dimanche 10 avril 2016

Troisième dimanche de Pâques / C


10/04/16

Jean 21, 1-19

C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples. Cette précision de saint Jean me semble importante pour bien comprendre la portée de l’Evangile que nous venons d’entendre. Nous sommes en Galilée, au bord du lac de Tibériade. De la même manière que les deux disciples quittaient Jérusalem pour se rendre à Emmaüs, les disciples ont quitté Jérusalem pour retourner dans leur région d’origine, la Galilée. Malgré la double manifestation du Seigneur à Jérusalem, ils semblent avoir repris le cours ordinaire de leur existence de pécheurs. Jésus ressuscité leur avait pourtant donné sa paix, son Esprit et une mission : Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Nous nous souvenons qu’il avait fait d’eux des pécheurs d’hommes. Et voilà que Pierre, le chef des apôtres, leur dit : Je m’en vais à la pêche, comme s’il avait oublié sa vocation. Cette scène est troublante. Certes, elle nous rappelle ce qui s’est passé avant Pâques, au commencement, lorsque Jésus appelle les quatre pécheurs, au bord du même lac, à tout quitter pour en faire ses disciples. Mais il semble bien que ces hommes agissent comme si Jésus ne les avait pas invités à tout quitter pour le suivre, comme s’il n’était pas ressuscité, comme s’ils ne l’avaient pas vu vivant à Jérusalem après l’épreuve de la Passion et de la Croix. Et même Thomas se trouve parmi eux, lui qui a eu le privilège d’une visite de Jésus qui lui était particulièrement destinée, lui qui, après avoir douté de la résurrection, a fini par s’écrier : Mon Seigneur et mon Dieu ! Il semblerait bien que la foi de ces hommes ne soit pas encore solide et forte. Et le reproche que Jésus adressait aux disciples d’Emmaüs pourrait être adapté à leur situation : Hommes sans intelligence, cœurs lents à croire ! Mais voilà que leur retour à leur métier de pécheurs est un échec : ils passèrent la nuit sans rien prendre. Et c’est sur cet échec que le Ressuscité va s’appuyer pour leur rappeler leur mission, mais sans leur faire aucun reproche. C’est la deuxième partie de ce tableau évangélique située au lever du jour. Jésus ne se fait pas immédiatement reconnaître d’eux. Il leur pose simplement une question remplie d’affection : les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? Il leur parle le seul langage capable de toucher leur cœur, celui de leur métier. Ils sont entièrement occupés à prendre des poissons, Jésus leur parle donc de poisson. Il renouvelle pour eux le signe de la pêche miraculeuse. Jean, comme toujours, est le premier à comprendre le signe, et donc à reconnaître en cet homme, au bord du lac, Jésus. Pendant que ses disciples pêchent, le Seigneur leur prépare un repas et les invite à le partager : Venez déjeuner ! Ce pique-nique au bord du lac nous touche par sa simplicité. Ici pas d’enseignement, ni d’envoi en mission, pas de grande révélation. Jésus offre à ces hommes sa présence et son amitié à travers un simple repas. Et cela suffit pour ouvrir les yeux de leur cœur : ils savaient que c’était le Seigneur.


De cette attitude du Ressuscité à l’égard des disciples, nous pouvons retenir quelques enseignements valables pour nous : tout d’abord la patience du Seigneur à notre égard, sa charité qui le pousse à s’adapter à nos lenteurs et à notre manque de foi, mais surtout le don toujours fidèle de sa présence et de son amitié. Dimanche dernier, nous avons vu que l’un des grands dons du Ressuscité était la paix spirituelle. Aujourd’hui nous ne faisons qu’approfondir la signification de cette paix. Elle est en effet inséparable de la présence et de l’amitié du Ressuscité pour nous, quelle que soit notre situation. Elle est la conséquence de la miséricorde du Seigneur. Il ne nous fait pas de reproches, mais, en partageant notre vie, il nous invite avec douceur, nous attirant ainsi à Lui. Dans la communion eucharistique nous vivons de manière privilégiée cette union au Christ Ressuscité, nous sommes saisis et comme emportés par la réalité de sa présence et la force de son amitié.

