dimanche 5 avril 2026

PAQUES 2026

 En cette solennité de Pâques je prendrai comme point de départ de cette méditation un texte d’Isaïe que nous avons entendu lors de l’office du Vendredi saint. Il s’agit du 4ème chant du serviteur du Seigneur. Ce texte est habituellement interprété comme une annonce de la Passion et de la mort du Messie. D’où sa place dans la liturgie de l’office de la Passion du Seigneur. Cependant cette prophétie nous parle aussi du mystère que nous célébrons (en cette nuit) / (en ce jour). Il s’agit véritablement d’un texte pascal unissant en lui les souffrances, la mort et la résurrection du Seigneur. Ecoutons à nouveau ces versets d’Isaïe qui annoncent la victoire du Messie sur la mort. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! Résurrection et Ascension du Seigneur sont annoncés et les verbes utilisés par Isaïe nous font penser à l’hymne pascale de Paul dans la lettre aux Philippiens : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté : Il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom ». Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler. Dans ce verset qui clôture le chapitre 52 le prophète nous fait comprendre que l’exaltation du serviteur du Seigneur aura une portée universelle. Cet événement de la résurrection étonnera dans le sens le plus fort de ce verbe non seulement les saintes femmes, les apôtres et les disciples mais aussi une multitude de nations. Même si Jésus avait annoncé sa résurrection à ses disciples, cet événement constitue une nouveauté inouïe dans l’histoire de notre humanité. Il s’agit bien d’un événement unique, inattendu, qui ne peut que provoquer étonnement et admiration. Au chapitre 53 nous pouvons lire ces versets significatifs dans le contexte de la célébration de Pâques : S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. Nous sommes en tant que baptisés cette descendance promise au serviteur du Seigneur. Nous sommes les fils et les filles de la résurrection. Le Messie est annoncé par le prophète comme un triomphateur puissant qui, après avoir obtenu la victoire, partage le butin. Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens nous donne une clé possible de compréhension d’Isaïe 53 : Quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? … Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ.

Comment pouvons-nous rendre présente cette victoire de Pâques dans notre monde terrestre ? Si la solennité pascale oriente notre regard vers la vie éternelle, elle nous invite aussi à un engagement terrestre au nom de notre foi en Jésus ressuscité. Bien des choses en ce monde ne dépendent pas de nous, comme par exemple mettre fin aux guerres qui continuent à faire tant de victimes et de dégâts en cette année 2026. Les puissants de ce monde ne nous demandent jamais notre avis quand ils déclarent des guerres. Par contre il nous appartient pour ce qui est au pouvoir de notre liberté humaine de tout faire pour que la civilisation de l’amour progresse selon la volonté de Dieu. Si Pâques est vraiment la victoire de Dieu sur la mort, alors ouvrons pleinement notre cœur au don de la vie divine. La civilisation de l’amour est celle de la vie. Il nous appartient en tant que baptisés de rendre présente aujourd’hui la Pâque de Jésus. Pâque nous renvoie aux Béatitudes qui sont des chemins de vie plus que jamais actuels. A la lumière des Evangiles et des Béatitudes nous pouvons discerner ce qui, en nous, fait encore obstacle à la puissance de la résurrection, ce en quoi nous sommes complices des forces du mal. Si nous n’avons pas le pouvoir d’arrêter les guerres, de mettre un terme aux injustices, à la famine et à la misère, il nous revient d’avoir faim et soif de la justice, d’être des artisans de paix. Que Jésus dans cette communion pascale renouvelle en profondeur nos cœurs afin qu’ils soient purs, doux, humbles et miséricordieux. Au grand don de Dieu répondons par l’intensité de notre désir. Le témoignage de notre foi chrétienne en la résurrection se vérifie chaque jour dans les petites choses, petites aux yeux des hommes mais grandes pour le cœur de Dieu. Croyons-nous vraiment que nous sommes capables avec la grâce de Jésus de changer, de devenir meilleurs à travers nos actes et nos choix ? Ou bien sommes-nous résignés à notre tiédeur et à notre médiocrité ? Notre vie chrétienne, notre vie pascale avec le Christ, est un exercice qui commence chaque matin pour qu’à travers nos actes, nos pensées, nos paroles nous soyons des créatures nouvelles. Les nouveaux baptisés de Pâques viennent nous réveiller de notre torpeur. Ils nous invitent au courage de la foi par lequel chaque jour nouveau devient l’ébauche du Royaume en nous et dans le monde.

