dimanche 17 juin 2018

11ème dimanche du temps ordinaire / B



Marc 4, 26-34

17/06/18

Dans son enseignement, Jésus a souvent parlé du règne de Dieu ou du royaume des cieux. Ce thème a même été le point de départ de sa mission, immédiatement après son baptême et son séjour au désert : Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile. Jésus lui-même reconnaît le caractère mystérieux et insaisissable du règne de Dieu. Aux pharisiens qui lui demandent à quel moment ce règne va se manifester, il répond : La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. Il ne s’agit donc pas tellement de nous préoccuper de savoir quand ce règne adviendra, à quel moment le Christ glorieux reviendra, que de nous rendre capables de l’accueillir spirituellement car il est au milieu de nous, déjà donné.

Les deux images empruntées à la vie agricole dans l’Evangile de ce dimanche peuvent nous aider à discerner les signes de la présence du règne de Dieu au milieu de nous, aujourd’hui et demain. Par l’utilisation de ces images, celles des semences, le Seigneur nous montre le lien entre le règne de Dieu et ce que j’appellerais le miracle de la vie sous toutes ses formes. Le grain de blé comme la graine de moutarde ont en commun leur petitesse lorsqu’ils sont confiés à la terre. Comme la vie des végétaux, le règne de Dieu est une réalité dynamique qui connaît un humble commencement, une croissance, un développement puis un fruit. De ce processus de la vie, l’Evangile nous dit que le semeur en ignore le comment. Les progrès de la biologie nous ont permis d’avoir une connaissance scientifique de ce processus. Mais de manière plus profonde, nous pouvons, comme Jésus, continuer à nous émerveiller en présence de ce miracle de la vie. Dans l’image du grain de blé, l’accent est mis sur la puissance interne de la semence. Le travail de l’homme est présenté comme limité : il sème et il récolte au moment de la moisson. Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit. Le règne de Dieu a besoin de la coopération de notre liberté d’hommes et de femmes, mais sa croissance ne dépend pas d’abord de nous, mais bien de Dieu. Il a en lui-même, comme la semence, sa propre force de développement. Cette vérité doit nous rendre humbles et remplis de confiance et d’espérance. Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, saint Paul traduit d’une manière admirable l’image du grain jeté en terre : Quand l’un de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul », et un autre : « Moi, j’appartiens à Apollos », n’est-ce pas une façon d’agir tout humaine ? Mais qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante n’est pas important, ni celui qui arrose ; seul importe celui qui donne la croissance : Dieu. Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire suivant la peine qu’il se sera donnée. Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit.

L’image de la graine de moutarde insiste quant à elle sur les commencements presque invisibles du règne de Dieu, car elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Pensons simplement au fait que Jésus a associé au commencement de sa mission seulement quatre hommes ! Et ensuite le groupe des Douze etc. jusqu’au don de l’Esprit Saint qui fondera en quelque sorte l’Eglise au jour de la Pentecôte. Pour instaurer son règne parmi nous, Dieu utilise toujours des moyens humbles, pauvres et petits, méprisés par le monde, même si l’Eglise, dans son histoire, est souvent tombée dans la tentation d’utiliser la puissance et la richesse de ce monde pour imposer son message. L’apôtre Paul n’hésite pas en effet à affirmer : Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Le règne de Dieu ne s’impose donc pas de manière éclatante et écrasante, il ne se reconnaît que si nous avons le regard spirituel, le regard de Jésus sur les réalités de notre monde. Avec des moyens qui nous semblent insignifiants, Dieu donne à son règne une grande puissance lorsqu’il est parvenu au terme de sa lente et discrète croissance, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. Chaque chrétien, chaque baptisé, mais aussi tout homme ouvert aux inspirations de l’Esprit Saint et fidèle à la voix de sa conscience, est cet oiseau qui fait son nid à l’ombre du règne de Dieu.


dimanche 27 mai 2018

LA SAINTE TRINITE



27/05/18

Matthieu 28, 16-20

La foi en Dieu Trinité est, pourrait-on dire, la marque de fabrique de la révélation chrétienne, ce qui fait qu’elle est unique au sein des religions monothéistes. Dans les religions polythéistes, comme celle de l’antique Rome par exemple, il y avait bien des triades, pensons à Jupiter, Junon et Minerve, mais une triade est tout autre chose que le mystère du Dieu unique en trois personnes.

