dimanche 31 octobre 2021

31ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

31/10/2021

Marc 12, 28-34

A la question du scribe qui veut savoir quel est le premier de tous les commandements, Jésus répond en citant le commandement de l’amour de Dieu et du prochain, déjà présent dans l’Ancien Testament. Ces commandements sont les plus grands. Ce faisant il simplifie la vie de ses disciples, si nous nous souvenons de ce que la Torah contenait 613 préceptes différents ! En même temps cette simplification de la vie religieuse et morale du croyant correspond à une exigence plus grande. Si la voie que Dieu nous trace est simple comme Dieu lui-même est simple, elle est difficile à mettre en pratique en raison de la faiblesse du péché et surtout à cause du péché des origines. Dans le premier commandement qui concerne l’amour envers Dieu, il s’agit d’un amour très fort, d’un amour total qui engage toute notre personne (cœur, âme, esprit et force). Il s’agit d’un amour qui ne se limite pas aux temps de prière et de culte, mais qui a pour vocation à remplir chaque instant de notre vie humaine. Cette vérité est à mettre en lien avec l’enseignement de Jésus selon lequel il nous faut prier en permanence. Toute notre vie devant devenir un acte de prière, donc d’amour de Dieu. Ce qui nous rend très difficile l’accomplissement effectif de ce commandement, c’est que notre esprit et notre cœur sont occupés par bien des choses, attachés à bien des choses. Ne croyons pas que la première partie de ce commandement ne concerne que les Juifs et les chrétiens de l’antiquité qui vivaient au milieu de peuples adorant une multitude de dieux… Le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Nous ne sommes plus tentés par le culte de Jupiter, du Soleil, de Baal ou de Mithra, mais cela ne signifie pas pour autant que nous ne nous sommes pas donné de nouvelles idoles. Ces idoles contemporaines ne sont pas représentées par des statues devant lesquelles on se prosterne. Elles peuvent avoir des noms bien différents : l’argent, la patrie, la famille ou le clan ou la tribu ou encore l’ethnie, la politique, la science etc. Il est si facile de mettre Dieu et l’Evangile au service de l’une de ces idoles, en renversant l’ordre des priorités. L’instrumentalisation de la religion n’est pas chose nouvelle, elle n’en demeure pas moins une tentation de notre temps.

Le commentaire du scribe est d’une importance capitale car il récupère la grande tradition des prophètes : Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. Le cœur du Judaïsme et du christianisme ne consiste pas en effet dans l’accomplissement de rites, aussi sacrés soient-ils. Le culte que Dieu désire et attend de nous se célèbre à chaque instant sur l’autel de notre cœur par les actes de foi, d’espérance et de charité. Jésus lui-même a fait sienne la critique prophétique des sacrifices. A ceux qui lui reprochaient sa proximité avec les pécheurs, il répondit en citant le prophète Osée : Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.

Enfin ce qui constitue peut-être la spécificité de Jésus dans son enseignement, c’est ce lien indissoluble qu’il établit entre le commandement de l’amour pour Dieu et celui de l’amour pour le prochain, lien mis en lumière de manière admirable par l’apôtre Jean :

Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.

Ainsi l’amour envers notre prochain est le test de la vérité de notre amour envers Dieu. Voilà le sacrifice authentique et véritable qui plaît à Dieu. Seul l’Esprit Saint, le lien d’amour entre le Père et le Fils, peut remplir notre cœur d’amour, de joie, de paix, de patience, de bonté, de bienveillance, de fidélité, de douceur et de maîtrise de soi. Demandons Lui au cours de cette eucharistie sa lumière et sa force, pour que nous ne perdions pas courage sur ce chemin exigeant et quotidien de la sainteté.

