vendredi 19 novembre 2010

LE CHRIST ROI DE L'UNIVERS

Le Christ Roi de l’Univers / C
21/11/2010
Luc 23, 35-43 (p. 1042)

La fête du Christ Roi de l’univers, d’institution récente (1925), marque la fin de notre année chrétienne.

Dans un premier temps je voudrais méditer pour vous quelques aspects de ce mystère de la royauté du Christ à partir des lectures bibliques. Ensuite je vous proposerai quelques applications concrètes de ce mystère dans la vie de notre Eglise et dans notre vie chrétienne d’aujourd’hui.

La deuxième lecture, un très beau texte de l’apôtre Paul, nous invite à regarder le projet de Dieu dans toute son ampleur, de la création jusqu’à la fin des temps. La royauté du Christ ne se comprend que par rapport à ce projet du Père. Elle en est le commencement, le centre et l’accomplissement. Affirmer du Christ qu’il est le roi de l’univers, c’est donc d’abord rappeler que « c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre » et que tout est créé « par lui et pour lui ». Oui, Dieu donne vie à toute la création par son Fils unique, sa Parole vivante et éternelle. Et Adam est le roi de la création parce qu’il est créé avec Eve à l’image et à la ressemblance de Dieu. Adam et Eve sont l’image terrestre du Fils créateur. La vocation de l’homme et de la femme consiste donc à régner sur la création en collaborant à l’oeuvre même de Dieu. La royauté d’Adam est domination sur la création non pas pour la détruire ou l’asservir mais bien plutôt pour en faire une offrande au Père créateur, une action de grâce, un cri de reconnaissance et d’émerveillement pour l’oeuvre de Dieu. L’écologie ou le respect pour notre environnement naturel est donc une exigence chrétienne qui découle directement de notre vocation de roi de la création. Ce n’est pas quelque chose de facultatif pour le chrétien qui a compris le sens de sa place au sein de la création. Nous savons aussi qu’Adam et Eve, par le péché des origines, ont introduit le mal dans le monde. Ils n’ont plus été capables, en se séparant de Dieu, de continuer à exercer leur royauté sur l’univers de manière juste. En s’incarnant le Fils unique de Dieu vient nous redonner la royauté sur la création par le pardon des péchés et en nous offrant de nous réconcilier avec Dieu. En tant que baptisés et confirmés nous sommes déjà membres du royaume du Christ. Nouvel Adam, le Christ est aussi le roi de l’univers. Et c’est en lui que toute chose sur cette terre aura son accomplissement total. Tout chrétien est roi lorsqu’il fait remonter vers le Christ toute son activité, lorsqu’il offre au Christ l’ébauche d’une création nouvelle. Car c’est toute la création qui est appelée à entrer dans le royaume de Dieu, transfigurée par l’amour du Christ Roi. L’eucharistie en est une magnifique préfiguration puisque le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ. L’Evangile nous montre comment le Christ est roi. Son trône, c’est la croix. Et il semble bien impuissant. En fait c’est sur la croix que, d’une manière paradoxale, le Christ déploie toute sa puissance royale qui est une puissance de don de soi et d’amour sans limites. C’est par la croix qu’il ouvre les portes du paradis fermé, le royaume de Dieu, au bandit qui le supplie.

Voyons maintenant quelques conséquences de ce mystère dans la vie de l’Eglise et dans notre vie. Depuis Constantin et jusqu’à une époque récente, l’Eglise a été tentée par la théocratie. En s’alliant étroitement au pouvoir politique elle a voulu dominer la société tout entière. Elle a succombé aux mirages du pouvoir et de la richesse, oubliant le caractère spirituel de la royauté de son Maître et Seigneur. Les chrétiens du 4ème et du 5ème siècles de persécutés qu’ils étaient sont devenus persécuteurs des païens. Et il a fallu des saints et des saintes, des Francois d’Assise par exemple, pour rappeler à l’Eglise sa vocation évangélique. Avec le concile Vatican II notre Eglise a renoncé à cette tentation d’imposer la royauté du Christ par la puissance et par la force. Elle est entrée en dialogue avec notre monde, comprenant qu’elle devait se faire la servante de notre humanité en adoptant les moyens qui furent ceux du Christ dans le temps de son incarnation. Ce n’est pas en dominant mais bien en servant que notre Eglise participe à la royauté du Christ sur l’univers. Mais plus de 40 ans après le Concile une autre tentation nous guette : celle de nous contenter de beaux discours. Ces beaux discours qui nous donnent bonne conscience et ne changent rien dans les faits ! Les chrétiens que nous sommes exercent la royauté du Christ sur cette terre non pas en créant des réseaux d’influence plus ou moins occultes mais en donnant l’exemple. Paul VI disait déjà en son temps à quel point l’homme contemporain avait davantage besoin de témoins que de professeurs. Enseigner la foi c’est bien, la vivre c’est encore mieux. Pour illustrer mon propos par un seul exemple : cela ne sert pas à grand chose pour le chrétien ou pour l’Eglise de répéter son refus de l’avortement tant qu’il ou elle n’agit pas pour accueillir les femmes en difficulté et pour les aider à garder l’enfant qu’elles portent. L’Eglise et les chrétiens seront crédibles dans la mesure où notre enseignement se transformera en actes et en choix concrets. Parler cela ne coûte pas grand chose, s’engager c’est tout autre chose. Ne soyons pas comme certains hommes politiques qui demandent aux citoyens des sacrifices alors qu’ils ne renoncent pas à leurs privilèges... Oui, nous sommes roi de la création par et pour le Christ si nous témoignons de son Royaume par nos actes et par le don réel de notre personne. La royauté du Christ s’étendra sur notre terre si nous donnons l’exemple de notre vie.

1 commentaire:

Jean-Luc a dit…

100% d'accord avec toi Robert!