dimanche 31 janvier 2021

Quatrième dimanche du temps ordinaire/ année B

 

31/01/21

Marc 1, 21-28

Nous suivons avec saint Marc les premiers pas de Jésus en Galilée. L’épisode de ce dimanche se situe le jour du Sabbat dans la synagogue de Capharnaüm. Jésus y enseigne et délivre un homme tourmenté par un esprit mauvais. L’évangéliste souligne à deux reprises l’autorité avec laquelle le Seigneur donne son enseignement :

On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.

Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !

Notre époque connaît une crise de l’autorité qui commence par celle des parents à l’intérieur de la famille et s’étend jusqu’aux responsables politiques et religieux en passant par l’école, la police et la justice. L’autorité authentique est un don au service des personnes et de la société. Je vais citer un peu longuement quelques réflexions de Bernard Romain sur l’autorité. « L’autorité, du latin auctoritas, se rattache par sa racine au même groupe qu’augere (augmenter). L’autorité est donc le moyen de « tirer vers le haut », de « tirer le meilleur de chacun ». L’autorité est le pouvoir d’obtenir, sans recours à la contrainte, un certain comportement de la part de ceux qui lui sont soumis. L’autorité c’est la capacité d’obtenir l’obéissance sans recourir à la force. L’exercice de l’autorité suppose un consentement de celui sur qui elle s’exerce, donc, de sa part, une reconnaissance de la personne dont émane l’autorité. L’autorité implique donc une relation librement consentie. Elle rejette la contrainte, la pression, l’intimidation ou la menace. Tout se passe comme s’il y avait, dans l’autorité, un caractère naturel, une forme d’évidence. » De ces réflexions je retiens le caractère naturel de l’autorité et le fait qu’elle ne s’oppose pas à la liberté. Au contraire elle permet même à la liberté de grandir. C’est bien ce qu’ont dû percevoir les contemporains de Jésus dans la synagogue en écoutant son enseignement. Contrairement aux scribes, Jésus avait une autorité naturelle qui suscitait l’étonnement. Alors d’où venait la différence entre Jésus et les maîtres religieux de son temps ? On pourrait répondre en mettant en avant sa divinité, cette divinité que justement il ne veut pas révéler. C’est pourquoi il fait taire l’esprit impur qui a reconnu en lui bien plus qu’un Juif pieux et rempli de sagesse. Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. L’autorité de Jésus était naturelle non seulement parce qu’il était le Fils de Dieu mais d’abord parce qu’il était Saint. Pour mieux le comprendre regardons ce que le Seigneur reproche aux maîtres de la Loi dans l’Evangile selon saint Matthieu :

Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens…

L’image des pesants fardeaux imposés aux autres peut très bien nous faire penser au discours habituel de la plupart des responsables politiques et économiques qui demandent aux citoyens et aux salariés de faire des efforts, des sacrifices, de se serrer la ceinture… mais qui se gardent bien de remettre en cause tous leurs privilèges et leurs confortables salaires… Les sacrifices, c’est bon pour le peuple, pour les autres, mais pas pour eux qui prétendent, bien à tort d’ailleurs, être l’élite du pays… Ce qui ruine toute autorité, c’est bien le fossé entre d’un côté les paroles et les principes, et, de l’autre, les actes et les comportements. Ils disent et ne font pas… Ce fossé est tellement grand que l’on parle de moralisation de la vie politique sans jamais réussir à la traduire dans les faits. La sainteté de Jésus, source de son autorité naturelle, consiste dans l’adéquation entre ses paroles et ses actes. Remarquez aussi comment la sainteté de Jésus va de pair avec son amour miséricordieux. Au plus une personne est réellement sainte, au moins elle condamne et juge les autres, au plus elle est capable de miséricorde et de pardon. Enfin l’autorité de Jésus provient du fait que lorsqu’il parle de Dieu, il n’en parle pas comme un livre de catéchisme ou une leçon bien apprise. Ses auditeurs perçoivent immédiatement que Jésus vit de Dieu, qu’il a une expérience intime de celui qu’il appelle son Père. Il n’est pas un professionnel de la religion comme les scribes, il est un mystique, une personne qui vit de l’union permanente avec Dieu. Nous comprenons mieux pourquoi dès ses premières apparitions en public Jésus a frappé d’étonnement ses contemporains. Son autorité naturelle provenait à la fois de l’exemple donné et du partage d’une expérience spirituelle vécue au plus profond de son être. Ou pour le dire autrement on ne peut enseigner avec autorité que par l’exemple et parce que l’on a assimilé dans les profondeurs de son cœur et de son âme l’objet de son enseignement.

lundi 18 janvier 2021

Deuxième dimanche du temps ordinaire / année B

 

17/01/21

Jean 1, 35-42

En ce dimanche nous commençons la première partie du temps ordinaire entre le temps de Noël et le carême qui, cette année, débutera le 17 février. Le temps ordinaire nous est donné par l’Eglise pour suivre le Seigneur Jésus dans son ministère, pour écouter ses enseignements et contempler ses actes. Cette année nous le ferons plus particulièrement sous la conduite de saint Marc. Ce dimanche fait exception puisque nous venons d’écouter un passage de l’Evangile selon saint Jean se situant après le baptême du Seigneur. Il est logique qu’au commencement du temps ordinaire nous écoutions un Evangile du commencement de la mission du Seigneur, un Evangile qui nous fait passer de Jean à Jésus. Jean désigne Jésus à deux de ses disciples en disant : Voici l’Agneau de Dieu. Par ces paroles que nous reprenons à chaque messe, Jean prophétisait la passion et la mort violente de Jésus en croix. De la même manière que les agneaux étaient sacrifiés dans le temple, Jésus se donnera un jour lui-même en sacrifice et acceptera de mourir pour être notre Sauveur.

Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus. L’effet immédiat de la parole de Jean est puissant. Ses disciples deviennent les disciples de Jésus. Ils comprennent que Jean n’était là que pour un moment, pour les introduire à la rencontre avec le Christ. Au cœur de cet Evangile nous trouvons un dialogue entre les deux disciples et Jésus :

« Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : «Maître, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »

Nous ne savons pourquoi les disciples en entendant Jean ont décidé de suivre Jésus. Celui-ci, se retournant vers eux, le leur demande : Que cherchez-vous ? La foi comporte toujours cet élément de la recherche. La foi est toujours dynamique. Elle exige de nous un approfondissement toujours renouvelé de notre relation avec le Seigneur. La foi nous pose finalement cette question : Que cherchons-nous dans notre vie ? Qu’est-ce qui est pour nous le plus important ? Où trouvons-nous la source de notre bonheur et le courage de vivre malgré les difficultés et les obstacles ? Les Grecs, créateurs de la philosophie, et à leur suite les Romains, se sont posé la grande question : qu’est-ce qu’une vie heureuse pour les mortels ? Que signifie réussir sa vie ? Et des histoires comme celle d’Ulysse ont constitué une partie de la réponse qu’ils ont donnée à cette question éternelle qui habite le cœur de tout homme. La réponse des deux disciples à la question de Jésus, Maître, où demeures-tu ?, se présente sous la forme d’une question et non pas d’une affirmation. Leur réponse n’a pas été : nous cherchons le bonheur ou encore la vie éternelle… Mais bien nous voulons savoir où tu demeures. Il me semble évident qu’à ce moment-là ils n’ont pas demandé l’adresse de Jésus qui avait tendance justement à ne pas avoir d’adresse ou de résidence fixe… Mais qu’à travers cette question, ils voulaient connaître Jésus, ils voulaient savoir qui il était réellement. Au niveau simplement humain, la maison ou l’appartement d’une personne peut nous révéler bien des choses sur ses goûts, son caractère, ses valeurs etc. Une maison révèle souvent quelque chose de notre intimité. Le lecteur de l’Evangile de Jean sait depuis le début que Jésus est la demeure de Dieu, le Verbe auprès de Dieu. Et Paul affirme : En lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité. Mais les deux disciples n’en sont pas encore là ! La réponse du Seigneur nous dit ce qu’est la foi, ce que signifie être son disciple : Venez, et vous verrez. Ou pour le dire autrement : venez, et vous comprendrez, vous recevrez la lumière de la foi. Le premier pas de la foi, toujours à renouveler, consiste simplement à faire confiance à Jésus, à accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. Il s’agit d’abord de rester auprès lui comme on aime passer du temps auprès d’un ami. Jésus, dans sa réponse, nous décrit la foi, la relation avec lui, d’abord comme une expérience, et c’est l’amour qui préside à cette expérience. La foi ne consiste pas à comprendre intellectuellement qui est Dieu ou qui est son Fils Jésus, chose d’ailleurs impossible tant que nous sommes pèlerins sur cette terre. Si nous faisons confiance, nous verrons. Si nous restons auprès de Jésus dans l’amour et la prière, nous verrons. Alors seulement notre intelligence recevra un rayon de la divine lumière et nous progresserons dans la connaissance du mystère de Dieu sans jamais véritablement le comprendre. C’est encore avec saint Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, que je terminerai cette méditation :

Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu.

samedi 26 décembre 2020

Messe du jour de Noël / 25 décembre 2020

 


Jean 1, 1-18

L’Evangile du jour de Noël a une tonalité bien différente du récit de saint Luc que la liturgie nous propose pour la messe de la nuit. Ici plus de nouveau-né couché dans une mangeoire de Bethléem, mais la contemplation du Verbe éternel de Dieu. Le prologue de l’Evangile selon saint Jean est à la fois un texte magnifique et grandiose. Jean mérite ici pleinement son surnom de théologien. Le mot grec Logos est traduit par Verbe. Le Verbe, c’est la Parole de Dieu. Mais le logos signifie aussi la raison, la qualité de ce qui est selon la raison. Jean, dans son prologue, fait en quelque sorte un clin d’œil en direction de la page qui ouvre toutes les Ecritures. AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Comment ne pas penser au commencement même de la révélation biblique ? AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre. Justement le texte de Genèse 1 nous dit que Dieu crée toutes choses par sa Parole, par son Logos : Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu donne existence à tout ce qui est par sa Parole qui est Raison, c’est-à-dire l’exact contraire du chaos initial décrit lui aussi par la Genèse : La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme. La Raison divine, celle du Logos, celle du Fils, n’a rien à voir avec une froide abstraction philosophique. Cette raison est pleine de grâce et de vérité. C’est une raison inséparable de l’amour, car toujours selon saint Jean Dieu est amour. C’est sur ce fond du projet créateur de Dieu que l’incarnation du Verbe nous est présentée. Dans la traduction de Chouraqui cela donne : Le Logos est devenu chair. Il a planté sa tente parmi nous. Cette traduction a l’avantage de situer Noël dans la continuité de la présence de Dieu au milieu de son peuple, sous la tente et sous la figure de l’arche d’alliance, pendant sa longue marche dans le désert. Le mystère de l’incarnation unit en Jésus ce que les philosophes ont eu tendance à séparer, voire à opposer : l’Esprit et la chair, la Raison et le sensible. Jésus, homme parfait, unit en lui toutes les dimensions de notre être, le corps et l’âme, la sensibilité et la raison. Avant le verset du prologue que je viens de citer, Jean affirme la présence du Verbe dans sa création : Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Le credo de Nicée en utilisant une image spatiale pour parler de l’incarnation pourrait nous conduire dans une fausse compréhension de ce grand mystère : Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Le prêtre suisse Maurice Zundel, mort en 1975, nous aide à ne pas comprendre Noël comme une descente sur terre d’un Dieu qui jusque-là aurait été absent : Il n’est pas question d’imaginer que Dieu soit descendu du Ciel parce que le Ciel, c’est lui-même et que ce Ciel, nous devons le découvrir au plus intime de nous-mêmes. Ce que le mystère de Noël nous permet, parce que Dieu en son Fils se fait notre frère, c’est bien de le recevoir, de reconnaître enfin sa présence au milieu de nous. Pour le dire autrement le changement n’est pas du côté de Dieu, mais de notre côté. Zundel écrit : L’incarnation consistera à rendre l’homme présent à Dieu, ce qu’exprime le symbole de saint Athanase qui nous parle de l’assomption de l’humanité à Dieu. L’incarnation rend visible la présence de Dieu aux yeux de la foi : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Depuis Noël nous savons que le chemin qui conduit à l’union avec Dieu passe par l’homme, par l’homme parfait qu’est Jésus, le nouvel Adam, et par tout homme, tous les hommes nos frères, que nous sommes appelés à aimer. Chaque fois que nous progressons sur ce chemin de l’amour nous devenons peu à peu le Ciel, ce Ciel que nous devons découvrir au plus intime de nous-mêmes par la grâce du Christ. Dans sa première lettre saint Jean complète le prologue de son Evangile en nous indiquant comment le mystère de l’incarnation nous sauve et finalement nous transforme intérieurement : Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection.


