dimanche 25 juin 2017

12ème dimanche du temps ordinaire / A


25/06/17

Matthieu 10, 26-33

Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce dimanche s’adressent d’abord aux apôtres, c’est-à-dire aux missionnaires choisis et envoyés par le Christ pour rendre témoignage à l’Evangile. Jésus ne leur promet pas un succès facile. Il leur annonce des difficultés et des oppositions. Ce n’est pas parce qu’ils annoncent l’Evangile au nom du Christ qu’ils seront accueillis à bras ouverts. L’annonce de l’Evangile se heurte aujourd’hui comme hier à bien des résistances, des oppositions ou tout simplement à une froide indifférence. Ce qui est valable pour les apôtres l’est aussi pour chaque chrétien, donc pour chacun d’entre nous. Car, même si nous n’avons pas la vocation de missionnaire, de par notre baptême et notre confirmation nous sommes, nous aussi, appelés à rendre témoignage à l’Evangile de Jésus, par nos actes et par nos paroles. L’avertissement qui clôt cette page évangélique est donc aussi valable pour les laïcs qui n’ont pas reçu une mission particulière au sein de l’Eglise : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

Le refrain qui revient à trois reprises dans ces paroles de Jésus est un appel à ne pas avoir peur au milieu des inévitables difficultés que comporte le témoignage chrétien : soyez donc sans crainte. Un passage de cet Evangile demande une explication et un approfondissement particulier : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Dans la tradition philosophique de Platon, on distingue en l’homme l’âme immortelle du corps périssable. Jésus reprend en partie cette distinction, mais en soulignant le fait que même l’âme peut connaître une espèce de mort en « périssant dans la géhenne ». C’est une allusion à l’enfer, à la damnation. Tous ceux qui ont persécuté les chrétiens se sont attaqués à leur vie, en martyrisant et en faisant périr le corps. Ces persécutions sont malheureusement d’actualité pour beaucoup de nos frères chrétiens d’Orient qui n’ont souvent pas d’autre choix que l’exil ou la mort. Mais Jésus nous dit que nous devons surtout craindre celui qui a le pouvoir de faire périr notre âme dans la géhenne. Même s’il n’est pas nommé, on peut penser ici au diable. En Europe nous ne sommes pas persécutés et nous jouissons de la liberté de culte. Cependant nous devons craindre ce qui peut tuer notre âme, tout ce qui peut tuer en nous la vie de communion avec Dieu. Ou sans la tuer, la rendre plus difficile. Nous devons craindre tout ce qui peut nous éloigner de cette communion avec Dieu et nous empêcher de témoigner de l’Evangile. La société de l’indifférence religieuse dans laquelle nous sommes plongés est, par certains aspects, tout aussi dangereuse pour la vitalité de notre foi que des persécutions. Car cette indifférence va de pair avec une idéologie mettant au cœur de l’existence humaine la recherche effrénée du plaisir, du divertissement, de la réussite et des richesses. Cette indifférence s’accompagne en effet d’un matérialisme grossier qui range la prière dans la case des occupations inutiles et à éliminer. Le silence est perçu comme une menace, et la mode consiste à écouter de la musique (ou du bruit !) en permanence… L’inactivité et le repos deviennent insupportables si bien que l’on consulte à longueur de journée son smartphone… Tous ces phénomènes, s’ils traduisent le mal-être de l’homme contemporain, contribuent aussi à lui fermer l’accès à une vie spirituelle, à une vie d’intériorité qui exige de goûter le silence extérieur pour établir en soi le silence du recueillement. Quelques chapitres plus loin dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus adopte un langage imagé et radical pour nous prémunir contre tout ce qui peut faire périr notre âme dans la géhenne :

Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer dans la vie éternelle manchot ou estropié, que d’être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie éternelle, que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu.
Au-delà des images empruntées à notre corps, nous pouvons facilement trouver ce que nous devons « couper » pour vivre de la vie de Dieu en nous. De quoi devons-nous nous séparer, nous libérer, pour être davantage disponibles à la vie spirituelle ? A quoi pouvons-nous renoncer, avec l’aide de la grâce divine, afin de recentrer notre vie sur le Christ mort et ressuscité pour nous ?


