vendredi 19 novembre 2010

33ème dimanche du temps ordinaire

33ème dimanche du TO/C
14/11/2010
Luc 21, 5-19 (p. 990)

L’avant-dernier dimanche de notre année liturgique, celui qui précède la fête du Christ roi de l’univers, nous transmet un message difficilemment compréhensible si nous ne faisons pas l’effort de nous remettre dans la mentalité juive du temps de Jésus.
Pour mieux nous introduire à ce passage de la fin de l’Evangile de saint Luc, je vais utiliser des termes techniques en les expliquant bien sûr. Mais ces termes sont nécessaires pour nous éviter de recevoir ce texte d’une manière fondamentaliste et de nous retrouver ainsi dans la peur et l’angoisse.
Ici nous entendons une partie du discours eschatologique de Jésus, discours que l’on retrouve aussi en parallèle dans les versions de Matthieu et de Marc. Discours que nous réentendrons au début du temps de l’Avent, l’année liturgique commencant et se terminant dans la même perspective, celle de la fin des temps et du retour du Christ dans la gloire. Voilà le sens du terme « eschatologique ». Notre Evangile de Luc est d’autant plus difficile à comprendre qu’il mélange cette vision de la fin des temps avec la ruine historique de Jérusalem en 70 de notre ère. Nous sommes donc à deux niveaux de l’histoire humaine : le niveau historique avec l’allusion à la ruine du Temple et aux persécutions des premiers chrétiens et un niveau supra-historique puisqu’il marque justement la fin du temps de l’histoire humaine et l’entrée de toute la création dans le Royaume de Dieu. Et pour ajouter encore à la difficulté de compréhension ce discours eschatologique de Jésus utilise un style littéraire bien particulier, le style apocalyptique, déjà présent dans l’Ancien Testament. D’où toutes ces images de catastrophes cosmiques et de guerres.
Alors que retenir pour notre vie chrétienne d’aujourd’hui de cet Evangile au style obscur et déroutant pour nos mentalités cartésiennes ?

Il y a tout d’abord le point de départ de cet enseignement du Seigneur Jésus. L’admiration des disciples pour la beauté du Temple, qui, notons-le, n’était déjà plus celui de Salomon mais bien un Temple renconstruit. Et Jésus leur annonce que tout cela sera détruit. C’est en effet l’empereur Titus qui rasera le temple et pillera ses trésors en les ramenant à Rome comme nous le montrent les bas-reliefs de l’arc de Titus en haut du forum. C’est un peu comme si aujourd’hui un prophète nous annoncait la destruction du Vatican et de la basilique saint Pierre... L’homme par son génie artistique et par ses progrès techniques est en effet capable de réaliser des merveilles, des chef-d’oeuvres. Mais tout cela est fragile. Que nous reste-t-il des fameuses 7 merveilles de l’antiquité ? La lecon pour nous est la suivante : rien dans ce monde n’est éternel, tout passe et trépasse. Cela signifie aussi que notre monde actuel blessé par le mal et le péché n’est pas éternel mais qu’il connaitra une fin, une transfiguration dans le Royaume de Dieu.

Le deuxième point d’intérêt pour nous concerne l’annonce des faux prophètes. Ces menteurs utiliseront tout au cours de l’histoire la peur de la fin du monde pour grossir les rangs de leurs disciples. Les témoins de Jéhovah en sont une parfaite illustration. Avec la mondialisation et tous les problèmes économiques et humains qu’elle entraîne, comme un écart toujours plus grand entre des masses aculées à survivre dans la misère et une élite de très riches voulant toujours davantage, avec le terrorisme islamique et le réveil des intégrismes dans toutes les religions, les faux prophètes ont un terrain propice pour prospérer et se développer. Nous vivons sans aucun doute un temps de grave crise. Et dans une telle situation la Parole de Jésus doit demeurer notre unique espérance et notre source d’inspiration pour ne pas avoir peur mais relever les défis de notre temps en chrétiens.

Enfin un troisième point d’intérêt pour nous se trouve dans l’annonce des persécutions que les disciples du Christ auront à endurer tout au long de l’histoire. Le langage de Jésus relève bien de ce contexte apocalyptique : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom ». Mais il n’invite pas pour autant à la peur mais bien à la confiance : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu ». L’Aide à l’Eglise en détresse faisait remarquer avec justesse que les chrétiens n’auront jamais été autant persécutés qu’au cours du 20ème s. Et un hebdommadaire comme Marianne, que l’on ne peut pas soupconner de cléricalisme, s’indignait dans son dernier numéro du silence assourdissant autour du massacre des chrétiens en Irak. En disant : aujourd’hui la seule catégorie de personnes qu’on peut maltraiter impunément dans le monde ce sont bien les chrétiens qui risquent de disparaître totalement du Moyen et du Proche Orient. Pour nous qui vivons encore sous le régime de la liberté de culte en Europe ce message du Christ a un double sens : il nous montre d’abord que la croix fait toujours partie d’une manière ou d’une autre de la vie chrétienne et la persécution peut prendre des visages bien différents. Nous sommes bien prévenus : c’est par notre persévérance dans le témoignage de la foi que nous obtiendrons la vie à la suite du Ressuscité. Le message de Jésus nous invite aussi à la solidarité avec nos frères persécutés en terres islamiques. Par la prière bien sûr mais aussi par nos dons à des oeuvres chargées d’alléger leur fardeau comme l’Oeuvre d’Orient ou l’Aide à l’Eglise en détresse. Que la scandaleuse lâcheté de la plupart des hommes politiques et des associations de défense des droits de l’homme réveille en nous ce sens de l’appartenance au Corps du Christ dans lequel nous sommes tous solidaires les uns des autres.

1 commentaire:

Jean-Luc a dit…

"...la scandaleuse lâcheté des hommes politiques..." Personnellement, il y a bien longtemps que je ne crois plus en la politique et en ses politiciens carriéristes. Le malheur des autres, si loin en plus, pourquoi s'en soucier? La santé des banquiers est autrement plus préoccupante. Cette époque est bien décevante...