dimanche 3 mai 2026

Cinquième dimanche de Pâques / année A / 2026

 3/05/2026

Jean 14, 1-12

Dans les chapitres 13 à 17 de son Evangile saint Jean nous rapporte, en partant du geste du lavement des pieds, le testament spirituel de Jésus, ses dernières paroles à ses disciples avant son entrée dans le temps de la Passion. L’Evangile de ce 5ème dimanche de Pâques se situe au début de ce testament spirituel. Je me limiterai au 4 premiers versets de cette page évangélique. Il me semble intéressant de les remettre dans leur contexte en ayant à l’esprit les paroles prononcées par le Seigneur dans les versets qui précèdent, au chapitre 13 : Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Avec toute la délicatesse et l’affection de son amour pour ses disciples Jésus leur annonce son départ, sa Passion, sa mort et sa mise au tombeau. En ce dimanche nous entendons les paroles de réconfort et de consolation qu’il adresse aux disciples : Que votre cœur ne soit pas bouleversé. L’amour divin du Christ le porte à penser d’abord à ce que ses disciples éprouveront dans le temps de la Passion qui sera pour eux le temps de l’épreuve. Il veut les préparer en leur demandant un acte de foi en sa personne. De la même manière que vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Cela nous rappelle une autre parole du Seigneur adressée à Pierre dans l’Evangile selon saint Luc : J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. Dans cette préparation au choc que constituera la croix Jésus veut orienter le cœur de ses amis vers le Royaume des Cieux : Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. La croix, signe apparent de l’échec du Messie, scandale pour les Juifs, ouvrira les portes du Royaume des Cieux. Elle deviendra signe de salut pour la multitude puisque dans la maison du Père nombreuses sont les demeures pour accueillir les hommes et les femmes devenus par la grâce du Christ une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut. Dans son mystère pascal Jésus prépare une place dans le Royaume pour ses disciples, donc aussi pour chacun d’entre nous. Il nous précède et nous ouvre le chemin en tant que premier-né d’entre les morts. Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Au moment de l’épreuve de la Passion et de la croix les disciples auront à se souvenir de cette promesse du Seigneur. Très peu d’ailleurs affronteront cette épreuve en accompagnant leur Maître et Seigneur jusqu’à la croix : quelques femmes, Marie et Jean. « Je reviendrai » : cette parole peut se comprendre de deux manières : soit comme une annonce de la résurrection soit comme le retour en gloire du Seigneur lors de son second avènement. Si au chapitre 13 Jésus dit aux disciples « Là où je vais, vous ne pouvez pas aller », maintenant il leur promet la communion avec lui : je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Il nous donne ainsi l’une de plus belles définitions de la vie chrétienne : être avec le Christ, non seulement pour cette vie terrestre mais pour la vie éternelle. Vivre en Dieu de la vie même de Dieu. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. Le chemin de la communion avec Dieu nous le trouvons dans la personne et la vie de celui qu’Il a envoyé parmi nous pour être notre Sauveur. Ce chemin passe par le commandement nouveau qu’il nous laisse avant d’entrer dans sa Passion. Le chemin qui conduit à la communion avec Dieu ne peut être que celui de la divine charité répandue en nous par le Saint Esprit. Chemin parcouru et vécu dans la communion fraternelle non seulement entre croyants mais avec tous les hommes qui sont nos frères en humanité… dans la maison du Père tous sont appelés à trouver leur place, leur demeure… Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres.

