7ème dimanche de Pâques / B
24 mai 2009
Jean 17, 11b-19 (p. 734)
En méditant la Parole de Dieu de cette messe, je me suis dit que notre condition de chrétiens était bien inconfortable… Et en même temps je me suis dit qu’être chrétien aujourd’hui comme hier était une aventure passionnante et exaltante ! La liturgie de la Parole nous renvoie en effet à notre identité de chrétiens. Et pour ce faire elle nous indique deux relations fondamentales : celle avec Dieu et celle avec le monde.
A la source de tout, il y a, nous rappelle saint Jean, un Dieu qui se révèle comme le Dieu Amour. Un Dieu qui est communion parfaite entre trois personnes divines : le Dieu Trinité. En Dieu Trinité ne cessent de circuler la vie, la joie, la paix et bien sûr l’amour. Et dans la Trinité, c’est l’Esprit Saint qui est le lien de la charité. C’est l’Esprit Saint qui, en quelque sorte, personnifie cet éternel échange d’amour entre le Père et le Fils. L’Esprit Saint manifeste en tant que personne divine la surabondance et la fécondité de l’amour qui circule entre le Père et le Fils. Lorsque Jésus, à la veille de sa mort, demande au Père le don de l’unité pour ses disciples, donc pour nous, il prie ainsi : « Qu’ils soient un comme nous-mêmes. » Jésus veut que la communion qui existe entre Lui et son Père soit le modèle, la source de notre communion dans l’Eglise ! Et c’est bien parce qu’il veut pour nous une communion surnaturelle, qu’Il nous donne l’Esprit Saint, seul artisan possible d’une telle communion : « Nous reconnaissons que nous demeurons en Dieu, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit. » D’un point de vue historique et extérieur, il semble bien que ce désir du Christ ait abouti à un échec : que de divisions non seulement entre chrétiens, mais entre catholiques ! Que de guerres de religion entre disciples d’un même Seigneur ! Mais l’Eglise catholique est toujours là, présente au sein de notre monde, avec ses faiblesses mais aussi avec tous ses trésors de sainteté et de charité. Finalement quand notre Seigneur prie le Père de nous faire le don de l’unité, il lui demande pour nous le don de la sainteté. Car nous ne pouvons vivre une communion parfaite entre nous que dans la mesure où nous nous laissons sanctifier par la grâce de Dieu. Ce qui nous ramène à un autre aspect important de cette prière du Christ pour la communion entre les membres de son Corps : le fait que nous soyons consacrés par la vérité. Tout chrétien est donc consacré, pas seulement les religieux et les religieuses. Et nous le sommes dans l’Esprit Saint par le baptême et la confirmation. C’est notre consécration à la suite du Christ qui va déterminer notre place dans le monde.
Il est très difficile pour nous de nous situer selon la volonté du Père dans le monde. C’est un équilibre toujours à reconquérir ou à retrouver. Comment en effet être dans le monde sans être du monde ? Et cette difficulté nous la retrouvons dans le vocabulaire même de saint Jean. Le 4ème évangéliste peut donner au mot « monde » un sens positif comme un sens négatif. Dans la deuxième lecture, il nous livre son témoignage : « Et nous qui avons vu, nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Ce qui nous rappelle les paroles bouleversantes de Jésus à Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Notre monde est donc l’objet du regard bienveillant du Père. Et c’est bien dans ce monde que nous sommes envoyés à la suite du Christ. En même temps notre monde a besoin d’être sauvé parce qu’il est sous l’influence du prince de ce monde, Satan, l’esprit du mal. Ce titre de « Prince de ce monde » donné à Satan par Jean est impressionnant. Il souligne le pouvoir réel du diable à l’œuvre dans notre monde. Mais nous ne devons pas avoir peur, car, nous dit Jésus, « j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33), ce qui revient à dire que Satan est vaincu par la mort et la résurrection du Christ. Pour être sel de la terre et lumière du monde, nous ne devons pas lui appartenir en ce qu’il a de mauvais, d’opposé à Dieu. C’est encore saint Jean qui nous demande de ne pas aimer le monde pris en ce sens négatif : « Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, que ce soit le désir de la chair, ou l’avidité des yeux, ou l’arrogance des riches – cela n’a rien à voir avec le Père, mais avec le monde. Et le monde passe avec sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours » (1 Jean 2, 15-17). En tant que chrétiens nous ne sommes pas naïfs face aux puissances des ténèbres à l’œuvre dans notre monde, face aux tentations qu’il ne cesse de nous présenter. Nous ne sommes pas pour autant des personnes aigries vivant dans la condamnation de notre monde et dans le jugement permanent… Le défi pour nous est d’éviter à la fois le repli sectaire et notre dissolution dans un monde qui ignore Dieu et bien souvent le refuse… Nous pourrons vivre cet équilibre délicat si nous vivons vraiment de l’amour de Dieu, si nous nous laissons sanctifier et consacrer par l’Esprit de vérité. Amen.
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
lundi 25 mai 2009
jeudi 21 mai 2009
ASCENSION DU SEIGNEUR
Ascension du Seigneur / B
21/05/09
Marc 16, 15-20 (p. 707)
L’année liturgique nous fait célébrer les mystères du Seigneur les uns après les autres. En même temps le cycle liturgique insère ces mystères dans des temps particuliers. C’est une invitation pour nous à ne pas isoler le mystère de l’Ascension que nous fêtons aujourd’hui. La liturgie insère en effet la fête de l’Ascension dans le temps pascal, donc en lien très étroit avec Pâques et Pentecôte. A Pâques nous célébrons la victoire définitive du Christ sur la mort ainsi que sa manifestation glorieuse aux apôtres et aux disciples. A Pentecôte nous faisons mémoire du don de l’Esprit à la première Eglise. L’Ascension du Seigneur prend place dans le temps entre Pâques et Pentecôte, et c’est dans cette perspective du temps pascal que nous devons la comprendre. D’autant plus que le vocabulaire biblique est pour nous piégé comme celui de nos professions de foi… Dans le Credo, l’Ascension est résumée par une phrase : « Il monta au ciel ». Tout le vocabulaire de la Bible comme du Credo utilise de fait une image spatiale pour nous parler de ce mystère. Et dans le Credo « Il monta au ciel » correspond à : « Il descendit du ciel ». Donc non seulement le mystère de l’Ascension doit être perçu en lien avec Pâques et Pentecôte mais aussi avec l’Incarnation. Ces images nous montrent un double mouvement : Dieu en son Fils « descend du ciel », Il se fait proche de nous, Il adopte notre condition humaine, c’est Noël… A l’Ascension, dans un mouvement inverse, le Fils de Dieu quitte cette terre pour le ciel… Le risque est grand pour nous de confondre la réalité du mystère avec ces pauvres images humaines situées dans l’espace, avec en bas la terre, le domaine des hommes, et en haut, le ciel qui serait le domaine de Dieu. Il nous faut bien comprendre qu’à Noël le Fils ne quitte pas le Père en épousant notre condition humaine. Et qu’à l’Ascension Jésus ressuscité ne quitte ni son humanité ni notre humanité… L’Ascension consacre au contraire l’union intime entre la nature divine du Fils de Dieu et notre nature humaine. C’est bien avec son corps glorieux qu’il monte au ciel pour s’asseoir à la droite de son Père.
