dimanche 31 mai 2026

SAINTE TRINITE 2026 / Année A

 Les deux premiers dimanches du temps ordinaire après la Pentecôte ne sont pas vraiment ordinaires puisque nous les célébrons en blanc et non pas en vert. Aujourd’hui la Sainte Trinité et dimanche prochain le Saint Sacrement. Même si ces solennités sont relativement récentes dans le calendrier liturgique leur célébration après la fin du temps pascal est pleine de sens. C’est en effet dans et par le mystère pascal que Jésus nous révèle le mystère de Dieu Trinité. Quant au sacrement de l’eucharistie il rend présent et agissant pour nous le mystère pascal.

Les lectures de ce dimanche ne constituent pas un cours de théologie ou de catéchisme sur la Trinité. Elles nous indiquent plutôt qui est ce Dieu trois fois saint à travers ce que l’on pourrait appeler bien maladroitement ses « qualités ». Pas de définition de la Trinité mais plutôt une connaissance de ce mystère par des qualificatifs nous le révélant. Pour le dire autrement il s’agit de connaître Dieu par rapport à ce qu’il est pour nous. Relevons ces qualités divines à travers les trois lectures :

Le Seigneur, Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité.

Le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.

Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

Ces textes nous parlent tous du Père. Dieu qui est Esprit et invisible. La qualité divine qui est commune à ces trois textes c’est l’amour : comme le dit saint Jean Dieu est amour. Et cet amour est qualifié de miséricordieux : Dieu nous aime parce que nous sommes ses créatures et le Père aime à nous pardonner nos offenses. L’amour du Père est tendre comme peut l’être celui d’une mère à l’égard de ses enfants. Le Père tout-puissant nous aime avec tendresse, avec « affection ». Et cet amour du Père se révèle dans le don de son Fils bien-aimé, dans le mystère de l’incarnation de Noël à Pâques. Les théologiens nous enseignent que cette qualité de l’amour divin par rapport à nous a sa source dans le mystère même de Dieu. Avant même la création, avant même l’apparition de l’homme, Dieu de toute éternité est amour. La communion des trois personnes divines est bien celle de l’amour infini propre à Dieu et à lui seul. Il nous est impossible de concevoir Dieu Esprit, Dieu Trinité, en dehors du temps et de l’espace qui sont nos repères humains habituels. Dans le mystère de l’incarnation Dieu rejoint sa création dans le temps et dans l’espace : L’Esprit se fait chair pour paraphraser l’expression du prologue de Jean. L’Esprit se manifeste dans la chair en Jésus et cela en vue de notre salut.

Dans la deuxième lecture nous trouvons l’origine biblique de l’une des salutations liturgiques que le prêtre peut utiliser au commencement de la messe : Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

A chaque personne divine l’apôtre Paul attribue plus particulièrement une qualité : l’amour pour le Père, la grâce pour le Fils et la communion pour l’Esprit. Cette distinction qui attribue ainsi telle ou telle qualificatif à chacune des personnes divines n’est juste que dans la mesure où nous comprenons que ce qui est dit du Père vaut aussi pour le Fils etc. La distinction des personnes va toujours de pair avec l’affirmation du Dieu unique. Je ne reviens pas sur l’amour attribué plus spécifiquement au Père. Pour Jésus, le Fils, Paul met en avant la grâce. Mais qu’’est-ce que la grâce, si ce n’est justement la manifestation concrète de l’amour que Dieu a pour nous ? Nous pouvons penser non seulement à la grâce des sacrements mais aussi à la grâce de la foi et de la prière, à celle de la charité. Ce sont les dons variés de l’unique amour de Jésus pour nous, c’est toujours l’amour du Père agissant en nous par le Fils dans l’Esprit dans tel sacrement, dans l’acte de foi, dans notre capacité à prier et à aimer. Enfin à l’Esprit Paul attribue la communion. C’est l’enseignement des théologiens : dans le mystère du Dieu unique l’Esprit est bien ce lien d’amour, donc de communion, entre le Père et le Fils. Et à la Pentecôte, dans la célébration de chaque baptême et de la confirmation, l’Esprit Saint déploie la communion divine dans le Corps du Christ qui est l’Eglise. Notre communion fraternelle est ainsi appelée à devenir toujours davantage le reflet et l’image de la communion du Père, du Fils et de l’Esprit.

