samedi 14 juillet 2018

15ème dimanche du temps ordinaire / B



15/07/18

Marc 6, 7-13

Après l’échec de sa première prédication dans la synagogue de Nazareth, Jésus envoie pour la première fois les douze apôtres en mission. Saint Marc donne moins de détails que saint Matthieu. Aussi sera-t-il utile de se référer parfois à la version de Matthieu afin de mieux comprendre le sens des consignes missionnaires que le Seigneur donne à ses apôtres.

Le premier élément significatif consiste dans le fait que les apôtres sont envoyés deux par deux dans les villages de Galilée. La mission d’annoncer l’Evangile est inséparable de l’appartenance à la communauté de l’Eglise. Elle se reçoit du Christ et se partage avec d’autres. Le message porté par un apôtre dépasse toujours son témoignage personnel pour rejoindre celui de l’Eglise tout entière. Même s’il peut arriver qu’un apôtre évangélise seul pendant un temps, ce fut le cas de Paul juste après sa conversion lorsqu’il partit pour l’Arabie, cette mission demeure toujours celle de l’Eglise du Christ. Par le baptême et par la foi, nous devenons les membres du Corps du Christ, ce qui signifie que nous ne sommes jamais chrétiens seuls, isolés du reste de l’Eglise. En outre le but de l’évangélisation est bien d’amener un homme ou une femme à la conversion, à la foi en Jésus Sauveur, et inséparablement à la vie chrétienne dans la communion de l’Eglise. Chaque fois que nous participons à la messe du dimanche, nous le faisons avec nos frères et sœurs dans la foi. La messe implique un rassemblement des croyants pour faire mémoire du mystère du Christ mort et ressuscité et pour vivre la communion de l’Eglise avant de vivre la communion avec Jésus.

Le deuxième élément significatif se trouve dans le style de vie simple des missionnaires. Jésus leur demande de partir deux par deux sur les routes sans rien emporter avec eux, légers. Ce dépouillement des missionnaires trouve sa motivation en saint Matthieu : pensez que l’ouvrier a droit à sa nourriture. Les apôtres auront à lutter contre les esprits mauvais. Une image peut éventuellement nous aider à comprendre cette exigence de dépouillement. Si un soldat est trop lourdement équipé, il sera moins rapide et moins agile sur le champ de bataille. Souvenons-nous de l’exemple de David affrontant Goliath. Le bagage le plus important des apôtres, c’est le pouvoir que Jésus leur donne sur les puissances du mal.

Enfin un troisième élément de la mission apostolique consiste à respecter la liberté de conscience de ceux auxquels le message est annoncé. Face au refus d’accueillir les missionnaires et d’écouter l’Evangile, le geste symbolique consistant à secouer la poussière de ses pieds signifie le respect de la liberté d’autrui. L’Evangile se propose, jamais il ne peut s’imposer par la force. La foi est en effet toujours un acte libre.

Marc ne nous dit rien du contenu de la première prédication des apôtres. D’où l’utilité de se référer à Matthieu : En entrant dans la maison, saluez ceux qui l’habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne vers vous.

L’Evangile est donc un message de paix pour tous, il est le don de la paix même de Dieu à notre humanité. Une paix que ne peuvent recevoir que ceux qui s’ouvrent pleinement à l’action de l’Esprit Saint. Dès l’aube du mystère de l’incarnation, c’est le don de cette paix que les anges ont chanté dans la nuit de Noël, l’Eglise reprenant dans sa liturgie leur message par le chant du Gloria : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime.