Ce n’est pas par hasard que l’Eglise a choisi de fêter le mystère de la Sainte Trinité le dimanche qui suit la Pentecôte. Avec la Pentecôte, c’est en effet non seulement le mystère pascal qui atteint sa plénitude mais aussi la révélation chrétienne qui atteint son sommet. Avec la manifestation et le don de l’Esprit Saint chaque chrétien peut prier Dieu en l’appelant Père et peut reconnaître la présence du Christ Ressuscité dans l’Eglise et en lui. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.  Pour le dire autrement sans le don de l’Esprit Saint nous ne pouvons pas avoir accès au mystère de la Trinité. Croire en un Dieu unique et créateur, c’est accessible à la raison humaine en partant de la création et des créatures. C’est ce que Pascal nomme dans son Mémorial le Dieu des philosophes et des savants. Par contre aucun esprit humain ne peut croire au Dieu unique en trois personnes sans la révélation chrétienne et sans la grâce du Saint Esprit. Baptisés et confirmés, nous pouvons avoir accès au mystère de la Trinité uniquement par la foi et l’amour, par une vie spirituelle authentique dans laquelle nous connaissons Dieu davantage par la prière que par les livres : tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.

Parmi les rares définitions de Dieu que le Nouveau Testament nous donne, il en est une dans la première lettre de saint Jean qui peut nous aider d’une manière remarquable à nous approcher du mystère et à y entrer : Dieu est Amour. La première lecture rappelle l’unicité de Dieu, thème central de la révélation que Dieu fait de lui-même au peuple d’Israël. Avec saint Jean nous pouvons confesser le Dieu Un et Amour. Or l’Amour suppose toujours une relation. A supposer qu’au terme d’une guerre nucléaire ou d’une catastrophe écologique, il n’y ait plus qu’un seul être humain survivant, il ne pourrait aimer personne. L’amour suppose au moins deux personnes. Si Dieu est réellement Amour, il l’est en lui-même, avant même la création de l’univers. Or un Dieu solitaire ne pourrait pas être Amour. D’où la révélation de la Sainte Trinité : depuis toute éternité, avant même la création du monde et des premiers hommes, Dieu Père aime son Fils unique et le Fils en retour aime le Père. Cette circulation d’amour entre le Père et le Fils est tellement parfaite et forte qu’elle est elle-même une troisième personne, le Saint-Esprit, Amour du Père et du Fils. Le Dieu révélé par Jésus-Christ n’est donc pas un Dieu solitaire mais un Dieu Communion : communion parfaite entre les trois personnes divines. Nous avons une image de cela dans le couple humain puisque le chapitre deux de la Genèse affirme à propos de l’homme et de la femme : L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Et Jésus dans le commentaire qu’il fait du second récit de la création insiste sur l’unité des deux : Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. De la même manière que dans le couple l’unité ne supprime pas la diversité et vice-versa, ainsi dans le mystère de la Trinité, à un niveau infiniment plus parfait, l’Unité ne supprime pas la distinction des Personnes divines ni la distinction des Personnes ne détruit l’unité. Nous sommes très éloignés de la raison mathématique qui nous fait voir une contradiction entre l’unité de Dieu et la trinité des personnes en lui. Nous sommes au niveau de la logique de l’amour divin, logique de communion et de don. Le psaume 32 entrevoyait déjà ce mystère de la Trinité dans la création elle-même : Le Seigneur a fait les cieux par sa Parole, l’univers, par le Souffle de sa bouche. Une lecture chrétienne de ce verset, ce que fera saint Jean dans son prologue, nous fait comprendre que le Père créateur crée tout ce qui est par son Fils (sa Parole) et par l’Esprit Saint (le Souffle de sa bouche). Mais ce n’est qu’avec le mystère de l’incarnation que cette communion d’amour existant en Dieu se révèle dans la personne et la mission de Jésus, le Fils unique et bien-aimé du Père :

Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

dimanche 13 mai 2018

Septième dimanche de Pâques/B



13/05/18

Jean 17, 11-19

Avant d’entrer dans sa Passion, Jésus prie le Père pour ses disciples, donc pour chacun d’entre nous. Depuis le jour de l’Ascension, cette prière du Seigneur pour son Eglise et pour ses disciples se poursuit et s’amplifie dans l’éternité de Dieu. Le passage de ce dimanche nous parle particulièrement du rapport entre les chrétiens et le monde. Chez saint Jean la signification du mot monde n’est pas univoque. Il peut y avoir derrière ce mot une connotation négative comme positive, sans oublier un sens neutre. D’où la difficulté de bien comprendre ces passages nous parlant du monde.

Ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Dans sa prière au Père, Jésus insiste sur ce point. Ici le monde a le sens neutre de réalité créée, l’univers, mais aussi la connotation négative d’une réalité qui s’oppose à Dieu. Que Jésus ne soit pas du monde, c’est compréhensible, vu son origine divine. Il vient de Dieu et il retourne à Dieu. Les chrétiens, en tant que fils adoptifs de Dieu, ne sont pas du monde, eux aussi, même si, en tant que créatures, ils appartiennent bien sûr à ce monde créé. Pour mieux le comprendre, écoutons une partie du prologue de saint Jean : Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. De par notre baptême et notre foi, nous ne sommes pas du monde, nous ne lui appartenons pas, nous ne sommes pas, pourrait-on dire, comme tout le monde, même si, extérieurement rien ne nous distingue des autres hommes qui ne sont pas chrétiens. Notre baptême et notre confirmation nous ont consacré par la vérité qui est celle de la Parole de Dieu.

Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ici le monde est aussi le lieu de la tentation. Les chrétiens ont comme mission d’être lumière du monde et sel de la terre, donc il n’est pas question pour eux de fuir ce monde, de vouloir s’échapper de leur condition humaine. Mais ils doivent y vivre en étant conscients de tout ce qui, dans ce monde, s’oppose à l’Evangile du Christ. Une citation de la première lettre de saint Jean nous le fait clairement percevoir, citation dans laquelle le monde a une connotation négative : N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passe, et sa convoitise avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours.
De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Si le chrétien doit être prudent (comme un serpent) en vivant en ce monde, il est en même temps missionnaire dans ce monde, envoyé à tous les hommes pour être porteur de la vérité, de la joie et de la paix qui viennent du Christ ressuscité. Le chrétien est à l’image du Christ dans son origine comme dans sa mission : né de Dieu pour être envoyé dans ce monde. Ici le monde a le sens neutre d’univers créé par Dieu. Même si le monde dans sa connotation négative refuse Dieu et Jésus, le monde est aimé par Dieu. Le Père ne se résigne jamais en présence de notre refus et de nos péchés, c’est tout le contraire qui est vrai. Comme le dit saint Paul : là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. Et la raison de tout cela, c’est que Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.

Nous constatons que les écrits de saint Jean semblent contradictoires. D’un côté N’aimez pas le monde, et de l’autre Dieu a tellement aimé le monde. La contradiction disparaît quand nous comprenons que le même mot peut avoir des sens différents chez saint Jean. Le concile Vatican II a beaucoup insisté pour que les chrétiens trouvent leur juste place dans un monde, du moins en Europe, de plus en plus incroyant. Toute la constitution Gaudium et Spes (L’Eglise dans le monde de ce temps) est un magnifique commentaire de la page d’Evangile que nous venons de méditer. En tant que chrétiens nous devons éviter deux tentations tout aussi dangereuses l’une que l’autre : vivre notre foi à la manière d’une secte, nous réfugiant dans une espèce de ghetto catholique, condamnant ce monde comme mauvais ou bien vivre en ce monde en y perdant notre spécificité chrétienne… comme le sel qui perd son goût, incapable de saler. Nous sommes donc du monde sans être de ce monde, et, pour reprendre une belle citation de Gaudium et Spes, il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans notre cœur.

dimanche 6 mai 2018

Sixième dimanche de Pâques/B



Jean 15, 9-17

6/05/18

L’Evangile de ce dimanche reprend en partie l’enseignement entendu dimanche dernier dans la parabole de la vigne et des sarments. Rien d’étonnant à cela puisqu’il est la suite de cette parabole dans le chapitre 15 de l’évangile selon saint Jean. Jésus insiste donc sur trois aspects de son enseignement en les répétant :

-      Demeurez dans mon amour. Dimanche dernier, nous avons entendu : Demeurez en moi.
-      C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Dimanche dernier, nous avons entendu : Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit.
-      Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. Dimanche dernier, nous avons entendu : Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez.