dimanche 18 juin 2017

LE SAINT SACREMENT / A


18/06/17

Jean 6, 51-58

Après la Pentecôte, l’Eglise nous fait célébrer la Sainte Trinité (c’était dimanche dernier) et le Saint Sacrement. Parmi les sept sacrements de l’Eglise catholique, seul le sacrement de l’eucharistie a une fête qui lui correspond. C’est dire toute son importance. D’où le nom de Saint Sacrement que nous pouvons traduire de la manière suivante : le sacrement par excellence. Tous les sacrements sont en effet porteurs de la sainteté de Dieu mais l’eucharistie l’est à un degré plus parfait encore puisqu’elle nous met directement en communion avec Jésus. N’oublions pas par ailleurs que chaque Jeudi Saint nous faisons aussi mémoire de ce sacrement. La différence entre les deux fêtes est la suivante : le Jeudi Saint nous nous souvenons de l’institution de ce sacrement par le Seigneur lors de la dernière Cène, alors qu’en ce dimanche nous essayons de saisir la signification de ce sacrement pour nous et pour la vie de l’Eglise.

La première lecture de cette messe nous rappelle la longue marche du peuple hébreu dans le désert, après la libération d’Egypte. Cette marche est une préparation spirituelle à l’installation en terre promise. Moïse présente ce temps de la vie du peuple comme une mise à l’épreuve de sa fidélité envers Dieu. L’un des problèmes essentiels auxquels le peuple a été confronté est bien celui de l’eau et de la nourriture. La manne (qui signifie en hébreu Qu’est-ce que c’est ?) est cette nourriture mystérieuse donnée par Dieu pendant le temps du séjour au désert.

Dans l’Evangile selon saint Jean, Jésus lorsqu’il veut faire comprendre le mystère de l’eucharistie à ses disciples se réfère à l’expérience du peuple dans le désert. Il se présente en effet comme la manne nouvelle et surtout bien meilleure que celle donnée par Dieu autrefois : Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Dans le saint sacrement de la messe, nous recevons pour le temps de notre pèlerinage sur cette terre la nouvelle manne, le corps et le sang du Seigneur, mort et ressuscité pour nous. Cette nourriture spirituelle nous donne la vie éternelle en nous faisant communier à la personne du Christ : celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.

Il est très éclairant de mettre en relation le saint sacrement avec la demande du Notre Père concernant le pain quotidien : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. En effet pendant le temps de notre vie sur cette terre, temps qui correspond spirituellement à la longue marche des hébreux dans le désert, nous avons besoin chaque jour de la nourriture pour notre corps et de la nourriture spirituelle. Dans le Notre Père nous demandons les deux pains : le pain pour le corps et le pain pour l’âme, en nous souvenant que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Rares sont les personnes qui peuvent participer à la messe chaque jour. Le pain spirituel que nous demandons au Père est par excellence le pain eucharistique mais il est aussi la Parole de Dieu telle que la Bible nous la transmet. Ce pain spirituel, c’est aussi chaque temps de prière que nous prenons dans la semaine pour vivre notre communion avec la Trinité, communion commencée au jour de notre baptême. Recevoir le pain spirituel chaque jour, c’est donc tout au long de la semaine vivre de la communion eucharistique du dimanche et se préparer à la prochaine communion que nous ferons. C’est, à travers la méditation de la Bible, la lecture d’un auteur spirituel et par la prière sous toutes ses formes, se préparer à bien profiter du grand don qui nous est fait chaque fois que nous participons à la messe du dimanche avec foi et amour. C’est se préparer au grand moment de la communion eucharistique et faire en nous l’expérience du psaume 33 : Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! C’est en effet à travers notre participation à l’eucharistie que nous pouvons éprouver la vérité des paroles de Jésus en saint Matthieu : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Chaque communion eucharistique anticipe ainsi la joie du Paradis qui consistera à voir Jésus dans le face-à-face de l’amour éternel.




dimanche 28 mai 2017

Septième dimanche de Pâques / A


28/05/17

Jean 17, 1-11

Le dernier dimanche du temps de Pâques se situe entre deux grandes fêtes : l’Ascension et la Pentecôte. Chaque année la liturgie nous propose de méditer un passage de la grande prière que Jésus adresse à son Père avant d’entrer dans sa Passion. La fin de cet Evangile annonce déjà le mystère de l’Ascension : Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Dans sa prière le Seigneur parle de la relation qui l’unit à son Père et de la relation qui l’unit avec nous, ses disciples. Avant de considérer ces deux relations, regardons ce que Jésus révèle de lui-même à travers les paroles de sa prière.