dimanche 3 avril 2016

Deuxième dimanche de Pâques / C

3/04/16

Jean 20, 19-31

Si l’Eglise a choisi cette page d’Evangile pour le dimanche dans l’octave de Pâques, c’est parce que saint Jean nous rapporte deux manifestations du Ressuscité à ses disciples : la première le soir de Pâques, et la seconde, huit jours plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, plus particulièrement destinée à Thomas. Dans ces deux manifestations de Jésus vivant à ses disciples, un refrain revient : La paix soit avec vous ! Jésus les salue à trois reprises de cette manière. Et c’est cette salutation qui est réservée à l’évêque au début de la célébration eucharistique alors que le prêtre dit le plus souvent : Le Seigneur soit avec vous ! Même si la salutation du Ressuscité est réservée à l’évêque dans la liturgie pour bien montrer son importance, la troisième formule de salutation que le prêtre peut utiliser mentionne, elle aussi, le don de la paix : Que Dieu notre Père et Jésus Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix. Il ne fait aucun doute que la paix est avec la joie le don le plus précieux du Ressuscité à son Eglise. La paix du Christ est le fruit de sa Pâques et, comme saint Paul le souligne, elle est aussi le fruit de l’Esprit Saint. Elle est donc une caractéristique essentielle de la vie de chaque chrétien et de la vie de l’Eglise en tant que communauté des disciples du Christ. La paix spirituelle, avec la joie et l’amour de charité, fait partie du témoignage que chaque chrétien doit rendre au Christ Ressuscité parmi les hommes de son temps. Il est significatif que la préparation immédiate à la communion insiste sur ce don de la paix. Dans la prière qui développe le Notre Père, le célébrant demande à Dieu de donner la paix à notre temps. Ensuite il rappelle les paroles de Jésus : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Enfin les fidèles sont invités à se donner le signe de la paix avant de recevoir Jésus vivant en communion.

Spontanément lorsque nous pensons à la paix, nous pensons à l’absence de guerres entre les nations. Mais la paix que le Christ nous donne, celle qu’il désire pour nous, est universelle. Elle ne concerne pas seulement les rapports entre les peuples, mais toutes les relations interpersonnelles à commencer par la société, la famille, le travail et la communauté chrétienne locale. La qualité humaine des relations que nous avons entre nous est un test pour savoir si, oui ou non, nous vivons de cette paix du Christ. Si l’histoire de l’humanité a été sans cesse marquée par d’horribles et d’atroces guerres entre les hommes, force est de constater qu’il nous est difficile de vivre en paix entre nous. Tout simplement parce que nous portons l’héritage du péché originel et que nous sommes pécheurs. Mais le baptême, tous les sacrements et la grâce du Christ ne nous permettent pas de nous résigner à la fatalité en nous disant qu’il faut « faire avec ». En donnant sa paix aux disciples, Jésus leur donne aussi son Esprit avec le pouvoir de pardonner les péchés. Le chrétien est un homme nouveau, une créature nouvelle, et à ce titre sa personne (ses pensées, ses paroles et ses actions) doit être exemplaire. Le comportement du chrétien dans le monde annonce en effet le Royaume de Dieu. L’une des Béatitudes proclame : Heureux ceux qui sèment la paix, ils seront appelés enfants de Dieu. Sans Jésus nous ne pouvons rien faire, d’où la nécessité d’une profonde vie de prière et de la grâce des sacrements pour devenir toujours davantage des artisans de paix là où nous sommes. Laissons-nous toucher en ce dimanche de la divine miséricorde par l’appel de l’apôtre Paul pour lequel le chrétien vit de manière surnaturelle, c’est-à-dire selon la grâce et dans l’Esprit Saint :

Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.


