dimanche 3 décembre 2017

Premier dimanche de l'Avent / année B


Premier dimanche de l’Avent/B

3/12/17

Isaïe 63-64

Au commencement d’une nouvelle année liturgique, je voudrais méditer avec vous la première lecture du prophète Isaïe.

Ce magnifique texte nous rappelle tout d’abord les deux dimensions principales du temps de l’Avent : temps du désir de Dieu et temps de l’accomplissement de ce désir par le mystère de l’incarnation. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais… ! Ce cri du prophète exprime toute l’attente de l’Ancien Testament, l’attente de la manifestation du Messie. Pour nous chrétiens, il exprime aussi l’attente du retour du Christ en gloire et de l’accomplissement de notre histoire humaine à la fin des temps. Cette supplication nous met devant les yeux l’objet de notre désir spirituel : la manifestation du Royaume des cieux, l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle où la justice habite. Le règne du mensonge et de l’injustice nous font souffrir et nous savons que Dieu seul pourra nous délivrer de cette situation en nous délivrant de tout mal. A cette supplication correspond dans la première lecture l’exaucement de la prière : Voici que tu es descendu… Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Oui, dans le mystère de l’incarnation que nous célébrerons pendant le temps de Noël, Dieu a répondu au désir des hommes, il s’est fait proche en Jésus son Fils. Désormais il est l’Emmanuel, Dieu avec nous, il est notre frère en humanité.

Le texte d’Isaïe chante d’une manière particulièrement forte les louanges de la grâce divine. En effet si Dieu nous abandonne à notre propre sort, nous sommes perdus. S’il nous retire son don d’amour, nous sommes vaincus et anéantis par le règne du mensonge et de l’injustice. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ?... Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Isaïe nous rappelle donc notre dépendance totale à l’égard de Dieu dans l’ordre de notre salut parce que nous dépendons tout simplement de lui d’abord dans l’ordre de l’existence : il est Père et Rédempteur. Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.
Pendant ce temps de l’Avent où Jésus nous invite à la vigilance spirituelle, à rester éveillés dans le désir de sa venue et de sa présence, Isaïe nous indique le chemin à suivre : Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tout attendre de la grâce de Dieu ne fait pas de nous des êtres passifs. L’attente de l’Avent est au contraire une attitude active tout comme la vigilance dont nous parle Jésus. Veiller en pratiquant avec la joie la justice, c’est s’engager, par notre attitude, nos choix et nos actes, pour la justice et la vérité. Veiller en se souvenant du Seigneur, c’est donner à la vie spirituelle et à la prière la place qui leur revient dans notre vie chrétienne de chaque jour. Ainsi la vigilance de l’Avent nous encourage à suivre les chemins du Seigneur Jésus, humblement, jour après jour, en recherchant activement le bien et la communion avec Lui dans le cœur à cœur de la prière.


dimanche 26 novembre 2017

LE CHRIST ROI DE L'UNIVERS / ANNÉE A


26/11/17

Matthieu 25, 31-46

La solennité du Christ roi de l’univers, instituée en 1925 par le pape Pie XI, marque la fin de notre année liturgique. La première lecture, le psaume et l’Evangile illustrent la royauté du Christ avec l’image biblique du berger ou du bon pasteur et celle, correspondante, des brebis. Cette association entre l’humble métier de berger et la royauté a de quoi nous surprendre, même si David, ancêtre du Christ, fut berger avant d’être consacré roi. Par ailleurs les bergers furent les premiers à venir honorer le nouveau-né de la crèche. A la fin de l’année chrétienne, la figure du roi-berger est aussi celle du juge : je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs. Le Fils de l’homme décrit dans l’Evangile séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. L’une des facettes de la royauté du Christ réside donc dans sa fonction de juge. Le Christ Roi incarne la justice même de Dieu. L’Evangile nous donne le critère qui permettra l’exercice de cette justice : l’amour de charité envers notre prochain, en particulier envers les plus pauvres et les plus démunis. Tous ceux qui à travers leur vie auront contribué à soulager la souffrance d’autrui n’auront rien à craindre du jugement, car l’amour parfait bannit la crainte. Les grandes prophéties messianiques d’Isaïe insistent sur la justice divine du Messie à venir :

Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. 
La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Bien plus tard le livre de la Sagesse développera cette figure du juge divin impartial qui demandera des comptes à ceux qui détiennent le pouvoir politique :

Écoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de toute la terre. Soyez attentifs, vous qui dominez les foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples. Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions.  En effet, vous êtes les ministres de sa royauté ; si donc vous n’avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu, il fondra sur vous, terrifiant et rapide, car un jugement implacable s’exerce sur les grands ; au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance. Le Maître de l’univers ne reculera devant personne, la grandeur ne lui en impose pas ; car les petits comme les grands, c’est lui qui les a faits : il prend soin de tous pareillement. Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse.

