mercredi 3 janvier 2007

La Sainte Famille

La Sainte Famille / C
31 XII 2006
Luc 2, 41-52 (p. 263)

Seul Luc nous rapporte l’épisode du pèlerinage pascal de la sainte famille à Jérusalem, l’année des 12 ans de Jésus. Les Evangiles sont plus que discrets sur les années qui se situent entre la naissance de Jésus et le début de son ministère public. Nous n’avons en fait que le témoignage de saint Luc. Cet Evangile du jeune Jésus perdu et retrouvé au temple peut être lu de bien des manières. L’une d’entre elles consiste à faire un parallèle avec les récits de Pâques, puisque c’est « au bout de trois jours » que Marie et Joseph retrouvent leur fils dans le temple… En cette fête de la Sainte Famille, nous préférons lire le texte avec une autre approche.
D’emblée écartons une lecture trop psychologique : il ne s’agit pas dans cette épisode d’une fugue ou d’une crise d’adolescence. L’évangéliste souligne au contraire la soumission de Jésus à ses parents. L’année de ses 12 ans, le jeune Jésus pose un acte révélateur. Il s’agit donc d’une révélation : « C’est chez mon Père que je dois être. » En choisissant de demeurer au temple de Jérusalem, lieu de la présence divine, l’adolescent rappelle à ses parents son origine divine. Il est d’abord le Fils de Dieu avant d’être le fils de Marie et de Joseph. Lors des annonciations à Marie et à Joseph, ses parents ont appris l’origine divine de leur enfant ainsi que sa mission unique. Cette fois ce ne sont plus des anges qui les informent sur l’identité de Jésus, mais le jeune Jésus lui-même. La première lecture nous redit une vérité que nous avons tendance à oublier actuellement : tout enfant est un don de Dieu, Père Créateur : « C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. » Il n’y a pas de droit à l’enfant car l’enfant est toujours et d’abord un don. Les parents transmettent la vie, ils sont les dépositaires d’une vie qui vient de plus loin et de plus haut qu’eux. La révélation du jeune Jésus dans le temple est un acte de liberté. Jésus n’appartient pas à Marie et à Joseph. Sa vocation ne dépend pas du choix de ses parents. Il appartient à Dieu, et c’est du Père qu’il reçoit de toute éternité sa condition de Fils unique. De la même manière c’est du Père et de lui seul qu’il reçoit sa vocation et sa mission pour le salut de notre humanité. Ce qui est vrai du jeune Jésus l’est aussi de tout jeune. Les parents peuvent méditer avec profit cet Evangile et se souvenir qu’ils ne sont pas les propriétaires de leurs enfants. Ils ont transmis la vie. Ils ont à respecter la liberté et la personnalité de leurs enfants. Ce n’est pas aux parents, par exemple, de décider de l’avenir de leurs enfants que ce soit au niveau professionnel ou conjugal. Ce qui ne les empêche pas de donner des conseils et de faire part de leur avis dans la mesure où c’est le bien de leurs enfants qui les anime. Cet Evangile devrait être une source de réconfort pour tous les parents qui se plaignent par rapport à l’attitude de leurs enfants. Même dans la sainte famille, il en était ainsi : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comment nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Etre père et mère, c’est accepter avec les joies une part de souffrance, c’est aussi accepter de ne pas tout comprendre : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » S’il y a eu de l’incompréhension entre le jeune Jésus et ses parents, pourquoi les parents s’étonneraient-ils de ces moments où ils ne sont plus sur la même longueur d’onde que leur progéniture ? Au fur et à mesure qu’un enfant grandit, il devient plus autonome et plus libre. C’est le mouvement naturel de la vie. Et ce mouvement provoque bien souvent des déchirements du côté des parents, surtout lorsqu’ils sont possessifs. Enfin lorsque le jeune adulte se marie, il quitte son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, selon la formule biblique. Et c’est ainsi qu’il peut fonder une nouvelle famille…
La conclusion de cet Evangile est le plus beau programme d’éducation qui puisse être donné à des parents chrétiens :
« Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes. »
Le but de toute éducation, c’est bien la croissance des enfants et des jeunes. L’autorité et l’exemple des parents sont au service de cette croissance. Pour nous chrétiens, il s’agit d’une croissance intégrale qui comporte trois domaines :
- La sagesse, c’est-à-dire l’intelligence dans le sens premier du terme. Favoriser chez l’enfant la capacité à comprendre les choses et les événements de l’intérieur, favoriser l’éclosion du sens critique. Lui donner une bonne culture de base qui ne se réduise pas aux disciplines scientifiques. Permettre à l’enfant de grandir dans un humanisme chrétien avec une initiation aux beaux-arts, à la musique, à la littérature, au cinéma et plus tard à la pensée de type philosophique. Dans ce domaine comme dans les autres, les parents ont leur responsabilité. Ils ne doivent pas s’en décharger sur l’école, car celle-ci privilégie les matières qui « payent » pour le succès scolaire, les matières scientifiques, au détriment d’une culture humaniste. Souvenons-nous de Montaigne : « Mieux vaut une tête bien faite que bien pleine ».
- La taille, c’est tout le domaine du corps. Permettre à l’enfant la pratique d’un sport, d’un exercice physique, mais surtout lui inculquer le respect de son corps et du corps d’autrui. C’est aussi l’apprentissage d’une discipline de vie, du sens de l’effort qui font tant défaut dans les générations actuelles. Pour reprendre la devise des latins, « mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain.
- La grâce enfin. Les enfants ont une âme. Les jeunes aussi. D’où l’importance de leur éducation spirituelle. C’est l’éveil au sens de Dieu. Cela consiste aussi à donner le goût de la prière, du recueillement, du silence. C’est enfin permettre la formulation des grandes questions fondamentales qui sont au carrefour entre philosophie et religion : l’amour, la liberté, la mort etc. Encore une fois, rien ne vaut l’exemple du jeune Jésus parmi les docteurs. Luc nous dit qu’il les écoutait et leur posait des questions. Les parents ne doivent pas avoir peur des questions de leurs enfants même si elles remettent en cause leurs convictions. Les parents chrétiens n’ont pas forcément la réponse à toutes les questions. L’essentiel est qu’ils puissent à partir des questions de leurs enfants entrer dans un dialogue toujours plus vrai et profond avec eux.
Amen

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