 

 

 

 

vendredi 3 avril 2026

VENDREDI SAINT 2026

 


                  Méditation pour le Vendredi saint 2026

Hier, lors de l’eucharistie du Jeudi saint en mémoire de la Cène du Seigneur, je vous ai proposé une méditation sur Jésus « Agneau de Dieu », méditation que j’aimerais poursuivre en ce Vendredi saint. Nous avons entendu Jérémie, le prophète persécuté, affirmer : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » La première lecture de l’office de la Passion du Seigneur nous fait méditer le quatrième chant du serviteur du Seigneur. Ce serviteur est comparé par le prophète à un agneau : Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Le point commun entre Isaïe et Jérémie est évident : c’est bien celui de l’agneau conduit à l’abattoir. Mais entre les deux prophéties il y a aussi une différence de taille. Nous avons vu hier que Jérémie réclamait à Dieu justice et revanche contre ses persécuteurs. Rien de tel en Isaïe 53 : le serviteur accepte son sort en s’humiliant et n’ouvre même pas la bouche pour se défendre. Même si dans la Passion du Christ selon saint Jean nous trouvons un très beau dialogue entre Pilate et Jésus vient le moment où Jésus refuse de répondre au représentant de l’autorité romaine (19, 9). Dans les versions de Matthieu, Marc et Luc le silence de Jésus, son refus de répondre au grand prêtre, à Pilate ou encore à Hérode est mis en avant. C’est ainsi qu’il accomplissait la prophétie du serviteur souffrant qui n’ouvre pas la bouche. Jean nous signale que Jésus meurt en croix le jour de la Préparation de la Pâque au moment même où dans le temple on immolait l’agneau pascal. Après la mort de Jésus il nous donne aussi une information qui peut nous sembler un détail mais qui assimile encore davantage le Christ à l’agneau pascal : Quand les soldats arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. C’est ainsi que Jésus mort en croix accomplit le rituel de la Pâque décrit en Exode 12, 46 : On mangera la Pâque dans une seule maison. Tu ne sortiras de cette maison aucun morceau de viande. Vous ne briserez aucun de ses os. Le quatrième chant du serviteur en Isaïe nous permet de bien comprendre l’expression par laquelle Jean le baptiste désigne Jésus : Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Oui, Jésus dans sa Passion et sa mort enlève le péché du monde et cela en deux sens. Tout d’abord il prend sur lui tous les péchés de tous les hommes de tous les temps : C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé… C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… Il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes… Jésus, Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, ne se charge pas seulement de tout le mal du monde, il nous en délivre, il nous en purifie en nous sanctifiant par son amour infini : Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris… Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours… Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes.

Lorsque la liturgie nous fait chanter « Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, donne-nous la paix » prenons bien conscience de la grandeur du don qui nous est fait depuis ce jour unique dans notre histoire de la mort de Jésus en croix. Déjà l’apôtre Pierre rappelait aux toutes premières générations de chrétiens la grandeur du mystère pascal : Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ.

Enfin Pierre nous rapporte dans une hymne liturgique une magnifique synthèse de ce que nous célébrons en ce Vendredi saint :

C’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. (1 P 2, 21-24)


JEUDI SAINT 2026

 


               Méditation pour le Jeudi saint 2026

En ce jeudi saint nous faisons mémoire de la dernière Cène du Seigneur Jésus au cours de laquelle il institua pour son Eglise et pour la multitude le saint sacrement de l’eucharistie. Ce sacrement culmine dans la communion au corps et au sang du Ressuscité. A partir du rite de la communion je vous propose une méditation sur Jésus Agneau de Dieu. En effet à chaque messe le prêtre fait siennes les paroles de Jean le baptiste suivies d’une citation de l’Apocalypse : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

Pendant la fraction du pain nous chantons ou récitons l’Agnus Dei :

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.

[Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.]

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix.

C’est donc à 5 reprises que la liturgie de la communion utilise l’image de l’agneau pour l’appliquer au Christ. Chaque fois cet agneau est présenté comme « celui qui enlève les péchés du monde ». Dans l’Ancien Testament l’agneau est mentionné 129 fois, la plupart du temps comme l’animal destiné aux sacrifices prescrits par la Loi. La première mention de l’agneau se trouve en Genèse 22 dans un dialogue entre Isaac et Abraham : Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. »

Nous pouvons interpréter cette première mention de l’agneau comme une prophétie dans la bouche d’Abraham annonçant l’Agneau véritable, le Christ : Dieu saura bien trouver l’agneau… Dans la première lecture de cette messe l’agneau devient pascal : Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Le sang de l’agneau sacrifié dont la communauté mange la chair est signe de vie pour les Hébreux et signe de mort pour les Egyptiens. C’est un sang qui protège contre le fléau de la mort et en délivre. Si nous passons de la Pâque juive à la Pâque chrétienne ainsi qu’à la liturgie de la messe nous constatons que le sang de l’Agneau de Dieu nous délivre du péché, donc de la séparation d’avec Dieu, de la mort de l’âme. Le sang de l’Agneau instaure ainsi la communion avec Dieu dans le Christ. Jésus accomplit dans son mystère pascal la parole d’Abraham à Isaac. Cet accomplissement de l’Ancienne Alliance dans la Nouvelle passe par une étape essentielle, celle des Prophètes. Tout d’abord Isaïe 1, 11 : Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir.

Le sang des agneaux, dit le Seigneur, je n’y prends pas plaisir… Jésus accomplit non seulement la parole d’Abraham mais aussi la prédication des prophètes en abolissant tous les sacrifices d’animaux. La lettre aux Hébreux, au chapitre 10, nous permet de comprendre ce passage des agneaux sacrifiés (dont Dieu ne veut pas) à l’unique et véritable Agneau de Dieu qui est son Fils : Il est impossible, en effet, que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés. Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre… Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

L’accomplissement de l’image de l’Agneau par Jésus se réalisera précisément par sa Passion et sa mort en croix. Deux passages des Prophètes annoncent cet accomplissement : Jérémie 11, 19 et Isaïe 53, 7. Je réserve pour demain la méditation sur Isaïe 53. Ecoutons Jérémie au chapitre 11 : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » Seigneur de l’univers, toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause. Jérémie, prophète persécuté, annonce la condamnation à mort de Jésus et les souffrances de l’Agneau de Dieu. Si Jésus souffrira à la manière d’un agneau conduit à l’abattoir de la croix, contrairement à Jérémie, il ne réclamera ni revanche ni vengeance sur ses ennemis. Au contraire il implorera pour eux les richesses de la miséricorde divine.

Enfin rappelons-nous que la lettre aux Hébreux ainsi que le psaume 110 (109) présentent le sacerdoce du Christ dans la lignée de celui de Melchisédech et non pas dans celle des Lévites chargés d’assurer les sacrifices d’animaux dans le temple. Comme Melchisédech le Christ, avant d’entrer dans sa Passion, choisit le pain et le vin pour instituer l’unique sacrifice de la nouvelle Alliance, alors que la logique de la fête aurait été de choisir la chair de l’agneau… Dieu saura bien trouver l’agneau… avait dit Abraham à son fils. Tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance étaient davantage un mouvement de l’homme religieux cherchant à se concilier les faveurs divines. Dans la Pâque du Christ et le sacrement de l’eucharistie, c’est Dieu qui prend l’initiative et qui trouve en son Fils l’Agneau. Non plus l’homme qui cherche à s’élever vers Dieu de manière bien maladroite mais Dieu qui descend vers l’homme, le rejoint dans son humanité remplie de faiblesse et lui offre gratuitement la communion à la vie divine. Le grand mystère de la communion eucharistique s’éclaire toujours à la lumière du grand mystère de l’incarnation : Dieu vient vivre notre condition humaine jusqu’à la mort pour que nous vivions de sa divinité aujourd’hui et jusque dans la vie bienheureuse.