Regardons maintenant ce qui est nouveau dans l’Evangile de cette liturgie. Tout d’abord le Seigneur nous rappelle que si nous sommes ses disciples, c’est parce que, Lui, nous a choisis, c’est-à-dire appelés pour le suivre : ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous partiez, que vous donniez du fruit. Etre chrétien, c’est donc un don de Dieu, une vocation à laquelle nous sommes appelés à répondre par notre « oui » en donnant beaucoup de bons fruits. Si nous sommes choisis par pure grâce et non pas en fonction de nos mérites, alors s’impose à nous une évidence, celle de l’action de grâce. Pensons-nous à dire merci à Dieu pour le don de la foi, de l’espérance et de la charité ? Pensons-nous à lui dire merci pour notre vocation chrétienne ? La prière de demande, à laquelle Jésus fait allusion dans cet Evangile, occupe souvent la plus grande place dans notre vie au détriment de la prière d’adoration et de remerciement. Comment donner beaucoup de bons fruits ? En demeurant dans l’amour de Jésus et en mettant en pratique son commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Et nous savons que l’amour du Seigneur pour nous est extrême puisqu’il a voulu donner sa vie pour nous sur le bois de la croix : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Si nous sommes fidèles au commandement de l’amour fraternel, aimer à la manière de Jésus, comme lui, en suivant son exemple, alors nous demeurons en Lui, nous demeurons en son amour et nous sommes comblés de joie. Jésus va plus loin en nous faisant comprendre que nous passons ainsi de la condition de serviteurs de Dieu à celle de ses amis. Il nous donne ainsi le secret de la joie véritable, don du Saint Esprit : nous engager de toutes nos forces sur ce chemin de l’amour fraternel et de l’amour pour Dieu en Jésus. Cette joie, cette amitié divine, passent par la croix, c’est-à-dire par la souffrance et le rejet, par une certaine mort à nous-mêmes. Et pour le chrétien la première de toutes les souffrances est morale : c’est celle de savoir que nous sommes si souvent infidèles à celui qui veut nous considérer comme ses amis. C’est la souffrance de constater que, bien souvent, nous sommes incapables d’aimer notre prochain à la manière de Jésus. C’est la souffrance qui provient de l’expérience de notre péché, celle du cœur de pierre renfermé sur lui-même. Mais cette souffrance morale débouche toujours sur la joie et la confiance, si, avec humilité et avec foi, nous fixons notre regard sur Jésus miséricordieux, si, lorsque nous en avons besoin, nous célébrons le sacrement du pardon. Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. N’ayons donc pas peur de demander à Dieu notre Père la grâce de la fidélité au commandement de l’amour tel que Jésus nous l’a transmis. Ainsi malgré nos infidélités, nos lenteurs et nos faiblesses, nous demeurerons dans la joie de son amour, dans la joie de nous savoir choisis par lui pour être ses amis.


dimanche 29 avril 2018

Cinquième dimanche de Pâques/B



29/04/18

Jean 15, 1-8

Dimanche dernier Jésus utilisait l’image traditionnelle du bon berger pour nous parler de la relation qu’il veut avoir avec chacun d’entre nous. L’image de la vigne et des sarments nous parle aussi de la relation réciproque entre le Seigneur et ses disciples. L’Evangile de ce dimanche, éclairé par la deuxième lecture, insiste particulièrement sur deux aspects de cette relation qui nous lie au Seigneur Jésus, vraie vigne du Père. Le verbe « demeurer » est répété à de nombreuses reprises. C’est le premier aspect. Mais ce verbe renvoie toujours au fait que nous devons porter du fruit. De la même manière que les sarments demeurent unis à la vigne afin de porter de beaux raisins.

