humilité et se conclue, à la fin du chapitre 18, par l’importance du pardon : mon Père des cieux vous traitera de la même façon si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond de son cœur. A travers les paroles de Jésus, saint Matthieu nous offre ainsi une magnifique catéchèse sur la vie en Eglise. L’Eglise telle que Jésus la veut est cette communauté de croyants qui vit le service comme la véritable grandeur et qui se dévoue totalement à un monde réconcilié. Le pouvoir de la communauté Eglise n’a pas d’autre but que le salut de tous, et ce salut implique l’engagement des chrétiens pour la justice et pour la paix. L’Eglise, corps du Christ et temple de l’Esprit, est enfin le lieu privilégié de la présence et de l’action du Seigneur, en particulier dans la prière communautaire et liturgique : Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux.


dimanche 2 juillet 2017

13ème dimanche du temps ordinaire / A


2/07/17

Matthieu 10, 37-42


Au centre de l’Evangile que nous venons d’écouter se trouve cette sentence paradoxale : Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Autour de cette sentence Jésus nous parle de notre famille humaine et de notre famille spirituelle, l’Eglise en tant que communauté des croyants. Il commence par nous parler de notre condition de disciples. Etre son disciple exige de notre part ce que j’appellerais un amour et un attachement prioritaires. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. La traduction liturgique en utilisant l’adjectif digne peut nous porter à une fausse interprétation de la pensée du Christ. Une autre traduction, celle de Chouraqui, peut nous aider à y voir plus clair : Qui me préfère père ou mère ne vaut pas pour moi. Nous savons bien que nous ne serons jamais dignes du Christ. C’est d’ailleurs que nous disons avant chaque communion eucharistique. Il faut donc comprendre : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne d’être appelé mon disciple, parce qu’il préfère l’amour de sa famille à mon amour. Pour le dire clairement : l’amour pour le Christ doit être prioritaire dans la vie du disciple. Tout le reste, aussi légitime soit-il, doit passer après notre attachement au Christ. Si, malheureusement et cela arrive parfois, il y a concurrence dans notre vie entre l’amour que nous devons à Jésus et celui que nous devons à nos parents ou à nos enfants, alors nous devons toujours choisir l’amour pour Jésus afin d’être vraiment ses disciples. C’est ce que Jésus lui-même a mis en pratique dans sa propre vie par rapport à sa propre famille humaine. Souvenons-nous de l’épisode lors du pèlerinage à Jérusalem lorsque le jeune Jésus, âgé de 12 ans, demeure dans le temple sans prévenir ses parents : En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » A cet instant précis, le jeune Jésus fait comprendre à Marie et à Joseph que son amour pour le Père est premier. Plus tard il montrera que sa vraie famille n’est pas celle de la chair et du sang, mais bien la famille spirituelle : Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Si Jésus exige de nous un attachement aussi fort que celui que je viens de décrire, n’oublions pas que dans la deuxième partie de cet Evangile il s’identifie à nous, qui sommes ses disciples : Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. En partant du Père, source de toute vie, jusqu’à nous et en passant par le Christ, c’est une même et unique famille, celle des enfants de Dieu. Si bien qu’accueillir un chrétien, c’est accueillir le Christ lui-même, et donc Dieu lui-même. Nous le voyons l’amour prioritaire est réciproque : des disciples pour le Christ et du Christ pour les disciples. Si Jésus a aimé Marie et Joseph, ce n’est pas d’abord parce qu’ils étaient ses parents, mais surtout parce qu’ils étaient des disciples qui cherchaient en toutes choses dans leur vie la volonté du Père. Ce que Jésus enseigne ici est d’ordre surnaturel. Il nous fait comprendre que les liens les plus importants ne sont pas ceux de la chair et du sang, mais ceux de l’Esprit. Ce n’est pas pour rien qu’il nous faut renaître de l’eau et de l’Esprit par le baptême pour faire partie de cette nouvelle réalité qu’est l’Eglise, famille des enfants de Dieu unie par les liens de la foi, de la charité et de l’espérance : A tous ceux qui l’ont reçu, le Verbe a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.