Tu lui as donné autorité sur tout être vivant. Avant même le mystère de Pâques, Jésus, en tant que Fils de Dieu, reçoit du Père la royauté sur toute la création. Nous retrouvons cette vérité avant l’Ascension dans la finale de l’Evangile selon saint Matthieu : tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Saint Paul reprendra lui aussi cette affirmation dans ses lettres aux Ephésiens et aux Colossiens :

Dieu nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.

Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

Jésus est bien le nouvel Adam, le roi de la création nouvelle. Dans sa prière, il rappelle sa divinité, son union parfaite avec le Père : Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe.

Nous voici donc au cœur de la relation qui unit cet homme Jésus avec celui qu’il appelle son Père. Cette relation unique n’a ni commencement ni fin, puisque cet homme est de nature divine : Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi.

Avant de mourir, Jésus prie pour ses disciples, il prie donc par avance pour tous les chrétiens du monde, de tous les temps et de tous les lieux. Ayant parfaitement accompli la mission que le Père lui a donnée, les disciples ont pu mettre leur foi en lui : Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Etre chrétien, c’est donc beaucoup plus que croire simplement en un Dieu créateur et père de toutes choses. C’est croire que sur le visage de cet homme nommé Jésus resplendit la gloire même de Dieu. Ce Jésus qui a souffert, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité d’entre les morts, est bien plus qu’un prophète, bien plus que le Messie, il est l’éternel partenaire de gloire du Père dans le mystère de la sainte Trinité.

Avant de quitter ses amis et d’entrer dans sa Passion, Jésus leur révèle à travers sa prière le don qu’il veut leur faire : Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Le don de la vie éternelle ne commence pas pour nous après notre mort, avec ce que nous appelons le Paradis, mais il commence dès maintenant, en particulier au jour de notre baptême, en sachant que le don du baptême nous est fait chaque jour de notre vie. Jésus nous dit que la vie éternelle consiste à le connaître et à connaître le Père. La connaissance dont il s’agit ici n’est pas d’ordre intellectuel, c’est la connaissance à laquelle nous avons accès si nous mettons notre foi en Jésus et si nous l’aimons d’un amour qui réponde à son amour. Cette connaissance est donc d’ordre pratique et descend jusque dans le concret de notre existence quotidienne pour le transfigurer. D’où le lien que Jésus fait entre l’amour qui nous attache à lui et l’obéissance à sa parole, la mise en pratique de ses enseignements dans nos actes, nos paroles, nos pensées et notre style de vie :

Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime.


jeudi 25 mai 2017

Ascension du Seigneur / année A


25/05/17

Le mystère glorieux de l’Ascension du Seigneur marque une étape nouvelle dans l’histoire du salut. Avec le mystère de Noël, Dieu, en son Fils Jésus, s’unit pour toujours à notre humanité. Au jour de l’Ascension, Jésus ressuscité n’abandonne pas son humanité. Elevé à la droite du Père, il demeure vraiment Dieu et vraiment homme. Ce qui change désormais, c’est la manière que nous avons d’entrer en relation avec lui et lui avec nous. Avant l’Ascension, et encore plus avant sa mort en croix, Jésus était connu des hommes de son temps et de son pays. Certes il fallait le don de la foi pour reconnaître en lui plus qu’un prophète, le Messie, le Fils de Dieu, mais il était visible aux yeux de chair qui sont les nôtres. Après Pâques et l’Ascension, la présence de Jésus ne se limite plus à un lieu et à une époque, elle devient universelle et cosmique, mais nous ne pouvons plus le voir avec nos yeux de chair. Le récit des pèlerins d’Emmaüs anticipe le mystère de l’Ascension et nous fait comprendre le nouveau mode de présence du Seigneur à son Eglise, en particulier dans le sacrement de l’eucharistie : Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

L’Ascension est bien en effet ce moment où le Ressuscité disparaît à nos regards jusqu’au jour de son retour dans la gloire. L’apôtre saint Paul exprime d’une manière saisissante cette nouvelle relation qui s’instaure entre le Christ et nous à partir de son Ascension : Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi.


