dimanche 28 décembre 2025

Sainte famille 2025 / année A

 28/12/2025

Colossiens 3, 12-21

Le mystère de l’incarnation que nous célébrons en ce temps de Noël prend le visage pour l’enfant Jésus de la sainte famille. Si Jésus est vraiment homme, il a comme chacun de nous une famille et une généalogie, donc des ancêtres. C’est par cette généalogie que Matthieu commence son Evangile : Jésus est fils de David et fils d’Abraham. La famille de Jésus est en même temps semblable à nos familles et très différente, et cela en raison de la conception virginale. Cette famille est unique non seulement parce que Joseph n’est pas le père biologique de Jésus mais surtout parce que tous les membres de cette famille sont saints. Aucune famille humaine ne pourra ressembler de ce point de vue à la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. L’Evangile de ce dimanche nous montre Joseph comme le protecteur de Jésus et de Marie. Joseph nous enseigne que la paternité ne se limite pas à procréer par l’union des corps. La paternité est bien plus grande qu’un acte biologique qui permet le commencement d’une nouvelle vie. Elle implique de la part du père un grand sens des responsabilités, le souci permanent du bien des enfants, leur éducation et leur protection pour qu’ils puissent parvenir à l’âge adulte capables de choix libres et responsables. La paternité implique surtout amour, tendresse et patience : Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Le lien de l’amour est bien plus important que le lien du sang.

Dans la deuxième lecture saint Paul nous exhorte à vivre la vie chrétienne dans notre relation avec le prochain et dans notre relation avec Dieu. Ce qu’il nous dit ne s’applique pas seulement à la famille dans le sens premier du terme mais à bien des familles qui composent notre société. Nous pouvons penser par exemple à la « famille » de l’Eglise, la communauté paroissiale, la communauté monastique ou religieuse, mais aussi à la « famille » de la nation, aux familles que sont aussi d’une certaine manière les nombreuses associations dans lesquelles nous pouvons être engagés, sans oublier la « famille » professionnelle, c’est-à-dire les personnes avec lesquelles nous travaillons et avec lesquelles, notons-le, nous passons beaucoup plus de temps qu’avec notre famille humaine, du moins avant l’âge de la retraite. Pour les chrétiens que nous sommes toutes ces familles sont importantes puisqu’elles sont le lieu de l’amour du prochain. Enfin lorsque nous célébrons la sainte famille pensons aussi aux personnes qui n’ont plus de famille, que ce soit des orphelins ou des personnes âgées qui ont perdu tous les membres de leur famille. Saint Paul nous rappelle que nous ne sommes pas chrétiens par nous-mêmes, nous le sommes parce que nous avons reçu un appel de la part de Dieu : Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Le don de la foi par lequel Dieu fait de nous ses enfants nous oblige à nous comporter en hommes nouveaux, à imiter Dieu lui-même dans notre conduite vis-à-vis des autres. Nous pourrions méditer ces qualités du cœur une par une : tendresse, compassion, bonté, humilité, douceur et patience. Toutes ces qualités sont le signe de la sainteté. Cette sainteté reçue de Dieu dans le Christ et par l’Esprit nous permet de nous supporter les uns les autres, nous permet de pardonner à ceux qui nous ont offensés. Cette sainteté a sa source dans l’amour de la Trinité auquel nous participons si, comme Joseph, nous demeurons à l’écoute du Seigneur avec un cœur ouvert à ses inspirations qui nous poussent toujours à accomplir le bien. Paul nous redit aussi l’importance de demeurer solidement enracinés dans l’amour de Dieu : Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. L’apôtre insiste particulièrement, et cela à trois reprises, sur notre capacité à reconnaître les dons de Dieu et à lui exprimer notre reconnaissance par toute notre vie. L’action de grâce est avec la foi, l’espérance et la charité l’âme de la vie chrétienne. Dans sa lettre aux Colossiens Paul nous invite vraiment à unifier notre vie dans le Christ :

Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.

C’est de cette unification spirituelle, caractéristique de l’homme nouveau, que dépend la paix dans les différentes « familles » qui font notre humanité : de notre famille humaine à la grande famille de tous les hommes et de tous les peuples, en passant par celle de la communauté chrétienne, du travail et de la nation.

jeudi 25 décembre 2025

NOEL 2025 / MESSE DU JOUR

 Jean 1, 1-18

Hier dans la messe de la nuit de Noël le verset de l’Evangile de Luc a de nouveau résonné dans nos cœurs :

Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Aujourd’hui dans la messe du jour Jean proclame :

Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Le contraste est saisissant entre d’une part la simplicité de Luc et d’autre part la vision grandiose de Jean. D’un côté un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire, de l’autre le Verbe éternel qui se fait chair et habite parmi nous. Et pourtant Luc et Jean nous parlent bien du même mystère, celui de l’incarnation. Le bébé de la crèche c’est le Verbe de Dieu fait chair. En effet les deux évangélistes nous disent la même chose : Dieu abolit la distance entre lui et ses créatures, Dieu désire une communion parfaite avec l’homme, et cela uniquement par surabondance d’amour. Dieu veut pour chacun d’entre nous la possibilité de vivre en communion avec lui et de connaître enfin la véritable joie, la véritable paix. Pourquoi à Bethléem et sous le règne d’Auguste ? Pourquoi pas à un autre moment de notre histoire humaine ? Seul le Père connaît le pourquoi de cette divine décision qui divise notre histoire entre un temps avant et un temps après Noël. Saint Jean dans son magnifique prologue insiste sur la différence entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, celle qui commence précisément avec l’incarnation : La Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. L’ère chrétienne est celle de la grâce et de la vérité. Avec le don du Messie la Loi de Dieu se fait intérieure à chacun de nous puisque Jésus, Fils de Dieu, est notre frère en humanité. Dans le Christ c’est l’amour miséricordieux et lui seul qui caractérise notre relation avec Dieu. Jean nous montre aussi que le mystère de l’incarnation ne supprime pas, bien au contraire, la liberté humaine, donc la nécessité de notre part de coopérer activement à la grâce de Dieu à l’exemple de Marie et de Joseph. Le mystère de l’incarnation ne supprime pas le drame de notre possible refus : Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Saint Luc dit à sa manière la même chose : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Chaque fois que nous célébrons Noël nous sommes amenés à nous poser à nouveau cette question : Y a-t-il de la place en moi pour accueillir Jésus aujourd’hui ? Jean nous parle aussi de ceux qui accueillent le mystère avec joie et gratitude : à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. En nous parlant de notre nouvelle naissance dans l’Esprit Jean nous fait comprendre le rapport entre ce qui est chair et ce qui est esprit. Dans l’incarnation la chair est honorée, elle est même divinisée puisque le Verbe s’est fait chair. En même temps la chair n’est rien sans l’esprit. Et Dieu est Esprit. Voilà pourquoi Jean nous dit que le chrétien n’est pas le fruit d’une volonté humaine mais le fruit du don de l’Esprit qui seul est capable de nous faire accéder à une relation renouvelée avec Dieu. Noël unit dans la personne du Verbe fait chair, dans l’enfant de la crèche, la chair et l’esprit. Le chrétien authentique est indissociablement terrestre et céleste. Il ne renie jamais son humanité avec ses fragilités et ses faiblesses puisqu’elle est le lieu de sa rencontre avec Dieu, le lieu de son salut. Il n’oublie jamais que sans l’Esprit de Dieu il ne peut pas devenir pleinement homme. C’est en effet dans le Verbe fait chair que nous est offerte la grâce d’accomplir notre vocation humaine. Le mystère de l’incarnation a pour but non seulement de nous diviniser mais aussi de nous humaniser. Car en nous délivrant de l’esclavage du mal et du péché, il nous rend pleinement humains. Nous comprenons à quel point depuis Noël il est impossible de séparer Dieu de l’homme et l’homme de Dieu.