dimanche 26 avril 2026

Quatrième dimanche de Pâques / année A / 2026

 26/04/2026

Jean 10, 1-10

Le 4ème dimanche de Pâques nous donne à méditer chaque année une section du chapitre 10 de l’Evangile selon saint Jean. Dans ce chapitre Jésus reprend l’image de Dieu pasteur de son peuple et se l’applique à lui-même : Je suis le bon pasteur. L’enseignement du Seigneur est donné dans un contexte de vive polémique avec les pharisiens suite à la guérison de l’aveugle de naissance. Les 5 premiers versets de l’Evangile correspondent à la parabole du pasteur et des brebis. Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. Face à l’incompréhension des pharisiens le Seigneur va expliciter pour eux la signification de la parabole. Il se présente non seulement comme le berger mais aussi comme la porte de la bergerie. Ce qui nous rappelle une autre image, celle du chemin : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Le verset 8 nous interpelle fortement comme il a dû interpeller les pharisiens : Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Cette affirmation est difficile à comprendre dans la bouche de celui qui se situe dans la continuité de la Loi et des prophètes… Qui sont donc ces voleurs et ces bandits ? Tous ceux qui sont venus avant moi ! Comme si avant la manifestation en plénitude de la vérité de Dieu dans la personne de Jésus tout n’avait été qu’errement… Comment situer dans ce contexte Moïse et les prophètes ? Ce langage radical est-il une manière de signifier que seul Jésus est Sauveur parce lui seul est Dieu ? La fin de l’enseignement sur le bon pasteur peut nous éclairer : Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. Ce qui fait que Jésus est le vrai berger, le bon pasteur, c’est l’offrande libre qu’il fait de sa vie et de sa personne pour ses brebis. En ce temps pascal une parole résonne particulièrement en nous : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. L’image du berger atteint ici sa limite. Le berger humain s’occupe de ses brebis pour gagner sa vie, par intérêt, et n’hésite pas, quand il le faut, à les envoyer à l’abattoir une fois qu’elles lui ont bien rendu service… Le berger divin au contraire donne sa vie pour ses brebis afin qu’elles aient la vie en abondance ! Dans l’Evangile de Jean le mot « vie » est utilisé à 45 reprises, c’est dire toute son importance. Le quatrième Evangile s’ouvre et se conclut par l’affirmation de cette vie que Jésus possède en lui-même et qu’il veut partager avec nous.

En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

Ces signes ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Lorsque nous parcourons l’Evangile de Jean avec ce fil rouge de la vie nous constatons que cette vie est souvent qualifiée d’éternelle et que c’est par la foi en Jésus-Christ que l’on parvient à vivre de cette vie divine. La vie en abondance, c’est en effet la vie éternelle, celle que la mort physique n’est pas capable de tuer, celle qui est plus forte que la mort elle-même. La vie en abondance, c’est la vie de charité qui ne passera jamais et qui s’incarne dans l’amour du prochain. La vie en abondance, c’est l’intensité de la vie divine en nous, la puissance de la communion avec Dieu telles que saint Paul nous les dépeint dans sa lettre aux Romains :

Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

dimanche 19 avril 2026

Troisième dimanche de Pâques / année A / 2026

 19/04/2026

Luc 24, 13-35

En ce troisième dimanche de Pâques l’Eglise propose à notre méditation l’Evangile des deux disciples d’Emmaüs. Il est évident pour nous comme pour les premiers disciples que ce récit a une structure clairement eucharistique avec les deux parties du sacrement : la Parole de Dieu et le Pain de vie. Jésus ressuscité fait lui-même l’homélie aux deux disciples tout en marchant à leurs côtés. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître… Ce n’est qu’après le signe de la fraction du pain que les yeux des disciples s’ouvrent et qu’ils peuvent s’exclamer : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? Dans l’Evangile de Luc les récits de Pâques nous présentent le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus comme l’accomplissement des Ecritures. Aux saintes femmes venues au tombeau est délivré le message suivant : Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : “Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.” Aux deux disciples d’Emmaüs Jésus reproche leur lenteur à croire tout ce que les prophètes ont dit : Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Enfin aux apôtres saisis d’étonnement à la vue du Ressuscité est délivré le même message : Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour… Dans l’Evangile de Jean nous trouvons un verset qui va dans le même sens : Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Jésus ouvre l’esprit des disciples à l’intelligence des Ecritures et leur rappelle les paroles qu’il avait prononcées avant sa Passion et sa mort en croix. Il existe un rapport très particulier entre Jésus et les Ecritures, entre le Verbe fait chair et ce que nous appelons l’Ancien Testament. La personne de Jésus ne peut pas se comprendre sans la référence aux Ecritures et seul Jésus nous permet de comprendre les Ecritures ! Un verbe très fort est utilisé pour qualifier ce rapport d’interdépendance : il fallait que… Dans la première lecture nous entendons le discours de Pierre le jour de Pentecôte : Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. Le mystère pascal était donc voulu par Dieu. Le verbe « il fallait » comme les mots utilisés par Pierre posent la question difficile du rapport entre la volonté de Dieu et la liberté des hommes. En écoutant Pierre on a l’impression d’un déterminisme absolu, d’un destin de Jésus fixé depuis toute éternité. En même temps c’est bien librement que Jésus entre dans sa Passion en accomplissant ainsi les Ecritures. Il faut aussi maintenir la liberté de Judas, des grands prêtres et de Pilate dans le processus de la Passion. Mystère abyssal inaccessible à notre raison humaine que celui-ci ! C’est aussi le sens de la deuxième lecture : Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. Ce n’est pas seulement dans son mystère pascal que le Seigneur Jésus accomplit les Ecritures. C’est par toute sa vie et son enseignement. En témoigne le sermon sur la montagne en saint Matthieu. Dans cet enseignement qui commente quelques-uns des commandements de la Loi de Moïse Jésus nous montre la signification précise de l’accomplissement en lui, Verbe fait chair, de la parole des Ecritures. Accomplissement ne signifie en aucun cas répétition de la Loi mais bien approfondissement et perfectionnement, ce qui implique de la part de Jésus à la fois fidélité et liberté vis-à-vis de la Loi ancienne. Ce n’est que dans la personne de Jésus que notre intelligence humaine peut s’ouvrir à la compréhension des Ecritures non selon la lettre qui tue mais selon l’Esprit qui vivifie. Souvenons-nous des paroles de l’apôtre Paul : Dieu nous a rendus capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle, fondée non pas sur la lettre mais dans l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie.

Enfin saint Jean dans sa première lettre éclaire bien le dynamisme par lequel Jésus accomplit les Ecritures par son amour divin :

Bien-aimés, ce n’est pas un commandement nouveau que je vous écris, mais un commandement ancien que vous aviez depuis le commencement. La parole que vous avez entendue, c’est le commandement ancien. Et pourtant, c’est un commandement nouveau que je vous écris ; ce qui est vrai en cette parole l’est aussi en vous… Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et il n’y a en lui aucune occasion de chute.

dimanche 12 avril 2026

Deuxième dimanche de Pâques / année A / 2026

 12/04/2026

Jean 20, 19-31

Le deuxième dimanche de Pâques ou dimanche de la divine miséricorde marque dans la liturgie de l’Eglise l’accomplissement et le terme de l’octave de Pâques. En effet pendant une semaine la liturgie nous fait vivre un temps très particulier comme si ces huit jours de l’octave n’en étaient qu’un seul, celui de la résurrection du Seigneur. En témoigne cette partie de la prière eucharistique propre à l’octave :

C’est pourquoi nous voici rassemblés devant toi, Dieu notre Père, et, dans la communion de toute l’Eglise, nous célébrons le jour très saint où ressuscita selon la chair notre Seigneur Jésus, le Christ.

