dimanche 10 juin 2007

Le Saint Sacrement

Le Saint Sacrement / C
10 juin 2007
Luc 9, 11-17 (page 1190)

En partant du rituel de la messe et du concile Vatican II, je voudrais mettre en lumière certains aspects du sacrement de l’eucharistie que nous fêtons en ce dimanche.
Le soir du jeudi saint, le Seigneur Jésus a choisi le pain et le vin pour être la matière du saint sacrement. Lors de la préparation des dons, rite qui sert de transition entre la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique, le prêtre prononce des paroles significatives, paroles qu’il peut aussi dire à voix basse ou intérieurement. La préparation des dons peut passer inaperçue dans le déroulement de la messe car elle correspond au moment de la quête, ce qui ne favorise guère l’attention des fidèles… « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes ; nous te le présentons : il deviendra le pain de la vie. » Cette prière enracine le sacrement de l’eucharistie dans la création. Le pain comme le vin sont des dons de Dieu. Ils sont en même temps le fruit du labeur humain. Lorsque vous donnez votre offrande à la quête, c’est votre travail que vous présentez au Seigneur avec toute votre vie et toute votre personne. Dans les simples signes du pain et du vin nous devons voir toute la création, nous devons percevoir tout l’immense effort de l’activité humaine. Le concile Vatican II a parlé de manière admirable du sens de cette activité humaine dans l’univers. Je le citerai ici un peu longuement : « De même qu’elle procède de l’homme, l’activité humaine lui est ordonnée. De fait, par son action, l’homme ne transforme pas seulement les choses et la société, il se parfait lui-même. Il apprend bien des choses, il développe ses facultés, il sort de lui-même et se dépasse. Cet essor, bien conduit, est d’un tout autre prix que l’accumulation possible de richesses extérieures. L’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a. De même, tout ce que font les hommes pour faire régner plus de justice, une fraternité plus étendue, un ordre plus humain dans les rapports sociaux, dépasse en valeur les progrès techniques. Car ceux-ci peuvent bien fournir la base matérielle de la promotion humaine, mais ils sont tout à fait impuissants, par eux seuls, à la réaliser. » Célébrer l’eucharistie avec le pain et le vin, c’est faire entrer toute la création dans le salut du Christ par la force de l’Esprit. Célébrer l’eucharistie, c’est reconnaître la valeur spirituelle de notre travail et de notre vocation. Le concile dit plus loin que l’Esprit appelle les hommes « à se vouer au service terrestre des hommes, préparant par ce ministère la matière du royaume des cieux. » De la même manière que le pain et le vin sont la matière du sacrement, notre travail accompli selon l’Esprit du Christ est la matière du royaume des cieux.
C’est par la prière à l’Esprit Saint, prière nommée épiclèse, et par les paroles de la consécration, que la substance du pain et du vin se transforme en la substance du corps et du sang du Christ : « Sanctifie ces offrandes par ton Esprit pour qu’elles deviennent le corps et le sang de ton Fils, Jésus Christ, notre Seigneur, qui nous a dit de célébrer ce mystère. » Chaque fois qu’une messe est célébrée, c’est toute la création divine et l’activité humaine qui sont assumées dans le corps et le sang du Ressuscité. L’eucharistie est une anticipation du banquet céleste, elle est le royaume de Dieu déjà présent au milieu de nous. Dans l’eucharistie la création, « livrée au pouvoir du néant », commence à être libérée, transfigurée.
Lorsque nous communions au corps du Christ, nous nous unissons bien sûr à son mystère pascal de mort et de résurrection. Nous vivons alors une profonde intimité avec le Ressuscité. Nous sommes dans son amour et dans sa paix. Avec lui, par lui et en lui, nous sommes déjà victorieux de la mort et du péché. Nous devenons véritablement des vivants. Mais n’oublions pas la deuxième épiclèse, celle qui se situe après la consécration : « Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Eglise, et daigne y reconnaître celui de ton Fils qui nous a rétablis dans ton Alliance ; quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire. » Toute la création est comme rassemblée dans le pain et le vin. La matière est spiritualisée en étant offerte au Père. En communiant au sacrement de l’eucharistie nous sommes appelés à être et à devenir, dans la communion de l’Eglise, « une éternelle offrande » à la gloire du Père. En communiant nous nous engageons à vivre la consécration de notre baptême, nous nous engageons à vivre en étant tournés vers Dieu et vers nos frères. Communier, c’est donc recevoir le plus grand don, Dieu lui-même qui se donne en nourriture, pour nous donner à notre tour selon notre vocation.
En conclusion, je citerai encore un merveilleux passage du dernier Concile :
« De tous l’Esprit fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres pour la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu. […] Mystérieusement, le royaume est déjà présent sur cette terre ; il atteindra sa perfection quand le Seigneur reviendra. »
« Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (2ème lecture).