dimanche 24 mai 2026

PENTECOTE 2026 / Année A

 En cette solennité de la Pentecôte l’Évangile selon saint Jean nous ramène au soir de Pâques, au commencement du temps pascal. Les apôtres ce soir-là reçoivent déjà le don de l’Esprit Saint directement du Ressuscité en vue du pardon des péchés. 50 jours plus tard nous retrouvons les apôtres dont saint Luc nous dit que tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. La première lecture qui nous rapporte l’événement de la Pentecôte souligne le fait d’être ensemble : ils se trouvaient réunis tous ensemble. La liturgie de la Parole nous fait ainsi passer de la petite Pentecôte du soir de Pâques, limitée aux seuls apôtres, à la grande Pentecôte qui rassemble tous les disciples de la première Eglise. Saint Luc utilise pour décrire la venue de l’Esprit les images du vent et du feu tout en étant bien conscient de leurs limites : comme un violent coup de vent, des langues qu’on aurait dites de feu… Le verset 4 résume la Pentecôte avec les mots suivants : Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. Le premier effet de l’Esprit de Pentecôte consiste à faire parler les disciples qui deviennent immédiatement polyglottes, capables de se faire comprendre par tous les peuples de l’Empire romain. L’Europe, l’Asie et l’Afrique deviennent ainsi des parties d’un univers mondialisé. La Pentecôte opère comme une première mondialisation qui est l’écho spirituel de la mondialisation de la civilisation gréco-romaine dans laquelle le grec était l’équivalent de l’anglais pour nous aujourd’hui. Dans une Jérusalem cosmopolite et fréquentée lors de la fête juive par pas moins de 16 peuples ou nations survient ce que l’on peut appeler le miracle des langues : Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? … tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. Le récit des Actes des apôtres ne peut réellement se comprendre qu’en référence à l’épisode de la tour de Babel. [Remettons-nous en mémoire ce texte :

Toute la terre avait alors la même langue et les mêmes mots. Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et s’y établirent… Ils dirent : « Allons ! bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre. » Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et le Seigneur dit : « Ils sont un seul peuple, ils ont tous la même langue : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. Allons ! descendons, et là, embrouillons leur langue : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. »]

(Ce récit de la Genèse) Genèse 11 explique à sa manière le mystère de la diversité des langues. A l’origine de cette diversité il y a un péché d’orgueil : les hommes ont alors voulu bâtir le premier gratte-ciel de l’histoire de l’architecture ! Ils ont voulu toucher le ciel, le domaine de Dieu. Dans ses Antiquités judaïques l’historien juif, devenu citoyen romain, Flavius Josèphe attribue la construction de la tour à Nemrod et en donne une interprétation spirituelle qui va bien au-delà de la lettre du texte biblique. Je le cite : Nemrod leur persuada d’attribuer la cause de leur bonheur, non pas à Dieu, mais à leur seule valeur… Il promit de les défendre contre Dieu s’il voulait à nouveau inonder la terre : il construirait une tour assez haute pour que les eaux ne puissent s’élever jusqu’à elle et il vengerait même la mort de leurs pères. Le peuple était tout disposé à suivre les avis de Nemrod considérant l’obéissance à Dieu comme une servitude. Le projet de la tour de Babel est en fait un anti-déluge qui repose sur la défiance des hommes vis-à-vis de Dieu et sur la confiance en leurs seules forces. Au lieu de reconnaître Dieu ils préfèrent se soumettre à Nemrod qui se comporte en tyran.