Les jours de l’octave ne sont en fait qu’un seul jour, le jour très saint de la résurrection. Cela est signifié entre autres choses par le choix des Evangiles. Le dimanche de Pâques nous écoutons le début du chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean : Marie Madeleine se rend au tombeau à l’aube, elle constate que la pierre a été enlevée, puis elle transmet sa découverte à Pierre et à Jean. Aujourd’hui nous avons le récit de la double apparition aux disciples et à Thomas le soir du même jour et huit jours plus tard. De l’aube au soir l’octave de Pâques déploie l’unique jour pendant 8 jours. Ce qui permet aussi à l’Eglise de nous faire relire tous les Evangiles de Pâques. Cette particularité de l’octave de Pâques nous invite à une réflexion sur le temps et l’éternité. En tant que créatures humaines nous vivons dans le temps, dans l’histoire, et la mort marque le terme de notre vie terrestre. En tant que créatures corporelles nous vivons non seulement dans le temps (avec un commencement et une fin) mais aussi dans l’espace. Dieu qui est esprit est dans l’éternité, transcendant à la fois au temps et à l’espace. Il nous est très difficile, voire impossible de nous représenter l’éternité et par conséquent ce que pourrait être pour nous une vie éternelle. La liturgie de l’octave de Pâques essaie de nous introduire à une juste conception de ce qu’est l’éternité. Le risque serait pour nous de nous représenter l’éternité comme un temps infini synonyme d’ennui. Une manière de voir qui nous amènerait à faire nôtre la boutade de Woody Allen : L’éternité c’est long, surtout vers la fin… Si Dieu nous offrait la possibilité d’une vie éternelle, sans fin, sur cette terre, nous n’aurions aucune raison de nous en réjouir. Cela deviendrait probablement une pénitence, voir une espèce d’enfer… André Comte-Sponville dans son dictionnaire philosophique nous aide à comprendre ce qu’est l’éternité :

L’éternité, écrit-il, ce n’est pas un temps infini (car alors il ne serait composé que de passé et d’avenir, qui ne sont pas), ni pourtant l’absence de temps (car alors ce ne serait rien) : C’est un présent qui reste présent, comme « un perpétuel aujourd’hui », disait saint Augustin, et c’est le présent même. Qui a jamais vécu un seul hier ? Un seul demain ? Qui a jamais vu le présent cesser ou disparaître ? C’est toujours aujourd’hui, c’est toujours maintenant : c’est toujours l’éternité, et c’est en quoi, en effet, elle est éternelle.

Quand avec l’Eglise nous méditons pendant l’octave de Pâques les récits des manifestations du Ressuscité, nous constatons qu’il se manifeste surtout à des personnes ou à des petits groupes comme celui des apôtres. Qui sont les bénéficiaires de ces manifestations de Jésus vivant ? Les saintes femmes, les apôtres, les deux disciples d’Emmaüs. Très peu de personnes en tout, et tous sont des disciples de Jésus. Le Ressuscité n’apparaît pas à ses ennemis ou à ceux qui l’ont condamné à mort : Pilate, les grands prêtres etc. Il n’y a donc aucun esprit triomphaliste ou de revanche dans le choix des personnes que fait le Ressuscité pour en faire des témoins de sa résurrection. En parcourant les Evangiles nous sommes frappés par le manque de foi des disciples particulièrement souligné dans l’Evangile de Marc : Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. (16, 14) Saint Luc, lui aussi, souligne l’incrédulité des apôtres qui refusent de recevoir le témoignage des saintes femmes : Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. (24, 11) Dans l’Evangile selon saint Jean l’apôtre Jean est au contraire le premier à croire en contemplant le tombeau vide et les linges funéraires. Il constitue une exception comme nous le rappelle l’épisode de l’apparition à Thomas, apparition « sur mesure » huit jours après Pâques motivée par son refus de croire le témoignage des autres disciples.

La fin de l’Evangile de ce dimanche est essentielle et constitue un appel à accueillir la lumière de la foi dans nos vies : Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. L’octave de Pâques veut nous imprégner en profondeur de la certitude de la vie éternelle par la foi en Jésus mort et ressuscité pour chacun d’entre nous, vie éternelle commencée dans l’aujourd’hui de notre vie terrestre.

