dimanche 15 avril 2018

Troisième dimanche de Pâques / B



Luc 24, 35-48

15/04/18

L'Évangile de ce dimanche du temps pascal nous rapporte la manifestation de Jésus ressuscité au groupe des onze apôtres. Le récit de saint Luc insiste sur deux aspects de cette manifestation : Jésus ressuscité n’est pas un pur esprit ; le mystère de Pâques accomplit les Écritures.

Le Ressuscité ouvre l’esprit de ses amis à l’intelligence des Écritures. Pour eux la croix a été un scandale et un échec. Jésus leur enseigne que sa Passion et sa mort en croix faisaient partie du plan de Dieu en vue de la conversion de tous les peuples et du salut par la foi en son Fils. Ce dont les apôtres ont été les témoins était en réalité l’accomplissement de ce qui avait été annoncé par les Écritures. Si la croix est aujourd’hui le symbole, connu de tous, de la foi chrétienne, il n’en a pas toujours été ainsi dans le passé. Les premières générations chrétiennes ont utilisé d’autres symboles comme l’image du bon berger et celle de l’agneau, le poisson, l’Alpha et l’Oméga, le chrisme etc. Il a fallu attendre le 5ème siècle pour que le crucifié soit représenté dans un lieu de culte chrétien, sur les portes en bois de la basilique sainte Sabine à Rome. Ce mystère de la croix qui débouche sur la vie nous le rencontrons personnellement chaque fois que nous faisons l’expérience de la souffrance physique ou morale. Notre foi ne nous explique pas le mystère du mal. Nous savons seulement que Jésus, par amour pour nous, a accepté de prendre, lui aussi, ce chemin de souffrance pour le transformer en chemin de vie. Le chrétien d’aujourd’hui comme celui des premières générations de disciples se heurte à l’épaisseur de ce mystère de la souffrance et du mal. Comme Pierre, il entend résonner les paroles du Christ : ta façon de voir n’est pas celle de Dieu mais celle des hommes. Ces paroles du Seigneur faisant écho à celles d’Isaïe : Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Le Christ ressuscité n’est pas un esprit, il demeure pleinement homme avec un corps humain portant la mémoire des souffrances de sa Passion et de sa mort. Tel est le second enseignement de cet Evangile. L’expérience de Pâques fait passer les disciples de la crainte à la joie. Mais cette joie n’enlève pas le sentiment d’étonnement. La résurrection tout comme la croix fait partie des mystères de notre foi. Tant que nous sommes sur cette terre, nous ne pouvons pas y avoir accès pleinement. Dans ce récit nous percevons la manière d’être du Ressuscité dans son Eglise : il est au milieu de nous et il nous donne sa paix. Même si, contrairement aux disciples, nous ne pouvons pas voir le Christ Ressuscité, nous pouvons faire, comme eux, l’expérience de sa présence et de sa paix. Dans les sacrements de l’eucharistie et du pardon ainsi que dans la prière personnelle, il nous est donné de vivre cette expérience de la présence du Ressuscité d’une manière particulièrement forte. Mais c’est dans tous les aspects de notre vie quotidienne que Jésus se donne à nous par sa présence aimante et réconfortante. Il nous l’a promis et sa parole est digne de foi : voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Le temps de Pâques célèbre cette présence du ressuscité dans son Eglise : il est au milieu de nous, il est avec nous. Demandons à l’Emmanuel une foi toujours plus grande en sa parole afin de l’accueillir dans nos souffrances comme dans nos joies. Ayons le désir de recevoir sa paix et de la laisser pénétrer notre cœur, nos pensées, nos paroles et nos actes. Ainsi nous serons bienheureux car heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu.

