dimanche 2 février 2025

Présentation du Seigneur

 

Présentation du Seigneur 2025

Alors que nous sommes dans la première partie du temps ordinaire avant le Carême, la fête de ce jour nous renvoie en quelque sorte au temps de Noël, à celui de l’enfance de Jésus.

Le récit que nous fait saint Luc de la Présentation du Seigneur se caractérise par 5 références à la loi de Moïse, à ce que les Juifs nomment la Torah. L’évangéliste insiste sur la fidélité des parents de l’enfant à la Loi de Moïse : les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait. Marie et Joseph sont Juifs et ils se conforment en toutes choses à la Torah. De ce point de vue ils appartiennent pleinement à l’Ancienne Alliance qui pour eux était l’unique Alliance. Malgré cette insistance sur la fidélité à la Loi, saint Luc ne nous décrit pas le rite, ne nous montre pas la figure du prêtre. La figure centrale du récit n’est pas celle d’un ministre du culte dans le temple mais bien celle de Siméon dont on nous dit qu’il était un homme juste et religieux, et qui attendait la Consolation d’Israël. A trois reprises l’évangéliste mentionne l’Esprit Saint. C’est en effet l’Esprit de Dieu qui pousse Syméon à venir au temple à la rencontre de l’enfant et de ses parents. Paradoxalement Syméon est davantage du côté de la Nouvelle Alliance que Jésus et Marie ne le sont dans ce récit. Ce n’est plus la lettre de la Loi qui l’anime mais le souffle de l’Esprit. La prière de cet homme témoigne de l’accomplissement des promesses de Dieu non seulement en vue de la consolation d’Israël mais pour le salut de tous les peuples :

Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël.

Inspiré par l’Esprit Saint Syméon entrevoit que ce salut qu’il voit dans l’enfant Jésus sera étonnant, en quelque sorte contradictoire :

Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction.

Pour le dire avec d’autres mots Jésus Sauveur divisera son peuple par ses enseignements et ses actions. Il sera en même temps cause de scandale (la chute) pour ceux qui s’attachent uniquement à la lettre de la Loi et cause de relèvement pour ceux qui désirent entrer dans une relation personnelle et spirituelle avec Dieu le Père. Cette chute et ce relèvement nous parlent aussi du mystère pascal, de la croix et de la résurrection du Seigneur.

Saint Paul mentionne une seule fois dans ses lettres la mère de Jésus, sans citer son nom, au chapitre 4 de sa lettre aux Galates. Ce qu’il écrit dans ce passage illumine l’Evangile de la Présentation du Seigneur et sa signification pour nous :

Tant que l’héritier est un petit enfant, il ne diffère en rien d’un esclave, alors qu’il est le maître de toute la maison ; mais il est soumis aux gérants et aux intendants jusqu’à la date fixée par le père. De même nous aussi, quand nous étions des petits enfants, nous étions en situation d’esclaves, soumis aux forces qui régissent le monde. Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils. Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

La loi de Moïse n’était qu’une étape et toute sa dignité consistait à préparer l’avènement du Sauveur et le temps béni où l’Esprit de Dieu habiterait le cœur des croyants pour faire d’eux des fils dans le Fils unique. Syméon annonce dans le mystère de la Présentation le don de l’Esprit au jour de la Pentecôte et le baptême dans l’Esprit Saint.

dimanche 26 janvier 2025

Troisième dimanche du temps ordinaire / année C

 

26/01/2025

Luc 4, 14-21

Au commencement du temps ordinaire la page d’Evangile que nous venons d’écouter nous rapporte les premiers pas missionnaires de Jésus en Galilée. Il y rencontre un accueil favorable de la part du peuple. Au cours de l’office à la synagogue on lui fait proclamer un passage du prophète Isaïe, passage dans lequel un personnage consacré par l’Esprit de Dieu apporte à tous le salut et la libération, en particulier à ceux qui sont dans une situation de détresse et de faiblesse. Cet homme envoyé par Dieu annonce une année favorable accordée par le Seigneur. Cela nous rappelle notre année sainte, le Jubilé de l’an de grâce 2025. L’homélie du Christ est la plus courte que l’on puisse imaginer et en même temps la plus puissante qui soit : Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. Ce personnage annoncé par Isaïe, c’est moi Jésus de Nazareth ! Dès le commencement de sa mission Jésus se présente comme celui qui accomplit, c’est-à-dire qui mène à sa perfection et à son achèvement, les prophètes et la loi de Moïse, comme celui qui donne le salut et la libération. Tout le temps de sa mission jusqu’à sa condamnation à la mort de la croix sera cette année favorable, ce temps du salut. Et le mot important, décisif, c’est « aujourd’hui ». Ce mot nous ramène au psaume 94 dans lequel Dieu interpelle son peuple : Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? L’année sainte est l’occasion pour chacun d’entre nous d’écouter et d’accueillir avec une attention renouvelée la parole de Dieu manifestée dans la personne de Jésus, dans ses actes et dans ses enseignements. L’évangéliste Luc donne de l’importance à ce petit mot « aujourd’hui ». De Noël à la Croix il l’utilise 5 fois dans son Evangile. Ecoutons ces occurrences pour nous les remettre en mémoire :

Tout d’abord le message de l’ange aux bergers dans la nuit de Noël : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.

La voix du Père au moment du baptême de Jésus : Tu es mon Fils : moi aujourd’hui je t’ai engendré.

Jésus s’adressant à Zachée : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison… Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.

Et enfin Jésus en croix s’adressant au bon larron : Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.

Le pape Jean XXIII avait saisi toute l’importance de la spiritualité de « l’aujourd’hui » qui lui avait inspiré un décalogue de la sérénité que je cite ici en partie seulement :

1. RIEN QU’AUJOURD’HUI, j’essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie.

2. RIEN QU’AUJOURD’HUI, je porterai mon plus grand soin à mon apparence courtoise et à mes manières ; je ne critiquerai personne et je ne prétendrai redresser ou discipliner personne si ce n’est moi-même.

3. JE SERAI HEUREUX RIEN QU’AUJOURD’HUI, dans la certitude d’avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l’autre monde mais également dans celui-ci.

4. RIEN QU’AUJOURD’HUI, je m’adapterai aux circonstances, sans prétendre que celles-ci se plient à tous mes désirs.

Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures, ce qui ne saurait pas me décourager, comme si je pensais que je dois le faire toute ma vie durant.

 

 

 

 

dimanche 19 janvier 2025

Deuxième dimanche du temps ordinaire / année C

 

19/01/2025

Jean 2, 1-11

Au commencement du temps ordinaire l’Eglise offre à notre méditation l’Evangile des noces de Cana, premier signe accompli par Jésus selon l’Evangile de Jean. Comme nous sommes aussi au commencement d’une année sainte, d’un Jubilé qui nous appelle à la joie de l’espérance, je voudrais lire cette page évangélique à la lumière de la joie.

A la prière insistante de Marie sa mère, Jésus change l’eau en vin au cours du repas de noces, et il le fait de manière surabondante (6 jarres de pierre !). Dans les livres de sagesse le vin est associé à la joie. Ecoutons deux citations :

Festoyer pour rire, le vin réjouit la vie. (Qohèleth 10, 19).

Le vin et la musique réjouissent le cœur, mais plus encore l’amour de la sagesse. (Siracide 40, 20).

La joie de l’ivresse procurée par le vin annonce une joie supérieure, celle que procure la sagesse. C’est la Sagesse de Dieu qui invite la multitude en ces termes dans le livre des Proverbes :

Venez, mangez de mon pain, buvez le vin que j’ai préparé. Quittez l’étourderie et vous vivrez, prenez le chemin de l’intelligence. (9, 5).