Demeurez en moi, comme moi en vous. La deuxième lecture précise : celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit. Par le baptême et la confirmation, Dieu fait en nous sa demeure. Il habite nos cœurs. Dieu se fait intérieur à chacun d’entre nous. Chaque communion eucharistique nourrit et fait grandir en nous cette présence divine. La sève des sarments provient du fait qu’ils sont unis à la vigne. En chaque communion, la sève donnée par Jésus fait de nous des sarments vivants. Si Dieu demeure en nous, il nous faut aussi demeurer en lui. Et saint Jean nous dit que c’est en écoutant la Parole de Jésus et en la mettant en pratique que nous demeurons en lui. Nous voyons immédiatement le lien très fort avec le fait de porter des fruits. De la même manière que les beaux raisins prouvent que les sarments sont en bonne santé, les fruits sont le signe que nous demeurons bien en Jésus, la vraie vigne. La présence en nous de la Sainte Trinité demande de notre part un acte de foi, car cette présence, sauf de manière exceptionnelle, n’est pas sensible, nous ne pouvons pas la sentir directement. Par contre si nous sommes fidèles à la vie de prière personnelle et à la communion eucharistique, peu à peu le Seigneur nous laisse des signes de sa présence en nous, signes que la Tradition nomme les fruits de l’Esprit Saint : amour, joie et paix. Voilà de quelle manière nous pouvons savoir si nous sommes fidèles au don de la présence divine en nous, si nous demeurons bien en Jésus comme des sarments vivants : éprouvons-nous amour, joie et paix spirituelle ? Sommes-nous fidèles aux commandements de Dieu tel que Jésus nous les transmet ?

Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. Le début de la deuxième lecture est un bon commentaire de cette affirmation du Seigneur : nous devons aimer : non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. Nous comprenons ainsi ce que signifie « porter beaucoup de fruit » : c’est aimer par des actes et en vérité. Les saints et les saintes ne sont pas des hommes parfaits et sans péchés. Seule la Vierge Marie a été préservée de tout péché depuis sa conception, et cela en vue de sa maternité divine. Les saints et les saintes sont ces sarments vivants de la vigne, ces baptisés qui ont pris une conscience très vive de la présence de Dieu en eux et qui ont demeuré en Jésus par la prière et le désir du Royaume de Dieu. C’est comme naturellement que, de leur union intime et constante avec le Christ, ont jailli les bonnes œuvres, les fruits dans leur vie humaine. Ils ont en quelque sorte rendu visible leur union avec Jésus par leur engagement dans l’Eglise et dans la société, en particulier en faveur des plus faibles et des plus abandonnés : les orphelins, les malades, les pauvres etc. Dieu nous appelle à porter de beaux fruits là où nous sommes, chacun selon sa vocation. C’est dire que la sainteté est notre vocation à tous. C’est en devant meilleurs que nous rendrons notre monde meilleur. Tout acte de bonté, de générosité, de pardon, de service, même le plus petit, nous emporte dans l’élan du Royaume de Dieu. Simplement nous avons toujours à nous rappeler l’avertissement du Christ lorsque nous nous engageons pour la justice et la paix de son Royaume : en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.

dimanche 15 avril 2018

Troisième dimanche de Pâques / B



Luc 24, 35-48

15/04/18

L'Évangile de ce dimanche du temps pascal nous rapporte la manifestation de Jésus ressuscité au groupe des onze apôtres. Le récit de saint Luc insiste sur deux aspects de cette manifestation : Jésus ressuscité n’est pas un pur esprit ; le mystère de Pâques accomplit les Écritures.