Une autre facette de la figure du Christ Roi est celle de la vie éternelle. Aux justes, il s’adresse ainsi : recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Tout a été créé dans et par le Fils. Sa royauté consiste donc à sauver toute la création après avoir détruit toutes les puissances du mal. Saint Paul nous fait entrevoir d’une manière grandiose le triomphe du prince de la vie sur toute forme de mort à la fin des temps :

Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

Le Christ roi, juge et serviteur de la vie, règne donc par la seule puissance de son amour divin afin que Dieu soit tout en tous. Cette magnifique formule de Paul nous montre le but de la royauté de Jésus : l’élimination totale du mal en nous et dans la création en vue de la parfaite réconciliation et communion. Le Royaume des Cieux ou le Paradis, c’est bien cela : Dieu qui sera tout en tous.


dimanche 19 novembre 2017

33ème dimanche du temps ordinaire / A


Matthieu 25, 14-30

19/11/17

Argent, banque, intérêts… Les images employées par Jésus dans la parabole des talents sont trompeuses. Le sujet de l’enseignement qui nous est délivré en ce dimanche n’a rien à voir avec les affaires, l’économie ou encore la finance. Jésus n’est pas venu parmi nous pour nous donner des cours d’école de commerce ou encore pour nous inviter à nous enrichir en faisant de bonnes opérations financières. L’homme de la parabole qui part en voyage, confie à ses serviteurs ses biens puis revient, c’est Jésus comme le dit l’introduction de l’Evangile. A la fin de l’année liturgique, les Evangiles abordent le thème de la fin de notre monde tel que nous le connaissons et du retour du Christ en gloire. A ce moment-là, cela ne nous servira absolument à rien d’avoir prospéré dans les affaires ou encore d’être riches, comme le montre par ailleurs l’histoire de l’homme riche qui meurt subitement en saint Luc. La conclusion donnée par le Seigneur est très claire :

Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.

Les talents dont nous parle Jésus, ce sont nos dons et nos aptitudes. La langue française a conservé cette signification métaphorique du mot talent qui désignait bien à l’origine de l’argent sous la forme de trente kilos de métal précieux. D’ailleurs le maître donne à chacun selon ses capacités. Jésus nous confie ses biens et nous donne des capacités humaines et spirituelles. Tout au long de notre vie, nous sommes appelés tout d’abord à reconnaître ces dons, à les identifier, à en prendre conscience, puis ensuite à les faire fructifier, à les utiliser pour accomplir la volonté de Dieu. Car, nous dit la parabole, on nous demandera des comptes sur notre manière d’utiliser les dons du Seigneur. C’est le moment du bilan qui correspondra probablement pour nous au moment de notre propre mort. Et l’Evangile nous enseigne aussi qu’au plus nous avons reçu, au plus il nous sera demandé. Ceux qui ont reçu plus de dons en raison de leurs capacités ont donc le devoir de donner des fruits plus nombreux. Celui qui a reçu cinq talents en a gagné cinq autres, celui qui a reçu deux talents en a gagné deux autres.