Au jour de Pentecôte l’Esprit ne redonne pas aux hommes la langue unique perdue. Si la tour de Babel voulait toucher le ciel comme un témoin de la défiance des hommes par rapport à un Dieu conçu comme un concurrent, le don de l’Esprit suit le mouvement inverse : du ciel vers la terre, de Dieu vers les hommes. L’Esprit-Saint, communion du Père et du Fils, vient réaliser une nouvelle communion dans la nouvelle assemblée des enfants de Dieu. Chacun conserve sa langue, sa culture, mais tous se comprennent. C’est l’unité dans la diversité dont saint Paul se fait l’écho dans la deuxième lecture. La Pentecôte est un événement fondamentalement catholique, c’est-à-dire universel. La mondialisation catholique n’est pas fondée sur le libre-échange et les flux financiers qui impliquent concurrence, souvent déloyale, et inégalités entre les nations. Elle repose sur la volonté de Dieu que nous puissions tous nous comprendre les uns les autres en vue de fonder la civilisation de l’amour. Au jour de la Pentecôte les apôtres ont été capables de parler la langue des autres et de se faire comprendre par des hommes appartenant à d’autres cultures que la leur. Être catholique suppose toujours cette ouverture de cœur à la différence, à ceux qui ne font pas partie de manière visible de l’Eglise. Que l’Esprit Saint nous donne cette belle capacité et sensibilité en vue du dialogue avec tous, enracinés dans l’amour de Dieu, Père de tous les hommes, et de Jésus, Sauveur de tous les hommes.

 

dimanche 17 mai 2026

7ème dimanche de Pâques / année A / 2026

 17/05/2026

Actes des apôtres 1, 12-14

Le septième dimanche de Pâques nous fait revivre cette période entre l’Ascension et la Pentecôte. Jésus a promis l’Esprit Saint à ses disciples puis dans le mystère de l’Ascension il devient invisible à leurs yeux. Le temps des manifestations du Ressuscité à ses disciples est terminé. Il est intéressant pour nous de voir comment les disciples ont vécu dans l’attente de la Pentecôte. Sur les quatre Evangiles seuls Marc et Luc nous donnent des indications sur ce temps entre l’Ascension et la Pentecôte.

Regardons tout d’abord la finale de l’Evangile selon saint Marc :

Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

Puis la finale de l’Evangile selon saint Luc :

Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Chacun des deux évangélistes met en avant une attitude différente des disciples après l’Ascension. Marc souligne leur zèle missionnaire : ils annoncent l’Evangile de Jésus. Luc, lui, retient l’esprit de prière qui les habite, et chose étonnante pour nous, leur joie. Jésus vient de les quitter en montant au ciel, mais cela n’enlève rien à leur joie. Bien au contraire. Ils sont dans l’attente de l’Esprit Saint et ne se sentent pas orphelins comme Jésus le leur avait promis. Pour résumer leur attitude elle tient en deux actions : prêcher et prier. La première lecture de ce dimanche, texte de saint Luc, se situe bien dans la ligne de la finale du troisième Evangile :

Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.

