dimanche 10 février 2019

5ème dimanche du temps ordinaire / année C



Luc 5, 1-11

10/02/19

Dans l’Evangile de ce dimanche, saint Luc nous propose sa version de l’appel des premiers disciples. Elle est différente de celle de Matthieu et de Marc. Selon ces évangélistes, Jésus appelle quatre pêcheurs au bord du lac en leur adressant cette parole : Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Pour Luc cet appel a bien lieu au bord du lac mais il ne concerne que trois disciples, et surtout il se réalise dans le contexte de la pêche miraculeuse. Luc nous montre Jésus qui annonce la parole de Dieu, ici en pleine nature, comme il avait commencé de le faire dans un lieu de culte, la synagogue de sa patrie, Nazareth. Pour Jésus tous les lieux et tous les moments sont bons pour faire entendre la Bonne Nouvelle du salut. Comme une foule se presse au bord du lac pour écouter sa prédication, Jésus s’invite dans la barque de Simon pour pouvoir se faire entendre. Bien sûr, en décrivant cette scène après la résurrection, Luc pense au rôle de chef de l’Eglise donné par Jésus à Simon-Pierre. C’est dans la barque du premier des apôtres que Jésus fait retentir l’Evangile. Ainsi la barque de Simon devient la chaire pour prêcher la parole de Dieu. Pour nous catholiques, le ministère du pape, successeur de Pierre, est la continuation de cette scène évangélique. Le Seigneur va joindre un acte à sa prédication, un miracle par lequel il va appeler Simon et ses compagnons à devenir ses apôtres. C’est celui de la pêche miraculeuse. Remarquons l’obéissance de Simon à la parole de Jésus, sa confiance absolue : Sur ta parole, je vais jeter les filets. Autant dire que la mission du pape et de tous les apôtres dans l’Eglise s’appuie sur l’autorité de la parole du Christ. La vision de cette pêche extraordinairement abondante plonge Simon-Pierre dans un grand effroi. Dans le récit de Luc, c’est à ce moment qu’il reçoit son surnom de Pierre, donc d’apôtre, au moment même où il est comme paralysé par sa vive conscience de se trouver en présence de Dieu. Il se met à genoux devant Jésus et ne l’appelle plus Maître mais Seigneur : Eloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. Le Juif fervent avait en effet une vive conscience de la sainteté de Dieu comme nous le rappelle la vocation d’Isaïe dans la première lecture. Il avait donc aussi conscience de sa distance d’avec Dieu en raison du péché. Le monothéisme d’Israël mettait en avant la transcendance de Dieu, et nul ne pouvait voir Dieu face-à-face sans mourir. Dans un langage symbolique, même le grand Moïse ne vit Dieu que de dos ou encore à travers l’apparence d’un buisson en feu qui ne se consumait pas… Mais avec Jésus commence le grand mystère de l’Incarnation : Dieu se fait proche. En Jésus il devient accessible à l’homme et même à l’homme pécheur puisque le Fils unique vient d’abord pour sauver les pécheurs. D’où cette parole de réconfort, déjà très présente dans l’Ancienne Alliance : Sois sans crainte. Et le don d’une mission : Désormais ce sont des hommes que tu prendras. En appelant Simon et ses compagnons à la vocation d’apôtres, Jésus ne choisit pas des saints, il choisit des hommes pécheurs comme nous le sommes nous-mêmes. C’est dans l’exercice fidèle de leur mission, en passant par l’épreuve du reniement pour Pierre, que ces hommes se sanctifieront et témoigneront de leur attachement sans failles à leur Seigneur jusqu’au martyre. Le jeu de mots de Jésus entre pêcheurs de poissons et pêcheurs d’hommes mérite un commentaire. Les pêcheurs en tirant hors de l’eau les poissons les font mourir. Tel n’est pas le cas des apôtres, ou du moins leur mission va au-delà. En prenant des hommes dans les filets de l’Evangile, ils les font certes mourir à leur vie passée mais dans l’unique but de leur donner la vie de Jésus, la vie en abondance, la vie de communion avec Dieu. Le baptême par immersion des nouveaux chrétiens montrait cela. Car contrairement aux poissons, si nous sommes plongés dans l’eau trop longtemps nous pouvons mourir et c’est en sortant de l’eau et en respirant que nous vivons. La plongée dans l’eau du baptême représente bien la mort au péché et à tout ce qui nous éloigne de Dieu tandis que la triple remontée des eaux représente la vie nouvelle du chrétien en lien indissociable avec le mystère de la résurrection du Seigneur.

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