dimanche 24 octobre 2021

30ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

Journée mondiale des missions

24/10/2021

Marc 10, 46-52

L’évangéliste saint Marc situe la rencontre entre Bartimée et Jésus juste avant l’entrée messianique de Jésus dans Jérusalem. En cette journée mondiale des missions, nous sommes invités par l’Eglise à réfléchir sur ce qu’est l’évangélisation et à prier pour que des chrétiens et des chrétiennes donnent leur vie au service de la mission. Le motif principal de l’évangélisation est de permettre la rencontre entre chaque homme et Jésus par le don de la foi. Va, ta foi t’a sauvé, c’est par ces paroles que s’achève la rencontre entre le mendiant aveugle et celui qu’il reconnaît comme son Seigneur. La prière d’ouverture de la messe pour l’évangélisation des peuples demande à Dieu la grâce de la foi : Que l’Esprit répande les semences de vérité au cœur de chacun pour y susciter la foi.

La rencontre avec le Christ ressuscité, vivant et agissant dans l’Eglise et dans le monde, peut être favorisée comme empêchée. Dans l’Evangile de ce dimanche des personnes s’interposent entre le Seigneur et Bartimée :

Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! ».

L’évangélisation consiste au contraire à favoriser cette rencontre. Jésus désire avoir une relation personnelle avec chacun d’entre nous que nous soyons baptisés ou pas, croyants ou incroyants. Pour nous chrétiens il est essentiel de vivre les rencontres du quotidien dans cet esprit d’ouverture à l’autre, dans le désir de lui permettre de faire, lui aussi, l’expérience de la rencontre avec le Christ. Non seulement il nous faut éviter d’être des obstacles comme les gens de l’Evangile qui rabrouaient Bartimée, mais notre humble témoignage doit indiquer que nous somme saisis par l’amour de Jésus. Les personnes que nous rencontrons doivent comprendre d’une manière ou d’une autre que notre conception de la vie est différente et qu’elle ne se limite pas à naître, procréer, travailler, se divertir et mourir. Faire entrevoir un horizon plus vaste et plus beau fait aussi partie de l’évangélisation. Seule la reconnaissance de la présence de Dieu dans nos vies peut les sortir de la banalité et de l’enfermement dans le train-train quotidien. C’est cette présence qui donne un sens nouveau à nos activités quotidiennes et répétitives en les situant sur l’horizon ouvert par le Christ.

En 1964, en plein concile Vatican II, le pape Paul VI offrit à l’Eglise une méditation très belle sur les voies par lesquelles l’Eglise doit aujourd’hui accomplir sa mission. Dans la troisième partie de son encyclique, Paul VI souligne la grande valeur du dialogue dans le cadre de la rencontre avec tous et chacun. Tout simplement parce que la religion est d’abord un dialogue entre Dieu et l’homme, ouvert par l’initiative divine et culminant en Jésus-Christ. Ce dialogue, écrit le pape, suppose une volonté de courtoisie, d’estime, de sympathie, de bonté de la part de celui qui l’entreprend. Il exclut la condamnation a priori, la polémique offensante et tournée en habitude, l’inutilité de vaines conversations. Il est donc un moyen d’exercer la mission apostolique ; c’est un art de communication spirituelle. Ses caractères sont les suivants : la clarté avant tout, la douceur, la confiance et la prudence pédagogique enfin, qui tient grand compte des conditions psychologiques et morale de l’auditeur. Dans le dialogue ainsi conduit se réalise l’union de la vérité et de la charité, de l’intelligence et de l’amour (Paul VI).

 

dimanche 10 octobre 2021

28ème dimanche du temps ordinaire / année B

10/10/2021

Marc 10, 17-30

L’homme juste sur lequel Jésus pose son regard rempli d’amour ne peut pas répondre à l’appel du Seigneur à cause de ses grands biens. Il est incapable de renoncer à ses richesses pour obtenir un trésor différent, celui du ciel. Jésus part de ce blocage psychologique pour enseigner ses disciples à propos des richesses :

Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu !

Leur réaction passe de la stupéfaction au fait d’être fortement déconcertés et aboutit à une question angoissée :

Mais alors, qui peut être sauvé ?

Pour comprendre l’électrochoc provoqué par les paroles du Seigneur dans l’esprit des disciples, nous devons nous remettre dans le contexte biblique de l’Ancien Testament. Dans beaucoup de textes de la Bible juive la richesse est en effet présentée sous un jour très positif, comme le signe de la bénédiction de Dieu. Je ne prendrai qu’un exemple dans le livre de Job, conte philosophique écrit sur plusieurs siècles d’histoire biblique mais dont le canevas de base pourrait remonter au 9ème siècle av. JC. Nous connaissons l’histoire de Job, homme juste, sur lequel s’abattent tous les malheurs possibles et imaginables. Or Job nous est présenté au début du livre comme un personnage très riche et important :

Sept fils et trois filles lui étaient nés. Il avait un troupeau de sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, et il possédait un grand nombre de serviteurs. Cet homme était le plus riche de tous les fils de l’Orient.

Voilà que Job, mis à l’épreuve par Dieu, perd absolument tout : ses enfants, ses richesses et sa santé. Malgré tout il persévère dans sa foi et ne renie pas Dieu. A la fin du livre Dieu pour le récompenser de sa fidélité le rétablit dans tous ses biens et même encore davantage !

Le Seigneur bénit la nouvelle situation de Job plus encore que l’ancienne. Job posséda quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses. Il eut encore sept fils et trois filles.

Comment ne pas penser à la réponse que le Seigneur fait à la demande de Pierre dans notre Evangile ?

Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

Il existe cependant une différence essentielle entre le livre de Job et la réponse de Jésus, c’est la vie éternelle dans le monde à venir. Nous oublions facilement que dans le Judaïsme le plus ancien la vie s’arrêtait à la mort : pas de paradis ni de vie éternelle ! D’où logiquement le fait que Dieu récompensait les justes par des biens matériels dès maintenant, ce qui faisait de la richesse le signe certain de la bénédiction divine. Nous retrouvons cette mentalité encore aujourd’hui chez certains chrétiens, en particulier dans les Eglises évangéliques américaines qui prêchent la théologie de la prospérité. Sur le continent américain cette théologie de la prospérité est l’exact opposé de la théologie de la libération, née, elle, en Amérique latine, selon laquelle l’Eglise ne doit pas seulement avoir le souci prioritaire des plus pauvres mais doit contribuer à les libérer de ceux qui les oppriment. D’où la célèbre sentence de Dom Helder Camara, évêque brésilien :

Je nourris un pauvre et l'on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n'a pas de quoi se nourrir et l'on me traite de communiste.

Si la théologie de la prospérité peut se réclamer de la première phase de la révélation biblique, elle est clairement incompatible avec l’enseignement de Jésus qui présente plutôt la possession des richesses comme un danger et une tentation. La grande différence, c’est que Jésus situe notre vie sur terre dans la perspective de la vie éternelle. Cela revient à deux reprises dans notre Evangile :

Alors tu auras un trésor au ciel… et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

Jésus affirme la difficulté du salut pour celui qui possède des richesses et, en même temps, il rassure ses disciples en leur disant que tout est possible à Dieu.

Dans sa première lettre à Timothée, l’apôtre Paul indique aux chrétiens qui possèdent des richesses quelle est pour eux la voie du salut :

Quant aux riches de ce monde, ordonne-leur de ne pas céder à l’orgueil. Qu’ils mettent leur espérance non pas dans des richesses incertaines, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en profitions. Qu’ils fassent du bien et deviennent riches du bien qu’ils font ; qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière, ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie.


dimanche 3 octobre 2021

27ème dimanche du temps ordinaire (année B) / Dimanche de la création

 


Dimanche de la création

3/10/2021

Genèse 1, 26-28

Depuis la publication de l’encyclique Laudato si’ du pape François en 2015, nous sommes invités à célébrer une fois par an une messe en action de grâce pour le don de la création, une messe pour la sauvegarde de cette même création. Nous le faisons en ce dimanche, veille de la fête de saint François d’Assise que le pape a donné comme saint patron aux écologistes.