Le Ressuscité ouvre l’esprit de ses amis à l’intelligence des Écritures. Pour eux la croix a été un scandale et un échec. Jésus leur enseigne que sa Passion et sa mort en croix faisaient partie du plan de Dieu en vue de la conversion de tous les peuples et du salut par la foi en son Fils. Ce dont les apôtres ont été les témoins était en réalité l’accomplissement de ce qui avait été annoncé par les Écritures. Si la croix est aujourd’hui le symbole, connu de tous, de la foi chrétienne, il n’en a pas toujours été ainsi dans le passé. Les premières générations chrétiennes ont utilisé d’autres symboles comme l’image du bon berger et celle de l’agneau, le poisson, l’Alpha et l’Oméga, le chrisme etc. Il a fallu attendre le 5ème siècle pour que le crucifié soit représenté dans un lieu de culte chrétien, sur les portes en bois de la basilique sainte Sabine à Rome. Ce mystère de la croix qui débouche sur la vie nous le rencontrons personnellement chaque fois que nous faisons l’expérience de la souffrance physique ou morale. Notre foi ne nous explique pas le mystère du mal. Nous savons seulement que Jésus, par amour pour nous, a accepté de prendre, lui aussi, ce chemin de souffrance pour le transformer en chemin de vie. Le chrétien d’aujourd’hui comme celui des premières générations de disciples se heurte à l’épaisseur de ce mystère de la souffrance et du mal. Comme Pierre, il entend résonner les paroles du Christ : ta façon de voir n’est pas celle de Dieu mais celle des hommes. Ces paroles du Seigneur faisant écho à celles d’Isaïe : Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Le Christ ressuscité n’est pas un esprit, il demeure pleinement homme avec un corps humain portant la mémoire des souffrances de sa Passion et de sa mort. Tel est le second enseignement de cet Evangile. L’expérience de Pâques fait passer les disciples de la crainte à la joie. Mais cette joie n’enlève pas le sentiment d’étonnement. La résurrection tout comme la croix fait partie des mystères de notre foi. Tant que nous sommes sur cette terre, nous ne pouvons pas y avoir accès pleinement. Dans ce récit nous percevons la manière d’être du Ressuscité dans son Eglise : il est au milieu de nous et il nous donne sa paix. Même si, contrairement aux disciples, nous ne pouvons pas voir le Christ Ressuscité, nous pouvons faire, comme eux, l’expérience de sa présence et de sa paix. Dans les sacrements de l’eucharistie et du pardon ainsi que dans la prière personnelle, il nous est donné de vivre cette expérience de la présence du Ressuscité d’une manière particulièrement forte. Mais c’est dans tous les aspects de notre vie quotidienne que Jésus se donne à nous par sa présence aimante et réconfortante. Il nous l’a promis et sa parole est digne de foi : voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Le temps de Pâques célèbre cette présence du ressuscité dans son Eglise : il est au milieu de nous, il est avec nous. Demandons à l’Emmanuel une foi toujours plus grande en sa parole afin de l’accueillir dans nos souffrances comme dans nos joies. Ayons le désir de recevoir sa paix et de la laisser pénétrer notre cœur, nos pensées, nos paroles et nos actes. Ainsi nous serons bienheureux car heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu.