Nous connaissons le Christ par les vertus de foi, d’espérance et de charité déposées dans notre âme par le baptême. Parmi ces vertus, l’espérance est particulièrement liée à la fête de ce jour : Que Dieu ouvre votre cœur à sa lumière, pour vous faire comprendre l’espérance que donne son appel, entendons-nous dans la deuxième lecture. Quant à la prière d’ouverture de la messe, elle évoque aussi l’espérance : Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance. Si le Christ nous quitte au jour de l’Ascension, c’est en tant que frère aîné et pour nous entraîner à sa suite, comme il le dit clairement à ses disciples avant de mourir : Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. En attendant le retour du Seigneur, nous ne sommes pas abandonnés. Il nous donne l’Esprit Saint ainsi que le don de sa présence : et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Cette présence, silencieuse et discrète, peut parfois ressembler pour nous à une absence. Nous vivons alors l’épreuve de la foi qui est faite pas seulement de clarté mais aussi de ténèbres. Dans la deuxième lecture, saint Paul ose affirmer que l’Eglise, corps du Christ, est l’accomplissement total du Christ. N’oublions jamais que le Ressuscité nous manifeste sa présence par et dans son Eglise, pas seulement à travers les sacrements, mais aussi, et souvent d’une manière très belle, par le témoignage de vie, de foi et de charité de nos frères chrétiens. Avec le mystère de l’Ascension et celui de la Pentecôte, l’Eglise est manifestée. Nous pouvons contempler quelque chose de la face du Seigneur sur le visage de nos frères et de nos sœurs qui essaient de mettre leurs vies en conformité avec l’Evangile du Christ :

Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit.

dimanche 14 mai 2017

Cinquième dimanche de Pâques / A


Jean 14, 1-12

14/05/17

L’Evangile selon saint Jean de ce cinquième dimanche de Pâques nous fait entendre une partie du long « discours » de Jésus, la veille de sa mort, « discours » commençant après la scène du lavement des pieds et qui se poursuit jusqu’au chapitre 17. Le mot « discours » ne convient d’ailleurs pas, pas plus que celui d’ « enseignement » pour caractériser ces paroles du Seigneur. Il s’agit plutôt d’une conversation avec les disciples, de confidences ultimes, du testament que Jésus lègue à ses amis avant d’entrer dans sa Passion. Nous voici en présence d’un homme qui sait qu’il va être trahi par l’un de ses amis, abandonné par quasiment tous les autres, et qu’il va devoir endurer les souffrances physiques et morales de la Passion et de la mort en croix… Et pourtant cet homme ne pense qu’à une chose : réconforter ses amis, les encourager… Ne soyez donc pas bouleversés ! Nous retrouvons ici cette charité infinie qui a poussé le Seigneur et le Maître à laver les pieds de ses disciples et à se mettre à genoux devant chacun d’entre eux, Judas y compris. De ce testament du Seigneur je retiendrai deux aspects : l’appel à l’espérance et l’appel à la foi. Jésus, à la veille de sa mort, veut en effet susciter dans le cœur de ses disciples l’espérance de la vie éternelle. S’il accepte cette mort, c’est bien pour leur ouvrir les portes du Royaume des cieux. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Là où je suis, vous y serez aussi. Telle est la promesse de vie éternelle que Jésus fait à ce moment dramatique. A partir de son Ascension, le Ressuscité devient invisible sur cette terre. Nous n’avons accès à sa présence que par les yeux de la foi. Mais cette communion de vie et d’amour que nous commençons avec Lui ici-bas ne s’achèvera pas au jour de notre mort. Bien au contraire, cette communion trouvera son accomplissement dans ce que nous appelons la vie éternelle ou encore le paradis : nous serons pour toujours avec le Seigneur ressuscité dans la joie du Ciel. En ce temps de Pâques, l’espérance chrétienne nous entraîne à considérer notre vie humaine du point de vue de Dieu, du point de vue de l’éternité, parce que Jésus est ressuscité d’entre les morts pour que nous soyons avec Lui vainqueurs de la mort éternelle. Cette mort éternelle, appelée enfer par la tradition chrétienne, consiste à être séparé pour toujours de Jésus. C’est la solitude et l’isolement de l’âme. C’est la privation de la communion.