C’est encore la prière des disciples qui est mise en avant, cette fois non plus dans le temple mais dans leur maison. Et l’Evangile nous montre Jésus en prière à la veille de sa Passion. Ce sont des indications précieuses pour nous dans ce temps qui nous sépare de la solennité de la Pentecôte. L’attitude des disciples nous invite plus particulièrement à la vie de prière comme préparation à la Pentecôte. Une prière permanente, assidue, chez nous et à l’église, seuls et en communauté. Au jour de Pentecôte nous ferons mémoire du don de l’Esprit que nous avons reçu au baptême et à la confirmation. Ce don ne se situe pas seulement dans le passé de notre vie chrétienne. Comme tous les dons de Dieu il est actuel, il nous est fait aujourd’hui. Cette semaine de préparation à la Pentecôte, en communion avec tous les adultes de notre diocèse et de notre secteur paroissial qui seront confirmés la veille de Pentecôte, est pour nous l’occasion de réveiller en nous le don de Dieu. Ce que Paul écrit à Timothée s’applique aussi à chacun de nous : Voilà pourquoi, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains. Le temps que nous consacrons à Dieu dans la prière personnelle et communautaire nous permet de raviver en nous le don du baptême et de la confirmation. Il nous enracine toujours plus profondément dans la vie spirituelle, c’est-à-dire dans la vie selon l’Esprit de Dieu, et fait grandir en nous l’amour pour Dieu. Peut-être que nous avons l’impression de ne pas progresser dans notre vie de prière voire même de régresser ou encore que la prière devient difficile comme si Dieu était absent… Nous devons dans ces cas toujours nous souvenir de la grande vérité selon laquelle Dieu nous sanctifie dans le temps, avec patience si, de notre côté, nous persévérons malgré les difficultés. Dans son livre Résurrections – traverser les nuits de nos vies Denis Moreau souligne qu’entre la mort de Jésus et sa résurrection il y a eu le temps du samedi saint… alors que Jésus aurait pu ressusciter quelques instants à peine après sa mise au tombeau. Il commente ainsi ce fait temporel : « Dans les différentes opérations de résurrection, réveil, relèvement existentiel où nous nous trouvons engagés, il faut être patient, se laisser pétrir et malaxer par l’efficacité de la foi en la résurrection de Jésus ». Ce n’est pas pour rien que la patience est l’un des dons de l’Esprit. Notre prière quotidienne est une école de patience. Que l’Esprit Saint nous soutienne dans notre engagement spirituel et nous garde du découragement et de la lassitude. Faisons un acte de foi renouvelé dans l’action de Dieu qui nous travaille lentement mais surement chaque fois que nous lui ouvrons tout simplement notre cœur par la prière.

Toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

jeudi 14 mai 2026

ASCENSION DU SEIGNEUR 2026 / Année A

 

Pâques, Ascension et Pentecôte sont des solennités qui déploient dans le temps de la liturgie l’unique mystère pascal de Jésus. Le philosophe chrétien Denis Moreau dans son livre Résurrections – Traverser les nuits de nos vies (2022) relève avec justesse que le mot de résurrection qui nous est si familier traduit en fait différents verbes grecs du Nouveau Testament. Une traduction littérale de ces verbes pourrait se résumer à trois mots : 1/ Le relèvement. « Ressusciter, c’est se remettre debout après être tombé » ; 2/Le réveil. « Ressusciter, c’est sortir du sommeil » ; 3/ L’exaltation – élévation. « Ressusciter, c’est être élevé à un état supérieur à celui dans lequel on se trouvait au départ ». L’Ascension du Seigneur déploie particulièrement le troisième sens du mot traduit en français par résurrection : exaltation et élévation. Regardons de près le vocabulaire des trois lectures de cette solennité. Dans les Actes des apôtres Luc utilise l’expression « enlevé au ciel » et le verbe « s’élever ». Dans la deuxième lecture l’apôtre Paul affirme que le Père a établi Jésus au-dessus de tout être céleste, au-dessus de tout nom que l’on puisse nommer. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église. Nous retrouvons bien dans ce vocabulaire (au-dessus / plus haut) l’idée d’exaltation – élévation. Enfin dans l’Evangile Matthieu met en avant le pouvoir du Ressuscité au moment où il va monter aux cieux : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Cette notion est aussi présente dans la deuxième lecture : C’est l’énergie, la force, la vigueur que Dieu a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Le mystère de l’Ascension correspond bien à ce mouvement d’exaltation – élévation du Christ ressuscité dans lequel il se manifeste comme détenteur de la puissance même de Dieu. Cette élévation au Ciel, c’est-à-dire dans le domaine qui est celui de Dieu, va de pair avec une « disparition » : Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Le Ressuscité devient, comme Dieu lui-même, invisible. Mais cette disparition ne signifie pas pour autant une absence puisque Jésus fait cette promesse à ses disciples : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Celui qui s’élève aux Cieux, celui qui est la tête de l’Eglise qui est son corps, demeure pour nous l’Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu au milieu de nous. Affirmer de Jésus qu’il monte au Ciel ne signifie pas qu’il abandonne la terre et ses habitants. C’est seulement le mode de sa présence qui change. Puisque tout pouvoir lui est donné au ciel et sur la terre le Ressuscité demeure bien présent parmi nous. L’Ascension est ce passage d’une présence limitée à un petit territoire et à un moment donné de l’histoire humaine à une présence universelle en tout lieu et en tout temps. Après l’Ascension nous retrouvons les deux hommes en vêtements blancs qui s’étaient adressé aux saintes femmes au matin de Pâques : Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. A cette question correspond dans l’Evangile de Luc la première question auprès du tombeau vide : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. Denis Moreau décrit de la manière suivante la conséquence pour nous de notre foi en Jésus ressuscité et monté au ciel : « L’idée d’exaltation - élévation s’applique aussi à des expériences plus modestes et moins spectaculaires, comme celles qui suivent les épreuves que nous subissons. Avoir foi en la résurrection du Christ, c’est croire que la traversée de l’épreuve ne se conclut pas nécessairement par la défaite, ni même par un simple retour à la situation antérieure, mais peut conduire à un état préférable à celui où l’on se trouvait avant l’épreuve. C’est, pour le dire autrement, le thème du « combien plus » mis en avant par saint Paul dans la lettre aux Romains, pour indiquer que là où les puissances de mort ont pullulé, celles de la vie peuvent surabonder. » Pour saisir l’immense gloire qui est celle de l’Ascension du Seigneur nous devons garder en mémoire l’abaissement extrême de sa Passion et de sa mort en croix. Celui qui crie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est celui qui désormais a reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre en vue du salut de tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Le mystère de l’Ascension illustre parfaitement dans la vie du Christ ce que lui-même enseignait à ses disciples : Quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé.

