33ème dimanche du temps ordinaire / A
16/11/08
Matthieu 25, 14-30 (p. 976)
Nous voici parvenus à l’avant-dernier dimanche de notre année liturgique. Et c’est pour cela que l’Eglise offre à notre méditation un Evangile nous parlant de la venue du Christ, de son retour en gloire à la fin des temps. La parabole des talents, dont nous avons un équivalent en saint Luc avec la parabole des mines, est en effet une parabole « bilan » : elle est un appel à faire le bilan de notre vie même si notre mort peut nous paraître, pour certains d’entre nous, encore assez lointaine… En nous souvenant du message de saint Paul dans la deuxième lecture : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit… Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres. » La parabole des talents est un appel aussi à faire le bilan de l’année qui vient de s’écouler.
Le début de la parabole plante bien le décor : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. » Cet homme, c’est le Christ lui-même. Son « voyage » correspond bien au temps de l’Eglise, celui que nous vivons. Cette période de grâce, après le Christ, entre Noël (le premier avènement du Seigneur) et la fin des temps, sa parousie, son retour dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Jésus est bien l’image parfaite de Dieu son Père. Dieu Notre Père, en créant le monde, est aussi parti en voyage… Ce qui signifie qu’il nous laisse libres et fait de nous des responsables à part entière de sa création. Souvenons-nous du premier chapitre de la Genèse. Dieu bénit l’homme et la femme et leur dit : « Développez-vous, multipliez-vous, remplissez la terre et dominez-la. Ayez autorité sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui vont et viennent sur la terre ! » Dieu n’est pas interventionniste, il respecte le principe de subsidiarité. Lui qui est la Cause première de tout ce qui existe, Lui le Créateur, respecte les causes secondes, c’est-à-dire l’autonomie et la liberté de ses créatures. Jésus agit de la même manière quand il part, lui aussi, en voyage. Il confie à ses serviteurs, c’est-à-dire aux chrétiens, ses biens. Les biens dont il s’agit ici ne sont plus seulement ceux de la création mais aussi ceux de la grâce, les biens spirituels : l’Eglise, la Parole de Dieu, les sacrements etc. Si Dieu n’est pas interventionniste à la manière d’un dictateur suprême et d’un surveillant général, il n’est pas non plus égalitariste… Le Seigneur Jésus confie à ses serviteurs 5 ou 2 ou 1 talent, « à chacun selon ses capacités ». Oui, le Seigneur nous fait des dons humains et spirituels en fonction de nos capacités. Autant dire qu’il n’exige pas de nous l’impossible. Il est réaliste, car Lui seul nous connaît vraiment. Le Seigneur Jésus, avant de partir en voyage (c’est une image qui nous parle du mystère de l’Ascension), nous confie et nous donne ses biens de manière très généreuse. Un talent représentait alors 30 kilos de métal précieux ou 15 ans de salaires pour un ouvrier…
« Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes. » Ce moment unique de notre histoire que nul ne connaît si ce n’est Dieu correspond soit à la fin des temps soit au jour de notre mort. Ce que nous nommons le jugement dernier et le jugement particulier. Les deux premiers serviteurs se sont montrés « bons et fidèles » dans la gestion de leurs talents. Ils ont compris que Jésus leur avait vraiment fait un don en leur faisant confiance. Ces talents reçus venaient bien de Dieu, mais ils étaient aussi à eux. Ils ne les ont pas gérés comme un bien étranger mais comme leur bien propre. Et la récompense du Maître nous empêche d’avoir une lecture capitaliste ou financière de cette parabole : « Entre dans la joie de ton Maître. » Si l’image est financière, la réalité est bien spirituelle. Ceux d’entre nous qui auront vécu leur vie selon l’Evangile et en portant beaucoup de fruits dans l’Esprit connaitront la joie indicible d’une parfaite communion avec le Christ. Quant au serviteur « mauvais et paresseux », celui qui justement va être séparé à jamais du Christ, il constitue pour nous une mise en garde solennelle. Pourquoi donc a-t-il échoué dans sa vie chrétienne ? Tout d’abord parce qu’il s’était fait une fausse image de Dieu : « Je savais que tu es un homme dur. » Au lieu de voir en Jésus l’amour et la miséricorde du Père, il n’a vu en lui qu’un juge sévère et exigeant. Et la conséquence de cette fausse vision a été pour lui la peur, cette peur qui paralyse, cette peur qui rend stérile et infécond. Et voilà ce serviteur, se présentant à son Maître, en lui disant : « Tu as ce qui t’appartient. » Il n’a pas compris que ce talent, venant de Jésus, lui était confié et donné, qu’il lui appartenait. Il l’a traité comme une chose étrangère. Il l’a enterré. Quant à nous, instruits par cette parabole, rendons grâce au Seigneur Jésus pour tous les biens humains et spirituels dont il nous a comblés. Et ne gâchons pas notre vie en passant à côté de la fécondité et de la puissance de l’amour de Dieu répandu en nos cœurs par le don de l’Esprit. Soyons images vivantes de Jésus pour le pauvre et le malheureux. N’ayons pas peur de nous donner dans la joie à la suite du Christ notre Seigneur !
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
lundi 17 novembre 2008
mardi 11 novembre 2008
Dédicace de la basilique saint Jean de Latran
Dédicace de la Basilique du Latran
9 novembre 08
Jean 2, 13-22 (p.1316)
Nous fêtons donc aujourd’hui la dédicace de la Basilique saint Jean de Latran à Rome. C’est une majestueuse façade baroque du 18ème siècle qui accueille le pèlerin et le touriste venant à saint Jean de Latran. Sur cette façade nous trouvons en latin l’inscription suivante : « Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde », inscription qui souligne l’importance historique et la dignité de cette basilique romaine. Si la basilique saint Pierre est bien plus connue et visitée, n’oublions pas que c’est saint Jean de Latran qui est la cathédrale de l’évêque de Rome, donc du pape, d’où son rang unique de première église parmi toutes les églises du monde catholique. D’ailleurs c’est au Latran que les papes ont habité à partir du 5ème siècle et ce jusqu’à leur départ pour Avignon. 5 conciles de l’Eglise se sont tenus au Latran contre deux seulement au Vatican… Si la basilique du Latran a une telle importance dans notre histoire chrétienne, c’est de par ses origines qui remontent au 4ème siècle. Constantin se convertit au christianisme et donne par l’édit de Milan la liberté de culte aux chrétiens. C’est donc la fin d’une longue période d’insécurité et de persécutions pour les disciples du Christ. C’est en 320 que Constantin fait construire la première église officielle des chrétiens de Rome au Latran. La dédicace du Latran marque donc le début de la liberté de culte et la possibilité pour le christianisme d’être non plus une religion cachée, religion des catacombes, mais une religion au grand jour. Fêter la dédicace du Latran, c’est donc fêter la liberté de culte accordée aux tous premiers chrétiens par Constantin.