Nous comprenons ainsi à la lumière des livres de Sagesse que le vin qui réjouit le cœur de l’homme annonce le vin de la dernière Cène et donc celui de l’eucharistie : la communion au corps et au sang de Jésus, source de joie dans l’Esprit Saint. La réflexion du maître du repas mérite que l’on y prête attention :

Alors le maître du repas appelle le marié lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »

Le bon vin, celui qui est servi en dernier, est celui de la Nouvelle Alliance en Jésus. Et Marie a toute sa place et son importance aux côtés de Jésus pour que ce bon vin nous soit offert. Au commencement de cette année sainte et de Jubilé, l’Evangile de Cana nous invite fortement à renouveler notre acte de foi en la présence de Jésus dans le pain et le vin consacrés, pain et vin de la Sagesse divine. Cet Evangile nous pose la question de notre participation à la messe. Et si nous avons déjà l’habitude d’y participer régulièrement la question de notre ferveur : vivons-nous réellement et en profondeur le temps de la messe et de la communion comme un temps de prière et de rencontre avec le Seigneur ressuscité ? Souvenons-nous que la liturgie elle-même établit un lien entre la messe et les noces : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! Si Dieu veut nous partager sa joie, n’oublions pas le message bouleversant que nous trouvons à la fin de la première lecture de ce dimanche : Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. (Isaïe 62, 5)

Nous, créatures humaines faibles et mortelles, nous pouvons réjouir le cœur de Dieu, lui qui est parfaitement et infiniment bienheureux ! Par ce que nous sommes, par nos pensées, nos paroles et nos actions… Comme l’épouse fait la joie de l’époux par sa présence à ses côtés et son attitude aimante. La nouvelle traduction de la prière eucharistique II nous rappelle cette réalité :

Sur nous tous enfin, nous implorons ta bonté : permets qu'avec la Vierge Marie, avec saint Joseph, avec les Apôtres et tous les saints de tous les temps qui ont fait ta joie au long des âges (qui tibi a saeculo placuerunt), nous ayons part à la vie éternelle, et que nous chantions ta louange et ta gloire, par ton Fils Jésus, le Christ.

Par l’intercession de Marie, cause de notre joie, demandons cette grâce du Jubilé à Dieu notre Père : comme les jarres de pierre des noces de Cana puissions-nous nous laisser remplir du vin de la joie de Dieu et puissions-nous en action de grâce réjouir notre Père par toute notre personne et toute notre vie !

dimanche 12 janvier 2025

BAPTEME DU SEIGNEUR

 

12/01/2025

Luc 3, 15-22

La fête du baptême du Seigneur est une fête de transition dans notre année liturgique. Elle marque en même temps la fin du temps de Noël et le commencement du temps ordinaire. Elle nous oriente vers les années du ministère public de Jésus, ce temps de l’évangélisation, de l’appel et de la formation des disciples. C’est la fonction du temps ordinaire de l’Eglise de déployer chaque année pour nous ces années de la mission du Christ inaugurée au jour de son baptême.

Dans l’Evangile selon saint Luc que nous venons d’écouter, Jean le baptiste se situe dans la vérité de l’humilité. Il n’est rien par rapport au Christ, il est l’instrument que Dieu s’est choisi pour manifester son Fils au peuple d’Israël. Lui, qui baptise dans l’eau en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, annonce le baptême dans l’Esprit Saint et dans le feu, baptême qui sera l’œuvre du Christ. A cette humilité de Jean correspond l’humilité de Jésus. Lui, le Christ, celui qui est plus puissant et plus fort, demande à Jean de le baptiser. C’est par ce geste d’abaissement volontaire que Jésus veut commencer son ministère public. Non seulement il s’abaisse en présence de Jean, mais il demande à recevoir un baptême qui est donné en vue du pardon des péchés. Il se révèle ainsi comme l’Agneau qui enlève les péchés du monde. Se faisant solidaire du peuple pécheur venu se faire baptiser par Jean il donne dès le début le sens de sa mission :

Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent.

Luc note que Jésus est en prière après son baptême. Et cette prière du Christ est efficace : le ciel s’ouvrit. Cette notation d’ordre symbolique a une grande importance. Elle nous présente Jésus comme le médiateur entre Dieu et les hommes, comme celui qui nous réconcilie vraiment avec Dieu et nous donne accès auprès du Père. Comme si, dès le moment du baptême, la parole du Christ en croix Tout est accompli était déjà réalisée puisque le ciel s’est enfin ouvert. L’œuvre de Jésus qui sort baptisé des eaux du Jourdain sera inlassablement celle d’offrir la communion avec Dieu, la communion entre les hommes appelés à se reconnaître comme des frères et à vivre en frères.

