samedi 22 mars 2008

JEUDI SAINT

Jeudi Saint, Messe en mémoire de la Cène du Seigneur
20 mars 2008
Jean 13, 1-15 (page 341)
La célébration du Jeudi Saint a pour but de nous rappeler l’institution du sacrement de l’eucharistie par Jésus, la veille de sa mort. C’est le sens de la deuxième lecture dans laquelle l’apôtre Paul redit aux chrétiens de Corinthe toute l’importance de ce sacrement. Cependant l’Eglise n’a pas choisi comme Evangile un récit de cette institution de l’eucharistie, récit que l’on peut trouver chez Matthieu, Marc ou Luc. Elle a préféré nous rapporter l’événement du lavement des pieds dans l’Evangile de Jean. Le quatrième évangéliste situe en effet le lavement des pieds dans le cadre de la dernière Cène, le dernier repas de Jésus avec ses apôtres. Il y a donc un rapport entre le lavement des pieds et le sens de l’eucharistie. L’eucharistie est le sacrement de l’amour de Jésus pour nous. La communion eucharistique, si elle suppose la foi, est d’abord une communion d’amour entre le Christ et chacun d’entre nous. Si nous communions au corps du Christ à la messe, nous devons grandir dans l’amour du Christ. La belle introduction que Jean donne au geste du lavement des pieds ne nous permet aucun doute : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». La clef d’interprétation de ce geste, c’est donc l’amour fou du Seigneur pour nous. « Jusqu’au bout » signifie aussi en grec jusqu’à la perfection : Oui, il ne manque absolument rien à l’amour du Christ, parce que c’est un amour proprement divin qui a sa source en Dieu notre Père. Le geste du lavement des pieds est comme un testament en acte de Jésus, à la veille de sa Passion. Pour faire ce geste, un geste d’esclave, de domestique, Jésus doit quitter son vêtement et se mettre à genoux devant ses apôtres. Lui qui est le Fils de Dieu ! Ce geste ne peut exister que dans la mesure où notre Seigneur a le cœur humble. En lui, aucune trace d’orgueil ou de sentiment de domination. Ce geste est un abaissement de la divinité, de la sainteté du Fils unique, à notre pauvre niveau de créatures marquées par la misère du péché. Par ce geste inouï Jésus signifie aussi à ces hommes leur grande dignité dans le cœur de Dieu. L’humanité est bien le sommet de toute la création de Dieu, en elle il y la trace de Dieu, son image. C’est cela que Jésus reconnaît en se mettant à genoux devant des hommes qui vont bientôt l’abandonner par peur ou par lâcheté. Pour éclairer encore davantage le lavement des pieds, nous pouvons nous référer à un passage de saint Luc : « Heureux ces serviteurs que le Seigneur à son retour trouvera éveillés ! En vérité, je vous le dis, c’est lui qui se mettra le tablier ; il les fera passer à table et les servira l’un après l’autre. » Cet Evangile de Luc va encore plus loin puisque dans la gloire du Paradis Jésus se fera notre serviteur !
La réaction de Pierre, « Tu ne me laveras pas les pieds, non, jamais ! », montre à quel point ce geste du Seigneur a dû être déconcertant pour les Apôtres… Et Pierre nous rappelle d’ailleurs Jean le baptiste qui refusait de baptiser Jésus dans les eaux du Jourdain: « Quoi ? Tu viens à moi ? C’est moi qui devrais me faire baptiser par toi ! » Du baptême au lavement des pieds, Notre Seigneur suit un même itinéraire et ne s’en écarte jamais : il nous montre un Dieu qui, par surabondance d’amour et de miséricorde, veut se faire le serviteur de ses créatures, un Dieu qui n’a pas honte de s’abaisser pour que nous puissions nous laisser réconcilier avec lui ! Comme Jean et comme Pierre, nous avons bien souvent notre image de Dieu, une image qui n’est pas forcément chrétienne : Un Dieu distant, un Dieu tellement transcendant, puissant et majestueux, qu’il ne peut que nous dominer, nous regarder de haut. Paradoxalement l’attitude de Pierre n’est pas une attitude humble mais plutôt orgueilleuse. C’est de la fausse humilité ! Car en fait Pierre est davantage attaché à son image de Dieu qu’à la vérité que Jésus veut lui révéler par le geste du lavement des pieds. La véritable humilité consiste à laisser Dieu être ce qu’il veut être pour nous, à accepter cette idée folle qu’il vient se faire notre serviteur, à genoux devant nous en Jésus, son Fils bien-aimé ! Aucun homme n’aurait pu inventer le récit du lavement des pieds, car ce qui se passe ici va bien au-delà de la conception naturelle, habituelle, que les hommes peuvent se faire de leur(s) dieu(x).
Je conclurai en mettant en valeur la notion d’exemple : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». La grandeur selon l’Evangile n’a rien à voir avec la grandeur selon le monde. La seule grandeur valable pour Jésus, la seule qui nous rapproche vraiment de Dieu, c’est bien le service de Dieu et de notre prochain par amour. L’ambition du chrétien c’est la sainteté, la ressemblance avec Dieu. Tant que nous n’avons pas découvert la joie du service comme une bienheureuse sortie de notre égoïsme, nous ne pouvons pas suivre Jésus. Comme le disait Chris Mc Candless, le jeune aventurier du film Into the Wild, le bonheur n’est authentique que quand il est partagé…

1 commentaire:

Guillevic a dit…

Bonjour,

Je viens de lire votre homélie sur le lavement des pieds et ai été particulièrement touché notamment par l'association corps - amour du Christ.
J'ai travaillé sur cette "thématique" durant 18 mois pour la réalisation d'une fresque monumentale "Le lavement des pieds". Un film fut fabriqué sur toute la genèse de cette peinture et diffusé sur Kto.
Ces quelques précisions me permettent de vous faire partager la passion du commencement de la Passion.
Un bonheur partagé l'est doublement : merci !

Guillevic Yannig
yannig.guillevic@gmail.com
www.artistenomade.com