dimanche 28 juin 2026

Saints Pierre et Paul / 2026

L’Église associe dans une même fête deux apôtres très différents de par leur itinéraire de foi et leur tempérament : Pierre et Paul. La différence fondamentale entre ces deux apôtres réside dans leur relation à Jésus. Pierre fait partie des quatre premiers disciples appelés par Jésus au commencement de sa mission. Avec André son frère il exerce le métier de pêcheur. A la tête du groupe des Douze Pierre vivra dans l’intimité de Jésus du commencement de sa mission jusqu’aux jours de la Passion. Le pharisien Paul n’a jamais connu le Jésus d’avant Pâques et c’est par une révélation foudroyante du Ressuscité qu’il se convertit sur la route de Damas. Le persécuteur des chrétiens en un instant devient apôtre. Paul est cet ouvrier de la dernière heure dont nous parle la parabole. Cette différence de relation avec Jésus se traduit par le fait que dans ses lettres Paul parle surtout du Christ et utilise peu le nom de Jésus. Pierre est le premier appelé, Paul le dernier. Pierre a bénéficié d’une longue formation auprès de Jésus, Paul est l’apôtre d’une fulgurante conversion. Ce n’est pas seulement dans leur rapport à Jésus que ces deux apôtres sont fondamentalement différents, c’est aussi dans leur rapport à la miséricorde et dans leur expérience du pardon de Dieu. L’appel inattendu de Paul le plonge immédiatement dans l’immense grâce de la miséricorde. Pourquoi le Ressuscité choisit précisément l’un des ennemis les plus zélés des chrétiens pour en faire son apôtre ? Gratuité et liberté souveraine de la grâce divine manifestée dans la conversion de Paul. Dans sa première lettre à Timothée Paul a une vive conscience de ce grand don qui a fait de lui un chrétien et un apôtre. Il écrit :

Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi ; la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec elle la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus.

Si pour Paul l’expérience de la miséricorde coïncide avec sa conversion et sa vocation, Pierre a vécu cette expérience à la fin de son parcours avec Jésus. Lors de la dernière Cène il manifeste avec assurance son attachement sans faille au Christ : 

« Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. »  Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. »

Après son reniement Pierre pleurera. Nous connaissons bien cette page évangélique dans laquelle le Ressuscité au bord du lac renouvelle Pierre dans sa vocation en lui demandant à trois reprises « Pierre, m’aimes-tu ? » afin de racheter par l’amour le triple reniement. Dans leurs itinéraires si différents Pierre et Paul sont les apôtres de la miséricorde divine. Unis par un même attachement au Christ, ils seront unis par le témoignage du martyre rendu dans la ville de Rome. La différence de leurs itinéraires et de leurs tempéraments devait aussi aboutir inévitablement à des dissensions entre eux comme en témoignent les Actes des Apôtres et Paul lui-même dans sa lettre aux Galates. Le différend portait sur l’accueil des païens qui voulaient devenir chrétiens. Pierre, et d’autres avec lui, voulaient soumettre ces convertis aux pratiques du Judaïsme et à la circoncision. Paul s’oppose fermement à ce qu’il appelle un double jeu :

Quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il était dans son tort. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes de l’entourage de Jacques, Pierre prenait ses repas avec les fidèles d’origine païenne. Mais après leur arrivée, il prit l’habitude de se retirer et de se tenir à l’écart, par crainte de ceux qui étaient d’origine juive.

La grande conviction de Paul est la suivante : c’est la foi en Jésus qui sauve et pas la pratique de la Loi de Moïse. C’est le baptême qui compte et pas la circoncision. Dans la même lettre aux Galates Paul résume parfaitement ce qui l’unit à Pierre avec des charismes et des missions différentes :

Les autorités de l’Eglise de Jérusalem ont constaté que l’annonce de l’Évangile m’a été confiée pour les incirconcis (c’est-à-dire les païens), comme elle l’a été à Pierre pour les circoncis (c’est-à-dire les Juifs). En effet, si l’action de Dieu a fait de Pierre l’Apôtre des circoncis, elle a fait de moi l’Apôtre des nations païennes.