Les textes de la Parole de Dieu sont d’une richesse extraordinaire. 250 ans après la destruction du temple unique de Jérusalem, Constantin édifie la première église chrétienne. Pour nous chrétiens le lieu de culte n’a pas la même signification que pour les Juifs qui avaient un temple unique à Jérusalem. Une comparaison éclairante traduit le sens profond de la fête de la dédicace : de même qu’une église est consacrée au culte de Dieu par un rite spécifique, de même le chrétien est consacré au culte de Dieu par le baptême et la confirmation. Fêter la dédicace d’une église nous renvoie toujours au mystère de notre propre consécration. Contrairement à la vision propre au judaïsme, pour nous chrétiens, ce qui est premier ce ne sont pas les lieux de culte mais bien les membres du Peuple de Dieu que nous sommes. C’est le magnifique enseignement de la première lettre de Pierre : le Christ, notre Seigneur, y est comparé à une pierre vivante « rejetée par les hommes mais précieuse pour Dieu qui l’a choisie ». Et les chrétiens sont dans le Christ autant de pierres vivantes : « Et donc vous aussi, devenus pierres vivantes, construisez-vous comme un édifice spirituel, une race sainte de prêtres, pour offrir à Dieu par Jésus Christ les sacrifices spirituels qui lui sont agréables . » L’apôtre Paul est bien dans la même ligne de pensée lorsqu’il reprend lui aussi l’image de la construction qui a pour uniques fondations le Christ Jésus : « Vous êtes le temple de Dieu, l’Esprit de Dieu habite en vous. » Et dans sa première lettre aux Corinthiens Paul ose affirmer : « Votre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en vous, venu de Dieu . » Le sacré pour un chrétien ne se trouve pas d’abord dans un lieu de culte. Ce qui est sacré, c’est l’homme, créature de Dieu appelé à vivre dans l’Alliance comme un fils bien-aimé du Père. Bref le vrai temple de Dieu, c’est l’homme. La Sagesse personnifiée dans le livre des Proverbes annonçait déjà cette merveilleuse réalité : « Je joue sur ce monde, sur la terre que Dieu a faite, et mon grand plaisir, c’est d’être chez les humains. » Fêter la dédicace, c’est nous redire notre incomparable dignité de fils de Dieu. Nous sommes réellement le temple sacré de Dieu, la demeure de la Sainte Trinité. Et Paul n’hésite pas à dire : « Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. » Pensons dans la prière à tous nos frères chrétiens qui, de par le monde, sont persécutés. Et rougissons de notre peu de foi et de ferveur alors que nous avons la grâce de pratiquer librement notre religion. Fêter la dédicace du Latran nous invite à deux attitudes : solidarité tout d’abord avec les chrétiens persécutés, engagement à la suite du Concile Vatican II pour la liberté religieuse dans le monde. Et aussi attachement au siège de Pierre, sans lequel l’unité catholique se perdrait. « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Si nous sommes les temples sacrés de Dieu, c’est par notre communion au Corps du Christ, c’est parce que nous sommes membres de l’unique Corps du Christ, qui est l’Eglise. Notre dignité vient du mystère pascal. Notre vie a sa source et sa finalité dans le corps ressuscité du Seigneur duquel ne cesse de jaillir pour tous l’eau vive, signe de l’amour de Dieu notre Père. Amen.
9 novembre 08
Jean 2, 13-22 (p.1316)
Nous fêtons donc aujourd’hui la dédicace de la Basilique saint Jean de Latran à Rome. C’est une majestueuse façade baroque du 18ème siècle qui accueille le pèlerin et le touriste venant à saint Jean de Latran. Sur cette façade nous trouvons en latin l’inscription suivante : « Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde », inscription qui souligne l’importance historique et la dignité de cette basilique romaine. Si la basilique saint Pierre est bien plus connue et visitée, n’oublions pas que c’est saint Jean de Latran qui est la cathédrale de l’évêque de Rome, donc du pape, d’où son rang unique de première église parmi toutes les églises du monde catholique. D’ailleurs c’est au Latran que les papes ont habité à partir du 5ème siècle et ce jusqu’à leur départ pour Avignon. 5 conciles de l’Eglise se sont tenus au Latran contre deux seulement au Vatican… Si la basilique du Latran a une telle importance dans notre histoire chrétienne, c’est de par ses origines qui remontent au 4ème siècle. Constantin se convertit au christianisme et donne par l’édit de Milan la liberté de culte aux chrétiens. C’est donc la fin d’une longue période d’insécurité et de persécutions pour les disciples du Christ. C’est en 320 que Constantin fait construire la première église officielle des chrétiens de Rome au Latran. La dédicace du Latran marque donc le début de la liberté de culte et la possibilité pour le christianisme d’être non plus une religion cachée, religion des catacombes, mais une religion au grand jour. Fêter la dédicace du Latran, c’est donc fêter la liberté de culte accordée aux tous premiers chrétiens par Constantin.
Les textes de la Parole de Dieu sont d’une richesse extraordinaire. 250 ans après la destruction du temple unique de Jérusalem, Constantin édifie la première église chrétienne. Pour nous chrétiens le lieu de culte n’a pas la même signification que pour les Juifs qui avaient un temple unique à Jérusalem. Une comparaison éclairante traduit le sens profond de la fête de la dédicace : de même qu’une église est consacrée au culte de Dieu par un rite spécifique, de même le chrétien est consacré au culte de Dieu par le baptême et la confirmation. Fêter la dédicace d’une église nous renvoie toujours au mystère de notre propre consécration. Contrairement à la vision propre au judaïsme, pour nous chrétiens, ce qui est premier ce ne sont pas les lieux de culte mais bien les membres du Peuple de Dieu que nous sommes. C’est le magnifique enseignement de la première lettre de Pierre : le Christ, notre Seigneur, y est comparé à une pierre vivante « rejetée par les hommes mais précieuse pour Dieu qui l’a choisie ». Et les chrétiens sont dans le Christ autant de pierres vivantes : « Et donc vous aussi, devenus pierres vivantes, construisez-vous comme un édifice spirituel, une race sainte de prêtres, pour offrir à Dieu par Jésus Christ les sacrifices spirituels qui lui sont agréables . » L’apôtre Paul est bien dans la même ligne de pensée lorsqu’il reprend lui aussi l’image de la construction qui a pour uniques fondations le Christ Jésus : « Vous êtes le temple de Dieu, l’Esprit de Dieu habite en vous. » Et dans sa première lettre aux Corinthiens Paul ose affirmer : « Votre corps est un temple de l’Esprit Saint, qui est en vous, venu de Dieu . » Le sacré pour un chrétien ne se trouve pas d’abord dans un lieu de culte. Ce qui est sacré, c’est l’homme, créature de Dieu appelé à vivre dans l’Alliance comme un fils bien-aimé du Père. Bref le vrai temple de Dieu, c’est l’homme. La Sagesse personnifiée dans le livre des Proverbes annonçait déjà cette merveilleuse réalité : « Je joue sur ce monde, sur la terre que Dieu a faite, et mon grand plaisir, c’est d’être chez les humains. » Fêter la dédicace, c’est nous redire notre incomparable dignité de fils de Dieu. Nous sommes réellement le temple sacré de Dieu, la demeure de la Sainte Trinité. Et Paul n’hésite pas à dire : « Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. » Pensons dans la prière à tous nos frères chrétiens qui, de par le monde, sont persécutés. Et rougissons de notre peu de foi et de ferveur alors que nous avons la grâce de pratiquer librement notre religion. Fêter la dédicace du Latran nous invite à deux attitudes : solidarité tout d’abord avec les chrétiens persécutés, engagement à la suite du Concile Vatican II pour la liberté religieuse dans le monde. Et aussi attachement au siège de Pierre, sans lequel l’unité catholique se perdrait. « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Si nous sommes les temples sacrés de Dieu, c’est par notre communion au Corps du Christ, c’est parce que nous sommes membres de l’unique Corps du Christ, qui est l’Eglise. Notre dignité vient du mystère pascal. Notre vie a sa source et sa finalité dans le corps ressuscité du Seigneur duquel ne cesse de jaillir pour tous l’eau vive, signe de l’amour de Dieu notre Père. Amen.
lundi 27 octobre 2008
30ème dimanche du temps ordinaire
30ème dimanche du temps ordinaire / A
26 octobre 08
Matthieu 22, 34-40 (p. 832)
L’enseignement du Christ sur le double commandement de l’amour fait partie du cœur même de l’Evangile, de l’essentiel de notre foi chrétienne. Ce bref texte de Matthieu a son équivalent en Marc, plus développé, et en Luc, sous une forme assez différente avec la parabole du bon samaritain. Quant à Jean c’est l’évangéliste de l’amour, avec un sommet de la révélation chrétienne lorsqu’il affirme dans sa première lettre que « Dieu est Amour ».
Chez saint Matthieu tout part d’une question-piège de la part d’un pharisien docteur de la Loi : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Chez saint Luc c’est aussi un docteur de la Loi qui pose au Seigneur une question pour l’embarrasser, question différente : « Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? » Et dans la version de Luc c’est le docteur de la Loi lui-même qui cite le double commandement de l’amour… Jésus s’étant contenté de lui demander : « Que dit l’Ecriture, que vois-tu dans la Loi ? » Cette différence montre bien que le Juif qui connaissait les Ecritures et les étudiait était capable par lui-même d’en tirer la substantifique moelle. En enseignant le double commandement de l’amour, le Seigneur ne fait que tirer des Ecritures le meilleur. C’est dans ce sens là que Jean dit que ce commandement est ancien . Jésus n’invente rien, mais il vient accomplir la Loi de Moïse. Il cite en fait un verset du Deutéronome et un verset du Lévitique. En même temps ce commandement ancien est nouveau du fait qu’il trouve son accomplissement en la personne du Fils de Dieu et que chaque génération de chrétien doit le vivre en fonction de situations nouvelles et de défis nouveaux. Les chrétiens du premier siècle n’avaient pas à se poser les questions que nous nous posons dans le domaine de la bioéthique par exemple. Les commandements de Dieu ne sont pas des paroles théoriques, intemporelles, mais des paroles devant s’incarner dans l’histoire du peuple d’Israël puis dans l’histoire de l’Eglise. En fait le double commandement nous donne l’esprit du décalogue. L’amour envers Dieu correspond aux 4 premiers commandements et l’amour envers le prochain aux 6 autres. Si Jésus dit que l’amour envers Dieu et l’amour envers le prochain sont « semblables », donc intimement liés, il établit tout de même une hiérarchie entre les deux commandements. L’amour pour Dieu est le premier, le grand commandement, l’amour pour le prochain est le second. Ce qui revient à dire : « Dieu premier servi ». Aujourd’hui nous avons à insister sur le grand commandement. L’amour envers Dieu implique bien sûr de notre part le culte et la prière. Mais toute la révélation biblique nous enseigne que la liturgie peut devenir insignifiante, comme vidée de son sens, si nous ne nous y engageons pas de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit. Bref si nous ne sommes pas habités intérieurement par un véritable amour du Seigneur, notre participation à la liturgie restera extérieure et ne pourra pas porter tous ses fruits. C’est l’Esprit-Saint qui nous donne cette charité pour Dieu. Tous nos gestes extérieurs d’adoration et de respect doivent traduire l’affection filiale et reconnaissante qui nous lie à Dieu Notre Père. Dans les Dix commandements, c’est le 4ème qui fait la transition et l’unité entre notre amour pour le Seigneur et notre amour pour le prochain. Car lorsque le livre de l’Exode demande aux Juifs d’observer le repos du sabbat, ce n’est pas seulement pour faire mémoire du repos de Dieu Créateur. C’est aussi en vue de la justice sociale. En ce jour sacré, plus que jamais, l’égale dignité des créatures de Dieu doit resplendir : « Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville. » Le repos du sabbat détruit toutes les barrières sociales entre hommes et femmes, parents et enfants, maîtres et serviteurs, juifs et immigrés. Même les animaux sont tenus au repos ce jour-là ! C’est cet héritage du 4ème commandement, dont nous venons de voir la portée sociale, qui est si dangereusement menacé dans notre société de consommation.
Quelques mots à propos du second commandement : Maurice Zundel disait avec lucidité qu’il est plus facile de croire en Dieu que de croire en l’homme… Tout simplement parce que Dieu est bon et que l’homme, lui, lutte sans cesse entre le bien et le mal. L’amour envers le prochain est difficile, c’est pour cela qu’il constitue le test de l’authenticité de notre amour pour Dieu. Saint Vincent de Paul disait à ses filles : « Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu, c’est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre, ou de plus grande obligation, ou de plus grand mérite. Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! Sachez, mes filles, que faire tout cela, c’est servir Dieu. Car, voyez-vous, la charité est par-dessus toutes les règles… ». Amen
26 octobre 08
Matthieu 22, 34-40 (p. 832)
L’enseignement du Christ sur le double commandement de l’amour fait partie du cœur même de l’Evangile, de l’essentiel de notre foi chrétienne. Ce bref texte de Matthieu a son équivalent en Marc, plus développé, et en Luc, sous une forme assez différente avec la parabole du bon samaritain. Quant à Jean c’est l’évangéliste de l’amour, avec un sommet de la révélation chrétienne lorsqu’il affirme dans sa première lettre que « Dieu est Amour ».
Chez saint Matthieu tout part d’une question-piège de la part d’un pharisien docteur de la Loi : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Chez saint Luc c’est aussi un docteur de la Loi qui pose au Seigneur une question pour l’embarrasser, question différente : « Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? » Et dans la version de Luc c’est le docteur de la Loi lui-même qui cite le double commandement de l’amour… Jésus s’étant contenté de lui demander : « Que dit l’Ecriture, que vois-tu dans la Loi ? » Cette différence montre bien que le Juif qui connaissait les Ecritures et les étudiait était capable par lui-même d’en tirer la substantifique moelle. En enseignant le double commandement de l’amour, le Seigneur ne fait que tirer des Ecritures le meilleur. C’est dans ce sens là que Jean dit que ce commandement est ancien . Jésus n’invente rien, mais il vient accomplir la Loi de Moïse. Il cite en fait un verset du Deutéronome et un verset du Lévitique. En même temps ce commandement ancien est nouveau du fait qu’il trouve son accomplissement en la personne du Fils de Dieu et que chaque génération de chrétien doit le vivre en fonction de situations nouvelles et de défis nouveaux. Les chrétiens du premier siècle n’avaient pas à se poser les questions que nous nous posons dans le domaine de la bioéthique par exemple. Les commandements de Dieu ne sont pas des paroles théoriques, intemporelles, mais des paroles devant s’incarner dans l’histoire du peuple d’Israël puis dans l’histoire de l’Eglise. En fait le double commandement nous donne l’esprit du décalogue. L’amour envers Dieu correspond aux 4 premiers commandements et l’amour envers le prochain aux 6 autres. Si Jésus dit que l’amour envers Dieu et l’amour envers le prochain sont « semblables », donc intimement liés, il établit tout de même une hiérarchie entre les deux commandements. L’amour pour Dieu est le premier, le grand commandement, l’amour pour le prochain est le second. Ce qui revient à dire : « Dieu premier servi ». Aujourd’hui nous avons à insister sur le grand commandement. L’amour envers Dieu implique bien sûr de notre part le culte et la prière. Mais toute la révélation biblique nous enseigne que la liturgie peut devenir insignifiante, comme vidée de son sens, si nous ne nous y engageons pas de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit. Bref si nous ne sommes pas habités intérieurement par un véritable amour du Seigneur, notre participation à la liturgie restera extérieure et ne pourra pas porter tous ses fruits. C’est l’Esprit-Saint qui nous donne cette charité pour Dieu. Tous nos gestes extérieurs d’adoration et de respect doivent traduire l’affection filiale et reconnaissante qui nous lie à Dieu Notre Père. Dans les Dix commandements, c’est le 4ème qui fait la transition et l’unité entre notre amour pour le Seigneur et notre amour pour le prochain. Car lorsque le livre de l’Exode demande aux Juifs d’observer le repos du sabbat, ce n’est pas seulement pour faire mémoire du repos de Dieu Créateur. C’est aussi en vue de la justice sociale. En ce jour sacré, plus que jamais, l’égale dignité des créatures de Dieu doit resplendir : « Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville. » Le repos du sabbat détruit toutes les barrières sociales entre hommes et femmes, parents et enfants, maîtres et serviteurs, juifs et immigrés. Même les animaux sont tenus au repos ce jour-là ! C’est cet héritage du 4ème commandement, dont nous venons de voir la portée sociale, qui est si dangereusement menacé dans notre société de consommation.