dimanche 8 juillet 2018

14ème dimanche du temps ordinaire / B



8/07/18

Marc 6, 1-6

Après son baptême et les commencements de sa mission en Galilée, Jésus revient dans sa ville, Nazareth, pour y enseigner dans la synagogue le jour du sabbat. Il attire les foules mais c’est l’échec. Saint Marc nous décrit comment les auditeurs de Jésus passent de l’étonnement au scandale : frappés d’étonnement… profondément choqués à cause de lui. L’Evangile de ce dimanche nous parle de l’identité de Jésus, question centrale dans les Evangiles et pour la foi chrétienne. Il aura bien fallu 4 siècles de prière, de méditation, de réflexion théologique et de disputes pour que les premiers chrétiens parviennent à un accord doctrinal sur cette question… alors il n’est pas étonnant que Jésus ait suscité l’incompréhension parmi ses compatriotes. D’ailleurs cette incompréhension avait été annoncée par Syméon à Marie lors de l’épisode de la présentation au temple : Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction. Ce sur quoi butent les auditeurs dans la synagogue, c’est tout simplement le mystère inouï de l’incarnation : cet homme qui leur parle est vrai Dieu et vrai homme. Il est bien plus qu’un génial rabbin ou un grand prophète. Dans l’esprit des habitants de Nazareth, il y a une contradiction entre d’une part ce qu’ils connaissent humainement de Jésus et d’autre part sa sagesse et ces miracles : d’où cela lui vient-il ? Voilà la question à laquelle ils ne peuvent trouver de réponse satisfaisante. Pour eux il est tout simplement scandaleux que le charpentier de leur village, sans avoir fait d’études religieuses, puisse enseigner avec une telle autorité et une sagesse si grande et qu’en plus il ait ce pouvoir d’accomplir tant de miracles… Leur incompréhension les conduit logiquement au manque de foi. Ne serait-il pas un imposteur, un faux prophète ? Cet incident de la synagogue de Nazareth annonce déjà la grande incompréhension qui sera celle des derniers jours de Jésus à Jérusalem, entre l’entrée triomphale du jour des Rameaux et la condamnation à la mort de la croix le vendredi saint. La foule de Nazareth vit en un instant ce que les foules de Jérusalem vivront tout au long de la semaine sainte : passage de l’étonnement au scandale, de la gloire messianique à l’abandon du vendredi saint. La version que saint Luc donne de la première prédication de Jésus dans la synagogue de Nazareth confirme ce parallèle avec les jours de la Passion, car les habitants de Nazareth ne sont pas seulement scandalisés mais violents et remplis de colère au point de vouloir tuer Jésus ! À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas.

Cette page évangélique nous montre toute la différence qui existe entre une perception simplement humaine de la personne de Jésus et une compréhension spirituelle de son identité. Sans la lumière de la foi, sans le secours du Saint Esprit, Jésus demeure incompréhensible. Saint Paul souligne l’importance de cette connaissance spirituelle dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Il n’est donc pas étonnant que certains, ayant seulement une connaissance humaine du Christ, aient pu percevoir en lui un imposteur ou encore un grand prophète… sans jamais parvenir au centre du mystère : il est le Fils bien-aimé du Père. Nouvel Adam, il est l’image du Dieu invisible. Par le mystère de l’incarnation, Dieu vient accomplir et porter à sa perfection ce qu’il avait commencé avec l’acte créateur en nous accordant gracieusement le pardon de nos péchés et la réconciliation. L’homme et la femme avaient été créés à l’image de Dieu et selon sa ressemblance, mais seul le Christ, parce qu’il est vraiment Dieu et vraiment homme, est l’image parfaite de son Père. Du point de vue de la sainteté de Dieu, il n’existe aucune contradiction entre l’humble condition du charpentier de Nazareth et la gloire de la divinité. Bien au contraire, c’est toujours par l’humilité et la simplicité que Dieu se manifeste le plus pleinement et de la manière la plus parfaite.

