dimanche 21 février 2021

Premier dimanche de Carême / année B

 

21/02/2021

Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. (Marc 1, 12.13)

L’évangéliste Marc nous rapporte de manière très concise l’épisode de Jésus tenté au désert. En même temps il donne un détail que nous ne trouvons pas dans les versions plus développées de Matthieu et de Luc.

Il est possible de comprendre cet épisode à la lumière du séjour de 40 ans du peuple d’Israël dans le désert avant l’entrée en terre promise. La mention des 40 jours nous y invite. Le temps de l’épreuve et des tentations a lieu immédiatement après le baptême dans le Jourdain de la même manière que les 40 ans au désert suivent la traversée miraculeuse de la mer rouge, image du baptême.

Cependant la première lecture tirée du livre de la Genèse nous permet aussi de comprendre l’épisode des tentations en relation avec l’histoire des origines de l’humanité. L’alliance avec Noé intervient immédiatement après le déluge qui est, lui aussi, une image du baptême comme l’affirme la deuxième lecture. Ecoutons à nouveau comment Dieu formule son alliance :

Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.

L’alliance est donnée non seulement aux humains mais aussi à tous les êtres vivants, donc aux animaux. Et c’est le moment de parler du détail propre à Marc : Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. Dans le désert, au commencement de sa mission, Jésus vit un temps d’épreuve et de confrontation avec l’esprit du Mal, Satan. Mais cette épreuve, ces tentations, débouchent sur une harmonie, une communion. Marc nous montre dans le désert les animaux, l’homme et les anges en communion, réconciliés. Et cela grâce à Jésus l’homme-Dieu. Ainsi le récit des tentations chez Marc ne nous ramène pas seulement à l’alliance avec Noé et les animaux mais à Adam installé par Dieu dans le jardin d’Eden, le paradis terrestre. Dans le désert de la tentation Jésus nous est présenté comme le nouvel Adam, l’Homme nouveau. Au chapitre deuxième de la Genèse le Créateur donne vie aux animaux afin que l’homme, créé dans un premier temps sans la femme, ne soit plus seul dans le jardin :

Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs.

La mention de Jésus qui vit pacifiquement parmi les bêtes sauvages tout en étant servi par les anges nous montre dès le départ le résultat de l’action de salut de Jésus à la fin des temps, dans le Royaume, lorsque toutes choses seront accomplies. D’autres traductions donnent : il était avec les bêtes sauvages. Cette interprétation du récit des tentations est certes paradoxale puisque c’est dans un désert que Jésus nous annonce le jardin paradisiaque retrouvé et restauré. Le péché de l’homme ayant rompu l’harmonie originelle au sein de la création, c’est à travers l’épreuve que Jésus nous ouvre un chemin d’espérance et rend possible la présence du Royaume des cieux. L’épreuve du désert, au commencement, annonce la grande épreuve de la fin, celle de la Passion et de la dernière tentation du Christ à laquelle Luc fait allusion en concluant ainsi son récit des tentations : Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. La grande épreuve de la fin a pour cadre un jardin d’après saint Jean : À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. Et Marie Madeleine, ne reconnaissant pas Jésus ressuscité, le prend pour le jardinier ! C’est bien dans un jardin que Jésus ressuscite d’entre les morts et nous entraîne à sa suite dans le Royaume de Dieu. Le carême, temps d’épreuve et de réconciliation, nous fait parcourir un chemin semblable. Par la puissance de l’amour de Jésus les déserts de nos vies sont appelés à devenir le jardin du Paradis où nous trouverons enfin notre juste place au sein de la création et dans le cœur de Dieu.

lundi 15 février 2021

Sixième dimanche du temps ordinaire / année B

 

