lundi 9 août 2010

19ème dimanche du temps ordinaire

19ème dimanche du TO/C
8/08/2010
Luc 12, 32-48 (p. 318)
Au cœur de l’été nous poursuivons notre lecture continue de l’Evangile selon saint Luc au chapitre 12. Le lien avec l’Evangile de dimanche dernier est évident même si nous sautons quelques versets pour parvenir au passage évangélique que nous venons d’entendre à l’instant. Souvenez-vous de la parabole de l’homme riche et de l’avertissement du Seigneur : « Gardez-vous de toute cupidité ». Et son invitation à s’enrichir en vue de Dieu. Dans les versets omis par la lecture continue nous trouvons l’un des enseignements majeurs de l’Evangile : « Cherchez le Royaume de Dieu, et cela vous sera donné en plus ». Quoi donc ? Le nécessaire pour notre vie humaine. De fait l’Evangile de ce dimanche ne cesse pas de nous parler de cette mystérieuse réalité du Royaume de Dieu. Et Jésus nous demande d’avoir et d’entretenir en nous deux attitudes fondamentales pour pouvoir accueillir ce Royaume : le détachement et la vigilance. Le détachement parce que le Royaume est déjà présent au milieu de nous avec Jésus, avec le mystère de l’incarnation. La vigilance parce que le Royaume doit encore s’accomplir avec le retour du Seigneur dans la gloire, retour dont nous ne pouvons pas connaître le moment. Dans le passage omis Jésus déplore notre peu de foi. C’est en effet parce que notre foi est bien faible que nous avons tant de mal à être détachés des biens matériels et à être vigilants pour le Royaume.
Regardons tout d’abord l’appel au détachement, dans la suite logique de la parabole de l’homme riche. Cet appel est précédé d’un enseignement essentiel : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ». La présence de Dieu, son action nous sont données ! Jésus affirme que la grâce du Père est première dans notre condition de chrétiens. Hier comme aujourd’hui les chrétiens sont un « petit troupeau ». Notre dignité ne vient pas de notre nombre ou de notre puissance mais de ce que le Royaume nous est donné. Et si telle est bien la vérité de notre foi, alors nous n’avons rien à craindre, même si nous étions en situation minoritaire. Le signe que ce Royaume nous est donné réellement, c’est notre capacité à donner. De notre personne bien sûr, mais aussi de nos biens. Jésus souligne l’importance de l’aumône comme acte de foi dans le Royaume. Si notre trésor correspond à notre compte bancaire, alors nous ne pouvons pas aimer Dieu ni notre prochain comme Jésus nous le demande.
Regardons maintenant l’exigence de la vigilance en vue de l’accomplissement du Royaume, et cela à travers une parabole bien connue de tous et qui fait partie du lectionnaire pour les funérailles chrétiennes. Oui, notre vie chrétienne est en même temps un don, une grâce et une exigence. La fidélité répétitive des moines et des moniales est un magnifique exemple de vigilance. Pour nous qui vivons dans le monde avec un rythme de vie très différent des consacrés le travail de la vigilance correspond à notre devoir d’état. Notre vie dans le monde est elle aussi bien souvent répétitive. Elle peut même nous paraître fade et monotone tellement nous sommes attirés par la nouveauté et le changement. C’est là que la foi, l’amour et l’espérance chrétiennes peuvent transfigurer le quotidien en nous remettant dans l’axe du Royaume. Le devoir d’état ce n’est rien d’autre que notre vocation. Nous attendrons comme il faut le Seigneur si nous sommes de plus en plus fidèles à notre vocation que nous soyons mariés, prêtres, consacrés ou célibataires. Le fait d’être croyants n’enlèvera pas l’aspect répétitif de certaines tâches, le côté rébarbatif du devoir d’état. Mais nous aurons au cœur même de la monotonie la possibilité de puiser la joie aux sources du salut. C’est là que la prière a toute sa place comme boussole qui nous réoriente régulièrement vers l’essentiel, vers le Royaume. Et tout le reste nous sera donné par surcroît.
La conclusion de cette page évangélique nous remet devant une réalité que nous avons tendance à oublier. Au jour du jugement dernier ce ne sont pas les ignorants, athées ou non-chrétiens, bref les autres, qui auront le plus de soucis à se faire, mais bien nous. Non pas que Jésus nous pousse à la peur, il nous a dit « Sois sans crainte, petit troupeau », mais il veut nous faire comprendre la réalité suivante : au plus nous avons reçu, au plus il nous sera demandé. Si être chrétien c’est d’abord une grâce incomparable, c’est aussi une immense responsabilité : « A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage ». Et c’est encore plus vrai du ministère des prêtres, des évêques et du pape. Saint Augustin l’avait bien compris lui qui faisait la différence entre la douce grâce d’être chrétien et le fardeau de la vocation d’évêque : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. Le premier nom est celui d’un office reçu ; le second, de la grâce ; le premier nom est celui d’un danger ; le second, du salut ”. Demandons vraiment la force de Dieu pour être fidèles chaque jour, si possible davantage, à la présence de son Royaume et à notre vocation particulière.

1 commentaire:

Jean-Luc a dit…

"...ce ne sont pas les ignorants, athées ou non-chrétiens, bref les autres..."
Je me sens un peu mis à l'écart par cette phrase, "les autres" à quelque chose de violent. De même, faire l'amalgame entre athées, pratiquants d'autres fois avec les ignorants est un raccourcis un peu abrupt. Peut être n'ai-je pas suffisamment compris le sens de ta phrase?
Au plaisir de te lire à nouveau.