dimanche 25 juin 2017

12ème dimanche du temps ordinaire / A


25/06/17

Matthieu 10, 26-33

Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce dimanche s’adressent d’abord aux apôtres, c’est-à-dire aux missionnaires choisis et envoyés par le Christ pour rendre témoignage à l’Evangile. Jésus ne leur promet pas un succès facile. Il leur annonce des difficultés et des oppositions. Ce n’est pas parce qu’ils annoncent l’Evangile au nom du Christ qu’ils seront accueillis à bras ouverts. L’annonce de l’Evangile se heurte aujourd’hui comme hier à bien des résistances, des oppositions ou tout simplement à une froide indifférence. Ce qui est valable pour les apôtres l’est aussi pour chaque chrétien, donc pour chacun d’entre nous. Car, même si nous n’avons pas la vocation de missionnaire, de par notre baptême et notre confirmation nous sommes, nous aussi, appelés à rendre témoignage à l’Evangile de Jésus, par nos actes et par nos paroles. L’avertissement qui clôt cette page évangélique est donc aussi valable pour les laïcs qui n’ont pas reçu une mission particulière au sein de l’Eglise : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

Le refrain qui revient à trois reprises dans ces paroles de Jésus est un appel à ne pas avoir peur au milieu des inévitables difficultés que comporte le témoignage chrétien : soyez donc sans crainte. Un passage de cet Evangile demande une explication et un approfondissement particulier : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Dans la tradition philosophique de Platon, on distingue en l’homme l’âme immortelle du corps périssable. Jésus reprend en partie cette distinction, mais en soulignant le fait que même l’âme peut connaître une espèce de mort en « périssant dans la géhenne ». C’est une allusion à l’enfer, à la damnation. Tous ceux qui ont persécuté les chrétiens se sont attaqués à leur vie, en martyrisant et en faisant périr le corps. Ces persécutions sont malheureusement d’actualité pour beaucoup de nos frères chrétiens d’Orient qui n’ont souvent pas d’autre choix que l’exil ou la mort. Mais Jésus nous dit que nous devons surtout craindre celui qui a le pouvoir de faire périr notre âme dans la géhenne. Même s’il n’est pas nommé, on peut penser ici au diable. En Europe nous ne sommes pas persécutés et nous jouissons de la liberté de culte. Cependant nous devons craindre ce qui peut tuer notre âme, tout ce qui peut tuer en nous la vie de communion avec Dieu. Ou sans la tuer, la rendre plus difficile. Nous devons craindre tout ce qui peut nous éloigner de cette communion avec Dieu et nous empêcher de témoigner de l’Evangile. La société de l’indifférence religieuse dans laquelle nous sommes plongés est, par certains aspects, tout aussi dangereuse pour la vitalité de notre foi que des persécutions. Car cette indifférence va de pair avec une idéologie mettant au cœur de l’existence humaine la recherche effrénée du plaisir, du divertissement, de la réussite et des richesses. Cette indifférence s’accompagne en effet d’un matérialisme grossier qui range la prière dans la case des occupations inutiles et à éliminer. Le silence est perçu comme une menace, et la mode consiste à écouter de la musique (ou du bruit !) en permanence… L’inactivité et le repos deviennent insupportables si bien que l’on consulte à longueur de journée son smartphone… Tous ces phénomènes, s’ils traduisent le mal-être de l’homme contemporain, contribuent aussi à lui fermer l’accès à une vie spirituelle, à une vie d’intériorité qui exige de goûter le silence extérieur pour établir en soi le silence du recueillement. Quelques chapitres plus loin dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus adopte un langage imagé et radical pour nous prémunir contre tout ce qui peut faire périr notre âme dans la géhenne :

Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer dans la vie éternelle manchot ou estropié, que d’être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie éternelle, que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu.
Au-delà des images empruntées à notre corps, nous pouvons facilement trouver ce que nous devons « couper » pour vivre de la vie de Dieu en nous. De quoi devons-nous nous séparer, nous libérer, pour être davantage disponibles à la vie spirituelle ? A quoi pouvons-nous renoncer, avec l’aide de la grâce divine, afin de recentrer notre vie sur le Christ mort et ressuscité pour nous ?


dimanche 18 juin 2017

LE SAINT SACREMENT / A


18/06/17

Jean 6, 51-58

Après la Pentecôte, l’Eglise nous fait célébrer la Sainte Trinité (c’était dimanche dernier) et le Saint Sacrement. Parmi les sept sacrements de l’Eglise catholique, seul le sacrement de l’eucharistie a une fête qui lui correspond. C’est dire toute son importance. D’où le nom de Saint Sacrement que nous pouvons traduire de la manière suivante : le sacrement par excellence. Tous les sacrements sont en effet porteurs de la sainteté de Dieu mais l’eucharistie l’est à un degré plus parfait encore puisqu’elle nous met directement en communion avec Jésus. N’oublions pas par ailleurs que chaque Jeudi Saint nous faisons aussi mémoire de ce sacrement. La différence entre les deux fêtes est la suivante : le Jeudi Saint nous nous souvenons de l’institution de ce sacrement par le Seigneur lors de la dernière Cène, alors qu’en ce dimanche nous essayons de saisir la signification de ce sacrement pour nous et pour la vie de l’Eglise.