Les finales des hymnes que nous trouvons dans la lettre de Paul aux Ephésiens et dans celle aux Colossiens témoignent de ce qui commence en ce jour aux bords du Jourdain. Dans ces deux textes l’apôtre met en valeur l’œuvre de salut du Christ qui unit le ciel et la terre.

Dieu nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.

Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

dimanche 5 janvier 2025

EPIPHANIE 2025

 

Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui.

Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. (Genèse 12)

Contrairement aux bergers les mages entreprennent un très long voyage pour adorer l’enfant qui vient de naître. Probablement astrologues et savants, c’est l’observation d’une étoile qui les décide à quitter leur patrie pour un lieu qu’ils ne connaissent pas. Dans ses Elévations à Dieu sur tous les mystères Bossuet commente ainsi ce signe de l’étoile : Une étoile qui ne paraissait qu’aux yeux n’était pas capable d’attirer les mages au Roi nouveau-né : il fallait que l’étoile de Jacob, et la lumière du Christ se fut levée dans leur cœur. A la présence du signe qu’il leur donnait au dehors, Dieu les toucha au-dedans par cette inspiration dont Jésus dit : « Nul ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire ». L’étoile des mages est donc l’inspiration dans les cœurs.

L’étoile est par conséquent le signe extérieur de la grâce qui agit à l’intérieur. C’est bien la grâce du Christ Sauveur qui est capable de toucher le cœur de ces hommes, totalement étrangers à la foi d’Israël, pour leur faire entreprendre un long voyage vers l’inconnu. Ecoutons à nouveau Bossuet : Pour aller où ? Nous ne le savons pas encore ; nous commençons par quitter notre patrie. Le voyage des mages nous rappelle un autre voyage, un autre départ, celui d’Abram : Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. […] En toi seront bénies toutes les familles de la terre. (Genèse 12) Le lien entre Abram, le père des croyants et les mages païens est déjà présent dans la promesse de Dieu : En toi seront bénies toutes les familles de la terre. L’appel de Dieu à Abram contient déjà cette promesse du salut de Dieu offert à tous les peuples, ces peuples dont les mages sont l’image.

Dans un sermon pour l’Epiphanie Maître Eckhart commente ainsi la question des mages « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » : Cette naissance éternelle se produit dans l’âme comme elle se produit dans l’éternité… et elle se produit dans l’être et dans le fond de l’âme. Les voyages d’Abram et des mages qui ont entendu l’inspiration divine et y ont été fidèles, ces longs déplacements extérieurs, semés d’embuches et de difficultés, représentent à l’intérieur de l’âme le cheminement de la conversion, de la purification et de la sanctification. Bossuet le dit à sa manière et avec le vocabulaire de son temps : Chrétiens, qui que vous soyez… peut-être qu’à ce moment l’étoile va se lever dans votre cœur ; allez, sortez de votre patrie, ou plutôt sortez du lieu de votre bannissement que vous prenez pour votre patrie, parce que c’est dans cette corruption que vous avez pris naissance. Dès le ventre de votre mère, accoutumé à la vie des sens, passez à une autre religion, apprenez à connaître Jérusalem, et la crèche de votre Sauveur, et le pain qu’il vous prépare à Bethléem.

Dans son sermon pour l’Epiphanie Maître Eckhart décrit cet itinéraire de l’âme, cette naissance, comme un mouvement qui va de l’extérieur vers l’intérieur, de l’activité humaine vers la docilité à la grâce divine : Rassemble toutes tes puissances, tous tes sens, toute ton intelligence, toute ta mémoire : retourne dans le fond, là où se tient caché ton trésor, à l’intérieur. Pour que cela puisse se produire, échappe à toutes opérations, et pénètre dans l’ignorance pour que tu puisses le trouver… quand l’homme doit opérer une opération intérieure, il doit concentrer à l’intérieur toutes les puissances dans un coin de son âme et se cacher de toutes les images et formes… il faut être dans le calme et le silence pour que cette parole puisse être entendue… Là, on peut l’entendre et on la comprend vraiment dans l’ignorance. Là on ne sait rien, là elle se montre et se manifeste… Il faut parvenir à un savoir transfiguré. Cette ignorance ne doit pas provenir de l’ignorance, au contraire, il faut aller du savoir vers l’ignorance. Nous devons devenir savants avec le savoir divin et notre ignorance sera alors ennoblie et ornée avec le savoir surnaturel. Et dans celui-ci, là où nous nous comportons de façon passive, nous sommes plus parfaits que quand nous agissions.

