dimanche 8 février 2026

Cinquième dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 8/02/2026

Matthieu 5, 13-16

En ce dimanche nous poursuivons notre lecture du sermon sur la montagne. Après la proclamation des Béatitudes Jésus utilise deux images pour décrire l’identité de ses disciples. Ceux qui veulent le suivre pour mettre en pratique sa parole sont sel de la terre et lumière du monde. C’est notre vocation chrétienne en ce monde. Si la métaphore du sel est peu fréquente dans le Nouveau Testament, celle de la lumière est au contraire très présente. Ce mot est en effet utilisé 71 fois dans le Nouveau Testament. Si le sel évoque une petite réalité, peu visible mais puissante, la lumière, que l’on pense au soleil, est une réalité qui s’impose à tous. Le sel évoque la terre, la lumière le ciel. L’image du sel de la terre nous fait penser à celle du levain dans la pâte : Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. Comme le levain le sel a un pouvoir particulier : celui de relever le goût des aliments qui sont fades et sans saveur. Mais le Seigneur nous met en garde : le sel peut se dénaturer et devenir inutile. Notre pouvoir de transformation du monde ne vient pas de notre force personnelle mais bien de notre fidélité au Christ, de notre vie de communion quotidienne avec son amour de ressuscité. Être et demeurer sel de la terre en tant que chrétiens exige de nous une fidélité toujours renouvelée et actualisée à l’Evangile. On n’est pas chrétien une fois pour toutes, on le devient chaque jour davantage avec la grâce de Dieu. En saint Marc (9, 50) nous avons une précision sur ce que peut signifier être sel de la terre : Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous.

Il est évident que la métaphore de la lumière s’applique d’abord à Dieu et à Jésus. Quelques versets du Nouveau Testament suffiront pour nous en convaincre :

Dieu est lumière ; en lui, il n’y a pas de ténèbres.

Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie.

Si nous sommes lumière du monde, c’est parce que nous reflétons quelque chose de Dieu, parce que nous sommes en ce monde son image. Sénèque dans sa lettre 21 adressée à Lucilius fait une distinction intéressante pour nous aider à mieux comprendre la métaphore de la lumière : Il y a une différence entre ce qui rayonne et ce qui brille. Dans un cas, la lumière trouve sa source précise en elle-même, dans l’autre elle reflète ce qui lui vient d’ailleurs. Entre une vie et l’autre, même différence : l’une est frappée d’une lueur venue du dehors, et quiconque s’interpose la plonge aussitôt dans de profondes ténèbres ; l’autre s’illumine de son propre éclat.

Dans le mystère de sa transfiguration Jésus rayonne de la lumière de Dieu. Notre lumière, notre témoignage de vie chrétienne, doit briller devant les hommes : De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. En tant qu’enfants de Dieu et disciples de Jésus nous pouvons nous-aussi, à notre mesure, rayonner parce que Dieu ne nous est pas extérieur mais intérieur. C’est le témoignage des saints et des saintes de tous les temps. Le signe que nous sommes lumière du monde c’est le bien dont nous sommes l’origine, le bien que nous faisons, donc l’amour du prochain. C’est bien du dedans, du cœur, que proviennent les bonnes ou les mauvaises actions : L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.

Plus grande et vraie sera notre communion avec le Seigneur, plus grande sera notre capacité à rayonner de la lumière même du Christ. Nous saisissons bien la différence entre ceux qui cherchent à briller et ceux qui rayonnent, la différence entre une sainteté de façade et une sainteté profondément enracinée dans l’amour du Christ, sainteté qui, naturellement, rayonne de cet amour venu de Dieu et du dedans.

dimanche 1 février 2026

Quatrième dimanche du temps ordinaire / Les Béatitudes (Matthieu 5)

 