La première lecture de cette messe nous rappelle la longue marche du peuple hébreu dans le désert, après la libération d’Egypte. Cette marche est une préparation spirituelle à l’installation en terre promise. Moïse présente ce temps de la vie du peuple comme une mise à l’épreuve de sa fidélité envers Dieu. L’un des problèmes essentiels auxquels le peuple a été confronté est bien celui de l’eau et de la nourriture. La manne (qui signifie en hébreu Qu’est-ce que c’est ?) est cette nourriture mystérieuse donnée par Dieu pendant le temps du séjour au désert.

Dans l’Evangile selon saint Jean, Jésus lorsqu’il veut faire comprendre le mystère de l’eucharistie à ses disciples se réfère à l’expérience du peuple dans le désert. Il se présente en effet comme la manne nouvelle et surtout bien meilleure que celle donnée par Dieu autrefois : Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Dans le saint sacrement de la messe, nous recevons pour le temps de notre pèlerinage sur cette terre la nouvelle manne, le corps et le sang du Seigneur, mort et ressuscité pour nous. Cette nourriture spirituelle nous donne la vie éternelle en nous faisant communier à la personne du Christ : celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.

Il est très éclairant de mettre en relation le saint sacrement avec la demande du Notre Père concernant le pain quotidien : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. En effet pendant le temps de notre vie sur cette terre, temps qui correspond spirituellement à la longue marche des hébreux dans le désert, nous avons besoin chaque jour de la nourriture pour notre corps et de la nourriture spirituelle. Dans le Notre Père nous demandons les deux pains : le pain pour le corps et le pain pour l’âme, en nous souvenant que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Rares sont les personnes qui peuvent participer à la messe chaque jour. Le pain spirituel que nous demandons au Père est par excellence le pain eucharistique mais il est aussi la Parole de Dieu telle que la Bible nous la transmet. Ce pain spirituel, c’est aussi chaque temps de prière que nous prenons dans la semaine pour vivre notre communion avec la Trinité, communion commencée au jour de notre baptême. Recevoir le pain spirituel chaque jour, c’est donc tout au long de la semaine vivre de la communion eucharistique du dimanche et se préparer à la prochaine communion que nous ferons. C’est, à travers la méditation de la Bible, la lecture d’un auteur spirituel et par la prière sous toutes ses formes, se préparer à bien profiter du grand don qui nous est fait chaque fois que nous participons à la messe du dimanche avec foi et amour. C’est se préparer au grand moment de la communion eucharistique et faire en nous l’expérience du psaume 33 : Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! C’est en effet à travers notre participation à l’eucharistie que nous pouvons éprouver la vérité des paroles de Jésus en saint Matthieu : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Chaque communion eucharistique anticipe ainsi la joie du Paradis qui consistera à voir Jésus dans le face-à-face de l’amour éternel.




dimanche 28 mai 2017

Septième dimanche de Pâques / A


28/05/17

Jean 17, 1-11

Le dernier dimanche du temps de Pâques se situe entre deux grandes fêtes : l’Ascension et la Pentecôte. Chaque année la liturgie nous propose de méditer un passage de la grande prière que Jésus adresse à son Père avant d’entrer dans sa Passion. La fin de cet Evangile annonce déjà le mystère de l’Ascension : Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Dans sa prière le Seigneur parle de la relation qui l’unit à son Père et de la relation qui l’unit avec nous, ses disciples. Avant de considérer ces deux relations, regardons ce que Jésus révèle de lui-même à travers les paroles de sa prière.

Tu lui as donné autorité sur tout être vivant. Avant même le mystère de Pâques, Jésus, en tant que Fils de Dieu, reçoit du Père la royauté sur toute la création. Nous retrouvons cette vérité avant l’Ascension dans la finale de l’Evangile selon saint Matthieu : tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Saint Paul reprendra lui aussi cette affirmation dans ses lettres aux Ephésiens et aux Colossiens :

Dieu nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.

Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

Jésus est bien le nouvel Adam, le roi de la création nouvelle. Dans sa prière, il rappelle sa divinité, son union parfaite avec le Père : Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe.

Nous voici donc au cœur de la relation qui unit cet homme Jésus avec celui qu’il appelle son Père. Cette relation unique n’a ni commencement ni fin, puisque cet homme est de nature divine : Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi.