dimanche 1 avril 2018

DIMANCHE DE LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR


Jour de Pâques 2018

Chaque année, la liturgie du jour de Pâques offre à notre méditation le commencement du chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean. Dès que le Sabbat est terminé, Marie Madeleine se rend au tombeau. Non pas pour faire la toilette funéraire de Jésus, celle-ci ayant déjà été faite dès le vendredi par Nicodème avec des huiles parfumées. Ce qui pousse Marie de Magdala à se rendre au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre, c’est son grand amour pour Jésus, son attachement fidèle à sa personne. Marie, en cette aube de Pâques, vient se recueillir auprès de la tombe d’un mort, peut-être pour y pleurer, mais une surprise l’attend. Elle est en effet confrontée à quelque chose de totalement inattendu : la grosse pierre circulaire qui fermait l’entrée du tombeau, creusé dans le roc, a été roulée, si bien que le tombeau est ouvert. L’Evangile ne nous dit pas si elle a regardé à l’intérieur du tombeau, mais le contenu du message qu’elle s’empresse de porter aux deux apôtres nous le laisse supposer : on a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ! Le récit de Jean nous montre bien qu’en ce matin de Pâques Marie était très éloignée de la pensée de la résurrection. Sa visite était bien une visite funéraire, remplie de tristesse et de douleur, et non pas d’espérance. Elle passe alors le relais à Pierre et à Jean qui se rendent à leur tour au tombeau en courant. Ils entrent dans le sépulcre, Pierre en premier, et constatent qu’il est bien vide. Seuls sont en place les linges funéraires destinés à recouvrir le corps et la tête de Jésus mort. Les signes du tombeau vide et des linges funéraires provoquent un déclic dans le cœur de Jean : Il vit et il crut, sous-entendu à la résurrection de Jésus. Jean n’est pas seulement celui qui court le plus vite en raison de son âge ou de son grand amour, il est aussi le premier qui reçoit le don de la foi pascale. Il est le premier chrétien. Ce n’est que plus loin dans le récit que Jésus ressuscité se manifeste à Marie Madeleine, restée auprès du tombeau en pleurs tandis que les apôtres s’en retournent chez eux. Dans son second voyage vers Jérusalem, elle porte cette fois le message du Ressuscité lui-même : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. La conclusion de notre Evangile insiste sur le fait que les disciples n’étaient pas prêts spirituellement à accueillir la nouveauté de la Résurrection de Jésus. Malgré le fait que le Seigneur leur en avait parlé avant sa mort, ils ne pouvaient pas comprendre ce que cela pouvait bien signifier. Or, d’après l’Ecriture, c’est-à-dire d’après la Loi et les Prophètes, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Pour le dire autrement cela faisait partie du projet de salut du Père tout comme le mystère de l’Incarnation et celui de la Passion et de la crucifixion ; ces mystères étant inséparables même si la liturgie nous les fait célébrer à divers moments de l’année.

Il est éclairant de prendre connaissance de ce qui précède notre Évangile : À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. Le tombeau de Jésus, donc l’événement de sa résurrection, se situe dans un jardin. Ce qui semble n’être qu’un détail devient significatif lorsqu’on fait le lien avec un autre jardin, celui du paradis terrestre dans lequel le Créateur avait installé l’homme et la femme. C’est dans ce jardin que, tentés par le serpent, ils prirent du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et en mangèrent. Car ils voulaient être comme des dieux. Ce péché d’orgueil les coupa de la communion avec Dieu et les chassa hors du jardin pour connaître la dure vie des hommes sur une terre marquée par le mal, la violence et la corruption. C’est dans le jardin du Golgotha que Jésus vient nous guérir du péché des origines et de tout péché pour créer une humanité nouvelle. A la désobéissance de l’homme et de la femme correspond son obéissance au Père. A l’orgueil de l’homme et de la femme correspond son humilité et son abaissement. Dans le mystère de sa résurrection notre humanité est pour toujours unie à sa divinité, et élevée auprès de Dieu après l’Ascension. Les hommes ont toujours eu tendance à se prendre pour des dieux, pensons, par exemple, aux empereurs romains divinisés après leur mort. Le mystère pascal, le chemin parcouru par Jésus, nous montre que nous pouvons recevoir ce don de la divinisation et que c’est même le désir de Dieu notre Père que de nous associer étroitement à sa propre vie divine. Mais recevoir est bien différent de prendre. L’orgueilleux se construit lui-même et seul et considère qu’il ne doit rien à personne. Le chrétien, lui, sait que tout est grâce, tout est don, à commencer par notre propre vie, car nous ne sommes pas nos propres créateurs. Dans le baptême et la confirmation nous recevons cette grâce pascale, celle des fils et filles adoptifs de Dieu. C’est Dieu lui-même qui nous rend semblables à son Fils Jésus et qui nous fait communier au mystère de son amour trinitaire. L’homme vraiment divinisé ne l’est qu’en suivant l’humble chemin d’abaissement pris par Jésus. Et ce chemin est celui du service qui libère, pas celui du pouvoir qui domine. Ce chemin est celui de la pauvreté, d’une vie sobre et simple, pas celui de l’accumulation sans fin des richesses. L’élévation de Jésus en croix et celle de sa Résurrection nous remettent sans cesse au cœur de notre vie chrétienne : l’humilité, source de la gloire véritable et éternelle, car qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé.