L’Evangile de l’Epiphanie se conclut avec cette notice géographique : les mages regagnèrent leur pays par un autre chemin. Mais comment ne pas la comprendre aussi spirituellement ? Les mages se sont comportés « de façon passive » pour reprendre les mots de Maître Eckhart : ils se sont laissés guider par une étoile, ils se sont laissés instruire par les grands prêtres. Ils se sont dépouillés de toutes leurs richesses pour les offrir à l’enfant. Et c’est ainsi qu’ils sont revenus dans leur patrie différents et transformés, riches d’un savoir transfiguré, d’un savoir surnaturel, eux qui étaient à la fois savants des astres et ignorants de Dieu. Ils sont revenus comblés de la joie de ceux qui permettent au Sauveur de naître dans leur âme.

mercredi 25 décembre 2024

NOEL 2024

 


Noël 2024

Pour nous introduire au grand et beau mystère de la naissance de Jésus, Fils de Dieu et de Marie, je vous invite à écouter ce que le pape François nous dit dans une lettre qui fait l’éloge de la littérature et de la lecture :

Le poète T.S. Eliot a décrit à juste titre la crise religieuse moderne comme celle d’une « incapacité émotionnelle » généralisée. À la lumière de cette lecture de la réalité, le problème de la foi aujourd’hui n’est pas avant tout de croire plus ou moins aux propositions doctrinales. Il s’agit plutôt de l’incapacité de nombre de personnes de s’émouvoir devant Dieu, devant sa création, devant les autres êtres humains. La tâche est donc de guérir et d’enrichir notre sensibilité.

Depuis le premier Noël le cœur de l’homme a-t-il changé ? Est-il devenu capable de s’émouvoir en présence du mystère du Verbe fait chair ? La Parole de Dieu, éternelle et puissante, s’est unie pour toujours à notre humanité en la personne de Jésus, ce nouveau-né que nous sommes appelés à contempler dans la crèche. Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Si nous avons la grâce de ne pas avoir un cœur endurci, un cœur de pierre, peut-être avons-nous un cœur blasé, un cœur habitué, un cœur que plus rien n’émerveille ? Peut-être nous sommes-nous habitués au mystère et l’avons-nous banalisé ? Pour les plus âgés d’entre nous combien de fois avons-nous déjà célébré Noël ? Pourtant cette nuit sainte (ce jour saint) porte toujours en elle (en lui) la nouveauté inouïe de la Bonne Nouvelle qui vient nous réveiller. L’enfant-Dieu s’adresse directement à notre cœur, au plus intime de notre être, pour que nous puissions à nouveau nous émerveiller et dire merci à Dieu pour le plus grand don qu’il puisse nous faire, sa présence au milieu de nous, avec nous, en nous : Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Noël, c’est le point de rencontre lumineux entre l’éternité de Dieu et notre histoire humaine, l’histoire personnelle de chacun d’entre nous. En contemplant le mystère de l’incarnation nous apprenons à vivre avec Dieu, l’Emmanuel, et nous comprenons la valeur infinie du temps de notre existence humaine habité et sanctifié par la présence du Verbe de Dieu. Dans sa lettre que j’ai citée pour introduire cette méditation, le pape François relève avec justesse que notre rapport au temps est celui de la précipitation et de l’efficacité. Plus personne n’a plus le temps et tout le monde court… mais vers où et dans quel but ? Le temps de notre vie n’est plus, bien souvent, le lieu de notre maturation humaine et spirituelle, le lieu de notre sanctification, mais un impératif qui nous écrase et nous domine. Difficile d’y échapper me direz-vous… Ecoutons à nouveau la réflexion du pape :

