dimanche 23 août 2026

21ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 

23/08/2026

Matthieu 16, 13-20

L’épisode de la profession de foi de Pierre a lieu dans la région de Césarée de Philippe. Cette localité se trouvait en territoire païen, à la hauteur de Tyr, au nord de la Galilée, là où se situent les sources du Jourdain. Dans cette ville on trouvait un antique sanctuaire au dieu Pan (d’où le nom actuel de Banias, déformation de Panéas) ainsi qu’un temple construit en l’honneur d’Auguste par Hérode. Actuellement Banias est une localité de Syrie occupée par Israël depuis 1967. Le récit de Matthieu instaure donc un contraste saisissant entre un lieu très éloigné de Jérusalem et du Judaïsme, fortement marqué par le paganisme, et une profession de foi messianique. C’est en dehors des frontières d’Israël que Pierre proclame Jésus comme le Messie. Comme si le récit de Matthieu annonçait déjà la conversion des nations païennes à la foi chrétienne… L’Evangile de ce dimanche nous fait passer du titre de Fils de l’homme à celui de Fils du Dieu vivant et de Christ. A la question de Jésus sur son identité répond Simon-Pierre au nom du groupe des apôtres. Il est bien, comme on le dirait aujourd’hui, le leader de ce groupe d’hommes choisis par le Seigneur. Dans le contexte du Judaïsme dire à Jésus « tu es le Christ » était un acte d’une importance extrême. Nous sommes habitués à parler de Jésus-Christ. Mais à Césarée cette profession de foi fut un événement considérable. Car si Jésus et le Messie sont la même personne, alors cela signifie l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu et l’entrée dans une nouvelle époque de l’histoire religieuse. Suite à cette profession de foi de son apôtre le Seigneur insiste sur le caractère surnaturel de cet événement : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

La foi de Pierre comme notre foi ne vient pas de nous. Elle est toujours un don de Dieu. Ce que Jésus dit à Pierre nous rappelle ce que Jean affirme dans le prologue de son Evangile : Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.

Cela nous permet de bien comprendre en quoi consiste le pouvoir spirituel que Jésus donne à Pierre en particulier et au groupe des Douze : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.

Si Jésus choisit Pierre comme pierre de fondation pour son Eglise, c’est parce qu’en Pierre agit la grâce divine, la grâce surnaturelle, l’assistance de l’Esprit Saint. Autant dire que Jésus voit en son Eglise bien plus qu’une simple organisation humaine et religieuse. Pas plus que la foi l’Eglise repose sur la chair et le sang, c’est-à-dire sur la nature humaine. Derrière Pierre, à travers lui et ses successeurs, c’est Dieu lui-même qui se constitue le Pasteur unique de son Eglise car lui seul a le pouvoir de changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair, lui seul peut nous faire proclamer : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! L’histoire de la papauté peut être cause de scandale. Si beaucoup de papes ont été des saints, d’autres ont été indignes et ont sali le siège de Pierre. Cela vient en grande partie du fait que le pape est devenu à partir du 8ème siècle un chef temporel, le chef des Etats pontificaux, qui faisait des guerres comme tous les rois en faisaient et qui avait besoin pour ces guerres de beaucoup d’argent. Malgré la vie de péché de certains papes l’Eglise est toujours là, bien vivante. Et l’on pourrait dire que c’est un miracle ! « La puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » a promis Jésus. Tout ce qui repose sur la chair et le sang, sur la simple nature, doit mourir. Mais ce qui repose sur le don de Dieu, sur sa fidélité et son amour, ne peut pas mourir. L’Eglise est bâtie sur deux pierres de fondation : l’une visible, le successeur de Pierre qui peut avoir ses faiblesses humaines, l’autre invisible mais ô combien plus importante, le Christ Jésus lui-même.