Quelques mots à propos du second commandement : Maurice Zundel disait avec lucidité qu’il est plus facile de croire en Dieu que de croire en l’homme… Tout simplement parce que Dieu est bon et que l’homme, lui, lutte sans cesse entre le bien et le mal. L’amour envers le prochain est difficile, c’est pour cela qu’il constitue le test de l’authenticité de notre amour pour Dieu. Saint Vincent de Paul disait à ses filles : « Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu, c’est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre, ou de plus grande obligation, ou de plus grand mérite. Vous quittez l’oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh ! Sachez, mes filles, que faire tout cela, c’est servir Dieu. Car, voyez-vous, la charité est par-dessus toutes les règles… ». Amen
mardi 14 octobre 2008
28ème dimanche du temps ordinaire
28ème dimanche du temps ordinaire / A
12 octobre 08
Matthieu 22, 1-14 (p. 742)
La parabole des Noces du Royaume suit celle des vignerons assassins entendue dimanche dernier. Entre ces deux paraboles nous pouvons trouver bien des points communs. N’oublions pas que Jésus adresse ces paraboles aux chefs des prêtres et aux pharisiens. Matthieu situe cet enseignement du Christ à Jérusalem, juste après l’entrée triomphale de Jésus, avant les jours sombres de sa Passion. Ces deux paraboles résument toute l’histoire de notre salut, une histoire dramatique. Ici aussi Dieu envoie ses serviteurs pour inviter son peuple aux noces de son Fils. Et c’est une fois de plus le refus, l’indifférence et même la violence de la part des invités : « les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. » Survient alors la colère de Dieu comme dans la parabole des vignerons assassins : « il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. » Nous ne devons pas prendre au pied de la lettre cette colère divine mais bien comprendre qu’elle exprime « le ras le bol » de Dieu par rapport à ses enfants ingrats et indifférents, un peu à la manière du déluge dans l’Ancien Testament. La coupe est trop pleine… Ce qui provoqua le déluge autrefois c’était la grande méchanceté de l’homme : « dans son cœur il n’y avait de place que pour le mal », nous dit le texte de la Genèse.
Dans la première partie de notre parabole, illustration en fait de l’histoire du peuple Juif, les invités ne veulent pas venir aux Noces. Ces élus de Dieu sont soit violents, nous l’avons vu, soit indifférents. Leur indifférence à l’invitation de Dieu nous touche personnellement. Ici ce n’est plus seulement l’histoire du refus du peuple Juif mais bien notre histoire personnelle avec ses hauts et ses bas qui est comme représentée. Dans la version de Luc le pourquoi de cette indifférence est davantage développé : « Mais tous, comme un seul homme, commencèrent à s’excuser. Le premier lui fait dire : J’ai acheté un champ, il faut absolument que j’aille le voir. Tu voudras bien m’excuser. Un autre dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer. Tu voudras bien m’excuser. Un autre encore dit : Je viens de me marier, c’est pourquoi je ne viens pas. » Nous avons tous fait l’expérience d’une grande déception et d’une grande amertume lorsque des amis nous posent des « lapins », des rendez-vous manqués, pour des raisons bien souvent arrangées… Que de fois nous nous donnons de bonnes excuses pour ne pas vivre au temps de Dieu ! Que de fois notre vie spirituelle ressemble à une série de rendez-vous manqués ! Cette parabole est une profonde méditation sur le rapport entre notre vie matérielle, avec toutes ses contingences, et notre vie spirituelle, avec toutes ses exigences. Le danger pour nous est de séparer ces deux sphères de notre vie : d’un côté l’humain, de l’autre le chrétien. Or si la part humaine de notre vie n’est pas assumée par la foi, l’espérance et la charité, nous risquons bien de ne jamais répondre à l’appel de Dieu. La vraie liberté chrétienne consiste justement à ne pas se laisser accaparer et dominer par les contingences matérielles, mais à subordonner tout cela à notre relation à Dieu. Et le temps reste un bon test pour notre générosité. Si nous manquons les rendez-vous de Dieu, c’est que, sous prétexte de manquer de temps, nous sommes en fait avares de notre temps. Nous ne donnons au Seigneur que quelques restes… Nous ne sommes pas choqués, par exemple, d’arriver en retard à la messe, de partir avant la fin… Alors que nous savons très bien arriver à l’heure pour prendre notre train ou notre avion ! Un père jésuite fait remarquer avec justesse que nous sommes à la fois invités et épousés : « Quand nous disons ‘épousés’, nous insistons sur le fait que Dieu, dans le Fils, vient faire sienne notre chair ; quand nous disons ‘invités’, nous soulignons que cela ne se produit pas sans l’assentiment de notre liberté. Il y faut, de notre part, un déplacement qui réponde au « déplacement » que Dieu lui-même accomplit pour venir se joindre à nous. » L’invitation de Dieu aux Noces de son Fils nous oblige donc à nous déplacer, c’est-à-dire à nous décentrer de nous-mêmes et de notre temps égoïste, pour entrer dans la réalité du Royaume. L’invitation de Dieu nous dérange forcément car nous sommes pécheurs.
La seconde partie de notre parabole illustre le passage du Peuple Juif aux Nations païennes. Face au refus des élus, Dieu invite les bons comme les mauvais à entrer dans la salle des Noces. Mais voilà qu’un homme ne portant pas le vêtement de noce est exclu du banquet de la fin des temps… Pour Saint Augustin, à la suite de Saint Paul, ce vêtement de noce représente la charité chrétienne. Car nous pouvons être baptisés, avoir la foi, et cependant être comptés parmi les mauvais… La charité, n’est-ce pas d’abord penser à Dieu et aux autres ? Donc sortir de son intérêt immédiat et personnel ? N’est-ce pas par manque de charité que les premiers invités ont préféré leur champ et leur commerce à l’appel du Seigneur ? Que l’Esprit-Saint nous donne de vivre selon le temps de Dieu ! Amen
12 octobre 08
Matthieu 22, 1-14 (p. 742)
La parabole des Noces du Royaume suit celle des vignerons assassins entendue dimanche dernier. Entre ces deux paraboles nous pouvons trouver bien des points communs. N’oublions pas que Jésus adresse ces paraboles aux chefs des prêtres et aux pharisiens. Matthieu situe cet enseignement du Christ à Jérusalem, juste après l’entrée triomphale de Jésus, avant les jours sombres de sa Passion. Ces deux paraboles résument toute l’histoire de notre salut, une histoire dramatique. Ici aussi Dieu envoie ses serviteurs pour inviter son peuple aux noces de son Fils. Et c’est une fois de plus le refus, l’indifférence et même la violence de la part des invités : « les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. » Survient alors la colère de Dieu comme dans la parabole des vignerons assassins : « il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. » Nous ne devons pas prendre au pied de la lettre cette colère divine mais bien comprendre qu’elle exprime « le ras le bol » de Dieu par rapport à ses enfants ingrats et indifférents, un peu à la manière du déluge dans l’Ancien Testament. La coupe est trop pleine… Ce qui provoqua le déluge autrefois c’était la grande méchanceté de l’homme : « dans son cœur il n’y avait de place que pour le mal », nous dit le texte de la Genèse.
