dimanche 4 octobre 2026

27ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 Matthieu 21, 33-43

4/10/2026

En ce 27ème dimanche du temps ordinaire l’Eglise fait aussi mémoire de saint François d’Assise proclamé par le pape Jean-Paul II saint patron des écologistes en 1979. C’est l’occasion pour nous de célébrer à la fin du temps de la création la 11ème journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création.

La parabole des vignerons assassins ainsi que la première lecture nous parlent de la vigne du Seigneur, cette vigne qu’il confie aux soins des hommes, les vignerons, afin qu’elle produise de beaux et bons fruits. Dans les deux textes les hommes refusent de se comporter en bons vignerons et se laissent submerger par les mauvais penchants de leur cœur, en particulier la cupidité, jusqu’à devenir homicides. D’où l’amère constatation du maître de la vigne dans l’oracle d’Isaïe : Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris. D’où la conclusion que Jésus donne à la parabole : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits.

Comment ne pas faire le lien entre la parabole des vignerons assassins et le projet de Dieu créateur tel que nous le trouvons au chapitre 2 de la Genèse ? Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde. La journée de prière pour la sauvegarde de la création nous remet devant notre responsabilité de gardiens de la création. Chacun de nous, en tant que membre de l’Eglise et citoyen de son pays, est appelé à faire un choix : promouvoir la vie et la communion entre les peuples ou bien semer la destruction, la division et le chaos. Comme la vie de notre humanité sur terre est totalement dépendante de la sauvegarde de la création nous comprenons à quel point notre foi chrétienne nous engage aussi du point de vue écologique. Notre époque est malheureusement marquée par la banalisation des guerres et des conflits dans la durée que ce soit en Ukraine, au Proche et au Moyen-Orient. Lors de sa récente visite en France le pape Léon a eu des paroles fortes pour nous appeler ainsi que les dirigeants des nations à être des artisans de paix. Le pape a affirmé que « la plus terrible des œuvres humaines est la guerre car en elle la science elle-même est mise au service d’une volonté inhumaine de détruire et de tuer ». L’un des aspects méconnus et sous-évalués des conflits armés réside précisément dans la destruction du jardin d’Eden et de la vigne que le Seigneur nous confie dans le don de sa création. Dans son message du 1er septembre pour inaugurer le temps pour la création le pape Léon a choisi un verset significatif du prophète Isaïe comme thème : « Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes » Le pape met en évidence les conséquences désastreuses des guerres du point de vue écologique :

La guerre laisse également derrière elle une destruction sociale et écologique qui perdure pendant des générations. De plus, l’interaction entre les conflits armés et la dégradation de l’environnement crée souvent un cercle vicieux qui détruit les écosystèmes, contamine des ressources essentielles telles que l’air et l’eau, et sape la sécurité alimentaire. Cela favorise la pauvreté, les inégalités et de nouvelles tensions sociales susceptibles de contribuer à l’émergence de nouveaux conflits.

Si la guerre tue toujours des militaires comme des populations civiles, et doit donc être considéré comme un crime, elle gaspille aussi les ressources limitées de la création, dévaste l’environnement et le pollue souvent de manière durable, longtemps après la fin des conflits, comme le montrent les exemples des guerres du 20ème siècle. Chaque guerre nouvelle constitue un détournement massif de moyens financiers colossaux qui auraient pu être utilisés pour la vie et le bien. Le pape mentionne aussi ce scandale éthique dans son message :

Imaginons un monde dans lequel les énergies actuellement consacrées à la guerre seraient orientées vers le développement humain intégral, vers la lutte contre la pauvreté, vers la protection de la dignité humaine et vers la réconciliation des peuples divisés.

Enfin dans son message le pape insiste particulièrement sur la nécessaire conversion des cœurs en vue d’une création enfin libérée du joug des guerres :

Les véritables outils pour construire la paix ne sont pas les armes de destruction, mais plutôt la vérité, le dialogue, la patience, la bonté, la justice, la miséricorde, la compréhension, la bienveillance et l’amour… Chers frères et sœurs, le chemin qui s’ouvre devant nous est clair, même s’il n’est pas facile. Nous sommes appelés à laisser nos cœurs se renouveler, afin de rechercher la paix et de prendre soin de la création. Les Écritures nous invitent à veiller sur nos cœurs, car tout ce que nous faisons en découle (cf. Pr 4, 23).

