dimanche 3 août 2008

18ème dimanche du temps ordinaire

18ème dimanche du TO / A
3 août 2008
Matthieu 14, 13-21 (p. 257)
Eau, vin, lait, viandes savoureuses, pains, poissons, soif et faim… Les lectures bibliques de ce dimanche ont de quoi nous mettre l’eau à la bouche ! C’est en quelque sorte le menu que le Bon Dieu nous présente !
La réalité essentielle de la nourriture et de la boisson est en effet souvent utilisée par les auteurs sacrés pour nous parler de notre relation avec Dieu. Une fois n’est pas coutume, je ne commenterai pas l’Evangile de la multiplication des pains, même si j’y ferai allusion. Je voudrais méditer avec vous et pour vous la magnifique première lecture, extraite du livre d’Isaïe.
Nous sommes à la fin de ce que les biblistes appellent le livre de la Consolation, ou le deuxième Isaïe. Le peuple Juif est alors en exil. Donc dans une situation pénible et difficile. Le refrain que Dieu adresse à son peuple par la bouche de son prophète se résume en une invitation pressante : « Venez ! » Invitation qui culmine avec « Venez à moi ! » Au sein même de la détresse de son Peuple le Seigneur veut susciter une espérance folle du point de vue strictement humain : « Je ferai avec vous une alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David. » Les railleurs auraient pu se moquer d’une telle promesse, car la grandeur du Royaume d’Israël semblait bien définitivement appartenir au passé… Nous chrétiens, nous savons bien que c’est Jésus, le Fils de David, qui a réalisé, des siècles après, cette promesse d’une alliance indestructible. Mais il fallait alors beaucoup de confiance pour accepter un tel message !
A qui s’adresse cet appel pressant à entrer dans l’alliance ? A venir vers le Seigneur ? A tous ceux qui ont soif ! Les Juifs exilés entre le Tigre et l’Euphrate ne devaient pas manquer d’eau, ils n’étaient pas dans un désert. C’est bien sûr de leur soif de Dieu dont il s’agit ici. Eux, ils étaient nostalgiques de la Cité Sainte, du Temple et de ses cérémonies… Et voilà que tout cela a été ravagé, profané par Nabuchodonosor. De cette épreuve doit surgir une nouvelle soif de Dieu, plus profonde, plus intérieure. La soif de Dieu est en effet le ressort de toute vie spirituelle. Si notre désir de Dieu est faible ou endormi, alors notre vie spirituelle sera médiocre ou bien se limitera à aller à la messe le dimanche… A ceux qui ont soif, le Seigneur offre quelque chose. En même temps il les interpelle.
Commençons par l’interpellation de Dieu qui est là justement pour faire jaillir en nous le désir de son Règne et de sa présence : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » Nous avons beau connaître la vérité, nous sommes facilement entraînés sur la pente des réalités éphémères et uniquement matérielles. Notre Dieu nous remet en question comme autrefois son Peuple en exil. Il nous demande de faire le point sur nos priorités et nos choix. Finalement quel est le véritable moteur de notre vie, ce qui nous fait travailler, ce qui nous motive ? A Babylone les idoles ne manquaient pas. Nous aussi nous pouvons travailler et vivre pour des idoles actuelles et pourtant bien anciennes : l’argent, l’ambition, le pouvoir, le paraître etc. Mais le Seigneur nous met en garde : nous ne serons jamais rassasiés, jamais satisfaits sur ce chemin-là, car il nous en faudra toujours plus. Combien de couples se séparent et se déchirent, parce que, par exemple l’un des conjoints fait passer sa carrière professionnelle avant toutes choses ? Il est vrai que les structures de l’entreprise peuvent pousser bien des personnes dans cette impasse avec la pression toujours plus grande et la menace du chômage… L’air du temps ne nous aide vraiment pas à chercher les nourritures essentielles, celles qui demeurent. Et nous avons sans cesse un effort à faire pour maintenir notre tête hors de l’eau, souvent polluée par les exigences sociales et économiques… Et pour recevoir la parole du Seigneur : « Travaillez non pas pour la nourriture qui disparaît, mais pour la nourriture qui demeure et qui devient vie éternelle. C’est le Fils de l’Homme qui vous la donnera ; c’est lui que Dieu le Père a marqué de son sceau. »
Ce que nous offre le Seigneur est inimaginable : « Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. » Ce passage de notre première lecture est en fait une magnifique image de ce que la théologie nomme la grâce divine ! Le vin et le lait représentent ici les réalités qui rassasient l’âme, celles qui demeurent pour la vie éternelle, celles par lesquelles nous vivons de l’Alliance. Eh bien, le Seigneur a décidé de nous offrir tout cela gratuitement. La formule d’Isaïe est d’ailleurs paradoxale : achète-t-on quelque chose sans argent, sans payer ? Il ne s’agit pas tellement d’acheter que de recevoir. Dans le récit de la multiplication des pains, les disciples ne sont pas sur la même longueur d’onde que leur Maître. Pour eux la solution est évidente : il faut renvoyer ces foules : « qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger. » Eux parlent d’acheter, Jésus leur répond en leur demandant de donner : « Donnez-leur vous-même à manger. » Sommes-nous prêts à nous recevoir de Dieu et à recevoir de Lui tout son Amour ? Vivre dans l’Alliance, c’est devenir les disciples d’un Dieu qui est Don d’Amour en lui-même, Trinité bienheureuse, et qui se donne sans compter à ses créatures pour qu’elles puissent partager son Bonheur. Vivre dans l’Alliance, c’est être convaincu que « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur ».
Amen

1 commentaire:

abjerome@hotmail.fr a dit…

Bonjour Père,

Je suis un jour tombé par hasard sur votre blog et je voulais vous dire que je trouve vos homélies toujours très intéressantes et de qualité.

Pour ma part, je suis prêtre du diocèse d'Orléans, tout juste ordonné, il y a un mois. J'ai donc un "pli" à prendre pour mes propres homélies...

Bonne journée à vous et en union de prière,

Jérôme M.