Je prendrai comme point de départ de notre méditation un texte fondateur, extrait du premier récit de la création dans la Genèse :

Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. »

Ce verset nous dit en même temps quelle est notre identité de créatures humaines et quelle est notre mission au cœur de la création. L’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu. Le projet du Créateur consiste à faire de l’homme et de la femme ses représentants sur cette terre. Ils participent ensemble de son autorité et de sa paternité en réalisant leur être le plus profond : rendre visible Dieu dans le créé. En raison du péché des origines, cette qualité d’image de Dieu est devenue une vocation, un horizon vers lequel tendre. Nous devons en quelque sorte devenir ce que nous sommes. Car le mal est entré dans notre cœur, et il ne nous est plus naturel d’être images de Dieu. Notre mission découle directement du fait que nous sommes appelés à être images de Dieu. Il s’agit d’être les maîtres de toutes les créatures, en particulier des autres espèces animales. Dieu confie à notre liberté et à notre sagesse sa création, il la remet entre nos mains pour que nous puissions lui offrir tout le créé. D’après la Genèse nous pouvons affirmer que nous sommes les rois de la création. La question qui se pose alors est la suivante : quel type de rois, quel genre de maîtres ? L’histoire humaine nous montre à la fois de bons rois mais aussi des rois despotiques, des tyrans cruels et sanguinaires, il en va de même pour les maîtres… Cette autorité nous vient de Dieu. Elle ne saurait donc être absolue. Elle comporte des règles et donc des limites. Le péché des origines, étant un péché d’orgueil, a mis dans le cœur de l’homme une orientation mauvaise lui laissant penser qu’il pouvait faire ce qu’il voulait du don de Dieu, sans aucune limite éthique. Le pape qualifie cette situation de domination absolue et d’anthropocentrisme déviant. Nous constatons aujourd’hui avec une conscience toujours plus vive les conséquences désastreuses pour nous-mêmes, pour les espèces animales domestiques et sauvages ainsi que pour notre terre d’une royauté humaine exercée de manière autonome et sans référence au Créateur. Appelés à être images de Dieu, nous ne pouvons exercer cette royauté et ce sacerdoce que selon les règles données par le Créateur lui-même. Une image doit toujours imiter et refléter son modèle. Ce qui signifie que nous devons apprendre à être les maîtres de la création à la manière de Dieu : avec sagesse, avec amour, avec tendresse et miséricorde. Tout cela implique d’accepter des limites à notre domination et à notre soif de profit, tout cela exige de nous imposer à nous-mêmes des limites et de renoncer au péché d’orgueil pour, je cite le pape, former avec les autres êtres de l’univers une belle communion universelle. La mission unique qui est la nôtre de par la volonté de Dieu n’implique pas égoïsme, indifférence, irresponsabilité. Bien au contraire : La Bible, écrit le pape, ne donne pas lieu à un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures. Le pape nous invite à sortir d’une vision utilitariste des animaux qui est toujours une vision égoïste. Les animaux ne sont pas d’abord des ressources à exploiter à notre service comme bon nous semble car ils ont une valeur en eux-mêmes, de par le simple fait d’être voulus par Dieu comme créatures à part entière. Le pape cite dans ce contexte les évêques allemands soulignant la priorité de l’être sur le fait d’être utile. L’encyclique Laudato si’ nous rappelle avec force l’urgence de notre conversion écologique en tant que chrétiens. L’écologie intégrale consiste, je cite à nouveau le pape, à rompre la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme, celle du monde de la consommation exacerbée qui est celui du mauvais traitement de la vie sous toutes ses formes.

