Pâques, Ascension et Pentecôte sont des solennités qui déploient dans le temps de la liturgie l’unique mystère pascal de Jésus. Le philosophe chrétien Denis Moreau dans son livre Résurrections – Traverser les nuits de nos vies (2022) relève avec justesse que le mot de résurrection qui nous est si familier traduit en fait différents verbes grecs du Nouveau Testament. Une traduction littérale de ces verbes pourrait se résumer à trois mots : 1/ Le relèvement. « Ressusciter, c’est se remettre debout après être tombé » ; 2/Le réveil. « Ressusciter, c’est sortir du sommeil » ; 3/ L’exaltation – élévation. « Ressusciter, c’est être élevé à un état supérieur à celui dans lequel on se trouvait au départ ». L’Ascension du Seigneur déploie particulièrement le troisième sens du mot traduit en français par résurrection : exaltation et élévation. Regardons de près le vocabulaire des trois lectures de cette solennité. Dans les Actes des apôtres Luc utilise l’expression « enlevé au ciel » et le verbe « s’élever ». Dans la deuxième lecture l’apôtre Paul affirme que le Père a établi Jésus au-dessus de tout être céleste, au-dessus de tout nom que l’on puisse nommer. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église. Nous retrouvons bien dans ce vocabulaire (au-dessus / plus haut) l’idée d’exaltation – élévation. Enfin dans l’Evangile Matthieu met en avant le pouvoir du Ressuscité au moment où il va monter aux cieux : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Cette notion est aussi présente dans la deuxième lecture : C’est l’énergie, la force, la vigueur que Dieu a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Le mystère de l’Ascension correspond bien à ce mouvement d’exaltation – élévation du Christ ressuscité dans lequel il se manifeste comme détenteur de la puissance même de Dieu. Cette élévation au Ciel, c’est-à-dire dans le domaine qui est celui de Dieu, va de pair avec une « disparition » : Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Le Ressuscité devient, comme Dieu lui-même, invisible. Mais cette disparition ne signifie pas pour autant une absence puisque Jésus fait cette promesse à ses disciples : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Celui qui s’élève aux Cieux, celui qui est la tête de l’Eglise qui est son corps, demeure pour nous l’Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu au milieu de nous. Affirmer de Jésus qu’il monte au Ciel ne signifie pas qu’il abandonne la terre et ses habitants. C’est seulement le mode de sa présence qui change. Puisque tout pouvoir lui est donné au ciel et sur la terre le Ressuscité demeure bien présent parmi nous. L’Ascension est ce passage d’une présence limitée à un petit territoire et à un moment donné de l’histoire humaine à une présence universelle en tout lieu et en tout temps. Après l’Ascension nous retrouvons les deux hommes en vêtements blancs qui s’étaient adressé aux saintes femmes au matin de Pâques : Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. A cette question correspond dans l’Evangile de Luc la première question auprès du tombeau vide : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. Denis Moreau décrit de la manière suivante la conséquence pour nous de notre foi en Jésus ressuscité et monté au ciel : « L’idée d’exaltation - élévation s’applique aussi à des expériences plus modestes et moins spectaculaires, comme celles qui suivent les épreuves que nous subissons. Avoir foi en la résurrection du Christ, c’est croire que la traversée de l’épreuve ne se conclut pas nécessairement par la défaite, ni même par un simple retour à la situation antérieure, mais peut conduire à un état préférable à celui où l’on se trouvait avant l’épreuve. C’est, pour le dire autrement, le thème du « combien plus » mis en avant par saint Paul dans la lettre aux Romains, pour indiquer que là où les puissances de mort ont pullulé, celles de la vie peuvent surabonder. » Pour saisir l’immense gloire qui est celle de l’Ascension du Seigneur nous devons garder en mémoire l’abaissement extrême de sa Passion et de sa mort en croix. Celui qui crie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est celui qui désormais a reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre en vue du salut de tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Le mystère de l’Ascension illustre parfaitement dans la vie du Christ ce que lui-même enseignait à ses disciples : Quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé.