dimanche 22 mars 2026

Cinquième dimanche de Carême / année A / 2026

 22/03/2026

Jean 11, 1-45

Après l’Evangile de la samaritaine et celui de l’aveugle de naissance saint Jean poursuit notre catéchèse de Carême avec l’Evangile de Lazare. Le point commun entre ces trois grands récits évangéliques c’est la question décisive de la foi en Jésus. La samaritaine, l’aveugle qui retrouve la vue et Lazare ramené à la vie constituent des itinéraires de foi. Dans les trois cas c’est aussi l’entourage de ces personnes qui parvient à la foi. Le récit de ce dimanche occupe presque la totalité du chapitre 11 de saint Jean. Sur 45 versets le moment de la sortie du tombeau de Lazare se résume à deux versets seulement, à la fin cette page évangélique. Nous trouvons un autre point commun entre l’Evangile de l’aveugle de naissance et celui de la mort de Lazare. Ces deux récits illustrent ce qui affaiblit et détruit notre vie : les handicaps, les maladies et finalement la mort. En Jean 9, 3 Jésus répond ainsi à la question des disciples sur le pourquoi (pourquoi est-il né aveugle ?) : Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Et en Jean 11, 4 Jésus commente ainsi la maladie de son ami Lazare : Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. De manière mystérieuse ce qui constitue pour nous un mal permet à Dieu de se manifester comme Celui qui est plus fort que tout mal. Nous retrouvons aussi le thème de la lumière en Jean 9 et en Jean 11 :

Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. (9, 4.5).

N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. (11, 9.10).

Le récit de Lazare ne nie pas la douleur provoquée par la mort et le deuil. Bien au contraire. Marthe et Marie, ainsi que Jésus ne sont pas des stoïciens inébranlables face à la mort. Ils pleurent parce qu’ils aiment. L’itinéraire de foi de Marthe et Marie part de cette situation bien concrète du deuil et de la souffrance qu’il engendre. Pour parler de la mort de son ami Lazare Jésus utilise le verbe « s’endormir ». Saint Paul fera sienne cette manière de parler de la mort. Ce qui peut apparaître comme un euphémisme, un refus de dire la dure réalité de la mort, est en fait une invitation à la foi : Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! Si les païens avaient des nécropoles (les villes des morts), les chrétiens ont choisi un autre vocabulaire : le cimetière. L’étymologie de ce mot est fidèle à la manière de parler de Jésus et de Paul : du latin classique coemeterium, ce mot venant du grec ancien κοιμητήριον / koimêtếrion, signifie « dortoir ». Marthe, avant même d’être témoin du signe que Jésus va accomplir pour son frère, croit en Jésus et le confesse comme le Christ. Après le retour à la vie de Lazare cette foi de Marthe s’étend à beaucoup de Juifs. C’est la finale de notre Evangile, semblable à celle de l’Evangile de la samaritaine :

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage… Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Si beaucoup croient en Jésus, « résurrection et vie », le signe de Lazare revenu à la vie va accélérer la décision de tuer Jésus. En redonnant la vie à son ami Lazare, Jésus signe ainsi sa condamnation à mort. C’est la conclusion dramatique du chapitre 11 : À partir de ce jour-là, les grands prêtres et les pharisiens décidèrent de tuer Jésus. Celui qui affirme « Je suis la résurrection et la vie » divise donc en redonnant la vie à Lazare : il y a ceux qui accèdent à la lumière de la foi et ceux qui refusent cette lumière. Ces derniers décident de tuer Celui qui se présente comme la vie. Mais la vie de Dieu est plus puissante que toute la méchanceté et l’aveuglement du cœur humain plongé dans les ténèbres et l’ignorance. Dieu tournera en effet ce mal suprême, la mort de Jésus, en un bien infini. C’est ainsi que Jean interprète les paroles de Caïphe :