 

dimanche 3 mai 2026

Cinquième dimanche de Pâques / année A / 2026

 3/05/2026

Jean 14, 1-12

Dans les chapitres 13 à 17 de son Evangile saint Jean nous rapporte, en partant du geste du lavement des pieds, le testament spirituel de Jésus, ses dernières paroles à ses disciples avant son entrée dans le temps de la Passion. L’Evangile de ce 5ème dimanche de Pâques se situe au début de ce testament spirituel. Je me limiterai au 4 premiers versets de cette page évangélique. Il me semble intéressant de les remettre dans leur contexte en ayant à l’esprit les paroles prononcées par le Seigneur dans les versets qui précèdent, au chapitre 13 : Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Avec toute la délicatesse et l’affection de son amour pour ses disciples Jésus leur annonce son départ, sa Passion, sa mort et sa mise au tombeau. En ce dimanche nous entendons les paroles de réconfort et de consolation qu’il adresse aux disciples : Que votre cœur ne soit pas bouleversé. L’amour divin du Christ le porte à penser d’abord à ce que ses disciples éprouveront dans le temps de la Passion qui sera pour eux le temps de l’épreuve. Il veut les préparer en leur demandant un acte de foi en sa personne. De la même manière que vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Cela nous rappelle une autre parole du Seigneur adressée à Pierre dans l’Evangile selon saint Luc : J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. Dans cette préparation au choc que constituera la croix Jésus veut orienter le cœur de ses amis vers le Royaume des Cieux : Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. La croix, signe apparent de l’échec du Messie, scandale pour les Juifs, ouvrira les portes du Royaume des Cieux. Elle deviendra signe de salut pour la multitude puisque dans la maison du Père nombreuses sont les demeures pour accueillir les hommes et les femmes devenus par la grâce du Christ une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut. Dans son mystère pascal Jésus prépare une place dans le Royaume pour ses disciples, donc aussi pour chacun d’entre nous. Il nous précède et nous ouvre le chemin en tant que premier-né d’entre les morts. Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Au moment de l’épreuve de la Passion et de la croix les disciples auront à se souvenir de cette promesse du Seigneur. Très peu d’ailleurs affronteront cette épreuve en accompagnant leur Maître et Seigneur jusqu’à la croix : quelques femmes, Marie et Jean. « Je reviendrai » : cette parole peut se comprendre de deux manières : soit comme une annonce de la résurrection soit comme le retour en gloire du Seigneur lors de son second avènement. Si au chapitre 13 Jésus dit aux disciples « Là où je vais, vous ne pouvez pas aller », maintenant il leur promet la communion avec lui : je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Il nous donne ainsi l’une de plus belles définitions de la vie chrétienne : être avec le Christ, non seulement pour cette vie terrestre mais pour la vie éternelle. Vivre en Dieu de la vie même de Dieu. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. Le chemin de la communion avec Dieu nous le trouvons dans la personne et la vie de celui qu’Il a envoyé parmi nous pour être notre Sauveur. Ce chemin passe par le commandement nouveau qu’il nous laisse avant d’entrer dans sa Passion. Le chemin qui conduit à la communion avec Dieu ne peut être que celui de la divine charité répandue en nous par le Saint Esprit. Chemin parcouru et vécu dans la communion fraternelle non seulement entre croyants mais avec tous les hommes qui sont nos frères en humanité… dans la maison du Père tous sont appelés à trouver leur place, leur demeure… Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres.