Avant de mourir, Jésus prie pour ses disciples, il prie donc par avance pour tous les chrétiens du monde, de tous les temps et de tous les lieux. Ayant parfaitement accompli la mission que le Père lui a donnée, les disciples ont pu mettre leur foi en lui : Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Etre chrétien, c’est donc beaucoup plus que croire simplement en un Dieu créateur et père de toutes choses. C’est croire que sur le visage de cet homme nommé Jésus resplendit la gloire même de Dieu. Ce Jésus qui a souffert, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité d’entre les morts, est bien plus qu’un prophète, bien plus que le Messie, il est l’éternel partenaire de gloire du Père dans le mystère de la sainte Trinité.

Avant de quitter ses amis et d’entrer dans sa Passion, Jésus leur révèle à travers sa prière le don qu’il veut leur faire : Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Le don de la vie éternelle ne commence pas pour nous après notre mort, avec ce que nous appelons le Paradis, mais il commence dès maintenant, en particulier au jour de notre baptême, en sachant que le don du baptême nous est fait chaque jour de notre vie. Jésus nous dit que la vie éternelle consiste à le connaître et à connaître le Père. La connaissance dont il s’agit ici n’est pas d’ordre intellectuel, c’est la connaissance à laquelle nous avons accès si nous mettons notre foi en Jésus et si nous l’aimons d’un amour qui réponde à son amour. Cette connaissance est donc d’ordre pratique et descend jusque dans le concret de notre existence quotidienne pour le transfigurer. D’où le lien que Jésus fait entre l’amour qui nous attache à lui et l’obéissance à sa parole, la mise en pratique de ses enseignements dans nos actes, nos paroles, nos pensées et notre style de vie :

Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime.


jeudi 25 mai 2017

Ascension du Seigneur / année A


25/05/17

Le mystère glorieux de l’Ascension du Seigneur marque une étape nouvelle dans l’histoire du salut. Avec le mystère de Noël, Dieu, en son Fils Jésus, s’unit pour toujours à notre humanité. Au jour de l’Ascension, Jésus ressuscité n’abandonne pas son humanité. Elevé à la droite du Père, il demeure vraiment Dieu et vraiment homme. Ce qui change désormais, c’est la manière que nous avons d’entrer en relation avec lui et lui avec nous. Avant l’Ascension, et encore plus avant sa mort en croix, Jésus était connu des hommes de son temps et de son pays. Certes il fallait le don de la foi pour reconnaître en lui plus qu’un prophète, le Messie, le Fils de Dieu, mais il était visible aux yeux de chair qui sont les nôtres. Après Pâques et l’Ascension, la présence de Jésus ne se limite plus à un lieu et à une époque, elle devient universelle et cosmique, mais nous ne pouvons plus le voir avec nos yeux de chair. Le récit des pèlerins d’Emmaüs anticipe le mystère de l’Ascension et nous fait comprendre le nouveau mode de présence du Seigneur à son Eglise, en particulier dans le sacrement de l’eucharistie : Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

L’Ascension est bien en effet ce moment où le Ressuscité disparaît à nos regards jusqu’au jour de son retour dans la gloire. L’apôtre saint Paul exprime d’une manière saisissante cette nouvelle relation qui s’instaure entre le Christ et nous à partir de son Ascension : Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi.


Nous connaissons le Christ par les vertus de foi, d’espérance et de charité déposées dans notre âme par le baptême. Parmi ces vertus, l’espérance est particulièrement liée à la fête de ce jour : Que Dieu ouvre votre cœur à sa lumière, pour vous faire comprendre l’espérance que donne son appel, entendons-nous dans la deuxième lecture. Quant à la prière d’ouverture de la messe, elle évoque aussi l’espérance : Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance. Si le Christ nous quitte au jour de l’Ascension, c’est en tant que frère aîné et pour nous entraîner à sa suite, comme il le dit clairement à ses disciples avant de mourir : Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. En attendant le retour du Seigneur, nous ne sommes pas abandonnés. Il nous donne l’Esprit Saint ainsi que le don de sa présence : et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Cette présence, silencieuse et discrète, peut parfois ressembler pour nous à une absence. Nous vivons alors l’épreuve de la foi qui est faite pas seulement de clarté mais aussi de ténèbres. Dans la deuxième lecture, saint Paul ose affirmer que l’Eglise, corps du Christ, est l’accomplissement total du Christ. N’oublions jamais que le Ressuscité nous manifeste sa présence par et dans son Eglise, pas seulement à travers les sacrements, mais aussi, et souvent d’une manière très belle, par le témoignage de vie, de foi et de charité de nos frères chrétiens. Avec le mystère de l’Ascension et celui de la Pentecôte, l’Eglise est manifestée. Nous pouvons contempler quelque chose de la face du Seigneur sur le visage de nos frères et de nos sœurs qui essaient de mettre leurs vies en conformité avec l’Evangile du Christ :

Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit.

dimanche 14 mai 2017

Cinquième dimanche de Pâques / A


Jean 14, 1-12

14/05/17

L’Evangile selon saint Jean de ce cinquième dimanche de Pâques nous fait entendre une partie du long « discours » de Jésus, la veille de sa mort, « discours » commençant après la scène du lavement des pieds et qui se poursuit jusqu’au chapitre 17. Le mot « discours » ne convient d’ailleurs pas, pas plus que celui d’ « enseignement » pour caractériser ces paroles du Seigneur. Il s’agit plutôt d’une conversation avec les disciples, de confidences ultimes, du testament que Jésus lègue à ses amis avant d’entrer dans sa Passion. Nous voici en présence d’un homme qui sait qu’il va être trahi par l’un de ses amis, abandonné par quasiment tous les autres, et qu’il va devoir endurer les souffrances physiques et morales de la Passion et de la mort en croix… Et pourtant cet homme ne pense qu’à une chose : réconforter ses amis, les encourager… Ne soyez donc pas bouleversés ! Nous retrouvons ici cette charité infinie qui a poussé le Seigneur et le Maître à laver les pieds de ses disciples et à se mettre à genoux devant chacun d’entre eux, Judas y compris. De ce testament du Seigneur je retiendrai deux aspects : l’appel à l’espérance et l’appel à la foi. Jésus, à la veille de sa mort, veut en effet susciter dans le cœur de ses disciples l’espérance de la vie éternelle. S’il accepte cette mort, c’est bien pour leur ouvrir les portes du Royaume des cieux. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Là où je suis, vous y serez aussi. Telle est la promesse de vie éternelle que Jésus fait à ce moment dramatique. A partir de son Ascension, le Ressuscité devient invisible sur cette terre. Nous n’avons accès à sa présence que par les yeux de la foi. Mais cette communion de vie et d’amour que nous commençons avec Lui ici-bas ne s’achèvera pas au jour de notre mort. Bien au contraire, cette communion trouvera son accomplissement dans ce que nous appelons la vie éternelle ou encore le paradis : nous serons pour toujours avec le Seigneur ressuscité dans la joie du Ciel. En ce temps de Pâques, l’espérance chrétienne nous entraîne à considérer notre vie humaine du point de vue de Dieu, du point de vue de l’éternité, parce que Jésus est ressuscité d’entre les morts pour que nous soyons avec Lui vainqueurs de la mort éternelle. Cette mort éternelle, appelée enfer par la tradition chrétienne, consiste à être séparé pour toujours de Jésus. C’est la solitude et l’isolement de l’âme. C’est la privation de la communion.

L’appel à l’espérance va de pair avec un autre appel, celui qui nous invite à croire, à mettre toute notre confiance en Jésus mort et ressuscité pour nous : Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi. Ici l’objet de notre foi, c’est bien la divinité de Jésus, la communion parfaite qui existe entre Lui et le Père au sein de la Sainte Trinité. Le lien de cette divine communion, c’est l’Esprit Saint, amour entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. N’oublions pas de prier l’Esprit Saint, reçu au baptême et à la confirmation. Demandons-lui de fortifier notre foi en Jésus ressuscité, implorons l’Esprit pour que notre espérance en la vie éternelle puisse sans cesse grandir en notre âme !

Ô Esprit du Père et du Fils, lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.


dimanche 7 mai 2017

Quatrième dimanche de Pâques / A


Jean 10, 1-10

7/05/17

L’image du berger et de ses brebis est l’une des plus utilisées dans l’Ancien Testament. Il n’est donc pas étonnant que Jésus la reprenne à son compte dans une Palestine où la figure du berger et de son troupeau était une réalité quotidienne. Les rois d’Israël étaient considérés comme les bergers du peuple et n’oublions pas que le plus célèbre d’entre eux, David, gardait le troupeau de son père quand il a été appelé par Samuel pour être consacré comme roi d’Israël et successeur de Saul. L’enseignement en paraboles s’appuie sur les réalités de la vie quotidienne. C’est ce qui fait sa force mais aussi sa faiblesse. Car la parabole du bon berger ou du bon pasteur n’évoque rien de concret dans l’esprit d’un européen du 21ème siècle. Nous vivons en effet dans un monde radicalement différent de celui de Jésus. Mais ce qui demeure ce sont les questions et les besoins des hommes, l’exigence d’une spiritualité authentique, même si nous sommes imprégnés de matérialisme.