Enfin Dieu qui est Esprit, incorporel et invisible, insaisissable pour notre pensée, se donne en quelque sorte à voir dans le Verbe fait chair : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Cette connaissance-vision de Dieu implique de notre part la foi : Il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom. Dans l’Evangile de Jean nous trouvons un dialogue significatif entre Philippe et Jésus : Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? En l’an de grâce 2025, contrairement à Philippe, nous ne pouvons pas voir Jésus comme lui le voyait. Depuis l’Ascension le Verbe de Dieu fait chair n’est plus visible. Il demeure toujours notre frère, avec nous, au milieu de nous. L’Ascension n’annule pas l’Incarnation. Il s’agit pour nous de le reconnaître avec les yeux de la foi et de l’amour non seulement dans la grâce des sacrements, dans l’amitié du cœur à cœur de la prière, dans la vie de l’Eglise mais aussi dans tout homme que nous rencontrons, en particulier dans ceux qui parmi nous sont les plus petits et les plus pauvres, ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Noël nous redit avec force le réalisme de notre religion qui implique toujours un engagement charnel pour transformer le réel et en faire la matière du Royaume de Dieu. Ce n’est pas sans raison que Jésus dit à Nicodème qu’il s’agit pour ses disciples de « faire la vérité » :

Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

NOEL 2025 / MESSE DE LA NUIT

Luc 2, 1-14

Le récit de l’évangéliste Luc qui nous raconte la naissance de Jésus à Bethléem est très simple. L’essentiel est dit dans le verset 7 du chapitre 2 : Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Et ce verset est répété au verset 12 dans le message de l’ange adressé aux bergers : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Le grand mystère de l’incarnation est résumé en très peu de mots, et des mots très simples. Cette simplicité du récit nous parle de l’humilité, de la petitesse, de la pauvreté de Dieu qui s’unit à notre nature humaine. Le grand signe de cette union entre Dieu et l’homme, c’est cet enfant nommé Jésus qui vient de naître dans une mangeoire destinée à nourrir les animaux de l’étable. Le lieu de la naissance du Messie est un lieu humble et pauvre parce qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans la salle commune. Dieu est non seulement venu à nous dans la pauvreté de la naissance de son Fils mais aussi parce que cet enfant, dès sa naissance, est en quelque sorte rejeté en dehors de la salle commune, une manière de dire qu’il n’est pas accueilli dans la société des hommes dont il est pourtant le Sauveur.

Dans le mot « incarnation » que l’Eglise utilise pour nous parler du mystère de Noël nous entendons le mot « chair ». C’est ce que saint Jean exprimera dans le prologue de son Evangile dans un style très différent de celui de Luc : Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Dieu est Esprit. Cela signifie qu’Il n’a pas comme nous un corps, et que par conséquent il est invisible. Il dépasse infiniment les conditions qui sont celles de notre expérience humaine : l’espace et le temps. La vie de Dieu en tant qu’Esprit est radicalement différente de notre vie qui s’inscrit toujours dans un lieu déterminé et dans un temps limité, borné entre le jour de notre naissance et celui de notre mort. C’est ce Dieu Esprit, nous dit la Bible dans ses premières pages, qui est à l’origine de tout le monde créé, donc de toutes les créatures corporelles ainsi que du monde physique. A Noël Dieu-Esprit épouse la condition humaine, il fait sienne notre chair, Il prend en quelque sorte corps en naissant de Marie dans l’enfant de la crèche. Le mystère de l’incarnation réalise en un lieu donné (Bethléem) et en un moment précis de notre histoire (le règne d’Auguste) la merveilleuse union de l’Esprit et de la chair, de l’esprit et du corps. Avant la naissance de Jésus il était possible pour les hommes de vivre une certaine forme de communion avec Dieu Père et Créateur. A partir de Noël cette communion est réalisée de manière parfaite et définitive dans l’enfant qui vient de naître. Cet enfant nous ouvre le chemin d’une nouvelle relation avec Dieu.

Il est éclairant pour nous de mettre en relation l’incarnation avec la création, Jésus enfant avec Adam, le premier homme. D’après les récits de la création dans le livre de la Genèse Dieu crée l’homme et la femme adultes. Adam et Eve n’ont pas d’enfance. Ils sortent en quelque sorte directement de Dieu qui est en même temps leur père et leur mère. Dans le mystère de l’incarnation le Sauveur ne se manifeste pas dans notre humanité directement comme un adulte « tombé du ciel ». Étant véritablement notre frère en humanité, il vit notre condition humaine intégralement de la naissance à la mort. Noël est bien le commencement humble et fragile de la vie du Fils de Dieu parmi nous. En vérité nous sommes bien plus proches de Jésus que d’Adam, car tous nous sommes nés d’une mère et d’un père, tous nous avons connu l’enfance avant de devenir adultes. Dans le mystère de l’incarnation Dieu prend son temps, il entre dans le temps progressif de notre histoire humaine qui du bébé nous conduit au terme de notre vie terrestre en passant par la longue maturation de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte. Si la Bible prête à Adam une durée de vie de 930 ans, l’enfant qui vient de naître dans la crèche mourra jeune et de façon violente. Adam ignore l’enfance mais vit très vieux, alors que le Christ connaît l’enfance et meurt avant de faire l’expérience de la vieillesse. L’incarnation que nous célébrons dans le mystère de Noël nous révèle ainsi l’éternelle jeunesse de Dieu qui ne craint pas d’être enfant, faible, dépendant et sans parole, pour nous ouvrir le chemin du salut. Ainsi Dieu est pour chacun de nous un commencement, une possibilité de renaître chaque jour, quel que soit notre âge… C’est la nouvelle naissance de chaque chrétien dans le baptême, la foi, l’espérance et la charité. C’est de l’intérieur et profondément que notre nature humaine est renouvelée, rajeunie par la manifestation du Fils de Dieu dans notre chair. L’hiver de Noël est en fait le printemps de notre vie.

En nous, marqués par le péché des origines et nos propres péchés, l’esprit et la chair ont tendance à se faire la guerre. Noël nous offre enfin la réconciliation de ce qui constitue la beauté et la fragile grandeur de notre nature humaine, l’union dans une personne unique de l’esprit et du corps. Le mystère de l’incarnation unifie ce que nous avons tendance à opposer ou encore à séparer : non seulement le corps et l’esprit mais aussi l’homme et Dieu. Le mystère de Noël révèle l’union en Dieu de ce que nous sommes tentés de considérer comme des réalités incompatibles : sa justice et sa miséricorde. Noël, c’est la belle et simple manifestation de l’Amour divin qui aime à pardonner et à réconcilier, de l’Amour qui recherche toujours la communion avec nous. Nous comprenons ainsi la signification profonde du chant des anges : Oui, gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ! Car désormais la gloire de Dieu et le salut des hommes sont inséparables parce qu’en Jésus Dieu et l’homme sont unis d’une manière unique et indestructible. C’est ce qui faisait dire à saint Irénée de Lyon en une magnifique formule dont il avait l’art :

La gloire de Dieu c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création procure la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu.


dimanche 21 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent / année A / 2025

 21/12/2025

Matthieu 1, 18-24

Dans l’Evangile selon saint Luc nous trouvons le récit de l’Annonciation à Marie. Dieu demande à la jeune fille de Nazareth son consentement afin qu’elle puisse devenir la mère de son Fils par l’action en elle de l’Esprit Saint. Dieu n’impose pas à Marie sa maternité. Il respecte sa liberté de créature humaine. Saint Matthieu, lui, nous présente une annonciation à Joseph, une annonciation qui advient en songe pendant son sommeil. Le but de cette divine inspiration est de permettre à Joseph de prendre chez lui Marie son épouse alors qu’elle est enceinte « avant qu’ils aient habité ensemble ». Comme Luc Matthieu insiste sur la conception virginale par laquelle Dieu nous donne son Fils comme Sauveur. Cette conception virginale signifie que seul Dieu est le Père de l’enfant qui va naître. Joseph à qui Marie avait été accordée en mariage est concerné au premier plan par cette naissance miraculeuse. D’où dans un premier temps sa réaction remplie de délicatesse et de respect envers son épouse : il ne voulait pas la dénoncer publiquement, et décida de la renvoyer en secret. Le songe divin lui présente la volonté de Dieu et lui demande son consentement pour être le père de Jésus. Comme Marie il accepte sa mission d’époux et de père : Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Matthieu nous présente Joseph comme un juste. Ce récit de l’annonciation à Joseph nous montre qu’il est un pauvre, un homme qui accepte un dépouillement total en vue de se conformer à la volonté de Dieu. Ce dépouillement implique de sa part un double renoncement. Il renonce tout d’abord à avoir avec sa femme Marie les relations qui sont celles d’un époux avec son épouse, d’un amour qui s’exprime aussi par l’union des corps. Et ce renoncement est aussi celui de Marie à l’égard de Joseph. A ce renoncement s’en ajoute un second : il renonce à être pleinement le père de Jésus. Il ne pourra pas dire de cet enfant comme les autres pères le font avec fierté et émotion : c’est mon fils. Joseph est privé de la joie d’être géniteur, pour lui pas de paternité charnelle. C’est donc un sacrifice spirituel que Dieu demande à cet homme et ce sacrifice est grand. Le message que nous délivre l’annonciation à Joseph concerne le rapport entre l’esprit et la chair. Le mystère de l’incarnation honore la chair : Jésus est vraiment homme. Il honore aussi l’esprit : cet enfant, Sauveur de l’humanité, est le fruit en Marie de l’Esprit Saint et ses parents font le sacrifice de la relation normale entre mari et femme pour être les serviteurs d’un dessein spirituel qui les dépasse. Dans la méditation que Paul fait sur le mystère de la résurrection au chapitre 15 de sa première lettre aux Corinthiens nous trouvons une lumière sur cette relation entre la chair et l’esprit, lumière qui éclaire bien le pourquoi de la conception virginale du Christ ainsi que le mystère de l’incarnation :

Ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. L’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.

dimanche 14 décembre 2025

Troisième dimanche de l'Avent / année A / 2025

 14/12/2025

Matthieu 11, 2-11

En ce troisième dimanche de l’Avent nous retrouvons la figure de Jean, non plus au début de son ministère de précurseur mais en prison, tout proche désormais de son martyre. Et voilà que Jean semble douter quant à l’identité de Jésus qu’il avait pourtant si clairement présenté au peuple comme celui qui baptiserait dans l’Esprit Saint et dans le feu, comme l’Agneau de Dieu qui enlèverait les péchés du monde… Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Ce doute a de quoi nous étonner de la part du précurseur. Mais souvenons-nous qu’il avait annoncé un Messie juge qui brulerait les pécheurs comme de la paille dans un feu qui ne s’éteint pas… La miséricorde de Jésus envers les pécheurs a dû provoquer ce doute chez Jean. La réponse du Seigneur au questionnement du Baptiste énumère les miracles accomplis en faveur des hommes accablés par la maladie, le handicap et la crainte de la mort. Dans cette réponse il n’est pas question de jugement. Et Jésus d’ajouter comme un avertissement : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !

Dans la seconde partie de l’Evangile de cette liturgie Jésus dresse le portrait de Jean. Si Jean a douté de l’identité de Jésus comme Messie, Jésus, lui, ne doute pas de Jean : il est le plus grand des prophètes. Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste. Cette affirmation a de quoi nous étonner dans la bouche d’un Juif. Jean est en effet placé au-dessus d’Abraham et de Moïse ! Et si nous lisons les versets qui suivent notre Evangile nous en apprenons davantage sur la figure de Jean :

Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer. Tous les Prophètes, ainsi que la Loi, ont prophétisé jusqu’à Jean. Et, si vous voulez bien comprendre, c’est lui, le prophète Élie qui doit venir.

Jésus assimile donc la figure de Jean à celle d’Elie. Dans le canon catholique des livres bibliques les derniers versets de l’Ancien Testament (Malachie 3, 23.24) annoncent la venue du prophète Elie… Jean est l’homme de la frontière, du passage, entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Sa grandeur tient au fait qu’il est le seul parmi les prophètes à avoir vu de ses yeux le Messie. Et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. Cette parole de Jésus donne à notre dimanche sa tonalité joyeuse. Pour la comprendre écoutons cette autre parole du Seigneur : Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. A la lumière de cette béatitude nous comprenons pourquoi le Messie donne comme signe à Jean les aveugles qui voient et les sourds qui entendent… Oui, heureux sommes-nous parce que nous vivons dans l’ère chrétienne, dans le temps de la grâce et du salut. La source de notre joie c’est bien notre foi par laquelle nous voyons le Seigneur agir dans nos vies, par laquelle nous l’entendons nous parler encore aujourd’hui.

dimanche 7 décembre 2025

Deuxième dimanche de l'Avent / année A

 7/12/2025

Isaïe 11, 1-10

Dans notre chemin spirituel de l’Avent la liturgie de la Parole nous fait entendre en ce dimanche une prophétie messianique d’Isaïe : Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Il s’agit d’un message d’espérance concernant la venue du Messie. Dans la première partie de la prophétie Isaïe nous décrit la personnalité du rameau issu de David. Ce descendant du grand roi d’Israël nous est présenté dans sa relation avec Dieu et avec les hommes. Il est habité par l’Esprit de Dieu. Il est rempli de la crainte du Seigneur, c’est-à-dire de la profonde attitude d’adoration et de respect envers Dieu. Il est un exemple parfait de piété. Dans sa relation avec les hommes le rejeton de David est perçu essentiellement dans sa fonction de juge : Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. A l’image de Dieu il connaît le cœur des hommes, c’est la raison pour laquelle il est capable de juger avec justice et non d’après les apparences. Isaïe nous montre un Messie faisant justice en particulier aux petits et aux humbles, un Messie des pauvres. Dans la synagogue de Nazareth Jésus assumera cette vision en citant à son tour le prophète Isaïe au chapitre 61 : L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération. Le Messie annoncé par les deux prophéties d’Isaïe (chapitres 11 et 61) est celui qui vient combler notre soif de justice. Confrontés au mal et à l’injustice qui semblent régner en ce monde nous nous réjouissons de connaître celui dont l’Ecriture nous dit : La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le dernier verset de la prophétie nous fait entrevoir que cette espérance du Messie sera universelle : Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. Ce beau portrait annonce bien Jésus le Sauveur. Mais un passage de la prophétie ne correspond pas vraiment à ce que nous connaissons du cœur du Christ : Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. Isaïe entrevoit la justice de Dieu mais sans la miséricorde, sa prophétie est incomplète, partielle. Il en est de même pour le portrait que Jean le baptiste nous donne de Jésus dans l’Evangile : Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. Jésus pendant le temps de son ministère n’a pas fait mourir le méchant ni brûler la paille, image des pécheurs, dans un feu qui ne s’éteint pas… Il n’est pas venu pour condamner, encore moins pour tuer, il est venu pour sauver les pécheurs et leur manifester l’amour sans limites du Père. Voilà ce qui manque chez Isaïe et chez Jean.