1er/02/2026

Matthieu 5, 1-12

Nous commençons en ce dimanche la lecture du sermon sur la montagne en saint Matthieu. Ce premier discours de Jésus s’étend du chapitre 5 au chapitre 7 et s’ouvre par la proclamation des Béatitudes. Dans cet enseignement Jésus s’adresse aux foules, c’est-à-dire à tous. Dans la première lecture nous trouvons le thème prophétique du « petit reste d’Israël » : Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Jésus élargit ce petit reste à la foule de ceux qui le suivent. Les 8 béatitudes nous enseignent que notre bonheur se trouve dans la communion avec Dieu, dans la fidélité à sa volonté, dans la suite de Jésus. Et ce bonheur a son origine dans notre cœur. Quatre béatitudes nous ramènent à la qualité de notre cœur, donc à notre intériorité, à ce qui nous caractérise au plus profond de notre être : les pauvres de cœur, les doux, les miséricordieux et les cœurs purs sont bienheureux. A la suite des prophètes Jésus nous invite à changer notre cœur de pierre en un cœur de chair, il veut nous faire le don d’un cœur nouveau dans l’Esprit Saint. Ces dispositions du cœur sont précieuses et indispensables pour réaliser l’appel à la sainteté que Dieu nous adresse dans le Christ. L’esprit du monde peut certes les qualifier de « faiblesses » et préférer à la pauvreté de cœur l’orgueil et l’arrogance, à la douceur la violence, à la miséricorde la vengeance et la dureté du cœur, à la pureté de cœur le mensonge et la duplicité… Mais comme l’affirme saint Paul dans la deuxième lecture ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. Ce que le monde qualifie de faiblesse est en fait le signe de la force d’âme qui s’appuie sur Dieu et lui seul. Les Béatitudes peuvent bien apparaître comme une folie s’opposant à la rationalité de ce monde, elles seules ont les promesses de la vie éternelle : le Royaume des Cieux appartient aux pauvres de cœur, aux humbles, aux petits. Les Béatitudes expriment le pari de la foi pour lequel l’amour du Christ est vainqueur malgré l’expansion du mal et la réussite des méchants. Aux qualités de cœur les Béatitudes ajoutent aussi des dispositions à l’action : ceux qui ont faim et soif de la justice, les artisans de paix sont bienheureux ! Jésus ne se limite pas à nous dire qu’il faut changer de cœur. Il nous enseigne aussi que ce renversement des valeurs du monde (ambition, force, puissance, richesse) est capable d’opérer un changement dans ce monde. Les chrétiens sont une force de changement dans la société. Un catholique qui porte dans son nom l’universalité du salut de Dieu ne peut que vouloir la paix et la réconciliation. Les Béatitudes nous disent que pour être réellement artisan de paix il faut toujours rechercher la justice. Pas de paix sans justice, pas de paix sans vérité. Cela est exprimé admirablement bien par le psaume 84 qui annonce le mystère de l’incarnation : Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Enfin deux Béatitudes nous rappellent que nous sommes dans une vallée de larmes, dans un monde blessé par le mal et le péché : Heureux ceux qui pleurent et heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ! Le bonheur promis par Jésus n’élimine pas le combat spirituel, bien au contraire. Le Seigneur proclame aux foules son enseignement en sachant parfaitement que le mettre en pratique attirera des contradictions à ses disciples. Revenons au message de Paul dans la deuxième lecture : ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Nous pouvons parfois penser que nous sommes semblables à ce petit reste d’Israël, faibles et minoritaires dans la société de notre temps… comme si nous étions revenus à la situation des premières générations chrétiennes qui vivaient leur foi sans le soutien des autorités politiques et qui parfois étaient persécutées. Aujourd’hui plus que jamais nous savons qu’il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Les Césars de tous les temps ont toujours eu tendance à mépriser du haut de leur pouvoir le peuple, « ceux qui ne sont rien ». Ceux que les Césars méprisent, exploitent et violentent Dieu en fait ses bien-aimés, ses instruments de salut. Les Béatitudes nous redisent avec force la vanité, c’est-à-dire le vide et le néant, de tout pouvoir humain qui ne se met pas au service de la vérité et de l’amour, la vanité des orgueilleux, des puissants de ce monde et des ambitieux qui croient être importants alors qu’ils ne sont rien aux yeux de Dieu… et la valeur infinie des pauvres de cœur. Chaque soir l’Eglise nous rappelle la force révolutionnaire de l’Evangile en faisant siennes les paroles prophétiques de Marie :

Déployant la force de son bras, le Seigneur disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. 


dimanche 25 janvier 2026

Troisième dimanche du temps ordinaire - Dimanche de la Parole de Dieu

 