dimanche 16 août 2026

20ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 

16/08/2026

Matthieu 15, 21-28

Cette page évangélique fait partie de celles qui nous interrogent ou qui nous choquent. Le Jésus de la cananéenne semble tellement différent du Jésus de la samaritaine. A la place de la compassion du Seigneur, nous trouvons une espèce de froide indifférence. Jésus dans cet Evangile ne se présente pas à nous sous les traits du Sauveur pour tous les peuples. Cela fait beaucoup de difficultés. Et à ces difficultés s’ajoute une relation triangulaire entre Jésus, les disciples et la cananéenne. Commençons par regarder l’attitude des disciples : Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! Au lieu de favoriser la rencontre entre Jésus et la femme les disciples font écran car ils ne veulent pas être importunés. Nous retrouverons aux chapitre 19 et 20 une attitude semblable. On présenta des enfants à Jésus pour qu’il leur impose les mains en priant. Mais les disciples les écartèrent vivement. Et lorsque deux aveugles supplient Jésus au bord de la route : La foule les rabroua pour les faire taire. Les disciples comme la foule semblent vouloir garder Jésus pour eux seuls. Ils font écran entre leur Maître et ceux de l’extérieur qui veulent l’approcher. Aujourd’hui il nous arrive aussi en tant que catholiques d’agir comme les disciples. Au lieu de favoriser la rencontre entre les personnes éloignées de l’Eglise et Jésus nous pouvons être des obstacles, simplement par égoïsme, par facilité et parce que nous n’avons pas encore intériorisé ce que signifie être catholique : non pas faire partie d’un club de privilégiés qui connaissent Jésus mais être sel de la terre et lumière du monde, ce qui implique un cœur ouvert à ceux qui ne font pas partie de notre Eglise ou de notre paroisse. Nous ne sommes pas les propriétaires de Jésus ou de Dieu mais les serviteurs de l’Evangile.

Venons-en maintenant à l’attitude de Jésus par rapport à la cananéenne. Comment motive-t-il son silence face à la demande de la femme qui le supplie pour sa fille ? Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais dans ce cas pourquoi donc Jésus sort-il d’Israël pour se rendre dans un territoire païen ? L’argument donné par le Seigneur ne devrait pas nous surprendre si nous connaissons ce qui précède dans l’Evangile selon saint Matthieu. Au chapitre 10 lorsqu’il envoie les Douze en mission il leur donne en effet la consigne suivante : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Au départ il est vrai que Jésus limite volontairement sa mission d’évangélisation à son seul peuple. Nous savons combien de refus, d’hostilité et de résistances il recevra de la part d’Israël dans sa mission messianique. Cela peut expliquer en partie son ouverture de plus en plus grande, au fur et à mesure qu’il approche des jours de la Passion, aux païens. La deuxième lecture de cette messe nous montre comment l’apôtre Paul a compris ce passage d’une mission limitée et à une mission universelle. A la veille de sa Passion Jésus donne la parabole des vignerons assassins avec cette leçon : Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. Le fait que le Seigneur finisse par exaucer la demande de la cananéenne nous montre bien que ce qui compte le plus à ses yeux ce n’est pas d’où nous venons ni à quel peuple nous appartenons mais bien notre foi. Et la foi de la cananéenne s’accompagne aussi d’une grande humilité. La réponse que lui fait Jésus après son silence aurait pu être reçue comme humiliante : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Le propos est tellement choquant que la traduction liturgique a voulu en atténuer la dureté en ajoutant « petits » devant « chiens » contrairement à la plupart des autres traductions… L’image du pain est parlante puisque cet épisode se situe précisément entre les deux « multiplications » des pains opérées par Jésus. L’épreuve que Jésus fait subir à cette femme païenne lui donne accès au monde de la foi. Elle commence par l’appeler « Seigneur, fils de David », avec un titre messianique alors qu’elle n’est pas juive, et finit simplement par « Seigneur » reconnaissant en lui bien plus que le Messie, confessant la divinité de celui qui s’apprête à l’exaucer.

