Matthieu 9,36-10,8
14/06/2026
L’appel solennel des 12 disciples pour en faire 12 apôtres s’inscrit dans un contexte bien particulier : Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger.
Saint Luc fait précéder cet appel de Jésus par une nuit de prière. En saint Matthieu c’est la vision des foules désemparées et abattues qui prépare ce choix de la part de Jésus. C’est l’humanité souffrante qui touche son divin cœur et le pousse à envoyer en mission ses apôtres. Cette compassion du Christ nous rappelle l’Evangile que nous avons entendu vendredi pour la solennité du Sacré-Cœur : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.
Dans la droite ligne de ces paroles du Seigneur saint Pierre dans sa première lettre invite les chrétiens à remettre leurs peines et leurs soucis à Dieu : Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous.
Tous ces textes nous parlent du fardeau que peut constituer notre existence humaine de mortels avec son lot d’épreuves, de souffrances physiques et morales, avec aussi la blessure de nos péchés. C’est cela qui fait que parfois nous ressemblons à ces foules désemparées et abattues. C’est pour ainsi dire notre misère qui perce le cœur du Christ. Jésus se fait alors tout accueil, débordant de miséricorde et de compassion, et nous ouvre les bras pour nous attirer à lui et vers le Père. Il nous invite à prendre sur nous le joug de son amour et à trouver en lui le repos pour nos âmes fatiguées et épuisées. Il nous attire vers le Père pour que nous puissions dans la confiance nous décharger sur lui de tous nos soucis. C’est dans ce contexte précis que le Seigneur institue les Douze. C’est dire à quel point leur vocation et leur mission implique qu’ils soient d’abord des hommes sensibles aux souffrances et aux misères de notre humanité, des hommes compatissants et miséricordieux à l’image de leur maître, des hommes au cœur doux et humble. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. L’apôtre ne tient pas de lui-même la grâce spirituelle qu’il a reçue et qu’il est chargé de transmettre à tous ceux qu’il croisera dans sa mission. Au commencement Jésus limite cette mission aux brebis perdues de la maison d’Israël. A la fin du même Evangile le Ressuscité élargira cette mission des apôtres à la dimension de la terre tout entière : Allez ! De toutes les nations faites des disciples. Saint Pierre, le premier parmi les apôtres, a ressaisi d’une manière admirable l’esprit de la mission apostolique dans l’exhortation qu’il adresse aux Anciens dans sa première lettre : Soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui se trouve chez vous ; veillez sur lui, non par contrainte mais de plein gré, selon Dieu ; non par cupidité mais par dévouement ; non pas en commandant en maîtres à ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau. Et, quand se manifestera le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas.
Si les bons pasteurs à la suite des apôtres sont nécessaires à la vie et à la croissance du peuple de Dieu, n’oublions pas que c’est avec les bonnes brebis que Dieu fait les bons pasteurs. Dans une communauté chrétienne l’édification est toujours mutuelle. Ainsi la sainteté des fidèles contribue à la sainteté des pasteurs tout autant que la sainteté des pasteurs contribue à celle des fidèles. Lorsque l’apôtre Paul parle des relations domestiques entre les parents et les enfants il applique le même principe à l’échelle de la famille : Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ; cela est beau dans le Seigneur. Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager. Dans la famille humaine tous sont responsables de l’édification mutuelle des membres : le mari pour sa femme, la femme pour son mari, les parents pour leurs enfants, les enfants pour leurs parents. Il en est de même dans la grande famille des enfants de Dieu qu’est l’Eglise. Ce qui faisait dire à Bossuet à propos du ministère de la prédication :
Ce sont les auditeurs fidèles qui font les prédicateurs évangéliques, parce que, les prédicateurs étant pour les auditeurs, ‘les uns reçoivent d’en haut ce que méritent les autres’.