Pour ce faire, nous pouvons nous mettre à l’école du Christ roi, maître au cœur humble et doux. Seule l’humilité, en effet, nous permettra de reconstruire une belle relation avec Dieu, entre nous et avec les autres créatures. Dans le contexte de crise écologique qui est le nôtre, la béatitude de la douceur prend une signification ô combien prophétique et nous montre comment nous pouvons être de bons maîtres de la création à l’image du Père et de son Fils, Jésus, le Verbe créateur. Cette béatitude est un chemin privilégié pour vivre comme saint François d’Assise cette fraternité sublime avec toute la création.

Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.

 

 


dimanche 26 septembre 2021

26ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

26/09/2021

Marc 9, 38-48

L’Evangile de ce dimanche rassemble diverses paroles de Jésus. Je me limiterai à considérer deux d’entre elles, car il me semble qu’elles s’éclairent mutuellement.

D’une part : Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Et d’autre part : Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.

Remarquons comment ces deux sentences commencent de manière identique : Celui qui… Elles sont clairement en contraste, en opposition, l’une par rapport à l’autre. La première désigne une bonne action qui aboutit à une récompense divine tandis que la seconde désigne une mauvaise attitude qui est pire que la mort.

Regardons tout d’abord la bonne action. Elle n’a rien d’héroïque, ni d’exigeant, elle est au contraire très simple et à la portée de tous : il s’agit de donner un verre d’eau à celui qui a soif ! Ici le Christ nous propose un bien facile à réaliser. Ici il s’agit d’une charité spécifique : celle qui est destinée aux chrétiens. Cela peut être la charité fraternelle des membres de l’Eglise qui ont le souci les uns des autres. Mais cela peut aussi vouloir dire qu’un païen, pour parler le langage antique, ou encore le non-chrétien, l’athée, recevront une récompense de Dieu s’ils agissent bien envers ses fils et ses filles, les croyants baptisés.

A l’opposé de cette bonne action se situe le scandale causé aux croyants. Jésus a un langage dur : il vaudrait mieux pour cette personne qu’elle meure noyée dans la mer plutôt que de causer la chute d’un seul de ses disciples. Cela nous invite à réfléchir à l’importance et à la qualité de notre témoignage de chrétiens. La deuxième lecture nous donne quelques exemples de contre-témoignages de la part de croyants qui ne recherchent que plaisir et luxe, en accumulant des richesses, tout en négligeant la justice sociale. Jacques souligne leur indifférence aux malheurs qui accablent leurs frères en humanité : vous avez fait bombance, pendant qu’on massacrait des gens. Ce faisant, il ne fait que reprendre la tradition prophétique la plus traditionnelle telle qu’elle est exprimée, par exemple, chez le prophète Amos. En pensant à l’actualité récente de notre Eglise, on peut avoir en mémoire le scandale de la pédophilie chez certains ministres de Dieu. La sévérité avec laquelle Jésus aborde toutes les formes de contre-témoignage qui font chuter les croyants (et aussi ceux qui ne le sont pas ou pas encore !) nous fait comprendre avec quelle intensité nous devons vivre notre engagement chrétien. Il s’agit bien pour nous d’être sel de la terre et lumière du monde ! Et cela passe avant toutes choses par l’amour authentique que nous aurons les uns pour les autres dans l’Eglise et pour tous nos frères les hommes. Le chapitre 9 de saint Marc se termine d’ailleurs par une allusion à cette image du sel :

C’est une bonne chose que le sel ; mais s’il cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa saveur ? Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous.

Que le Seigneur Jésus nous fasse cette grâce, alors que nous célébrons le sacrement de sa divine charité, de rechercher toujours avec ardeur la mise en conformité de notre vie et de nos actions avec le beau nom de chrétiens que nous portons !

dimanche 19 septembre 2021

25ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

19/09/2021

Jacques 3, 16- 4, 3

Depuis le dimanche 29 août, la liturgie de la Parole nous fait entendre en deuxième lecture des passages de la lettre de saint Jacques. Je vous recommande vivement la lecture de ce livre du Nouveau Testament. Cinq chapitres seulement, mais des enseignements d’une grande importance pour notre vie quotidienne ! Jacques aborde, entre autres questions essentielles, celle des péchés « en parole » ou de la langue, celle de la foi qui agit par les œuvres, celle de notre rapport aux richesses et à l’argent. Aujourd’hui il nous entretient de la sagesse chrétienne. Malheureusement le texte liturgique ne nous donne pas de début de sa réflexion. Le voici :

Quelqu’un, parmi vous, a-t-il la sagesse et le savoir ? Qu’il montre par sa vie exemplaire que la douceur de la sagesse inspire ses actes. Mais si vous avez dans le cœur la jalousie amère et l’esprit de rivalité, ne vous en vantez pas, ne mentez pas, n’allez pas contre la vérité. Cette prétendue sagesse ne vient pas d’en haut ; au contraire, elle est terrestre, purement humaine, démoniaque. Car la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes.

Jacques oppose une sagesse purement terrestre à la sagesse qui vient de l’Esprit Saint. La sagesse divine se caractérise par la douceur tandis que la sagesse démoniaque se nourrit de la jalousie et des rivalités. Elle conduit à la division et au péché. Au fond elle n’est pas une sagesse, car même la sagesse simplement humaine peut produire en nous de bons fruits. Il s’agit d’une prétendue sagesse qui donne libre cours à nos instincts les plus bas et à nos convoitises :

D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ?

L’homme divisé en lui-même, celui dont le cœur n’est pas unifié, ne peut pas vivre dans la paix du Seigneur. Non seulement il ne le peut pas, mais il empêche les autres de vivre dans cette paix et selon la sagesse véritable. La lettre de saint Jacques nous rappelle les Béatitudes et le lien qui existe entre chacune d’entre elles. La sagesse est douceur (Heureux les doux !) et cette douceur est inséparable d’un cœur pacifié et pacifique : C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix.

Ecoutons maintenant ce que Jacques nous dit de la sagesse divine :

La sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie.

A nouveau nous retrouvons l’enseignement de Jésus dans les Béatitudes avec la pureté, la paix et la miséricorde. Le cœur pur, c’est le cœur droit, honnête, sincère, sans hypocrisie, c’est le cœur qui recherche d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, c’est le cœur qui aspire à la sainteté et à l’imitation du Christ… à l’opposé du cœur partagé et divisé en lui-même. Le cœur pur est pacifique parce qu’il est en paix avec lui-même et avec Dieu. Il va de pair avec une bonne conscience. La sagesse qui vient d’en haut nous donne ce cœur pur et nous rend bienveillants, conciliants et miséricordieux. A l’opposé de la dureté qui caractérise la fausse sagesse et qui nous entraîne facilement vers le jugement et la condamnation, souvent dans le péché d’orgueil, la douceur de la sagesse divine est cette force qui nous permet de comprendre l’autre, de nous mettre à sa place et de lui pardonner ses offenses. La sagesse chrétienne telle que nous la décrit saint Jacques est une formidable puissance de réconciliation, une annonce prophétique du Royaume à venir, féconde en bons fruits. La sagesse chrétienne est une participation dans l’Esprit Saint à l’œuvre du Christ telle qu’elle nous est décrite par l’apôtre Paul dans sa lettre aux Colossiens :

Dieu a jugé bon qu’habite dans le Christ toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

 

dimanche 12 septembre 2021

24ème dimanche du temps ordinaire / année B. "Au dire des gens, qui suis-je?"