Les itinéraires de Pierre et de Paul nous disent bien des choses sur notre Eglise d’aujourd’hui. Pierre peut représenter les chrétiens qui ont hérité la foi de leur famille et qui depuis leur enfance pratiquent leur foi. Paul représente tous ces nouveaux venus qui frappent à la porte de nos églises pour demander le baptême, la confirmation etc. La présence de plus en plus grande des catéchumènes dans nos communautés chrétiennes nous pose la même question que Paul posa aux origines de l’Eglise à Pierre : celle de l’accueil des nouveaux venus que la grâce et la miséricorde du Seigneur nous envoient pour former avec eux l’unique Corps du Christ. Paul, le converti, a permis à l’Eglise de Pierre d’être et de demeurer véritablement catholique. En témoigne ce magnifique passage de sa lettre aux Galates :

Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.

 

 

 

dimanche 21 juin 2026

12ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 21/06/2026

Matthieu 10, 26-33

Soyez donc sans crainte ! Tel est le message que Jésus répète à trois reprises dans l’Évangile de ce dimanche aux douze apôtres. Cette insistance de la part du Seigneur doit nous interpeller dans la manière dont nous vivons notre foi chrétienne. A la crainte s’oppose la confiance en Dieu. Jésus nous y invite en nous parlant des moineaux et des cheveux de notre tête ! Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Si le Créateur et Père de tous les vivants s’occupe de ces petites créatures que sont les moineaux, à plus forte raison veille-t-il sur chacun d’entre nous ! Jésus veut enlever toute crainte de notre cœur pour que nous puissions être ses témoins : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. La finale du livre des Actes des Apôtres nous montre saint Paul en résidence surveillée à Rome dans l’attente de son jugement par l’empereur. Que nous dit cette finale ? Paul demeura deux années entières dans le logement qu’il avait loué ; il accueillait tous ceux qui venaient chez lui ; il annonçait le règne de Dieu et il enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec une entière assurance et sans obstacle. Délivrés de toute crainte nous pouvons comme Paul vivre notre vie chrétienne dans le monde avec une entière assurance. Nous savons aussi par les Evangiles que Jésus n’était pas un naïf optimiste : il a prévenu ses disciples qu’ils auraient à souffrir des rejets, des moqueries et des persécutions. Les versets du chapitre 10 de saint Matthieu qui précèdent la page évangélique de ce jour sont clairs : Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit que le disciple soit comme son maître, et le serviteur, comme son seigneur. Si les gens ont traité de Béelzéboul le maître de maison, ce sera bien pire pour ceux de sa maison. Si Jésus veut nous délivrer de la crainte, il ajoute aussi : craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Il ne nomme pas celui qui peut faire périr l’âme. Nous pouvons penser à Satan. Mais dans notre monde contemporain comme dans celui d’autrefois (chaque époque a ses tentations) bien des réalités peuvent faire périr l’âme, c’est-à-dire nous mutiler de la dimension spirituelle qui nous relie à Celui qui est la source et la finalité de notre existence : Dieu Trinité. Une citation bien connue de Bernanos dans La France contre les robots (1945) nous le rappelle : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » Sébastien Lapaque commente de manière lumineuse cette prophétie de Bernanos : (je le cite) « Depuis le début des années 2000, cette réflexion revient de plus en plus souvent. Comme si elle pouvait dire ce qu’est présentement notre écrasement dans un univers de machins et de machines au sein duquel l’homme semble poliment prié de s’effacer pour laisser la place à des chimères dont l’élaboration se fait désormais au grand jour, avec le soutien de la loi et bientôt de la police. Finie l’époque où Victor Frankenstein devait attendre la tombée de la nuit pour fabriquer un homme-machine avec des morceaux de cadavres… Les lecteurs du roman de Mary Shelley se souviennent que l’horrible créature du docteur Frankenstein, ce savant fou qui prétend tenir l’essence même de la vie sous son scalpel, n’a pas d’âme, partant, pas de nom. Incapable de joie, elle est fatalement vouée au mal… Il est frappant de voir qu’il nous confronte au projet de fabriquer un homme artificiel et à l’impossibilité de répliquer l’âme humaine. La vie intérieure reste une citadelle imprenable. C’est la raison pour laquelle le monde moderne a lancé toute sa machinerie à son assaut. […]  Georges Bernanos avait vu, tel un guetteur à la proue du navire, ce qui nous saute aux yeux trois quarts de siècle plus tard : la puissance de la propagande, la dureté de la réglementation et la lourdeur de l’organisation mises au service de la Technique. Tout ce qu’il écrit d’apparemment exagéré sur « le déterminisme inflexible des lois économiques », « l’invasion de la Machinerie » ou « la naissance d’une civilisation inhumaine » est notre quotidien. Le premier, Georges Bernanos a désigné la folie de ses contemporains persuadés de se servir de la Technique alors que ce sont eux qui la servaient. La Technique, c’est le système qui, appuyé sur l’utilisation de cet outil ou de cette machine, ne voit plus que leur propre efficacité et leur propre développement. La Technique, c’est quand l’outil ou la machine deviennent des fins. C’est ainsi que notre civilisation, privée de sens et de finalité en presque toute chose, est devenue une civilisation des moyens. »

Comment ne pas penser à la première encyclique du pape Léon Magnifica humanitas dont le troisième chapitre s’intitule Technique et maîtrise. La grandeur de la personne humaine face aux promesses de l’Intelligence artificielle ?