La seconde partie de la prophétie d’Isaïe nous décrit d’une manière merveilleuse les conséquences de la venue du Messie et de son règne. Un monde où toutes les créatures vivent dans la paix et sont réconciliées par la puissance de l’amour et de la justice du rameau sorti de la souche de Jessé. Le Messie nous ramènera à l’état de justice qui était celui du paradis terrestre avant l’entrée du péché dans le cœur de l’homme. C’est bien une vision paradisiaque qu’Isaïe nous fait contempler… Mais n’oublions pas l’importance du verset 9 : Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce n’est pas en faisant mourir les méchants que le Messie nous fera le don d’un monde de paix et de justice mais en répandant dans nos cœurs par l’Esprit Saint la connaissance du Seigneur. C’est dans ce contexte que nous pouvons recevoir l’appel à la conversion de Jean : Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche… Produisez donc un fruit digne de la conversion. Dieu en nous donnant le Messie, son Fils bien-aimé, nous invite à prendre librement nos responsabilités. Ce royaume de justice et de paix auquel notre cœur aspire tant nous est bien offert en Jésus-Christ mais il nous appartient de le rendre possible par notre propre conversion. C’est le point commun entre l’Avent et le Carême : dans ces deux temps de préparation Dieu nous demande de nous réveiller, de sortir de notre résignation au mal et au péché pour librement marcher sur les voix du salut et, dans la vigilance spirituelle, produire des fruits dignes de la conversion.

mardi 2 décembre 2025

Premier dimanche de l'Avent / Année A

 


30/11/2025

Matthieu 24, 37-44

Le mot « Avent » signifie venue, avènement. D’où l’Evangile selon saint Matthieu qui nous parle de l’avènement de Jésus. Ce second avènement dans la gloire nous le proclamons dans nos professions de foi et dans l’anamnèse après la consécration du pain et du vin : « Nous attendons ta venue dans la gloire ». Si dans les premières générations chrétiennes cet aspect de notre foi était très important, il a perdu de son intensité au fur et à mesure que les siècles s’ajoutaient aux siècles… Et si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous constatons à quel point cette attente du second avènement du Christ n’est pas au centre de notre foi. A la petite échelle de notre vie humaine cet avènement nous semble très lointain. Nous ressemblons bien à la génération de Noé avant le déluge : on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche… Ce que Jésus nous dit de son avènement est aussi valable pour le jour de la fin de notre vie terrestre : vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient… De la même manière nous ne connaissons pas le jour de notre mort. Ce regard orienté vers un avenir que nous ne maitrisons absolument pas et qui dépend de la volonté de Dieu et de son plan de salut nous ramène finalement à notre attitude spirituelle dans le présent :  Veillez donc, tenez-vous donc prêts, vous aussi. Ces verbes sont bien conjugués au présent. Paul s’en fait l’écho dans la deuxième lecture quand il nous dit que l’heure est venue de sortir de notre sommeil. L’entrée dans le temps de l’Avent nous propose donc comme attitude spirituelle la vigilance. Cette vigilance n’est possible que dans la mesure où nous consacrons du temps à Dieu dans la prière personnelle, dans la lecture et la méditation, dans la fréquentation des sacrements par lesquels Dieu vient à notre rencontre. La vigilance chrétienne, en s’appuyant sur une relation vivante avec Dieu et sur la parole de Jésus, nous rend capable d’être attentifs aux signes des temps. La vigilance chrétienne nous permet d’être des hommes et des femmes libres, capables quand il le faut d’aller à contre-courant de la pensée dominante et de résister aussi à des messages anxiogènes. Dans le contexte médiatique actuel qui fait résonner à nos oreilles des propos agressifs en faveur de la guerre, une guerre planifiée par les dirigeants européens qui ne cessent de nous parler de réarmement (plan européen de 800 milliards d’euros !), de service militaire et d’une menace qui semble n’exister que dans leur imagination, nous avons besoin de recul et de discernement. Car la propagande n’est pas le propre des dictatures lointaines, elle existe aussi chez nous. Elle utilise comme toujours la peur alors que Jésus ne cesse de nous dire « n’ayez pas peur » ! Le chrétien vigilant ne peut approuver ces appels à se préparer à une guerre que l’on nous présente comme inéluctable et que l’on semble préférer, par idéologie et obstination, à une paix issue de négociations et de la diplomatie. Le chrétien prend au sérieux les Béatitudes : « Heureux les doux : car ils posséderont la terre ! Heureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu ! » Comme il est bon pour nous d’entendre l’oracle du prophète Isaïe dans la première lecture, combien nous avons besoin d’inscrire ces paroles de paix au plus profond de notre cœur pour résister aux violents et aux belliqueux qui ont tendance à saturer l’espace médiatique afin de nous préparer au pire !

De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.


dimanche 23 novembre 2025

Le Christ, roi de l'univers (année C)

 