dimanche 26 avril 2026

Quatrième dimanche de Pâques / année A / 2026

 26/04/2026

Jean 10, 1-10

Le 4ème dimanche de Pâques nous donne à méditer chaque année une section du chapitre 10 de l’Evangile selon saint Jean. Dans ce chapitre Jésus reprend l’image de Dieu pasteur de son peuple et se l’applique à lui-même : Je suis le bon pasteur. L’enseignement du Seigneur est donné dans un contexte de vive polémique avec les pharisiens suite à la guérison de l’aveugle de naissance. Les 5 premiers versets de l’Evangile correspondent à la parabole du pasteur et des brebis. Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. Face à l’incompréhension des pharisiens le Seigneur va expliciter pour eux la signification de la parabole. Il se présente non seulement comme le berger mais aussi comme la porte de la bergerie. Ce qui nous rappelle une autre image, celle du chemin : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Le verset 8 nous interpelle fortement comme il a dû interpeller les pharisiens : Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Cette affirmation est difficile à comprendre dans la bouche de celui qui se situe dans la continuité de la Loi et des prophètes… Qui sont donc ces voleurs et ces bandits ? Tous ceux qui sont venus avant moi ! Comme si avant la manifestation en plénitude de la vérité de Dieu dans la personne de Jésus tout n’avait été qu’errement… Comment situer dans ce contexte Moïse et les prophètes ? Ce langage radical est-il une manière de signifier que seul Jésus est Sauveur parce lui seul est Dieu ? La fin de l’enseignement sur le bon pasteur peut nous éclairer : Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. Ce qui fait que Jésus est le vrai berger, le bon pasteur, c’est l’offrande libre qu’il fait de sa vie et de sa personne pour ses brebis. En ce temps pascal une parole résonne particulièrement en nous : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. L’image du berger atteint ici sa limite. Le berger humain s’occupe de ses brebis pour gagner sa vie, par intérêt, et n’hésite pas, quand il le faut, à les envoyer à l’abattoir une fois qu’elles lui ont bien rendu service… Le berger divin au contraire donne sa vie pour ses brebis afin qu’elles aient la vie en abondance ! Dans l’Evangile de Jean le mot « vie » est utilisé à 45 reprises, c’est dire toute son importance. Le quatrième Evangile s’ouvre et se conclut par l’affirmation de cette vie que Jésus possède en lui-même et qu’il veut partager avec nous.

En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

Ces signes ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Lorsque nous parcourons l’Evangile de Jean avec ce fil rouge de la vie nous constatons que cette vie est souvent qualifiée d’éternelle et que c’est par la foi en Jésus-Christ que l’on parvient à vivre de cette vie divine. La vie en abondance, c’est en effet la vie éternelle, celle que la mort physique n’est pas capable de tuer, celle qui est plus forte que la mort elle-même. La vie en abondance, c’est la vie de charité qui ne passera jamais et qui s’incarne dans l’amour du prochain. La vie en abondance, c’est l’intensité de la vie divine en nous, la puissance de la communion avec Dieu telles que saint Paul nous les dépeint dans sa lettre aux Romains :

Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

dimanche 19 avril 2026

Troisième dimanche de Pâques / année A / 2026

 19/04/2026

Luc 24, 13-35

En ce troisième dimanche de Pâques l’Eglise propose à notre méditation l’Evangile des deux disciples d’Emmaüs. Il est évident pour nous comme pour les premiers disciples que ce récit a une structure clairement eucharistique avec les deux parties du sacrement : la Parole de Dieu et le Pain de vie. Jésus ressuscité fait lui-même l’homélie aux deux disciples tout en marchant à leurs côtés. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître… Ce n’est qu’après le signe de la fraction du pain que les yeux des disciples s’ouvrent et qu’ils peuvent s’exclamer : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? Dans l’Evangile de Luc les récits de Pâques nous présentent le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus comme l’accomplissement des Ecritures. Aux saintes femmes venues au tombeau est délivré le message suivant : Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : “Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite.” Aux deux disciples d’Emmaüs Jésus reproche leur lenteur à croire tout ce que les prophètes ont dit : Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Enfin aux apôtres saisis d’étonnement à la vue du Ressuscité est délivré le même message : Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour… Dans l’Evangile de Jean nous trouvons un verset qui va dans le même sens : Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Jésus ouvre l’esprit des disciples à l’intelligence des Ecritures et leur rappelle les paroles qu’il avait prononcées avant sa Passion et sa mort en croix. Il existe un rapport très particulier entre Jésus et les Ecritures, entre le Verbe fait chair et ce que nous appelons l’Ancien Testament. La personne de Jésus ne peut pas se comprendre sans la référence aux Ecritures et seul Jésus nous permet de comprendre les Ecritures ! Un verbe très fort est utilisé pour qualifier ce rapport d’interdépendance : il fallait que… Dans la première lecture nous entendons le discours de Pierre le jour de Pentecôte : Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. Le mystère pascal était donc voulu par Dieu. Le verbe « il fallait » comme les mots utilisés par Pierre posent la question difficile du rapport entre la volonté de Dieu et la liberté des hommes. En écoutant Pierre on a l’impression d’un déterminisme absolu, d’un destin de Jésus fixé depuis toute éternité. En même temps c’est bien librement que Jésus entre dans sa Passion en accomplissant ainsi les Ecritures. Il faut aussi maintenir la liberté de Judas, des grands prêtres et de Pilate dans le processus de la Passion. Mystère abyssal inaccessible à notre raison humaine que celui-ci ! C’est aussi le sens de la deuxième lecture : Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. Ce n’est pas seulement dans son mystère pascal que le Seigneur Jésus accomplit les Ecritures. C’est par toute sa vie et son enseignement. En témoigne le sermon sur la montagne en saint Matthieu. Dans cet enseignement qui commente quelques-uns des commandements de la Loi de Moïse Jésus nous montre la signification précise de l’accomplissement en lui, Verbe fait chair, de la parole des Ecritures. Accomplissement ne signifie en aucun cas répétition de la Loi mais bien approfondissement et perfectionnement, ce qui implique de la part de Jésus à la fois fidélité et liberté vis-à-vis de la Loi ancienne. Ce n’est que dans la personne de Jésus que notre intelligence humaine peut s’ouvrir à la compréhension des Ecritures non selon la lettre qui tue mais selon l’Esprit qui vivifie. Souvenons-nous des paroles de l’apôtre Paul : Dieu nous a rendus capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle, fondée non pas sur la lettre mais dans l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie.

Enfin saint Jean dans sa première lettre éclaire bien le dynamisme par lequel Jésus accomplit les Ecritures par son amour divin :

Bien-aimés, ce n’est pas un commandement nouveau que je vous écris, mais un commandement ancien que vous aviez depuis le commencement. La parole que vous avez entendue, c’est le commandement ancien. Et pourtant, c’est un commandement nouveau que je vous écris ; ce qui est vrai en cette parole l’est aussi en vous… Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et il n’y a en lui aucune occasion de chute.