dimanche 25 mars 2018

Dimanche des Rameaux et de la Passion / B


Dimanche des Rameaux et de la Passion

25/03/18

Voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs : c’est ainsi que Jésus lui-même, dans le jardin de Gethsémani, nous donne la signification de sa Passion et de sa mort en croix. Tout au long de son récit, saint Marc nous montre l’humanité de Jésus, le Fils de l’homme. Il ne nous est pas présenté comme un super héros insensible à la souffrance mais comme notre frère en humanité : il ressent frayeur et angoisse, et son âme est triste à en mourir. Avant d’entrer dans ses souffrances physiques, Jésus souffre intensément dans son âme. Cette souffrance atteindra son sommet avec le cri de Jésus crucifié, reprenant le début du psaume 22 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? C’est dans l’obéissance à la volonté du Père qu’il accepte tout cela : non pas ce que je veux, mais ce que tu veux !

Le drame de la Passion et de la mort du Seigneur est un microcosme du drame de notre humanité soumise au pouvoir du mal et esclave du péché. En lisant ce récit, il nous semble entendre comme un écho des paroles de la Genèse juste avant le déluge : la terre s’était corrompue devant la face de Dieu, la terre était remplie de violence. Dieu regarda la terre, et voici qu’elle était corrompue car, sur la terre, tout être de chair avait une conduite corrompue. Les différents acteurs de ce drame témoignent par leurs paroles et leur comportement de cette corruption du cœur humain par le mal : la trahison (Judas), le reniement (Pierre), la jalousie et le fanatisme religieux (les chefs des prêtres), le mensonge (les faux témoins), la lâcheté (Pilate), la manipulation (les chefs des prêtres et la foule), la violence (les soldats romains) etc. Peu de personnes échappent à cette emprise mystérieuse du mal sur le cœur humain : le centurion, les saintes femmes, Joseph d’Arimathie. Face à ce déferlement de bassesse, de haine, d’injustice et de violence, Jésus, la plupart du temps, se tait. Il ne se bat pas par la parole, lui, la Parole de Dieu faite chair. Il s’oppose à ce déferlement du mal par le don de sa propre vie. Le temps de l’enseignement en paroles est terminé, le grand enseignement de la Passion est résumé dans les paroles de la dernière Cène : Prenez, ceci est mon corps. Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. Jésus, par son attitude face à ses accusateurs et à ses ennemis, accomplit les prophéties de l’Ecriture, en particulier celles d’Isaïe : Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Pour vaincre le mal qui est en nous, le Seigneur nous aime de l’amour même de la Sainte Trinité, et ce jusqu’à en mourir sur le bois de la croix. Deux mille ans après ce drame de la Passion, notre humanité ne semble pas avoir beaucoup changé. Nous ne sommes pas forcément plus évolués et plus civilisés, plus humains, que nos ancêtres. Nous pourrions nous décourager et penser que le fardeau du mal est une fatalité. Dans la foi nous savons que Jésus a vaincu une fois pour toutes ce mal par sa mort et sa résurrection. En tant que disciples, il nous est donné de participer à sa victoire en luttant pour la justice et pour la paix là où nous sommes. Nous ne pouvons pas changer le monde d’un coup de baguette magique, mais nous pouvons le transfigurer par notre fidélité à l’Evangile de l’Amour. Cette transfiguration commence dans notre cœur et là où nous vivons, à travers les humbles choix quotidiens. Cette transfiguration par la force de l’amour a pour condition de vaincre l’orgueil et la démesure qui habitent le cœur de l’homme depuis le péché des origines : Dieu éternel et tout-puissant, pour montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter, tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix. Le grand enseignement de Jésus dans sa Passion consiste en la certitude que seuls l’amour et l’humilité sont capables de vaincre le mal et de libérer l’humanité des chaînes du péché.

