dimanche 23 avril 2023

Troisième dimanche de Pâques / Année A

 


23/04/2023

Luc 24, 13-35

La découverte du tombeau vide et les manifestations du Ressuscité n’ont pas suffi, dans un premier temps, à susciter la foi des disciples et des apôtres. Ces derniers n’ont pas cru au témoignage des femmes. C’est le paradoxe de Pâques. La difficulté à reconnaître Jésus ressuscité a perduré. Le récit des disciples d’Emmaüs nous parle précisément de cette difficulté à reconnaître le Ressuscité et à croire que Jésus est vivant. Cette difficulté s’exprime dans le récit de Luc avec les images des yeux et du cœur. Image des yeux car il s’agit bien des yeux de la foi et image du cœur car, comme le dit Blaise Pascal, nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur… C’est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et légitimement persuadés… C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison.

Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Tel est le point de départ pour les deux disciples. Pascal note dans ses Pensées : Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. La disposition des disciples est celle de la tristesse car ils ont été déçus dans leur espérance vis-à-vis du Messie : Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Ce qui va ouvrir leurs yeux ce ne sont pas les paroles de Jésus qui, partant de Moïse et de tous les Prophètes, leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. C’est le simple geste de la fraction du pain, le geste central de l’eucharistie, qui permet la reconnaissance et donc l’accès à la foi : Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ainsi quand ils voient Jésus marchant avec eux sur la route, ils sont incapables de le reconnaître, mais quand ils voient le pain partagé ils le reconnaissent et c’est alors que sa présence physique disparaît. Cela nous rappelle les paroles du Christ à Thomas : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Le récit de Luc semble nous dire que le sacrement est plus efficace que la manifestation du Ressuscité elle-même dans le long processus de reconnaissance : À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Le signe sacramentel de la présence du Ressuscité ne laisse plus aucune place au doute. C’est aussi, bien sûr, une manière de nous dire à quel point la célébration de l’eucharistie vécue dans la foi et l’amour est pour nous une expérience particulièrement forte de la présence du Ressuscité à son Eglise et au cœur de ce monde. Comme les yeux, le cœur des disciples, lui aussi, est transformé et passe de l’incrédulité à la foi : Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Puis : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ?

Le parcours des disciples d’Emmaüs est riche d’enseignements quant à notre manière d’être chrétiens dans le monde. Si Jésus a ouvert les yeux de ses disciples bien davantage par le simple geste de la fraction du pain que par un magnifique cours biblique, cela nous dit quelque chose de ce qu’est l’évangélisation ou le témoignage chrétien. Lui aussi est en quelque sorte sacramentel, il passe par des gestes et des actes qui sont signes de l’amour de Dieu et de la présence du Ressuscité. Nos humbles gestes, nos actes, nos choix de vie, lorsqu’ils sont accomplis dans l’esprit du Christ et dans l’amour du prochain ont cette puissance d’ouvrir peu à peu les yeux de ceux qui ont du mal à croire. Ils peuvent toucher les cœurs alors que bien souvent nos paroles ne touchent que la raison.


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