lundi 20 octobre 2014

29ème dimanche du temps ordinaire / Année A

19/10/14

Matthieu 22, 15-21

En lisant les évangiles nous trouvons assez souvent des épisodes semblables à celui que nous rapporte saint Matthieu en ce dimanche. Des pharisiens ou des docteurs de la Loi s’approchent de Jésus pour lui tendre un piège. Ils lui posent une question non pas parce qu’ils recherchent la vérité mais pour « prendre en faute Jésus en le faisant parler ». Nos hommes politiques sont de grands spécialistes de cette tactique au cours des faux débats auxquels ils participent sur les plateaux de télévision. Saint Luc est encore plus clair quant au but recherché ici par les pharisiens : « afin de le livrer à l’autorité et au pouvoir du gouverneur ». Jésus n’est bien sûr pas dupe : il connaît la perversité de ses adversaires et n’hésite pas à les traiter d’hypocrites. Sa prédication les gêne. Il attire à lui le peuple. Il menace donc leur autorité religieuse et surtout le prestige humain dans lequel ils se complaisent. Il faut donc en finir au plus vite avec ce prédicateur trop charismatique. Dans le chapitre suivant le Seigneur se montre particulièrement sévère envers ces hommes qui pratiquent une religion de façade : ce sont les sept malédictions contre les pharisiens.
Mais il nous faut être justes. Même si l’intention est perverse, la question qui est posée n’est pas sans intérêt : « Est-il permis de payer l’impôt à l’empereur ? » Remettons-nous dans le contexte du peuple juif au premier siècle : il est sous occupation romaine, donc sous la domination païenne. Depuis 587 av. JC, date de la ruine de Jérusalem, Israël a perdu son indépendance politique. On comprend donc que pour certains Juifs nationalistes payer l’impôt à Rome cela revient à collaborer avec l’occupant. Cette question morale ne relève pas seulement d’un antique débat. Elle se pose aussi à nous aujourd’hui même si nous n’y pensons pas spontanément. Un citoyen français, et un chrétien à plus forte raison, peut se poser des questions quant au fait de contribuer à travers son impôt à l’arme nucléaire par exemple. Ou encore de contribuer aux subventions attribuées par les municipalités du midi aux corridas. On pourrait multiplier les exemples. Mais on devine derrière cette question un véritable cas de conscience pour ceux qui se la posent honnêtement.
Comme souvent Jésus ne répond pas directement à la question. Il évite ainsi de tomber dans le piège qui lui est tendu. S’il répond « oui », il sera traité de collaborateur. S’il répond « non », il sera dénoncé comme un révolutionnaire voulant renverser le pouvoir romain. Il répond donc en posant à son tour une autre question : « Cette effigie et celle légende, de qui sont-elles ? » Ou pour le dire autrement : quelle est l’autorité qui frappe la monnaie que nous utilisons chaque jour pour nos échanges commerciaux ? C’est bien l’empereur de Rome, en l’occurrence Tibère. Finalement Jésus répond indirectement « oui » : il est permis de payer l’impôt à César. Car il ne faut pas confondre les règnes temporels qui se succèdent les uns aux autres dans l’histoire et le règne de Dieu, son royaume, qui demeure à jamais. Ce que Jésus veut dire aux pharisiens c’est qu’ils peuvent être de bons juifs tout en payant l’impôt à César. La qualité de leur vie religieuse n’est pas diminuée par leur soumission au pouvoir temporel sur ce point précis. Si Jésus distingue donc la sphère du pouvoir civil du Royaume de Dieu, les choses se compliqueront tout au long de l’histoire de l’Eglise. Dans le Nouveau Testament lui-même nous trouvons des accents différents. Saint Paul recommande aux chrétiens d’obéir aux autorités civiles et il va même jusqu’à affirmer que leur autorité vient de Dieu. Mais face aux autorités religieuses Pierre et Jean revendiquent l’objection de conscience, le devoir de désobéir : « Est-il juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que d’écouter Dieu ? A vous de juger. »
La distinction entre César et Dieu n’est pas une séparation. Et c’est là toute la difficulté du débat. Jésus condamne par avance toute vision nationaliste ou patriotique de la foi religieuse, car ce sont deux domaines différents. Par ailleurs si nous rendons vraiment à Dieu ce qui est à Dieu nous ne pouvons pas rester indifférents au cours des affaires terrestres. Notre foi chrétienne est aussi une force prophétique dans le domaine de César, c’est-à-dire dans la politique. Et c’est au nom de cette foi que tout au long de l’histoire des chrétiens se sont élevés contre les diktats des puissants. Pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres on peut penser aux frères Berrigan, deux prêtres catholiques américains, qui ont organisé des actions de désobéissance civile pour s’opposer à la poursuite de la guerre du Vietnam et influencer l’opinion publique. Oui, le chrétien doit participer à la vie civique de son pays en payant l’impôt. Mais il doit garder sa conscience libre par rapport aux décisions des autorités. S’il veut être sel de la terre et lumière du monde, il doit demeurer vigilant et exprimer son désaccord de manière pacifique lorsque cela est nécessaire.


1 commentaire:

Christian Courtilleau a dit…

Je pense souvent à cette parabole de Jésus
On peut la voire comme une réponse abile à une question piège
Mais en nous il y a aussi Dieu et Césare et a chaque instant nous choisissons a qui nous donnons nos pensés, nos paroles et nos actes
Soit a notre petit égo ou a notre véritable identité divine
Christian