25/01/2026

En ce troisième dimanche du temps ordinaire l’Eglise nous invite à célébrer le 7ème dimanche de la Parole de Dieu. J’ai donc fait le choix de vous parler de la Bible. Ce livre est absolument unique dans l’histoire de notre humanité, il est aussi d’une grande complexité si l’on n’a pas en main les clés qui nous en donnent le mode d’emploi. Il s’agit pour moi à travers cette introduction à l’univers de la Bible de vous donner envie de lire les livres bibliques. Ce que nous appelons Bible est en fait une bibliothèque de 73 livres différents, écrits par de nombreux auteurs dont pour certains nous ne connaissons même pas le nom, et dans des langues différentes (hébreu et grec). Le processus par lequel ces livres ont été écrits puis mis ensemble dans le canon de la Bible, d’abord judaïque puis chrétien, s’étend d’environ 1100 avant Jésus-Christ à 100 après J-C, soit 12 siècles d’histoire ! Notre mot de Bible vient d’un mot grec neutre pluriel ta biblia signifiant tout simplement « les livres ». En passant au latin le mot a été compris comme un féminin singulier biblia-ae, la Bible ou « le livre ». Nous reconnaissons dans le mot Bible la même racine que le mot bibliothèque. La Bible c’est donc en même temps le Livre par excellence et une collection de différents livres : unité et pluralité. Mon professeur d’exégèse au séminaire utilisait une belle image en disant que la Bible c’est la reliure qui tient ensemble les 73 livres ! La plupart de ces récits ont d’abord été transmis oralement puis dans un second temps mis par écrit pour les sauver de l’oubli. Quant au mot grec désignant le livre biblion il vient du nom d’une ville de l’actuel Liban, Byblos, parce que cette ville était dans l’antiquité le centre principal de l’exportation de papyrus, support principal pour les livres en forme de rouleaux de cette époque. Depuis le catéchisme de notre enfance nous savons que la Bible est divisée en deux grands ensembles : l’Ancien Testament (46 livres), appelé les Ecritures ou encore la Loi et les Prophètes à l’époque de Jésus, c’est la partie de la Bible que nous avons en commun avec les Juifs excepté les 6 livres deutérocanoniques comme par exemple Sagesse et Siracide, et le Nouveau Testament (27 livres). La frontière entre ces deux ensembles c’est la personne de Jésus. Ainsi la Bible reflète dans sa structure ce que le calendrier nous dit de la révélation divine à l’intérieur de notre histoire humaine : avant ou après J.C. L’épaisseur historique de la Bible nous rappelle que la Parole de Dieu s’incarne depuis toujours dans la Parole des hommes. La Bible, c’est Dieu qui nous adresse sa Parole en passant par la parole des auteurs inspirés. Et le sommet, la perfection de cette révélation c’est précisément le mystère de l’Incarnation par lequel la Parole n’est plus simplement un message porté par les prophètes ou une Ecriture mais une personne, Jésus, né de Marie et Verbe fait chair. [Cela est parfaitement résumé par le commencement de la lettre aux Hébreux :

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. ]

Si la connaissance de l’Ancien Testament nous aide à bien comprendre le Nouveau, c’est la Révélation de Jésus qui est le critère ultime de notre interprétation de l’Ancien Testament. Saint Paul affirme clairement que pour le chrétien la plupart des préceptes de la loi ancienne ne sont plus valables y compris la circoncision :

[C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix.]

L’épaisseur historique de la Bible ainsi que le rapport singulier entre l’Ancien et le Nouveau Testament nous permettent de comprendre que les Ecritures ne sont pas un catéchisme car la doctrine est en évolution permanente entre les livres les plus anciens et les plus récents du Judaïsme d’une part, et entre la Bible juive et les livres chrétiens du Nouveau Testament d’autre part. Pour ne donner que deux exemples significatifs la foi en la vie éternelle apparaît tardivement dans l’Ancien Testament et le monothéisme strict seulement après l’exil. Si la Parole de Dieu s’incarne toujours dans une parole humaine, il est aussi essentiel de tenir compte des différents genres littéraires de la Bible. On ne lit pas et on n’interprète pas un texte législatif de la Torah de la même manière qu’une prière des Psaumes, un oracle prophétique comme un récit historique, une poésie comme un récit apocalyptique, un texte de sagesse comme une fable ou un mythe etc. Tous ces genres littéraires sont présents dans la Bible et il est important pour nous en ouvrant un livre biblique de bien connaître le genre littéraire auquel il appartient pour éviter de graves erreurs d’interprétation. Pour simplifier au maximum on peut classer les textes bibliques en 4 catégories : la première contient les textes considérés comme essentiels ou comme les plus importants, pour les Juifs la Torah (les 5 premiers livres de la Bible), pour les chrétiens les Evangiles, ensuite nous avons des livres de type historique, prophétique ou encore des livres délivrant un enseignement, une doctrine (les livres de sagesse dans l’Ancien testament et les lettres ou épitres dans le Nouveau). [La classification des livres de l’Ancien Testament n’est pas la même pour les Juifs et pour les chrétiens. Pour nous le dernier verset de l’Ancien Testament correspond à la fin du livre de Malachie (Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d’anathème le pays !) alors que le canon juif des Ecritures s’achève avec le deuxième livre des Chroniques (Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem !).]