23/11/2025

Luc 23, 35-43

Le dimanche qui clôture notre année liturgique célèbre la royauté universelle du Christ qui a commencé sa prédication par l’annonce du royaume de Dieu. Tous les mots humains que nous utilisons pour parler de Dieu doivent être correctement interprétés et bien compris. Lorsque nous regardons l’histoire du peuple d’Israël nous constatons en effet une répulsion envers la monarchie (ce que les Romains de l’antiquité nommaient odium regni). Et pas simplement pour des raisons politiques ou par peur de la tyrannie. Cette méfiance viscérale envers la monarchie (le pouvoir remis entre les mains d’un seul) est présente dès l’apologue de Yotam (appelé aussi « fable des arbres ») en Juges 9 dont nous trouvons un équivalent dans les fables d’Esope. Le passage biblique le plus important sur ce thème se trouve en 1 Samuel 8, au moment précis où le peuple demande un roi à Samuel : Maintenant donc, établis, pour nous gouverner, un roi comme en ont toutes les nations. Cette demande déplut à Samuel mais surtout au Seigneur lui-même : Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux. Voici la vraie raison du rejet de la monarchie : Israël ne doit pas avoir d’autre roi que Dieu. Ensuite Samuel décrit avec détails les inconvénients de la monarchie. Je ne cite qu’un bref passage pour en donner une idée : Vos fils, le roi les prendra, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les utilisera comme officiers ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et les pièces de ses chars… Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses dignitaires et à ses serviteurs… Sur vos troupeaux, il prélèvera la dîme, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Le message est clair : en demandant un roi le peuple perd sa liberté qui est un don de Dieu. Une fois la monarchie établie il sera trop tard pour se plaindre : Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous aurez choisi, mais, ce jour-là, le Seigneur ne vous répondra pas ! Nous trouvons un écho de cette critique du pouvoir monarchique dans les paroles mêmes de Jésus. Et ce n’est pas par hasard si ces paroles sont prononcées au chapitre 22, le chapitre qui précède celui de la Passion du Christ : Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! C’est en contemplant le Messie crucifié que la liturgie nous fait comprendre que Jésus est roi d’une manière très différente de celle des rois de la terre. Dès le commencement de son ministère Jésus a repoussé la tentation du pouvoir que lui offrait Satan s’il se prosternait devant lui. A trois reprises dans l’Evangile de ce dimanche nous entendons cette parole de défi lancée à Jésus sur la croix : « sauve-toi toi-même ! ». La logique de Jésus est à l’opposé de celle des puissants de ce monde qui pour se sauver eux-mêmes sont prêts à sacrifier les citoyens ou encore à faire des guerres. Jésus est venu pour sauver les autres, pas lui-même. C’est bien en tant que Sauveur qu’il est roi à la manière de Dieu, c’est-à-dire d’une manière unique. Même les bons rois ou les bons dirigeants qui ont pu exister ne sont pas comparables à la royauté du Christ. Notre Seigneur nous sauve en offrant toute sa personne, toute sa vie pour chacun de nous. Il règne uniquement par l’amour, la miséricorde et le pardon. Et le premier dans son royaume, le seul saint canonisé par Jésus, est un malfaiteur, pas un courtisan… L’humble prière du bandit lui ouvre en un instant les portes du Royaume : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. / Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Il est éclairant de comparer la prière du malfaiteur à celle des apôtres Jacques et Jean qui demandent les premières places en faisant passer la requête par leur mère… Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. D’un côté l’humble supplication de celui qui espère en la vie éternelle avec Jésus, de l’autre l’orgueilleuse demande des apôtres qui succombent aux mirages du pouvoir terrestre. Ce royaume dont Jésus est le roi au cœur humble et doux, il nous l’a acquis au prix de son sang. Nous savons que le règne de Dieu est au milieu de nous. Pour le reconnaître nous avons besoin de changer nos manières de penser et de voir. L’un des fruits de la Passion de notre roi bien-aimé est le don d’un cœur nouveau, d’un cœur de chair qui ne confond pas les grandeurs de ce monde avec la véritable grandeur révélée par la vie tout entière du Messie et par la vie des saints.


dimanche 16 novembre 2025

33ème dimanche du temps ordinaire / année C / 2025

 16/11/2025

Luc 21, 5-19

L’Evangile de ce dimanche nous ramène au temple de Jérusalem avec l’admiration des disciples pour sa beauté et le commentaire qu’elle suscite de la part de Jésus : Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. Contrairement à Jean saint Luc situe la purification du temple dans les derniers jours de la vie de Jésus à Jérusalem, au chapitre 19. Le contexte qui précède notre Evangile est significatif. Il nous présente comme un triptyque autour du thème du temple. Au chapitre 19 Jésus expulse les vendeurs hors du temple : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. Ensuite nous trouvons l’épisode de l’offrande de la pauvre veuve dans le trésor du temple : En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-là, pour faire leur offrande, ont pris sur leur superflu mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. Enfin l’annonce brutale de la destruction du temple, annonce qui implique la fin du sacerdoce et des sacrifices. En résumé : le temple est consacré à la prière, il est le lieu d’un nouveau type de sacrifice, non plus celui des animaux, mais celui de l’offrande totale, de la générosité extrême, celle illustrée par la veuve, mais ce temple de pierre sera détruit par les Romains en 70.

A l’annonce de la destruction du temple correspond l’annonce des persécutions dont seront victimes les chrétiens : Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. L’offrande de la veuve dans le temple annonce l’offrande des martyrs, celle du témoignage suprême. Le Seigneur prévient ses disciples : il ne suffit pas de croire en moi, il est essentiel pour vous de persévérer dans la foi : C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. Cette sentence nous rappelle la parabole du semeur au chapitre 8 de saint Luc : Il y a ceux qui sont dans les pierres : lorsqu’ils entendent, ils accueillent la Parole avec joie ; mais ils n’ont pas de racines, ils croient pour un moment et, au moment de l’épreuve, ils abandonnent. Souvenons-nous au contraire de la graine semée dans la bonne terre : Et ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont les gens qui ont entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, qui la retiennent et portent du fruit par leur persévérance.

La question des disciples sur l’avenir (Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ?), même si nous pouvons la comprendre, n’est pas une bonne question, c’est une question qui nous empêche d’être la bonne terre dans la persévérance et la fidélité dans le temps présent qui est le seul que nous ayons pour nous unir à Dieu et pour aimer notre prochain. Ecoutons la belle prière trouvée sur une petite sœur du Sacré-Cœur tuée en Algérie le 10 novembre 1995 :

« Vis le jour d’aujourd’hui, Dieu te le donne, il est à toi, vis-le en Lui. Le jour de demain est à Dieu, Il ne t’appartient pas. Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui. Demain est à Dieu : Remets-le Lui. Le moment présent est une frêle passerelle, si tu le charges des regrets d’hier, de l’inquiétude de demain, La passerelle cède et tu perds pied. Le passé ? Dieu le pardonne. L’avenir ? Dieu le donne. Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec Lui. Et s’il y a lieu de t’inquiéter pour un être bien-aimé, regarde-le dans la lumière du Christ ressuscité. »

 

 

 

dimanche 9 novembre 2025

Dédicace de la basilique du Latran / 2025

 9/11/2025

Pourquoi fêtons-nous dans l’Eglise universelle la dédicace d’une basilique romaine, celle du Latran ? Tout simplement parce que cette basilique majeure de la ville de Rome est la cathédrale du pape. Symboliquement la basilique du Latran est la première en dignité parmi toutes les églises du monde. C’est un pape d’Avignon, Grégoire XI, qui en 1372 lui donna le titre significatif de « Mère et tête de toutes les églises de la Ville et du monde ». L’importance de la basilique du Latran est aussi historique. Constantin, le premier empereur chrétien, avait suivi la tradition païenne qui voulait qu’avant une bataille décisive on fasse un vœu à un dieu. En cas de victoire le vainqueur édifiait un temple à la divinité dans la ville de Rome. Avant la bataille du pont Milvius l’opposant à son rival Maxence, Constantin avait promis au Christ l’édification d’une basilique. Le vœu fut réalisé et c’est ainsi que fut édifié le premier lieu de culte chrétien officiel à Rome, une fois le temps des persécutions terminé et la liberté religieuse proclamée en 313. La basilique de Constantin fut d’abord dédiée au Christ Sauveur et par la suite à saint Jean Baptiste et à saint Jean l’évangéliste. Il ne reste presque rien de cette première basilique qui fut entièrement refaite en 1650. La basilique du Latran est donc non seulement la cathédrale de l’évêque de Rome mais aussi la plus ancienne église du monde chrétien, basilique votive, Mère de toutes les églises du monde. Célébrer la dédicace de la basilique du Latran, c’est donc célébrer l’Eglise mère qui enfante les enfants de Dieu par le baptême et les sacrements, par la prédication de la Parole et la mission aux quatre coins du monde.