Il est donc nécessaire et urgent de contrebalancer cette accélération et cette simplification inévitables de notre vie quotidienne en apprenant à prendre de la distance par rapport à l’immédiat, à ralentir, à contempler et à écouter… Il est nécessaire de retrouver des manières de se comporter face aux réalités accueillantes, non stratégiques, non directement finalisées à un résultat, où il est possible de laisser émerger l’infinie démesure de l’être. Distance, lenteur, liberté…

L’enfant de la crèche nous invite non seulement à nous émerveiller mais aussi à ralentir, à contempler, à écouter comme les bergers ont su le faire… Et il le fait par sa seule présence, sans aucune parole. La sanctification du temps de notre vie ne se vit pas seulement dans les moments de prière et notre participation aux sacrements, en particulier la messe de chaque dimanche qui rythme notre vie de chrétiens et nous nourrit du pain de la Parole et du pain de vie. Depuis Noël Jésus a sanctifié toute notre vie, y compris les temps de travail, de repos, de détente. Même s’il est important de prendre le temps de s’arrêter pour prier et méditer, nous avons aussi à notre disposition de petits moyens, très simples, de sanctifier chaque journée que Dieu nous donne pour la vivre en sa présence. Je pense en particulier à deux moments de notre journée : le lever et le coucher. Ce sont des moments en fait très importants où par une brève pensée nous pouvons nous unir à Dieu et lui permettre ainsi de sanctifier la journée ou la nuit qui commence. Au lever que notre première pensée soit pour Dieu en lui disant par exemple : « Merci mon Dieu pour le don de cette nouvelle et unique journée de ma vie. Accorde-moi de la vivre avec toi et en ta présence ». Au coucher qu’il en soit de même, avant de recevoir le repos de la nuit, que notre dernière pensée consciente soit dirigée vers Dieu en lui disant par exemple : « Merci mon Dieu pour cette journée que tu m’as donnée et pour le repos que tu m’accordes maintenant » ou avec Jésus « En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit » ou encore avec Syméon « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut ».

Marie, la sainte mère du Sauveur, Eve nouvelle, nous enseigne par son exemple à ralentir afin de contempler, à vraiment habiter le temps de notre vie pour en faire le lieu de la communion avec Dieu :

Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.


dimanche 22 décembre 2024

Quatrième dimanche de l'Avent 2024 / année C

 


4ème dimanche de l’Avent / C

22 /12/ 2024

L’espérance ne déçoit pas (4)

En ce 4ème dimanche de l’Avent nous terminons notre lecture de la bulle du pape François L’espérance ne déçoit pas afin de nous préparer au Jubilé de l’année à venir. La dernière partie de ce document s’intitule Ancrés dans l’espérance. L’image de l’ancre est empruntée à la lettre aux Hébreux : « Cela nous encourage fortement, nous qui avons cherché refuge dans l’espérance qui nous était proposée et que nous avons saisie. Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur » (He 6, 18-20). Au n°25 qui conclue la méditation du pape sur la vertu d’espérance, celui-ci commente ainsi ce passage de la lettre aux Hébreux :

C’est une invitation forte à ne jamais perdre l’espérance qui nous a été donnée, à nous y agripper en trouvant refuge en Dieu. L’image de l’ancre évoque bien la stabilité et la sécurité que nous possédons au milieu des eaux agitées de la vie si nous nous en remettons au Seigneur Jésus. Les tempêtes ne pourront jamais l’emporter parce que nous sommes ancrés dans l’espérance de la grâce qui est capable de nous faire vivre dans le Christ en triomphant du péché, de la peur et de la mort. Cette espérance, bien plus grande que les satisfactions quotidiennes et l’amélioration des conditions de vie, nous porte au-delà des épreuves et nous pousse à marcher sans perdre de vue la grandeur du but auquel nous sommes appelés, le Ciel.