dimanche 27 mars 2016

PÂQUES 2016



Avec la solennité de Pâques commence une semaine unique dans la liturgie de l’Eglise, semaine au cours de laquelle c’est Pâques chaque jour, semaine de l’octave de Pâques qui se terminera dimanche prochain avec la célébration de la divine miséricorde. Au cours de l’octave pascal, l’Eglise propose chaque jour à notre méditation un Evangile de Pâques. Nous sommes ainsi invités à revivre l’expérience qui fut celle des saintes femmes, des apôtres et des disciples d’Emmaüs. En ce dimanche de Pâques, l’Eglise n’a pas choisi un Evangile nous rapportant une manifestation de Jésus vivant à ses disciples. Le dimanche de Pâques est en effet tout entier consacré à la découverte du tombeau vide et des linges funéraires. C’est la première étape, c’est l’expérience fondamentale qui conduira les femmes comme les apôtres à la foi en Jésus ressuscité. Dans la version de saint Jean que nous venons d’écouter, il ne nous est pas dit pourquoi Marie Madeleine se rend au tombeau de Jésus de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Regardons dans un premier temps ce que les autres Evangiles nous disent de cette visite matinale au tombeau. Chez Matthieu Marie Madeleine n’est pas seule, elle est accompagnée d’une autre femme nommée elle aussi Marie. On nous dit simplement qu’elle était allée visiter la tombe. Marc quant à lui ajoute une troisième femme, Salomé, et nous indique clairement le but de cette marche : embaumer le corps de Jésus. Luc confirme cette version des faits en nous parlant des femmes qui, aux premières lueurs de l’aube, vont à la tombe emportant les aromates qu’elles ont préparés. En se rendant au tombeau le dimanche matin, les saintes femmes font donc un pèlerinage pour honorer celui qu’elles aiment et achever sa toilette funéraire, inachevée à cause du sabbat. C’est un pèlerinage conduisant à la tombe d’un mort, à la tombe de Jésus crucifié. Et là première surprise : la pierre a été enlevée du tombeau. Quelque chose d’imprévu s’est produit pendant la nuit. Même si cela ne nous est pas dit, Marie Madeleine, logiquement, a dû constater que le tombeau était vide, deuxième surprise, d’où son annonce aux apôtres : On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. Remarquez comment cette première annonce de Marie Madeleine aux apôtres ne contient pas la foi en la résurrection. Nous n’en sommes pas encore à cette étape. Elle se contente de rapporter ce qu’elle a vu et donne son interprétation : le corps de Jésus a été enlevé ou volé. C’est d’ailleurs cette interprétation que les chefs des prêtres donneront pour empêcher les Juifs de croire en la résurrection de Jésus. S’adressant aux gardes ils diront : Vous direz que ses disciples sont venus de nuit pendant que vous dormiez, et qu’ils ont fait disparaître son corps. Avant même que Jésus ne se montre vivant, Jean croit en la résurrection grâce à un autre signe, celui des linges funéraires laissés sur place selon une certaine disposition. Les premiers signes de la résurrection ne sont donc convaincants que pour Jean. Pierre comme Marie-Madeleine n’en sont pas encore à croire que Jésus est vivant. La foi en la résurrection de Jésus est centrale dans notre vie chrétienne. Tous les sacrements, en particulier les baptêmes de Kelel et d’Esther ainsi que l’eucharistie, seraient vidés de leur sens si le Christ n’était pas ressuscité. Ils ne seraient alors que des rites inutiles, inefficaces, incapables de nous communiquer la vie et l’amour du Christ vainqueur du mal et de la mort. En ressuscitant son Fils bien-aimé d’entre les morts, Dieu contredit les puissances politiques et religieuses de ce monde. Comme le dit le psaume, la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. La liturgie catholique, comme la liturgie juive, a une dimension cosmique. Elle unit à la célébration des mystères du salut la célébration de la création. Ainsi Pâques est une fête de Printemps. A la magnifique résurrection de la nature qui réjouit nos cœurs et nos yeux correspond la résurrection encore plus magnifique du Crucifié par amour pour nous. Si pour s’émerveiller en présence de la création sortie de l’hiver, il suffit d’avoir de bons yeux, pour s’émerveiller de la résurrection du Seigneur nous avons besoin des yeux de la foi, ceux de l’apôtre Jean qui, au-delà des signes, a vu la réalité. Que le Seigneur Jésus augmente notre foi en sa sainte résurrection pour nous permettre d’accueillir réellement les dons de Pâques : sa paix et sa joie !

lundi 21 mars 2016

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION / Année C


20/03/16

En cette année sainte de la miséricorde nous pouvons méditer plus particulièrement deux paroles de Jésus en croix dans le récit de la Passion tel que saint Luc nous le rapporte.

Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font.

Dans la Passion selon saint Luc, la première parole de Jésus crucifié est une parole de miséricorde. Lui, l’innocent condamné au supplice de la croix, lui qui souffre dans son âme et dans son corps, demande le pardon pour ses bourreaux et pour ceux qui, l’ayant rejeté, ont réclamé sa mort à Pilate. Cette grandeur d’âme est un signe de la divinité de Jésus. Au sein même du rejet et de la souffrance, il ne réclame pas à Dieu la vengeance comme autrefois le prophète Jérémie, mais il prie pour obtenir le pardon de ses bourreaux. Cette prière de miséricorde nous donne le pourquoi profond du mystère de la croix. Si Jésus accepte cette mort, c’est bien pour que nous recevions le pardon de nos péchés. Le premier martyr de l’Eglise chrétienne, le diacre Etienne, imitera cette attitude divine de son Maître en priant lui aussi en vue du pardon de ses bourreaux : Seigneur, ne leur compte pas ce péché. Mais l’amour miséricordieux de Jésus va encore plus loin. Il ne demande pas seulement au Père le pardon pour ses bourreaux, il les excuse : ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils me crucifient parce qu’ils ignorent la vérité, ils pensent que je suis un imposteur. Ils me considèrent comme un blasphémateur, un simple homme qui s’est fait l’égal de Dieu. L’apôtre Paul a parfaitement compris cette prière de Jésus en croix. Lui-même, en effet, a d’abord persécuté les chrétiens par ignorance. Il le dit clairement dans sa première lettre à Timothée : J’ai obtenu miséricorde, parce que j’avais agi par ignorance, n’ayant pas la foi.
Et dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul n’hésite pas à affirmer à propos des Juifs qui ont voulu la mort de Jésus : S’ils avaient connu la sagesse de Dieu, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. Quant à Pierre, lorsqu’il s’adresse au peuple peu de temps après la Pentecôte, il souligne lui aussi le pourquoi de cette condamnation à mort : Maintenant, frères, je sais que c’est par ignorance que vous avez agi, tout comme vos chefs. La bonté infinie du Seigneur en croix non seulement ne nous condamne pas, mais elle tient compte de nos limites et de nos faiblesses pour nous excuser auprès du Père.

Amen, je te le déclare, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.


C’est la deuxième parole de miséricorde de Jésus en croix en faveur d’un malfaiteur. Ce criminel nommé le bon larron est un homme droit qui reconnaît l’innocence de Jésus en même temps que sa propre culpabilité : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons, mais lui, il n’a rien fait de mal. D’un même mouvement il confesse son péché et la sainteté de Jésus. C’est l’attitude de tout chrétien qui s’approche de Jésus dans le sacrement du pardon. A cette attitude d’humilité, le malfaiteur ajoute une prière : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. Et voilà que le Seigneur exauce immédiatement cette prière : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Si dans la première parole Jésus demande au Père le pardon pour ses bourreaux, ici, il accorde lui-même son pardon au malfaiteur qui le supplie. Ces deux paroles nous révèlent la communion du Père et du Fils lorsqu’il s’agit d’œuvrer en vue de notre réconciliation et de notre conversion. Ces deux paroles nous rappellent notre faiblesse, mais aussi notre capacité à revenir vers Dieu par la foi et l’humilité. Au seuil de cette semaine sainte, demandons à l’Esprit du Père et du Fils une foi plus vive et une véritable humilité en présence du mystère de Pâques.

dimanche 6 mars 2016

Quatrième dimanche de carême / C


6/03/16

Luc 15, 1-3 ; 11-32

Le chapitre 15 de l’évangile selon saint Luc nous rapporte trois paraboles consacrées au thème de la miséricorde divine. En cette année sainte de la miséricorde, nous méditons à nouveau la parabole du fils prodigue, bien connue de tous. Jésus n’a pas donné ces paraboles d’abord comme un enseignement. L’introduction de saint Luc est très importante pour nous faire comprendre qu’elles sont en fait une réponse à une critique : Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! Bref les hommes religieux accusent Jésus de laxisme, il est trop bon envers les pécheurs. Il devrait, au contraire, se montrer sévère et exigeant à leur égard.

Les personnages de la        parabole correspondent donc aux personnages réels. Jésus justifie son attitude d’accueil envers les pécheurs en s’identifiant au père miséricordieux, donc à Dieu lui-même. En même temps le fils prodigue correspond au groupe des publicains et des pécheurs qui venaient tous à Jésus pour l’écouter, tandis que le fils aîné, jaloux de son frère, représente bien le groupe des pharisiens et des scribes qui murmurent contre Jésus parce qu’il serait trop bon.

L’un des grands enseignements de cette parabole, c’est que tous ont besoin de se convertir, tous ont besoin de se laisser réconcilier avec Dieu, même si c’est pour des raisons très différentes. Spontanément on pense d’abord au fils prodigue pour montrer le chemin de la conversion comme retour vers le père et regret de ses fautes. La première partie de l’histoire nous montre comment ce fils, en s’éloignant de son père, finit par perdre sa dignité. Lui qui était riche, grâce à l’héritage reçu de son père, finit dans la pauvreté et endure la faim. C’est le chemin que Jésus lui-même a voulu parcourir pour nous sauver. Non pas qu’il se soit éloigné du Père ou qu’il ait commis le péché, mais, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.