dimanche 1 juillet 2018

13ème dimanche du temps ordinaire / B



1/07/18

Marc 5, 21-43

La page évangélique de ce dimanche a été écrite par saint Marc dans un style particulièrement vivant. En témoigne, par exemple, cette annotation : la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait. Jésus n’accomplissait pas sa mission en suivant un planning détaillé dans lequel toutes ses activités étaient prévues à l’avance… Bien sûr il savait quelle était sa mission et où elle le conduirait. Certains choix, comme l’appel des Douze, étaient préparés dans la prière et murement réfléchis. Mais la plupart du temps Jésus se contentait de vivre simplement au milieu des gens en se laissant guider par leurs interrogations pour délivrer un enseignement ou par leurs prières pour accomplir un miracle. C’est justement cette impression de naturel qui domine la page évangélique de cette liturgie. Rien n’est planifié à l’avance. C’est dans la rencontre avec les hommes que Jésus manifeste sa puissance de Sauveur. Ici il guérit, à son insu, une femme malade depuis longtemps et il redonne la vie à une jeune fille. Les deux miracles s’entrecroisent. Comme toujours dans les Evangiles, Jésus associe le miracle à la foi de ceux qui en bénéficient. A la femme qui lui vole en quelque sorte sa propre guérison, il déclare avec affection : ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. Au chef de la synagogue, désespéré par la mort de sa fille, il n’hésite pas à dire : ne crains pas, crois seulement. Dans la mission de Jésus, ces miracles ne sont jamais un but en soi, encore moins des moyens faciles d’obtenir la popularité et le succès auprès des foules : il leur recommanda avec insistance que personne ne le sache. Jésus n’utilise jamais son pouvoir divin pour se faire de la publicité. Il agit d’abord mu par la compassion et l’amour envers les personnes qui souffrent dans leur corps à cause de la maladie ou dans leur âme comme ce père qui a perdu sa fille de douze ans. Jésus n’est pas un politicien qui se ferait une propagande facile afin de dominer les foules. Sa charité est authentique parce que désintéressée, sans aucune arrière-pensée. Dans son esprit, ces miracles sont des signes du Royaume de Dieu, ils annoncent son propre mystère de mort et de résurrection par lequel nous avons accès avec toute la création à la vie éternelle. Il est intéressant de relever que le Seigneur n’a pas guéri tous les malades ni redonné la vie à tous les morts. Là n’était pas le but de sa mission au milieu de nous. Mais dans certains cas il manifeste sa puissance de Sauveur pour faire naître et grandir dans le cœur des hommes la foi et l’espérance. Le vocabulaire employé dans les Evangiles est de ce point de vue significatif, il ne parle pas tant de guérison que du fait d’être sauvé : viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive / Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. La guérison des corps est donc toujours à comprendre comme une manifestation de la guérison spirituelle. Le vocabulaire utilisé par Jésus pour parler de la petite fille qui vient de mourir a aussi son importance : l’enfant n’est pas morte, elle dort. Saint Paul reprendra cette manière de parler pour l’appliquer aux défunts : ceux qui dorment, ceux qui se sont endormis. Dans leurs intercessions pour les défunts, les prières eucharistiques I et II reprennent aussi ce vocabulaire : souviens–toi aussi de nos frères qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection.

A travers cette page évangélique saint Marc nous rappelle donc le cœur de notre foi chrétienne : si, par le baptême et par la foi, nous sommes en communion avec Jésus mort et ressuscité pour nous, alors nous sommes sauvés, nous sommes déjà vainqueurs de la mort et appelés à entrer dans la vie du Royaume, la vie éternelle.

dimanche 24 juin 2018

Nativité de saint Jean Baptiste / 24 juin 2018



Luc 1, 57-66.80

24/06/18

Cette année le 24 juin tombant un dimanche, nous célébrons donc la nativité de Jean le baptiste, fils de Zacharie et d’Elisabeth. Les textes bibliques de cette liturgie nous remettent devant le mystère de chaque vie humaine en son commencement. Dans la spiritualité de la Bible, le mystère de chacune de nos vies est toujours lié au mystère de l’appel de Dieu. Cette fête en l’honneur de Jean, le dernier et le plus grand de tous les prophètes, nous donne la possibilité de méditer sur notre vocation chrétienne. Mais cette fête célèbre d’abord la naissance inattendue et miraculeuse de Jean, vu l’âge avancé de ses parents et la stérilité de sa mère. Toute naissance en ce monde nous ramène au mystère de la vie, au mystère de Dieu créateur. Le psaume 138 nous parle de ce mystère d’une très belle manière :

C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait. Mes os n'étaient pas cachés pour toi quand j'étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. J'étais encore inachevé, tu me voyais ; sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu'un seul ne soit !