Cherchons maintenant à comprendre pourquoi le troisième serviteur, mauvais et paresseux, n’a pas réussi sa vie aux yeux de son maître. Ce n’est pas parce qu’il n’a reçu qu’un talent, en fonction de ses capacités moindres par rapport aux deux premiers serviteurs. La première raison de son échec consiste en l’image faussée qu’il s’était fait de son maître : un homme dur. D’où l’importance pour nous, chrétiens, d’avoir une image vraie de notre Dieu, celle-là même que Jésus nous révèle en sa propre personne : un Dieu d’amour qui se donne et donne sans compter, un Dieu miséricordieux qui prend plaisir à nous pardonner et à nous relever chaque fois que nous tombons et que nous revenons à lui. Personne n’a en effet envie de travailler et de faire des efforts pour un maître au cœur dur et sévère, mais il en est tout autrement si ce maître est Jésus, doux et humble de cœur ! La seconde raison de l’échec de ce serviteur, nous la trouvons dans sa peur. Or, il est bien connu de tous que la peur paralyse et nous empêche d’entreprendre et d’aller de l’avant. Combien de fois dans la Bible le message de Dieu consiste à s’adresser à chacun de nous en lui disant : Confiance, n’aie pas peur !


Au soir de notre vie, puissions-nous avoir cette grâce de faire le bilan avec Jésus et de constater que grâce à lui notre passage sur cette terre aura donné beaucoup de beaux fruits ! N’attendons pas ce moment pour utiliser les dons du Seigneur et répandre autour de nous plus de joie, de confiance, de paix, d’amour et de solidarité ! Puissions-nous, à notre humble mesure, contribuer par ces fruits à l’édification du Royaume de Dieu !

dimanche 5 novembre 2017

TOUSSAINT 2017


Le concile Vatican II a enseigné, en conformité avec le message du Nouveau Testament, que tous les fidèles du Christ étaient appelés à la sainteté. C’est donc la vocation commune à tous les chrétiens en raison de la grâce reçue au baptême et à la confirmation. Cette grande vérité avait été quelque peu oubliée dans le passé, si bien qu’on en venait à penser que la sainteté était réservée aux vocations particulières : religieux, religieuses et membres du clergé. Saint François de Sales s’est élevé avec force contre cette réduction de l’appel à la sainteté à certaines vocations, et cela au 17ème siècle. En témoigne ce passage de son Introduction à la vie dévote :

C'est une erreur de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent ès états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite.

La solennité de la Toussaint est une occasion de nous rappeler cet appel universel à la sainteté, appel qui concerne tout autant les membres laïcs de l’Eglise que le clergé et les personnes consacrées dans la vie religieuse. Simplement chaque chrétien peut aspirer à la sainteté en fonction de sa vocation, ce qui signifie que les chemins et les moyens ne sont pas les mêmes pour tous. Saint François de Sales le montre clairement :

Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu'ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier.

Le concile Vatican II enseigne que le lieu propre de l’exercice de la sainteté par les fidèles laïcs, c’est notre monde. Les personnes laïques, mariées ou célibataires, se sanctifient dans l’accomplissement de leurs tâches au sein même des réalités terrestres. D’où l’importance de toujours rechercher l’accomplissement de son devoir d’état dans la famille, le travail comme dans la société. Les laïcs se sanctifient tout particulièrement dans les domaines étudiés par la doctrine sociale de l’Eglise : la famille, le travail et l’économie, la politique, l’écologie et la promotion de la paix. C’est par leur engagement de foi dans ces réalités, si importantes pour la vie de la société, que les fidèles laïcs sont sel de la terre et lumière du monde. Cela ne signifie pas, bien sûr, que les laïcs pourraient se désintéresser de la spiritualité et de la vie de prière, bien au contraire. Simplement une maman ou un papa ne peuvent pas s’adonner à la prière de la même manière qu’une personne consacrée dans un monastère. Et saint François de Sales va encore plus loin en affirmant que notre recherche de la sainteté doit aussi tenir compte de notre situation personnelle concrète : il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Cela signifie que telle mère ou père de famille pourra prier chaque jour 30 minutes alors que pour d’autres 10 minutes suffiront… Donc pas de règles rigides et uniformes qui seraient valables pour tous dans la recherche de la vie parfaite ! Même si un minimum est exigé comme la participation à la messe du dimanche, la prière quotidienne et la confession pascale ainsi que la volonté de mettre en pratique le commandement de l’amour. La première lecture nous montre une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. La sainteté n’est donc pas réservée à un petit nombre d’élus. Telle est notre espérance, devenir semblables à Jésus parce que nous le verrons tel qu’il est. Tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur. La sainteté est en effet d’abord un chemin, toujours à reprendre sans jamais se décourager. Elle est le chemin du désir de Dieu, du désir de ressembler au Christ des Béatitudes. Elle est le chemin de la communion avec Dieu par la pratique du commandement de l’amour. Nous faisons dès maintenant partie du peuple des saints et des saintes si nous nous reconnaissons dans les paroles du psaume :

Voici le peuple de ceux qui cherchent le Seigneur, qui recherchent la face de Dieu !

