dimanche 16 août 2026

20ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 

16/08/2026

Matthieu 15, 21-28

Cette page évangélique fait partie de celles qui nous interrogent ou qui nous choquent. Le Jésus de la cananéenne semble tellement différent du Jésus de la samaritaine. A la place de la compassion du Seigneur, nous trouvons une espèce de froide indifférence. Jésus dans cet Evangile ne se présente pas à nous sous les traits du Sauveur pour tous les peuples. Cela fait beaucoup de difficultés. Et à ces difficultés s’ajoute une relation triangulaire entre Jésus, les disciples et la cananéenne. Commençons par regarder l’attitude des disciples : Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! Au lieu de favoriser la rencontre entre Jésus et la femme les disciples font écran car ils ne veulent pas être importunés. Nous retrouverons aux chapitre 19 et 20 une attitude semblable. On présenta des enfants à Jésus pour qu’il leur impose les mains en priant. Mais les disciples les écartèrent vivement. Et lorsque deux aveugles supplient Jésus au bord de la route : La foule les rabroua pour les faire taire. Les disciples comme la foule semblent vouloir garder Jésus pour eux seuls. Ils font écran entre leur Maître et ceux de l’extérieur qui veulent l’approcher. Aujourd’hui il nous arrive aussi en tant que catholiques d’agir comme les disciples. Au lieu de favoriser la rencontre entre les personnes éloignées de l’Eglise et Jésus nous pouvons être des obstacles, simplement par égoïsme, par facilité et parce que nous n’avons pas encore intériorisé ce que signifie être catholique : non pas faire partie d’un club de privilégiés qui connaissent Jésus mais être sel de la terre et lumière du monde, ce qui implique un cœur ouvert à ceux qui ne font pas partie de notre Eglise ou de notre paroisse. Nous ne sommes pas les propriétaires de Jésus ou de Dieu mais les serviteurs de l’Evangile.

Venons-en maintenant à l’attitude de Jésus par rapport à la cananéenne. Comment motive-t-il son silence face à la demande de la femme qui le supplie pour sa fille ? Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais dans ce cas pourquoi donc Jésus sort-il d’Israël pour se rendre dans un territoire païen ? L’argument donné par le Seigneur ne devrait pas nous surprendre si nous connaissons ce qui précède dans l’Evangile selon saint Matthieu. Au chapitre 10 lorsqu’il envoie les Douze en mission il leur donne en effet la consigne suivante : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Au départ il est vrai que Jésus limite volontairement sa mission d’évangélisation à son seul peuple. Nous savons combien de refus, d’hostilité et de résistances il recevra de la part d’Israël dans sa mission messianique. Cela peut expliquer en partie son ouverture de plus en plus grande, au fur et à mesure qu’il approche des jours de la Passion, aux païens. La deuxième lecture de cette messe nous montre comment l’apôtre Paul a compris ce passage d’une mission limitée et à une mission universelle. A la veille de sa Passion Jésus donne la parabole des vignerons assassins avec cette leçon : Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. Le fait que le Seigneur finisse par exaucer la demande de la cananéenne nous montre bien que ce qui compte le plus à ses yeux ce n’est pas d’où nous venons ni à quel peuple nous appartenons mais bien notre foi. Et la foi de la cananéenne s’accompagne aussi d’une grande humilité. La réponse que lui fait Jésus après son silence aurait pu être reçue comme humiliante : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Le propos est tellement choquant que la traduction liturgique a voulu en atténuer la dureté en ajoutant « petits » devant « chiens » contrairement à la plupart des autres traductions… L’image du pain est parlante puisque cet épisode se situe précisément entre les deux « multiplications » des pains opérées par Jésus. L’épreuve que Jésus fait subir à cette femme païenne lui donne accès au monde de la foi. Elle commence par l’appeler « Seigneur, fils de David », avec un titre messianique alors qu’elle n’est pas juive, et finit simplement par « Seigneur » reconnaissant en lui bien plus que le Messie, confessant la divinité de celui qui s’apprête à l’exaucer.