Alors comment traduire les pauvres mots de notre Credo, « Il monta au ciel » ? Comment dépasser l’image pour atteindre la réalité visée par la foi ? En comprenant qu’après les manifestations pascales du Ressuscité, l’Ascension marque une nouvelle étape dans la relation du Christ Vivant avec ses disciples. L’Ascension ouvre le temps de la foi, le temps de l’Eglise. Dans ce mystère, Notre Seigneur ne se transforme pas en superman montant au ciel, mais il disparaît à nos yeux de chair jusqu’au jour de son retour dans la gloire, à la fin des temps. A partir de l’Ascension, l’Eglise doit vivre la béatitude de la foi : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient. » Notez bien comment l’Ascension correspond à l’envoi en mission des disciples. C’est logique car désormais le Christ glorieux sera visible à travers son Corps mystique, l’Eglise, et donc à travers chaque baptisé. Membres du corps du Christ, nous sommes désormais son visage et sa présence pour notre monde. C’est une lourde et belle responsabilité que la notre. C’est surtout un appel à grandir dans la communion de l’amour et à entrer toujours plus pleinement dans la sainteté que le Christ nous offre et nous communique. Dans le mystère de l’Ascension Notre Seigneur s’efface en quelque sorte pour donner naissance à l’Eglise. Et l’Eglise ne peut naître sans le don de l’Esprit. Si le Ressuscité s’efface, il ne nous abandonne pas, il ne nous quitte pas. C’est seulement son mode de présence qui est nouveau. Il est fidèle à sa promesse : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du temps. » Et c’est l’Esprit Saint qui nous permet justement de reconnaître dans nos vies et dans l’histoire de notre monde la nouvelle présence du Ressuscité. Présence tellement discrète, humble et cachée qu’elle s’apparente pour nous à une absence. Mais dans la foi nous expérimentons réellement cette présence du Christ à nos côtés et en nous, tout particulièrement dans la communion eucharistique et dans la prière. L’Esprit Saint nous rend capables de reconnaître les signes des temps : comment la puissance du Ressuscité est à l’œuvre dans l’histoire humaine et celle de l’Eglise, comment aussi la Providence nous guide et nous illumine par des signes souvent bien petits mais ô combien significatifs si nous savons les accueillir dans la foi !
En cette belle fête de l’Ascension comprenons enfin que le Ciel de Dieu où Jésus monte c’est chacun d’entre nous qui sommes les membres de son Corps, habités par l’Esprit. Le Ciel de Dieu, c’est notre cœur, symbole de notre intériorité, là où justement Dieu ne cesse de se donner à nous comme le Dieu d’amour, de paix et de joie. Rendons grâces à Dieu notre Père, qui « règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. » Oui, Il règne en nous par le Christ dans l’Esprit. Alors ne restons pas là à fixer le ciel… Mais soyons pour Dieu notre Père ce ciel où il aime à demeurer avec le Fils et l’Esprit Saint ! Pour aller au Ciel, devenons le Ciel !
21/05/09
Marc 16, 15-20 (p. 707)
L’année liturgique nous fait célébrer les mystères du Seigneur les uns après les autres. En même temps le cycle liturgique insère ces mystères dans des temps particuliers. C’est une invitation pour nous à ne pas isoler le mystère de l’Ascension que nous fêtons aujourd’hui. La liturgie insère en effet la fête de l’Ascension dans le temps pascal, donc en lien très étroit avec Pâques et Pentecôte. A Pâques nous célébrons la victoire définitive du Christ sur la mort ainsi que sa manifestation glorieuse aux apôtres et aux disciples. A Pentecôte nous faisons mémoire du don de l’Esprit à la première Eglise. L’Ascension du Seigneur prend place dans le temps entre Pâques et Pentecôte, et c’est dans cette perspective du temps pascal que nous devons la comprendre. D’autant plus que le vocabulaire biblique est pour nous piégé comme celui de nos professions de foi… Dans le Credo, l’Ascension est résumée par une phrase : « Il monta au ciel ». Tout le vocabulaire de la Bible comme du Credo utilise de fait une image spatiale pour nous parler de ce mystère. Et dans le Credo « Il monta au ciel » correspond à : « Il descendit du ciel ». Donc non seulement le mystère de l’Ascension doit être perçu en lien avec Pâques et Pentecôte mais aussi avec l’Incarnation. Ces images nous montrent un double mouvement : Dieu en son Fils « descend du ciel », Il se fait proche de nous, Il adopte notre condition humaine, c’est Noël… A l’Ascension, dans un mouvement inverse, le Fils de Dieu quitte cette terre pour le ciel… Le risque est grand pour nous de confondre la réalité du mystère avec ces pauvres images humaines situées dans l’espace, avec en bas la terre, le domaine des hommes, et en haut, le ciel qui serait le domaine de Dieu. Il nous faut bien comprendre qu’à Noël le Fils ne quitte pas le Père en épousant notre condition humaine. Et qu’à l’Ascension Jésus ressuscité ne quitte ni son humanité ni notre humanité… L’Ascension consacre au contraire l’union intime entre la nature divine du Fils de Dieu et notre nature humaine. C’est bien avec son corps glorieux qu’il monte au ciel pour s’asseoir à la droite de son Père.
Alors comment traduire les pauvres mots de notre Credo, « Il monta au ciel » ? Comment dépasser l’image pour atteindre la réalité visée par la foi ? En comprenant qu’après les manifestations pascales du Ressuscité, l’Ascension marque une nouvelle étape dans la relation du Christ Vivant avec ses disciples. L’Ascension ouvre le temps de la foi, le temps de l’Eglise. Dans ce mystère, Notre Seigneur ne se transforme pas en superman montant au ciel, mais il disparaît à nos yeux de chair jusqu’au jour de son retour dans la gloire, à la fin des temps. A partir de l’Ascension, l’Eglise doit vivre la béatitude de la foi : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient. » Notez bien comment l’Ascension correspond à l’envoi en mission des disciples. C’est logique car désormais le Christ glorieux sera visible à travers son Corps mystique, l’Eglise, et donc à travers chaque baptisé. Membres du corps du Christ, nous sommes désormais son visage et sa présence pour notre monde. C’est une lourde et belle responsabilité que la notre. C’est surtout un appel à grandir dans la communion de l’amour et à entrer toujours plus pleinement dans la sainteté que le Christ nous offre et nous communique. Dans le mystère de l’Ascension Notre Seigneur s’efface en quelque sorte pour donner naissance à l’Eglise. Et l’Eglise ne peut naître sans le don de l’Esprit. Si le Ressuscité s’efface, il ne nous abandonne pas, il ne nous quitte pas. C’est seulement son mode de présence qui est nouveau. Il est fidèle à sa promesse : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du temps. » Et c’est l’Esprit Saint qui nous permet justement de reconnaître dans nos vies et dans l’histoire de notre monde la nouvelle présence du Ressuscité. Présence tellement discrète, humble et cachée qu’elle s’apparente pour nous à une absence. Mais dans la foi nous expérimentons réellement cette présence du Christ à nos côtés et en nous, tout particulièrement dans la communion eucharistique et dans la prière. L’Esprit Saint nous rend capables de reconnaître les signes des temps : comment la puissance du Ressuscité est à l’œuvre dans l’histoire humaine et celle de l’Eglise, comment aussi la Providence nous guide et nous illumine par des signes souvent bien petits mais ô combien significatifs si nous savons les accueillir dans la foi !
En cette belle fête de l’Ascension comprenons enfin que le Ciel de Dieu où Jésus monte c’est chacun d’entre nous qui sommes les membres de son Corps, habités par l’Esprit. Le Ciel de Dieu, c’est notre cœur, symbole de notre intériorité, là où justement Dieu ne cesse de se donner à nous comme le Dieu d’amour, de paix et de joie. Rendons grâces à Dieu notre Père, qui « règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. » Oui, Il règne en nous par le Christ dans l’Esprit. Alors ne restons pas là à fixer le ciel… Mais soyons pour Dieu notre Père ce ciel où il aime à demeurer avec le Fils et l’Esprit Saint ! Pour aller au Ciel, devenons le Ciel !
dimanche 10 mai 2009
5ème dimanche de Pâques
5ème dimanche de Pâques / B
10 mai 09
Jean 15, 1-8 (p. 635)
Après l’image du Bon Berger, Jésus utilise ce dimanche une autre image, celle de la vraie vigne. Comme pour le berger, l’image de la vigne est ancienne. Jésus ne l’invente pas, il la trouve dans l’Ancien Testament en lui donnant une nouvelle dimension. Dans ce commencement du chapitre 15 de saint Jean un verbe revient souvent : « demeurer ».
« Demeurez en moi, comme moi en vous » ; « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. » Le Seigneur nous demande vraiment de demeurer en lui et de nous ouvrir de plus en plus à sa présence de Ressuscité. Il n’a qu’un désir c’est qu’en demeurant en lui nous donnions beaucoup de fruit. Voilà un magnifique résumé de ce que devrait être toute notre vie chrétienne, une définition synthétique de la condition de disciples.