Ce qu’il disait là ne venait pas de lui-même ; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ; et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés.

dimanche 15 mars 2026

Quatrième dimanche de Carême / année A / 2026

 15/03/2026

Jean 9

L’évangéliste Jean consacre un chapitre entier de son Evangile au récit de la guérison de l’aveugle de naissance par Jésus. Sur les 41 versets de ce chapitre seulement les 7 premiers sont consacrés au récit de la guérison elle-même. C’est dire que la plus grande partie du chapitre nous parle des suites de cette guérison. Le récit de Jean est complexe car il fait intervenir un grand nombre de personnes en plus de Jésus et de l’aveugle ayant retrouvé la vue : les disciples, les voisins, les pharisiens, les parents. Le fait que Jésus ait redonné la vue à l’aveugle de naissance le jour du sabbat provoque donc une polémique au centre de laquelle se situent les pharisiens. Cette polémique divise non seulement les voisins de l’aveugle mais aussi les pharisiens eux-mêmes. Confronté à toutes ces personnes qui l’interrogent celui qui a retrouvé la vue donne un témoignage simple et constant : L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » … Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. L’ancien aveugle s’en tient aux faits. Son témoignage est simple et puissant. Sa guérison l’amène à reconnaître en Jésus un prophète. Face à l’évidence les pharisiens refusent pourtant de croire. D’où la convocation des parents puis une seconde confrontation avec le bénéficiaire du signe accompli par Jésus : Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle… Les versets 24 à 34 nous rapportent une discussion théologique entre les pharisiens et l’homme ayant retrouvé la vue. Ce passage est révélateur du fossé qui sépare les deux manières de raisonner. Celle des pharisiens est dogmatique : puisque Jésus a accompli ce signe le jour du sabbat, il est forcément pécheur. A ce raisonnement l’homme oppose les faits ainsi que la simplicité de son témoignage : Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. A la certitude orgueilleuse des pharisiens qui jugent et condamnent Jésus correspond l’humilité d’un homme du peuple : Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. L’aveuglement des pharisiens s’exprime de manière parfaite lorsqu’ils prétextent de leur attachement à Moïse pour mieux refuser de reconnaître en Jésus un envoyé de Dieu : Nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. Le simple témoignage de cet homme les met en colère et ils l’injurient. Devant tant de mauvaise foi c’est l’aveugle guéri qui est contraint de donner un cours de théologie, mais avant toute chose un cours de bon sens, à ces spécialistes de la religion que prétendent être les pharisiens… retournement de situation remarquable ! Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. Cette mise au point est perçue par les pharisiens comme une mise en danger de leur compétence en matière de religion, ils passent ainsi de l’injure au mépris et à l’exclusion de l’homme qui, par son témoignage, les dérange et les remet en question. « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Remarquons bien que les pharisiens sont toujours dans le jugement sur les autres : Jésus est pécheur, cet homme est pécheur. Leur prétendue science théologique s’accompagne en fait d’un manque d’amour et de miséricorde. Leur orgueil les conduit à des attitudes contraires à la Loi de Moïse : l’insulte et le mépris. Eux n’ont de leçon à recevoir de personne. Ils donnent des leçons du haut de leur prétendue supériorité morale.

A partir du verset 35, après le sommet de la polémique, Jésus vient à nouveau à la rencontre de l’homme et lui demande un acte de foi. L’ancien aveugle passe alors de la reconnaissance de Jésus comme prophète à l’adoration de Jésus comme Seigneur : « Je crois, Seigneur ! » Le dernier verset du chapitre résume tout l’enjeu spirituel de cette page évangélique : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. Ainsi du point de vue spirituel les aveugles ce sont bien les pharisiens qui refusent de croire en Jésus. Leur orgueil leur fait penser qu’ils voient alors qu’ils sont dans les ténèbres. Ceux qui accusaient Jésus et l’homme guéri d’être des pécheurs sont maintenant déclarés pécheurs par Jésus lui-même : votre péché demeure. Ainsi cet Evangile opère un double renversement de perspective : ceux qui se prétendaient justes et clairvoyants sont en fait pécheurs et aveugles alors que l’homme aveugle de naissance parvient par l’humilité à la lumière de la foi.