Nous sommes donc contraints à relire cette parabole en cherchant au-delà des images dépassées le cœur du message, ce que Jésus a voulu réellement nous transmettre pour notre vie spirituelle. Le cœur de cette parabole, c’est bien la communion d’amour qui existe entre le berger et ses brebis, entre Jésus bon pasteur et chacun d’entre nous. Voyons comment le Seigneur décrit cette communion.

Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Contrairement à ce que l’image du troupeau pourrait évoquer, Jésus veut construire avec chacun d’entre nous une relation unique et personnelle : il nous appelle par notre nom. Le chrétien n’est donc pas un mouton bêlant au sein du troupeau, mais un membre de l’Eglise, un membre du corps du Christ qui reçoit son nom au baptême et qui est appelé à découvrir sa vocation unique dans l’Eglise et dans la société. C’est la raison pour laquelle ce dimanche est aussi la journée de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses dans l’Eglise.

Il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jésus nous appelle par notre nom pour que nous marchions à sa suite et, nous dit la parabole, nous connaissons sa voix. Nous pressentons à quel point ces détails de la parabole décrivent une relation personnelle et intime, relation d’amour et de confiance, entre le berger et ses brebis. C’est un appel fort à vivre la communion avec Jésus ressuscité et à approfondir chaque jour cette communion, en particulier par la prière et la méditation de la Parole de Dieu. Le sommet et l’expression la plus parfaite de notre communion avec le bon Pasteur étant notre participation à la messe du dimanche et notre communion eucharistique au pain de vie. Car cette communion entre Jésus et ses disciples, au sein de l’Eglise, est une communion au service de la vie : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.


Tout le temps de Pâques jusqu’à son couronnement avec la fête de la Pentecôte est une célébration de la victoire du Ressuscité sur la mort, une célébration de la vie divine offerte gratuitement à tous les hommes. Comme toujours, c’est un appel à notre liberté. Vivre vraiment de cette vie divine de communion avec Jésus ne peut pas se faire sans un engagement total de notre personne à écouter sa voix et à le suivre. Au plus nous nous donnons dans l’amour et la confiance au bon berger, au plus nous ferons l’expérience en nous de sa paix et de sa joie.

dimanche 30 avril 2017

Troisième dimanche de Pâques / A



Luc 24, 13-35

30/04/17

En rapportant l’expérience des disciples d’Emmaüs, saint Luc fait une catéchèse liturgique sur le sacrement de l’eucharistie. Nous retrouvons en effet dans son récit la structure de ce sacrement : la première partie avec la liturgie de la Parole et l’homélie, la seconde partie avec la fraction du pain et la communion.

Cet Evangile de Luc nous parle de la présence de Jésus Ressuscité dans son Eglise. Mais il le fait en lien avec la vie de ces deux disciples qui, accablés par la tristesse, quittent Jérusalem pour Emmaüs. Jésus ressuscité, pour se révéler à ces hommes qui ne croient pas en sa résurrection, prend le temps de marcher avec eux et de dialoguer avec eux. Il les écoute, les interroge et ce n’est que plus tard qu’il leur apporte sa lumière en partant des Ecritures. Leur cœur est lent à croire, et le Seigneur respecte leur difficulté. Au lieu de les juger et de les condamner, il explique pour eux le sens des Ecritures. Jésus aurait pu se révéler à eux dès le début de la rencontre. Il choisit une autre manière de faire, plus patiente et remplie de miséricorde à l’égard de ces hommes qui souffrent parce qu’ils ont été déçus par la mort de Jésus en croix. Nous le voyons, le Ressuscité n’impose pas sa présence de l’extérieur, mais il respecte le chemin personnel de ces hommes ainsi que leur liberté. Ce qui les empêche d’accueillir le témoignage des femmes sur le tombeau vide, c’est bien l’idée qu’il se faisait du Messie, un Messie libérateur, triomphant et qui ne pouvait connaître ni la souffrance ni l’échec. L’itinéraire personnel de Jésus ne correspond pas à la conception qu’il se faisait de Dieu. Tout cela signifie que ce sont souvent nos préjugés sur Dieu qui nous empêchent de croire en Lui et de reconnaître sa présence dans nos vies. Or le chrétien ne croit pas en un Dieu qui correspondrait à ses conceptions et à ses attentes, mais à Dieu tel que Jésus le révèle et le fait connaître. C’est ce chemin que font les disciples sur la route grâce à la patience et aux enseignements de l’inconnu qui marche avec eux.