L’appel à l’espérance va de pair avec un autre appel, celui qui nous invite à croire, à mettre toute notre confiance en Jésus mort et ressuscité pour nous : Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi. Ici l’objet de notre foi, c’est bien la divinité de Jésus, la communion parfaite qui existe entre Lui et le Père au sein de la Sainte Trinité. Le lien de cette divine communion, c’est l’Esprit Saint, amour entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. N’oublions pas de prier l’Esprit Saint, reçu au baptême et à la confirmation. Demandons-lui de fortifier notre foi en Jésus ressuscité, implorons l’Esprit pour que notre espérance en la vie éternelle puisse sans cesse grandir en notre âme !

Ô Esprit du Père et du Fils, lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.


dimanche 7 mai 2017

Quatrième dimanche de Pâques / A


Jean 10, 1-10

7/05/17

L’image du berger et de ses brebis est l’une des plus utilisées dans l’Ancien Testament. Il n’est donc pas étonnant que Jésus la reprenne à son compte dans une Palestine où la figure du berger et de son troupeau était une réalité quotidienne. Les rois d’Israël étaient considérés comme les bergers du peuple et n’oublions pas que le plus célèbre d’entre eux, David, gardait le troupeau de son père quand il a été appelé par Samuel pour être consacré comme roi d’Israël et successeur de Saul. L’enseignement en paraboles s’appuie sur les réalités de la vie quotidienne. C’est ce qui fait sa force mais aussi sa faiblesse. Car la parabole du bon berger ou du bon pasteur n’évoque rien de concret dans l’esprit d’un européen du 21ème siècle. Nous vivons en effet dans un monde radicalement différent de celui de Jésus. Mais ce qui demeure ce sont les questions et les besoins des hommes, l’exigence d’une spiritualité authentique, même si nous sommes imprégnés de matérialisme.

Nous sommes donc contraints à relire cette parabole en cherchant au-delà des images dépassées le cœur du message, ce que Jésus a voulu réellement nous transmettre pour notre vie spirituelle. Le cœur de cette parabole, c’est bien la communion d’amour qui existe entre le berger et ses brebis, entre Jésus bon pasteur et chacun d’entre nous. Voyons comment le Seigneur décrit cette communion.

Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Contrairement à ce que l’image du troupeau pourrait évoquer, Jésus veut construire avec chacun d’entre nous une relation unique et personnelle : il nous appelle par notre nom. Le chrétien n’est donc pas un mouton bêlant au sein du troupeau, mais un membre de l’Eglise, un membre du corps du Christ qui reçoit son nom au baptême et qui est appelé à découvrir sa vocation unique dans l’Eglise et dans la société. C’est la raison pour laquelle ce dimanche est aussi la journée de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses dans l’Eglise.

Il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jésus nous appelle par notre nom pour que nous marchions à sa suite et, nous dit la parabole, nous connaissons sa voix. Nous pressentons à quel point ces détails de la parabole décrivent une relation personnelle et intime, relation d’amour et de confiance, entre le berger et ses brebis. C’est un appel fort à vivre la communion avec Jésus ressuscité et à approfondir chaque jour cette communion, en particulier par la prière et la méditation de la Parole de Dieu. Le sommet et l’expression la plus parfaite de notre communion avec le bon Pasteur étant notre participation à la messe du dimanche et notre communion eucharistique au pain de vie. Car cette communion entre Jésus et ses disciples, au sein de l’Eglise, est une communion au service de la vie : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.


Tout le temps de Pâques jusqu’à son couronnement avec la fête de la Pentecôte est une célébration de la victoire du Ressuscité sur la mort, une célébration de la vie divine offerte gratuitement à tous les hommes. Comme toujours, c’est un appel à notre liberté. Vivre vraiment de cette vie divine de communion avec Jésus ne peut pas se faire sans un engagement total de notre personne à écouter sa voix et à le suivre. Au plus nous nous donnons dans l’amour et la confiance au bon berger, au plus nous ferons l’expérience en nous de sa paix et de sa joie.

dimanche 30 avril 2017

Troisième dimanche de Pâques / A



Luc 24, 13-35

30/04/17

En rapportant l’expérience des disciples d’Emmaüs, saint Luc fait une catéchèse liturgique sur le sacrement de l’eucharistie. Nous retrouvons en effet dans son récit la structure de ce sacrement : la première partie avec la liturgie de la Parole et l’homélie, la seconde partie avec la fraction du pain et la communion.