14/02/2021

Marc 1, 40-45

Dans l’Evangile de la purification du lépreux se réalise un échange étonnant. Comme la première lecture nous le rappelle, les lépreux étaient tenus de pratiquer « la distanciation sociale » dont nous entendons si souvent parler en ce moment… Ils étaient même exclus de la vie sociale commune car leur maladie les contraignait à habiter à l’écart, hors du camp. En guérissant ce malade de la lèpre, Jésus prend involontairement sa place. Le lépreux ayant annoncé à tous sa guérison, tous veulent voir Jésus et le rencontrer… de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. Cette remarque de l’évangéliste nous fait comprendre que Jésus prend la décision de s’exclure lui-même de la vie sociale, du moins pour un temps, parce qu’il refuse de donner de sa mission une image déformée, celle d’un guérisseur charismatique. Le lépreux n’avait bien sûr pas choisi sa condition d’exclu alors que Jésus la choisit en vivant dans des endroits déserts. Il fuit ainsi le succès facile que pourrait lui valoir cette guérison. Bref c’est Jésus qui devient le lépreux. Cet échange de condition entre l’homme malade et le Seigneur est l’image d’un autre échange, celui de l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. L’épisode de la purification du lépreux est la figure du mystère de la passion et de la croix. Jésus meurt en effet sur le Golgotha hors des murs de la ville sainte. Ecoutons la lettre aux Hébreux qui établit un parallèle entre les sacrifices de l’Ancienne Alliance et celui de la croix : Quand le grand prêtre portait dans le sanctuaire le sang des animaux en sacrifice pour le péché, c’est en dehors de l’enceinte que leurs corps étaient brûlés. C’est pourquoi Jésus, lui aussi, voulant sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert sa Passion à l’extérieur des portes de la ville. L’un des points communs entre les deux sacrifices, c’est bien qu’ils s’effectuent à l’extérieur du camp ou de la ville, éloignés du cœur de la vie sociale comme l’était le lépreux à cause de sa maladie. Dans le mystère de la croix Jésus n’est pas seulement rejeté et méprisé, il est exclu de la vie de son peuple. Le lépreux était exclu en raison de sa maladie, Jésus est exclu parce qu’il porte le péché des hommes. En contemplant ce mystère, l’auteur de la lettre aux Hébreux invite les chrétiens à sortir eux-aussi hors du campement : Pour aller à la rencontre de Jésus, sortons en dehors de l’enceinte, en supportant l’injure qu’il a subie. Car la ville que nous avons ici-bas n’est pas définitive : nous recherchons la ville qui doit venir.

Le pape François se situe clairement dans cette compréhension concrète du mystère de la croix lorsqu’il ne cesse d’appeler les croyants, prêtres et laïcs, à aller vers les périphéries comme Jésus l’a fait pour nous sauver. C’est au pape que je laisserai donc le mot de la fin : "L'Eglise est appelée à sortir d'elle-même et à aller vers les périphéries, pas seulement géographiques, mais également celles de l'existence,  celles du mystère du péché, de la souffrance, de l'injustice, celles de l'ignorance et de l'absence de foi, celles de la pensée, celles de toutes les formes de misère." « L’Église est invitée à réveiller partout cette espérance, en particulier là où elle est étouffée par des conditions d’existence difficiles, parfois inhumaines, où l’espérance ne respire pas, étouffe. Il y a besoin de l’oxygène de l’Évangile, du souffle de l’Esprit du Christ ressuscité, pour la rallumer dans les cœurs. L’Église est la maison dans laquelle les portes sont toujours ouvertes, non seulement pour que chacun puisse y trouver l’accueil et respirer l’amour et l’espérance, mais aussi pour que nous puissions sortir pour apporter cet amour et cette espérance. L’Esprit Saint nous pousse à sortir de notre enclos et nous guide jusqu’aux périphéries de l’humanité."

dimanche 7 février 2021

Cinquième dimanche du temps ordinaire / année B

 

7/02/2021

Marc 1, 29-39

L’Evangile de ce dimanche nous présente en quelque sorte une journée type du ministère de Jésus en Galilée. Nous sommes toujours aux commencements de ce ministère, au chapitre premier de l’Evangile de Marc. En lisant cette page évangélique nous sommes frappés par l’emploi du temps plus que chargé de Jésus. L’évangéliste nous donne des indications temporelles significatives :

Le soir venu, après le coucher du soleil…

Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube…

Bref les premières journées en Galilée sont plus que remplies et les nuits sont courtes. Il y a peu de place pour le repos dans cet emploi du temps du Seigneur. Plus loin, dans le même Evangile, au chapitre 6, cet aspect de la vie de Jésus et de ses apôtres est souligné :

« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger.