dimanche 18 mars 2018

Cinquième dimanche de Carême / B



18/03/18

Jean 12, 20-33

Ce dimanche est le dernier du Carême avant la célébration des Rameaux et de la Passion. D’où sa tonalité dramatique. Jésus sait que sa mort est désormais toute proche et il est bouleversé au plus profond de son être. Malgré l’accueil triomphal qui lui a été réservé par les foules de Jérusalem, il est certain de son sort et se prépare à entrer dans sa Passion. L’Evangile de Jean nous décrit la lutte entre le Fils de l’homme et le prince de ce monde, c’est-à-dire Satan. Par son obéissance à la volonté du Père, Jésus est vainqueur du prince de ce monde. Par sa Passion et sa mort, Satan va être jeté dehors.

Pour faire comprendre à ceux qui l’écoutent la signification de ce moment dramatique dans lequel il se prépare à entrer, le Seigneur utilise deux images qui semblent contradictoires : l’une nous fait regarder la terre, c’est le grain de blé tombé en terre, tandis que l’autre nous fait élever les yeux vers le ciel : quand j’aurai été élevé de terre. En fait ces deux images nous parlent de la même réalité : celle du sacrifice de Jésus par amour pour le Père et pour nous. L’élévation de Jésus en croix est en effet un abaissement et une mort. Qui s’abaisse sera élevé. L’instrument de supplice qu’est la croix est planté dans notre terre, comme le grain de blé qui est enfoui et caché dans la terre. Si les deux images nous décrivent une même et unique réalité, l’Evangile nous montre aussi un fruit commun : le grain de blé semé en terre donne beaucoup de fruit, le Fils de l’homme élevé sur la croix attire à lui tous les hommes. C’est la raison pour laquelle notre foi nous fait voir dans la mort de Jésus un événement salutaire, un événement qui nous obtient la grâce d’être délivré du pouvoir du prince de ce monde pour pouvoir entrer dans la Nouvelle Alliance entre Dieu et l’humanité. La prière d’ouverture de cette messe nous indique de quelle manière nous pouvons participer à la grâce du mystère pascal, grâce toujours actuelle et particulièrement agissante dans la célébration des sacrements mais aussi dans notre relation la plus intime avec la Sainte Trinité :

Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde.