N’oublions pas cependant la conversion ratée du fils aîné, dévoré par la jalousie envers son frère. Lui, extérieurement, ne s’est jamais éloigné de la maison de son père et a toujours obéi à ses volontés. Mais son obéissance était tout extérieure, et de fait il est incapable de comprendre la joie de son père lorsque son frère finit par revenir. S’il avait vraiment aimé son père, il aurait été capable de communier à sa joie. Sa justice était formelle et ne touchait pas vraiment son cœur. Cette justice ressemble à celle d’un fonctionnaire ou d’un soldat obéissant aux ordres venus d’en haut. On ne lui demande pas d’approuver dans son cœur la bonté et la justesse des ordres, on lui demande seulement de les exécuter sans broncher ni discuter. Depuis son élection, et en particulier à travers l’année de la miséricorde, le pape François rappelle aux catholiques qu’ils peuvent être, eux aussi, les pharisiens et les scribes de notre temps. En insistant sur le devoir de l’Eglise d’aller vers les périphéries et de s’oublier elle-même pour porter l’Evangile du Christ à ceux qui se sont éloignés, le pape nous invite à être miséricordieux comme le père de la parabole. Au lieu d’être jaloux et de nous mettre en colère lorsque Dieu pardonne et accueille ses enfants égarés, nous devrions au contraire nous réjouir et rendre grâce parce que notre frère qui était mort est revenu à la vie. Avoir un cœur vraiment catholique nous préserve de l’esprit sectaire et de l’orgueil religieux. Notre justice ne vient pas d’une observance extérieure des commandements divins mais de l’amour du Christ. C’est lui qui nous permet de communier intérieurement avec Dieu notre Père, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et se réjouit de retrouver le fils perdu. Les fidèles que nous voulons être doivent se garder de l’amertume pour pouvoir participer à la fête, car il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.

dimanche 21 février 2016

Deuxième dimanche de carême / C


21/02/16

Luc 9, 28-36

Si le premier dimanche de carême souligne l’importance du jeûne, en particulier chaque vendredi de carême, le deuxième dimanche nous rappelle la place de la prière dans notre vie chrétienne et dans notre préparation à Pâques.

La transfiguration du Seigneur a lieu alors que Jésus prie sur la montagne. Ce mystère lumineux révèle la divinité du Christ à travers la beauté de son corps transfiguré. Mais n’en est-il pas de même pour chacun d’entre nous, à un autre niveau bien sûr, chaque fois que nous prions en esprit et en vérité ? Le temps que nous consacrons à la prière personnelle et que nous offrons à Dieu nous transfigure en effet. Ce contact privilégié avec Dieu dans la prière a la capacité de nous transformer. En nous mettant en présence de Dieu et de son amour chaque jour nous lui permettons de sanctifier notre être. Il transforme notre cœur de pierre en un cœur de chair capable d’aimer comme Jésus nous a aimés. Encore faut-il que nous soyons vraiment sur cette montagne de la prière véritable. Il ne s’agit pas ici de réciter rapidement une formule. Il s’agit de prendre réellement le temps de monter sur la montagne avec Jésus, c’est-à-dire d’entrer dans la prière. Cela ne se fait pas en cinq minutes, sauf pour les saints et les mystiques. L’expérience nous montre que ce temps de la prière ne ressemble pas toujours, loin de là, à la transfiguration. La prière est souvent difficile pour nous, elle relève d’un combat spirituel. Pendant que Jésus prie, alors qu’il est transfiguré, les apôtres sont accablés de sommeil. Cette précision donnée par saint Luc nous invite à aller voir ce qui se passe lors de l’agonie de Jésus. Sur le mont des Oliviers, Jésus prie. Cette fois dans l’angoisse et la douleur. Nous ne sommes plus sur la montagne de la transfiguration. Il est intéressant de relever la persévérance de Jésus dans la prière. Il ne prie pas seulement quand il est heureux et que tout va bien, il prie aussi dans la difficulté. Si Jésus persévère dans la prière, les apôtres eux continuent de dormir à force de tristesse, précise saint Luc. C’est la célèbre oraison de saint Pierre. Et c’est alors que Jésus leur donne un enseignement toujours valable pour nous aujourd’hui : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation.