La suite du texte nous montre que cette tentative de prendre un peu de repos échoue, car les foules suivent Jésus et ses apôtres…

On a l’impression que Jésus ne décide pas de son emploi du temps alors que le moment du repos de la nuit est arrivé :

On lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte.

Visiblement nous nous trouvons dans un temps très éloigné du nôtre avec des mentalités très différentes. A notre époque ce qui déplace les foules ce n’est pas le charisme d’un maître religieux ou spirituel, mais plutôt les matches de football ou les soldes… On aurait bien du mal à imaginer une foule se pressant après le crépuscule devant la maison d’un homme sage, dans l’attente impatiente de son enseignement ou d’une libération du mal. Il est vrai qu’il s’agit de Jésus et que son charisme était certainement exceptionnel, hors du commun… et puis il opérait des guérisons ce qui comptait beaucoup dans sa renommée naissante.

Au milieu de cette activité fébrile, Jésus ressent le besoin de la prière, et c’est la raison pour laquelle il cherche un lieu désert, à l’écart, loin des foules qui le pressent en permanence. C’est la raison pour laquelle il écourte sa nuit de sommeil pour pouvoir prier bien avant l’aube. Coutume conservée par les moines et les moniales qui pratiquent aussi le lever de nuit afin de prier. L’exemple de Jésus nous indique à quel point nous, ses disciples, nous avons besoin de temps de prière réguliers, mais aussi de temps de retraite où nous mettons de côté pour quelques jours nos activités habituelles pour pouvoir nous consacrer totalement à la relation qui nous unit avec Dieu, par le Fils et dans l’Esprit. Pour Jésus, ce temps privilégié de ressourcement dans l’amour du Père est écourté car tout le monde te cherche, lui dit Simon. Le Seigneur fait alors comprendre qu’il n’est pas venu uniquement pour les gens de Capharnaüm et que sa mission doit s’étendre et toucher le plus de personnes possible :

Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti.

C’est bien le zèle de Jésus à proclamer l’Evangile qui lui permet de supporter ces journées harassantes tout en cherchant à se ménager des temps de prière. Nous le voyons ainsi passer des foules au Père et du Père aux foules dans l’unité de sa mission.

Comme le disait Saint Vincent de Paul :

Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu, c’est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre, ou de plus grande obligation, ou de plus grand mérite. Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! sachez que faire tout cela, c’est le servir.

 

dimanche 31 janvier 2021

Quatrième dimanche du temps ordinaire/ année B

 

31/01/21

Marc 1, 21-28

Nous suivons avec saint Marc les premiers pas de Jésus en Galilée. L’épisode de ce dimanche se situe le jour du Sabbat dans la synagogue de Capharnaüm. Jésus y enseigne et délivre un homme tourmenté par un esprit mauvais. L’évangéliste souligne à deux reprises l’autorité avec laquelle le Seigneur donne son enseignement :

On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.

Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !

Notre époque connaît une crise de l’autorité qui commence par celle des parents à l’intérieur de la famille et s’étend jusqu’aux responsables politiques et religieux en passant par l’école, la police et la justice. L’autorité authentique est un don au service des personnes et de la société. Je vais citer un peu longuement quelques réflexions de Bernard Romain sur l’autorité. « L’autorité, du latin auctoritas, se rattache par sa racine au même groupe qu’augere (augmenter). L’autorité est donc le moyen de « tirer vers le haut », de « tirer le meilleur de chacun ». L’autorité est le pouvoir d’obtenir, sans recours à la contrainte, un certain comportement de la part de ceux qui lui sont soumis. L’autorité c’est la capacité d’obtenir l’obéissance sans recourir à la force. L’exercice de l’autorité suppose un consentement de celui sur qui elle s’exerce, donc, de sa part, une reconnaissance de la personne dont émane l’autorité. L’autorité implique donc une relation librement consentie. Elle rejette la contrainte, la pression, l’intimidation ou la menace. Tout se passe comme s’il y avait, dans l’autorité, un caractère naturel, une forme d’évidence. » De ces réflexions je retiens le caractère naturel de l’autorité et le fait qu’elle ne s’oppose pas à la liberté. Au contraire elle permet même à la liberté de grandir. C’est bien ce qu’ont dû percevoir les contemporains de Jésus dans la synagogue en écoutant son enseignement. Contrairement aux scribes, Jésus avait une autorité naturelle qui suscitait l’étonnement. Alors d’où venait la différence entre Jésus et les maîtres religieux de son temps ? On pourrait répondre en mettant en avant sa divinité, cette divinité que justement il ne veut pas révéler. C’est pourquoi il fait taire l’esprit impur qui a reconnu en lui bien plus qu’un Juif pieux et rempli de sagesse. Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. L’autorité de Jésus était naturelle non seulement parce qu’il était le Fils de Dieu mais d’abord parce qu’il était Saint. Pour mieux le comprendre regardons ce que le Seigneur reproche aux maîtres de la Loi dans l’Evangile selon saint Matthieu :

Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens…

L’image des pesants fardeaux imposés aux autres peut très bien nous faire penser au discours habituel de la plupart des responsables politiques et économiques qui demandent aux citoyens et aux salariés de faire des efforts, des sacrifices, de se serrer la ceinture… mais qui se gardent bien de remettre en cause tous leurs privilèges et leurs confortables salaires… Les sacrifices, c’est bon pour le peuple, pour les autres, mais pas pour eux qui prétendent, bien à tort d’ailleurs, être l’élite du pays… Ce qui ruine toute autorité, c’est bien le fossé entre d’un côté les paroles et les principes, et, de l’autre, les actes et les comportements. Ils disent et ne font pas… Ce fossé est tellement grand que l’on parle de moralisation de la vie politique sans jamais réussir à la traduire dans les faits. La sainteté de Jésus, source de son autorité naturelle, consiste dans l’adéquation entre ses paroles et ses actes. Remarquez aussi comment la sainteté de Jésus va de pair avec son amour miséricordieux. Au plus une personne est réellement sainte, au moins elle condamne et juge les autres, au plus elle est capable de miséricorde et de pardon. Enfin l’autorité de Jésus provient du fait que lorsqu’il parle de Dieu, il n’en parle pas comme un livre de catéchisme ou une leçon bien apprise. Ses auditeurs perçoivent immédiatement que Jésus vit de Dieu, qu’il a une expérience intime de celui qu’il appelle son Père. Il n’est pas un professionnel de la religion comme les scribes, il est un mystique, une personne qui vit de l’union permanente avec Dieu. Nous comprenons mieux pourquoi dès ses premières apparitions en public Jésus a frappé d’étonnement ses contemporains. Son autorité naturelle provenait à la fois de l’exemple donné et du partage d’une expérience spirituelle vécue au plus profond de son être. Ou pour le dire autrement on ne peut enseigner avec autorité que par l’exemple et parce que l’on a assimilé dans les profondeurs de son cœur et de son âme l’objet de son enseignement.

lundi 18 janvier 2021

Deuxième dimanche du temps ordinaire / année B

 

17/01/21

Jean 1, 35-42

En ce dimanche nous commençons la première partie du temps ordinaire entre le temps de Noël et le carême qui, cette année, débutera le 17 février. Le temps ordinaire nous est donné par l’Eglise pour suivre le Seigneur Jésus dans son ministère, pour écouter ses enseignements et contempler ses actes. Cette année nous le ferons plus particulièrement sous la conduite de saint Marc. Ce dimanche fait exception puisque nous venons d’écouter un passage de l’Evangile selon saint Jean se situant après le baptême du Seigneur. Il est logique qu’au commencement du temps ordinaire nous écoutions un Evangile du commencement de la mission du Seigneur, un Evangile qui nous fait passer de Jean à Jésus. Jean désigne Jésus à deux de ses disciples en disant : Voici l’Agneau de Dieu. Par ces paroles que nous reprenons à chaque messe, Jean prophétisait la passion et la mort violente de Jésus en croix. De la même manière que les agneaux étaient sacrifiés dans le temple, Jésus se donnera un jour lui-même en sacrifice et acceptera de mourir pour être notre Sauveur.

Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. L’effet immédiat de la parole de Jean est puissant. Ses disciples deviennent les disciples de Jésus. Ils comprennent que Jean n’était là que pour un moment, pour les introduire à la rencontre avec le Christ. Au cœur de cet Evangile nous trouvons un dialogue entre les deux disciples et Jésus :

« Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : «Maître, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »

Nous ne savons pourquoi les disciples en entendant Jean ont décidé de suivre Jésus. Celui-ci, se retournant vers eux, le leur demande : Que cherchez-vous ? La foi comporte toujours cet élément de la recherche. La foi est toujours dynamique. Elle exige de nous un approfondissement toujours renouvelé de notre relation avec le Seigneur. La foi nous pose finalement cette question : Que cherchons-nous dans notre vie ? Qu’est-ce qui est pour nous le plus important ? Où trouvons-nous la source de notre bonheur et le courage de vivre malgré les difficultés et les obstacles ? Les Grecs, créateurs de la philosophie, et à leur suite les Romains, se sont posé la grande question : qu’est-ce qu’une vie heureuse pour les mortels ? Que signifie réussir sa vie ? Et des histoires comme celle d’Ulysse ont constitué une partie de la réponse qu’ils ont donnée à cette question éternelle qui habite le cœur de tout homme. La réponse des deux disciples à la question de Jésus, Maître, où demeures-tu ?, se présente sous la forme d’une question et non pas d’une affirmation. Leur réponse n’a pas été : nous cherchons le bonheur ou encore la vie éternelle… Mais bien nous voulons savoir où tu demeures. Il me semble évident qu’à ce moment-là ils n’ont pas demandé l’adresse de Jésus qui avait tendance justement à ne pas avoir d’adresse ou de résidence fixe… Mais qu’à travers cette question, ils voulaient connaître Jésus, ils voulaient savoir qui il était réellement. Au niveau simplement humain, la maison ou l’appartement d’une personne peut nous révéler bien des choses sur ses goûts, son caractère, ses valeurs etc. Une maison révèle souvent quelque chose de notre intimité. Le lecteur de l’Evangile de Jean sait depuis le début que Jésus est la demeure de Dieu, le Verbe auprès de Dieu. Et Paul affirme : En lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité. Mais les deux disciples n’en sont pas encore là ! La réponse du Seigneur nous dit ce qu’est la foi, ce que signifie être son disciple : Venez, et vous verrez. Ou pour le dire autrement : venez, et vous comprendrez, vous recevrez la lumière de la foi. Le premier pas de la foi, toujours à renouveler, consiste simplement à faire confiance à Jésus, à accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. Il s’agit d’abord de rester auprès lui comme on aime passer du temps auprès d’un ami. Jésus, dans sa réponse, nous décrit la foi, la relation avec lui, d’abord comme une expérience, et c’est l’amour qui préside à cette expérience. La foi ne consiste pas à comprendre intellectuellement qui est Dieu ou qui est son Fils Jésus, chose d’ailleurs impossible tant que nous sommes pèlerins sur cette terre. Si nous faisons confiance, nous verrons. Si nous restons auprès de Jésus dans l’amour et la prière, nous verrons. Alors seulement notre intelligence recevra un rayon de la divine lumière et nous progresserons dans la connaissance du mystère de Dieu sans jamais véritablement le comprendre. C’est encore avec saint Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, que je terminerai cette méditation :

Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu.

samedi 26 décembre 2020

Messe du jour de Noël / 25 décembre 2020

 