 

 

 

 

dimanche 14 juin 2026

11ème dimanche du temps ordinaire / année A (2026)

 Matthieu 9,36-10,8

14/06/2026

L’appel solennel des 12 disciples pour en faire 12 apôtres s’inscrit dans un contexte bien particulier : Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger.

Saint Luc fait précéder cet appel de Jésus par une nuit de prière. En saint Matthieu c’est la vision des foules désemparées et abattues qui prépare ce choix de la part de Jésus. C’est l’humanité souffrante qui touche son divin cœur et le pousse à envoyer en mission ses apôtres. Cette compassion du Christ nous rappelle l’Evangile que nous avons entendu vendredi pour la solennité du Sacré-Cœur : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

Dans la droite ligne de ces paroles du Seigneur saint Pierre dans sa première lettre invite les chrétiens à remettre leurs peines et leurs soucis à Dieu : Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous.

Tous ces textes nous parlent du fardeau que peut constituer notre existence humaine de mortels avec son lot d’épreuves, de souffrances physiques et morales, avec aussi la blessure de nos péchés. C’est cela qui fait que parfois nous ressemblons à ces foules désemparées et abattues. C’est pour ainsi dire notre misère qui perce le cœur du Christ. Jésus se fait alors tout accueil, débordant de miséricorde et de compassion, et nous ouvre les bras pour nous attirer à lui et vers le Père. Il nous invite à prendre sur nous le joug de son amour et à trouver en lui le repos pour nos âmes fatiguées et épuisées. Il nous attire vers le Père pour que nous puissions dans la confiance nous décharger sur lui de tous nos soucis. C’est dans ce contexte précis que le Seigneur institue les Douze. C’est dire à quel point leur vocation et leur mission implique qu’ils soient d’abord des hommes sensibles aux souffrances et aux misères de notre humanité, des hommes compatissants et miséricordieux à l’image de leur maître, des hommes au cœur doux et humble. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. L’apôtre ne tient pas de lui-même la grâce spirituelle qu’il a reçue et qu’il est chargé de transmettre à tous ceux qu’il croisera dans sa mission. Au commencement Jésus limite cette mission aux brebis perdues de la maison d’Israël. A la fin du même Evangile le Ressuscité élargira cette mission des apôtres à la dimension de la terre tout entière : Allez ! De toutes les nations faites des disciples. Saint Pierre, le premier parmi les apôtres, a ressaisi d’une manière admirable l’esprit de la mission apostolique dans l’exhortation qu’il adresse aux Anciens dans sa première lettre : Soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui se trouve chez vous ; veillez sur lui, non par contrainte mais de plein gré, selon Dieu ; non par cupidité mais par dévouement ; non pas en commandant en maîtres à ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau. Et, quand se manifestera le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas.

Si les bons pasteurs à la suite des apôtres sont nécessaires à la vie et à la croissance du peuple de Dieu, n’oublions pas que c’est avec les bonnes brebis que Dieu fait les bons pasteurs. Dans une communauté chrétienne l’édification est toujours mutuelle. Ainsi la sainteté des fidèles contribue à la sainteté des pasteurs tout autant que la sainteté des pasteurs contribue à celle des fidèles. Lorsque l’apôtre Paul parle des relations domestiques entre les parents et les enfants il applique le même principe à l’échelle de la famille : Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ; cela est beau dans le Seigneur. Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager. Dans la famille humaine tous sont responsables de l’édification mutuelle des membres : le mari pour sa femme, la femme pour son mari, les parents pour leurs enfants, les enfants pour leurs parents. Il en est de même dans la grande famille des enfants de Dieu qu’est l’Eglise. Ce qui faisait dire à Bossuet à propos du ministère de la prédication :

Ce sont les auditeurs fidèles qui font les prédicateurs évangéliques, parce que, les prédicateurs étant pour les auditeurs, ‘les uns reçoivent d’en haut ce que méritent les autres’.