Dans la première partie de notre parabole, illustration en fait de l’histoire du peuple Juif, les invités ne veulent pas venir aux Noces. Ces élus de Dieu sont soit violents, nous l’avons vu, soit indifférents. Leur indifférence à l’invitation de Dieu nous touche personnellement. Ici ce n’est plus seulement l’histoire du refus du peuple Juif mais bien notre histoire personnelle avec ses hauts et ses bas qui est comme représentée. Dans la version de Luc le pourquoi de cette indifférence est davantage développé : « Mais tous, comme un seul homme, commencèrent à s’excuser. Le premier lui fait dire : J’ai acheté un champ, il faut absolument que j’aille le voir. Tu voudras bien m’excuser. Un autre dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs et je pars les essayer. Tu voudras bien m’excuser. Un autre encore dit : Je viens de me marier, c’est pourquoi je ne viens pas. » Nous avons tous fait l’expérience d’une grande déception et d’une grande amertume lorsque des amis nous posent des « lapins », des rendez-vous manqués, pour des raisons bien souvent arrangées… Que de fois nous nous donnons de bonnes excuses pour ne pas vivre au temps de Dieu ! Que de fois notre vie spirituelle ressemble à une série de rendez-vous manqués ! Cette parabole est une profonde méditation sur le rapport entre notre vie matérielle, avec toutes ses contingences, et notre vie spirituelle, avec toutes ses exigences. Le danger pour nous est de séparer ces deux sphères de notre vie : d’un côté l’humain, de l’autre le chrétien. Or si la part humaine de notre vie n’est pas assumée par la foi, l’espérance et la charité, nous risquons bien de ne jamais répondre à l’appel de Dieu. La vraie liberté chrétienne consiste justement à ne pas se laisser accaparer et dominer par les contingences matérielles, mais à subordonner tout cela à notre relation à Dieu. Et le temps reste un bon test pour notre générosité. Si nous manquons les rendez-vous de Dieu, c’est que, sous prétexte de manquer de temps, nous sommes en fait avares de notre temps. Nous ne donnons au Seigneur que quelques restes… Nous ne sommes pas choqués, par exemple, d’arriver en retard à la messe, de partir avant la fin… Alors que nous savons très bien arriver à l’heure pour prendre notre train ou notre avion ! Un père jésuite fait remarquer avec justesse que nous sommes à la fois invités et épousés : « Quand nous disons ‘épousés’, nous insistons sur le fait que Dieu, dans le Fils, vient faire sienne notre chair ; quand nous disons ‘invités’, nous soulignons que cela ne se produit pas sans l’assentiment de notre liberté. Il y faut, de notre part, un déplacement qui réponde au « déplacement » que Dieu lui-même accomplit pour venir se joindre à nous. » L’invitation de Dieu aux Noces de son Fils nous oblige donc à nous déplacer, c’est-à-dire à nous décentrer de nous-mêmes et de notre temps égoïste, pour entrer dans la réalité du Royaume. L’invitation de Dieu nous dérange forcément car nous sommes pécheurs.
La seconde partie de notre parabole illustre le passage du Peuple Juif aux Nations païennes. Face au refus des élus, Dieu invite les bons comme les mauvais à entrer dans la salle des Noces. Mais voilà qu’un homme ne portant pas le vêtement de noce est exclu du banquet de la fin des temps… Pour Saint Augustin, à la suite de Saint Paul, ce vêtement de noce représente la charité chrétienne. Car nous pouvons être baptisés, avoir la foi, et cependant être comptés parmi les mauvais… La charité, n’est-ce pas d’abord penser à Dieu et aux autres ? Donc sortir de son intérêt immédiat et personnel ? N’est-ce pas par manque de charité que les premiers invités ont préféré leur champ et leur commerce à l’appel du Seigneur ? Que l’Esprit-Saint nous donne de vivre selon le temps de Dieu ! Amen
lundi 6 octobre 2008
27ème dimanche du temps ordinaire
27ème dimanche du TO / A
5 octobre 2008
Matthieu 21, 33-43 (p. 694)
Depuis quelques semaines le Seigneur utilise chaque dimanche l’image de la vigne pour nous parler du Royaume des cieux : la parabole des ouvriers employés à la vigne, la parabole des deux fils et aujourd’hui celle des vignerons assassins. La liturgie de la Parole fait résonner à nos oreilles la merveilleuse symphonie des Ecritures. Nous contemplons ce rapport entre l’Ancien Testament (Isaïe et le psaume) et le Nouveau. Jésus reprend l’image d’Isaïe tout en la modifiant. C’est pour cette raison que nous devons d’abord bien comprendre le message du prophète.
Dans notre première lecture Dieu est l’ami. Un ami qui aime et soigne sa vigne. Et quand on aime on ne compte pas… « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » Au plus nous aimons quelqu’un, au plus nous attendons de lui beaucoup… Isaïe insiste sur cette attente amoureuse de Dieu vis-à-vis du plan qu’il chérissait. Et voilà que cette attente a été terriblement déçue. La maison d’Israël, les habitants de Juda, ont donné de mauvais raisins… Nous savons humainement parlant ce que c’est que d’être déçu par un être aimé. Eh bien c’est ce sentiment qui est comme transposé au niveau du cœur de Dieu. Ce peuple qu’il aime tant ne lui rend qu’ingratitude et indifférence.
Des siècles après Isaïe, Jésus reprend donc l’image de la vigne en s’adressant aux chefs des prêtres et aux pharisiens. La parabole des vignerons assassins a cependant son originalité. Il ne nous est pas dit que les raisins soient mauvais. Ce sont les vignerons qui sont mauvais. Et cette image de la vigne et des vignerons permet au Seigneur de nous raconter toute l’histoire du salut, une histoire dramatique à bien des égards. Le propriétaire du domaine, le Créateur, donne sa vigne en fermage à des vignerons et part en voyage. Belle image pour signifier que Dieu nous confie sa création et désire que nous exercions pleinement notre responsabilité de gérants. Oui, il part en voyage, car il n’est pas là derrière nous en doublon pour surveiller tout ce que nous faisons ou encore pour nous diriger comme si nous n’étions pas libres. Quand Dieu confie à l’homme sa création, il lui fait totalement confiance. Et c’est avec sa liberté et son intelligence que l’homme doit cultiver cette vigne de telle sorte qu’elle donne beaucoup de beaux fruits. Et voilà que le moment de la vendange arrive… Le Père envoie ses serviteurs. Nous pouvons penser à tous les prophètes de l’Ancienne Alliance. Les vignerons les accueillent fort mal, vont même jusqu’à les tuer. Car ils ne veulent pas rendre le produit de la vigne au maître du domaine. Ils oublient que la vigne leur a été donnée et confiée par Dieu. Ils veulent se l’accaparer de manière ingrate et injuste. Ils ne veulent pas dire merci au Créateur pour son don merveilleux. Mais le maître du domaine ne se décourage pas et envoie d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers… Rien n’y fait, les vignerons ont endurci leur cœur et s’enferment dans leur cupidité. « Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘ils respecteront mon fils.’ » Et les vignerons ne se laissent pas davantage fléchir : ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Jésus, c’est évident, parle de lui-même, et annonce sa Passion désormais toute proche. Oui, il mourra en dehors de la Ville Sainte, sur le mont Golgotha, hors de la vigne. Et les vignerons ce sont bien les chefs des prêtres et les pharisiens auxquels il adresse cet enseignement. Ce qui est dit ici de l’histoire du salut par une parabole, l’auteur de la lettre aux Hébreux le résume lui aussi de manière magnifique : « Dieu dans le passé avait parlé à nos pères à bien des reprises et de bien des façons par les prophètes, mais en ces jours qui sont les derniers, il nous a parlé par le Fils. C’est par lui que Dieu a disposé les temps de la création , et c’est lui que Dieu a fait le destinataire de toutes choses. » Mais l’amour n’est pas aimé, la Parole n’est pas accueillie, et c’est ce qui rend l’histoire de notre salut dramatique et violente. Le texte liturgique ne nous donne pas la conclusion de la parabole. La voici : « Les chefs des prêtres et les pharisiens écoutaient ces paraboles, et ils comprirent que Jésus parlait pour eux. Ils auraient voulu s’emparer de lui, mais ils craignaient la foule qui voyait en Jésus un prophète. »
Membres de l’Eglise, nous sommes ces nouveaux vignerons à qui le Père a confié son Royaume. Nous devons produire du fruit en abondance. Chrétiens, nous aussi, nous pouvons être tentés de la même manière que les élites religieuse d’Israël autrefois. Tentés de garder le trésor de la foi pour nous. Tentés de nous faire les propriétaires et les maîtres de l’Eglise-nouvelle vigne. Nous pouvons être, nous aussi, des ingrats et des injustes. Il n’y a pas pire péché que l’endurcissement du cœur. Alors de toute notre cœur accueillons Jésus Vivant et sa Parole pour changer de vie et de mentalité avant qu’il ne soit trop tard… Amen
5 octobre 2008
Matthieu 21, 33-43 (p. 694)
Depuis quelques semaines le Seigneur utilise chaque dimanche l’image de la vigne pour nous parler du Royaume des cieux : la parabole des ouvriers employés à la vigne, la parabole des deux fils et aujourd’hui celle des vignerons assassins. La liturgie de la Parole fait résonner à nos oreilles la merveilleuse symphonie des Ecritures. Nous contemplons ce rapport entre l’Ancien Testament (Isaïe et le psaume) et le Nouveau. Jésus reprend l’image d’Isaïe tout en la modifiant. C’est pour cette raison que nous devons d’abord bien comprendre le message du prophète.
Dans notre première lecture Dieu est l’ami. Un ami qui aime et soigne sa vigne. Et quand on aime on ne compte pas… « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » Au plus nous aimons quelqu’un, au plus nous attendons de lui beaucoup… Isaïe insiste sur cette attente amoureuse de Dieu vis-à-vis du plan qu’il chérissait. Et voilà que cette attente a été terriblement déçue. La maison d’Israël, les habitants de Juda, ont donné de mauvais raisins… Nous savons humainement parlant ce que c’est que d’être déçu par un être aimé. Eh bien c’est ce sentiment qui est comme transposé au niveau du cœur de Dieu. Ce peuple qu’il aime tant ne lui rend qu’ingratitude et indifférence.
Des siècles après Isaïe, Jésus reprend donc l’image de la vigne en s’adressant aux chefs des prêtres et aux pharisiens. La parabole des vignerons assassins a cependant son originalité. Il ne nous est pas dit que les raisins soient mauvais. Ce sont les vignerons qui sont mauvais. Et cette image de la vigne et des vignerons permet au Seigneur de nous raconter toute l’histoire du salut, une histoire dramatique à bien des égards. Le propriétaire du domaine, le Créateur, donne sa vigne en fermage à des vignerons et part en voyage. Belle image pour signifier que Dieu nous confie sa création et désire que nous exercions pleinement notre responsabilité de gérants. Oui, il part en voyage, car il n’est pas là derrière nous en doublon pour surveiller tout ce que nous faisons ou encore pour nous diriger comme si nous n’étions pas libres. Quand Dieu confie à l’homme sa création, il lui fait totalement confiance. Et c’est avec sa liberté et son intelligence que l’homme doit cultiver cette vigne de telle sorte qu’elle donne beaucoup de beaux fruits. Et voilà que le moment de la vendange arrive… Le Père envoie ses serviteurs. Nous pouvons penser à tous les prophètes de l’Ancienne Alliance. Les vignerons les accueillent fort mal, vont même jusqu’à les tuer. Car ils ne veulent pas rendre le produit de la vigne au maître du domaine. Ils oublient que la vigne leur a été donnée et confiée par Dieu. Ils veulent se l’accaparer de manière ingrate et injuste. Ils ne veulent pas dire merci au Créateur pour son don merveilleux. Mais le maître du domaine ne se décourage pas et envoie d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers… Rien n’y fait, les vignerons ont endurci leur cœur et s’enferment dans leur cupidité. « Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘ils respecteront mon fils.’ » Et les vignerons ne se laissent pas davantage fléchir : ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Jésus, c’est évident, parle de lui-même, et annonce sa Passion désormais toute proche. Oui, il mourra en dehors de la Ville Sainte, sur le mont Golgotha, hors de la vigne. Et les vignerons ce sont bien les chefs des prêtres et les pharisiens auxquels il adresse cet enseignement. Ce qui est dit ici de l’histoire du salut par une parabole, l’auteur de la lettre aux Hébreux le résume lui aussi de manière magnifique : « Dieu dans le passé avait parlé à nos pères à bien des reprises et de bien des façons par les prophètes, mais en ces jours qui sont les derniers, il nous a parlé par le Fils. C’est par lui que Dieu a disposé les temps de la création , et c’est lui que Dieu a fait le destinataire de toutes choses. » Mais l’amour n’est pas aimé, la Parole n’est pas accueillie, et c’est ce qui rend l’histoire de notre salut dramatique et violente. Le texte liturgique ne nous donne pas la conclusion de la parabole. La voici : « Les chefs des prêtres et les pharisiens écoutaient ces paraboles, et ils comprirent que Jésus parlait pour eux. Ils auraient voulu s’emparer de lui, mais ils craignaient la foule qui voyait en Jésus un prophète. »
Membres de l’Eglise, nous sommes ces nouveaux vignerons à qui le Père a confié son Royaume. Nous devons produire du fruit en abondance. Chrétiens, nous aussi, nous pouvons être tentés de la même manière que les élites religieuse d’Israël autrefois. Tentés de garder le trésor de la foi pour nous. Tentés de nous faire les propriétaires et les maîtres de l’Eglise-nouvelle vigne. Nous pouvons être, nous aussi, des ingrats et des injustes. Il n’y a pas pire péché que l’endurcissement du cœur. Alors de toute notre cœur accueillons Jésus Vivant et sa Parole pour changer de vie et de mentalité avant qu’il ne soit trop tard… Amen
lundi 29 septembre 2008
26ème dimanche du temps ordinaire
26ème dimanche du TO / A
28/09/08
Matthieu 21, 28-32 (p. 643)
La petite parabole des deux fils est simple à comprendre. L’homme, maître du domaine, c’est Dieu notre Père. La vigne peut représenter aussi bien toute la création que l’Eglise. Les deux fils sont l’image des membres de l’Eglise. Le travail dans la vigne c’est l’apostolat : le témoignage que les chrétiens doivent rendre au Christ Jésus dans le monde. La morale de cette parabole est très claire : nous ne serons pas jugés sur nos paroles ou sur nos intentions mais bien sur nos actes. Cet enseignement ne fait que reprendre ce que Jésus avait déjà dit quelques chapitres plus haut dans le même Evangile selon saint Matthieu : « Il ne suffira pas de me dire : ‘Seigneur ! Seigneur !’ pour entrer dans le Royaume des Cieux : entrera celui qui fait la volonté de mon Père des cieux . » La question de Jésus à la fin de la parabole montre bien que nous sommes dans la même thématique, celle d’accomplir la volonté du Père : « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? » De manière évidente dans le contexte de notre parabole les deux fils représentent deux groupes de croyants : d’un côté l’élite religieuse du judaïsme (chefs des prêtres et anciens), de l’autre des personnes très mal vues (les publicains et les prostituées). Mais rien ne nous empêche de comprendre que ces deux fils peuvent coexister en chacun de nous tout au long de notre existence : des fois nous ressemblons au premier, d’autres fois nous agissons comme le second.
La difficulté de notre Evangile vient d’ailleurs. Car si la parabole insiste sur l’action, la suite parle de foi… C’est bien un reproche que Jésus adresse aux chefs des prêtres et aux anciens : « Vous n’avez pas cru à sa parole… ». Tandis que les publicains et les prostituées y ont cru… Notre Seigneur nous donne donc cette parabole pour dénoncer le manque de foi des élites religieuses d’Israël vis-à-vis de Jean Baptiste. Ils ne leur reproche pas de ne pas avoir agi, mais bien de ne pas avoir cru. A travers cette difficulté apparente nous pourrions retrouver le grand débat théologique à propos de la foi et des œuvres. Paul insistant davantage sur la foi, Jacques sur les œuvres, c’est-à-dire sur l’agir chrétien et la vie morale. Dans ce contexte le message de notre Evangile pourrait être le suivant : faire la volonté du Père c’est à la fois croire et agir. Ces deux réalités de notre vie chrétienne ne devraient pas être opposées ni même séparées. Une belle formule de Paul les unit dans sa lettre aux Galates : « Seule vaut la foi qui agit grâce à l’amour. »
Enfin la fine pointe de notre parabole est probablement ailleurs que dans ce débat théologique sur la foi et les œuvres. Jésus ne reproche pas seulement aux élites religieuses leur manque de foi. Ce qu’il dénonce c’est surtout leur immobilisme, leur incapacité de se remettre en question au contact de la prédication de Jean le Baptiste : « Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. » Les publicains et les prostituées ont été capables de changement, de conversion. Comme le premier fils de notre parabole qui, après avoir dit « non », va tout de même travailler dans la vigne de son Père. Pourquoi ? Parce qu’il s’est repenti. Il a réfléchi sur son « non » et l’a regretté.
Alors notre parabole nous rappelle la primauté de nos actes sur nos paroles. Mais surtout que, comme les deux fils, nous pouvons changer pour le meilleur ou pour le pire. Nous avons le choix entre l’endurcissement de notre cœur ou bien, au contraire, l’ouverture de notre cœur à la présence et à l’action de Dieu dans nos vies.
Amen
28/09/08
Matthieu 21, 28-32 (p. 643)
La petite parabole des deux fils est simple à comprendre. L’homme, maître du domaine, c’est Dieu notre Père. La vigne peut représenter aussi bien toute la création que l’Eglise. Les deux fils sont l’image des membres de l’Eglise. Le travail dans la vigne c’est l’apostolat : le témoignage que les chrétiens doivent rendre au Christ Jésus dans le monde. La morale de cette parabole est très claire : nous ne serons pas jugés sur nos paroles ou sur nos intentions mais bien sur nos actes. Cet enseignement ne fait que reprendre ce que Jésus avait déjà dit quelques chapitres plus haut dans le même Evangile selon saint Matthieu : « Il ne suffira pas de me dire : ‘Seigneur ! Seigneur !’ pour entrer dans le Royaume des Cieux : entrera celui qui fait la volonté de mon Père des cieux . » La question de Jésus à la fin de la parabole montre bien que nous sommes dans la même thématique, celle d’accomplir la volonté du Père : « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? » De manière évidente dans le contexte de notre parabole les deux fils représentent deux groupes de croyants : d’un côté l’élite religieuse du judaïsme (chefs des prêtres et anciens), de l’autre des personnes très mal vues (les publicains et les prostituées). Mais rien ne nous empêche de comprendre que ces deux fils peuvent coexister en chacun de nous tout au long de notre existence : des fois nous ressemblons au premier, d’autres fois nous agissons comme le second.
La difficulté de notre Evangile vient d’ailleurs. Car si la parabole insiste sur l’action, la suite parle de foi… C’est bien un reproche que Jésus adresse aux chefs des prêtres et aux anciens : « Vous n’avez pas cru à sa parole… ». Tandis que les publicains et les prostituées y ont cru… Notre Seigneur nous donne donc cette parabole pour dénoncer le manque de foi des élites religieuses d’Israël vis-à-vis de Jean Baptiste. Ils ne leur reproche pas de ne pas avoir agi, mais bien de ne pas avoir cru. A travers cette difficulté apparente nous pourrions retrouver le grand débat théologique à propos de la foi et des œuvres. Paul insistant davantage sur la foi, Jacques sur les œuvres, c’est-à-dire sur l’agir chrétien et la vie morale. Dans ce contexte le message de notre Evangile pourrait être le suivant : faire la volonté du Père c’est à la fois croire et agir. Ces deux réalités de notre vie chrétienne ne devraient pas être opposées ni même séparées. Une belle formule de Paul les unit dans sa lettre aux Galates : « Seule vaut la foi qui agit grâce à l’amour. »
Enfin la fine pointe de notre parabole est probablement ailleurs que dans ce débat théologique sur la foi et les œuvres. Jésus ne reproche pas seulement aux élites religieuses leur manque de foi. Ce qu’il dénonce c’est surtout leur immobilisme, leur incapacité de se remettre en question au contact de la prédication de Jean le Baptiste : « Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. » Les publicains et les prostituées ont été capables de changement, de conversion. Comme le premier fils de notre parabole qui, après avoir dit « non », va tout de même travailler dans la vigne de son Père. Pourquoi ? Parce qu’il s’est repenti. Il a réfléchi sur son « non » et l’a regretté.
Alors notre parabole nous rappelle la primauté de nos actes sur nos paroles. Mais surtout que, comme les deux fils, nous pouvons changer pour le meilleur ou pour le pire. Nous avons le choix entre l’endurcissement de notre cœur ou bien, au contraire, l’ouverture de notre cœur à la présence et à l’action de Dieu dans nos vies.
Amen
lundi 22 septembre 2008
25ème dimanche du temps ordinaire
25ème dimanche du temps ordinaire / A
21/09/08
Matthieu 20, 1-16 (p.598)
L’évangéliste Matthieu a comme encadré la parabole des ouvriers employés à la vigne par un refrain. Nous avons le refrain final dans le texte liturgique : « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. » Mais il nous manque celui qui précède la parabole : « Beaucoup qui sont parmi les premiers seront derniers, et d’autres qui sont derniers seront premiers » (19, 30). Cette insistance n’est pas le fait du hasard et elle nous aide vraiment à entrer dans le sens profond de la parabole. Cette parabole fait partie de celles qui choquent notre bon sens humain, d’où la première lecture dans laquelle il nous est rappelé que les pensées de Dieu sont différentes des nôtres…
Spontanément nous nous retrouvons dans le groupe des « premiers » et nous faisons nôtres leurs récriminations contre le maître de la vigne : « Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur ! » Nous avons notre sens de la justice et de l’injustice. Et nous avons raison, en tant que chrétiens, de nous révolter face à l’injustice. Dans notre parabole non seulement un même salaire est attribué à ceux qui n’ont presque rien fait et à ceux qui ont travaillé toute la journée, mais en plus le paiement du salaire commence par les derniers venus ! La réponse du maître, c’est-à-dire de Dieu, ne se situe pas sur ce registre de la simple justice humaine mais le dépasse. Tout d’abord Dieu remet les pendules à l’heure : « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? » Dieu est souverainement libre. Et tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons, vient de Lui d’une manière directe ou indirecte. Nous sommes ses créatures. Nous lui devons notre vie et notre existence. C’est là le don fondamental qui nous est fait gratuitement. Qu’avons-nous fait pour naître ? Quel travail avons-nous fourni pour mériter de venir au monde ? Nous arrivons dans ce monde les mains vides et sans mérites. Cette logique de la création nous la retrouvons dans l’ordre du salut, celui du Royaume des cieux. Ce Royaume n’est pas celui du mérite mais bien celui de la grâce. Nous n’avons pas à tirer de cette vérité de foi de fausses conclusions encourageant la paresse et le laisser-aller. Car si nous lisons attentivement la parabole, nous constatons que le maître adresse un reproche aux hommes qu’il rencontre à cinq heures : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » Il n’est pas question pour le maître d’encourager l’oisiveté.
« Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » Au-dessus de la simple justice humaine Dieu place sa bonté de Père. Cette bonté qui est toujours générosité, abondance de biens dans la création comme dans le salut en Jésus. La jalousie des premiers ouvriers refuse cette bonté de Dieu au nom d’une conception humaine de la justice. C’est une histoire bien connue dans les familles : mon frère a eu ça, je ne l’ai pas eu… donc c’est la preuve que papa et maman m’aiment moins que lui ! Dieu aime autant les premiers ouvriers que les derniers. Simplement l’erreur des premiers ouvriers est de situer la récompense uniquement au niveau d’un bien, du salaire. Alors que la vraie récompense pour les premiers comme pour les derniers c’est d’avoir été embauché dans la vigne. La vraie récompense pour le chrétien, ce ne sont pas d’abord les biens donnés par Dieu, mais Dieu lui-même. La vraie récompense c’est la joie d’appartenir au Royaume des cieux et d’y apporter notre grande ou petite contribution. Si Dieu donne gratuitement, nous sommes appelés, nous aussi, à travailler gratuitement dans sa vigne et pour son Royaume… « Sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons votre sainte volonté », comme le chantent les scouts.
Nous aurions tout intérêt à méditer cette parabole en lien avec la parabole du fils prodigue chez saint Luc. Souvenez-vous de la récrimination du fils aîné qui ressemble étrangement à celle des premiers ouvriers : « Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à un seul de tes ordres, et à moi tu ne m’as jamais donné un chevreau pour faire la fête avec mes amis. Mais lorsque revient ton fils que voilà, celui qui a mangé toute ta fortune avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » La réponse du père est magnifique : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. » En nous donnant la parabole des ouvriers employés à la vigne, Notre Seigneur n’a pas l’intention de définir les règles de l’entreprise ou du marché du travail ! Il veut nous parler du type de relation que nous devons entretenir avec Dieu notre Père. Il s’agit bien d’une parabole du Royaume des cieux qui emprunte au monde du travail une image. Notre religion est tout sauf une religion du troc avec Dieu. Nous ne devrions pas aimer Dieu par intérêt, pour avoir un bien. Nous l’aimons par reconnaissance parce qu’il nous donne la vie et nous embauche dans sa vigne sans aucun mérite préalable de notre part. Nous l’aimons parce qu’en lui tout est aimable, parce qu’il est un Père plein de bonté pour tous ses enfants, les derniers comme les premiers ! Amen.
21/09/08
Matthieu 20, 1-16 (p.598)
L’évangéliste Matthieu a comme encadré la parabole des ouvriers employés à la vigne par un refrain. Nous avons le refrain final dans le texte liturgique : « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. » Mais il nous manque celui qui précède la parabole : « Beaucoup qui sont parmi les premiers seront derniers, et d’autres qui sont derniers seront premiers » (19, 30). Cette insistance n’est pas le fait du hasard et elle nous aide vraiment à entrer dans le sens profond de la parabole. Cette parabole fait partie de celles qui choquent notre bon sens humain, d’où la première lecture dans laquelle il nous est rappelé que les pensées de Dieu sont différentes des nôtres…
Spontanément nous nous retrouvons dans le groupe des « premiers » et nous faisons nôtres leurs récriminations contre le maître de la vigne : « Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur ! » Nous avons notre sens de la justice et de l’injustice. Et nous avons raison, en tant que chrétiens, de nous révolter face à l’injustice. Dans notre parabole non seulement un même salaire est attribué à ceux qui n’ont presque rien fait et à ceux qui ont travaillé toute la journée, mais en plus le paiement du salaire commence par les derniers venus ! La réponse du maître, c’est-à-dire de Dieu, ne se situe pas sur ce registre de la simple justice humaine mais le dépasse. Tout d’abord Dieu remet les pendules à l’heure : « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? » Dieu est souverainement libre. Et tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons, vient de Lui d’une manière directe ou indirecte. Nous sommes ses créatures. Nous lui devons notre vie et notre existence. C’est là le don fondamental qui nous est fait gratuitement. Qu’avons-nous fait pour naître ? Quel travail avons-nous fourni pour mériter de venir au monde ? Nous arrivons dans ce monde les mains vides et sans mérites. Cette logique de la création nous la retrouvons dans l’ordre du salut, celui du Royaume des cieux. Ce Royaume n’est pas celui du mérite mais bien celui de la grâce. Nous n’avons pas à tirer de cette vérité de foi de fausses conclusions encourageant la paresse et le laisser-aller. Car si nous lisons attentivement la parabole, nous constatons que le maître adresse un reproche aux hommes qu’il rencontre à cinq heures : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » Il n’est pas question pour le maître d’encourager l’oisiveté.
« Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » Au-dessus de la simple justice humaine Dieu place sa bonté de Père. Cette bonté qui est toujours générosité, abondance de biens dans la création comme dans le salut en Jésus. La jalousie des premiers ouvriers refuse cette bonté de Dieu au nom d’une conception humaine de la justice. C’est une histoire bien connue dans les familles : mon frère a eu ça, je ne l’ai pas eu… donc c’est la preuve que papa et maman m’aiment moins que lui ! Dieu aime autant les premiers ouvriers que les derniers. Simplement l’erreur des premiers ouvriers est de situer la récompense uniquement au niveau d’un bien, du salaire. Alors que la vraie récompense pour les premiers comme pour les derniers c’est d’avoir été embauché dans la vigne. La vraie récompense pour le chrétien, ce ne sont pas d’abord les biens donnés par Dieu, mais Dieu lui-même. La vraie récompense c’est la joie d’appartenir au Royaume des cieux et d’y apporter notre grande ou petite contribution. Si Dieu donne gratuitement, nous sommes appelés, nous aussi, à travailler gratuitement dans sa vigne et pour son Royaume… « Sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons votre sainte volonté », comme le chantent les scouts.
Nous aurions tout intérêt à méditer cette parabole en lien avec la parabole du fils prodigue chez saint Luc. Souvenez-vous de la récrimination du fils aîné qui ressemble étrangement à celle des premiers ouvriers : « Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à un seul de tes ordres, et à moi tu ne m’as jamais donné un chevreau pour faire la fête avec mes amis. Mais lorsque revient ton fils que voilà, celui qui a mangé toute ta fortune avec des prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras ! » La réponse du père est magnifique : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. » En nous donnant la parabole des ouvriers employés à la vigne, Notre Seigneur n’a pas l’intention de définir les règles de l’entreprise ou du marché du travail ! Il veut nous parler du type de relation que nous devons entretenir avec Dieu notre Père. Il s’agit bien d’une parabole du Royaume des cieux qui emprunte au monde du travail une image. Notre religion est tout sauf une religion du troc avec Dieu. Nous ne devrions pas aimer Dieu par intérêt, pour avoir un bien. Nous l’aimons par reconnaissance parce qu’il nous donne la vie et nous embauche dans sa vigne sans aucun mérite préalable de notre part. Nous l’aimons parce qu’en lui tout est aimable, parce qu’il est un Père plein de bonté pour tous ses enfants, les derniers comme les premiers ! Amen.
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