En cette solennité de Pâques je prendrai comme point de départ de cette méditation un texte d’Isaïe que nous avons entendu lors de l’office du Vendredi saint. Il s’agit du 4ème chant du serviteur du Seigneur. Ce texte est habituellement interprété comme une annonce de la Passion et de la mort du Messie. D’où sa place dans la liturgie de l’office de la Passion du Seigneur. Cependant cette prophétie nous parle aussi du mystère que nous célébrons (en cette nuit) / (en ce jour). Il s’agit véritablement d’un texte pascal unissant en lui les souffrances, la mort et la résurrection du Seigneur. Ecoutons à nouveau ces versets d’Isaïe qui annoncent la victoire du Messie sur la mort. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! Résurrection et Ascension du Seigneur sont annoncés et les verbes utilisés par Isaïe nous font penser à l’hymne pascale de Paul dans la lettre aux Philippiens : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté : Il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom ». Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler. Dans ce verset qui clôture le chapitre 52 le prophète nous fait comprendre que l’exaltation du serviteur du Seigneur aura une portée universelle. Cet événement de la résurrection étonnera dans le sens le plus fort de ce verbe non seulement les saintes femmes, les apôtres et les disciples mais aussi une multitude de nations. Même si Jésus avait annoncé sa résurrection à ses disciples, cet événement constitue une nouveauté inouïe dans l’histoire de notre humanité. Il s’agit bien d’un événement unique, inattendu, qui ne peut que provoquer étonnement et admiration. Au chapitre 53 nous pouvons lire ces versets significatifs dans le contexte de la célébration de Pâques : S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. Nous sommes en tant que baptisés cette descendance promise au serviteur du Seigneur. Nous sommes les fils et les filles de la résurrection. Le Messie est annoncé par le prophète comme un triomphateur puissant qui, après avoir obtenu la victoire, partage le butin. Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens nous donne une clé possible de compréhension d’Isaïe 53 : Quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? … Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ.
Comment pouvons-nous rendre
présente cette victoire de Pâques dans notre monde terrestre ? Si la
solennité pascale oriente notre regard vers la vie éternelle, elle nous invite
aussi à un engagement terrestre au nom de notre foi en Jésus ressuscité. Bien
des choses en ce monde ne dépendent pas de nous, comme par exemple mettre fin
aux guerres qui continuent à faire tant de victimes et de dégâts en cette année
2026. Les puissants de ce monde ne nous demandent jamais notre avis quand ils
déclarent des guerres. Par contre il nous appartient pour ce qui est au pouvoir
de notre liberté humaine de tout faire pour que la civilisation de l’amour
progresse selon la volonté de Dieu. Si Pâques est vraiment la victoire de Dieu
sur la mort, alors ouvrons pleinement notre cœur au don de la vie divine. La
civilisation de l’amour est celle de la vie. Il nous appartient en tant que
baptisés de rendre présente aujourd’hui la Pâque de Jésus. Pâque nous renvoie
aux Béatitudes qui sont des chemins de vie plus que jamais actuels. A la
lumière des Evangiles et des Béatitudes nous pouvons discerner ce qui, en nous,
fait encore obstacle à la puissance de la résurrection, ce en quoi nous sommes
complices des forces du mal. Si nous n’avons pas le pouvoir d’arrêter les
guerres, de mettre un terme aux injustices, à la famine et à la misère, il nous
revient d’avoir faim et soif de la justice, d’être des artisans de paix. Que
Jésus dans cette communion pascale renouvelle en profondeur nos cœurs afin
qu’ils soient purs, doux, humbles et miséricordieux. Au grand don de Dieu
répondons par l’intensité de notre désir. Le témoignage de notre foi chrétienne
en la résurrection se vérifie chaque jour dans les petites choses, petites aux
yeux des hommes mais grandes pour le cœur de Dieu. Croyons-nous vraiment que
nous sommes capables avec la grâce de Jésus de changer, de devenir meilleurs à
travers nos actes et nos choix ? Ou bien sommes-nous résignés à notre
tiédeur et à notre médiocrité ? Notre vie chrétienne, notre vie pascale
avec le Christ, est un exercice qui commence chaque matin pour qu’à travers nos
actes, nos pensées, nos paroles nous soyons des créatures nouvelles. Les
nouveaux baptisés de Pâques viennent nous réveiller de notre torpeur. Ils nous
invitent au courage de la foi par lequel chaque jour nouveau devient l’ébauche
du Royaume en nous et dans le monde.

