L’Église associe dans une même fête deux apôtres très différents de par leur itinéraire de foi et leur tempérament : Pierre et Paul. La différence fondamentale entre ces deux apôtres réside dans leur relation à Jésus. Pierre fait partie des quatre premiers disciples appelés par Jésus au commencement de sa mission. Avec André son frère il exerce le métier de pêcheur. A la tête du groupe des Douze Pierre vivra dans l’intimité de Jésus du commencement de sa mission jusqu’aux jours de la Passion. Le pharisien Paul n’a jamais connu le Jésus d’avant Pâques et c’est par une révélation foudroyante du Ressuscité qu’il se convertit sur la route de Damas. Le persécuteur des chrétiens en un instant devient apôtre. Paul est cet ouvrier de la dernière heure dont nous parle la parabole. Cette différence de relation avec Jésus se traduit par le fait que dans ses lettres Paul parle surtout du Christ et utilise peu le nom de Jésus. Pierre est le premier appelé, Paul le dernier. Pierre a bénéficié d’une longue formation auprès de Jésus, Paul est l’apôtre d’une fulgurante conversion. Ce n’est pas seulement dans leur rapport à Jésus que ces deux apôtres sont fondamentalement différents, c’est aussi dans leur rapport à la miséricorde et dans leur expérience du pardon de Dieu. L’appel inattendu de Paul le plonge immédiatement dans l’immense grâce de la miséricorde. Pourquoi le Ressuscité choisit précisément l’un des ennemis les plus zélés des chrétiens pour en faire son apôtre ? Gratuité et liberté souveraine de la grâce divine manifestée dans la conversion de Paul. Dans sa première lettre à Timothée Paul a une vive conscience de ce grand don qui a fait de lui un chrétien et un apôtre. Il écrit :
Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi ; la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec elle la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus.
Si pour Paul l’expérience de la miséricorde coïncide avec sa conversion et sa vocation, Pierre a vécu cette expérience à la fin de son parcours avec Jésus. Lors de la dernière Cène il manifeste avec assurance son attachement sans faille au Christ :
« Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. »
Après son reniement Pierre pleurera. Nous connaissons bien cette page évangélique dans laquelle le Ressuscité au bord du lac renouvelle Pierre dans sa vocation en lui demandant à trois reprises « Pierre, m’aimes-tu ? » afin de racheter par l’amour le triple reniement. Dans leurs itinéraires si différents Pierre et Paul sont les apôtres de la miséricorde divine. Unis par un même attachement au Christ, ils seront unis par le témoignage du martyre rendu dans la ville de Rome. La différence de leurs itinéraires et de leurs tempéraments devait aussi aboutir inévitablement à des dissensions entre eux comme en témoignent les Actes des Apôtres et Paul lui-même dans sa lettre aux Galates. Le différend portait sur l’accueil des païens qui voulaient devenir chrétiens. Pierre, et d’autres avec lui, voulaient soumettre ces convertis aux pratiques du Judaïsme et à la circoncision. Paul s’oppose fermement à ce qu’il appelle un double jeu :
Quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il était dans son tort. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes de l’entourage de Jacques, Pierre prenait ses repas avec les fidèles d’origine païenne. Mais après leur arrivée, il prit l’habitude de se retirer et de se tenir à l’écart, par crainte de ceux qui étaient d’origine juive.
La grande conviction de Paul est la suivante : c’est la foi en Jésus qui sauve et pas la pratique de la Loi de Moïse. C’est le baptême qui compte et pas la circoncision. Dans la même lettre aux Galates Paul résume parfaitement ce qui l’unit à Pierre avec des charismes et des missions différentes :
Les autorités de l’Eglise de Jérusalem ont constaté que l’annonce de l’Évangile m’a été confiée pour les incirconcis (c’est-à-dire les païens), comme elle l’a été à Pierre pour les circoncis (c’est-à-dire les Juifs). En effet, si l’action de Dieu a fait de Pierre l’Apôtre des circoncis, elle a fait de moi l’Apôtre des nations païennes.
Les itinéraires de Pierre et de Paul nous disent bien des choses sur notre Eglise d’aujourd’hui. Pierre peut représenter les chrétiens qui ont hérité la foi de leur famille et qui depuis leur enfance pratiquent leur foi. Paul représente tous ces nouveaux venus qui frappent à la porte de nos églises pour demander le baptême, la confirmation etc. La présence de plus en plus grande des catéchumènes dans nos communautés chrétiennes nous pose la même question que Paul posa aux origines de l’Eglise à Pierre : celle de l’accueil des nouveaux venus que la grâce et la miséricorde du Seigneur nous envoient pour former avec eux l’unique Corps du Christ. Paul, le converti, a permis à l’Eglise de Pierre d’être et de demeurer véritablement catholique. En témoigne ce magnifique passage de sa lettre aux Galates :
Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire