dimanche 25 octobre 2020

30ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

Matthieu 22, 34-40

25/10/20

Dans l’Evangile de ce dimanche Jésus nous livre le cœur de son enseignement, le résumé de la Loi et des Prophètes. Il s’agit du commandement de l’amour envers Dieu et le prochain. Nous recevons la grâce du baptême et de la confirmation pour nous permettre de vivre cette loi de l’amour. Toute notre vie chrétienne a pour objet de changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair, c’est-à-dire capables d’aimer, de pardonner et de compatir. Nous savons par expérience que cela est difficile, que cela demande du temps, le temps de notre conversion progressive. Tout simplement parce que notre nature humaine, marquée par le péché originel et affaiblie par nos propres péchés et nos défauts de caractère, présente une tendance foncière à l’égoïsme. Le double commandement de l’amour veut nous inciter à sortir de notre égoïsme, à nous tourner vers Dieu source de tout amour et de toute vie et vers notre prochain. La Bible est très souvent le meilleur commentaire de la Bible. Ce qui signifie que pour éclairer l’Evangile de ce dimanche, il n’y a rien de meilleur que de se référer à d’autres textes bibliques. On pourrait bien sûr penser à la première lettre de Paul aux Corinthiens qui présente l’avantage de décrire concrètement ce qu’est l’amour de charité, le chemin par excellence

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.

Je voudrais cependant commenter l’Evangile de ce jour à l’aide de la première lettre de saint Jean. Pour l’apôtre Dieu est amour. La communion du Père et du Fils dans l’Esprit Saint est la source et le modèle de tout amour authentique. Le grand et premier commandement consiste donc à aimer l’Amour. Un Amour qui nous précède : Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. Saint Jean approfondit d’une manière admirable le lien indissoluble entre l’amour pour Dieu et l’amour fraternel. Dieu est invisible, mon prochain, lui, est présent à mes côtés de manière très concrète : Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. L’amour pour le prochain est loin d’être évident car le cœur de l’homme est compliqué et malade, selon Jérémie. Mais un chrétien ne peut pas être misanthrope :

Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.

La caractéristique essentielle de cet amour fraternel consiste à agir au nom de l’amour :

Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité.

Ce ne sont pas tant les déclarations d’amour qui comptent que les actes manifestant l’amour qui se trouve dans le cœur. Et c’est d’ailleurs par des actes, petits et grands, que nous élargissons l’amour qui est dans nos cœurs aux dimensions de la charité du Christ. Seuls les actes fortifient notre amour si souvent faible et hésitant.

Enfin notre volonté d’être fidèles au commandement du Seigneur nous libèrera peu à peu de toute peur et nous permettra de grandir dans la foi. Une foi qui fait confiance au Père et qui s’abandonne toujours plus totalement à lui :

Il n’y a pas de crainte dans l’amour, l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte implique un châtiment, et celui qui reste dans la crainte n’a pas atteint la perfection de l’amour.

dimanche 18 octobre 2020

29ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

Matthieu 22, 15-21

18/10/20

Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Cette réponse de Jésus à la question-piège des pharisiens fait partie des versets de l’Evangile qui sont connus de tous. Avant d’approfondir le contenu de cette réponse, il est nécessaire de rappeler quelques éléments d’histoire. La question porte sur le paiement de l’impôt à Rome : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? Israël, en tant que peuple, s’est perçu comme une théocratie, c’est-à-dire un peuple gouverné directement par Dieu et lui seul. L’établissement de la monarchie vers 1030 avant JC, avec le premier roi Saül, fut compris comme une trahison envers Dieu, le seul roi légitime des 12 tribus. D’où les critiques acerbes contre la monarchie dans certains textes bibliques. En 63 av.JC, Pompée s’empare de Jérusalem au nom de Rome. A partir de cette date le peuple Juif perd son indépendance politique et Israël entre dans la sphère de domination romaine. A l’époque de Jésus, les Juifs étaient divisés par rapport à l’attitude à tenir face à l’occupant romain. Comme souvent en pareil cas, il y avait ceux qui collaboraient volontiers avec Rome, en particulier les grands prêtres et les sadducéens, et il y avait ceux qui voulaient retrouver l’indépendance politique d’Israël, en utilisant la violence et le terrorisme contre l’occupant, en particulier les Zélotes. La question des pharisiens est donc explosive étant donné le contexte politico-religieux de l’époque. Ajoutons que dans certains cas l’impôt imposé par Rome pouvait être très lourd. Il était levé par les publicains, car l’Empire romain n’avait que très peu de fonctionnaires. Il passait donc par les compagnies de publicains pour prélever l’impôt. Lévi, le futur Matthieu, était l’un de ces publicains qui travaillaient pour Rome. Enfin précisons que tous les empereurs romains à partir du premier d’entre eux, Auguste, portaient le titre de César, Auguste ayant été adopté par Jules César. A l’époque de notre débat sur l’impôt, c’était Tibère, le second César, qui régnait sur l’immense empire romain.

Pour ne pas tomber dans le piège qui lui est tendu, Jésus fait faire un exercice pratique aux pharisiens : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt ». Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César ». Dans la vie courante, pour le commerce, sauf à l’intérieur de l’enceinte du temple, tout juif utilisait les pièces de monnaie émises par le pouvoir romain. Si l’argent mis en circulation pour permettre le commerce portait l’effigie de Tibère-César, alors il était logique de ne pas refuser de payer l’impôt réclamé par le même César. Les Juifs, faisant partie d’un immense empire, profitaient eux aussi, comme les Gaulois ou d’autres provinciaux, de certains avantages apportés par l’organisation de cet Empire, en particulier les voies de communication et de commerce terrestres et maritimes ainsi que le maintien de l’ordre, la garantie de vivre en paix et dans une relative sécurité sous la tutelle des autorités romaines. La réponse de Jésus fonde la laïcité, c’est-à-dire la distinction entre la sphère religieuse et celle de l’organisation politique de l’Etat. Jusqu’à une époque récente de l’histoire européenne, les Etats, la plupart du temps des royaumes, ont fondé leur autorité sur Dieu. C’était l’alliance du sabre et du goupillon, le roi terrestre étant considéré comme le lieutenant de Dieu. Le pouvoir politique mettait la religion à son service et vice-versa. Cette confusion des pouvoirs est caractéristique de ce que l’on a nommé la chrétienté, à ne pas confondre avec le christianisme. Or Jésus n’a jamais proposé ce modèle, l’instauration d’une théocratie avec un roi représentant de Dieu sur terre. Au contraire, il indique combien il est important de ne pas confondre le domaine politique et le domaine spirituel. Dans cette perspective payer l’impôt à César, l’occupant païen, n’empêche absolument pas le Juif de pratiquer sa religion, de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Il en va de même pour nous aujourd’hui. Aucun gouvernement ne peut nous empêcher d’adorer Dieu en esprit et en vérité. Aucun gouvernement, fut-il le pire, n’a de pouvoir sur notre conscience. 133 ans après la prise de Jérusalem par Pompée, Titus détruisit le temple de Jérusalem, mais il n’a pas pour autant détruit la foi du peuple Juif… En tant que citoyens d’un Etat nous devons payer l’impôt, en tant que chrétiens nous sommes libres d’aimer Dieu et de le servir en suivant l’Evangile de son Fils bien-aimé Jésus-Christ, en incarnant dans la société notre foi, car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, selon saint Paul, c’est la foi, qui agit par la charité.

 

dimanche 11 octobre 2020

28ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

Matthieu 22, 1-10

11/10/20

Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils.

L’Evangile de ce dimanche nous propose une parabole du Royaume des cieux. Pour nous parler de la communion entre Dieu et les hommes, Jésus utilise l’image des noces. Le roi, c’est Dieu le Père, et le fils du roi, Jésus. Cette image des noces est peu fréquente dans le Nouveau Testament. On la retrouve toutefois dans le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse :

Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les Noces de l’Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure. Un vêtement de lin fin lui a été donné, splendide et pur. Car le lin, ce sont les actions justes des saints. Puis l’ange me dit : « Écris : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! »

L’image des noces en appelle immédiatement une autre : celle du repas de fête, du festin. Le prêtre, avant le moment de la communion, reprend à chaque messe les paroles de l’Apocalypse. Dans ce livre il s’agit des noces de l’Agneau, c’est-à-dire de Jésus qui se sacrifie par amour sur le bois de la croix et qui abolit les sacrifices d’animaux de l’Ancienne Alliance. La vision de Jean dans l’Apocalypse nous montre le triomphe de l’Agneau de Dieu dans le Royaume de son Père. L’image des noces est très proche d’une autre image beaucoup plus fréquente, celle de l’Alliance, liée, elle aussi, au mariage. Les noces de Jésus avec l’humanité commencent dès le moment de son incarnation dans le sein de la Vierge Marie. Le Verbe de Dieu épouse en effet chaque homme, chaque femme, il s’unit à eux, à chacun d’entre nous, en se faisant chair, en prenant notre condition humaine. Les noces évoquent une union d’amour pour toujours, aussi solide que l’Alliance nouvelle et éternelle de Dieu avec l’humanité en Jésus-Christ.

La parabole insiste sur le fait que l’humanité refuse de célébrer les noces de l’Agneau :

Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir.

Face à ce refus d’entrer dans la joie du Royaume, le roi ne peut que constater avec amertume et déception :

Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes.

Mais il ne renonce pas pour autant à célébrer les noces de son fils :

Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.

La suite de la parabole précise que la salle fut remplie de convives, les mauvais comme les bons. Chez Matthieu le regard porté sur les convives est de type moral : il y a ceux qui ont bien agi, conformément aux commandements de Dieu, et ceux qui, au contraire, ont choisi le péché et le mal. Dans la version de Luc, cette dimension morale disparaît pour laisser la place à une autre vision :

Le maître de maison dit à son serviteur : “Dépêche-toi d’aller sur les places et dans les rues de la ville ; les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux, amène-les ici.”

Cette parabole, comme celle de la vigne et des vignerons entendue dimanche dernier, nous redit que l’histoire des relations entre Dieu et nous, l’histoire de l’Alliance, est un drame dont la croix est le signe le plus absolu. Il s’agit bien du drame du refus de l’amour de Dieu, du refus de sa miséricorde. Dans l’attente de l’accomplissement du Royaume des cieux lors du second avènement du Seigneur, chaque célébration de la messe anticipe et rend déjà présent la réalité des noces de l’Agneau telle qu’elle est décrite dans l’Apocalypse. En communiant avec foi et amour au corps et au sang du Seigneur mort et ressuscité pour nous, nous participons déjà au repas de noces. Nous répondons ainsi « oui » à l’appel du Père. Nous venons tels que nous sommes : parfois bons, parfois infidèles aux commandements, avec nos misères et nos faiblesses, estropiés, aveugles et boiteux spirituels comme dans saint Luc… Mais mieux vaut venir et répondre « oui », même s’il nous reste encore beaucoup de chemin pour être vraiment chrétiens, que de refuser d’entendre l’appel de Dieu. Cette parabole nous renvoie à la facilité avec laquelle nous pouvons parfois nous trouver des excuses pour ne pas participer chaque dimanche au festin des noces de l’Agneau ou bien pour ne pas donner à Dieu la place qui lui revient chaque jour de notre existence :

Ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce…

dimanche 4 octobre 2020

27ème dimanche du temps ordinaire, année A / Dimanche de la création (Laudato si')

 

Messe pour la création / Laudato si’

L’Eglise célèbre cette année le 5ème anniversaire de la lettre encyclique du pape François, Laudato si’, consacrée à la sauvegarde de la maison commune. Suite à cet enseignement le pape a demandé qu’une fois par an soit célébrée une messe en action de grâce pour le don de la création et ceci en lien avec la crise écologique que l’humanité vit actuellement. Le 4 octobre est aussi la fête de saint François d’Assise, le patron céleste des écologistes.

Dans le deuxième chapitre de Laudato si’, le pape aborde l’Evangile de la création et nous invite en particulier à redécouvrir la sagesse des récits bibliques. Si nous voulons méditer sur le mystère de la création, nous avons les deux premiers chapitres de la Genèse à notre disposition. Certains écologistes ont accusé ces textes d’être à l’origine de la crise écologique actuelle. Il suffit de penser au verset 28 du chapitre premier :

Dieu bénit l’homme et la femme et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »

Le pape reconnaît que dans le passé et encore aujourd’hui bien des chrétiens ont mal interprété ce verset :

67. Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. Cela permet de répondre à une accusation lancée contre la pensée judéo-chrétienne : il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à « dominer » la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l’être humain comme dominateur et destructeur. Ce n’est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l’Église. S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte […], et de se souvenir qu’ils nous invitent à « cultiver et garder » le jardin du monde (cf. Gn 2, 15). Alors que « cultiver » signifie labourer, défricher ou travailler, « garder » signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature.

La terre nous précède et nous a été donnée… Les scientifiques ont réduit à une année la très longue histoire de l’univers et de la vie pour nous faire saisir plus concrètement la réalité des choses car les milliards d’années ne nous parlent pas. Dans cette année l’homme actuel (homo sapiens sapiens) apparaît le 31 décembre à 23h59, les premiers dinosaures le 12 décembre et les premiers mammifères le 15 décembre… Ce qui devrait nous encourager à cultiver une vertu essentielle pour notre foi chrétienne : l’humilité. C’est bien l’orgueil humain allié à la cupidité qui est à l’origine de la crise écologique actuelle. Une crise tellement nouvelle que les scientifiques parlent d’une nouvelle ère géologique, celle de l’anthropocène, et que nous vivons la sixième extinction de masse des espèces sur notre planète, la première de l’histoire provoquée par l’homme et ses activités.

A 5 reprises le pape mentionne l’anthropocentrisme, la pensée selon laquelle l’homme est le centre et le roi de la création. La science a depuis longtemps condamné le géocentrisme (la terre comme centre du système solaire). Si les récits de la Genèse donnent à l’homme une place unique et particulière dans le projet créateur de Dieu parce qu’il est créé à l’image de Dieu, cultivateur et gardien de la création, cela ne nous empêche pas pour autant de remettre en question la vision anthropocentrique. Le pape n’hésite pas en effet à parler d’un anthropocentrisme despotique, déviant ainsi que d’une grande démesure anthropocentrique dans la modernité. Il affirme que la Bible ne donne pas lieu à un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures… Une présentation inadéquate de l’anthropologie chrétienne a pu conduire à soutenir une conception erronée de la relation entre l’être humain et le monde. Un rêve prométhéen de domination sur le monde s’est souvent transmis, qui a donné l’impression que la sauvegarde de la nature est pour les faibles. La façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme « seigneur » de l’univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable.

En cohérence avec cette critique de l’anthropocentrisme despotique, le pape souligne que chaque créature a une valeur propre devant Dieu, en elle-même, pour elle-même. Les autres créatures ne sont pas créées pour nous comme nous le pensons trop souvent de manière orgueilleuse et égoïste. La Bible est davantage christocentrique, donc théocentrique, qu’anthropocentrique. Comme l’affirme saint Paul, tout est créé par le Christ et pour le Christ. Le pape affirme clairement que la fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Nous ne sommes pas séparés du reste de la création mais nous en faisons partie, nous en dépendons chaque jour. En tant que gardiens de la création et images de Dieu, nous avons à refléter l’attitude de Dieu envers toutes ses créatures. Non pas une domination despotique et arbitraire, mais une grave responsabilité qui naît de notre foi. Dans les psaumes, nous trouvons 142 références aux animaux, ce qui nous permet de retrouver une relation harmonieuse avec eux au sein de la création. Ils ne sont pas des objets exploitables selon notre bon plaisir et notre cupidité, mais bien des créatures du Père qui sauve l’homme et les bêtes (Ps.35). En ce dimanche d’action de grâce pour la création et d’engagement écologique au nom de notre foi en Dieu créateur, n’oublions jamais que, selon le psaume 144, la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres. Soyons comme saint François d’Assise des reflets de cette bonté et de cette tendresse pour toutes les créatures avec lesquelles nous vivons sur cette terre.

lundi 28 septembre 2020

26ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

Matthieu 21, 28-32

27/09/20

Comme toujours il est important de remettre dans son contexte le passage d’Evangile que nous venons d’écouter. Le chapitre 21 marque une nouvelle étape dans la vie de Jésus. Celui-ci entre en effet à Jérusalem et reçoit l’acclamation des foules : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Immédiatement après cette entrée messianique sur une ânesse, Jésus entre dans le Temple et s’attaque à la présence des changeurs de monnaie et des vendeurs de colombes. D’où un conflit entre lui et les autorités religieuses qui lui demandent : De quelle autorité fais-tu tout cela ? Qui t’a chargé de le faire ? C’est bien aux chefs des prêtres et aux anciens que s’adresse la petite histoire des deux fils appelés à travailler dans la vigne de leur père. Eux reprochent à Jésus d’avoir chassé les marchands du temple, lui leur reproche leur endurcissement de cœur. Ils ont refusé de croire en la parole de Jean le baptiste alors que les publicains et les prostituées y ont cru.

L’histoire des deux fils nous présente un enseignement essentiel dans tout le Nouveau Testament : le plus important, ce ne sont pas nos paroles mais nos actes. Je pourrais citer de très nombreux textes allant dans ce sens. Je me limiterai ici à deux d’entre eux particulièrement significatifs. Le premier dans le même Evangile au chapitre 7 : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.

Le second texte se trouve dans la première lettre de saint Jean : Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité.

Le christianisme nous pousse toujours à l’action en conformité avec la volonté de Dieu et son projet d’amour pour sa création. C’est la raison pour laquelle le thème de la conversion, du changement de vie, tient une place centrale dans la prédication de Jésus, des apôtres et de l’Eglise. La vie chrétienne est un processus tout au long duquel nous permettons à Dieu de changer notre cœur de pierre en un cœur de chair, capable de choisir et d’accomplir le bien, capable aussi de supporter le mal avec patience. Ce choix moral, cette décision de conformer sa vie à l’Evangile, n’a pas seulement une dimension personnelle. C’est un engagement qui doit aussi avoir des conséquences sociales. Car il existe ce que Jean-Paul II appelait des structures de péché : c’est-à-dire une organisation de la société qui favorise le mal et pousse les personnes au péché. Nous constatons la vérité de cet enseignement quand nous considérons la crise écologique dans laquelle nous vivons. L’Etat a tendance à culpabiliser les citoyens pour se dispenser de prendre ainsi ses responsabilités. Les petits gestes individuels sont importants, mais totalement inefficaces tant que les structures de production industrielle, l’économie et les échanges commerciaux mondialisés ne seront pas changés. Il est facile de stigmatiser la surconsommation, mais à quoi bon si les Etats favorisent la surproduction et la publicité ? On peut culpabiliser les personnes qui prennent l’avion trop souvent, mais à quoi bon si l’on encourage par des traités de libre-échange la circulation mondialisée des marchandises de manière massive ?

L’histoire des deux fils nous rappelle enfin l’importance de la parole donnée. Si je dis « oui », je me suis engagé, et il est donc essentiel de tout faire pour tenir mon engagement. Jésus nous enseigne dans le même Evangile la valeur de notre parole : Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.

 

dimanche 20 septembre 2020

25ème dimanche du temps ordinaire / année A

 


Matthieu 20, 1-16

20/09/20

En ce temps de vendanges, l’Evangile nous propose une parabole du travail dans la vigne. L’image de la vigne est très fréquente dans la Bible et on la trouve déjà dans l’Ancien Testament. Cette parabole est encadrée par deux versets semblables :

Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers.

C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers.

Le texte liturgique ne nous fait pas entendre le premier verset. Ce qui nous empêche de comprendre que la parabole est en fait un commentaire de ce verset. Dans cet enseignement Jésus n’a pas pour but de nous faire une leçon d’économie ou de nous parler du bon fonctionnement d’une entreprise. Il s’agit bien des règles qui s’appliquent au Royaume des cieux. Il s’agit de la logique de Dieu qui est très différente de la nôtre. La justice de Dieu n’est pas une simple copie de la justice humaine qui serait portée à sa perfection. Cette justice divine peut nous choquer car elle opère un renversement total des valeurs qui ont lieu dans notre monde et en particulier dans le monde du travail et du salariat. Si l’on considère l’appel de Dieu à travailler dans sa vigne, l’ancienneté n’a aucune importance. L’essentiel, c’est de répondre oui à l’appel de Dieu. Et l’une des grandes leçons de cette parabole c’est qu’il n’est jamais trop tard pour répondre oui. On n’est jamais trop vieux pour entendre l’appel du Seigneur et changer de vie. L’exemple du bon larron, et tant d’autres à sa suite, nous montre bien que la conversion peut avoir lieu au dernier moment, quelques minutes avant de mourir. Et Dieu ne fait pas de différence entre celui qui l’a servi et aimé depuis sa plus tendre enfance et celui qui découvre sa présence et son amour au dernier moment. De son point de vue la prime à l’ancienneté n’existe pas. Cette parabole peut être comprise à différents niveaux : personnel, nous venons de le voir, mais aussi historique. Israël, le premier à avoir reçu l’appel de Dieu, n’a pas à en tirer orgueil par rapport aux païens, les derniers venus qui ont accueilli l’Evangile du Christ. Ou encore un pays qui a reçu l’Evangile depuis très longtemps comme l’Italie ou la France n’en est pas pour autant supérieur à un pays qui l’a reçu plus tardivement comme le Danemark ou la Lituanie. Car dans tout cela il n’est pas question du mérite des uns et des autres, mais de la grâce de Dieu qui appelle en tout temps tous les hommes à travailler dans la vigne du Royaume. Cette logique divine devrait avoir aussi des conséquences dans la vie de l’Eglise qui est une ébauche du Royaume sur cette terre. Dans une paroisse les nouveaux convertis, les catéchumènes ou les derniers venus ne sont pas des chrétiens de seconde zone qui devraient s’effacer totalement en présence des anciens. Tous doivent trouver leur place dans une communauté chrétienne. Pour que cela puisse se réaliser, il faut renoncer à la logique humaine du pouvoir et de la domination et s’engager dans celle du service. Cette parabole ne nous parle pas seulement de l’appel de Dieu adressé à tous et à tout moment. Elle nous parle surtout de sa bonté infinie qui ne fait pas de différence entre les premiers et les derniers et qui donne la même récompense à tous. Car dans le Royaume des Cieux la récompense est unique contrairement au salaire de cette terre, proportionnel aux heures de travail. Le denier représente la vie pour toujours en Dieu et avec Dieu, la communion parfaite et bienheureuse avec la Sainte Trinité. Dieu ne peut donc pas donner moins qu’un denier ni plus. Car c’est lui-même qui se donne en récompense. Si les premiers peuvent se retrouver les derniers, c’est dans la mesure où ils n’ont pas accepté la logique du Royaume des Cieux. Au lieu de se réjouir de ce que les derniers ont, eux aussi, bénéficié de la bonté du maître de la vigne, ils ont été orgueilleux et jaloux. Or, comme le dit saint Jean Chrysostome, Dieu veut à tout prix empêcher les premiers appelés de mépriser les derniers.

 

 

dimanche 6 septembre 2020

23ème dimanche du temps ordinaire / année A

 


6/09/20

Matthieu 18, 15-20

En cette période de rentrée, Jésus nous parle de l’importance de l’Eglise, la communauté, l’assemblée des chrétiens. Si l’Eglise est sainte, elle est composée de pécheurs. Dans la première partie de l’Evangile le Seigneur aborde la difficile question du péché à l’intérieur de la communauté. Le Notre Père nous rappelle que nous devons pardonner les offenses. Mais ce pardon n’exclut pas ce que la tradition chrétienne nomme la correction fraternelle : Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.

Cette correction est décrite en trois étapes : d’abord seul à seul, ensuite avec d’autres chrétiens, enfin au niveau de l’Eglise elle-même. Faire remarquer à un frère ou à une sœur que son attitude est déplacée du point de vue de la foi chrétienne n’a pas pour but d’humilier celui qui a commis une faute. Il s’agit bien plutôt de lui permettre de guérir de son mal. Il est donc essentiel que cette correction s’exerce avec miséricorde et avec amour. Le passage parallèle en saint Luc mérite aussi d’être cité : Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras.

L’exercice de la correction fraternelle dans la communauté Eglise est un art délicat et difficile. D’autant plus que nous devons toujours avoir à l’esprit la parabole de la paille et de la poutre : Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Dans certains cas si mon frère pèche contre moi ou m’offense, c’est parce que je l’ai moi-même entraîné au péché par mon attitude mauvaise à son égard. Je n’ai donc qu’à m’en prendre à moi-même et à me corriger. Remarquons bien que Jésus présente d’abord la correction fraternelle comme un dialogue entre deux personnes. Cette démarche implique que l’offense soit grave et qu’en conscience je sois blessé injustement, sans aucune responsabilité de ma part. Dans les cas les plus graves et lorsqu’un frère s’entête dans son attitude mauvaise et refuse de reconnaître qu’il a mal agi, alors c’est l’Eglise qui peut utiliser son pouvoir de lier ou de délier. Deux chapitres plus haut ce pouvoir est confié à Pierre de manière personnelle. Ici, il est confié à l’Eglise en tant que telle. Il arrive en effet que l’Eglise sanctionne l’un de ses membres en allant jusqu’à l’excommunication qui signifie qu’un fidèle s’est exclu par sa faute de la communion ecclésiale.

La deuxième lecture nous rappelle quelle est la racine du péché : mon incapacité à aimer mon prochain comme le Christ me le commande. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. Quand j’ai conscience d’avoir péché gravement contre mon prochain, je dois recourir au sacrement du pardon. Mais pour que ma démarche soit vraiment complète, je dois demander pardon à la personne que j’ai offensée et si possible réparer mon tort. Cela demande beaucoup d’humilité donc de force. Lorsque le pécheur est capable de faire cette démarche, il prend les devants et évite ainsi à la personne offensée de s’engager dans le processus toujours difficile et pénible de la correction fraternelle.