mercredi 16 juin 2010

11ème dimanche du temps ordinaire

11ème dimanche du TO/C
13/06/2010
Luc 7, 36- 8, 3 (p.1065)
Nous connaissons l’importance des repas dans les Evangiles. Jésus répondait volontiers aux invitations qu’on lui faisait, qu’elles viennent des pharisiens comme ici, de ceux qui étaient considérés comme des pécheurs ou encore du petit cercle de ses amis intimes. Le Seigneur était à l’aise avec tous. Il n’était pas l’homme d’une classe sociale ou d’une catégorie de la population. Il était à l’aise avec tous parce qu’il était, en tant que Fils de Dieu, suprêmement libre. Il ne dépendait ni du regard des autres ni de leurs jugements ni du quand dira-t-on… mais de la volonté du Père, volonté de salut pour tous les hommes. Et c’est lors d’un repas sacré, celui de la dernière Cène, que le Seigneur institua le sacrement de l’eucharistie. Ce sacrement que nous célébrons chaque dimanche a bien la forme d’un repas. Le repas est rassemblement autour de la table commune, celle de la famille ou des amis. Dans un repas nous ne faisons pas que manger et boire. Mais nous échangeons aussi le pain de la parole etc. Tout cela se retrouve à un niveau divin dans le sacrement de la messe.
Peu avant notre texte, Jésus lui-même rappelle dans l’Evangile selon saint Luc la mauvaise réputation qui était la sienne chez les honnêtes gens de la société de son temps : « Voilà un mangeur et un buveur de vin, un ami des collecteurs de l’impôt et des pécheurs ! » Ici notre Seigneur répond donc à l’invitation d’un pharisien, donc d’un observateur scrupuleux de la Loi de Moïse. Il est précisément chez une personne honnête. Et voilà qu’une femme, dont nous ne savons pas le nom, vient déranger ce repas, cette rencontre entre le pharisien et le Maître. Luc la qualifie de pécheresse. Le décor de la scène nous est ainsi donné : d’un côté l’observateur de la Loi, de l’autre la pécheresse. Saint Luc reflète la division religieuse entre les personnes dans la société juive de son temps. Une division qui donne deux camps : les justes d’un côté, les pécheurs de l’autre. Le repas, lieu de communion, va devenir lors de cette scène un lieu de division à cause de cette intruse. En plus cette femme est démonstrative. Et voilà qu’à la vue de ce spectacle une pensée intérieure surgit chez le pharisien : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse ». La pensée du pharisien nous instruit sur deux points qui sont au cœur du message de cet Evangile. Le premier porte sur l’identité de Jésus. Souvenons-nous que peu de temps avant, dans le même chapitre, c’est Jean-Baptiste lui-même qui semblait pris par le doute : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Ici le pharisien doute de la qualité de prophète attribuée à Jésus par certains. S’il réserve un aussi bon accueil à une pécheresse, c’est le signe évident qu’il n’est pas un homme de Dieu… Le second point porte sur le jugement émis par celui qui se considère juste sur cette femme : elle est une pécheresse. Jugement qui enferme cette femme dans son péché et la réduit à ce seul aspect de sa personne et de sa vie. Les nouveautés du langage contemporain prêtent parfois à rire… Mais certaines traduisent cette volonté de ne pas enfermer une personne dans une case. Au lieu de dire un handicapé ou un homosexuel par exemple, on dira volontiers une personne handicapée ou une personne homosexuelle. Ces manières de parler sont dans la logique de l’Evangile qui nous demande de ne pas juger, et encore moins condamner, notre prochain, même s’il est différent ou pécheur. En nous demandant de ne pas juger Jésus nous demande de ne pas nous mettre à la place de Dieu, car lui seul a autorité pour juger, lui seul est le juste juge. Le Seigneur lit dans les pensées de Simon et lui propose la petite parabole des deux débiteurs. Cette parabole nous enseigne d’abord que nous sommes tous pécheurs. Elle brise la division entre hommes justes et hommes pécheurs. Le seul homme juste ayant jamais existé c’est Jésus. Simon, l’honnête pharisien est lui aussi pécheur… La preuve, il vient d’enfermer cette femme dans son péché, il vient de la mépriser en la jugeant. Cette parabole enseigne aussi que les grands pécheurs lorsqu’ils s’approchent du Seigneur Jésus sont enflammés d’un amour plus ardent et intense que les personnes simplement honnêtes… Il y a comme un lien de réciprocité entre le pardon accordé par Dieu et l’amour du pécheur réconcilié. Cette femme a beaucoup aimé Jésus, elle le lui a montré par son audace et ses gestes de vénération et de tendresse. Cet amour attire sur elle la miséricorde du Seigneur. Et le pardon accordé et reçu la fait encore grandir dans l’amour pour Dieu. Le rapport entre la miséricorde et l’amour est comparable à un cercle. Si l’amour de Dieu pour nous est toujours premier et nous précède, notre amour pour lui le presse en quelque sorte à exercer sa miséricorde. La fin de l’Evangile répond d’une manière magnifique à la question sur l’identité de Jésus : non seulement il est prophète, envoyé par Dieu, mais il est bien plus. Puisqu’il a le pouvoir de pardonner les péchés et de réconcilier les pécheurs avec Dieu, c’est bien le signe qu’il est vraiment homme et vraiment Dieu, Fils du Dieu vivant venu non pas pour nous condamner mais pour nous sauver !

1 commentaire:

Jean-Luc a dit…

Intéressante la remarque faite à propos de la manière "moderne" de nommer les personnes pour éviter de les enfermer dans des "cases". Je travaille dans le domaine social, j'accompagne des personnes souffrant de handicap...et non pas handicapées!
Subtilité de langage, mais qui permet de remettre les "choses" en place, à savoir que le handicap procure de la souffrance et que la personne qui le subit ne l'a pas choisi.

Jean-Luc