Les saints et les saintes du Ciel ont tous été des chercheurs de Dieu en pratiquant jour après jour, dans la joie comme dans les épreuves, les vertus de foi, espérance et charité.


samedi 21 octobre 2017

29ème dimanche du temps ordinaire / année A



Matthieu 22, 15-21

22/10/17

Dans les derniers jours de son ministère public à Jérusalem, Jésus est confronté à ses ennemis qui cherchent par tous les moyens possibles à le discréditer. Toutes les questions qui lui sont posées ne proviennent pas du désir de connaître la vérité mais de la volonté de le faire tomber dans un piège. La parole humaine en est réduite alors à n’être qu’une arme en vue de détruire l’adversaire. Pour citer l’Ecclésiaste, rien de nouveau sous le soleil. Cet usage hypocrite et pervers de la parole humaine se poursuit de nos jours dans les prétendus débats politiques, et certains de nos journalistes ressemblent bien aux pharisiens du temps de Jésus. Avant même de poser leurs questions, ils ont condamné la personne à laquelle ils s’adressent. Leur but n’est pas de mettre en valeur ce qu’elle pense réellement sur des sujets de fond, mais de la prendre en faute sur des détails insignifiants… Bref ils ne contribuent pas à informer de manière objective mais ils manipulent l’opinion publique. Pour masquer l’hypocrisie et la manipulation, rien ne vaut une bonne dose de flatterie… Maître, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Cette description de Jésus est parfaitement juste. Le problème réside dans le fait que les pharisiens n’y adhèrent pas intérieurement, ils sont dans l’hypocrisie la plus totale. Quant à leur question, elle est formulée de telle manière qu’elle révèle leur penchant légaliste : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? Le Seigneur ne va tomber dans le piège et il va s’abstenir de répondre oui ou non de manière directe. Derrière la question des pharisiens se profile le problème politique qui les tracasse. Depuis Pompée, leur pays, la Judée, est une province sous l’autorité de Rome. C’est cela qu’ils ne supportent pas. C’est la raison pour laquelle ils se dispenseraient bien de payer l’impôt à César. Jésus n’est pas venu pour jouer le rôle d’un Messie politique, d’un Juif nationaliste, rempli de zèle pour bouter l’occupant romain hors d’Israël. Sa mission est essentiellement spirituelle : permettre aux hommes de se convertir pour accueillir le Royaume des Cieux. Il distingue donc les réalités de ce monde, temporelles, comme l’organisation politique, des réalités spirituelles. D’une manière très habile, il fait remarquer à ses ennemis qu’ils sont bien obligés d’utiliser les monnaies romaines dans leur vie quotidienne, que cela leur plaise ou pas. D’où la leçon selon laquelle il convient de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Implicitement, il leur répond qu’il faut payer l’impôt à César, car cela ne constitue absolument pas un obstacle à l’essentiel : la vie de communion avec Dieu. Les empereurs romains comme les présidents de la République passent, seul Dieu demeure. Autrement dit l’occupation romaine n’empêche pas le Juif qui le désire d’adorer Dieu en esprit et en vérité. C’est d’un autre domaine. D’ailleurs lorsque le Royaume de Juda et d’Israël était indépendant et libre, beaucoup de rois ont malheureusement été de mauvais rois qui ont été infidèles à la foi monothéiste et sont tombés dans des pratiques païennes… La vraie question n’est donc pas de type légal : est-il permis, oui ou non ? mais bien spirituelle : comment je peux progresser dans la vraie foi, l’amour et l’adoration du Dieu vivant quel que soit le contexte politique dans lequel je me trouve. Il est toujours dangereux de confondre la sphère temporelle du politique, par définition imparfaite et changeante, et la sphère de la vie spirituelle ancrée sur le roc de la sainteté de Dieu. Le billet de banque des Etats-Unis témoigne de cette confusion en osant mettre le nom de Dieu sur un vulgaire moyen de paiement, In God we trust… L’intention était probablement d’honorer Dieu, mais le résultat est dramatiquement l’opposé puisqu’on rabaisse le nom sacré de Dieu en l’imprimant sur un billet de banque… Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent… Une autre manière de dire : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. D’où l’importance pour nous de ne pas diviniser la sphère temporelle et politique et de ne pas mettre Dieu au service des Césars de notre temps. Pour ce qui est des lois civiles justes comme payer l’impôt, Jésus est légaliste, et Paul à sa suite. Pour ce qui est de notre relation avec Dieu, Jésus dépasse le domaine de ce qui est permis ou pas, il nous demande en effet d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre intelligence et de toute notre force.