Voyons dans un premier temps ce que signifie pour nous ce verbe « demeurer » en lien avec le Christ. L’image de la vigne suggère bien sûr une communion, une union étroite entre les sarments que nous sommes et Jésus, la vraie vigne. Mais comment se réalise concrètement cette union dans notre vie ? Comment demeurons-nous dans le Christ ? Dans l’Eglise, dont la vigne est aussi une image, nous avons des moyens objectifs qui nous sont donnés pour atteindre ce but : ce sont les sacrements. C’est bien par le baptême, la confirmation et l’eucharistie que Dieu demeure en nous et nous en lui. Toutefois l’expérience nous montre que cela ne suffit pas pour être de véritables disciples de Jésus. Combien de baptisés vivent en païens ? Un nombre bien trop grand malheureusement. Parce que dans le domaine spirituel rien n’est automatique. Un baptisé ne peut pas se reposer sur ses lauriers en disant : j’ai tout fait, baptême, première communion, eucharistie. Parce que dans le domaine spirituel tout ne dépend pas des rites ou des sacrements. La spiritualité, la sève qui court dans la vigne, est d’abord la vie de l’âme dans la communion d’amour avec Dieu Trinité. Et cette vie requiert de l’âme la volonté, la liberté, le désir. Il nous faut donc unir aux moyens objectifs que sont les sacrements, les moyens « subjectifs » ou personnels. Et en premier lieu rappeler ici l’importance de la vie de prière personnelle. C’est cette vie qui nous permet vraiment de demeurer jour après jour dans le Christ. La maladie qui guette notre vie spirituelle, surtout si nous sommes de « vieux chrétiens », c’est de croire que les choses sont acquises une fois pour toutes dans le domaine de notre vie spirituelle. Nous pouvons être dans l’illusion de « posséder » Dieu. Or pour demeurer dans le Christ, nous devons sans cesse nous mettre à sa recherche. La recherche de Dieu, le désir de Dieu, voilà l’unique remède pour contrer cette maladie. Vous allez me dire, depuis le temps que je connais Dieu, pourquoi le chercher encore ? Parce que Dieu est une expérience de communion à vivre chaque jour de manière nouvelle. Parce que l’amour de Dieu est inépuisable comme son mystère trinitaire… Même les moines et les moniales vous diront qu’ils sont entrés au monastère pour y chercher Dieu. Et c’est là le principal témoignage de la vie religieuse contemplative : que Dieu ne peut demeurer en nous que dans la mesure où nous le cherchons et le désirons avec amour, persévérance et humilité. La deuxième lecture nous donne enfin un autre moyen de demeurer en Dieu : « Celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit. » La vie spirituelle authentique débouche sur la vie morale, la vie en conformité avec les commandements du Seigneur. Il s’agit pour nous d’aimer par des actes et en vérité. Et c’est dans la mesure où nous nous engageons sur ce chemin d’union étroite avec le Christ que nous porterons beaucoup de fruits pour la gloire de Dieu notre Père. Porter ou donner du fruit, cela signifie pour nous rayonner autour de nous cette vie divine qui anime toute notre vie humaine et la transfigure. Pas tellement par des paroles, mais par notre manière d’être et d’entrer en relation avec les autres, qu’ils nous soient proches par la foi ou au contraire éloignés de ce point de vue. Demeurer dans le Christ, c’est donc automatiquement témoigner de lui. Car alors notre présence n’est plus seulement la notre mais la sienne en nous et par nous. C’est bien le Christ qui, par nous, peut alors donner sa paix, sa joie, son réconfort à ceux que nous rencontrons et avec lesquels nous partageons l’aventure exaltante de l’existence humaine : dans le couple, en famille, à l’école, dans les associations, en paroisse etc. Beaucoup d’entre nous ont probablement fait cette expérience : une personne avec laquelle nous avons tout simplement partagé un moment vient nous dire quelques temps après tout ce que ce partage lui a apporté. Et pourtant nous n’avons pas forcément à ce moment là parlé de Dieu, fait le catéchisme ou la morale. Nous avons été simplement ce que nous sommes : de faibles disciples du Christ qui demeurons dans son amour. Cela suffit à ranimer bien souvent l’espérance et la lumière dans les cœurs !
10 mai 09
Jean 15, 1-8 (p. 635)
Après l’image du Bon Berger, Jésus utilise ce dimanche une autre image, celle de la vraie vigne. Comme pour le berger, l’image de la vigne est ancienne. Jésus ne l’invente pas, il la trouve dans l’Ancien Testament en lui donnant une nouvelle dimension. Dans ce commencement du chapitre 15 de saint Jean un verbe revient souvent : « demeurer ».
« Demeurez en moi, comme moi en vous » ; « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. » Le Seigneur nous demande vraiment de demeurer en lui et de nous ouvrir de plus en plus à sa présence de Ressuscité. Il n’a qu’un désir c’est qu’en demeurant en lui nous donnions beaucoup de fruit. Voilà un magnifique résumé de ce que devrait être toute notre vie chrétienne, une définition synthétique de la condition de disciples.
Voyons dans un premier temps ce que signifie pour nous ce verbe « demeurer » en lien avec le Christ. L’image de la vigne suggère bien sûr une communion, une union étroite entre les sarments que nous sommes et Jésus, la vraie vigne. Mais comment se réalise concrètement cette union dans notre vie ? Comment demeurons-nous dans le Christ ? Dans l’Eglise, dont la vigne est aussi une image, nous avons des moyens objectifs qui nous sont donnés pour atteindre ce but : ce sont les sacrements. C’est bien par le baptême, la confirmation et l’eucharistie que Dieu demeure en nous et nous en lui. Toutefois l’expérience nous montre que cela ne suffit pas pour être de véritables disciples de Jésus. Combien de baptisés vivent en païens ? Un nombre bien trop grand malheureusement. Parce que dans le domaine spirituel rien n’est automatique. Un baptisé ne peut pas se reposer sur ses lauriers en disant : j’ai tout fait, baptême, première communion, eucharistie. Parce que dans le domaine spirituel tout ne dépend pas des rites ou des sacrements. La spiritualité, la sève qui court dans la vigne, est d’abord la vie de l’âme dans la communion d’amour avec Dieu Trinité. Et cette vie requiert de l’âme la volonté, la liberté, le désir. Il nous faut donc unir aux moyens objectifs que sont les sacrements, les moyens « subjectifs » ou personnels. Et en premier lieu rappeler ici l’importance de la vie de prière personnelle. C’est cette vie qui nous permet vraiment de demeurer jour après jour dans le Christ. La maladie qui guette notre vie spirituelle, surtout si nous sommes de « vieux chrétiens », c’est de croire que les choses sont acquises une fois pour toutes dans le domaine de notre vie spirituelle. Nous pouvons être dans l’illusion de « posséder » Dieu. Or pour demeurer dans le Christ, nous devons sans cesse nous mettre à sa recherche. La recherche de Dieu, le désir de Dieu, voilà l’unique remède pour contrer cette maladie. Vous allez me dire, depuis le temps que je connais Dieu, pourquoi le chercher encore ? Parce que Dieu est une expérience de communion à vivre chaque jour de manière nouvelle. Parce que l’amour de Dieu est inépuisable comme son mystère trinitaire… Même les moines et les moniales vous diront qu’ils sont entrés au monastère pour y chercher Dieu. Et c’est là le principal témoignage de la vie religieuse contemplative : que Dieu ne peut demeurer en nous que dans la mesure où nous le cherchons et le désirons avec amour, persévérance et humilité. La deuxième lecture nous donne enfin un autre moyen de demeurer en Dieu : « Celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit. » La vie spirituelle authentique débouche sur la vie morale, la vie en conformité avec les commandements du Seigneur. Il s’agit pour nous d’aimer par des actes et en vérité. Et c’est dans la mesure où nous nous engageons sur ce chemin d’union étroite avec le Christ que nous porterons beaucoup de fruits pour la gloire de Dieu notre Père. Porter ou donner du fruit, cela signifie pour nous rayonner autour de nous cette vie divine qui anime toute notre vie humaine et la transfigure. Pas tellement par des paroles, mais par notre manière d’être et d’entrer en relation avec les autres, qu’ils nous soient proches par la foi ou au contraire éloignés de ce point de vue. Demeurer dans le Christ, c’est donc automatiquement témoigner de lui. Car alors notre présence n’est plus seulement la notre mais la sienne en nous et par nous. C’est bien le Christ qui, par nous, peut alors donner sa paix, sa joie, son réconfort à ceux que nous rencontrons et avec lesquels nous partageons l’aventure exaltante de l’existence humaine : dans le couple, en famille, à l’école, dans les associations, en paroisse etc. Beaucoup d’entre nous ont probablement fait cette expérience : une personne avec laquelle nous avons tout simplement partagé un moment vient nous dire quelques temps après tout ce que ce partage lui a apporté. Et pourtant nous n’avons pas forcément à ce moment là parlé de Dieu, fait le catéchisme ou la morale. Nous avons été simplement ce que nous sommes : de faibles disciples du Christ qui demeurons dans son amour. Cela suffit à ranimer bien souvent l’espérance et la lumière dans les cœurs !
dimanche 26 avril 2009
Troisième dimanche de Pâques
3ème dimanche de Pâques / B
26/04/09
Luc 24, 35-48 (p. 537)
Par sa Passion, sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ accomplit toutes les Ecritures. C’est ainsi que nous pourrions résumer le message théologique de l’Evangile et de la première lecture.