Messe de la nuit de Noël / 24 décembre 2020

 


Luc 2, 1-14

Nous ne connaissons pas la date de la naissance de Jésus. Les premiers chrétiens ne célébraient pas Noël mais seulement Pâques. La première mention d'une célébration chrétienne un 25 décembre date de l'an 336 à Rome à la fin du règne de Constantin, le premier empereur chrétien. Les chrétiens de Rome ont choisi la date du 25 pour deux raisons : elle correspondait au moment du solstice d’hiver et à la fête païenne du Soleil invaincu et immortel. Nous comprenons facilement la symbolique de ce choix : de la même manière que le soleil recommence à partir de Noël à faire triompher la lumière du jour sur les ténèbres de la nuit, la naissance du Christ inaugure une ère dans laquelle sa lumière triomphera des ténèbres du mal et du péché. Noël, c’est donc la naissance du Christ notre lumière : Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie.

Si nous ne connaissons pas le jour de la naissance du Christ, l’Evangile selon saint Luc précise qu’elle eut lieu sous le règne du premier empereur de Rome, Auguste. Et ce n’est probablement pas par hasard que le Père a choisi ce moment historique particulier pour l’incarnation de son Fils bien-aimé. La Providence a en effet voulu que le Prince de la paix dont nous parle Isaïe naisse dans le temps sous le règne d’Auguste, celui qui a rendu la paix, après un siècle de guerres civiles, aux habitants de l’Empire romain.

Les parents de Jésus habitaient Nazareth en Galilée, mais à l’occasion d’un recensement, ils descendirent en Judée dans la ville du roi David, Bethléem, car Joseph était originaire de cette ville. Là encore ce n’est pas par hasard que Jésus naît à Bethléem au lieu de naître à Nazareth. Non seulement parce qu’il accomplit ainsi la promesse faite par Dieu à son ancêtre David, il est en effet le Fils de David, mais aussi parce que le nom de Bethléem signifie en hébreu la maison du pain. L’Evangile de Luc est d’une sobriété extraordinaire. Un seul verset du chapitre 2 est en effet consacré à la naissance de l’enfant :