 

dimanche 5 avril 2026

PAQUES 2026

 En cette solennité de Pâques je prendrai comme point de départ de cette méditation un texte d’Isaïe que nous avons entendu lors de l’office du Vendredi saint. Il s’agit du 4ème chant du serviteur du Seigneur. Ce texte est habituellement interprété comme une annonce de la Passion et de la mort du Messie. D’où sa place dans la liturgie de l’office de la Passion du Seigneur. Cependant cette prophétie nous parle aussi du mystère que nous célébrons (en cette nuit) / (en ce jour). Il s’agit véritablement d’un texte pascal unissant en lui les souffrances, la mort et la résurrection du Seigneur. Ecoutons à nouveau ces versets d’Isaïe qui annoncent la victoire du Messie sur la mort. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! Résurrection et Ascension du Seigneur sont annoncés et les verbes utilisés par Isaïe nous font penser à l’hymne pascale de Paul dans la lettre aux Philippiens : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté : Il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom ». Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler. Dans ce verset qui clôture le chapitre 52 le prophète nous fait comprendre que l’exaltation du serviteur du Seigneur aura une portée universelle. Cet événement de la résurrection étonnera dans le sens le plus fort de ce verbe non seulement les saintes femmes, les apôtres et les disciples mais aussi une multitude de nations. Même si Jésus avait annoncé sa résurrection à ses disciples, cet événement constitue une nouveauté inouïe dans l’histoire de notre humanité. Il s’agit bien d’un événement unique, inattendu, qui ne peut que provoquer étonnement et admiration. Au chapitre 53 nous pouvons lire ces versets significatifs dans le contexte de la célébration de Pâques : S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. Nous sommes en tant que baptisés cette descendance promise au serviteur du Seigneur. Nous sommes les fils et les filles de la résurrection. Le Messie est annoncé par le prophète comme un triomphateur puissant qui, après avoir obtenu la victoire, partage le butin. Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens nous donne une clé possible de compréhension d’Isaïe 53 : Quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? … Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ.

Comment pouvons-nous rendre présente cette victoire de Pâques dans notre monde terrestre ? Si la solennité pascale oriente notre regard vers la vie éternelle, elle nous invite aussi à un engagement terrestre au nom de notre foi en Jésus ressuscité. Bien des choses en ce monde ne dépendent pas de nous, comme par exemple mettre fin aux guerres qui continuent à faire tant de victimes et de dégâts en cette année 2026. Les puissants de ce monde ne nous demandent jamais notre avis quand ils déclarent des guerres. Par contre il nous appartient pour ce qui est au pouvoir de notre liberté humaine de tout faire pour que la civilisation de l’amour progresse selon la volonté de Dieu. Si Pâques est vraiment la victoire de Dieu sur la mort, alors ouvrons pleinement notre cœur au don de la vie divine. La civilisation de l’amour est celle de la vie. Il nous appartient en tant que baptisés de rendre présente aujourd’hui la Pâque de Jésus. Pâque nous renvoie aux Béatitudes qui sont des chemins de vie plus que jamais actuels. A la lumière des Evangiles et des Béatitudes nous pouvons discerner ce qui, en nous, fait encore obstacle à la puissance de la résurrection, ce en quoi nous sommes complices des forces du mal. Si nous n’avons pas le pouvoir d’arrêter les guerres, de mettre un terme aux injustices, à la famine et à la misère, il nous revient d’avoir faim et soif de la justice, d’être des artisans de paix. Que Jésus dans cette communion pascale renouvelle en profondeur nos cœurs afin qu’ils soient purs, doux, humbles et miséricordieux. Au grand don de Dieu répondons par l’intensité de notre désir. Le témoignage de notre foi chrétienne en la résurrection se vérifie chaque jour dans les petites choses, petites aux yeux des hommes mais grandes pour le cœur de Dieu. Croyons-nous vraiment que nous sommes capables avec la grâce de Jésus de changer, de devenir meilleurs à travers nos actes et nos choix ? Ou bien sommes-nous résignés à notre tiédeur et à notre médiocrité ? Notre vie chrétienne, notre vie pascale avec le Christ, est un exercice qui commence chaque matin pour qu’à travers nos actes, nos pensées, nos paroles nous soyons des créatures nouvelles. Les nouveaux baptisés de Pâques viennent nous réveiller de notre torpeur. Ils nous invitent au courage de la foi par lequel chaque jour nouveau devient l’ébauche du Royaume en nous et dans le monde.