Enfin à la consigne de départ donnée aux Douze et limitant leur mission à Israël il convient de mettre en regard la consigne finale du Ressuscité au chapitre 28 :

Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

samedi 15 août 2026

ASSOMPTION DE MARIE 2026

 Dans le mystère de la création Dieu qui est esprit donne naissance à tout ce qui existe, à la matière. Le Dieu invisible se manifeste dans des réalités visibles. Le Dieu unique se manifeste dans la profusion et la multiplicité de ses œuvres. Notre esprit éprouve une extrême difficulté à se représenter ce qu’est un esprit, que ce soit Dieu ou les anges. En méditant le mystère de la création nous nous demandons quel rapport peut exister entre le monde spirituel et le monde matériel, entre Dieu et sa création. Comment un pur esprit peut-il créer de la matière ? Notre foi chrétienne nous préserve de deux visions opposées : l’une qui serait uniquement spirituelle, l’autre qui serait matérialiste. Dans l’histoire du christianisme la vision spiritualiste (seule compte l’âme au mépris du corps) nous a fait parfois oublier ce bel équilibre de notre foi qui proclame le salut de l’âme et du corps. Dans le mystère de l’incarnation l’esprit et la chair, l’âme et le corps, Dieu et l’homme, ne s’opposent plus, ils s’unissent de manière parfaite en la personne de Jésus-Christ. Pas de mystère de l’incarnation sans le « oui » de Marie au jour de l’Annonciation, pas d’incarnation du Verbe éternel sans la maternité virginale de Marie. Elle est en quelque sorte ce pont entre le monde de l’esprit et le monde de la chair. Dans l’un de ses sermons pour la fête de l’Assomption Bossuet met en lumière le lien entre Assomption et Incarnation : Car si la divine Marie a reçu autrefois le Sauveur Jésus, il est juste que le Sauveur reçoive à son tour l’heureuse Marie ; et n’ayant pas dédaigné de descendre en elle, il doit ensuite l’élever à soi pour la faire entrer dans sa gloire. Il ne faut donc pas s’étonner si la bienheureuse Marie ressuscite avec tant d’éclat… Jésus à qui cette Vierge a donné la vie, la lui rend aujourd’hui par reconnaissance : et comme il appartient à un Dieu de se montrer toujours magnifique ; quoiqu’il n’ait reçu qu’une vie mortelle, il est digne de sa grandeur de lui en donner en échange une glorieuse.

Dans son sermon Bossuet met en avant les vertus de Marie, en particulier son amour, sa virginité et son humilité. Comme beaucoup de saints prédicateurs et docteurs de l’Eglise Bossuet nous fait comprendre qu’aimer Marie c’est contempler ses vertus et s’en inspirer. La vraie dévotion à Marie nous porte à l’imiter en particulier dans son humilité. Car Marie elle-même en tant que première disciple de son fils suit ses pas sur ce chemin d’humilité. Ecoutons Bossuet : Puisque c’est l’humilité seule qui a fait le triomphe de Jésus-Christ, il faut qu’elle fasse aussi celui de Marie ; et sa gloire ne lui plairait pas, si elle y entrait par une autre voie que par celle que son fils a voulu choisir. Elle s’élève donc par l’humilité… elle s’enrichit en se dépouillant.

Lorsque la spiritualité chrétienne nous parle de l’imitation de Jésus ou de Marie, il ne s’agit pas de copier, de reproduire dans les moindres détails la vie de Jésus et de Marie. La grande diversité des saints et des saintes nous le montre. L’imitation, c’est s’inspirer de la sainteté de Jésus et de Marie, c’est s’imprégner par la contemplation et par l’action de leurs vertus.