L’Evangile de la dédicace est celui de Jésus qui chasse les marchands du temple. Il rappelle ainsi la dignité et l’importance du lieu de culte consacré au Seigneur et, par avance, le respect que nous devons avoir envers nos églises de pierre. Plus profondément le Sauveur fait comprendre par son geste que les églises de pierre ne sont pas l’essentiel, car le temple dont il parlait, c’était son corps. L’église bâtiment est en effet au service de l’Eglise-communauté, c’est-à-dire le Corps du Christ, l’ensemble des baptisés et des croyants. Et c’est bien cette vérité que saint Paul nous redit dans la deuxième lecture : Vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit. Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?

Chaque fois que nous célébrons la dédicace d’une église, la liturgie nous ramène à notre dignité de baptisés et de fidèles du Christ. Nous sommes en effet la maison que Dieu construit, un sanctuaire de Dieu. Et dans la métaphore de la construction Paul nous donne à voir le Christ comme pierre de fondation : La pierre de fondation, personne ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ. Si à l’instar du temple de Jérusalem nos églises de pierre peuvent être détruites, le Corps du Christ ressuscité, lui, ne peut être détruit. Le Christ est pierre de fondation inébranlable de l’Eglise, et, en lui, le pape à la suite de saint Pierre. Jésus est pierre de fondation de par sa résurrection et son Ascension. Pierre de fondation céleste et non pas terrestre, divine et non pas humaine. Par notre baptême, notre foi, l’exercice de la charité chrétienne nous participons de sa victoire sur la mort, et en tant que sanctuaires de Dieu personne ne peut détruire ce que nous sommes. Beaucoup de chrétiens sont persécutés de par le monde aujourd’hui comme l’étaient les chrétiens de l’Empire romain de la génération d’avant Constantin. Beaucoup sont menacés, insultés, privés de liberté, emprisonnés, mis à mort… Mais les martyrs de notre temps portent un témoignage à la vérité de la parole de l’Evangile : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps… Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? La dédicace de la basilique du Latran nous rappelle que nous sommes consacrés à Dieu, que nous lui appartenons, et que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Nous sommes la maison que Dieu construit sur le Christ en vue de la vie éternelle déjà commencée ici-bas.

samedi 1 novembre 2025

TOUSSAINT 2025

 Il y a 61 ans les pères du Concile Vatican II donnaient à l’Eglise la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium. Le chapitre V de ce document traite de l’appel universel à la sainteté dans l’Eglise. Au n°40 nous pouvons lire :

Maître divin et modèle de toute perfection, le Seigneur Jésus a prêché à tous et chacun de ses disciples, quelle que soit leur condition, cette sainteté de vie dont il est à la fois l’initiateur et le consommateur : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Et en effet à tous il a envoyé son Esprit pour les mouvoir de l’intérieur à aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de toute leur intelligence et de toutes leurs forces (cf. Mc 12, 30), et aussi à s’aimer mutuellement comme le Christ les a aimés (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12). [Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par la même, réellement saints. Cette sanctification qu’ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever par leur vie. ] 

En 2018 le pape François a voulu actualiser l’appel du Concile à la sainteté dans son exhortation apostolique Gaudete et exsultate. Dans le troisième chapitre il commente d’une part les Béatitudes et de l’autre l’Evangile du jugement dernier en Matthieu 25. Ces paroles de Jésus sont pour nous des indications claires sur le chemin nous permettant de demeurer fidèles à la sainteté reçue au baptême et dans la grâce des sacrements. Le pape nous invite à ne pas séparer la prière et l’action, la foi et les œuvres. La vraie sainteté chrétienne unifie ces différents aspects de notre vie et il n’y a pas lieu de les opposer. Chaque saint au cours de l’histoire de l’Eglise a incarné plus particulièrement un aspect de l’infinie sainteté de Dieu en communion avec la sainte Eglise. Certains d’entre eux l’ont fait dans une vie davantage apostolique, d’autres dans une vie surtout contemplative. Dans tous les cas la profonde réflexion de saint François de Sales demeure valable pour nous faire comprendre en quoi consiste la sainteté chrétienne : Il n'y a pas plus de différence entre l'Évangile écrit et la vie des saints qu'entre une musique notée et une musique chantée. A deux reprises, et cela dans deux documents différents, le pape François nous met en garde à propos d’une vie en Eglise qui manquerait de racines spirituelles. L’Eglise, étant donné qu’elle n’est pas uniquement divine de par son origine et sa vie mais aussi humaine, a besoin de s’organiser afin de vivre de la grâce et d’évangéliser dans l’attente de l’accomplissement du Royaume à la fin des temps. Cette organisation doit rester un moyen. Le risque et la tentation étant d’oublier notre enracinement spirituel en Dieu et l’annonce de la Parole de Dieu à tous au profit de structures. Ecoutons le pape au n°88 de son encyclique consacrée au Sacré-Cœur, Dilexit nos :

Je voudrais ajouter que le Cœur du Christ nous libère en même temps d’un autre dualisme : celui des communautés et des pasteurs qui se concentrent uniquement sur les activités extérieures, les réformes structurelles dépourvues d’Évangile, les organisations obsessionnelles, les projets mondains, les réflexions sécularisées, les propositions qui se présentent comme des prescriptions que l’on veut parfois imposer à tous. Il en résulte souvent un christianisme qui oublie la tendresse de la foi, la joie du dévouement au service, la ferveur de la mission de personne à personne, la fascination pour la beauté du Christ, la gratitude passionnée pour l’amitié qu’Il offre et pour le sens ultime qu’Il donne à la vie.

Et dans Gaudete et exsultate nous pouvons lire au n°138 :

L’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante.

Les réunions paroissiales et diocésaines peuvent être utiles à condition de toujours rappeler la primauté de Dieu et du Christ, à condition de ne pas phagocyter par leur trop grande fréquence le cœur de la vie chrétienne : prière et service du prochain. Ces moyens ne doivent jamais devenir des fins et transformer notre Eglise en une bureaucratie dépourvue d’Evangile. La recherche et le désir de vivre de la sainteté du Christ nous rappellent en permanence la ferveur de la mission de personne à personne, l’importance du témoignage personnel de vie en actes et en paroles. Chaque fidèle, donc chacun de nous, est appelé à contribuer par son enracinement en Dieu à la beauté et au rayonnement de la sainteté de l’Eglise dans le monde de notre temps. Notre Eglise si elle en venait à oublier sa nature essentiellement mystique et spirituelle ne serait plus apte à témoigner du Christ. Elle deviendrait une organisation humaine comme une autre avec ses règlements, son organisation structurelle et ses réformes, en se centrant finalement sur elle-même, déconnectée de Dieu et de la vie du monde. Cette Eglise deviendrait ennuyeuse et ennuyante, ayant perdu la joie de l’Evangile. Or dans l’Eglise issue de la Trinité, c’est toujours la relation personnelle qui doit avoir la primauté sur l’organisation structurelle. Pas de sainteté authentique sans une vraie relation à Dieu dans la prière et les sacrements et sans une relation de charité avec notre prochain, dans et en-dehors de la communauté, jusqu’aux périphéries dont le pape François nous rappelait souvent l’importance pour nous catholiques, appelés à être ouverts à l’universalité du salut de Dieu.

dimanche 12 octobre 2025

28ème dimanche du temps ordinaire / année C / 2025

 12/10/2025

Luc 17, 11-19

L’Evangile de ce dimanche nous rapporte la guérison d’un groupe de 10 lépreux, ce qui est assez rare. La plupart du temps Jésus guérit une personne et pas un groupe. Tous ont été purifiés de leur lèpre mais tous n’ont pas l’attitude spirituelle qui convient. D’où la remarque du Seigneur :

« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »

Tous ont donc reçu la grâce de Dieu mais la majorité d’entre eux sont des ingrats. Un seul a pensé à revenir vers Jésus pour lui rendre grâce, c’est-à-dire pour lui exprimer sa reconnaissance, sa gratitude, et sa joie d’avoir été sauvé. Or il se trouve que c’est un samaritain. Déjà au chapitre 10 Jésus avait mis en valeur un samaritain dans la parabole du « bon samaritain ». Nous pouvons aussi penser au magnifique dialogue de Jésus avec la samaritaine au chapitre 4 de saint Jean. Cela n’empêche pas le Seigneur de le désigner comme un « étranger » alors que les samaritains étaient Juifs eux aussi, mais considérés d’un mauvais œil car ils ne pratiquaient pas leur foi dans le temple de Jérusalem. D’ailleurs Jésus lui-même est victime de ce préjugé à l’encontre des samaritains alors qu’il est originaire de Galilée. Au chapitre 8 de saint Jean les Juifs l’interpellent ainsi : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? Il est clair que pour Jésus ce qui compte ce n’est pas l’appartenance à un peuple ou encore notre origine géographique. Il n’hésite pas un instant à dire son admiration lorsqu’il rencontre la foi chez les non-Juifs, comme avec l’officier romain : Je vous le déclare, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi !  En mettant en valeur l’attitude des samaritains méprisés de tous il rappelle notre humanité commune et souligne ainsi l’unité du genre humain plus importante que toutes les divisions que les hommes créent entre eux. La valeur d’un homme ne provient pas de son origine géographique mais bien plutôt de son comportement éthique.

La leçon spirituelle de cette page évangélique est évidente : quelle est notre capacité à dire merci à Dieu et à nos frères ? L’action de grâce, la gratitude ou encore la reconnaissance sont des vertus humaines et chrétiennes de première importance. Jésus lui-même nous en donne l’exemple à de nombreuses reprises mais en particulier au cours de la dernière Cène, lorsqu’il institue pour nous le sacrement de l’eucharistie qui est par excellence le sacrement de l’action de grâce.

Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : « Prenez ceci et partagez entre vous… Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »

Lors de la dernière Cène le Seigneur rend grâce au Père pour le vin et le pain qui deviendront son sang et son corps, signes de sa présence et de sa vie donnée. L’eucharistie est l’école de l’action de grâce. Elle nous forme en effet à savoir remercier Dieu du fond de notre cœur pour les dons de la terre (le pain et le vin et tout ce qu’ils représentent) et pour les dons du Ciel (le corps et le sang de Jésus et toutes les grâces divines). De la présentation des dons à la consécration l’eucharistie nous entraîne dans l’action de grâce du Fils qui inclue la création et le salut par la rédemption.

En ce dimanche nous rendons grâce tout particulièrement pour l’appel que Dieu a mis dans le cœur de Charline, Marion et Thibault et pour la réponse qu’ils viennent de donner au milieu de nous. Les catéchumènes de notre communauté nous rappellent la vérité de cette parole de Jésus :

Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire.

dimanche 5 octobre 2025

27ème dimanche du temps ordinaire / année C / messe pour la sauvegarde de la création

 


5/10/2025

Luc 17, 5-10

Dimanche de prière pour la sauvegarde de la création

En cette année 2025 l’Eglise ne célèbre pas seulement le Jubilé mais aussi le 10ème anniversaire de l’encyclique Laudato si’ comme le rappelle le pape Léon dans son message à l’occasion de la journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création. En conformité avec le souhait du pape François l’Eglise propose à ses fidèles de vivre chaque année le « temps de la Création » du 1er septembre au 4 octobre. Au lendemain de la fête de saint François d’Assise nous prions à cette intention au cours de cette messe. Le thème de la 10ème journée a été choisi en lien avec celui du Jubilé : « semences de paix et d’espérance ».  Ce thème est un écho de la prophétie d’Isaïe :

L’Esprit qui vient d’en haut sera répandu sur nous. Alors le désert deviendra un verger, et le verger sera pareil à une forêt. Le droit habitera le désert, la justice résidera dans le verger. L’œuvre de la justice sera la paix, et la pratique de la justice, le calme et la sécurité pour toujours. Mon peuple habitera un séjour de paix, des demeures protégées, des lieux sûrs de repos » (Is 32, 15-18).

Pas de paix sans justice comme l’affirme constamment la doctrine sociale de l’Eglise. Le pape Léon mentionne dans son message la dévastation humaine et écologique causée par les conflits armés. Conséquences du péché et du mal qui habitent le cœur de l’homme, les guerres ne sont pas seulement une grave violation du commandement originel, déjà donné à Noé par Dieu, « Tu ne tueras pas », elles dévastent aussi la création et gaspillent d’énormes ressources financières ainsi que des matières premières qui auraient pu être utilisées pour la culture de la vie et la protection de la création. Nous comprenons aisément cela en méditant la prophétie d’Isaïe 2, 4 : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles ». Quand des gouvernants affirment qu’il n’y pas d’argent disponible pour les hôpitaux, les pauvres, les étudiants, les chômeurs, les retraités mais qu’il y en a pour fournir des armes et entretenir des guerres, on peut s’interroger sur la cohérence de leurs propos. Le thème de la 10ème journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création (semences de paix et d’espérance) nous ramène à une page fondamentale de la Genèse pour vivre l’écologie intégrale à laquelle nous appelle l’encyclique Laudato si’, celle du jardin au chapitre 2. Le pape Léon met en valeur dans son message l’importance de ce texte biblique qui nous appelle en tant qu’images de Dieu à “cultiver et garder” le jardin du monde (cf. Gn 2, 15). Alors que “cultiver” signifie labourer, défricher ou travailler, “garder” signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature.

Brièvement je voudrais dire un mot à propos de la parabole des simples serviteurs : De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” Il s’agit d’un appel à l’humilité, à ne pas tirer orgueil de notre respect pour les commandements de Dieu. Dans cette histoire Jésus pose la question suivante : « Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ? Il existe une dissymétrie dans la relation maître / serviteur. Et Jésus semble valider cette relation en ajoutant : Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? Au chapitre 12 du même Evangile le Seigneur utilise une image semblable, celle du serviteur et du maître, mais dans un contexte qui semble être celui du retour du Christ à la fin des temps :

Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.

Le message du chapitre 12 semble nous dire l’exact opposé de la parabole des simples serviteurs… Différence entre le temps de l’Eglise et celui du Royaume ? Ce qui est certain c’est que la parole du chapitre 12 s’accomplit à chaque eucharistie puisque le maître se fait notre serviteur et passe au milieu de nous pour nous servir et nous faire partager le don de son corps et de son sang en vue de la communion avec lui et entre nous.