 

 

 

 

vendredi 3 avril 2026

VENDREDI SAINT 2026

 


                  Méditation pour le Vendredi saint 2026

Hier, lors de l’eucharistie du Jeudi saint en mémoire de la Cène du Seigneur, je vous ai proposé une méditation sur Jésus « Agneau de Dieu », méditation que j’aimerais poursuivre en ce Vendredi saint. Nous avons entendu Jérémie, le prophète persécuté, affirmer : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » La première lecture de l’office de la Passion du Seigneur nous fait méditer le quatrième chant du serviteur du Seigneur. Ce serviteur est comparé par le prophète à un agneau : Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Le point commun entre Isaïe et Jérémie est évident : c’est bien celui de l’agneau conduit à l’abattoir. Mais entre les deux prophéties il y a aussi une différence de taille. Nous avons vu hier que Jérémie réclamait à Dieu justice et revanche contre ses persécuteurs. Rien de tel en Isaïe 53 : le serviteur accepte son sort en s’humiliant et n’ouvre même pas la bouche pour se défendre. Même si dans la Passion du Christ selon saint Jean nous trouvons un très beau dialogue entre Pilate et Jésus vient le moment où Jésus refuse de répondre au représentant de l’autorité romaine (19, 9). Dans les versions de Matthieu, Marc et Luc le silence de Jésus, son refus de répondre au grand prêtre, à Pilate ou encore à Hérode est mis en avant. C’est ainsi qu’il accomplissait la prophétie du serviteur souffrant qui n’ouvre pas la bouche. Jean nous signale que Jésus meurt en croix le jour de la Préparation de la Pâque au moment même où dans le temple on immolait l’agneau pascal. Après la mort de Jésus il nous donne aussi une information qui peut nous sembler un détail mais qui assimile encore davantage le Christ à l’agneau pascal : Quand les soldats arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. C’est ainsi que Jésus mort en croix accomplit le rituel de la Pâque décrit en Exode 12, 46 : On mangera la Pâque dans une seule maison. Tu ne sortiras de cette maison aucun morceau de viande. Vous ne briserez aucun de ses os. Le quatrième chant du serviteur en Isaïe nous permet de bien comprendre l’expression par laquelle Jean le baptiste désigne Jésus : Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Oui, Jésus dans sa Passion et sa mort enlève le péché du monde et cela en deux sens. Tout d’abord il prend sur lui tous les péchés de tous les hommes de tous les temps : C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé… C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… Il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes… Jésus, Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, ne se charge pas seulement de tout le mal du monde, il nous en délivre, il nous en purifie en nous sanctifiant par son amour infini : Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris… Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours… Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes.

Lorsque la liturgie nous fait chanter « Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, donne-nous la paix » prenons bien conscience de la grandeur du don qui nous est fait depuis ce jour unique dans notre histoire de la mort de Jésus en croix. Déjà l’apôtre Pierre rappelait aux toutes premières générations de chrétiens la grandeur du mystère pascal : Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ.

Enfin Pierre nous rapporte dans une hymne liturgique une magnifique synthèse de ce que nous célébrons en ce Vendredi saint :

C’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. (1 P 2, 21-24)


JEUDI SAINT 2026

 


               Méditation pour le Jeudi saint 2026

En ce jeudi saint nous faisons mémoire de la dernière Cène du Seigneur Jésus au cours de laquelle il institua pour son Eglise et pour la multitude le saint sacrement de l’eucharistie. Ce sacrement culmine dans la communion au corps et au sang du Ressuscité. A partir du rite de la communion je vous propose une méditation sur Jésus Agneau de Dieu. En effet à chaque messe le prêtre fait siennes les paroles de Jean le baptiste suivies d’une citation de l’Apocalypse : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

Pendant la fraction du pain nous chantons ou récitons l’Agnus Dei :

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.

[Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.]

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix.