Au chapitre 24 de son Evangile, saint Luc nous présente à deux reprises Jésus comme l’exégète des Ecritures de l’Ancienne Alliance, c’est-à-dire comme Celui qui en donne la juste et véritable interprétation. Avant le passage évangélique de ce dimanche, nous avons le récit des disciples d’Emmaüs, comme nous le rappelle l’introduction de ce même passage. Souvenons-nous de ce que le Ressuscité avait dit, chemin faisant, aux deux disciples déçus et découragés : « Hommes sans intelligence, cœurs lents à croire ce qu’ont dit les prophètes ! Le Messie ne devait-il pas souffrir pour entrer dans sa gloire ? Et il leur fit l’interprétation de ce qui le concernait dans toutes les Ecritures, en commençant par Moïse et ensuite tous les prophètes. » Et c’est exactement la même leçon que le Ressuscité donne aux Apôtres dans notre Evangile : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. Il conclut : c’est bien ce qui était annoncé par l’Ecriture… » Le message du Ressuscité nous aide, nous aussi, à mieux entrer dans le mystère de la Bible comme révélation progressive de Dieu et de son amour envers nous. Tout ce que nous nommons l’Ancien Testament n’a de sens qu’à la lumière du mystère de Pâques. Ou pour le dire autrement les Ecritures témoignent de l’attente du Messie. Elles sont orientées vers le Christ. Et c’est lui, et lui seul, qui leur donne leur portée et leur valeur définitive. C’est cela « accomplir les Ecritures », les mener à leur terme et leur perfection. Et nous savons que la perfection de la Loi, c’est l’amour. Le Ressuscité montre dans son enseignement que sa Passion, sa mort et sa résurrection étaient du point de vue des Ecritures une nécessité : Il fallait que… Ce n’est pas seulement le hasard des circonstances qui a conduit Jésus à mourir comme un criminel sur le bois de la Croix, mais bien un dessein de salut et de révélation de la part de Dieu. Dans l’Ancien Testament, nous le savons si nous l’avons un peu fréquenté, des pages sublimes côtoient des passages barbares, des événements et des enseignements qui nous semblent indignes de Dieu et de l’homme, sans parler de certaines incohérences ou contradictions. Seule la notion d’accomplissement par le Christ nous permet de comprendre qu’il s’agit en fait d’une pédagogie divine. Je laisse sur ce point la parole à Maurice Zundel qui a beaucoup réfléchi à l’articulation entre les Ecritures de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance : « C’est dans cette lumière christique qu’il est absolument nécessaire de relire la Bible. D’ailleurs, la Bible est un sacrement. Ce n’est pas un livre, c’est quelqu’un. Et l’Imitation le dit d’une manière admirable lorsqu’elle parle du banquet eucharistique et du banquet des Ecritures car, dans l’un et l’autre, on reçoit le Verbe de Dieu qui est Jésus. Le véritable sens des Ecritures, c’est Jésus. Et ce livre est une personne, et il faut le lire comme la confidence d’une mère qui raconte comment elle s’est adaptée à des barbares, à des sauvages, à des primitifs, comment elle s’est adaptée à des progressants, puis qui allait plus loin, à des êtres qui commençaient à aimer, qui allait plus loin encore, jusqu’à ce qu’enfin éclate la pleine lumière, le plein midi de la vérité dans l’humanité de Notre Seigneur. »
Je conclurai avec la première lecture qui est un enseignement de Pierre dans les Actes des Apôtres. Remarquez comment Pierre reprend l’enseignement du Ressuscité sur l’accomplissement des Ecritures : « Dieu qui, par la bouche de tous les prophètes, avait annoncé que son Messie souffrirait, accomplissait ainsi sa Parole. » Si le chef des Apôtres est sévère envers ses auditeurs (vous l’avez livré, rejeté, tué), il leur trouve aussi des circonstances atténuantes : « Je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance. » Et Paul dira la même chose aux Corinthiens : « S’ils avaient connu la Sagesse, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire. » Pierre, à la suite de Jésus, fait donc un bilan de la dramatique histoire du salut et de son accomplissement dans la Pâque du Seigneur. Même si nous avons du mal à le comprendre avec notre raison, tout cela devait arriver. C’est bien la folie de la Croix dont il s’agit ici. L’apôtre Pierre, constitué témoin par son Maître, n’en reste pas là. Il tire de tous ces événements une conclusion, la même que celle que nous trouvons dans la bouche du Ressuscité lui-même : « Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés. » Cette longue, progressive, et dramatique histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes, ne nous condamne pas. Elle nous ouvre au contraire à l’espérance chrétienne. Il n’est pas de cœur aussi endurci soit-il qui n’ait la possibilité réelle de changer. Alors ne désespérons jamais de nous-mêmes, car, avec la grâce de l’Esprit, nous pouvons toujours progresser dans la sainteté !
26/04/09
Luc 24, 35-48 (p. 537)
Par sa Passion, sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ accomplit toutes les Ecritures. C’est ainsi que nous pourrions résumer le message théologique de l’Evangile et de la première lecture.