 

dimanche 8 mars 2026

Troisième dimanche de Carême / année A / 2026

 8/03/2026

Jean 4, 5-42

En ce troisième dimanche de Carême les catéchumènes vivent l’étape du premier scrutin avec l’Evangile de la samaritaine en saint Jean. La rencontre entre Jésus et la femme de Samarie est longuement décrite par l’évangéliste et elle constitue l’une des plus belles rencontres des Evangiles.

Il s’agit tout d’abord d’une rencontre surprenante comme le souligne bien l’étonnement de la samaritaine et des disciples. Jésus, une fois de plus, brise les convenances et se montre un homme libre en adressant la parole à une femme et à une femme de Samarie. Tout part de la fatigue et de la soif de Jésus assis près de la source et d’une demande adressée à la samaritaine : « Donne-moi à boire ». Cette soif physique de l’homme Jésus est le signe d’une autre soif, celle de Dieu désirant entrer dans une relation d’amour avec chaque homme, chaque femme, quel que soit son appartenance religieuse ou ethnique. La soif de Dieu est universelle. Ce « donne-moi à boire » au début de l’Evangile de Jean nous fait penser à l’une des dernières paroles du Christ en croix à l’autre bout de l’Evangile : « J’ai soif ». Dieu n’est donc pas seulement celui qui donne, Il est aussi celui qui veut recevoir l’amour de la part de chacun d’entre nous. L’eau dont il est tant question dans ce récit évoque bien sûr le sacrement de baptême que les catéchumènes recevront lors de la vigile pascale : Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. Nous passons ainsi de l’eau, élément vital pour notre vie humaine, à l’eau source de vie éternelle.

Le récit de la rencontre avec la samaritaine contient une double révélation : la première concerne l’identité de Jésus, la seconde l’identité de Dieu et l’adoration que Dieu désire. Les titres donnés au Seigneur Jésus sont en effet significatifs : on part du prophète pour aboutir au Sauveur du monde en passant par le Messie. Ce n’est qu’au terme d’un long processus, celui de la rencontre et du dialogue, que la samaritaine et ses compatriotes parviennent à comprendre qui est cet homme… Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire » … Au terme du parcours les samaritains savent et croient en Jésus Seigneur et Sauveur.

La révélation sur Dieu est éblouissante et tient en trois mots : « Dieu est esprit ». Il est l’exact contraire d’une idole que l’on doit adorer à tel endroit ou dans tel temple. Car si Dieu est esprit, il est présent de partout. Dans son enseignement Jésus annonce par avance la destruction du temple unique de Jérusalem et la fin du culte qui y était célébré : Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Le salut vient des Juifs, comme il l’affirme, mais les Juifs n’ont pas plus raison que les samaritains sur le lieu où il faut adorer Dieu. Ils sont tous dans l’erreur en pensant enfermer Dieu dans un lieu précis. De ce point de vue le temple de Jérusalem ne vaut pas mieux que celui, concurrent, des samaritains.

Le verset 24 de cet Evangile constitue l’un des sommets de la révélation de Dieu donnée par Jésus et de la définition de ce qu’est vraiment la religion : Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. Les prophètes nous permettent de comprendre ce que signifie « adorer en esprit et en vérité ». Nous pouvons penser par exemple à une prophétie d’Ezéchiel : Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Isaïe et Jérémie en particulier ne cessent de dire au peuple que l’adoration en vérité consiste à mettre en adéquation sa vie tout entière avec sa foi. Dieu attend de nous des actes de justice et de sainteté. Il désire que nous soyons bons, généreux, compatissants, miséricordieux et que nous fassions le bien sans relâche, voilà l’adoration en vérité. Pour adorer « en esprit » Jésus nous donnera part à l’Esprit Saint, cet Esprit que les catéchumènes recevront au moment de leur baptême. Enfin un passage du prophète Michée nous montre, lui aussi, ce que signifie « adorer en esprit et en vérité » :

Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? demande le peuple. Comment m’incliner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les offrir en holocaustes ? Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers, à voir des flots d’huile répandus sur l’autel ? […] – Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu.