Le chrétien, lorsqu’il célèbre chaque année son anniversaire, célèbre le don de Dieu créateur qui l’a appelé du néant à la vie. La première lecture du livre d’Isaïe nous montre que Dieu en nous créant nous appelle et nous donne, avant même notre naissance, une vocation !

J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. […] Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.

Dieu en nous donnant en même temps la vie et notre vocation manifeste ainsi son amour pour nous. Nous avons du prix à ses yeux, nous sommes précieux dans son plan d’amour pour toute sa création. Chacun de nous peut faire siennes les paroles du prophète : Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur. C’est en appelant chacun d’entre nous, et pas seulement Isaïe ou Jean, que le Seigneur veut manifester dans notre monde la puissance de son salut. En nous faisant le magnifique cadeau de notre vocation, il attend notre réponse libre à son appel, notre « oui », notre coopération. Si nous cherchons et trouvons notre vocation dans le monde et dans l’Eglise, si librement nous répondons « oui », alors c’est en nous et par nous que Dieu manifestera la puissance de l’amour du Christ. Nous serons alors réellement témoins de la résurrection de Jésus par laquelle le mal et la mort sont définitivement vaincus. Les voisins d’Elisabeth et de Zacharie se demandaient en apprenant la nouvelle de la naissance de Jean : Que sera donc cet enfant ? C’est le mystère de chaque vie et de chaque vocation. Même si Dieu nous donne notre vocation avant même notre naissance, nous avons besoin de temps, de prière, de réflexion, d’aide de la part des autres pour découvrir ce à quoi Dieu nous appelle et comment nous pouvons répondre généreusement à cet appel.

En ce jour où je célèbre au milieu de vous et avec vous mon jubilé sacerdotal, je rends grâce au Seigneur pour ces 25 ans de ma vie au service de son Eglise, au service de tous les hommes, de toutes les femmes, sans oublier les enfants et les jeunes, qu’il a mis sur mon chemin, croyants et incroyants. Pour moi le don de la foi et le don de la vocation de prêtre ont été reçus presque en même temps, à l’occasion de la préparation et de la célébration de ma première communion l’année de mes 13 ans. Si le ministère du prêtre est au service de la sanctification du peuple de Dieu, il est tout aussi juste de dire que le peuple de Dieu aide le prêtre dans l’accomplissement de sa vocation. Les bons prêtres font les bons fidèles, et les bons fidèles font les bons prêtres ! Je dois donc rendre grâce au Seigneur pour le témoignage de foi, d’espérance et de charité de tant de fidèles qu’il a mis sur mon chemin, sans oublier le témoignage si précieux de la vie religieuse dans la richesse de ses différentes formes. La fidélité des chrétiens laïcs, leur sainteté, leur rayonnement, leur engagement m’ont permis, malgré mes péchés, de demeurer moi-même fidèle à l’appel reçu du Seigneur.

Je voudrais terminer cette méditation en citant l’apôtre Paul :

Quand l’un de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul », et un autre : « Moi, j’appartiens à Apollos », n’est-ce pas une façon d’agir tout humaine ? Mais qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante n’est pas important, ni celui qui arrose ; seul importe celui qui donne la croissance : Dieu. Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit.


dimanche 17 juin 2018

11ème dimanche du temps ordinaire / B



Marc 4, 26-34

17/06/18

Dans son enseignement, Jésus a souvent parlé du règne de Dieu ou du royaume des cieux. Ce thème a même été le point de départ de sa mission, immédiatement après son baptême et son séjour au désert : Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile. Jésus lui-même reconnaît le caractère mystérieux et insaisissable du règne de Dieu. Aux pharisiens qui lui demandent à quel moment ce règne va se manifester, il répond : La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. Il ne s’agit donc pas tellement de nous préoccuper de savoir quand ce règne adviendra, à quel moment le Christ glorieux reviendra, que de nous rendre capables de l’accueillir spirituellement car il est au milieu de nous, déjà donné.