En cette solennité de l’Assomption nous pouvons considérer Marie comme notre mère spirituelle. Certains choisissent d’être accompagnés dans leur foi par un père spirituel (ou une mère) pour en recevoir lumières, conseils, encouragements. En donnant sa mère à Jean au pied de la croix, Jésus a voulu à travers lui donner sa mère à tous ses disciples. Il lui demande de nous considérer comme si nous étions ses fils, ses filles. Marie dans la gloire de la Trinité exerce à notre profit une maternité spirituelle. Dans le mystère de l’incarnation Marie est, avec son Fils et après lui, ce trait d’union entre l’esprit et la chair, entre Dieu et l’humanité. Par sa proximité avec nous elle nous rend Dieu proche et présent. C’est la raison pour laquelle beaucoup de personnes, parfois éloignées de l’Eglise et de la pratique religieuse, reviennent à Dieu par Marie. Car la mère nous conduit toujours à son Fils et le Fils nous conduit toujours au Père. Comment pouvons-nous bénéficier de cette maternité spirituelle de la Vierge Marie ? En contemplant sa vie et ses vertus dans les Evangiles, en aimant ce qu’elle a aimé, en pratiquant ses vertus, en particulier l’humilité, en la priant avec une grande confiance.

dimanche 9 août 2026

19ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 

9/08/2026

Matthieu 14, 22-33

Matthieu, Marc et Jean relatent l’épisode de Jésus marchant sur les eaux du lac de Tibériade appelé aussi mer de Galilée. Dans la version qu’en donne saint Matthieu Jésus, après s’être retiré dans la solitude de la montagne pour prier, décide de rejoindre ses disciples en marchant sur les eaux : Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. Le Seigneur ne réalise jamais des signes pour lui-même et encore moins pour impressionner les hommes par son pouvoir divin. Cette manière de faire est celle que le diable lui suggère dans le désert des tentations. Matthieu nous dit que la mer était agitée car le vent était contraire. C’est saint Marc qui nous explique pourquoi Jésus fait ce geste qui défie les lois de la nature : Voyant qu’ils peinaient à ramer, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. Pour saint Marc c’est bien en faveur de ses disciples effrayés par la mer agitée que le Seigneur marche sur les eaux pour les rejoindre et les rassurer. Il s’agit donc d’un acte de charité de sa part. Mais leur réaction montre que c’est l’effet inverse qu’il obtient. Non seulement la tempête les effraie, mais l’apparition de Jésus ne les rassure pas, bien au contraire : En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Nous comprenons parfaitement la réaction des disciples. Cette page évangélique nous enseigne que dans les moments de grandes difficultés ou les épreuves Jésus ne nous abandonne pas et il vient à notre rencontre pour nous tendre la main. La parole qu’il adresse aux disciples fait partie de ces paroles de Dieu qui sont essentielles à travers toute la Bible, tellement elle est présente et répétée de bien des manières : Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! Les hommes de l’époque de Jésus qui partageaient la culture gréco-romaine du vaste Empire romain connaissaient tous plus ou moins les péripéties maritimes d’Ulysse dans l’Odyssée et d’Enée dans l’Enéide. Ces deux grands héros, l’un grec, l’autre troyen, subissaient sur la Méditerranée la colère des dieux. Poséidon se déchaînait contre Ulysse et Junon contre Enée. Si bien qu’Ulysse mit dix ans pour retrouver sa patrie… Le Dieu biblique est tout autre, nous le constatons. Si Zeus et Poséidon manifestaient leur puissance divine par la foudre, le tonnerre, l’éclair, les tremblements de terre et la tempête, le Dieu de la Bible qui vient à la rencontre d’Elie ne se trouve pas dans l’ouragan, le tremblement de terre, le feu, mais bien dans le murmure d’une brise légère. Si les dieux de l’Olympe utilisent les phénomènes naturels extrêmes et violents pour manifester leur puissance et punir les mortels, Jésus, en marchant sur les eaux, domine les éléments naturels déchaînés pour réconforter ses disciples. Le rapport du divin à la nature est donc très différent dans les deux univers mais aussi le rapport du divin à l’humanité. Poséidon est incapable de pardonner l’aveuglement du cyclope Polyphème, son fils, par Ulysse. Il ne peut que se venger et utilise son pouvoir sur les éléments naturels pour effrayer Ulysse et si possible le tuer dans les eaux. Jésus, Fils de Dieu, marche sur les eaux agitées pour inviter à la confiance, à la foi et pour déraciner du cœur des hommes la peur qui paralyse. Le Dieu révélé par Jésus-Christ invite toujours à la confiance, à l’amour qui bannit toute crainte.