Cet Evangile de Luc nous parle de la présence de Jésus Ressuscité dans son Eglise. Mais il le fait en lien avec la vie de ces deux disciples qui, accablés par la tristesse, quittent Jérusalem pour Emmaüs. Jésus ressuscité, pour se révéler à ces hommes qui ne croient pas en sa résurrection, prend le temps de marcher avec eux et de dialoguer avec eux. Il les écoute, les interroge et ce n’est que plus tard qu’il leur apporte sa lumière en partant des Ecritures. Leur cœur est lent à croire, et le Seigneur respecte leur difficulté. Au lieu de les juger et de les condamner, il explique pour eux le sens des Ecritures. Jésus aurait pu se révéler à eux dès le début de la rencontre. Il choisit une autre manière de faire, plus patiente et remplie de miséricorde à l’égard de ces hommes qui souffrent parce qu’ils ont été déçus par la mort de Jésus en croix. Nous le voyons, le Ressuscité n’impose pas sa présence de l’extérieur, mais il respecte le chemin personnel de ces hommes ainsi que leur liberté. Ce qui les empêche d’accueillir le témoignage des femmes sur le tombeau vide, c’est bien l’idée qu’il se faisait du Messie, un Messie libérateur, triomphant et qui ne pouvait connaître ni la souffrance ni l’échec. L’itinéraire personnel de Jésus ne correspond pas à la conception qu’il se faisait de Dieu. Tout cela signifie que ce sont souvent nos préjugés sur Dieu qui nous empêchent de croire en Lui et de reconnaître sa présence dans nos vies. Or le chrétien ne croit pas en un Dieu qui correspondrait à ses conceptions et à ses attentes, mais à Dieu tel que Jésus le révèle et le fait connaître. C’est ce chemin que font les disciples sur la route grâce à la patience et aux enseignements de l’inconnu qui marche avec eux.

Ce n’est qu’une fois arrivés dans l’auberge, au moment de la fraction du pain, que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent enfin dans l’inconnu Jésus Vivant. Au moment même où ils le reconnaissent, celui-ci disparaît à leurs regards. De ce paradoxe nous pouvons tirer plusieurs enseignements pour nous. En premier lieu la présence de Jésus n’est pas d’abord une affaire de connaissance, fut-elle biblique. C’est à travers l’humble geste de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent. Dans tous les sacrements, mais au plus haut point dans la communion eucharistique, il y a cet aspect matériel et concret qui touche pas seulement notre raison et notre intelligence mais aussi notre corps et notre cœur. Et c’est d’ailleurs quand ils mangent le pain donné par Jésus que la première partie, sur la route, prend tout son sens : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ? Si la compréhension de la Bible nous prépare à la communion, c’est bien la communion sacramentelle avec Jésus qui permet en retour que l’Ecriture touche notre cœur et le fasse brûler de l’amour même de Dieu. Le fait que Jésus disparaisse au moment même où il est reconnu à travers le signe du pain nous enseigne que l’eucharistie nous donne accès à la présence du Ressuscité mais sans pour autant l’enfermer à la mesure de nos dimensions humaines. Depuis l’Ascension et la Pentecôte, Jésus est assis à la droite du Père. Sa présence et son amour nous sont donnés, en particulier dans la célébration fervente de la messe, mais il demeure toujours le Fils unique du Père. Ce n’est qu’à travers le voile de la foi que nous avons accès à sa présence. Le Ressuscité est toujours en même temps notre frère, notre ami fidèle, notre compagnon sur la route de nos vies et celui qui dépasse, en tant que Verbe de Dieu et Ressuscité, toutes nos représentations et nos espérances humaines.

C’est ce que saint Jean exprime d’une manière magnifique dans le prologue de son Evangile :


AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.