dimanche 15 octobre 2017

28ème dimanche du temps ordinaire / A


Matthieu 22, 1-14

15/10/17

Nous avons probablement tous déjà fait cette expérience désagréable : inviter des amis à une fête ou à un bon moment à passer ensemble et recevoir une réponse négative du style : excuse-moi, mais je n’ai pas le temps… Peut-être avons-nous renouvelé nos invitations quelques fois… et avons-nous fini par nous décourager devant le manque d’enthousiasme de ceux que nous invitions à partager un bon moment ensemble… Dans ces moments nous pouvons ressentir en nous de l’amertume et de la colère en nous posant la question suivante : ceux que nous avons invité et qui ont refusé étaient-ils vraiment des amis ou bien de simples connaissances ?
Dans la Bible, Dieu se présente très souvent à nous comme celui qui appelle, celui qui invite. C’est le thème principal de la parabole de ce dimanche. Mais ici ce n’est pas une simple invitation à participer à une fête quelconque : il s’agit en effet du Père qui célèbre les noces de son Fils. Une fête de mariage n’est pas comparable à une banale soirée de fête ! C’est un événement extrêmement important et significatif. Mais si le Fils de Dieu, Jésus, est l’époux dans la parabole, alors qui est l’épouse ? Plusieurs réponses peuvent être données à cette question. Pensons tout d’abord au mystère de l’incarnation par lequel le Fils de Dieu épouse notre humanité en se faisant notre frère. Mais l’épouse peut aussi être l’Eglise pour laquelle Jésus a donné sa vie, et donc d’une certaine manière chaque membre de l’Eglise, chaque baptisé. Tous les chrétiens sont ainsi appelés à fêter les noces du Royaume des cieux, à se réjouir de l’Alliance d’amour entre le Père et l’humanité en son Fils Jésus. Oui, la multitude des hommes est appelée.

Si cette parabole nous parle de l’invitation de Dieu, elle nous montre aussi comment nous répondons à cet appel : les invités ne voulaient pas venir ; ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce. Ces réactions sont déjà bien décevantes, mais il y a pire encore : les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. C’est le drame qu’ont vécu tous les prophètes, Jésus lui-même et tous les serviteurs de l’Evangile qui continuent aujourd’hui à inviter tous les hommes au repas de fête, au festin de l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Bref Dieu invite et les hommes préfèrent s’occuper de leurs affaires terrestres plutôt que de lui répondre. Si Dieu nous considère comme ses enfants bien-aimés, malheureusement nous le considérons souvent comme un détail dans notre vie, celui à qui nous donnons la dernière place. Une fois que nous avons passé la plus grande partie de notre temps à notre travail, à nos occupations et à nos divertissements, peut-être donnerons-nous quelques miettes de notre temps pour vivre notre relation avec Jésus. Le repas des noces ne fait pas seulement allusion au festin symbolique de la fin des temps dans le Royaume des cieux mais aussi au repas de l’eucharistie auquel nous sommes invités chaque dimanche, repas qui nous prépare justement à notre entrée dans la vie éternelle : heureux les invités au repas du Seigneur ! Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Quand il s’agit d’organiser notre week-end, notre dimanche, quelle place donnons-nous à cette invitation que Jésus nous fait par la voix de son Eglise ? Pouvons-nous répondre au Seigneur, si nous l’aimons vraiment, non, désolé, je n’ai pas le temps, je n’ai pas une heure à te consacrer pour participer à ton repas de fête ? L’image du repas des noces, donc du festin de l’amour entre Dieu et l’humanité, ne se limite pas à évoquer la communion au corps et au sang de Jésus lors de la messe du dimanche. Chaque fois que nous donnons de notre temps et que nous nous donnons nous-mêmes au Seigneur pour nourrir notre foi et notre relation avec lui, nous répondons oui à son invitation : lecture de la Bible, prière personnelle, temps de récollection ou de retraite etc.