C’est donc à 5 reprises que la liturgie de la communion utilise l’image de l’agneau pour l’appliquer au Christ. Chaque fois cet agneau est présenté comme « celui qui enlève les péchés du monde ». Dans l’Ancien Testament l’agneau est mentionné 129 fois, la plupart du temps comme l’animal destiné aux sacrifices prescrits par la Loi. La première mention de l’agneau se trouve en Genèse 22 dans un dialogue entre Isaac et Abraham : Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. »

Nous pouvons interpréter cette première mention de l’agneau comme une prophétie dans la bouche d’Abraham annonçant l’Agneau véritable, le Christ : Dieu saura bien trouver l’agneau… Dans la première lecture de cette messe l’agneau devient pascal : Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Le sang de l’agneau sacrifié dont la communauté mange la chair est signe de vie pour les Hébreux et signe de mort pour les Egyptiens. C’est un sang qui protège contre le fléau de la mort et en délivre. Si nous passons de la Pâque juive à la Pâque chrétienne ainsi qu’à la liturgie de la messe nous constatons que le sang de l’Agneau de Dieu nous délivre du péché, donc de la séparation d’avec Dieu, de la mort de l’âme. Le sang de l’Agneau instaure ainsi la communion avec Dieu dans le Christ. Jésus accomplit dans son mystère pascal la parole d’Abraham à Isaac. Cet accomplissement de l’Ancienne Alliance dans la Nouvelle passe par une étape essentielle, celle des Prophètes. Tout d’abord Isaïe 1, 11 : Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir.

Le sang des agneaux, dit le Seigneur, je n’y prends pas plaisir… Jésus accomplit non seulement la parole d’Abraham mais aussi la prédication des prophètes en abolissant tous les sacrifices d’animaux. La lettre aux Hébreux, au chapitre 10, nous permet de comprendre ce passage des agneaux sacrifiés (dont Dieu ne veut pas) à l’unique et véritable Agneau de Dieu qui est son Fils : Il est impossible, en effet, que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés. Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre… Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

L’accomplissement de l’image de l’Agneau par Jésus se réalisera précisément par sa Passion et sa mort en croix. Deux passages des Prophètes annoncent cet accomplissement : Jérémie 11, 19 et Isaïe 53, 7. Je réserve pour demain la méditation sur Isaïe 53. Ecoutons Jérémie au chapitre 11 : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » Seigneur de l’univers, toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause. Jérémie, prophète persécuté, annonce la condamnation à mort de Jésus et les souffrances de l’Agneau de Dieu. Si Jésus souffrira à la manière d’un agneau conduit à l’abattoir de la croix, contrairement à Jérémie, il ne réclamera ni revanche ni vengeance sur ses ennemis. Au contraire il implorera pour eux les richesses de la miséricorde divine.

Enfin rappelons-nous que la lettre aux Hébreux ainsi que le psaume 110 (109) présentent le sacerdoce du Christ dans la lignée de celui de Melchisédech et non pas dans celle des Lévites chargés d’assurer les sacrifices d’animaux dans le temple. Comme Melchisédech le Christ, avant d’entrer dans sa Passion, choisit le pain et le vin pour instituer l’unique sacrifice de la nouvelle Alliance, alors que la logique de la fête aurait été de choisir la chair de l’agneau… Dieu saura bien trouver l’agneau… avait dit Abraham à son fils. Tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance étaient davantage un mouvement de l’homme religieux cherchant à se concilier les faveurs divines. Dans la Pâque du Christ et le sacrement de l’eucharistie, c’est Dieu qui prend l’initiative et qui trouve en son Fils l’Agneau. Non plus l’homme qui cherche à s’élever vers Dieu de manière bien maladroite mais Dieu qui descend vers l’homme, le rejoint dans son humanité remplie de faiblesse et lui offre gratuitement la communion à la vie divine. Le grand mystère de la communion eucharistique s’éclaire toujours à la lumière du grand mystère de l’incarnation : Dieu vient vivre notre condition humaine jusqu’à la mort pour que nous vivions de sa divinité aujourd’hui et jusque dans la vie bienheureuse.