Si la transfiguration nous montre la capacité de transformation de la prière, l’agonie nous enseigne que par la prière nous pouvons résister au mal. Aux jours d’angoisse, de doute et de difficultés, la tentation serait justement d’abandonner la prière et de s’endormir alors que nous avons besoin du contraire : prier pour ne pas entrer en tentation. Ces deux récits évangéliques nous encouragent donc fortement à la persévérance dans la prière tout au long de ce carême. La prière chrétienne nous divinise, elle nous rend semblable à Jésus, et, en même temps, elle nous fortifie pour résister au mal.

dimanche 14 février 2016

Premier dimanche de carême / année C



Luc 4, 1-13

14/02/16


Le mot danois pour désigner le temps du carême est fastetiden. Si le français carême provient des 40 jours que Jésus passa dans le désert, le danois fastetiden met l’accent sur le jeûne de Jésus dans le désert. Le carême, c’est en effet le temps du jeûne. Sous l’inspiration de l’Esprit Saint, immédiatement après son baptême, Jésus choisit de se retirer dans la solitude pour y jeûner. La première tentation du démon s’appuie sur la faim de Jésus. C’est sur cette tentation que je voudrais attirer votre attention au commencement de ce carême. Si tu es le Fils de Dieu… Le diable ne s’appuie pas seulement sur la faim du Seigneur. Il fait appel en lui à un sentiment entièrement spirituel : le besoin que nous avons de prouver aux autres notre valeur. Il ne nous suffit pas d’être ce que nous sommes, nous avons besoin de la reconnaissance et de la louange des autres. Jésus affamé dans le désert est vraiment le Fils de Dieu. Il le sait d’autant mieux que la voix du Père au moment du baptême le lui a solennellement rappelé : C’est toi, mon Fils, le bien aimé, tu as toute ma faveur. Alors pourquoi aurait-il donc besoin de le prouver au démon qui le tente ? Cette tentation ne se comprend bien que si nous la mettons en relation avec le récit de la chute originelle au chapitre 3 du livre de la Genèse. L’histoire du serpent, du fruit défendu, d’Adam et Eve représente en effet la tentation fondamentale et originelle. Que dit donc le serpent à Eve pour l’inviter à désobéir à Dieu ? Vous serez comme des dieux… Cette tentation du commencement est bien celle de l’orgueil. Adam et Eve sont des créatures humaines, le démon leur propose de s’élever par eux-mêmes au niveau de Dieu. Jésus, lui, est vrai Dieu et vrai homme, le démon exige de lui une preuve. Il profite de l’état physique de faiblesse provoqué par le jeûne pour susciter dans le cœur du Messie la faiblesse spirituelle, celle de l’orgueil. Ordonne à cette pierre de devenir du pain. Fais donc un tour de magie extraordinaire pour me prouver que tu es vraiment le Fils de Dieu, montre-moi donc ton pouvoir divin ! Si la faim pouvait bien affaiblir Jésus, dans son cœur nulle place pour l’orgueil. C’est en citant le livre du Deutéronome, donc la parole de Dieu, que Jésus est vainqueur du démon et qu’il déjoue sa ruse : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. Jésus n’est pas dans une spiritualité désincarnée. L’adverbe seulement a son importance. Il reconnaît que le pain est nécessaire à la vie humaine et c’est pour cela qu’il nous fait demander au Père dans la prière notre pain quotidien. Nous trouvons dans la réponse de Jésus au démon l’une des significations spirituelles de notre jeûne, particulièrement chaque vendredi de carême. Nous ne jeûnons pas pour le plaisir d’avoir faim, mais bien pour prendre une conscience renouvelée que nous avons besoin d’un autre pain pour vivre pleinement de manière humaine, pour être les fils de Dieu que nous avons commencé de devenir par le don du baptême. Et c’est là que la suite du texte du Deutéronome nous éclaire : l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. Le voilà donc l’autre pain dont nous avons tant besoin ! C’est celui de notre nourriture spirituelle car nous ne sommes pas seulement corps mais aussi âme. Se priver du pain du corps, réduire cette nourriture, pour mieux nous disposer à recevoir le pain de l’âme, c’est bien le sens spirituel du carême et du jeûne. Un appel pressant à la prière et à la méditation, à la lecture amoureuse de la Parole de Dieu qui peut bien transformer nos cœurs de pierre en cœur de chair. Si nous sommes vraiment fils de Dieu, nous n’avons pas à transformer une pierre en pain, mais, humblement, nous pouvons permettre à la grâce de Dieu de transformer la pierre de notre cœur, le cœur endurci, dans un cœur qui soit du pain, ce cœur de chair que le Père veut nous donner. C’est ainsi que nous serons pour nos frères, dans l’amour, le bon pain de Dieu.