La complexité de la Bible nous empêche de la lire comme on lit un livre normal en commençant par la première page et en terminant par la fin, ce serait la meilleure manière de nous décourager et de nous arrêter en chemin. Par contre il est souhaitable et profitable de lire un livre biblique de manière suivie et intégrale. Il ne faut pas hésiter non plus à avoir une « Bible de travail » sur laquelle on peut noter des références en marge, surligner tel ou tel passage etc. La symphonie des Ecritures fait que la meilleure manière d’interpréter un texte biblique consiste toujours à le mettre en rapport avec un autre texte biblique, d’où la nécessité des notes en marge pour nous souvenir des consonances ou discordances que nous découvrons au fur et à mesure de notre exploration de l’univers biblique.

Dans son magnifique sermon du 13 mars 1661 consacré à la Parole de Dieu Bossuet affirme : A l’autel par l’efficacité du Saint-Esprit et par des paroles mystiques, auxquelles on ne doit point penser sans tremblement, se transforment les dons proposés au corps de Notre Seigneur Jésus-Christ ; à la chaire, par le même Esprit et encore par la puissance de la parole divine, doivent être secrètement transformés les fidèles de Jésus-Christ pour être faits son corps et ses membres… Le corps de Jésus-Christ n’est pas plus réellement dans le sacrement adorable que la vérité de Jésus-Christ est dans la prédication évangélique… Il ne faut pas croire que Jésus-Christ se sente moins outragé quand on écoute sa vérité avec peu d’attention que quand on manie son corps avec peu de soin… la divine parole, ce pain des oreilles, ce corps spirituel de la vérité… ceux qu’elle ne nourrit pas, elle les tue.

 


dimanche 18 janvier 2026

2ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 18/01/2026

Jean 1, 29-34

Depuis lundi et jusqu’au mercredi des Cendres que nous célébrerons dans un mois nous vivons la première partie du temps ordinaire. L’Evangile de ce dimanche prolonge la fête du baptême du Seigneur. Nous retrouvons Jean dans sa mission de précurseur du Messie : Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. Le précurseur est celui qui révèle Jésus. Et cette révélation est confirmée par le don de l’Esprit au moment où il baptise le Messie : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Jean est bien plus que le précurseur, celui qui prépare et annonce la venue du Christ. Il est aussi témoin et prophète. Témoin de la grandeur du Christ, de sa nature divine : Avant moi il était. Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Jean prophétise dès le départ l’accomplissement de la mission du Messie au terme de sa vie, au moment de Pâque : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Au moment du baptême le regard que Jean porte sur Jésus embrasse déjà le mystère de la Passion et de la croix. Il désigne Jésus comme l’Agneau véritable qui en donnant sa vie pour nous et pour tous les hommes nous purifie de tout péché. Et c’est en raison de la grandeur de ce don divin que l’Agneau de Dieu est capable de nous baptiser non pas seulement dans l’eau comme Jean le faisait mais dans l’Esprit Saint. Le baptême dans l’eau signifiait la démarche de l’homme à la recherche de Dieu et d’une vie sainte, d’une vie nouvelle. Le baptême dans l’Esprit signifie que c’est Dieu qui nous recherche, qui vient à notre rencontre et nous appelle à Lui car Il nous a aimés le premier. Le baptême dans l’Esprit signifie le prix que nous avons pour le Seigneur. Saint Pierre nous le rappelle d’une manière magnifique dans sa première lettre :

Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous.