Les deux images empruntées à la vie agricole dans l’Evangile de ce dimanche peuvent nous aider à discerner les signes de la présence du règne de Dieu au milieu de nous, aujourd’hui et demain. Par l’utilisation de ces images, celles des semences, le Seigneur nous montre le lien entre le règne de Dieu et ce que j’appellerais le miracle de la vie sous toutes ses formes. Le grain de blé comme la graine de moutarde ont en commun leur petitesse lorsqu’ils sont confiés à la terre. Comme la vie des végétaux, le règne de Dieu est une réalité dynamique qui connaît un humble commencement, une croissance, un développement puis un fruit. De ce processus de la vie, l’Evangile nous dit que le semeur en ignore le comment. Les progrès de la biologie nous ont permis d’avoir une connaissance scientifique de ce processus. Mais de manière plus profonde, nous pouvons, comme Jésus, continuer à nous émerveiller en présence de ce miracle de la vie. Dans l’image du grain de blé, l’accent est mis sur la puissance interne de la semence. Le travail de l’homme est présenté comme limité : il sème et il récolte au moment de la moisson. Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit. Le règne de Dieu a besoin de la coopération de notre liberté d’hommes et de femmes, mais sa croissance ne dépend pas d’abord de nous, mais bien de Dieu. Il a en lui-même, comme la semence, sa propre force de développement. Cette vérité doit nous rendre humbles et remplis de confiance et d’espérance. Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, saint Paul traduit d’une manière admirable l’image du grain jeté en terre : Quand l’un de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul », et un autre : « Moi, j’appartiens à Apollos », n’est-ce pas une façon d’agir tout humaine ? Mais qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante n’est pas important, ni celui qui arrose ; seul importe celui qui donne la croissance : Dieu. Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire suivant la peine qu’il se sera donnée. Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit.

L’image de la graine de moutarde insiste quant à elle sur les commencements presque invisibles du règne de Dieu, car elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Pensons simplement au fait que Jésus a associé au commencement de sa mission seulement quatre hommes ! Et ensuite le groupe des Douze etc. jusqu’au don de l’Esprit Saint qui fondera en quelque sorte l’Eglise au jour de la Pentecôte. Pour instaurer son règne parmi nous, Dieu utilise toujours des moyens humbles, pauvres et petits, méprisés par le monde, même si l’Eglise, dans son histoire, est souvent tombée dans la tentation d’utiliser la puissance et la richesse de ce monde pour imposer son message. L’apôtre Paul n’hésite pas en effet à affirmer : Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Le règne de Dieu ne s’impose donc pas de manière éclatante et écrasante, il ne se reconnaît que si nous avons le regard spirituel, le regard de Jésus sur les réalités de notre monde. Avec des moyens qui nous semblent insignifiants, Dieu donne à son règne une grande puissance lorsqu’il est parvenu au terme de sa lente et discrète croissance, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. Chaque chrétien, chaque baptisé, mais aussi tout homme ouvert aux inspirations de l’Esprit Saint et fidèle à la voix de sa conscience, est cet oiseau qui fait son nid à l’ombre du règne de Dieu.


dimanche 27 mai 2018

LA SAINTE TRINITE



27/05/18

Matthieu 28, 16-20

La foi en Dieu Trinité est, pourrait-on dire, la marque de fabrique de la révélation chrétienne, ce qui fait qu’elle est unique au sein des religions monothéistes. Dans les religions polythéistes, comme celle de l’antique Rome par exemple, il y avait bien des triades, pensons à Jupiter, Junon et Minerve, mais une triade est tout autre chose que le mystère du Dieu unique en trois personnes.