dimanche 2 août 2026

18ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

2/08/2026

Matthieu 14, 13-21

La lecture suivie de l’Évangile selon saint Matthieu nous a fait entendre les paraboles du chapitre 13, la dernière étant celle du filet qui prend toutes sortes de poissons. Après cet enseignement Jésus se rend à Nazareth où il se heurte à l’incompréhension et à l’incrédulité de ses concitoyens. Le début du chapitre 14 ouvre une parenthèse avec le récit de la mort de Jean Baptiste. C’est cet événement qui pousse Jésus à quitter Nazareth pour un lieu désert : Quand Jésus apprit cela, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. Nous constatons que les foules ne laissent aucun répit au Seigneur, tant sa renommée était grande. Il lui est impossible de se retirer dans la solitude si ce n’est pendant la nuit qu’il passe parfois en prière. Une fois de plus l’Evangile nous montre la compassion du Seigneur pour ces foules qui le suivent. Voici que le crépuscule approche et les disciples veulent renvoyer les foules pour qu’elles puissent manger. Ce à quoi Jésus répond : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Et c’est avec seulement 5 pains et 2 poissons que le Seigneur va nourrir les foules, après avoir prié et béni cette nourriture. Celui qui, dans le désert des tentations, affirme, en citant le Deutéronome, que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu est aussi celui qui nourrit les foules avec les 5 pains. Nous sommes habitués à recevoir ce récit avec le titre que lui donnent nos éditions de la Bible : « première multiplication des pains ». Matthieu, lui, ne parle pas de « multiplication », pas plus que les autres évangélistes. Il souligne simplement la prière de Jésus sur les aliments et le fait que tout le monde mangea à sa faim, avec 12 paniers pleins de pain à la fin de ce repas champêtre.

Lorsque nous lisons ce récit en lien avec celui des tentations au désert nous comprenons que le Seigneur prend soin de notre humanité dans sa double dimension. Nous sommes en même temps charnels et spirituels, corps et âme. Si Jésus vient d’abord et surtout pour nourrir nos âmes par sa parole et son pain de vie, il ne néglige pas pour autant les besoins du corps, ces corps qu’il guérit si souvent et qu’il nourrit aussi du pain de la terre dans l’Évangile de ce dimanche. L’Église suit, elle aussi, le même chemin depuis ses origines. Certains croyants ont tendance à opposer la mission spirituelle de l’Église et sa mission caritative, en mettant une mission au-dessus de l’autre, au détriment de l’autre. L’attitude de Jésus nous montre que cette opposition n’est pas chrétienne. Certains voudraient que l’Église ne parle que de prière, de sacrements, d’évangélisation, uniquement occupée à prêcher le Royaume des Cieux… D’autres, en sens opposé, rêvent d’une Église qui ne s’occuperait que des besoins terrestres, une Église caritative et sociale nourrissant les pauvres, soignant les malades, défendant la justice sociale et les migrants etc. Le Seigneur Jésus, lui, a voulu se donner à l’homme tout entier, dans toutes ses dimensions, car il a été lui-même pleinement homme. Jésus a beaucoup parlé du Royaume des Cieux, de la prière, de Dieu son Père, de l’Esprit Saint. Cela ne l’a pas empêché, bien au contraire, d’affirmer dans le chapitre 25 de saint Matthieu, qu’il fallait pratiquer les œuvres de miséricorde, nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus, visiter les malades, accueillir les étrangers etc. L’Évangile de ce dimanche nous rappelle une fois de plus le lien indissoluble que Dieu a voulu entre l’amour du Ciel et l’amour de la terre créée par Lui, l’amour de Dieu et celui du prochain créé à son image. Il est légitime, selon le charisme de chacun, d’avoir telle ou telle sensibilité tant que nous n’en faisons pas le critère unique et suffisant de la foi chrétienne. Il est très difficile d’être un catholique complet qui vit la tête dans le ciel et les pieds sur la terre, un catholique pour lequel la liturgie et la prière, l’engagement social auprès des plus pauvres et l’écologie intégrale sont les différentes facettes d’une foi adulte et épanouie, et non pas des choix « politiques » ou « idéologiques ». Aux États-Unis, par exemple, certains chrétiens sont pro life (pour le respect de la vie, contre l’avortement et l’euthanasie), tout en n’ayant aucun problème de conscience à militer pour le port des armes, à soutenir les guerres américaines et à s’indigner contre les aides sociales…

Or le respect de la vie et de la dignité humaines ne saurait se limiter à son commencement et à son terme ! Entre la naissance et la mort, il y la vie, et tout ce qui lui porte atteinte doit susciter notre résistance et notre engagement. Que le Seigneur nous préserve de séparer ce qu’il a voulu unir en vue de notre salut et celui de tous nos frères en humanité !


 

dimanche 12 juillet 2026

15ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 Matthieu 13, 1-23

12/07/2026

Dans la parabole du semeur Jésus nous parle de la parole du Royaume, de la parole de Dieu. Dans l’explication qu’il donne à ses disciples il ne nous dit pas qui est le semeur. Il explique à quoi correspondent les 4 terrains différents sur lesquels les grains sont semés. Le semeur c’est Dieu lui-même. C’est aussi Jésus dans son ministère de prédication et d’enseignement. Le commencement de la lettre aux Hébreux nous permet de bien saisir l’histoire du salut sous cet angle de la parole semée au cœur de notre humanité :

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.

Dieu, Esprit invisible, nous parle, voilà ce qui est étonnant ! Et le sommet de la parole qu’il nous adresse, c’est son Fils Jésus dans le mystère de son incarnation. Souvenons-nous du commencement de l’Evangile selon saint Jean qui nous présente le Fils comme le Verbe, comme la Parole de Dieu :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu.

Avant même la création de l’univers Dieu Trinité est Parole, Verbe, en la personne du Fils. Dans la vie trinitaire il existe un dialogue entre le Père et le Fils, une parole d’amour échangée.

Dans la parabole de ce dimanche Dieu sème le grain de sa parole à tout vent. Il fait exactement le contraire d’un agriculteur avisé qui économise la semence et la sème uniquement sur le bon terrain capable de porter des fruits. Dieu est dépensier et il sème avec surabondance sur tous les terrains de notre humanité. En écoutant la parabole une lecture rapide pourrait nous faire penser qu’il existe 4 types d’hommes à l’image des 4 terrains. Plus profondément, si nous y réfléchissons bien, les 4 terrains peuvent se retrouver dans notre vie personnelle, car nous pouvons être tour à tour, selon notre évolution spirituelle, chacun de ces terrains. En fonction de notre âge et de notre parcours de foi nous pouvons nous demander où nous en sommes. Avons-nous commencé par être une bonne terre pour ensuite devenir un sol pierreux ? Ou bien est-ce l’inverse ? La parabole du semeur nous invite à nous représenter notre vie chrétienne comme dynamique. Le point essentiel pour chacun de nous est bien de savoir si nous progressons ou si nous régressons dans l’accueil de la parole de Dieu, de la parole de Jésus. Pour le savoir sans nous faire d’illusions nous pouvons regarder quels sont les fruits de notre vie chrétienne, en particulier dans le domaine central et décisif de l’amour de Dieu et du prochain.

En vue de ce discernement saint Paul nous parle dans sa lettre aux Galates du fruit de l’Esprit :

Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas.