Ce n’est qu’une fois arrivés dans l’auberge, au moment de la fraction du pain, que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent enfin dans l’inconnu Jésus Vivant. Au moment même où ils le reconnaissent, celui-ci disparaît à leurs regards. De ce paradoxe nous pouvons tirer plusieurs enseignements pour nous. En premier lieu la présence de Jésus n’est pas d’abord une affaire de connaissance, fut-elle biblique. C’est à travers l’humble geste de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent. Dans tous les sacrements, mais au plus haut point dans la communion eucharistique, il y a cet aspect matériel et concret qui touche pas seulement notre raison et notre intelligence mais aussi notre corps et notre cœur. Et c’est d’ailleurs quand ils mangent le pain donné par Jésus que la première partie, sur la route, prend tout son sens : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ? Si la compréhension de la Bible nous prépare à la communion, c’est bien la communion sacramentelle avec Jésus qui permet en retour que l’Ecriture touche notre cœur et le fasse brûler de l’amour même de Dieu. Le fait que Jésus disparaisse au moment même où il est reconnu à travers le signe du pain nous enseigne que l’eucharistie nous donne accès à la présence du Ressuscité mais sans pour autant l’enfermer à la mesure de nos dimensions humaines. Depuis l’Ascension et la Pentecôte, Jésus est assis à la droite du Père. Sa présence et son amour nous sont donnés, en particulier dans la célébration fervente de la messe, mais il demeure toujours le Fils unique du Père. Ce n’est qu’à travers le voile de la foi que nous avons accès à sa présence. Le Ressuscité est toujours en même temps notre frère, notre ami fidèle, notre compagnon sur la route de nos vies et celui qui dépasse, en tant que Verbe de Dieu et Ressuscité, toutes nos représentations et nos espérances humaines.

C’est ce que saint Jean exprime d’une manière magnifique dans le prologue de son Evangile :


AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

dimanche 23 avril 2017

Deuxième dimanche de Pâques / A


23/04/17

Les textes bibliques de ce dimanche dans l’octave de Pâques nous invitent à une réflexion sur notre foi chrétienne. Dans l’Evangile nous entendons le Ressuscité dire à Thomas : Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Pierre, dans la deuxième lecture, nous parle des épreuves de cette vie qui, d’une manière paradoxale, peuvent nous faire grandir dans notre attachement au Christ : elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. Enfin la première lecture nous présente la communauté des premiers chrétiens de Jérusalem comme une communauté de croyants, la crainte de Dieu étant dans tous les cœurs. Précisons au passage que la crainte de Dieu n’a rien à voir avec la peur. Ce terme biblique se rapprocherait plutôt du mot français « respect ». Il ressort de ces lectures que notre foi en Jésus ressuscité est un bien précieux, le don le plus précieux de tous, un don venant de Dieu lui-même avec la charité et l’espérance. D’où l’importance pour chacun d’entre nous de prendre conscience de la grandeur de ce don et de savoir remercier le Père pour ce don qui nous met en communion avec Jésus mort et ressuscité pour nous. La foi relève d’un ordre surnaturel, elle n’est pas de l’ordre de la vision. Elle nous permet, comme le dit saint Pierre, d’aimer Jésus sans le voir, de croire en lui dans l’attente de la rencontre face à face au jour de notre mort et du jugement.

La lecture tirée des Actes des apôtres nous montre les fruits que produit une foi vivante. La foi va toujours de pair avec la fidélité. Les premiers chrétiens de Jérusalem étaient fidèles dans trois domaines constitutifs de la vie chrétienne : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle et la vie de prière. Tels sont les fruits de notre foi si nous sommes fidèles à la grâce qui nous est faite. Une foi vivante cherche à toujours mieux connaître la révélation divine par la méditation de la Bible et l’étude des enseignements de l’Eglise. Avoir suivi quelques années de catéchisme dans sa jeunesse ne suffit pas. A notre époque il est indispensable pour le chrétien adulte de se former dans sa foi, tout particulièrement à travers l’étude de la doctrine sociale de l’Eglise. Une foi vivante favorise la communion et l’unité entre tous les croyants. Elle ouvre aussi les cœurs à tous les hommes qui ne partagent pas notre foi. Etre catholique, c’est vivre en communion avec tous les membres de l’Eglise tout en promouvant cette communion avec toute l’humanité, car tous les hommes ont un seul Dieu et Père, créateur de tous. Les chrétiens de Jérusalem avaient compris que cette communion n’était pas seulement spirituelle. Elle impliquait aussi un esprit très concret de partage et de solidarité : Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. La capacité des croyants à partager leurs biens matériels avec leurs frères, en particulier avec ceux qui sont dans le besoin, est un signe éclatant de l’authenticité de leur foi. Notre foi chrétienne nous détourne de la tentation de l’accumulation sans fin des richesses et nous fait donc un devoir de les utiliser pour soulager les hommes qui manquent du nécessaire pour vivre dignement, qu’ils soient croyants ou pas. Enfin une foi vivante nous introduit à la vie spirituelle, vie de communion avec le Ressuscité par les sacrements, en particulier l’eucharistie et le sacrement du pardon, et la prière personnelle quotidienne. On ne peut participer pleinement et fructueusement à l’eucharistie du dimanche si pendant la semaine notre vie est un désert spirituel ne laissant aucune place à la prière et à la lecture de la Bible.