Le repas est prêt mais les invités n’en étaient pas dignes. La liturgie de la messe nous fait bien comprendre que nous ne serons jamais dignes du grand don qui nous est fait. Non pas pour nous décourager ou nous condamner, mais pour mettre en notre cœur l’humilité sans laquelle nous ne pouvons pas profiter pleinement du don de la communion. C’est la raison pour laquelle nous reprenons les paroles de l’officier romain dans l’Evangile. Nous sommes venus, nous avons répondu à l’appel du Seigneur, mais il nous faut demeurer humbles et éviter l’orgueil qui nous ferait penser que nous faisons partie du petit nombre des élus, car le fait même d’avoir répondu à l’invitation est déjà une grâce de Dieu :


Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri.

dimanche 1 octobre 2017

26ème dimanche du temps ordinaire / A


Premier octobre 2017

Mt 21, 28-32

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens. Ceux-ci lui reprochent son action dans le Temple, lorsqu’après son entrée triomphale dans Jérusalem, il en a chassé  les marchands et les changeurs de monnaie qui y commerçaient en vue des sacrifices d’animaux. La tension est donc vive entre le Seigneur et les responsables religieux du peuple. La petite parabole des deux fils, très simple à comprendre, s’adresse à eux pour leur reprocher leur manque de foi. Si les pécheurs, représentés ici par les publicains et les prostituées, ont cru au message de Jean-Baptiste, eux ont refusé de croire, même après avoir vu l’exemple de la conversion des pécheurs. La parabole porte donc sur notre capacité à croire et notre capacité à mettre notre vie en harmonie avec la foi que nous proclamons. Elle nous parle aussi de la possibilité que nous avons d’endurcir notre cœur. Elle reprend l’image du travail dans la vigne de Dieu, déjà rencontrée dimanche dernier. Notre travail dans la vigne est le signe que nous voulons accomplir la volonté du Père. Nous lui faisons confiance et nous obéissons à sa parole. Jésus insiste sur l’importance de nos actes (le travail dans la vigne), actes qui représentent les fruits de notre foi, donc notre conversion. La vie chrétienne exige en effet de chacun de nous une conversion permanente car le risque est grand pour nous de ressembler au fils qui dit oui, qui dit à Dieu « je crois en toi », mais qui refuse ensuite de conformer sa vie à la parole de Dieu. Jésus avait déjà enseigné ce point au chapitre sept du même Evangile, et cet enseignement est une constante dans ses paroles : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.

Plus loin dans le même Evangile, Jésus dénonce cet écart entre les paroles et les actes chez les maîtres de la Loi et les Pharisiens : Tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.


Finalement la parabole des deux fils est un commentaire de la demande du Notre Père : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! Un aspect intéressant de cette parabole concerne notre psychologie humaine blessée par le péché et soumise à la tentation. Nous avons probablement déjà fait l’expérience du premier fils dans notre vie. Face à la volonté de Dieu, connue à travers les enseignements du Seigneur et les inspirations de l’Esprit Saint, nous avons tout d’abord dit « non », nous avons refusé. Et souvent il nous faut un certain temps pour pouvoir dire « oui » et agir en conformité avec ce que le Seigneur attend de nous. Ce qui signifie que notre conversion à l’Evangile est un processus qui prend toujours du temps, à la suite de notre premier acte de foi en Dieu. Ce qui rend notre vie avec le Christ enthousiasmante et vivante, belle et joyeuse, c’est cette expérience que nous pouvons faire chacun, chacune, de manière personnelle. C’est le fait que de petites victoires en petites victoires, nous nous fortifions et nous progressons dans l’accomplissement de la volonté de Dieu. Et au plus nous sommes sanctifiés par l’amour du Seigneur, au plus l’accomplissement de notre vocation chrétienne devient pour nous une source de joie, de paix et d’épanouissement. La lutte demeure toujours présente, mais c’est d’abord la présence de Jésus Ressuscité qui nous guide et nous soutient pour que notre « oui » soit vraiment un « oui » authentique : Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.