Comme souvent dans la prédication du Seigneur la parabole du semeur est un appel à la conversion, donc à la remise en question de notre manière de vivre notre foi. Elle constitue un appel à ne pas nous contenter d’une vie chrétienne faite davantage d’habitudes que de convictions. La parole de Jésus nous réveille de notre torpeur spirituelle en nous montrant toujours l’horizon de la sainteté. Dieu travaille toujours pour nous sanctifier. A nous de collaborer activement à son action pour devenir chaque jour toujours plus une bonne terre, celle de l’Evangile incarné dans notre vie.

 

 

 

 

dimanche 5 juillet 2026

14ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 

5/07/2026

Matthieu 11, 25-30

Probablement qu’en ce début du mois de juillet nous peinons sous le fardeau de la canicule… Certains peinent sous le poids d’une maladie ou d’un deuil. Tous nous recherchons le repos auquel Jésus nous invite dans ce magnifique passage de l’Evangile selon saint Matthieu. Ce repos n’est pas celui des vacances estivales pour ceux qui en prennent. Il s’agit du repos de l’âme, du cœur. Il s’agit de la paix intérieure qui est un bien infiniment précieux auquel notre cœur ne cesse d’aspirer. Zacharie nous présente le roi-Messie dans la première lecture comme un roi humble, un roi de paix. Jésus fait siennes toutes les prophéties annonçant un Messie humble et pacifique : « Je suis doux et humble de cœur ». Ces paroles nous attirent à Jésus et nous donnent le goût de la communion avec lui dans la prière et dans l’eucharistie. Nous avons le désir de goûter comme est bon le Seigneur ! Nous implorons de sa miséricorde qu’il nous donne sa paix, qu’il unifie enfin notre cœur par sa charité. C’est là notre désir le plus profond car nous savons à quel point par nous-mêmes nous sommes incapables d’être et de vivre dans la paix. Prendre sur nous le joug de Jésus, c’est reconnaître que notre bonheur véritable se trouve dans les Béatitudes : humilité, douceur, être artisan de paix et de justice. La paix de Jésus est donnée à ceux qui ont compris que beaucoup des « valeurs » de notre société, souvent opposée à l’Evangile, sont de fausses valeurs. De faux idéaux qui nous rendent malheureux et esclaves de ce qui en nous est le plus éloigné de Dieu. L’appel de Jésus à trouver en lui le repos pour nos âmes est donc un appel au discernement et à la vigilance : le chrétien doit résister aux sirènes des fausses valeurs et s’attacher à l’Evangile pour être et demeurer libre. Saint Jean dans sa première lettre nous décrit ce en quoi le monde s’oppose à l’Evangile :

Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passe, et sa convoitise avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours.

L’ânon de Zacharie sur lequel monte le Messie, opposé aux fiers chevaux de combat, symbolise bien l’esprit de l’Evangile. Et Marie dans son Magnificat nous montre d’une manière excellente ce que Dieu aime et ce qu’il condamne comme fausses valeurs de notre monde :

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Nous tous qui peinons sous le poids du fardeau de notre péché, de l’injustice à l’œuvre dans ce monde, de l’orgueil, de l’avidité et de la haine qui provoquent tant de conflits, prenons sur nous le joug de Jésus, facile à porter et léger. Ne nous laissons pas voler notre joie par l’esprit du monde mais tenons fermes dans la foi agissant par la charité. La liturgie nous rappelle avant chaque communion ce don infiniment précieux de la paix du Christ. Désirons-la de tout notre cœur. Gardons en mémoire les versets du psaume 144 :

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que le Seigneur Jésus règne toujours davantage dans nos cœurs, qu’il soit notre seul Maître ! Qu’il nous délivre ainsi de tous les faux messies et de tous les gourous qui nous promettent un bonheur illusoire… que ce soit par la politique ou par des slogans simplistes… Ne confondons jamais les maîtres de la terre avec notre roi du Ciel. Lui seul est monté sur un ânon, lui seul ose affirmer que les tout-petits sont les préférés de Dieu. Très peu de puissants au cours de notre histoire humaine ont eu ce comportement et ont tenu ce discours, signe éclatant de la vérité de l’Evangile… qui met les premiers selon le monde à la dernière place dans le Royaume des Cieux !