Jean 1, 1-18

L’Evangile du jour de Noël a une tonalité bien différente du récit de saint Luc que la liturgie nous propose pour la messe de la nuit. Ici plus de nouveau-né couché dans une mangeoire de Bethléem, mais la contemplation du Verbe éternel de Dieu. Le prologue de l’Evangile selon saint Jean est à la fois un texte magnifique et grandiose. Jean mérite ici pleinement son surnom de théologien. Le mot grec Logos est traduit par Verbe. Le Verbe, c’est la Parole de Dieu. Mais le logos signifie aussi la raison, la qualité de ce qui est selon la raison. Jean, dans son prologue, fait en quelque sorte un clin d’œil en direction de la page qui ouvre toutes les Ecritures. AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Comment ne pas penser au commencement même de la révélation biblique ? AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre. Justement le texte de Genèse 1 nous dit que Dieu crée toutes choses par sa Parole, par son Logos : Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu donne existence à tout ce qui est par sa Parole qui est Raison, c’est-à-dire l’exact contraire du chaos initial décrit lui aussi par la Genèse : La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme. La Raison divine, celle du Logos, celle du Fils, n’a rien à voir avec une froide abstraction philosophique. Cette raison est pleine de grâce et de vérité. C’est une raison inséparable de l’amour, car toujours selon saint Jean Dieu est amour. C’est sur ce fond du projet créateur de Dieu que l’incarnation du Verbe nous est présentée. Dans la traduction de Chouraqui cela donne : Le Logos est devenu chair. Il a planté sa tente parmi nous. Cette traduction a l’avantage de situer Noël dans la continuité de la présence de Dieu au milieu de son peuple, sous la tente et sous la figure de l’arche d’alliance, pendant sa longue marche dans le désert. Le mystère de l’incarnation unit en Jésus ce que les philosophes ont eu tendance à séparer, voire à opposer : l’Esprit et la chair, la Raison et le sensible. Jésus, homme parfait, unit en lui toutes les dimensions de notre être, le corps et l’âme, la sensibilité et la raison. Avant le verset du prologue que je viens de citer, Jean affirme la présence du Verbe dans sa création : Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Le credo de Nicée en utilisant une image spatiale pour parler de l’incarnation pourrait nous conduire dans une fausse compréhension de ce grand mystère : Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Le prêtre suisse Maurice Zundel, mort en 1975, nous aide à ne pas comprendre Noël comme une descente sur terre d’un Dieu qui jusque-là aurait été absent : Il n’est pas question d’imaginer que Dieu soit descendu du Ciel parce que le Ciel, c’est lui-même et que ce Ciel, nous devons le découvrir au plus intime de nous-mêmes. Ce que le mystère de Noël nous permet, parce que Dieu en son Fils se fait notre frère, c’est bien de le recevoir, de reconnaître enfin sa présence au milieu de nous. Pour le dire autrement le changement n’est pas du côté de Dieu, mais de notre côté. Zundel écrit : L’incarnation consistera à rendre l’homme présent à Dieu, ce qu’exprime le symbole de saint Athanase qui nous parle de l’assomption de l’humanité à Dieu. L’incarnation rend visible la présence de Dieu aux yeux de la foi : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Depuis Noël nous savons que le chemin qui conduit à l’union avec Dieu passe par l’homme, par l’homme parfait qu’est Jésus, le nouvel Adam, et par tout homme, tous les hommes nos frères, que nous sommes appelés à aimer. Chaque fois que nous progressons sur ce chemin de l’amour nous devenons peu à peu le Ciel, ce Ciel que nous devons découvrir au plus intime de nous-mêmes par la grâce du Christ. Dans sa première lettre saint Jean complète le prologue de son Evangile en nous indiquant comment le mystère de l’incarnation nous sauve et finalement nous transforme intérieurement : Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection.


Messe de la nuit de Noël / 24 décembre 2020

 


Luc 2, 1-14

Nous ne connaissons pas la date de la naissance de Jésus. Les premiers chrétiens ne célébraient pas Noël mais seulement Pâques. La première mention d'une célébration chrétienne un 25 décembre date de l'an 336 à Rome à la fin du règne de Constantin, le premier empereur chrétien. Les chrétiens de Rome ont choisi la date du 25 pour deux raisons : elle correspondait au moment du solstice d’hiver et à la fête païenne du Soleil invaincu et immortel. Nous comprenons facilement la symbolique de ce choix : de la même manière que le soleil recommence à partir de Noël à faire triompher la lumière du jour sur les ténèbres de la nuit, la naissance du Christ inaugure une ère dans laquelle sa lumière triomphera des ténèbres du mal et du péché. Noël, c’est donc la naissance du Christ notre lumière : Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie.

Si nous ne connaissons pas le jour de la naissance du Christ, l’Evangile selon saint Luc précise qu’elle eut lieu sous le règne du premier empereur de Rome, Auguste. Et ce n’est probablement pas par hasard que le Père a choisi ce moment historique particulier pour l’incarnation de son Fils bien-aimé. La Providence a en effet voulu que le Prince de la paix dont nous parle Isaïe naisse dans le temps sous le règne d’Auguste, celui qui a rendu la paix, après un siècle de guerres civiles, aux habitants de l’Empire romain.

Les parents de Jésus habitaient Nazareth en Galilée, mais à l’occasion d’un recensement, ils descendirent en Judée dans la ville du roi David, Bethléem, car Joseph était originaire de cette ville. Là encore ce n’est pas par hasard que Jésus naît à Bethléem au lieu de naître à Nazareth. Non seulement parce qu’il accomplit ainsi la promesse faite par Dieu à son ancêtre David, il est en effet le Fils de David, mais aussi parce que le nom de Bethléem signifie en hébreu la maison du pain. L’Evangile de Luc est d’une sobriété extraordinaire. Un seul verset du chapitre 2 est en effet consacré à la naissance de l’enfant :

Et Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

C’est ce verset qui nous parle de la mangeoire qui est à l’origine de nos crèches. Si on met ensemble Bethléem et la mangeoire, on ne peut pas s’empêcher de penser immédiatement au sacrement de l’eucharistie et au mystère de la Pâque du Seigneur au cours duquel ce sacrement fut institué. Le Fils de Dieu naît dans une mangeoire, dans la ville du pain, parce qu’il veut se donner en nourriture spirituelle à chacun d’entre nous et réaliser ainsi le but de l’incarnation : la réconciliation et l’union d’amour, la communion, entre l’humanité et la divinité, entre les créatures et leur Créateur. Un verset du chapitre 6 de l’Evangile selon saint Jean prend une signification merveilleuse lorsque nous le méditons en ayant à l’esprit la mangeoire de l’enfant Jésus : Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Qui dit mangeoire dit animaux de ferme. Nos crèches comportent toujours le bœuf et l’âne, proches de l’enfant qui vient de naître du sein de Marie. D’où vient cette tradition puisque Luc ne mentionne pas ces animaux dans son récit ? D’un verset du chapitre premier d’Isaïe : Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille, car le Seigneur a parlé. J’ai fait grandir des enfants, je les ai élevés, mais ils se sont révoltés contre moi. Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas. Ainsi dès le début se profile à l’horizon le drame du refus de Jésus par les hommes. Il naît parmi les animaux, en dehors de la salle commune.

C’est avec le chant des anges que se termine l’Evangile de la Nativité : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. Autour de l’enfant qui vient de naître, Dieu rassemble par son amour toute la création : non seulement les hommes mais aussi les animaux et les anges. Le message des anges chante le don de la paix de Dieu. En célébrant cette nuit le mystère de l’incarnation, ouvrons largement nos cœurs à ce grand don. Ce cadeau de la réconciliation avec nous-mêmes, avec les autres, avec Dieu, avec toute la création, nous est donné pour que nous le partagions. Surtout si nous avons la grâce de pouvoir communier, de recevoir en nos âmes le pain de vie descendu du ciel, soyons toujours davantage, en quittant cette église, des artisans de paix. La paix de Noël promise à notre terre et aux hommes bien-aimés du Père passe par nos cœurs, nos pensées, nos paroles, nos actes et nos choix de vie. L’enfant de la crèche nous délivre déjà son message sans pouvoir parler mais simplement en étant là, offert à nos regards : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.