22/03/2026
Jean 11, 1-45
Après l’Evangile de la
samaritaine et celui de l’aveugle de naissance saint Jean poursuit notre
catéchèse de Carême avec l’Evangile de Lazare. Le point commun entre ces trois
grands récits évangéliques c’est la question décisive de la foi en Jésus. La
samaritaine, l’aveugle qui retrouve la vue et Lazare ramené à la vie
constituent des itinéraires de foi. Dans les trois cas c’est aussi l’entourage
de ces personnes qui parvient à la foi. Le récit de ce dimanche occupe presque
la totalité du chapitre 11 de saint Jean. Sur 45 versets le moment de la sortie
du tombeau de Lazare se résume à deux versets seulement, à la fin cette page
évangélique. Nous trouvons un autre point commun entre l’Evangile de l’aveugle
de naissance et celui de la mort de Lazare. Ces deux récits illustrent ce qui
affaiblit et détruit notre vie : les handicaps, les maladies et finalement
la mort. En Jean 9, 3 Jésus répond ainsi à la question des disciples sur le
pourquoi (pourquoi est-il né aveugle ?) : Ni lui, ni ses parents
n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Et
en Jean 11, 4 Jésus commente ainsi la maladie de son ami Lazare : Cette
maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par
elle le Fils de Dieu soit glorifié. De manière mystérieuse ce qui constitue
pour nous un mal permet à Dieu de se manifester comme Celui qui est plus fort
que tout mal. Nous retrouvons aussi le thème de la lumière en Jean 9 et en Jean
11 :
Il nous faut travailler aux
œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où
personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le
monde, je suis la lumière du monde. (9, 4.5).
N’y a-t-il pas douze heures dans
une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il
voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche,
parce que la lumière n’est pas en lui. (11, 9.10).
Le récit de Lazare ne nie pas la
douleur provoquée par la mort et le deuil. Bien au contraire. Marthe et Marie,
ainsi que Jésus ne sont pas des stoïciens inébranlables face à la mort. Ils
pleurent parce qu’ils aiment. L’itinéraire de foi de Marthe et Marie part de
cette situation bien concrète du deuil et de la souffrance qu’il engendre. Pour
parler de la mort de son ami Lazare Jésus utilise le verbe
« s’endormir ». Saint Paul fera sienne cette manière de parler de la
mort. Ce qui peut apparaître comme un euphémisme, un refus de dire la dure
réalité de la mort, est en fait une invitation à la foi : Lazare est
mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous
croyiez. Mais allons auprès de lui ! Si les païens avaient des nécropoles
(les villes des morts), les chrétiens ont choisi un autre vocabulaire : le
cimetière. L’étymologie de ce mot est fidèle à la manière de parler de Jésus et
de Paul : du latin classique coemeterium, ce mot venant du grec ancien
κοιμητήριον / koimêtếrion, signifie
« dortoir ». Marthe, avant même d’être témoin du signe que Jésus va
accomplir pour son frère, croit en Jésus et le confesse comme le Christ. Après
le retour à la vie de Lazare cette foi de Marthe s’étend à beaucoup de Juifs.
C’est la finale de notre Evangile, semblable à celle de l’Evangile de la
samaritaine :
Beaucoup de Samaritains de cette
ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce
témoignage… Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa
parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu
nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons
que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Si beaucoup croient en Jésus,
« résurrection et vie », le signe de Lazare revenu à la vie va
accélérer la décision de tuer Jésus. En redonnant la vie à son ami Lazare,
Jésus signe ainsi sa condamnation à mort. C’est la conclusion dramatique du
chapitre 11 : À partir de ce jour-là, les grands prêtres et les pharisiens
décidèrent de tuer Jésus. Celui qui affirme « Je suis la résurrection et
la vie » divise donc en redonnant la vie à Lazare : il y a ceux qui
accèdent à la lumière de la foi et ceux qui refusent cette lumière. Ces
derniers décident de tuer Celui qui se présente comme la vie. Mais la vie de
Dieu est plus puissante que toute la méchanceté et l’aveuglement du cœur humain
plongé dans les ténèbres et l’ignorance. Dieu tournera en effet ce mal suprême,
la mort de Jésus, en un bien infini. C’est ainsi que Jean interprète les
paroles de Caïphe :
Ce qu’il disait là ne venait pas
de lui-même ; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus
allait mourir pour la nation ; et ce n’était pas seulement pour la nation,
c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés.
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