Enfin à la consigne de départ donnée aux Douze et limitant leur mission à Israël il convient de mettre en regard la consigne finale du Ressuscité au chapitre 28 :

Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

samedi 15 août 2026

ASSOMPTION DE MARIE 2026

 Dans le mystère de la création Dieu qui est esprit donne naissance à tout ce qui existe, à la matière. Le Dieu invisible se manifeste dans des réalités visibles. Le Dieu unique se manifeste dans la profusion et la multiplicité de ses œuvres. Notre esprit éprouve une extrême difficulté à se représenter ce qu’est un esprit, que ce soit Dieu ou les anges. En méditant le mystère de la création nous nous demandons quel rapport peut exister entre le monde spirituel et le monde matériel, entre Dieu et sa création. Comment un pur esprit peut-il créer de la matière ? Notre foi chrétienne nous préserve de deux visions opposées : l’une qui serait uniquement spirituelle, l’autre qui serait matérialiste. Dans l’histoire du christianisme la vision spiritualiste (seule compte l’âme au mépris du corps) nous a fait parfois oublier ce bel équilibre de notre foi qui proclame le salut de l’âme et du corps. Dans le mystère de l’incarnation l’esprit et la chair, l’âme et le corps, Dieu et l’homme, ne s’opposent plus, ils s’unissent de manière parfaite en la personne de Jésus-Christ. Pas de mystère de l’incarnation sans le « oui » de Marie au jour de l’Annonciation, pas d’incarnation du Verbe éternel sans la maternité virginale de Marie. Elle est en quelque sorte ce pont entre le monde de l’esprit et le monde de la chair. Dans l’un de ses sermons pour la fête de l’Assomption Bossuet met en lumière le lien entre Assomption et Incarnation : Car si la divine Marie a reçu autrefois le Sauveur Jésus, il est juste que le Sauveur reçoive à son tour l’heureuse Marie ; et n’ayant pas dédaigné de descendre en elle, il doit ensuite l’élever à soi pour la faire entrer dans sa gloire. Il ne faut donc pas s’étonner si la bienheureuse Marie ressuscite avec tant d’éclat… Jésus à qui cette Vierge a donné la vie, la lui rend aujourd’hui par reconnaissance : et comme il appartient à un Dieu de se montrer toujours magnifique ; quoiqu’il n’ait reçu qu’une vie mortelle, il est digne de sa grandeur de lui en donner en échange une glorieuse.

Dans son sermon Bossuet met en avant les vertus de Marie, en particulier son amour, sa virginité et son humilité. Comme beaucoup de saints prédicateurs et docteurs de l’Eglise Bossuet nous fait comprendre qu’aimer Marie c’est contempler ses vertus et s’en inspirer. La vraie dévotion à Marie nous porte à l’imiter en particulier dans son humilité. Car Marie elle-même en tant que première disciple de son fils suit ses pas sur ce chemin d’humilité. Ecoutons Bossuet : Puisque c’est l’humilité seule qui a fait le triomphe de Jésus-Christ, il faut qu’elle fasse aussi celui de Marie ; et sa gloire ne lui plairait pas, si elle y entrait par une autre voie que par celle que son fils a voulu choisir. Elle s’élève donc par l’humilité… elle s’enrichit en se dépouillant.

Lorsque la spiritualité chrétienne nous parle de l’imitation de Jésus ou de Marie, il ne s’agit pas de copier, de reproduire dans les moindres détails la vie de Jésus et de Marie. La grande diversité des saints et des saintes nous le montre. L’imitation, c’est s’inspirer de la sainteté de Jésus et de Marie, c’est s’imprégner par la contemplation et par l’action de leurs vertus.