Au chapitre 24 de son Evangile, saint Luc nous présente à deux reprises Jésus comme l’exégète des Ecritures de l’Ancienne Alliance, c’est-à-dire comme Celui qui en donne la juste et véritable interprétation. Avant le passage évangélique de ce dimanche, nous avons le récit des disciples d’Emmaüs, comme nous le rappelle l’introduction de ce même passage. Souvenons-nous de ce que le Ressuscité avait dit, chemin faisant, aux deux disciples déçus et découragés : « Hommes sans intelligence, cœurs lents à croire ce qu’ont dit les prophètes ! Le Messie ne devait-il pas souffrir pour entrer dans sa gloire ? Et il leur fit l’interprétation de ce qui le concernait dans toutes les Ecritures, en commençant par Moïse et ensuite tous les prophètes. » Et c’est exactement la même leçon que le Ressuscité donne aux Apôtres dans notre Evangile : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. Il conclut : c’est bien ce qui était annoncé par l’Ecriture… » Le message du Ressuscité nous aide, nous aussi, à mieux entrer dans le mystère de la Bible comme révélation progressive de Dieu et de son amour envers nous. Tout ce que nous nommons l’Ancien Testament n’a de sens qu’à la lumière du mystère de Pâques. Ou pour le dire autrement les Ecritures témoignent de l’attente du Messie. Elles sont orientées vers le Christ. Et c’est lui, et lui seul, qui leur donne leur portée et leur valeur définitive. C’est cela « accomplir les Ecritures », les mener à leur terme et leur perfection. Et nous savons que la perfection de la Loi, c’est l’amour. Le Ressuscité montre dans son enseignement que sa Passion, sa mort et sa résurrection étaient du point de vue des Ecritures une nécessité : Il fallait que… Ce n’est pas seulement le hasard des circonstances qui a conduit Jésus à mourir comme un criminel sur le bois de la Croix, mais bien un dessein de salut et de révélation de la part de Dieu. Dans l’Ancien Testament, nous le savons si nous l’avons un peu fréquenté, des pages sublimes côtoient des passages barbares, des événements et des enseignements qui nous semblent indignes de Dieu et de l’homme, sans parler de certaines incohérences ou contradictions. Seule la notion d’accomplissement par le Christ nous permet de comprendre qu’il s’agit en fait d’une pédagogie divine. Je laisse sur ce point la parole à Maurice Zundel qui a beaucoup réfléchi à l’articulation entre les Ecritures de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance : « C’est dans cette lumière christique qu’il est absolument nécessaire de relire la Bible. D’ailleurs, la Bible est un sacrement. Ce n’est pas un livre, c’est quelqu’un. Et l’Imitation le dit d’une manière admirable lorsqu’elle parle du banquet eucharistique et du banquet des Ecritures car, dans l’un et l’autre, on reçoit le Verbe de Dieu qui est Jésus. Le véritable sens des Ecritures, c’est Jésus. Et ce livre est une personne, et il faut le lire comme la confidence d’une mère qui raconte comment elle s’est adaptée à des barbares, à des sauvages, à des primitifs, comment elle s’est adaptée à des progressants, puis qui allait plus loin, à des êtres qui commençaient à aimer, qui allait plus loin encore, jusqu’à ce qu’enfin éclate la pleine lumière, le plein midi de la vérité dans l’humanité de Notre Seigneur. »
Je conclurai avec la première lecture qui est un enseignement de Pierre dans les Actes des Apôtres. Remarquez comment Pierre reprend l’enseignement du Ressuscité sur l’accomplissement des Ecritures : « Dieu qui, par la bouche de tous les prophètes, avait annoncé que son Messie souffrirait, accomplissait ainsi sa Parole. » Si le chef des Apôtres est sévère envers ses auditeurs (vous l’avez livré, rejeté, tué), il leur trouve aussi des circonstances atténuantes : « Je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance. » Et Paul dira la même chose aux Corinthiens : « S’ils avaient connu la Sagesse, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire. » Pierre, à la suite de Jésus, fait donc un bilan de la dramatique histoire du salut et de son accomplissement dans la Pâque du Seigneur. Même si nous avons du mal à le comprendre avec notre raison, tout cela devait arriver. C’est bien la folie de la Croix dont il s’agit ici. L’apôtre Pierre, constitué témoin par son Maître, n’en reste pas là. Il tire de tous ces événements une conclusion, la même que celle que nous trouvons dans la bouche du Ressuscité lui-même : « Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés. » Cette longue, progressive, et dramatique histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes, ne nous condamne pas. Elle nous ouvre au contraire à l’espérance chrétienne. Il n’est pas de cœur aussi endurci soit-il qui n’ait la possibilité réelle de changer. Alors ne désespérons jamais de nous-mêmes, car, avec la grâce de l’Esprit, nous pouvons toujours progresser dans la sainteté !
jeudi 23 avril 2009
Deuxième dimanche de Pâques
2ème dimanche de Pâques / B (de la divine miséricorde)
19/04/09
Jean 20, 19-31 (p. 487)
En nous proposant ce passage du chapitre 20 de saint Jean, l’Eglise veut nous faire revivre la semaine pascale avec les Apôtres. Ce dimanche marque en effet la fin de l’octave de Pâques et c’est huit jours après Pâques que Jésus ressuscité se manifeste à Thomas. Avec la deuxième lecture, l’Evangile de cette messe nous invite à une réflexion sur notre foi chrétienne. Et la première conclusion que Jean donne à son Evangile est très claire : ces signes « y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom. » Si Jean écrit son Evangile, c’est bien pour amener le lecteur à la foi en Jésus Seigneur, et lui permettre ainsi d’obtenir la vie éternelle.
Voyons dans un premier temps comment les 11 apôtres ont vécu la semaine qui a suivi Pâques. Le soir de la résurrection, la situation spirituelle de ces hommes n’est guère brillante… Ils « avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. » Pourtant Pierre et Jean avaient vu le tombeau vide, les apôtres avaient reçu le témoignage de Marie-Madeleine… Les disciples ont donc vécu la semaine pascale dans la peur, enfermés chez eux. Certes en voyant le Seigneur ressuscité qui se manifeste à eux ils sont remplis de joie. Mais cette joie ne fait pas encore disparaître la peur de leur cœur… La preuve en est que 8 jours plus tard ils semblent se trouver dans la même situation, les portes demeurant verrouillées… Le soir de Pâques ces hommes vont vivre grâce à Jésus ce que l’on pourrait appeler « une Pentecôte privée » ou anticipée. Puisque Jésus le Vivant, en soufflant sur eux, va leur communiquer l’Esprit Saint en vue de leur mission. Si l’Esprit de Jésus leur donne le pouvoir de pardonner les péchés au nom de Dieu, s’Il fait d’eux des serviteurs de la miséricorde divine, il n’enlève pas encore la peur de leur cœur. Certainement parce qu’ils ne sont pas prêts, parce qu’ils manquent de foi, et qu’ils opposent bien des résistances au don de Dieu. Il leur faudra encore vivre l’Ascension et la Pentecôte de la première Eglise pour être enfin délivrés de cette peur et entrer pleinement dans la joie de Pâques !
C’est en méditant sur cette peur des apôtres pendant la semaine pascale que nous sommes ramenés à l’importance de la foi et à la deuxième lecture. Le même saint Jean dit aux chrétiens que les commandements de Dieu « ne sont pas un fardeau. » Et il en donne la raison. Le baptisé passe du régime de l’Ancienne Alliance à la Loi de la grâce et de la miséricorde. Jésus n’avait pas hésité à critiquer durement les maîtres de la Loi et les pharisiens, les hommes religieux de son temps. Pourquoi ? Parce qu’ils « préparent de lourdes charges (des fardeaux), et ils vous les mettent sur les épaules ; mais eux-mêmes ne bougeraient pas un doigt pour les remuer. » La miséricorde de Jésus s’oppose clairement à la dureté et à l’hypocrisie de ces hommes religieux. Lui, n’est pas venu pour nous accabler avec le fardeau des commandements. Il nous lance au contraire un appel débordant d’amour et de compréhension vis-à-vis de notre humaine faiblesse : « Venez à moi, vous tous qui peinez, qui êtes surchargés, et je vous donnerai le repos… Mon joug est aisé et ma charge légère. » Oui, les commandements ne sont plus pour nous un fardeau car nous avons en Jésus un Maître au cœur doux et humble. Et parce que nous sommes vainqueurs du monde en tant que baptisés. Ce qui dans le langage de Jean signifie vainqueurs du mal et de tout ce qui avilit et défigure l’homme en tant que créature de Dieu appelée à entrer dans la gloire. Mais comment avons-nous donc vaincu le mal ? Par notre foi en Jésus Fils de Dieu, répond Jean. En ce temps de Pâques reprenons conscience de la force que représente notre attachement au Christ Ressuscité par la foi. C’est bien cette foi en Jésus Sauveur qui nous délivre de la peur et de la paralysie qu’elle engendre, c’est bien cette foi qui nous permet d’accueillir en plénitude la joie et la paix du Ressuscité. Enfin c’est encore par cette même foi pascale que les commandements ne sont plus pour nous un fardeau mais bien un chemin de vie, d’accomplissement et d’espérance.
Dans une très belle méditation intitulée « la seconde naissance ou la victoire sur la mort », Maurice Zundel affirme : « La question n’est pas de savoir si l’on est vivant après la mort, mais si l’on est vivant avant la mort ». Et il explique : « La vraie question c’est d’être un vivant avant la mort. Il est bien vrai qu’on n’entre pas dans le Ciel comme s’il s’agissait d’aller quelque part. Il faut devenir le Ciel, il faut le devenir. Il faut devenir la Vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être… Le chrétien est quelqu’un qui sait que sa vocation est de vaincre la mort, aujourd’hui et tous les jours de sa vie, jusqu’à ce qu’enfin il fasse de sa mort elle-même un acte de vie ! »
Dans une foi renouvelée demandons à l’Esprit de Jésus de faire de chacun de nous un Vivant, un vainqueur du mal, en mettant nos pas dans ceux du Vivant !
19/04/09
Jean 20, 19-31 (p. 487)
En nous proposant ce passage du chapitre 20 de saint Jean, l’Eglise veut nous faire revivre la semaine pascale avec les Apôtres. Ce dimanche marque en effet la fin de l’octave de Pâques et c’est huit jours après Pâques que Jésus ressuscité se manifeste à Thomas. Avec la deuxième lecture, l’Evangile de cette messe nous invite à une réflexion sur notre foi chrétienne. Et la première conclusion que Jean donne à son Evangile est très claire : ces signes « y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom. » Si Jean écrit son Evangile, c’est bien pour amener le lecteur à la foi en Jésus Seigneur, et lui permettre ainsi d’obtenir la vie éternelle.
Voyons dans un premier temps comment les 11 apôtres ont vécu la semaine qui a suivi Pâques. Le soir de la résurrection, la situation spirituelle de ces hommes n’est guère brillante… Ils « avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. » Pourtant Pierre et Jean avaient vu le tombeau vide, les apôtres avaient reçu le témoignage de Marie-Madeleine… Les disciples ont donc vécu la semaine pascale dans la peur, enfermés chez eux. Certes en voyant le Seigneur ressuscité qui se manifeste à eux ils sont remplis de joie. Mais cette joie ne fait pas encore disparaître la peur de leur cœur… La preuve en est que 8 jours plus tard ils semblent se trouver dans la même situation, les portes demeurant verrouillées… Le soir de Pâques ces hommes vont vivre grâce à Jésus ce que l’on pourrait appeler « une Pentecôte privée » ou anticipée. Puisque Jésus le Vivant, en soufflant sur eux, va leur communiquer l’Esprit Saint en vue de leur mission. Si l’Esprit de Jésus leur donne le pouvoir de pardonner les péchés au nom de Dieu, s’Il fait d’eux des serviteurs de la miséricorde divine, il n’enlève pas encore la peur de leur cœur. Certainement parce qu’ils ne sont pas prêts, parce qu’ils manquent de foi, et qu’ils opposent bien des résistances au don de Dieu. Il leur faudra encore vivre l’Ascension et la Pentecôte de la première Eglise pour être enfin délivrés de cette peur et entrer pleinement dans la joie de Pâques !
C’est en méditant sur cette peur des apôtres pendant la semaine pascale que nous sommes ramenés à l’importance de la foi et à la deuxième lecture. Le même saint Jean dit aux chrétiens que les commandements de Dieu « ne sont pas un fardeau. » Et il en donne la raison. Le baptisé passe du régime de l’Ancienne Alliance à la Loi de la grâce et de la miséricorde. Jésus n’avait pas hésité à critiquer durement les maîtres de la Loi et les pharisiens, les hommes religieux de son temps. Pourquoi ? Parce qu’ils « préparent de lourdes charges (des fardeaux), et ils vous les mettent sur les épaules ; mais eux-mêmes ne bougeraient pas un doigt pour les remuer. » La miséricorde de Jésus s’oppose clairement à la dureté et à l’hypocrisie de ces hommes religieux. Lui, n’est pas venu pour nous accabler avec le fardeau des commandements. Il nous lance au contraire un appel débordant d’amour et de compréhension vis-à-vis de notre humaine faiblesse : « Venez à moi, vous tous qui peinez, qui êtes surchargés, et je vous donnerai le repos… Mon joug est aisé et ma charge légère. » Oui, les commandements ne sont plus pour nous un fardeau car nous avons en Jésus un Maître au cœur doux et humble. Et parce que nous sommes vainqueurs du monde en tant que baptisés. Ce qui dans le langage de Jean signifie vainqueurs du mal et de tout ce qui avilit et défigure l’homme en tant que créature de Dieu appelée à entrer dans la gloire. Mais comment avons-nous donc vaincu le mal ? Par notre foi en Jésus Fils de Dieu, répond Jean. En ce temps de Pâques reprenons conscience de la force que représente notre attachement au Christ Ressuscité par la foi. C’est bien cette foi en Jésus Sauveur qui nous délivre de la peur et de la paralysie qu’elle engendre, c’est bien cette foi qui nous permet d’accueillir en plénitude la joie et la paix du Ressuscité. Enfin c’est encore par cette même foi pascale que les commandements ne sont plus pour nous un fardeau mais bien un chemin de vie, d’accomplissement et d’espérance.
Dans une très belle méditation intitulée « la seconde naissance ou la victoire sur la mort », Maurice Zundel affirme : « La question n’est pas de savoir si l’on est vivant après la mort, mais si l’on est vivant avant la mort ». Et il explique : « La vraie question c’est d’être un vivant avant la mort. Il est bien vrai qu’on n’entre pas dans le Ciel comme s’il s’agissait d’aller quelque part. Il faut devenir le Ciel, il faut le devenir. Il faut devenir la Vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être… Le chrétien est quelqu’un qui sait que sa vocation est de vaincre la mort, aujourd’hui et tous les jours de sa vie, jusqu’à ce qu’enfin il fasse de sa mort elle-même un acte de vie ! »
Dans une foi renouvelée demandons à l’Esprit de Jésus de faire de chacun de nous un Vivant, un vainqueur du mal, en mettant nos pas dans ceux du Vivant !
dimanche 29 mars 2009
5ème dimanche de Carême / Année Saint Paul
5ème dimanche de Carême / Année Saint Paul
29 mars 2009
Philippiens 3, 8-14 (année C / p. 234)
Nous terminons en ce dimanche notre parcours de Carême avec saint Paul en lisant et en méditant un extrait de sa lettre aux Philippiens (deuxième lecture de l’année C). Les biblistes situent la rédaction de cette lettre en 56 au moment où l’apôtre était emprisonné à Ephèse. Ce passage du chapitre 3 de sa lettre aux chrétiens de Philippes, ville de Macédoine située au nord de la Grèce, nous révèle un saint Paul passionné par le Christ. Et cette passion pour le Christ, l’apôtre la manifeste dans un contexte polémique, semblable à celui de la lettre aux Galates. Il nous suffit pour nous en rendre compte d’entendre l’avertissement qui se trouve au début du chapitre 3 : « Prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde au groupe des circoncis ! La circoncision, c’est nous qui l’avons, puisque nous servons Dieu en esprit et nous nous appuyons sur le Christ et non sur des sécurités humaines. » Paul adopte un ton sévère à l’égard des judaïsants, ces chrétiens originaires du Judaïsme qui veulent imposer aux païens la loi de Moïse et la circoncision. C’est au sein de cette polémique que l’apôtre expose trois thèmes principaux aux chrétiens de Philippes, et cela à partir de son expérience personnelle. Cet enseignement a en effet un ton très personnel et Paul s’engage tout entier dans ce qu’il affirme avec tant de passion depuis sa prison.
Le premier enseignement concerne « la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur ». Pour l’apôtre il s’agit du bien qui dépasse tout, du seul avantage. Notons bien cette formule très personnelle : le Christ Jésus, mon Seigneur. Si Paul a renoncé à tous ses privilèges de bon Juif pharisien pratiquant, c’est pour connaître le Christ, pour communier dans sa vie à son mystère pascal. Cette connaissance n’est pas théorique. Tout d’abord parce que Saul a été saisi par le Christ Ressuscité sur le chemin de Damas. La passion de Paul pour son Seigneur est celle d’un converti, d’une personne qui a rencontré personnellement le Christ Vivant dans sa vie. Il s’agit véritablement d’un retournement, d’un bouleversement de perspectives, et c’est de cette conversion dont Paul témoigne ici. Sur le chemin de Damas sa vie de Juif zélé a été radicalement transformée. La connaissance du Christ par la foi, connaissance mystique, n’a en effet rien de théorique puisqu’il s’agit « d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion. » Saisi par le Christ, Paul se laisse habiter par son mystère pascal. Ce mystère devenu intérieur à nous-mêmes par le sacrement de baptême…
Le deuxième enseignement est une réponse directe aux manœuvres des judaïsants. Il concerne le salut par la foi en Jésus : « Cette justice ne vient pas de moi-même, - c’est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse – mais de la foi au Christ : c’est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi. » Paul a quitté son orgueil de bon Juif pratiquant pour accepter d’être sauvé par le Christ, et par lui seul. Il est un témoin privilégié du passage de l’ancienne Alliance à la nouvelle Alliance. Dans les paroles de la consécration du vin, le ministre du Seigneur dit : « Ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. » Si la loi de Moïse a eu une valeur pédagogique, transitoire, la loi du Christ, elle, est éternelle et définitive.
Le troisième enseignement de Paul concerne le dynamisme de notre vie chrétienne. Si nous mettons vraiment notre foi dans le Christ, si nous accueillons en nous son mystère pascal, alors nous ne pouvons plus être les hommes du passé et du regard en arrière : « Oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but. » Saint Paul compare notre vie chrétienne à une course, une course aimantée en quelque sorte par la présence du Christ ressuscité. Dans cette course seul compte le présent, l’aujourd’hui de Dieu, en tant qu’il nous fait avancer vers notre vocation ultime : la communion parfaite avec Dieu dans le Christ. Paul est pour nous un exemple significatif : il n’est pas arrivé au but, il ne se considère pas comme parfait. C’est cet état d’esprit intérieur qu’il met en valeur en comparant sa vie à une course. C’est aussi ce que le temps du Carême vient nous rappeler chaque année. Si nous étions parfaits, parvenus au but, le Carême serait inutile. La prière du mercredi des Cendres parle de notre entraînement au combat spirituel. Voilà une image qui correspond bien à celle de la course. Ce passage de la lettre de Paul aux Philippiens nous renvoie aussi à la prière du premier dimanche de Carême : « Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce Carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. » Alors que notre Carême touche à sa fin, Paul nous pose une question bien personnelle : Que cherches-tu dans ta vie, quel est ton but ? Et quelle place fais-tu au Christ ton Seigneur et unique Sauveur ?
29 mars 2009
Philippiens 3, 8-14 (année C / p. 234)
Nous terminons en ce dimanche notre parcours de Carême avec saint Paul en lisant et en méditant un extrait de sa lettre aux Philippiens (deuxième lecture de l’année C). Les biblistes situent la rédaction de cette lettre en 56 au moment où l’apôtre était emprisonné à Ephèse. Ce passage du chapitre 3 de sa lettre aux chrétiens de Philippes, ville de Macédoine située au nord de la Grèce, nous révèle un saint Paul passionné par le Christ. Et cette passion pour le Christ, l’apôtre la manifeste dans un contexte polémique, semblable à celui de la lettre aux Galates. Il nous suffit pour nous en rendre compte d’entendre l’avertissement qui se trouve au début du chapitre 3 : « Prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde au groupe des circoncis ! La circoncision, c’est nous qui l’avons, puisque nous servons Dieu en esprit et nous nous appuyons sur le Christ et non sur des sécurités humaines. » Paul adopte un ton sévère à l’égard des judaïsants, ces chrétiens originaires du Judaïsme qui veulent imposer aux païens la loi de Moïse et la circoncision. C’est au sein de cette polémique que l’apôtre expose trois thèmes principaux aux chrétiens de Philippes, et cela à partir de son expérience personnelle. Cet enseignement a en effet un ton très personnel et Paul s’engage tout entier dans ce qu’il affirme avec tant de passion depuis sa prison.
Le premier enseignement concerne « la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur ». Pour l’apôtre il s’agit du bien qui dépasse tout, du seul avantage. Notons bien cette formule très personnelle : le Christ Jésus, mon Seigneur. Si Paul a renoncé à tous ses privilèges de bon Juif pharisien pratiquant, c’est pour connaître le Christ, pour communier dans sa vie à son mystère pascal. Cette connaissance n’est pas théorique. Tout d’abord parce que Saul a été saisi par le Christ Ressuscité sur le chemin de Damas. La passion de Paul pour son Seigneur est celle d’un converti, d’une personne qui a rencontré personnellement le Christ Vivant dans sa vie. Il s’agit véritablement d’un retournement, d’un bouleversement de perspectives, et c’est de cette conversion dont Paul témoigne ici. Sur le chemin de Damas sa vie de Juif zélé a été radicalement transformée. La connaissance du Christ par la foi, connaissance mystique, n’a en effet rien de théorique puisqu’il s’agit « d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion. » Saisi par le Christ, Paul se laisse habiter par son mystère pascal. Ce mystère devenu intérieur à nous-mêmes par le sacrement de baptême…
Le deuxième enseignement est une réponse directe aux manœuvres des judaïsants. Il concerne le salut par la foi en Jésus : « Cette justice ne vient pas de moi-même, - c’est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse – mais de la foi au Christ : c’est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi. » Paul a quitté son orgueil de bon Juif pratiquant pour accepter d’être sauvé par le Christ, et par lui seul. Il est un témoin privilégié du passage de l’ancienne Alliance à la nouvelle Alliance. Dans les paroles de la consécration du vin, le ministre du Seigneur dit : « Ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. » Si la loi de Moïse a eu une valeur pédagogique, transitoire, la loi du Christ, elle, est éternelle et définitive.
Le troisième enseignement de Paul concerne le dynamisme de notre vie chrétienne. Si nous mettons vraiment notre foi dans le Christ, si nous accueillons en nous son mystère pascal, alors nous ne pouvons plus être les hommes du passé et du regard en arrière : « Oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but. » Saint Paul compare notre vie chrétienne à une course, une course aimantée en quelque sorte par la présence du Christ ressuscité. Dans cette course seul compte le présent, l’aujourd’hui de Dieu, en tant qu’il nous fait avancer vers notre vocation ultime : la communion parfaite avec Dieu dans le Christ. Paul est pour nous un exemple significatif : il n’est pas arrivé au but, il ne se considère pas comme parfait. C’est cet état d’esprit intérieur qu’il met en valeur en comparant sa vie à une course. C’est aussi ce que le temps du Carême vient nous rappeler chaque année. Si nous étions parfaits, parvenus au but, le Carême serait inutile. La prière du mercredi des Cendres parle de notre entraînement au combat spirituel. Voilà une image qui correspond bien à celle de la course. Ce passage de la lettre de Paul aux Philippiens nous renvoie aussi à la prière du premier dimanche de Carême : « Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce Carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. » Alors que notre Carême touche à sa fin, Paul nous pose une question bien personnelle : Que cherches-tu dans ta vie, quel est ton but ? Et quelle place fais-tu au Christ ton Seigneur et unique Sauveur ?
dimanche 22 mars 2009
4ème dimanche de Carême, année saint Paul
4ème dimanche de Carême / B
22/03/09
Année saint Paul / Ephésiens 2, 4-10 (p. 177)
Après les lettres aux Romains et aux Corinthiens, ce 4ème dimanche de Carême nous propose dans la deuxième lecture un passage de la lettre de saint Paul aux Ephésiens. Paul a probablement écrit cette lettre depuis Rome et il l’a adressée aux Eglises d’Asie mineure, une partie de l’actuelle Turquie. Plus qu’une lettre il s’agit ici d’un long exposé théologique sur le mystère du salut, une espèce d’encyclique paulinienne. Cela explique le style très dense et parfois difficile de notre deuxième lecture. L’apôtre s’adresse ici à des chrétiens issus du paganisme. Comme toujours nous devons remettre notre lecture dans son contexte plus large, celui du chapitre 2 de la lettre aux Ephésiens.
Notre passage est encadré par des considérations sur la vie de ces chrétiens avant leur conversion. Et Paul n’y va pas de main morte pour souligner le contraste entre la vie avant et après la conversion ! « Vous étiez des morts par suite de vos fautes et de vos péchés », c’est le début du chapitre 2. Et plus loin, après notre lecture : « Rappelez-vous que vous avez été païens… Vous étiez dans ce monde sans Dieu ni espérance. » Nous avons bien du mal à nous représenter cette réalité bouleversante du passage des païens à la vie chrétienne. Car pour la plupart d’entre nous nous sommes nés dans le christianisme et nous l’avons reçu comme une tradition familiale. Celui qui choisit la foi chrétienne enfant, adolescent, ou adulte perçoit mieux la portée des propos de saint Paul.