 

dimanche 1 mars 2026

Deuxième dimanche de Carême / année A / 2026

 1er/03/2026

Matthieu 17, 1-9

Chaque année le chemin du Carême nous fait passer du désert des tentations à la montagne de la transfiguration. Ce passage annonce dès le début du Carême la Passion, la mort et la résurrection du Seigneur. Si au désert Jésus vit dans la solitude, confronté uniquement au démon, sur la montagne il est accompagné de trois disciples et il communique avec Moïse et Elie. La transfiguration est donc un événement ecclésial qui construit la communauté des disciples et qui situe Jésus dans la continuité de la Loi et des Prophètes. La Transfiguration en tant qu’événement communautaire me fait penser au passage du message de Carême du pape Léon consacré précisément à cet aspect de notre préparation à Pâques :

Le Carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne. L’Écriture souligne également cet aspect de nombreuses façons. […] Nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance. Dans cette perspective, la conversion concerne, outre la conscience de chacun, le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation.

La vision du corps glorieux de Jésus, rayonnant sa divinité, ravit le cœur de l’apôtre Pierre : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Et Pierre n’a qu’un désir : prolonger cette expérience de la joie divine. Cela nous rappelle l’importance de la prière dans notre vie chrétienne, et tout particulièrement de la prière de contemplation et d’adoration. Se tenir simplement en présence de Jésus, se recueillir dans le silence extérieur et intérieur pour être totalement disponible à la présence divine, et ne pas hésiter à demeurer dans cette attitude longuement. Avec les paroles du psaume 130 nous pouvons dire et redire à Jésus présent : Je tiens mon âme égale et silencieuse.

Le récit de la transfiguration nous invite à unir cette expérience de la prière personnelle et communautaire à l’écoute de la Parole de Dieu comme nous y invite le pape Léon dans son message de Carême :

Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le !

Nous vivons dans l’ère chrétienne et nous savons que la Parole de Dieu n’est pas d’abord un livre, la Bible, mais une personne, Jésus. Saint Jean ouvre son Evangile en nous présentant le mystère du Fils de Dieu dans le sein de la Trinité comme le mystère du Verbe fait chair, donc de la Parole de Dieu rendue présente de manière parfaite et définitive dans un homme nommé Jésus de Nazareth. C’est pour cette raison que les Evangiles, échos écrits de la Parole vivante qu’est Jésus, sont si importants pour notre vie chrétienne. Mais souvenons-nous que Jésus n’a jamais rien écrit : il vécu parmi nous en enseignant et en faisant le bien. Ecouter cela signifie obéir. Dans le verbe « obéir » nous trouvons le verbe latin « audire » signifiant « écouter ». Il s’agit bien sûr d’une obéissance très différente de celle du militaire ou du subordonné vis-à-vis d’un supérieur hiérarchique quelconque. Il s’agit de l’obéissance de la foi qui est une obéissance amoureuse. Elle peut se traduire ainsi : je mets en pratique la Parole de Jésus parce que je l’aime et que je veux lui montrer mon amour non seulement en paroles mais aussi en actes. En guise d’ouverture je citerai une réflexion intéressante, trouvée sur Internet, autour de l’obéissance et de la désobéissance :

Le préfixe « ob » évoque la position « en face » et aussi un « renversement » : je suis en face de l’autre, et je lui « renvoie » quelque chose. Le verbe « audire » signifie entendre, percevoir (par les oreilles, par l’intelligence). Aujourd’hui, le sens commun d’obéir signifie souvent se soumettre sans réfléchir. L’obéissance serait synonyme de passivité, de soumission, voire de lâcheté. En conséquence, désobéir serait salvateur. Or, le sens étymologique du mot obéir nous invite plutôt à considérer l’obéissance comme un engagement : j’obéis, cela veut dire que j’ai perçu les propos de l’autre et, face à lui, je m’engage à « le suivre » avec ce sens de « je m’engage ».