dimanche 1 avril 2018

DIMANCHE DE LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR


Jour de Pâques 2018

Chaque année, la liturgie du jour de Pâques offre à notre méditation le commencement du chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean. Dès que le Sabbat est terminé, Marie Madeleine se rend au tombeau. Non pas pour faire la toilette funéraire de Jésus, celle-ci ayant déjà été faite dès le vendredi par Nicodème avec des huiles parfumées. Ce qui pousse Marie de Magdala à se rendre au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre, c’est son grand amour pour Jésus, son attachement fidèle à sa personne. Marie, en cette aube de Pâques, vient se recueillir auprès de la tombe d’un mort, peut-être pour y pleurer, mais une surprise l’attend. Elle est en effet confrontée à quelque chose de totalement inattendu : la grosse pierre circulaire qui fermait l’entrée du tombeau, creusé dans le roc, a été roulée, si bien que le tombeau est ouvert. L’Evangile ne nous dit pas si elle a regardé à l’intérieur du tombeau, mais le contenu du message qu’elle s’empresse de porter aux deux apôtres nous le laisse supposer : on a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ! Le récit de Jean nous montre bien qu’en ce matin de Pâques Marie était très éloignée de la pensée de la résurrection. Sa visite était bien une visite funéraire, remplie de tristesse et de douleur, et non pas d’espérance. Elle passe alors le relais à Pierre et à Jean qui se rendent à leur tour au tombeau en courant. Ils entrent dans le sépulcre, Pierre en premier, et constatent qu’il est bien vide. Seuls sont en place les linges funéraires destinés à recouvrir le corps et la tête de Jésus mort. Les signes du tombeau vide et des linges funéraires provoquent un déclic dans le cœur de Jean : Il vit et il crut, sous-entendu à la résurrection de Jésus. Jean n’est pas seulement celui qui court le plus vite en raison de son âge ou de son grand amour, il est aussi le premier qui reçoit le don de la foi pascale. Il est le premier chrétien. Ce n’est que plus loin dans le récit que Jésus ressuscité se manifeste à Marie Madeleine, restée auprès du tombeau en pleurs tandis que les apôtres s’en retournent chez eux. Dans son second voyage vers Jérusalem, elle porte cette fois le message du Ressuscité lui-même : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. La conclusion de notre Evangile insiste sur le fait que les disciples n’étaient pas prêts spirituellement à accueillir la nouveauté de la Résurrection de Jésus. Malgré le fait que le Seigneur leur en avait parlé avant sa mort, ils ne pouvaient pas comprendre ce que cela pouvait bien signifier. Or, d’après l’Ecriture, c’est-à-dire d’après la Loi et les Prophètes, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Pour le dire autrement cela faisait partie du projet de salut du Père tout comme le mystère de l’Incarnation et celui de la Passion et de la crucifixion ; ces mystères étant inséparables même si la liturgie nous les fait célébrer à divers moments de l’année.

Il est éclairant de prendre connaissance de ce qui précède notre Évangile : À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. Le tombeau de Jésus, donc l’événement de sa résurrection, se situe dans un jardin. Ce qui semble n’être qu’un détail devient significatif lorsqu’on fait le lien avec un autre jardin, celui du paradis terrestre dans lequel le Créateur avait installé l’homme et la femme. C’est dans ce jardin que, tentés par le serpent, ils prirent du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et en mangèrent. Car ils voulaient être comme des dieux. Ce péché d’orgueil les coupa de la communion avec Dieu et les chassa hors du jardin pour connaître la dure vie des hommes sur une terre marquée par le mal, la violence et la corruption. C’est dans le jardin du Golgotha que Jésus vient nous guérir du péché des origines et de tout péché pour créer une humanité nouvelle. A la désobéissance de l’homme et de la femme correspond son obéissance au Père. A l’orgueil de l’homme et de la femme correspond son humilité et son abaissement. Dans le mystère de sa résurrection notre humanité est pour toujours unie à sa divinité, et élevée auprès de Dieu après l’Ascension. Les hommes ont toujours eu tendance à se prendre pour des dieux, pensons, par exemple, aux empereurs romains divinisés après leur mort. Le mystère pascal, le chemin parcouru par Jésus, nous montre que nous pouvons recevoir ce don de la divinisation et que c’est même le désir de Dieu notre Père que de nous associer étroitement à sa propre vie divine. Mais recevoir est bien différent de prendre. L’orgueilleux se construit lui-même et seul et considère qu’il ne doit rien à personne. Le chrétien, lui, sait que tout est grâce, tout est don, à commencer par notre propre vie, car nous ne sommes pas nos propres créateurs. Dans le baptême et la confirmation nous recevons cette grâce pascale, celle des fils et filles adoptifs de Dieu. C’est Dieu lui-même qui nous rend semblables à son Fils Jésus et qui nous fait communier au mystère de son amour trinitaire. L’homme vraiment divinisé ne l’est qu’en suivant l’humble chemin d’abaissement pris par Jésus. Et ce chemin est celui du service qui libère, pas celui du pouvoir qui domine. Ce chemin est celui de la pauvreté, d’une vie sobre et simple, pas celui de l’accumulation sans fin des richesses. L’élévation de Jésus en croix et celle de sa Résurrection nous remettent sans cesse au cœur de notre vie chrétienne : l’humilité, source de la gloire véritable et éternelle, car qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé.