15/03/2026
Jean 9
L’évangéliste Jean consacre un
chapitre entier de son Evangile au récit de la guérison de l’aveugle de
naissance par Jésus. Sur les 41 versets de ce chapitre seulement les 7 premiers
sont consacrés au récit de la guérison elle-même. C’est dire que la plus grande
partie du chapitre nous parle des suites de cette guérison. Le récit de Jean
est complexe car il fait intervenir un grand nombre de personnes en plus de
Jésus et de l’aveugle ayant retrouvé la vue : les disciples, les voisins,
les pharisiens, les parents. Le fait que Jésus ait redonné la vue à l’aveugle
de naissance le jour du sabbat provoque donc une polémique au centre de
laquelle se situent les pharisiens. Cette polémique divise non seulement les
voisins de l’aveugle mais aussi les pharisiens eux-mêmes. Confronté à toutes
ces personnes qui l’interrogent celui qui a retrouvé la vue donne un témoignage
simple et constant : L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il
me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y
suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » … Il m’a mis de la boue
sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. L’ancien aveugle s’en tient aux
faits. Son témoignage est simple et puissant. Sa guérison l’amène à reconnaître
en Jésus un prophète. Face à l’évidence les pharisiens refusent pourtant de
croire. D’où la convocation des parents puis une seconde confrontation avec le
bénéficiaire du signe accompli par Jésus : Pour la seconde fois, les
pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle… Les versets 24 à 34
nous rapportent une discussion théologique entre les pharisiens et l’homme
ayant retrouvé la vue. Ce passage est révélateur du fossé qui sépare les deux
manières de raisonner. Celle des pharisiens est dogmatique : puisque Jésus
a accompli ce signe le jour du sabbat, il est forcément pécheur. A ce
raisonnement l’homme oppose les faits ainsi que la simplicité de son témoignage :
Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais :
j’étais aveugle, et à présent je vois. A la certitude orgueilleuse des
pharisiens qui jugent et condamnent Jésus correspond l’humilité d’un homme du
peuple : Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. L’aveuglement des
pharisiens s’exprime de manière parfaite lorsqu’ils prétextent de leur
attachement à Moïse pour mieux refuser de reconnaître en Jésus un envoyé de
Dieu : Nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons
que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. Le
simple témoignage de cet homme les met en colère et ils l’injurient. Devant
tant de mauvaise foi c’est l’aveugle guéri qui est contraint de donner un cours
de théologie, mais avant toute chose un cours de bon sens, à ces spécialistes
de la religion que prétendent être les pharisiens… retournement de situation
remarquable ! Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas
d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce
pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un
aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. Cette
mise au point est perçue par les pharisiens comme une mise en danger de leur
compétence en matière de religion, ils passent ainsi de l’injure au mépris et à
l’exclusion de l’homme qui, par son témoignage, les dérange et les remet en
question. « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu
nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Remarquons bien que les
pharisiens sont toujours dans le jugement sur les autres : Jésus est
pécheur, cet homme est pécheur. Leur prétendue science théologique s’accompagne
en fait d’un manque d’amour et de miséricorde. Leur orgueil les conduit à des
attitudes contraires à la Loi de Moïse : l’insulte et le mépris. Eux n’ont
de leçon à recevoir de personne. Ils donnent des leçons du haut de leur
prétendue supériorité morale.
A partir du verset 35, après le
sommet de la polémique, Jésus vient à nouveau à la rencontre de l’homme et lui
demande un acte de foi. L’ancien aveugle passe alors de la reconnaissance de
Jésus comme prophète à l’adoration de Jésus comme Seigneur : « Je
crois, Seigneur ! » Le dernier verset du chapitre résume tout l’enjeu
spirituel de cette page évangélique : Si vous étiez aveugles, vous
n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre
péché demeure. Ainsi du point de vue spirituel les aveugles ce sont bien
les pharisiens qui refusent de croire en Jésus. Leur orgueil leur fait penser
qu’ils voient alors qu’ils sont dans les ténèbres. Ceux qui accusaient Jésus et
l’homme guéri d’être des pécheurs sont maintenant déclarés pécheurs par Jésus
lui-même : votre péché demeure. Ainsi cet Evangile opère un double
renversement de perspective : ceux qui se prétendaient justes et
clairvoyants sont en fait pécheurs et aveugles alors que l’homme aveugle de
naissance parvient par l’humilité à la lumière de la foi.