 


Marc 8, 27-35

12/09/2021

Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? »

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus fait en quelque sorte un sondage d’opinion. Comment est-il perçu en Israël ? La société de son époque est très différente de la nôtre du point de vue religieux. En Israël tout le monde croit au Dieu unique et les Juifs se passionnent pour des débats religieux comme en témoignent les Evangiles. Dans le vaste empire romain tous les hommes sont religieux et adorent une multitude de dieux. Contrairement à notre époque on pourrait caractériser le temps de Jésus par une surabondance de dieux… pas question d’athéisme même pour ceux qui peuvent avoir des doutes. Pas d’indifférence religieuse non plus. La religion et le culte font partie du quotidien de la vie. On est alors très éloigné de la formule de Nietzche annonçant la mort de Dieu. Un épisode rapporté par les Actes des apôtres témoigne de cette religiosité omniprésente. C’est Paul qui parle alors qu’il se trouve à Athènes :

Athéniens, je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : “Au dieu inconnu.” Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer.

Les athéniens comme tous les habitants de l’Empire pensaient qu’il y avait tellement de dieux qu’il était préférable de prendre des précautions en dédiant un autel au dieu inconnu afin de n’en oublier aucun dans leurs dévotions…

C’est la raison pour laquelle la question posée autrefois par Jésus résonne d’une manière totalement différente dans notre société sécularisée car Dieu n’est plus une question, il est tout simplement considéré comme inintéressant, inutile ou inexistant par la plupart de nos contemporains. C’est l’indifférence à son égard qui domine. Le sacré a quitté le domaine du religieux et il est descendu sur terre investissant des domaines profanes comme le sport, la musique etc. Les dieux ont changé de visage et se sont résorbés dans la réussite matérielle, la gloire, le succès, l’ambition, les richesses, les plaisirs sensuels… tels sont les dieux de notre polythéisme contemporain. Saint Jean les trouvaient déjà présents comme concurrents du Dieu d’Israël, comme obstacles essentiels à l’accueil de l’Evangile du Christ, confessé par Pierre dans notre Evangile :

Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde.

Et Paul déjà se lamentait du matérialisme grossier dans lequel certains se complaisaient :

Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre.

Depuis la mort de Dieu prophétisée par Nietzsche, il semblerait bien que les nouveaux dieux, les idoles, ne soient plus en concurrence avec Dieu, comme s’ils avaient acquis le monopole des cœurs, la majorité dans les sondages d’opinion…

C’est dire si l’annonce de la foi chrétienne et du Christ crucifié et ressuscité se fait aujourd’hui dans un contexte très différent de celui de l’époque de Pierre et de Paul ! Le reproche adressé par Jésus à son apôtre, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes, a une résonance bien spécifique 2000 ans plus tard. La grande difficulté de nos contemporains et même de certains d’entre nous, les croyants, consiste bien à s’extraire de la pensée humaine pour accueillir la révélation divine venant bouleverser nos vies par le mystère de l’incarnation, par la présence au milieu de nous du Christ qui est Seigneur. Il était déjà intolérable pour Pierre d’entendre son maître annoncer sa Passion et sa mort en croix. A plus forte raison de nos jours, le message du Christ nous choque profondément et nous indispose :

Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.

Nos contemporains pensent généralement du bien de Jésus… ou encore de son message d’amour fraternel et de paix… mais de là à le reconnaître comme la Parole de Dieu faite chair, il y un abime qui leur semble impossible à franchir ! C’est le saut de la foi dans la nouveauté et l’inconnu des pensées de Dieu ! S’il est pour nous essentiel de vivre la  foi qui agit par la charité, comme nous le rappellent à la fois Paul et Jacques, nos contemporains ont besoin du témoignage de chrétiens qui prient et qui développent une vie spirituelle intense, témoignant par-là que le Christ est vraiment le Vivant avec lequel ils désirent vivre la communion. D’où l’importance de la vie religieuse et consacrée ainsi que de la vie spirituelle de chaque chrétien, personnelle et communautaire. Rendons grâce pour le don de la foi et demandons pour nos frères et sœurs indifférents la grâce d’accueillir la révélation du Christ et les pensées de Dieu :

Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.