L’apôtre a donc planté le décor : vous étiez païens, séparés du peuple Juif, mais Dieu est riche en miséricorde ! Paul ne médite pas de manière théorique sur le salut offert par Dieu. Il en parle à partir des faits : la conversion des païens au Christ. Et s’il expose sa doctrine du salut par la grâce et par la foi, c’est parce qu’il est inquiet. Il semblerait bien que ces chrétiens d’Asie Mineure soient quelque peu tombés dans la tentation qui menace tous les hommes religieux : celle de se considérer supérieurs aux autres, meilleurs qu’eux… D’où la réflexion : « Cela ne vient pas de vos actes, il n’y a pas à en tirer orgueil. » La traduction liturgique est inexacte. Mieux vaut comprendre avec la Bible Osty : « Cela ne vient pas des œuvres, pour que personne ne se vante. » Ce verset de la lettre aux Ephésiens nous ramène à un grand thème paulinien, celui du rapport entre la foi et les œuvres et aussi au chapitre premier de sa lettre aux Corinthiens. L’apôtre rappelle aux Corinthiens que le choix de Dieu se porte davantage sur les petits, les humbles, les sans-noms « afin qu’aucune créature n’aille se vanter devant Dieu. » Et Paul de conclure : « Celui qui se vante, qu’il se vante du Seigneur. » Bref le fidèle du Christ ne doit pas se regarder le nombril et se dire intérieurement : qu’est-ce que je suis bien ! Que mes œuvres sont bonnes et saintes ! Mais dans l’attitude d’humilité il porte son regard de foi sur l’unique Sauveur : Jésus crucifié. Il élève son cœur vers le Père des miséricordes dont Paul chante ici le grand amour et la bonté.
L’Apôtre le martèle à trois reprises : c’est par la grâce de Dieu que nous sommes sauvés ! Et il annonce dès le début de sa lettre ce choix divin : « C’est ainsi que Dieu nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde, pour être saints et irréprochables devant lui dans l’amour. » Le salut nous est donné gratuitement ainsi que notre vocation de fils de Dieu, que nous soyons Juifs ou païens. Et c’est cette vérité qui abat le mur séparant les Juifs des païens. Le Christ est notre paix, par sa croix, il a tué la haine. Et « par lui nous venons au Père, les uns et les autres, dans un même Esprit. » Dans le Christ il n’y a plus de privilège d’ancienneté. Par la foi nous sommes tous égaux. Nous sommes un seul homme nouveau. Et c’est dans le Christ que les chrétiens d’Asie mineure comme nous aujourd’hui sont appelés à se construire ensemble « pour être une demeure spirituelle de Dieu. » Notre appartenance au Christ ne nous permet pas de regarder les autres, ceux qui sont différents, avec mépris ou condescendance. Car nous ne méritons pas d’être chrétiens, cela vient du don de Dieu. Notre foi catholique ne nous enferme pas dans un complexe de supériorité mais au contraire elle nous rend humbles. Notre réponse à la grâce divine, à la volonté de salut de Dieu notre Père pour tous les hommes, c’est bien notre foi dans le Christ. Et le témoignage qui doit en découler. Alors qu’en est-il des œuvres, de la vie morale ? « C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés en Jésus-Christ, pour que nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre. » Pour Paul la vie morale et la fidélité aux commandements de Dieu sont la conséquence du salut par la grâce. Notre vie morale n’est donc pas la cause ou le motif de notre salut. Aux Galates il parle de « la foi agissant par l’amour ». Et si nous vivons vraiment en sauvés, alors nous vivons déjà en ressuscités ! « Avec le Christ, Dieu nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus. » Amen
22/03/09
Année saint Paul / Ephésiens 2, 4-10 (p. 177)
Après les lettres aux Romains et aux Corinthiens, ce 4ème dimanche de Carême nous propose dans la deuxième lecture un passage de la lettre de saint Paul aux Ephésiens. Paul a probablement écrit cette lettre depuis Rome et il l’a adressée aux Eglises d’Asie mineure, une partie de l’actuelle Turquie. Plus qu’une lettre il s’agit ici d’un long exposé théologique sur le mystère du salut, une espèce d’encyclique paulinienne. Cela explique le style très dense et parfois difficile de notre deuxième lecture. L’apôtre s’adresse ici à des chrétiens issus du paganisme. Comme toujours nous devons remettre notre lecture dans son contexte plus large, celui du chapitre 2 de la lettre aux Ephésiens.
Notre passage est encadré par des considérations sur la vie de ces chrétiens avant leur conversion. Et Paul n’y va pas de main morte pour souligner le contraste entre la vie avant et après la conversion ! « Vous étiez des morts par suite de vos fautes et de vos péchés », c’est le début du chapitre 2. Et plus loin, après notre lecture : « Rappelez-vous que vous avez été païens… Vous étiez dans ce monde sans Dieu ni espérance. » Nous avons bien du mal à nous représenter cette réalité bouleversante du passage des païens à la vie chrétienne. Car pour la plupart d’entre nous nous sommes nés dans le christianisme et nous l’avons reçu comme une tradition familiale. Celui qui choisit la foi chrétienne enfant, adolescent, ou adulte perçoit mieux la portée des propos de saint Paul.
L’apôtre a donc planté le décor : vous étiez païens, séparés du peuple Juif, mais Dieu est riche en miséricorde ! Paul ne médite pas de manière théorique sur le salut offert par Dieu. Il en parle à partir des faits : la conversion des païens au Christ. Et s’il expose sa doctrine du salut par la grâce et par la foi, c’est parce qu’il est inquiet. Il semblerait bien que ces chrétiens d’Asie Mineure soient quelque peu tombés dans la tentation qui menace tous les hommes religieux : celle de se considérer supérieurs aux autres, meilleurs qu’eux… D’où la réflexion : « Cela ne vient pas de vos actes, il n’y a pas à en tirer orgueil. » La traduction liturgique est inexacte. Mieux vaut comprendre avec la Bible Osty : « Cela ne vient pas des œuvres, pour que personne ne se vante. » Ce verset de la lettre aux Ephésiens nous ramène à un grand thème paulinien, celui du rapport entre la foi et les œuvres et aussi au chapitre premier de sa lettre aux Corinthiens. L’apôtre rappelle aux Corinthiens que le choix de Dieu se porte davantage sur les petits, les humbles, les sans-noms « afin qu’aucune créature n’aille se vanter devant Dieu. » Et Paul de conclure : « Celui qui se vante, qu’il se vante du Seigneur. » Bref le fidèle du Christ ne doit pas se regarder le nombril et se dire intérieurement : qu’est-ce que je suis bien ! Que mes œuvres sont bonnes et saintes ! Mais dans l’attitude d’humilité il porte son regard de foi sur l’unique Sauveur : Jésus crucifié. Il élève son cœur vers le Père des miséricordes dont Paul chante ici le grand amour et la bonté.
L’Apôtre le martèle à trois reprises : c’est par la grâce de Dieu que nous sommes sauvés ! Et il annonce dès le début de sa lettre ce choix divin : « C’est ainsi que Dieu nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde, pour être saints et irréprochables devant lui dans l’amour. » Le salut nous est donné gratuitement ainsi que notre vocation de fils de Dieu, que nous soyons Juifs ou païens. Et c’est cette vérité qui abat le mur séparant les Juifs des païens. Le Christ est notre paix, par sa croix, il a tué la haine. Et « par lui nous venons au Père, les uns et les autres, dans un même Esprit. » Dans le Christ il n’y a plus de privilège d’ancienneté. Par la foi nous sommes tous égaux. Nous sommes un seul homme nouveau. Et c’est dans le Christ que les chrétiens d’Asie mineure comme nous aujourd’hui sont appelés à se construire ensemble « pour être une demeure spirituelle de Dieu. » Notre appartenance au Christ ne nous permet pas de regarder les autres, ceux qui sont différents, avec mépris ou condescendance. Car nous ne méritons pas d’être chrétiens, cela vient du don de Dieu. Notre foi catholique ne nous enferme pas dans un complexe de supériorité mais au contraire elle nous rend humbles. Notre réponse à la grâce divine, à la volonté de salut de Dieu notre Père pour tous les hommes, c’est bien notre foi dans le Christ. Et le témoignage qui doit en découler. Alors qu’en est-il des œuvres, de la vie morale ? « C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés en Jésus-Christ, pour que nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre. » Pour Paul la vie morale et la fidélité aux commandements de Dieu sont la conséquence du salut par la grâce. Notre vie morale n’est donc pas la cause ou le motif de notre salut. Aux Galates il parle de « la foi agissant par l’amour ». Et si nous vivons vraiment en sauvés, alors nous vivons déjà en ressuscités ! « Avec le Christ, Dieu nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus. » Amen
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