Dans la dernière partie de sa réflexion le pape François nous invite donc à tourner notre regard vers la vie éternelle. Il nous rappelle quel est le fondement de notre espérance, quelles sont les raisons de cette espérance chrétienne (n°18). Il affirme que notre foi en la vie éternelle est un pilier fondamental sur lequel s’appuie notre espérance. Tout simplement parce que le mystère de Jésus mort et ressuscité est le cœur de notre foi (n°20). Il ne s’agit pas pour autant de nier la dure réalité de la mort et du deuil qu’elle entraîne pour ceux qui ont perdu un être cher : Et si devant la mort, séparation douloureuse qui nous oblige à quitter nos affections les plus chères, aucune rhétorique n’est permise, le Jubilé nous offrira l’occasion de redécouvrir, avec une immense gratitude, le don de cette vie nouvelle reçue dans le Baptême, capable de transfigurer le drame. Au n°21 et 22, le pape développe sa méditation sur les fins dernières en nous parlant de la vie après la mort et du jugement. C’est pour lui l’occasion de définir ce qu’est le bonheur d’un point de vue chrétien. François nous redit d’abord avec des mots simples la réalité de la vie éternelle :

Avec Jésus, au-delà du seuil, il y a la vie éternelle qui consiste dans la pleine communion avec Dieu, dans la contemplation et la participation à son amour infini. Ce que nous vivons aujourd’hui dans l’espérance, nous le verrons alors dans la réalité… Qu’est-ce qui caractérisera alors cette plénitude de communion ? Le fait d’être heureux. Le bonheur est la vocation de l’être humain, un objectif qui concerne chacun.

Mais qu’est-ce que donc que le bonheur ? Depuis l’antiquité grecque les philosophes n’ont cessé de se poser cette question. Chacun apportant sa propre réponse. Voici celle du pape et avec lui celle de la spiritualité chrétienne :

Non pas une joie passagère, une satisfaction éphémère qui, une fois atteinte, demande toujours plus dans une spirale de convoitises où l’âme humaine n’est jamais rassasiée mais toujours plus vide. Nous avons besoin d’un bonheur qui s’accomplisse définitivement dans ce qui nous épanouit, c’est-à-dire dans l’amour, afin que nous puissions dire, dès maintenant : Je suis aimé, donc j’existe ; et j’existerai toujours dans l’Amour qui ne déçoit pas et dont rien ni personne ne pourra jamais me séparer.

Enfin au n°22 le pape aborde la délicate question du jugement : Une autre réalité liée à la vie éternelle est le jugement de Dieu, tant à la fin de notre existence qu’à la fin des temps. Ecoutons la présentation qui est donnée du jugement particulier et du jugement dernier dans la bulle : S’il est juste de se préparer avec pleine conscience et sérieux au moment qui récapitule l’existence, il faut en même temps toujours le faire dans la dimension de l’espérance, une vertu théologale qui soutient la vie et permet de ne pas céder à la peur. Le jugement de Dieu, qui est amour (cf. 1 Jean 4, 8.16), ne pourra se fonder que sur l’amour, en particulier sur la manière dont nous l’aurons ou non pratiqué envers les plus nécessiteux en qui le Christ, le Juge en personne, est présent (cf. Matthieu 25, 31-46). Il s’agit donc d’un jugement différent de celui des hommes et des tribunaux terrestres. Il doit être compris comme un rapport de vérité avec Dieu-amour et avec soi-même dans le mystère insondable de la miséricorde divine… Comme l’écrivait Benoît XVI : « Au moment du Jugement, nous expérimentons et nous accueillons cette domination de son amour sur tout le mal dans le monde et en nous. La souffrance de l’amour devient notre salut et notre joie ».

A quelques jours de la célébration de Noël avec le pape François contemplons Marie, Mère de Dieu, la femme qui a témoigné au plus point de l’espérance :

En elle, nous voyons que l’espérance n’est pas un optimisme vain, mais un don de la grâce dans le réalisme de la vie… Ce n’est pas un hasard si la piété populaire continue à invoquer la Sainte Vierge comme Stella Maris, un titre qui exprime l’espérance sûre que, dans les vicissitudes orageuses de la vie, la Mère de Dieu vient à notre aide, nous soutient et nous invite à avoir confiance et à continuer d’espérer. À ce propos, j’aime à rappeler que le Sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, à Mexico, s’apprête à célébrer, en 2031, le 500ème anniversaire de la première apparition de la Vierge. Par l’intermédiaire du jeune Juan Diego, la Mère de Dieu faisait parvenir un message d’espérance révolutionnaire qu’elle répète encore aujourd’hui à tous les pèlerins et aux fidèles : « Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta mère ? »