Le Fils de Dieu en acceptant d’être l’Agneau de Dieu nous ouvre largement l’accès à la grâce et à la paix dont nous avons tant besoin pour vivre notre vocation d’hommes et de chrétiens. Accueillons du fond de notre cœur la salutation de Paul dans la deuxième lecture :

À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

dimanche 11 janvier 2026

Baptême du Seigneur / année A / 2026

 11/01/2026

Matthieu 3, 13-17

La fête du baptême du Seigneur nous fait passer du temps de Noël au temps ordinaire, de la vie cachée de Jésus à sa vie publique. Cet événement constitue donc une transition importante dans le parcours du Messie, il est aussi un point de départ pour sa mission. Le baptême de Jean n’est pas le sacrement de baptême chrétien. Il s’agit essentiellement d’une démarche de l’homme vers Dieu, de l’homme pécheur qui s’engage à changer de vie. En demandant contre la volonté de Jean ce baptême Jésus s’abaisse non seulement dans les eaux du Jourdain mais symboliquement il se fait le frère des pécheurs que nous sommes. Dès le départ il indique qu’il est venu précisément pour les pécheurs. Le baptême que Jean donne à Jésus annonce le sacrement de baptême puisque dans le cas du Messie il n’y a pas seulement une démarche de l’homme mais aussi un don de Dieu : les cieux s’ouvrent, l’Esprit de Dieu se manifeste et la voix du Père se fait entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dans tous les sacrements chrétiens comme dans la vertu théologale de foi, c’est Dieu et son action qui sont premiers et non pas la seule démarche religieuse de l’homme.

La première et la deuxième lecture prolongent le message de l’Epiphanie en soulignant fortement que le salut de Dieu dans le Christ est offert à tous les hommes sans exception. Dans Isaïe nous pouvons lire : Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations. La visite du juif Pierre chez le centurion romain est significative de cette ouverture universelle. Le baptême chrétien contrairement à la circoncision n’est plus le rite d’un peuple particulier mais un don de Dieu offert à tous. Si la circoncision marquait une frontière entre Juifs et non-Juifs, le baptême est fondamentalement catholique, signe de l’amour et de l’appel de Dieu, il ne marque pas une séparation. Il est au contraire le moyen d’une communion sans limites entre Dieu et les hommes. La distinction entre baptisés et non-baptisés n’est pas une exclusion de ceux qui seraient en dehors, elle est toujours un appel à la totalité de la communion, une exigence d’inclusion et d’accueil de la part des chrétiens vis-à-vis des non-chrétiens. Bref elle est missionnaire dans le respect des personnes, de leur liberté, de leur histoire et de leur chemin spirituel unique et personnel. Les paroles de Pierre méritent dans ce contexte d’être méditées :

En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous.

Oui, Dieu notre Père est impartial. Paul dira la même chose dans sa lettre aux Galates : Quant à ceux qui étaient tenus pour importants – mais ce qu’ils étaient alors ne compte guère pour moi, car Dieu est impartial envers les personnes –, ces gens importants ne m’ont imposé aucune obligation supplémentaire.

Cette fête nous invite à être vraiment catholiques, c’est-à-dire accueillants à tous. Nous pouvons dire merci au cours de cette eucharistie pour le don du baptême et de la foi qui a fait de nous des chrétiens, des fils et des filles de Dieu, sans aucun mérite de notre part. Nous prions en particulier pour les trois catéchumènes de notre secteur paroissial, nous rendons grâce pour leur présence dans notre communauté. Ils nous redisent que les portes de nos églises, de nos communautés, et surtout de nos cœurs doivent toujours demeurer largement ouvertes pour accueillir la nouveauté de l’Evangile ainsi que les merveilles que l’Esprit de Dieu réalise en bien des personnes en-dehors de nos communautés.

dimanche 28 décembre 2025

Sainte famille 2025 / année A

 28/12/2025

Colossiens 3, 12-21

Le mystère de l’incarnation que nous célébrons en ce temps de Noël prend le visage pour l’enfant Jésus de la sainte famille. Si Jésus est vraiment homme, il a comme chacun de nous une famille et une généalogie, donc des ancêtres. C’est par cette généalogie que Matthieu commence son Evangile : Jésus est fils de David et fils d’Abraham. La famille de Jésus est en même temps semblable à nos familles et très différente, et cela en raison de la conception virginale. Cette famille est unique non seulement parce que Joseph n’est pas le père biologique de Jésus mais surtout parce que tous les membres de cette famille sont saints. Aucune famille humaine ne pourra ressembler de ce point de vue à la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. L’Evangile de ce dimanche nous montre Joseph comme le protecteur de Jésus et de Marie. Joseph nous enseigne que la paternité ne se limite pas à procréer par l’union des corps. La paternité est bien plus grande qu’un acte biologique qui permet le commencement d’une nouvelle vie. Elle implique de la part du père un grand sens des responsabilités, le souci permanent du bien des enfants, leur éducation et leur protection pour qu’ils puissent parvenir à l’âge adulte capables de choix libres et responsables. La paternité implique surtout amour, tendresse et patience : Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Le lien de l’amour est bien plus important que le lien du sang.

Dans la deuxième lecture saint Paul nous exhorte à vivre la vie chrétienne dans notre relation avec le prochain et dans notre relation avec Dieu. Ce qu’il nous dit ne s’applique pas seulement à la famille dans le sens premier du terme mais à bien des familles qui composent notre société. Nous pouvons penser par exemple à la « famille » de l’Eglise, la communauté paroissiale, la communauté monastique ou religieuse, mais aussi à la « famille » de la nation, aux familles que sont aussi d’une certaine manière les nombreuses associations dans lesquelles nous pouvons être engagés, sans oublier la « famille » professionnelle, c’est-à-dire les personnes avec lesquelles nous travaillons et avec lesquelles, notons-le, nous passons beaucoup plus de temps qu’avec notre famille humaine, du moins avant l’âge de la retraite. Pour les chrétiens que nous sommes toutes ces familles sont importantes puisqu’elles sont le lieu de l’amour du prochain. Enfin lorsque nous célébrons la sainte famille pensons aussi aux personnes qui n’ont plus de famille, que ce soit des orphelins ou des personnes âgées qui ont perdu tous les membres de leur famille. Saint Paul nous rappelle que nous ne sommes pas chrétiens par nous-mêmes, nous le sommes parce que nous avons reçu un appel de la part de Dieu : Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Le don de la foi par lequel Dieu fait de nous ses enfants nous oblige à nous comporter en hommes nouveaux, à imiter Dieu lui-même dans notre conduite vis-à-vis des autres. Nous pourrions méditer ces qualités du cœur une par une : tendresse, compassion, bonté, humilité, douceur et patience. Toutes ces qualités sont le signe de la sainteté. Cette sainteté reçue de Dieu dans le Christ et par l’Esprit nous permet de nous supporter les uns les autres, nous permet de pardonner à ceux qui nous ont offensés. Cette sainteté a sa source dans l’amour de la Trinité auquel nous participons si, comme Joseph, nous demeurons à l’écoute du Seigneur avec un cœur ouvert à ses inspirations qui nous poussent toujours à accomplir le bien. Paul nous redit aussi l’importance de demeurer solidement enracinés dans l’amour de Dieu : Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. L’apôtre insiste particulièrement, et cela à trois reprises, sur notre capacité à reconnaître les dons de Dieu et à lui exprimer notre reconnaissance par toute notre vie. L’action de grâce est avec la foi, l’espérance et la charité l’âme de la vie chrétienne. Dans sa lettre aux Colossiens Paul nous invite vraiment à unifier notre vie dans le Christ :

Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.

C’est de cette unification spirituelle, caractéristique de l’homme nouveau, que dépend la paix dans les différentes « familles » qui font notre humanité : de notre famille humaine à la grande famille de tous les hommes et de tous les peuples, en passant par celle de la communauté chrétienne, du travail et de la nation.

jeudi 25 décembre 2025

NOEL 2025 / MESSE DU JOUR

 Jean 1, 1-18

Hier dans la messe de la nuit de Noël le verset de l’Evangile de Luc a de nouveau résonné dans nos cœurs :

Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Aujourd’hui dans la messe du jour Jean proclame :

Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Le contraste est saisissant entre d’une part la simplicité de Luc et d’autre part la vision grandiose de Jean. D’un côté un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire, de l’autre le Verbe éternel qui se fait chair et habite parmi nous. Et pourtant Luc et Jean nous parlent bien du même mystère, celui de l’incarnation. Le bébé de la crèche c’est le Verbe de Dieu fait chair. En effet les deux évangélistes nous disent la même chose : Dieu abolit la distance entre lui et ses créatures, Dieu désire une communion parfaite avec l’homme, et cela uniquement par surabondance d’amour. Dieu veut pour chacun d’entre nous la possibilité de vivre en communion avec lui et de connaître enfin la véritable joie, la véritable paix. Pourquoi à Bethléem et sous le règne d’Auguste ? Pourquoi pas à un autre moment de notre histoire humaine ? Seul le Père connaît le pourquoi de cette divine décision qui divise notre histoire entre un temps avant et un temps après Noël. Saint Jean dans son magnifique prologue insiste sur la différence entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, celle qui commence précisément avec l’incarnation : La Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. L’ère chrétienne est celle de la grâce et de la vérité. Avec le don du Messie la Loi de Dieu se fait intérieure à chacun de nous puisque Jésus, Fils de Dieu, est notre frère en humanité. Dans le Christ c’est l’amour miséricordieux et lui seul qui caractérise notre relation avec Dieu. Jean nous montre aussi que le mystère de l’incarnation ne supprime pas, bien au contraire, la liberté humaine, donc la nécessité de notre part de coopérer activement à la grâce de Dieu à l’exemple de Marie et de Joseph. Le mystère de l’incarnation ne supprime pas le drame de notre possible refus : Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Saint Luc dit à sa manière la même chose : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Chaque fois que nous célébrons Noël nous sommes amenés à nous poser à nouveau cette question : Y a-t-il de la place en moi pour accueillir Jésus aujourd’hui ? Jean nous parle aussi de ceux qui accueillent le mystère avec joie et gratitude : à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. En nous parlant de notre nouvelle naissance dans l’Esprit Jean nous fait comprendre le rapport entre ce qui est chair et ce qui est esprit. Dans l’incarnation la chair est honorée, elle est même divinisée puisque le Verbe s’est fait chair. En même temps la chair n’est rien sans l’esprit. Et Dieu est Esprit. Voilà pourquoi Jean nous dit que le chrétien n’est pas le fruit d’une volonté humaine mais le fruit du don de l’Esprit qui seul est capable de nous faire accéder à une relation renouvelée avec Dieu. Noël unit dans la personne du Verbe fait chair, dans l’enfant de la crèche, la chair et l’esprit. Le chrétien authentique est indissociablement terrestre et céleste. Il ne renie jamais son humanité avec ses fragilités et ses faiblesses puisqu’elle est le lieu de sa rencontre avec Dieu, le lieu de son salut. Il n’oublie jamais que sans l’Esprit de Dieu il ne peut pas devenir pleinement homme. C’est en effet dans le Verbe fait chair que nous est offerte la grâce d’accomplir notre vocation humaine. Le mystère de l’incarnation a pour but non seulement de nous diviniser mais aussi de nous humaniser. Car en nous délivrant de l’esclavage du mal et du péché, il nous rend pleinement humains. Nous comprenons à quel point depuis Noël il est impossible de séparer Dieu de l’homme et l’homme de Dieu.

Enfin Dieu qui est Esprit, incorporel et invisible, insaisissable pour notre pensée, se donne en quelque sorte à voir dans le Verbe fait chair : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Cette connaissance-vision de Dieu implique de notre part la foi : Il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom. Dans l’Evangile de Jean nous trouvons un dialogue significatif entre Philippe et Jésus : Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? En l’an de grâce 2025, contrairement à Philippe, nous ne pouvons pas voir Jésus comme lui le voyait. Depuis l’Ascension le Verbe de Dieu fait chair n’est plus visible. Il demeure toujours notre frère, avec nous, au milieu de nous. L’Ascension n’annule pas l’Incarnation. Il s’agit pour nous de le reconnaître avec les yeux de la foi et de l’amour non seulement dans la grâce des sacrements, dans l’amitié du cœur à cœur de la prière, dans la vie de l’Eglise mais aussi dans tout homme que nous rencontrons, en particulier dans ceux qui parmi nous sont les plus petits et les plus pauvres, ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Noël nous redit avec force le réalisme de notre religion qui implique toujours un engagement charnel pour transformer le réel et en faire la matière du Royaume de Dieu. Ce n’est pas sans raison que Jésus dit à Nicodème qu’il s’agit pour ses disciples de « faire la vérité » :

Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.