En ce dimanche de la miséricorde divine, faisons nôtre la prière qui exprime l’essentiel de notre foi : Jésus, j’ai confiance en toi !

dimanche 16 avril 2017

DIMANCHE DE PÂQUES 2017



16/04/17

Nous voici parvenus au sommet de notre année liturgique avec la célébration de la résurrection du Seigneur. Cet événement que nous ne pouvons accueillir que par la foi est le centre non seulement de toute notre vie chrétienne mais aussi le centre de l’histoire humaine et de celle de toute la création. Jésus vainqueur de la mort inaugure la nouvelle création voulue par Dieu. Si le Christ n’est pas ressuscité d’entre les morts, alors toute notre foi s’écroule, et le christianisme devient une sagesse parmi tant d’autres. Cette fête est pour nous l’occasion d’une conscience renouvelée de notre participation réelle, par le baptême et les sacrements, au mystère de Jésus mort et ressuscité pour nous. Dans la deuxième lecture l’apôtre n’hésite pas à dire : vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Si tout cela est vrai, cela signifie que notre foi est une force capable de nous transformer et, avec nous, le monde que nous habitons durant le temps de notre brève existence sur cette terre. Si tout cela est vrai, l’espérance chrétienne et la charité nous poussent à agir et à faire des choix pour que ce monde soit toujours davantage conforme à la volonté du Père et Créateur. Dans la première lecture, l’apôtre Pierre dit de Jésus qu’il faisait le bien là où il passait, consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Un disciple de Jésus doit forcément se poser la question suivante : au jour de ma mort quel bilan pourrai-je faire de ma vie sur cette terre ? Comment aurai-je fait fructifier toutes les grâces de Dieu ? Ma foi aura-t-elle été stérile, inactive, ou bien, au contraire, m’aura-t-elle permis de faire le bien comme Jésus ? Le pape François rappelle en permanence le lien existant entre notre foi en Jésus ressuscité et notre engagement social. Dans un monde qui semble possédé par les forces du mal, que l’on pense à la famine, aux guerres, aux inégalités croissantes, au massacre de l’environnement et des espèces animales, il semble difficile de demeurer dans l’espérance qui nous vient du Christ ressuscité. Dans son exhortation apostolique de 2013, La joie de l’Evangile, le pape François nous permet de comprendre la racine de tous ces maux. L’idolâtrie de l’homme contemporain ne consiste pas à se prosterner devant une statue d’une quelconque divinité, il s’agit plutôt de l’idolâtrie de l’argent. Et cette idolâtrie nous coupe de Dieu et des autres. Elle tue ou avilit chaque jour des millions d’êtres humains, dont de nombreux enfants. C’est elle aussi qui fait que la nature est perçue uniquement comme une source de profits que l’on peut piller sans aucune limite, et les animaux comme des objets privés de leur dignité de créatures de Dieu. Ecoutons une longue citation du pape à ce sujet :

La culture du bien-être nous anesthésie et nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté, tandis que toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue.

Le constat est clair : nous ne pouvons pas en même temps reconnaître le Christ comme notre Seigneur et pratiquer l’idolâtrie de l’argent ! Dans son encyclique Laudato si’, le pape nous propose le chemin d’une vie véritablement chrétienne, vie sobre et vie de partage, ce chemin est celui d’une rupture avec le système dominant notre monde et il implique le courage d’une entrée en résistance. Croire en la résurrection du Christ exige de nous une libération de l’idole argent et de l’égoïsme pour que le règne du Christ puisse enfin s’instaurer dans les cœurs comme dans les sociétés. Chacun de nous, seul et avec d’autres, en s’engageant dans des associations qui promeuvent la doctrine sociale de l’Eglise, et en les soutenant financièrement, a le pouvoir de faire que sa foi s’incarne dans notre monde, sans perdre l’espérance. En ce saint jour de Pâques, contemplons avec les apôtres Paul et Pierre le magnifique projet de Dieu qui, en ressuscitant Jésus, a fait de lui le chef d’une création nouvelle :

La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.
Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.