dimanche 4 mars 2018

Troisième dimanche de Carême / B




Jean 2, 13-25

4/03/18

L’évangéliste saint Jean situe l’épisode des marchands chassés du temple au début du ministère public de Jésus, immédiatement après le signe des noces de Cana. Les autres évangélistes situent ce même épisode à la fin du ministère public de Jésus, juste avant sa Passion, après l’entrée triomphale des Rameaux. Quoi qu’il en soit du moment précis de cet événement, une chose est certaine : c’est l’unique scène des Evangiles où nous voyons Jésus utiliser une certaine violence contre des hommes, même si le texte ne nous dit pas qu’il frappa physiquement les marchands. Et nous imaginons aisément que cette violence est en lui l’expression d’une colère intérieure, d’une indignation. Qu’est-ce qui motive donc cette colère et cette violence du Seigneur ? Il nous le dit lui-même : Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. Dans la version de Mathieu, Jésus cite le prophète Isaïe : Ma maison s’appellera Maison de prière pour tous les peuples. L’opposition est donc claire entre la maison de commerce et la maison de prière. Le Temple est le lieu sacré de la présence de Dieu et le Temple ne doit servir qu’au culte et à la prière. Tout le reste est profanation. C’est l’amour de Dieu qui pousse donc Jésus à chasser hors du Temple les marchands et les changeurs. Son zèle nous rappelle celui d’Elie dans sa confrontation avec les prophètes de Baal. Mais Jésus, contrairement à Elie, n’utilise pas une violence qui tue. Même si nos églises chrétiennes n’ont pas exactement la même fonction que le Temple unique de Jérusalem, nous pouvons nous inspirer de cet Evangile pour nous interroger sur notre conduite et notre attitude à l’intérieur de l’église. Il est essentiel de nous rappeler que le but premier d’une église est la célébration des sacrements et la prière. Dans notre manière de participer à la messe, et de nous comporter avant et après la messe, favorisons-nous l’atmosphère de prière qui doit être celle de nos églises même si elles sont aussi un lieu légitime de rencontre de la communauté ?

L’objection des Juifs réclamant un signe permet à Jésus de donner un sens encore plus profond à son geste. Ce geste violent n’exprime pas seulement son amour ardent pour le Père mais il a aussi une valeur prophétique. Tout d’abord il accomplit une prophétie de Zacharie : Il n’y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur de l’univers, en ce jour-là. Ensuite : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai… Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. De fait le Temple sera détruit par les Romains en 70 et ne sera plus jamais reconstruit. En chassant les marchands du Temple, Jésus abolit le culte ancien qui reposait sur les sacrifices d’animaux. Dans le culte de la Nouvelle Alliance, le Temple véritable c’est le corps du Christ mort et ressuscité pour nous, c’est la personne même du Ressuscité. Et saint Paul en déduira que chaque baptisé est un sanctuaire de la Sainte Trinité, un temple de Dieu. Dans le culte chrétien ce qui est premier ce n’est donc pas le lieu matériel du culte, le bâtiment église, mais bien les fidèles qui se rassemblent pour prier. En français nous écrivons église avec un petit « e » pour indiquer le bâtiment et Eglise avec un grand « E » pour signifier la communauté des croyants. En suivant cette seconde lecture de l’événement rapporté par l’Evangile, nous comprenons que le Carême est ce temps privilégié de grâce qui nous permet de faire le ménage dans le temple intérieur de notre âme. Quels sont les marchands qui nous habitent et que nous devrions chasser hors de nous pour l’amour de Dieu ? Le rappel des dix commandements dans la première lecture peut nous aider à identifier les zones de notre être qui ont besoin de purification. Relevons par exemple la sanctification du sabbat, donc du dimanche, mais aussi le péché de convoitise : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient.

vendredi 2 mars 2018

Quatrième dimanche du temps ordinaire / B



Marc 1, 21-28

28/01/18

Après avoir appelé ses quatre premiers disciples au bord du lac, Jésus commence avec eux sa mission. Nous avons entendu, dimanche dernier, le contenu de sa première prédication : Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. Il s’agit maintenant pour le Seigneur de présenter cette Bonne Nouvelle à ses contemporains. Pour ce faire il choisit un lieu et un jour : la synagogue de Capharnaüm et le sabbat. Saint Marc ne nous dit rien de l’enseignement donné par Jésus ce jour-là. Il se limite à décrire la réaction des auditeurs : ce prédicateur est différent des autres, il émane de sa personne une autorité particulière. Cela nous montre à quel point, dès le début, Jésus a touché les cœurs par sa parole. Puis survient l’intervention d’un homme tourmenté par un esprit mauvais. La prédication de Jésus est interrompue par ses cris. A travers la voix de ce pauvre homme, ce sont bien les démons qui s’expriment avec l’emploi du « nous ». Eux aussi comprennent qu’en Jésus réside une autorité toute divine et qui menace leur pouvoir. Puis le récit passe du « nous » au « je » : je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. L’homme possédé révèle l’identité messianique du nouveau prédicateur dans la synagogue. Il affirme que Jésus est en effet le Messie, l’envoyé de Dieu. Ce que Jésus refuse : silence ! Sors de cet homme. Ce n’est pas au démon de révéler qui est Jésus. Dans l’Evangile selon saint Marc, cette révélation de l’identité du Christ se fait par étapes, et elle implique une adhésion à sa personne par la foi et l’amour. Elle suppose toujours la liberté, donc le contraire de la possession démoniaque. Ce n’est que bien plus tard, au chapitre 8, que Pierre, l’un des premiers disciples, sera capable de faire cet acte de foi : Tu es le Messie. Et à ce moment-là, Jésus demande à Pierre et aux autres disciples de garder pour eux cette révélation, cette vérité sur sa personne. Un passage de la lettre de saint Jacques peut nous aider à comprendre pourquoi Jésus condamne au silence l’homme possédé qui confesse, presque malgré lui, dans les cris et la souffrance, qu’il est le Messie : Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent. Homme superficiel, veux-tu reconnaître que la foi sans les œuvres ne sert à rien ?  La seule profession de foi que Jésus peut donc accepter est celle de la foi agissant par la charité. Comme l’affirme saint Paul, seule vaut la foi qui agit grâce à l’amour. Les démons de par leur intelligence supérieure à la nôtre sont capables de dire une vérité sur Jésus, mais ils sont incapables d’aimer. Croire en la Bonne Nouvelle et se convertir sont donc une seule et même chose. L’autorité du témoignage de l’Eglise, comme de celui de chacun d’entre nous, provient de son engagement concret en vue de la libération de tout homme et de tous les hommes. Lorsque notre témoignage est animé par la foi qui agit grâce à l’amour, il révèle avec autorité qui est Jésus Seigneur. C’est en libérant du mal que Jésus manifeste qu’il est Seigneur. L’Eglise et les chrétiens participent à cette œuvre de salut en travaillant, avec la grâce de Jésus et l’inspiration de l’Esprit, à la libération intégrale de tout homme : libération tout d’abord du mal moral, le péché, et du Mal inspiré par Satan, Prince de ce monde, mais aussi du mal de la misère et de l’injustice. Le christianisme est un enseignement nouveau parce qu’il a le pouvoir non seulement de changer les cœurs de pierre en cœurs de chair, mais aussi de transformer les structures de péché régissant nos sociétés en bien commun. C’est tout l’objet de la doctrine sociale de l’Eglise, malheureusement trop méconnue par beaucoup de catholiques. A ce propos, le pape François affirme : un chrétien, s’il n’est pas un révolutionnaire en ce temps, n’est pas un chrétien.

