En cette solennité de la Pentecôte l’Évangile selon saint Jean nous ramène au soir de Pâques, au commencement du temps pascal. Les apôtres ce soir-là reçoivent déjà le don de l’Esprit Saint directement du Ressuscité en vue du pardon des péchés. 50 jours plus tard nous retrouvons les apôtres dont saint Luc nous dit que tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. La première lecture qui nous rapporte l’événement de la Pentecôte souligne le fait d’être ensemble : ils se trouvaient réunis tous ensemble. La liturgie de la Parole nous fait ainsi passer de la petite Pentecôte du soir de Pâques, limitée aux seuls apôtres, à la grande Pentecôte qui rassemble tous les disciples de la première Eglise. Saint Luc utilise pour décrire la venue de l’Esprit les images du vent et du feu tout en étant bien conscient de leurs limites : comme un violent coup de vent, des langues qu’on aurait dites de feu… Le verset 4 résume la Pentecôte avec les mots suivants : Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. Le premier effet de l’Esprit de Pentecôte consiste à faire parler les disciples qui deviennent immédiatement polyglottes, capables de se faire comprendre par tous les peuples de l’Empire romain. L’Europe, l’Asie et l’Afrique deviennent ainsi des parties d’un univers mondialisé. La Pentecôte opère comme une première mondialisation qui est l’écho spirituel de la mondialisation de la civilisation gréco-romaine dans laquelle le grec était l’équivalent de l’anglais pour nous aujourd’hui. Dans une Jérusalem cosmopolite et fréquentée lors de la fête juive par pas moins de 16 peuples ou nations survient ce que l’on peut appeler le miracle des langues : Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? … tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. Le récit des Actes des apôtres ne peut réellement se comprendre qu’en référence à l’épisode de la tour de Babel. [Remettons-nous en mémoire ce texte :
Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots. Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et s’y établirent… Ils dirent : « Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et le Seigneur dit : « Ils sont un seul peuple, ils ont tous la même langue : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. »]
(Ce récit de la Genèse) Genèse 11 explique à sa manière le mystère de la diversité des langues. A l’origine de cette diversité il y a un péché d’orgueil : les hommes ont alors voulu bâtir le premier gratte-ciel de l’histoire de l’architecture ! Ils ont voulu toucher le ciel, le domaine de Dieu. Dans ses Antiquités judaïques l’historien juif, devenu citoyen romain, Flavius Josèphe attribue la construction de la tour à Nemrod et en donne une interprétation spirituelle qui va bien au-delà de la lettre du texte biblique. Je le cite : Nemrod leur persuada d’attribuer la cause de leur bonheur, non pas à Dieu, mais à leur seule valeur… Il promit de les défendre contre Dieu s’il voulait à nouveau inonder la terre : il construirait une tour assez haute pour que les eaux ne puissent s’élever jusqu’à elle et il vengerait même la mort de leurs pères. Le peuple était tout disposé à suivre les avis de Nemrod considérant l’obéissance à Dieu comme une servitude. Le projet de la tour de Babel est en fait un anti-déluge qui repose sur la défiance des hommes vis-à-vis de Dieu et sur la confiance en leurs seules forces. Au lieu de reconnaître Dieu ils préfèrent se soumettre à Nemrod qui se comporte en tyran.
Au jour de Pentecôte l’Esprit ne redonne pas aux hommes la langue unique perdue. Si la tour de Babel voulait toucher le ciel comme un témoin de la défiance des hommes par rapport à un Dieu conçu comme un concurrent, le don de l’Esprit suit le mouvement inverse : du ciel vers la terre, de Dieu vers les hommes. L’Esprit-Saint, communion du Père et du Fils, vient réaliser une nouvelle communion dans la nouvelle assemblée des enfants de Dieu. Chacun conserve sa langue, sa culture, mais tous se comprennent. C’est l’unité dans la diversité dont saint Paul se fait l’écho dans la deuxième lecture. La Pentecôte est un événement fondamentalement catholique, c’est-à-dire universel. La mondialisation catholique n’est pas fondée sur le libre-échange et les flux financiers qui impliquent concurrence, souvent déloyale, et inégalités entre les nations. Elle repose sur la volonté de Dieu que nous puissions tous nous comprendre les uns les autres en vue de fonder la civilisation de l’amour. Au jour de la Pentecôte les apôtres ont été capables de parler la langue des autres et de se faire comprendre par des hommes appartenant à d’autres cultures que la leur. Être catholique suppose toujours cette ouverture de cœur à la différence, à ceux qui ne font pas partie de manière visible de l’Eglise. Que l’Esprit Saint nous donne cette belle capacité et sensibilité en vue du dialogue avec tous, enracinés dans l’amour de Dieu, Père de tous les hommes, et de Jésus, Sauveur de tous les hommes.
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