En cette solennité de l’Assomption nous pouvons considérer Marie comme notre mère spirituelle. Certains choisissent d’être accompagnés dans leur foi par un père spirituel (ou une mère) pour en recevoir lumières, conseils, encouragements. En donnant sa mère à Jean au pied de la croix, Jésus a voulu à travers lui donner sa mère à tous ses disciples. Il lui demande de nous considérer comme si nous étions ses fils, ses filles. Marie dans la gloire de la Trinité exerce à notre profit une maternité spirituelle. Dans le mystère de l’incarnation Marie est, avec son Fils et après lui, ce trait d’union entre l’esprit et la chair, entre Dieu et l’humanité. Par sa proximité avec nous elle nous rend Dieu proche et présent. C’est la raison pour laquelle beaucoup de personnes, parfois éloignées de l’Eglise et de la pratique religieuse, reviennent à Dieu par Marie. Car la mère nous conduit toujours à son Fils et le Fils nous conduit toujours au Père. Comment pouvons-nous bénéficier de cette maternité spirituelle de la Vierge Marie ? En contemplant sa vie et ses vertus dans les Evangiles, en aimant ce qu’elle a aimé, en pratiquant ses vertus, en particulier l’humilité, en la priant avec une grande confiance.

dimanche 9 août 2026

19ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 

9/08/2026

Matthieu 14, 22-33

Matthieu, Marc et Jean relatent l’épisode de Jésus marchant sur les eaux du lac de Tibériade appelé aussi mer de Galilée. Dans la version qu’en donne saint Matthieu Jésus, après s’être retiré dans la solitude de la montagne pour prier, décide de rejoindre ses disciples en marchant sur les eaux : Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. Le Seigneur ne réalise jamais des signes pour lui-même et encore moins pour impressionner les hommes par son pouvoir divin. Cette manière de faire est celle que le diable lui suggère dans le désert des tentations. Matthieu nous dit que la mer était agitée car le vent était contraire. C’est saint Marc qui nous explique pourquoi Jésus fait ce geste qui défie les lois de la nature : Voyant qu’ils peinaient à ramer, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. Pour saint Marc c’est bien en faveur de ses disciples effrayés par la mer agitée que le Seigneur marche sur les eaux pour les rejoindre et les rassurer. Il s’agit donc d’un acte de charité de sa part. Mais leur réaction montre que c’est l’effet inverse qu’il obtient. Non seulement la tempête les effraie, mais l’apparition de Jésus ne les rassure pas, bien au contraire : En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Nous comprenons parfaitement la réaction des disciples. Cette page évangélique nous enseigne que dans les moments de grandes difficultés ou les épreuves Jésus ne nous abandonne pas et il vient à notre rencontre pour nous tendre la main. La parole qu’il adresse aux disciples fait partie de ces paroles de Dieu qui sont essentielles à travers toute la Bible, tellement elle est présente et répétée de bien des manières : Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! Les hommes de l’époque de Jésus qui partageaient la culture gréco-romaine du vaste Empire romain connaissaient tous plus ou moins les péripéties maritimes d’Ulysse dans l’Odyssée et d’Enée dans l’Enéide. Ces deux grands héros, l’un grec, l’autre troyen, subissaient sur la Méditerranée la colère des dieux. Poséidon se déchaînait contre Ulysse et Junon contre Enée. Si bien qu’Ulysse mit dix ans pour retrouver sa patrie… Le Dieu biblique est tout autre, nous le constatons. Si Zeus et Poséidon manifestaient leur puissance divine par la foudre, le tonnerre, l’éclair, les tremblements de terre et la tempête, le Dieu de la Bible qui vient à la rencontre d’Elie ne se trouve pas dans l’ouragan, le tremblement de terre, le feu, mais bien dans le murmure d’une brise légère. Si les dieux de l’Olympe utilisent les phénomènes naturels extrêmes et violents pour manifester leur puissance et punir les mortels, Jésus, en marchant sur les eaux, domine les éléments naturels déchaînés pour réconforter ses disciples. Le rapport du divin à la nature est donc très différent dans les deux univers mais aussi le rapport du divin à l’humanité. Poséidon est incapable de pardonner l’aveuglement du cyclope Polyphème, son fils, par Ulysse. Il ne peut que se venger et utilise son pouvoir sur les éléments naturels pour effrayer Ulysse et si possible le tuer dans les eaux. Jésus, Fils de Dieu, marche sur les eaux agitées pour inviter à la confiance, à la foi et pour déraciner du cœur des hommes la peur qui paralyse. Le Dieu révélé par Jésus-Christ invite toujours à la confiance, à l’amour qui bannit toute crainte.