Méditation pour le Jeudi saint 2026
En ce jeudi saint nous faisons
mémoire de la dernière Cène du Seigneur Jésus au cours de laquelle il institua
pour son Eglise et pour la multitude le saint sacrement de l’eucharistie. Ce
sacrement culmine dans la communion au corps et au sang du Ressuscité. A partir
du rite de la communion je vous propose une méditation sur Jésus Agneau de
Dieu. En effet à chaque messe le prêtre fait siennes les paroles de Jean le
baptiste suivies d’une citation de l’Apocalypse : Voici l’Agneau de
Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas
des noces de l’Agneau !
Pendant la fraction du pain nous
chantons ou récitons l’Agnus Dei :
Agneau de Dieu, qui enlèves les
péchés du monde, prends pitié de nous.
[Agneau de Dieu, qui enlèves les
péchés du monde, prends pitié de nous.]
Agneau de Dieu, qui enlèves les
péchés du monde, donne-nous la paix.
C’est donc à 5 reprises que la
liturgie de la communion utilise l’image de l’agneau pour l’appliquer au
Christ. Chaque fois cet agneau est présenté comme « celui qui enlève les
péchés du monde ». Dans l’Ancien Testament l’agneau est mentionné 129
fois, la plupart du temps comme l’animal destiné aux sacrifices prescrits par
la Loi. La première mention de l’agneau se trouve en Genèse 22 dans un dialogue
entre Isaac et Abraham : Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! –
Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est
l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver
l’agneau pour l’holocauste, mon fils. »
Nous pouvons interpréter cette
première mention de l’agneau comme une prophétie dans la bouche d’Abraham
annonçant l’Agneau véritable, le Christ : Dieu saura bien trouver l’agneau…
Dans la première lecture de cette messe l’agneau devient pascal : Le
sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang,
et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le
pays d’Égypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Le sang de l’agneau
sacrifié dont la communauté mange la chair est signe de vie pour les Hébreux et
signe de mort pour les Egyptiens. C’est un sang qui protège contre le fléau de
la mort et en délivre. Si nous passons de la Pâque juive à la Pâque chrétienne ainsi
qu’à la liturgie de la messe nous constatons que le sang de l’Agneau de Dieu
nous délivre du péché, donc de la séparation d’avec Dieu, de la mort de l’âme.
Le sang de l’Agneau instaure ainsi la communion avec Dieu dans le Christ. Jésus
accomplit dans son mystère pascal la parole d’Abraham à Isaac. Cet
accomplissement de l’Ancienne Alliance dans la Nouvelle passe par une étape
essentielle, celle des Prophètes. Tout d’abord Isaïe 1, 11 : Que
m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de
béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des
agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir.
Le sang des agneaux, dit le
Seigneur, je n’y prends pas plaisir… Jésus accomplit non seulement la parole
d’Abraham mais aussi la prédication des prophètes en abolissant tous les
sacrifices d’animaux. La lettre aux Hébreux, au chapitre 10, nous permet de
comprendre ce passage des agneaux sacrifiés (dont Dieu ne veut pas) à l’unique
et véritable Agneau de Dieu qui est son Fils : Il est impossible, en
effet, que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés. Aussi, en entrant
dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu
m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le
péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta
volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre… Ainsi, il supprime le
premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté
que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son
corps, une fois pour toutes.
L’accomplissement de l’image de
l’Agneau par Jésus se réalisera précisément par sa Passion et sa mort en croix.
Deux passages des Prophètes annoncent cet accomplissement : Jérémie 11, 19
et Isaïe 53, 7. Je réserve pour demain la méditation sur Isaïe 53. Ecoutons
Jérémie au chapitre 11 : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on
emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre
moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la
terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » Seigneur de l’univers,
toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, fais-moi voir
la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause. Jérémie,
prophète persécuté, annonce la condamnation à mort de Jésus et les souffrances
de l’Agneau de Dieu. Si Jésus souffrira à la manière d’un agneau conduit à
l’abattoir de la croix, contrairement à Jérémie, il ne réclamera ni revanche ni
vengeance sur ses ennemis. Au contraire il implorera pour eux les richesses de
la miséricorde divine.
Enfin rappelons-nous que la
lettre aux Hébreux ainsi que le psaume 110 (109) présentent le sacerdoce du
Christ dans la lignée de celui de Melchisédech et non pas dans celle des
Lévites chargés d’assurer les sacrifices d’animaux dans le temple. Comme
Melchisédech le Christ, avant d’entrer dans sa Passion, choisit le pain et le
vin pour instituer l’unique sacrifice de la nouvelle Alliance, alors que la
logique de la fête aurait été de choisir la chair de l’agneau… Dieu saura
bien trouver l’agneau… avait dit Abraham à son fils. Tous les sacrifices de
l’Ancienne Alliance étaient davantage un mouvement de l’homme religieux
cherchant à se concilier les faveurs divines. Dans la Pâque du Christ et le
sacrement de l’eucharistie, c’est Dieu qui prend l’initiative et qui trouve en
son Fils l’Agneau. Non plus l’homme qui cherche à s’élever vers Dieu de manière
bien maladroite mais Dieu qui descend vers l’homme, le rejoint dans son
humanité remplie de faiblesse et lui offre gratuitement la communion à la vie
divine. Le grand mystère de la communion eucharistique s’éclaire toujours à la
lumière du grand mystère de l’incarnation : Dieu vient vivre notre
condition humaine jusqu’à la mort pour que nous vivions de sa divinité
aujourd’hui et jusque dans la vie bienheureuse.

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