dimanche 21 janvier 2018

Troisième dimanche du temps ordinaire / B

Troisième dimanche du temps ordinaire/B

Marc 1,14-20

21/01/17

Saint Marc nous livre dans l’Evangile de ce dimanche une description synthétique du commencement de la mission de Jésus. Ces quelques lignes dessinent le portrait de Jésus évangélisateur. Elles posent les fondements de sa mission, fondements qui resteront valables jusqu’au moment de sa Passion et de sa mort. Tout d’abord le Seigneur décide de commencer cette mission dans sa région, la Galilée, et non pas dans la capitale religieuse d’Israël, Jérusalem. Il fait le choix des périphéries pour reprendre un vocabulaire souvent utilisé par le pape François. Comme autrefois Jonas avait été envoyé, loin d’Israël, pour prêcher dans la grande ville païenne de Ninive… Après cette indication de lieu, nous trouvons une indication de temps : ceux-ci sont accomplis car le règne de Dieu est tout proche. Saint Paul traduit cette réalité en affirmant que ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. En commençant sa mission, Jésus avait donc bien conscience d’inaugurer une nouvelle étape dans l’histoire de la relation entre Dieu et l’humanité, ce que nous appelons la nouvelle alliance. Voici plus de 2000 ans que nous sommes dans ces temps nouveaux, ceux de l’ère chrétienne comme nous le rappelle notre calendrier. Choix d’un lieu décentré, conscience d’un nouveau commencement, c’est dans ce contexte que Marc nous donne le résumé du message de Jésus : convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. La première partie de ce message n’a rien d’original, tous les prophètes avaient porté le même appel adressé sans relâche au peuple de Dieu. Mais pour Jésus se convertir c’est croire à l’Evangile, donc croire en sa parole. Sa parole est parole de Dieu et elle demande donc de notre part une adhésion par la foi. Qu’est-ce que la Bonne Nouvelle ? Ce sera l’objet précisément de tous les enseignements et des actes du Seigneur pendant les trois années de sa mission sur cette terre. Dès le départ, Jésus nous demande de l’écouter et de le suivre, et de recevoir ses enseignements non pas comme de simples conseils mais comme une parole de Dieu nous ouvrant le chemin d’une vie nouvelle. Jésus n’attend pas, nous le voyons, pour s’entourer de collaborateurs dans sa mission. Il n’est pas un prédicateur solitaire. Dès le début même de sa mission, il ressent le besoin d’appeler à sa suite quatre hommes, tous pêcheurs sur le lac de Galilée. A partir du moment où Jésus ouvre la bouche pour prêcher l’Evangile, l’Eglise commence en germe dans la petite communauté apostolique. A travers un jeu de mots, le Seigneur leur décrit ce que sera leur mission à sa suite : je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. C’est en vivant, jour après jour, la mission avec leur Maître, en l’écoutant et en le regardant agir, qu’ils deviendront apôtres, pêcheurs d’hommes. Ce qui signifie qu’ils recevront de Dieu la grâce pour attirer les hommes vers Jésus et leur donner le désir d’écouter et d’accueillir l’Evangile dans leur vie. Simon, André, Jacques et Jean sont des hommes de foi. Ils ont eu cette force extraordinaire de tout laisser pour suivre Jésus. C’est par le témoignage de leur foi qu’ils seront pêcheurs d’hommes. Leur nouveau travail consistera à amener à la foi en Jésus et en l’Evangile les hommes qu’ils rencontreront. Les apôtres de Jésus ne donnent pas la foi. Seul Dieu peut la donner. Mais ils ont pour mission de préparer les cœurs des hommes à l’accueil de la foi et de faire résonner l’Evangile à leurs oreilles. C’est encore aujourd’hui la mission de l’Eglise apostolique, fondée sur les apôtres, dans ces temps qui sont les derniers. Les conditions de vie de l’humanité et les mentalités religieuses ont radicalement changé en 2000 ans. Alors qu’au moment de la prédication de Jésus, la foi en Dieu était une évidence pour la plupart, aujourd’hui beaucoup considèrent Dieu comme une hypothèse inutile et sans fondement réel. Le témoignage de foi de la communauté chrétienne et son engagement inlassable au service de la justice et de la paix, dans un esprit de charité, peuvent éveiller le sens de Dieu, le sens de la transcendance chez nos contemporains. Aujourd’hui se convertir pour croire à l’Evangile signifie d’abord s’arracher à un univers matérialiste qui limite les désirs de l’homme à une perspective de fausse réussite purement terrestre par l’ambition, la gloire et l’argent. Ce faisant l’homme s’enferme dans la tristesse d’un monde clos, privé de transcendance et de valeurs éternelles. Ce n’est pas par hasard que le premier texte officiel du pape François s’appelle la joie de l’Evangile. Par une vie de foi, de charité et de prière, nous sommes, chacun pour notre part, des pêcheurs d’hommes, des témoins de ce que seul Jésus peut combler notre cœur d’une joie et d’une paix qui dépassent tout ce que nous pouvons désirer.