Les deux premiers dimanches du temps ordinaire après la Pentecôte ne sont pas vraiment ordinaires puisque nous les célébrons en blanc et non pas en vert. Aujourd’hui la Sainte Trinité et dimanche prochain le Saint Sacrement. Même si ces solennités sont relativement récentes dans le calendrier liturgique leur célébration après la fin du temps pascal est pleine de sens. C’est en effet dans et par le mystère pascal que Jésus nous révèle le mystère de Dieu Trinité. Quant au sacrement de l’eucharistie il rend présent et agissant pour nous le mystère pascal.
Les lectures de ce dimanche ne constituent pas un cours de théologie ou de catéchisme sur la Trinité. Elles nous indiquent plutôt qui est ce Dieu trois fois saint à travers ce que l’on pourrait appeler bien maladroitement ses « qualités ». Pas de définition de la Trinité mais plutôt une connaissance de ce mystère par des qualificatifs nous le révélant. Pour le dire autrement il s’agit de connaître Dieu par rapport à ce qu’il est pour nous. Relevons ces qualités divines à travers les trois lectures :
Le Seigneur, Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité.
Le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Ces textes nous parlent tous du Père. Dieu qui est Esprit et invisible. La qualité divine qui est commune à ces trois textes c’est l’amour : comme le dit saint Jean Dieu est amour. Et cet amour est qualifié de miséricordieux : Dieu nous aime parce que nous sommes ses créatures et le Père aime à nous pardonner nos offenses. L’amour du Père est tendre comme peut l’être celui d’une mère à l’égard de ses enfants. Le Père tout-puissant nous aime avec tendresse, avec « affection ». Et cet amour du Père se révèle dans le don de son Fils bien-aimé, dans le mystère de l’incarnation de Noël à Pâques. Les théologiens nous enseignent que cette qualité de l’amour divin par rapport à nous a sa source dans le mystère même de Dieu. Avant même la création, avant même l’apparition de l’homme, Dieu de toute éternité est amour. La communion des trois personnes divines est bien celle de l’amour infini propre à Dieu et à lui seul. Il nous est impossible de concevoir Dieu Esprit, Dieu Trinité, en dehors du temps et de l’espace qui sont nos repères humains habituels. Dans le mystère de l’incarnation Dieu rejoint sa création dans le temps et dans l’espace : L’Esprit se fait chair pour paraphraser l’expression du prologue de Jean. L’Esprit se manifeste dans la chair en Jésus et cela en vue de notre salut.
Dans la deuxième lecture nous trouvons l’origine biblique de l’une des salutations liturgiques que le prêtre peut utiliser au commencement de la messe : Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.
A chaque personne divine l’apôtre Paul attribue plus particulièrement une qualité : l’amour pour le Père, la grâce pour le Fils et la communion pour l’Esprit. Cette distinction qui attribue ainsi telle ou telle qualificatif à chacune des personnes divines n’est juste que dans la mesure où nous comprenons que ce qui est dit du Père vaut aussi pour le Fils etc. La distinction des personnes va toujours de pair avec l’affirmation du Dieu unique. Je ne reviens pas sur l’amour attribué plus spécifiquement au Père. Pour Jésus, le Fils, Paul met en avant la grâce. Mais qu’’est-ce que la grâce, si ce n’est justement la manifestation concrète de l’amour que Dieu a pour nous ? Nous pouvons penser non seulement à la grâce des sacrements mais aussi à la grâce de la foi et de la prière, à celle de la charité. Ce sont les dons variés de l’unique amour de Jésus pour nous, c’est toujours l’amour du Père agissant en nous par le Fils dans l’Esprit dans tel sacrement, dans l’acte de foi, dans notre capacité à prier et à aimer. Enfin à l’Esprit Paul attribue la communion. C’est l’enseignement des théologiens : dans le mystère du Dieu unique l’Esprit est bien ce lien d’amour, donc de communion, entre le Père et le Fils. Et à la Pentecôte, dans la célébration de chaque baptême et de la confirmation, l’Esprit Saint déploie la communion divine dans le Corps du Christ qui est l’Eglise. Notre communion fraternelle est ainsi appelée à devenir toujours davantage le reflet et l’image de la communion du Père, du Fils et de l’Esprit.
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