Ce n’est pas par hasard que l’Eglise a choisi de fêter le mystère de la Sainte Trinité le dimanche qui suit la Pentecôte. Avec la Pentecôte, c’est en effet non seulement le mystère pascal qui atteint sa plénitude mais aussi la révélation chrétienne qui atteint son sommet. Avec la manifestation et le don de l’Esprit Saint chaque chrétien peut prier Dieu en l’appelant Père et peut reconnaître la présence du Christ Ressuscité dans l’Eglise et en lui. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.  Pour le dire autrement sans le don de l’Esprit Saint nous ne pouvons pas avoir accès au mystère de la Trinité. Croire en un Dieu unique et créateur, c’est accessible à la raison humaine en partant de la création et des créatures. C’est ce que Pascal nomme dans son Mémorial le Dieu des philosophes et des savants. Par contre aucun esprit humain ne peut croire au Dieu unique en trois personnes sans la révélation chrétienne et sans la grâce du Saint Esprit. Baptisés et confirmés, nous pouvons avoir accès au mystère de la Trinité uniquement par la foi et l’amour, par une vie spirituelle authentique dans laquelle nous connaissons Dieu davantage par la prière que par les livres : tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.

Parmi les rares définitions de Dieu que le Nouveau Testament nous donne, il en est une dans la première lettre de saint Jean qui peut nous aider d’une manière remarquable à nous approcher du mystère et à y entrer : Dieu est Amour. La première lecture rappelle l’unicité de Dieu, thème central de la révélation que Dieu fait de lui-même au peuple d’Israël. Avec saint Jean nous pouvons confesser le Dieu Un et Amour. Or l’Amour suppose toujours une relation. A supposer qu’au terme d’une guerre nucléaire ou d’une catastrophe écologique, il n’y ait plus qu’un seul être humain survivant, il ne pourrait aimer personne. L’amour suppose au moins deux personnes. Si Dieu est réellement Amour, il l’est en lui-même, avant même la création de l’univers. Or un Dieu solitaire ne pourrait pas être Amour. D’où la révélation de la Sainte Trinité : depuis toute éternité, avant même la création du monde et des premiers hommes, Dieu Père aime son Fils unique et le Fils en retour aime le Père. Cette circulation d’amour entre le Père et le Fils est tellement parfaite et forte qu’elle est elle-même une troisième personne, le Saint-Esprit, Amour du Père et du Fils. Le Dieu révélé par Jésus-Christ n’est donc pas un Dieu solitaire mais un Dieu Communion : communion parfaite entre les trois personnes divines. Nous avons une image de cela dans le couple humain puisque le chapitre deux de la Genèse affirme à propos de l’homme et de la femme : L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Et Jésus dans le commentaire qu’il fait du second récit de la création insiste sur l’unité des deux : Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. De la même manière que dans le couple l’unité ne supprime pas la diversité et vice-versa, ainsi dans le mystère de la Trinité, à un niveau infiniment plus parfait, l’Unité ne supprime pas la distinction des Personnes divines ni la distinction des Personnes ne détruit l’unité. Nous sommes très éloignés de la raison mathématique qui nous fait voir une contradiction entre l’unité de Dieu et la trinité des personnes en lui. Nous sommes au niveau de la logique de l’amour divin, logique de communion et de don. Le psaume 32 entrevoyait déjà ce mystère de la Trinité dans la création elle-même : Le Seigneur a fait les cieux par sa Parole, l’univers, par le Souffle de sa bouche. Une lecture chrétienne de ce verset, ce que fera saint Jean dans son prologue, nous fait comprendre que le Père créateur crée tout ce qui est par son Fils (sa Parole) et par l’Esprit Saint (le Souffle de sa bouche). Mais ce n’est qu’avec le mystère de l’incarnation que cette communion d’amour existant en Dieu se révèle dans la personne et la mission de Jésus, le Fils unique et bien-aimé du Père :

Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

dimanche 13 mai 2018

Septième dimanche de Pâques/B



13/05/18

Jean 17, 11-19

Avant d’entrer dans sa Passion, Jésus prie le Père pour ses disciples, donc pour chacun d’entre nous. Depuis le jour de l’Ascension, cette prière du Seigneur pour son Eglise et pour ses disciples se poursuit et s’amplifie dans l’éternité de Dieu. Le passage de ce dimanche nous parle particulièrement du rapport entre les chrétiens et le monde. Chez saint Jean la signification du mot monde n’est pas univoque. Il peut y avoir derrière ce mot une connotation négative comme positive, sans oublier un sens neutre. D’où la difficulté de bien comprendre ces passages nous parlant du monde.

Ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Dans sa prière au Père, Jésus insiste sur ce point. Ici le monde a le sens neutre de réalité créée, l’univers, mais aussi la connotation négative d’une réalité qui s’oppose à Dieu. Que Jésus ne soit pas du monde, c’est compréhensible, vu son origine divine. Il vient de Dieu et il retourne à Dieu. Les chrétiens, en tant que fils adoptifs de Dieu, ne sont pas du monde, eux aussi, même si, en tant que créatures, ils appartiennent bien sûr à ce monde créé. Pour mieux le comprendre, écoutons une partie du prologue de saint Jean : Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. De par notre baptême et notre foi, nous ne sommes pas du monde, nous ne lui appartenons pas, nous ne sommes pas, pourrait-on dire, comme tout le monde, même si, extérieurement rien ne nous distingue des autres hommes qui ne sont pas chrétiens. Notre baptême et notre confirmation nous ont consacré par la vérité qui est celle de la Parole de Dieu.

Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ici le monde est aussi le lieu de la tentation. Les chrétiens ont comme mission d’être lumière du monde et sel de la terre, donc il n’est pas question pour eux de fuir ce monde, de vouloir s’échapper de leur condition humaine. Mais ils doivent y vivre en étant conscients de tout ce qui, dans ce monde, s’oppose à l’Evangile du Christ. Une citation de la première lettre de saint Jean nous le fait clairement percevoir, citation dans laquelle le monde a une connotation négative : N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passe, et sa convoitise avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours.
De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Si le chrétien doit être prudent (comme un serpent) en vivant en ce monde, il est en même temps missionnaire dans ce monde, envoyé à tous les hommes pour être porteur de la vérité, de la joie et de la paix qui viennent du Christ ressuscité. Le chrétien est à l’image du Christ dans son origine comme dans sa mission : né de Dieu pour être envoyé dans ce monde. Ici le monde a le sens neutre d’univers créé par Dieu. Même si le monde dans sa connotation négative refuse Dieu et Jésus, le monde est aimé par Dieu. Le Père ne se résigne jamais en présence de notre refus et de nos péchés, c’est tout le contraire qui est vrai. Comme le dit saint Paul : là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. Et la raison de tout cela, c’est que Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.

Nous constatons que les écrits de saint Jean semblent contradictoires. D’un côté N’aimez pas le monde, et de l’autre Dieu a tellement aimé le monde. La contradiction disparaît quand nous comprenons que le même mot peut avoir des sens différents chez saint Jean. Le concile Vatican II a beaucoup insisté pour que les chrétiens trouvent leur juste place dans un monde, du moins en Europe, de plus en plus incroyant. Toute la constitution Gaudium et Spes (L’Eglise dans le monde de ce temps) est un magnifique commentaire de la page d’Evangile que nous venons de méditer. En tant que chrétiens nous devons éviter deux tentations tout aussi dangereuses l’une que l’autre : vivre notre foi à la manière d’une secte, nous réfugiant dans une espèce de ghetto catholique, condamnant ce monde comme mauvais ou bien vivre en ce monde en y perdant notre spécificité chrétienne… comme le sel qui perd son goût, incapable de saler. Nous sommes donc du monde sans être de ce monde, et, pour reprendre une belle citation de Gaudium et Spes, il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans notre cœur.