Cet appel du pape rejoint celui que Paul adressait il y a 2000 ans aux chrétiens de Philippes :

Mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte.

 

 

dimanche 27 septembre 2026

26ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 Matthieu 21, 28-32

27/09/2026

La brève parabole du père et de ses deux fils au chapitre 21 de l’Evangile selon saint Matthieu est claire et limpide. D’ailleurs les chefs des prêtres et les anciens répondent facilement à la question que leur pose Jésus : Lequel des deux a fait la volonté du père ? Il suffit donc de dire que pour Dieu ce qui compte ce sont nos actes, bien davantage que nos paroles. Les lecteurs de l’Evangile selon saint Matthieu ont déjà pris conscience de cette vérité dès le chapitre 7 :

Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.

Cet enseignement fondamental est suivi de la parabole de la maison bâtie sur le roc ou sur le sable :

Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc.

Mettre en pratique la parole de Dieu telle est l’invitation pressante que Jésus nous fait en nous racontant l’histoire des deux fils. De cette primauté des actes sur les paroles saint Jacques se souviendra dans sa lettre et il développera le thème des œuvres bonnes comme signes d’une foi vivante :

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte… Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte.

Ce lien organique entre notre foi et nos actes, notre foi et nos choix, détermine dans le catéchisme le contenu de ce que nous appelons la morale. Et le catéchisme lui-même qui a pour objet de présenter le mystère de Dieu et de l’homme dans la révélation qu’en fait Jésus-Christ exige d’être complété par la doctrine sociale de l’Eglise. Cette doctrine sociale n’a pas d’autre but que d’incarner notre foi dans les réalités concrètes et multiples de notre existence terrestre. Il suffit de regarder la table des matières du Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise pour se rendre compte de la réalité suivante : rien de ce qui est humain n’est étranger à notre foi. Dans la deuxième partie du Compendium l’Eglise nous livre le trésor de sa doctrine sociale dans 7 domaines fondamentaux de la vie humaine : La famille ; le travail ; la vie économique ; la communauté politique ; la communauté internationale ; l’écologie ou la sauvegarde de l’environnement ; la promotion de la paix. Dans tous ces domaines nous sommes appelés à travailler dans la vigne du Seigneur et à rendre visible, concrète, notre foi dans le salut de l’humanité.

La vertu d’humilité nous met en garde contre les grands discours qui restent en l’air et ne rejoignent jamais la vie des hommes. La bonté et la générosité de notre cœur quand il est converti par l’Esprit Saint ne se manifestent pas d’abord dans nos paroles mais dans nos actes. La foi nous engage toujours. Comme l’affirme saint Paul dans une formule admirable « dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, c’est la foi, qui agit par la charité. »

dimanche 20 septembre 2026

25ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 20/09/2026

Matthieu 20, 1-16

La lecture suivie de l’Evangile selon saint Matthieu saute le chapitre 19 et nous propose aujourd’hui la parabole des ouvriers employés à la vigne. Ce texte est encadré par la sentence suivante que nous trouvons à la fin du chapitre 19 et en conclusion de la parabole :

C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers.

La logique du royaume des Cieux, celle de Dieu, n’a rien à voir avec les lois qui régissent notre vie économique sur terre. Elle ne nous choque que parce que nous oublions qu’il s’agit du royaume des Cieux. Ici-bas la justice exige que celui qui a travaillé moins longtemps reçoive un salaire inférieur. La loi essentielle dans le royaume est celle de la grâce de Dieu dont nous trouvons un écho dans la réponse du maître au serviteur qui récriminait contre lui en l’accusant d’être injuste :

Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?”

La grâce de Dieu dépasse infiniment la simple justice telle que nous nous la représentons, elle est l’expression de la bonté et de la liberté du maître du domaine. Elle inverse la logique de notre monde dans lequel les premiers veulent conserver leurs privilèges au détriment des derniers. Ces premiers sont ceux qui détiennent le pouvoir, l’influence, la visibilité médiatique et la richesse. Ce sont surtout les orgueilleux qui pensent s’être construits par leurs seules forces en oubliant qu’ils font partie d’une famille, d’une société, et surtout qu’ils sont eux aussi des créatures de Dieu. « Si je suis parvenu à un poste de responsabilité et de pouvoir, si je suis riche, c’est parce que je le mérite. » La parabole détruit cette illusion du mérite au profit de l’affirmation du don de Dieu qui est premier. Les premiers ont tendance à oublier que tout est don, en particulier leur vie et leur existence. Enfin sans les derniers, ceux qui sont au bas de l’échelle sociale mais qui font tourner le pays, les premiers ne pourraient pas vivre leur vie de privilégiés. La parabole pourrait nous conduire à une réflexion sur la solidarité dans le corps social entre premiers et derniers au lieu d’y voir une concurrence où les uns gagnent toujours au détriment des autres. Dans la logique de Dieu et de son royaume la récrimination des premiers n’a pas lieu d’être :

Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !

Même dans une logique terrestre on pourrait imaginer qu’au lieu de récriminer contre le maître du domaine, les premiers auraient pu se réjouir de sa bonté à l’égard des derniers… puisque cela n’enlevait rien à leur salaire et que le contrat de départ était respecté :

Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?

Sur la croix Jésus scellera pour l’éternité le triomphe absolu de la grâce sur le mérite en donnant le Royaume au bon larron, et cela in extremis, à la toute dernière heure, celle de la mort.

Si l’Eglise en tant qu’institution peine parfois à incarner dans son organisation la logique de l’Evangile et du Royaume, il faut constater qu’en certains domaines la parabole de ce dimanche est parfaitement vécu. Un jeune prêtre à peine ordonné et un prêtre qui a derrière lui 40 ans de ministère reçoivent un traitement égal dans la vigne du diocèse : pas de privilège d’ancienneté dans le clergé, pas de premiers mieux payés que les derniers venus dans le presbyterium. De la même manière un curé desservant un petit secteur paroissial reçoit le même traitement que le curé d’une grande ville… Il existe donc entre les prêtres une égalité et une solidarité qui font honneur à l’Eglise et qui constituent un avant-goût de la logique du royaume des Cieux.

dimanche 13 septembre 2026

24ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 13/09/2026

Matthieu 18, 21-35

L’Evangile de ce dimanche place notre journée paroissiale de rentrée sous le signe du pardon et de la réconciliation. La question de Pierre à Jésus contient une proposition fort généreuse : pardonner à celui qui a péché contre moi jusqu’à sept fois ! Dans sa réponse (70 fois 7 fois = 490) le Seigneur nous enseigne un pardon sans limites, un pardon infini, à l’image de la miséricorde de Dieu qui ne se lasse jamais de nous réconcilier avec lui en nous pardonnant nos péchés. Cet Evangile doit être compris dans la lumière de deux passages de l’Ancien Testament. En répondant de cette manière à Pierre Jésus se présente en effet comme l’antithèse absolue d’un obscur personnage nommé Lamek et que nous rencontrons en Genèse 4, 23.24 : Lamek dit à ses femmes : « Ada et Silla, entendez ma voix, épouses de Lamek, écoutez ma parole : Pour une blessure, j’ai tué un homme ; pour une meurtrissure, un enfant. Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois ! » Lamek est polygame, violent, il incarne la vengeance absolue, sans limite. Et c’est à lui que Jésus fait discrètement référence avec son 70 fois 7 fois, mais en transformant la vengeance absolue en son exact opposé : le pardon absolu. Dans le chemin biblique qui va du violent Lamek à Jésus doux et humble de cœur nous avons une solution intermédiaire, celle que la raison humaine pourrait qualifier de juste, c’est la loi du talion à laquelle Jésus se réfère pour l’accomplir dans le sermon sur la montagne : Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. « Œil pour œil, dent pour dent », ce précepte constituait un énorme progrès moral par rapport à l’attitude de Lamek. Et notre humanité peine encore en 2026 à se situer à la hauteur de cette éthique de la stricte justice comme nous pouvons le constater dans les guerres entre nations et dans nos relations interpersonnelles. C’est dire si l’exigence de Jésus d’un pardon sans limites exige de nous rien de moins que la sainteté. Etienne, le premier martyr, est aussi le premier, à la suite de Jésus en croix, à avoir montré le visage de ce pardon et par le fait même la puissance de la grâce de Dieu à l’œuvre dans son cœur. Cette exigence du pardon absolu constitue aussi un appel à être activement des artisans de paix, et cela à tous les niveaux de notre existence humaine : de la famille, de nos communautés paroissiales, de nos villages et villes jusqu’à la dimension internationale des relations entre peuples et nations, car tous nous ne formons qu’une seule humanité avec un seul Père et un seul Seigneur. Nous devons toujours être très vigilants lorsque nous entendons des appels à nous préparer à la guerre et nous méfier comme de la peste de tous les discours des va-t’en guerre… Être artisan de paix au nom de notre foi inclue la force de résister aux discours bellicistes car toute guerre est un crime contre Dieu, une défaite morale de l’humanité. S’il a fallu des siècles de révélation biblique, de Lamek à Jésus, pour parvenir au triomphe du pardon sur la vengeance, nous avons bien besoin de toute notre vie pour nous ajuster à la volonté de Dieu et pour être dans toutes nos paroles et tous nos actes des artisans de paix. Cet itinéraire de progrès humain et spirituel, notre humanité ne l’a pas encore réalisé, et tous ceux qui ont voulu être fidèles à la parole de Jésus ont été dénoncés comme de doux utopistes quand ils n’ont pas été persécutés et tués par les pouvoirs établis. Nous n’avons pas le pouvoir de changer le monde ni ceux qui le dirigent, mais Dieu compte sur nous pour que dans notre vie personnelle nous soyons des reflets de sa miséricorde et de sa compassion, de sa douceur et de son refus de toute violence. La première lecture nous encourage dans ce chemin de vie et de bonheur :

Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas. Reste à l’écart des querelles, et tu pécheras moins, car un homme emporté attise les querelles. Le pécheur sème le trouble entre les amis et jette la division parmi ceux qui vivent en paix.

dimanche 6 septembre 2026

23ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 6/09/2026

Matthieu 18, 15-20

Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. La traduction liturgique de ce conseil de Jésus ajoute un élément qui ne se trouve pas dans la plupart des autres traductions : « contre toi ». Dans la Bible Osty nous lisons : « Si ton frère vient à pécher ». Le texte correspondant chez saint Luc dit lui aussi : « Si ton frère vient à pécher ». L’ajout du « contre toi » change considérablement le sens de ce que Jésus enseigne dans cet Evangile. Une chose est de faire des reproches à mon prochain parce qu’il a commis un péché, une autre de lui faire des reproches quand il a commis un péché contre moi, un péché dont je suis la victime. L’Evangile de Matthieu décrit un processus visant au repentir du pécheur dans lequel la communauté de l’Eglise est impliquée. Chez saint Luc rien de tel : Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. Dans les deux cas ce qui est attendu du pécheur, c’est bien le repentir mais saint Luc met en avant le pardon des offenses. En ayant toujours à l’esprit la parabole de la paille et de la poutre comment pouvons-nous vivre en Eglise ce que Jésus nous demande ? Tout d’abord il est essentiel de nous imprégner de ce que Paul nous dit du mystère de l’Eglise avec l’image du corps du Christ. La foi et le baptême nous intègrent dans un corps, dans une communauté solidaire. Il s’agit donc de nous édifier les uns les autres, de nous encourager mutuellement dans le bien, ce qui implique parfois la possibilité du reproche. Pour que ce reproche puisse être reçu il est nécessaire qu’il soit dans la ligne de l’Evangile. Cela signifie qu’il ne peut pas procéder d’un sentiment de supériorité que j’aurais vis-à-vis de mon frère pécheur. Cela relèverait du péché d’orgueil. D’où la mise en garde de la parabole de la paille et de la poutre. Saint Paul dans la deuxième lecture nous indique comment faire des reproches à notre frère sans blesser ni humilier, ce qui est très difficile. Comment faire des reproches avec délicatesse ? En étant fidèle à l’amour du prochain. Je ne fais pas des reproches parce que je me considère comme parfait ou pire pour me venger d’une offense reçue. La seule condition qui me permette de faire des reproches, c’est la recherche sincère du bien de l’autre, donc l’amour du prochain.