Et Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

C’est ce verset qui nous parle de la mangeoire qui est à l’origine de nos crèches. Si on met ensemble Bethléem et la mangeoire, on ne peut pas s’empêcher de penser immédiatement au sacrement de l’eucharistie et au mystère de la Pâque du Seigneur au cours duquel ce sacrement fut institué. Le Fils de Dieu naît dans une mangeoire, dans la ville du pain, parce qu’il veut se donner en nourriture spirituelle à chacun d’entre nous et réaliser ainsi le but de l’incarnation : la réconciliation et l’union d’amour, la communion, entre l’humanité et la divinité, entre les créatures et leur Créateur. Un verset du chapitre 6 de l’Evangile selon saint Jean prend une signification merveilleuse lorsque nous le méditons en ayant à l’esprit la mangeoire de l’enfant Jésus : Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Qui dit mangeoire dit animaux de ferme. Nos crèches comportent toujours le bœuf et l’âne, proches de l’enfant qui vient de naître du sein de Marie. D’où vient cette tradition puisque Luc ne mentionne pas ces animaux dans son récit ? D’un verset du chapitre premier d’Isaïe : Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille, car le Seigneur a parlé. J’ai fait grandir des enfants, je les ai élevés, mais ils se sont révoltés contre moi. Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas. Ainsi dès le début se profile à l’horizon le drame du refus de Jésus par les hommes. Il naît parmi les animaux, en dehors de la salle commune.

C’est avec le chant des anges que se termine l’Evangile de la Nativité : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. Autour de l’enfant qui vient de naître, Dieu rassemble par son amour toute la création : non seulement les hommes mais aussi les animaux et les anges. Le message des anges chante le don de la paix de Dieu. En célébrant cette nuit le mystère de l’incarnation, ouvrons largement nos cœurs à ce grand don. Ce cadeau de la réconciliation avec nous-mêmes, avec les autres, avec Dieu, avec toute la création, nous est donné pour que nous le partagions. Surtout si nous avons la grâce de pouvoir communier, de recevoir en nos âmes le pain de vie descendu du ciel, soyons toujours davantage, en quittant cette église, des artisans de paix. La paix de Noël promise à notre terre et aux hommes bien-aimés du Père passe par nos cœurs, nos pensées, nos paroles, nos actes et nos choix de vie. L’enfant de la crèche nous délivre déjà son message sans pouvoir parler mais simplement en étant là, offert à nos regards : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.


dimanche 20 décembre 2020

Quatrième dimanche de l'Avent / année B

 


Luc 1, 26-38

20/12/20

Le dernier dimanche de l’Avent nous introduit toujours directement à la célébration de Noël, cette année avec le récit de l’annonciation et la figure de Marie, une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph.

La première lecture nous parle justement de la maison de David. Le roi vit enfin dans la paix et il exprime à Nathan son désir de construire un temple pour abriter l’arche du Seigneur : Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! Nathan approuve alors l’intention du roi en lui disant : Le Seigneur est avec toi. Mais le projet de Dieu est différent et il le fait savoir à David par l’entremise du prophète : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? […] Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. […] Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » La réponse du Seigneur au projet de David est double : il lui promet un fils, ce sera lui, Salomon, qui bâtira le temple de pierre et il lui promet aussi une maison qui subsistera pour toujours. Au-delà du temple de Salomon, le Seigneur annonce que c’est lui-même qui se bâtira un temple dans la descendance de David. L’ange Gabriel reprend en partie cette promesse dans la salutation qu’il adresse à Marie. Ce qui nous est décrit dans le second livre de Samuel non seulement nous introduit au grand mystère de l’incarnation mais nous fournit aussi un élément essentiel de la spiritualité chrétienne. D’un côté nous avons David, un homme de bonne volonté, rempli de bonnes intentions, et qui veut faire quelque chose de grand et de beau pour le Seigneur : un temple. De l’autre nous avons Dieu qui veut faire quelque chose d’infiniment plus grand et plus beau pour son serviteur David : lui bâtir une maison éternelle dans laquelle naitra le Messie. Souvent nous voulons faire au nom de notre foi de grandes et belles choses pour Dieu parce que nous l’aimons. Nous oublions cependant d’être attentifs à l’essentiel, à ce que Dieu veut faire pour nous. Dans le récit de l’annonciation, ce n’est pas Marie qui prend l’initiative d’être la mère de Jésus. Ce qui est mis en valeur, c’est bien le choix de Dieu, son action qui rendra mère une vierge : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. Cette priorité de l’initiative et de l’action de Dieu sur tous nos projets nous introduit bien au mystère de Noël. La grandeur de Marie consiste à répondre « oui » à la volonté du Seigneur sur elle, à faire en quelque sorte un saut dans l’inconnu, un acte de foi. Elle devient alors la véritable arche d’alliance, non plus celle qui abritait les tables de la loi dans le temple, mais celle qui porte en son sein le Saint des Saints, et pour reprendre les paroles de Gabriel, le Fils du Très-Haut et le Fils de Dieu. Toute la révélation de l’Ancien comme du Nouveau Testament insiste sur la grâce de Dieu, sur le fait que c’est Lui le premier qui nous a aimés, Lui le premier qui agit toujours en notre faveur. Marie l’a parfaitement compris lorsqu’elle chante dans son Magnificat : Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Que le temps de Noël, désormais tout proche, nous apprenne à reconnaître et à contempler avec gratitude tous les cadeaux de Dieu dans nos vies, tout ce qu’Il a fait pour nous et ce qu’Il fait pour nous dans l’aujourd’hui de nos vies, lui qui est toujours fidèle à ses promesses et qui n’attend de nous que le consentement de notre foi.


dimanche 13 décembre 2020

Troisième dimanche de l'Avent / année B

 

Isaïe 61

13/12/20

L’antienne d’ouverture de cette messe est une invitation à la joie : Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche. Ces paroles de l’apôtre Paul aux Philippiens sont dans la même tonalité que celles qu’il adresse aux Thessaloniciens dans la deuxième lecture : soyez toujours dans la joie. Et c’est encore la joie que nous retrouvons dans la première lecture du prophète Isaïe : Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu.

La première lecture de cette liturgie correspond presque au chapitre 61 du livre d’Isaïe. Seuls les versets 3 à 9 manquent. Le commencement de ce chapitre est bien connu car Jésus a affirmé avoir accompli cette prophétie dans la synagogue de Nazareth. Dans le mystère de son incarnation, il s’identifie à cet homme sur lequel repose l’Esprit du Seigneur. Il est consacré par l’onction et envoyé par le Père pour annoncer la bonne nouvelle aux humbles. Son ministère messianique est à la fois un ministère de libération et de consolation comme le montre ce passage non retenu pour notre première lecture : le Messie vient pour consoler tous ceux qui sont en deuil, ceux qui sont en deuil dans Sion, mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu. Ils seront appelés « Térébinthes de justice », « Plantation du Seigneur qui manifeste sa splendeur ». Cela nous rappelle les paroles de consolation adressées par Dieu à son peuple dans le passage d’Isaïe entendu dimanche dernier. Dans la suite du chapitre 61, nous trouvons l’annonce de l’alliance qui sera instaurée par le Messie : Parce que moi, le Seigneur, j’aime le bon droit, parce que je hais le vol et l’injustice, loyalement, je leur donnerai la récompense, je conclurai avec eux une alliance éternelle.

A partir du verset 10 nous retrouvons notre première lecture avec un chant de joie qui sera repris dans le Magnificat de la Vierge Marie. On peut aussi penser que ce chant de joie concerne d’abord le Messie lui-même, c’est-à-dire Jésus, celui sur lequel repose l’Esprit du Seigneur. Pour exprimer l’intensité de cette joie messianique, Isaïe utilise la belle image des noces : comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux.

Et c’est avec une autre image que le chapitre 61 se termine : Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. L’image cette fois se réfère à un jardin, à des semences qui germent, symboles de justice et de louange pour tous les peuples. Cela nous rappelle un verset bien connu du chapitre 45 : Cieux, distillez d’en haut votre rosée, que, des nuages, pleuve la justice, que la terre s’ouvre, produise le salut, et qu’alors germe aussi la justice. Moi, le Seigneur, je crée tout cela. Sans oublier les magnifiques versets du psaume 84 : Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.