dimanche 7 juin 2026

SAINT SACREMENT 2026 / ANNEE A

 Jean 6, 51-58

En ce deuxième dimanche après la Pentecôte l’Église nous invite à célébrer le saint sacrement du corps et du sang du Seigneur. Le jeudi saint nous avons fait mémoire de l’institution de ce sacrement par Jésus dans le cadre du triduum pascal. Aujourd’hui l’Église désire à nouveau nous faire saisir l’importance de ce sacrement pour notre vie chrétienne et pour le salut de la multitude. Dans le dispositif sacramentel de l’Église catholique avec ses sept sacrements seule l’eucharistie est fêtée en tant que telle et pour elle-même. C’est un signe de sa place tout à fait particulière dans la dispensation de la grâce divine à travers les sacrements. D’où le nom de « saint sacrement » qui signifie l’excellence de ce sacrement par rapport à tous les autres. Tous les sacrements sont bien sûr saints car tous viennent de Dieu par le Christ et tous contribuent à notre sainteté. Si certains sacrements nous offrent une grâce particulière de la part de Dieu (confession, onction des malades, mariage et ordre), d’autres nous donnent en quelque sorte Dieu lui-même : c’est le cas des trois sacrements de l’initiation chrétienne mais au plus haut point de l’eucharistie. L’eau du baptême et l’onction de la confirmation sont des signes de la grâce qui demeurent extérieurs à nous alors que nous mangeons l’eucharistie. C’est d’ailleurs cet acte de manger et de boire qui a fortement choqué les auditeurs de Jésus dans le chapitre 6 de l’Évangile selon saint Jean, le discours sur le pain de vie dont nous entendons une partie en cette solennité. Dans la page évangélique de ce jour Jésus se présente aux Juifs comme le pain vivant descendu du ciel. Lorsqu’il annonce le don de l’eucharistie le Seigneur insiste sur deux effets de ce sacrement : il instaure entre nous et lui une communion tout à fait particulière et il est le gage de la vie éternelle. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.

C’est ainsi que Jésus définit la communion sacramentelle rendue possible par la célébration de chaque eucharistie. C’est aussi de cette communion dont il s’agit dans la deuxième lecture. L’apôtre Paul y ajoute l’idée d’unité : Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. L’eucharistie édifie l’unité des chrétiens dans le corps du Christ. La communion au corps eucharistique renforce la communion du corps ecclésial dont nous sommes les membres. Pour revenir à l’enseignement de Jésus notons bien que ce n’est pas seulement le Christ qui demeure en nous mais aussi nous qui demeurons en lui par la communion. Dans le mystère de la communion le Créateur et la créature, Dieu et l’homme ne sont plus séparés par la transcendance divine mais il se crée comme une égalité d’amour qui permet ce « demeurer » réciproque. Si par la communion nous demeurons dans le Christ, alors nous sommes intégrés à la circulation de vie divine qui est celle de la Trinité. Nous vivons déjà en Dieu. Ce que le baptême réalise, l’eucharistie l’accomplit d’une manière inimaginable pour la pensée humaine. Ce « demeurer » l’un dans l’autre n’est pas seulement valable pour notre vie terrestre. Jésus insiste beaucoup sur le don de la vie éternelle dont chaque communion est le gage et l’anticipation : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

La solennité du saint sacrement a pour but, entre autres choses, de réveiller notre ferveur et notre dévotion chaque fois que nous participons à l’eucharistie. La répétition de ce sacrement, en particulier chaque dimanche, peut nous conduire en tentation : celle de banaliser le grand don qui nous est fait chaque fois de manière unique. Le respect et l’amour que nous portons au Christ dans l’eucharistie doivent toujours être présents au cours de la messe et en dehors de la messe lorsque nous prions devant le tabernacle ou le saint sacrement exposé. Cette dévotion intérieure se manifeste aussi par notre comportement extérieur lors de la célébration. Par des gestes d’adoration, par notre arrivée dans l’église avant le commencement de la célébration afin de nous préparer, par le silence sacré qui doit précéder la célébration de l’eucharistie pour nous permettre de mieux entrer dans la prière et surtout par notre manière de recevoir la communion et de prier personnellement après l’avoir reçue dans l’action de grâce qui est le nom même de l’eucharistie. Il serait dommageable pour notre vie spirituelle de célébrer l’eucharistie et d’oublier dans la communion et le silence qui la suit l’action de grâce, le merci fervent qui doit alors habiter notre cœur de croyant uni au cœur du Christ.