Dans l’Evangile de ce dimanche Jésus accorde une grande importance à la communauté : Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. L’Eglise qui commence quand deux ou trois fidèles sont réunis au nom de Jésus est le lieu de sa présence donc de sa puissance de grâce pour nous et pour le salut du monde. Nous avons différentes occasions d’être réunis : une prière commune, un chapelet, une adoration, un pèlerinage etc. Mais le sommet de cette réunion des fidèles demeure la célébration de la messe le dimanche. Les paroles du Seigneur nous invitent à regarder comment nous participons avec nos frères et sœurs à la messe du dimanche. Sommes-nous le corps du Christ ou bien simplement des individus à côté les uns des autres ? Quand nous allons voir un film au cinéma nous avons beau être 80 dans la salle nous ne formons pas pour autant une communauté. La prière commune du dimanche exige de nous que nous formions une assemblée de fidèles. Si la dévotion exige de chacun une attention respectueuse au déroulement de l’eucharistie du début à la fin, l’eucharistie exige aussi une attention à mes frères et sœurs qui viennent prier en même temps que moi. Comment puis-je m’insérer personnellement dans l’assemblée, dans l’attention à Dieu et aux autres ? Cela passe par ce qui pourrait nous sembler secondaire : arriver en avance pour la messe afin de nous préparer ensemble dans la prière ou la répétition des chants, se saluer les uns les autres sans faire de l’église une place de marché, former ensemble une belle procession de communion, avoir dans la mesure du possible les mêmes attitudes corporelles au même moment (être assis, debout, à genoux), garder le silence et respecter celui de mon voisin pendant la célébration etc. Tous ces détails nous permettent de nous édifier les uns les autres dans la prière et d’accueillir la présence du Ressuscité qui se tient au milieu de nous.

dimanche 30 août 2026

22ème dimanche du temps ordinaire / année A/ 2026

 30/08/2026

Matthieu 16, 21-27

La liturgie de la Parole nous fait écouter chaque dimanche un passage de l’Evangile selon saint Matthieu en cette année A. Parfois elle coupe en deux un récit évangélique et nous fait ainsi perdre de vue son unité fondamentale. C’est le cas des Evangiles de dimanche dernier et de ce dimanche. Matthieu 16, 13-27 constitue une page évangélique qui a son unité propre et surtout une grande importance dans le ministère public de Jésus. Cette page constitue en effet un tournant décisif avec d’une part la profession de foi messianique de Pierre et la première annonce de la Passion et de la résurrection. Il est révélateur de constater que le Seigneur annonce à ses disciples ses souffrances et sa mort immédiatement après avoir été reconnu comme le Messie par Pierre. Il sait très bien que dans le Judaïsme de son temps existe une conception du Messie qui ne correspond pas aux pensées de Dieu. Pour lever toute ambiguïté sur quel genre de Messie il est, il annonce donc son abaissement dans le mystère pascal. Pierre est le personnage qui contribue à unifier les deux Evangiles séparés par la liturgie et ce de manière paradoxale. En effet dimanche dernier nous avons entendu Jésus lui déclarer solennellement : Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Aujourd’hui, le même Jésus, quelques instants plus tard, lui adresse ce vif reproche : Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce contraste nous donne de quoi réfléchir. C’est bien le même Pierre dans les deux cas. Cela signifie que l’apôtre à certains moments se laisse guider par l’Esprit de Dieu mais qu’à d’autres moments ce sont ses pensées personnelles limitées, ses préjugés, qui prennent le dessus. Choisi par Jésus il demeure marqué par la faiblesse humaine. Il n’est pas en permanence en communion avec Dieu. Ce qui est notre cas à tous. Les papes, eux aussi, peuvent parfois faire passer leurs préjugés humains, leurs conceptions limitées, au détriment des pensées de Dieu dont ils sont les porteurs pour le monde. Sauf quand ils engagent solennellement leur autorité dans les domaines de la foi et de la morale. Cela signifie tout simplement que toute parole prononcée par le pape n’est pas automatiquement une traduction fidèle de la Parole de Dieu. Un sermon du pape n’équivaut pas à un document officiel comme une encyclique ou à une définition dogmatique. Ceci étant dit il nous est demandé d’accueillir avec attention tous les enseignements donnés par le pape. Cela ne nous empêche pas de les remettre dans leur contexte historique. De la même manière que Pierre était forcément marqué par l’air du temps, par les pensées qui circulaient dans le Judaïsme sur le Messie, un pape en fonction de son origine géographique, de son histoire et de sa culture personnelle, connaît lui aussi des conditionnements qui peuvent parfois l’empêcher d’avoir une vision catholique des problèmes et des défis de notre monde. C’est aussi la raison pour laquelle il est essentiel qu’il consulte souvent des personnes avisées pour affiner sa perception des choses.