Ces textes nous font entendre la symphonie du salut. Si Jésus le Messie est l’auteur du véritable salut, du salut définitif, c’est en raison du mystère de son incarnation. Pourquoi donc ces appels répétés à la joie spirituelle ? Parce qu’en Jésus et en lui seul nous contemplons le mariage de la divinité avec notre humanité, l’alliance du ciel et de la terre afin que germe la justice de Dieu pour toutes les nations. De ce mystère nous sommes partie prenante. Nous ne le recevons pas de manière passive mais nous y participons :

La vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.

En ce troisième dimanche de l’Avent, nous pouvons nous réjouir avec Isaïe, avec Marie, car nous contemplons déjà cette très belle rencontre entre la terre et le ciel, rencontre qui germera dans le sein de Marie et la crèche de Bethléem pour atteindre toutes les nations après la Pentecôte et les inviter à entrer dans la joie de cette alliance éternelle et définitive. De la même manière que le Père a eu besoin de Marie pour réaliser son salut, il a encore aujourd’hui besoin de la participation de notre terre, de la terre de notre cœur, de nos désirs et de nos aspirations, pour que germe sa justice au milieu de nous.

dimanche 6 décembre 2020

Deuxième dimanche de l'Avent / année B

 

Isaïe 40, 1-11

6/12/2020

La première lecture de ce dimanche nous fait entendre le début de la deuxième partie du livre d’Isaïe. Dans cette partie un prophète anonyme que l’on a placé sous le patronage d’Isaïe s’adresse aux Juifs exilés à Babylone. Cette deuxième partie d’Isaïe est traditionnellement appelée le livre de la consolation, en raison des premières paroles de ce livre et de son ton général.

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem.

Dieu veut faire entendre à son peuple un message de consolation. Ce message doit toucher le cœur de Jérusalem. La consolation est une expression de l’amour et de la compassion. Quand on aime réellement une personne, on ne peut rester indifférent lorsqu’elle se trouve dans l’épreuve ou bien lorsqu’elle souffre dans son corps ou dans son cœur. D’où l’exhortation de Paul aux disciples de Rome : Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent; pleurez avec ceux qui pleurent. De la même manière, Dieu n’est pas indifférent à nos épreuves et à nos souffrances. A tel point que l’Esprit Saint est appelé le Consolateur, l’Hôte apaisant de l’âme. Si Dieu vient nous consoler, en parlant à notre cœur, ce n’est certainement pas pour nous pousser à la résignation, à tout accepter passivement dans l’attente de jours meilleurs ou encore dans l’attente de la vie éternelle. Le Dieu qui nous console le fait pour nous rendre forts et nous redonner courage. La consolation divine n’est pas une drogue qui endort, l’opium du peuple pour reprendre l’expression de Marx, mais au contraire une force qui remet debout et qui pousse à l’action selon la justice.

A ce message de consolation correspond l’annonce d’une bonne nouvelle :

Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! »

Ce passage est le premier dans la Bible à mentionner l’annonce de la bonne nouvelle, c’est-à-dire de l’Evangile. Nous comprenons ainsi que la véritable consolation de Dieu prendra le visage d’un homme, Jésus, le fils de Marie. Il est lui-même l’Evangile de Dieu et il nous donne l’Esprit consolateur. Lorsque Jésus inaugure sa mission dans la synagogue de la ville où il a grandi, Nazareth, il déclare accomplir en sa personne une  prophétie d’Isaïe au chapitre 61 :

L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

L’évangélisation mise en œuvre par le Seigneur, rendue possible par le mystère de son incarnation, est à la fois un message de consolation et de libération.

Enfin la première lecture de cette liturgie reprend l’image du berger, très utilisée dans la Bible, une image que Jésus fera sienne :

Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Un geste retient particulièrement notre attention : Jésus, bon berger, nous porte sur son cœur. C’est l’expérience que Jean fera lors de la dernière Cène, l’expérience de la tendresse du Fils bien-aimé. Celui qui nous console et nous libère est l’homme au cœur doux et humble. Son appel ne cesse de résonner à la porte de notre cœur pour que nous reprenions auprès de lui force et courage dans notre chemin de foi :

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos… vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »