12/04/2026
Jean 20, 19-31
Le deuxième dimanche de Pâques ou
dimanche de la divine miséricorde marque dans la liturgie de l’Eglise
l’accomplissement et le terme de l’octave de Pâques. En effet pendant une
semaine la liturgie nous fait vivre un temps très particulier comme si ces huit
jours de l’octave n’en étaient qu’un seul, celui de la résurrection du
Seigneur. En témoigne cette partie de la prière eucharistique propre à l’octave :
C’est pourquoi nous voici
rassemblés devant toi, Dieu notre Père, et, dans la communion de toute l’Eglise,
nous célébrons le jour très saint où ressuscita selon la chair notre Seigneur
Jésus, le Christ.
Les jours de l’octave ne sont en
fait qu’un seul jour, le jour très saint de la résurrection. Cela est signifié
entre autres choses par le choix des Evangiles. Le dimanche de Pâques nous
écoutons le début du chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean : Marie
Madeleine se rend au tombeau à l’aube, elle constate que la pierre a été
enlevée, puis elle transmet sa découverte à Pierre et à Jean. Aujourd’hui nous
avons le récit de la double apparition aux disciples et à Thomas le soir du
même jour et huit jours plus tard. De l’aube au soir l’octave de Pâques déploie
l’unique jour pendant 8 jours. Ce qui permet aussi à l’Eglise de nous faire
relire tous les Evangiles de Pâques. Cette particularité de l’octave de Pâques
nous invite à une réflexion sur le temps et l’éternité. En tant que créatures
humaines nous vivons dans le temps, dans l’histoire, et la mort marque le terme
de notre vie terrestre. En tant que créatures corporelles nous vivons non
seulement dans le temps (avec un commencement et une fin) mais aussi dans
l’espace. Dieu qui est esprit est dans l’éternité, transcendant à la fois au
temps et à l’espace. Il nous est très difficile, voire impossible de nous
représenter l’éternité et par conséquent ce que pourrait être pour nous une vie
éternelle. La liturgie de l’octave de Pâques essaie de nous introduire à une
juste conception de ce qu’est l’éternité. Le risque serait pour nous de nous
représenter l’éternité comme un temps infini synonyme d’ennui. Une manière de
voir qui nous amènerait à faire nôtre la boutade de Woody Allen : L’éternité
c’est long, surtout vers la fin… Si Dieu nous offrait la possibilité d’une
vie éternelle, sans fin, sur cette terre, nous n’aurions aucune raison de nous
en réjouir. Cela deviendrait probablement une pénitence, voir une espèce
d’enfer… André Comte-Sponville dans son dictionnaire philosophique nous aide à
comprendre ce qu’est l’éternité :
L’éternité, écrit-il,
ce n’est pas un temps infini (car alors il ne serait composé que de passé et
d’avenir, qui ne sont pas), ni pourtant l’absence de temps (car alors ce ne
serait rien) : C’est un présent qui reste présent, comme « un
perpétuel aujourd’hui », disait saint Augustin, et c’est le présent même.
Qui a jamais vécu un seul hier ? Un seul demain ? Qui a jamais vu le
présent cesser ou disparaître ? C’est toujours aujourd’hui, c’est toujours
maintenant : c’est toujours l’éternité, et c’est en quoi, en effet, elle
est éternelle.
Quand avec l’Eglise nous méditons
pendant l’octave de Pâques les récits des manifestations du Ressuscité, nous
constatons qu’il se manifeste surtout à des personnes ou à des petits groupes
comme celui des apôtres. Qui sont les bénéficiaires de ces manifestations de
Jésus vivant ? Les saintes femmes, les apôtres, les deux disciples
d’Emmaüs. Très peu de personnes en tout, et tous sont des disciples de Jésus.
Le Ressuscité n’apparaît pas à ses ennemis ou à ceux qui l’ont condamné à
mort : Pilate, les grands prêtres etc. Il n’y a donc aucun esprit
triomphaliste ou de revanche dans le choix des personnes que fait le Ressuscité
pour en faire des témoins de sa résurrection. En parcourant les Evangiles nous
sommes frappés par le manque de foi des disciples particulièrement souligné
dans l’Evangile de Marc : Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes
pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la
dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient
contemplé ressuscité. (16, 14) Saint Luc, lui aussi, souligne l’incrédulité
des apôtres qui refusent de recevoir le témoignage des saintes femmes : Mais
ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. (24, 11) Dans
l’Evangile selon saint Jean l’apôtre Jean est au contraire le premier à croire
en contemplant le tombeau vide et les linges funéraires. Il constitue une
exception comme nous le rappelle l’épisode de l’apparition à Thomas, apparition
« sur mesure » huit jours après Pâques motivée par son refus de
croire le témoignage des autres disciples.
La fin de l’Evangile de ce
dimanche est essentielle et constitue un appel à accueillir la lumière de la
foi dans nos vies : Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a
faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais
ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils
de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. L’octave de
Pâques veut nous imprégner en profondeur de la certitude de la vie éternelle
par la foi en Jésus mort et ressuscité pour chacun d’entre nous, vie éternelle
commencée dans l’aujourd’hui de notre vie terrestre.
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