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce que Jésus dit à son apôtre concerne tous les membres de l’Eglise. Au chapitre précédent en saint Matthieu le Seigneur donne un exemple de ce que peut signifier l’oubli des pensées de Dieu au profit des pensées des hommes. Il s’adresse aux Pharisiens et aux docteurs de la Loi : Pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ?... Vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition ! Hypocrites ! Ces paroles sont très fortes puisque Jésus accuse les Pharisiens d’avoir annulé la parole de Dieu ! Ceci nous amène à opérer un discernement entre les traditions religieuses et la véritable Tradition qui est toujours fidèle à la Parole de Dieu. Cela pose de redoutables questions sur notre manière en tant qu’Eglise de recevoir les commandements de Dieu sans les travestir au nom de traditions humaines parfois revêtues du prestige de la religion.

dimanche 23 août 2026

21ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 

23/08/2026

Matthieu 16, 13-20

L’épisode de la profession de foi de Pierre a lieu dans la région de Césarée de Philippe. Cette localité se trouvait en territoire païen, à la hauteur de Tyr, au nord de la Galilée, là où se situent les sources du Jourdain. Dans cette ville on trouvait un antique sanctuaire au dieu Pan (d’où le nom actuel de Banias, déformation de Panéas) ainsi qu’un temple construit en l’honneur d’Auguste par Hérode. Actuellement Banias est une localité de Syrie occupée par Israël depuis 1967. Le récit de Matthieu instaure donc un contraste saisissant entre un lieu très éloigné de Jérusalem et du Judaïsme, fortement marqué par le paganisme, et une profession de foi messianique. C’est en dehors des frontières d’Israël que Pierre proclame Jésus comme le Messie. Comme si le récit de Matthieu annonçait déjà la conversion des nations païennes à la foi chrétienne… L’Evangile de ce dimanche nous fait passer du titre de Fils de l’homme à celui de Fils du Dieu vivant et de Christ. A la question de Jésus sur son identité répond Simon-Pierre au nom du groupe des apôtres. Il est bien, comme on le dirait aujourd’hui, le leader de ce groupe d’hommes choisis par le Seigneur. Dans le contexte du Judaïsme dire à Jésus « tu es le Christ » était un acte d’une importance extrême. Nous sommes habitués à parler de Jésus-Christ. Mais à Césarée cette profession de foi fut un événement considérable. Car si Jésus et le Messie sont la même personne, alors cela signifie l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu et l’entrée dans une nouvelle époque de l’histoire religieuse. Suite à cette profession de foi de son apôtre le Seigneur insiste sur le caractère surnaturel de cet événement : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

La foi de Pierre comme notre foi ne vient pas de nous. Elle est toujours un don de Dieu. Ce que Jésus dit à Pierre nous rappelle ce que Jean affirme dans le prologue de son Evangile : Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.

Cela nous permet de bien comprendre en quoi consiste le pouvoir spirituel que Jésus donne à Pierre en particulier et au groupe des Douze : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.

Si Jésus choisit Pierre comme pierre de fondation pour son Eglise, c’est parce qu’en Pierre agit la grâce divine, la grâce surnaturelle, l’assistance de l’Esprit Saint. Autant dire que Jésus voit en son Eglise bien plus qu’une simple organisation humaine et religieuse. Pas plus que la foi l’Eglise repose sur la chair et le sang, c’est-à-dire sur la nature humaine. Derrière Pierre, à travers lui et ses successeurs, c’est Dieu lui-même qui se constitue le Pasteur unique de son Eglise car lui seul a le pouvoir de changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair, lui seul peut nous faire proclamer : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! L’histoire de la papauté peut être cause de scandale. Si beaucoup de papes ont été des saints, d’autres ont été indignes et ont sali le siège de Pierre. Cela vient en grande partie du fait que le pape est devenu à partir du 8ème siècle un chef temporel, le chef des Etats pontificaux, qui faisait des guerres comme tous les rois en faisaient et qui avait besoin pour ces guerres de beaucoup d’argent. Malgré la vie de péché de certains papes l’Eglise est toujours là, bien vivante. Et l’on pourrait dire que c’est un miracle ! « La puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » a promis Jésus. Tout ce qui repose sur la chair et le sang, sur la simple nature, doit mourir. Mais ce qui repose sur le don de Dieu, sur sa fidélité et son amour, ne peut pas mourir. L’Eglise est bâtie sur deux pierres de fondation : l’une visible, le successeur de Pierre qui peut avoir ses faiblesses humaines, l’autre invisible mais ô combien plus importante, le Christ Jésus lui-même.