 


dimanche 28 septembre 2025

26ème dimanche du temps ordinaire / année C / 2025

 28/09/2025

Luc 16, 19-31

La parabole du riche et de Lazare nous parle de l’aveuglement qui nous empêche de nous convertir et nous conduit ainsi à notre propre perdition. Dans l’introduction qu’il donne à cette parabole Jésus oppose ces deux hommes : le contraste est grand au niveau du logement, des vêtements et de la nourriture. Aux vêtements de luxe du riche correspondent les ulcères du pauvre ; aux festins quotidiens la faim qui tenaille Lazare chaque jour. Lazare vit dans la rue tandis que le riche vit bien sûr dans une belle maison voire un palais. Puis survient la mort pour ces deux hommes si proches dans l’espace et si éloignés par leur mode de vie. La mort vient renverser totalement le rapport entre ces deux hommes. Le pauvre est emporté par les anges tandis que le riche est enterré. De proches qu’ils étaient dans l’espace (Lazare se tenait devant le portail de la maison), ils sont maintenant séparés par un grand abîme. L’un monte vers le Ciel, l’autre descend au séjour des morts. Dans ce même séjour, les enfers des Anciens, on trouve le Ciel, en compagnie d’Abraham, et un lieu de souffrance qui évoque l’enfer. Abraham est dans cette parabole comme un médiateur entre le riche et Lazare dans l’au-delà. L’homme riche devenu souffrant considère Abraham comme un intercesseur qui pourrait soulager sa souffrance en faisant passer un message à Lazare. Mais c’est impossible, répond Abraham. Le rapprochement entre ces deux hommes qui n’a pas pu se faire sur la terre ne peut pas davantage se faire aux enfers. C’est trop tard. Et voilà que le riche pense au salut de ses frères et souhaite que Lazare vienne les avertir par l’intercession d’Abraham. Pour eux l’espérance de la conversion est encore possible. Mais Abraham refuse cette solution surnaturelle en affirmant : Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !  En effet nous avons non seulement l’enseignement des Ecritures mais aussi la voix de notre conscience. La compassion et la miséricorde sont non seulement des exigences de la loi divine mais l’appel de notre humanité commune que nous soyons croyants ou pas, chrétiens ou d’une autre confession. En ce sens cette page évangélique n’a besoin d’aucune explication ni d’aucun commentaire tellement la leçon qu’elle nous donne est évidente. L’homme riche aurait dû sortir de son aveuglement et de son égoïsme afin de pouvoir compatir avec la détresse de son frère en humanité Lazare. Il aurait pu soulager sa faim en partageant avec lui. Dans la grande parabole du jugement dernier en saint Matthieu Jésus résume Moïse et les Prophètes : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais nu, et vous m’avez habillé. La justice sociale, le bien que nous avons à faire, la charité chrétienne sont des choses claires et limpides. Mais notre expérience nous montre combien nous pouvons être bloqués lorsque se présente à nous une occasion de partage, de compassion et de solidarité envers les pauvres. C’est un mal profond qui nous paralyse. Certains, comme le riche de la parabole et les vautrés d’Amos, ne voient même plus le pauvre tellement ils se sont barricadés dans le luxe et le confort d’une vie de plaisirs. Ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! A cette remarque d’Amos correspond la parole du riche tourmenté par la douleur aux enfers : je souffre terriblement dans cette fournaise. Peut-être pouvons-nous à la lumière de cette parabole comprendre le verset énigmatique de Matthieu 11, 12 : Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer. Oui, nous avons bien souvent à nous faire violence pour vivre dans la charité du Christ et aimer notre prochain comme nous-mêmes.

dimanche 21 septembre 2025

25ème dimanche du temps ordinaire / année C

 


21/09/2025

Luc 16, 1-13

Le chapitre 16 de l’Evangile selon saint Luc est consacré à la question de l’argent et des richesses. Nous y trouvons deux paraboles de Jésus : celle du gérant malhonnête et de celle de Lazare et le riche. En ce dimanche la liturgie nous propose la méditation de la parabole du gérant malhonnête et de la conclusion que Jésus lui donne : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Il serait plus exact de donner à ce passage le titre de « réflexion à propos de l’argent malhonnête », la parabole du gérant n’étant pas l’essentiel de l’enseignement du Seigneur mais bien sa conclusion. Pourquoi accoler à l’argent ce qualificatif négatif de « malhonnête » ? Avant de tenter de répondre à cette question regardons les autres traductions de ce terme : les richesses d’iniquité, l’argent maudit, le Mamôn d’iniquité, le Mamôn de l’escroquerie, le Mamôn injuste, le Mamôn de la malhonnêteté. Nous constatons que la définition de l’argent n’est pas neutre, elle est clairement négative. Soit il est malhonnête, soit il est lié à l’iniquité, c’est-à-dire à une injustice grave. Le terme biblique de Mammon qui n’a pas été retenu par la traduction liturgique désigne l’idole de l’argent. Dans les évangiles, Mammon est employé de façon résolument négative. Il désigne l’argent injustement acquis et même la force asservissante de l’argent. Et pourtant Jésus nous dit : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Cela signifie qu’une bonne utilisation de l’argent mauvais peut nous ouvrir les portes du Royaume des Cieux. Comment ? Jésus nous donne la réponse dans le même Evangile au chapitre 12 avec l’histoire de l’homme riche qui, ayant accumulé beaucoup de biens, meurt subitement avant de pouvoir en profiter. Et Dieu de s’adresser à lui en ces termes : Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. Il s’agit donc avec l’argent malhonnête d’être riche en vue de Dieu. Cela suppose de renoncer à la tentation de l’avidité, de l’accumulation maladive de toujours plus de richesses pour soi-même. Cela suppose la liberté par rapport à l’argent, liberté qui ouvre au don, au partage, au souci des pauvres. Qui sont en effet ces amis qui nous accueilleront dans les demeures éternelles ? Tous les pauvres que nous aurons soulagé de leur misère en leur donnant une partie de nos richesses, en leur donnant ce qui pour nous est superflu mais qui pour eux est vital, nécessaire à leur vie. Notre rapport à l’argent n’est pas seulement une question de justice sociale, il concerne directement notre relation avec Dieu, donc l’authenticité de notre vie chrétienne car il est impossible pour nous de servir à la fois Dieu et l’argent. Saint Paul est très clair sur ce point en affirmant que l’amour de l’argent est la racine de tous les maux (1 Timothée 6, 10). La grave crise que traverse notre pays actuellement, en fait depuis les « gilets jaunes », n’est pas seulement une crise politique, démocratique. Elle est essentiellement une crise morale. Il s’agit bien des dégâts provoqués par les richesses d’iniquité. Une société dans laquelle les milliardaires sont toujours plus nombreux et toujours plus riches alors que la misère de beaucoup augmente ne peut pas vivre dans la paix. Surtout si les décisions économiques favorisent les plus riches au détriment de la majorité de la population. Saint Paul quand il s’adressait aux membres riches de la communauté ne leur disait pas : enrichissez-vous encore plus, soyez égoïstes, refusez de payer des impôts en proportion de votre richesse… Il leur disait : Quant aux riches de ce monde, ordonne-leur, Timothée, de ne pas céder à l’orgueil. Qu’ils mettent leur espérance non pas dans des richesses incertaines, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en profitions. Qu’ils fassent du bien et deviennent riches du bien qu’ils font ; qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière, ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie. (1 Tm 6)

 

 


dimanche 14 septembre 2025

La croix glorieuse / 14 septembre 2025

 14/09/2025

Jean 3, 13-17

La fête de la croix glorieuse est comme un écho au mois de septembre de la célébration de la Passion du Seigneur le vendredi saint. La nuance propre à la fête de ce jour est le qualificatif de « glorieuse ». Le nom de la fête « croix glorieuse » résume à lui seul tout le mystère pascal qui est indissociablement un mystère de souffrance et de mort et un mystère de joie et de vie.

La deuxième lecture de cette messe reprend dans l’hymne de la lettre aux Philippiens le mystère pascal tel que nous le célébrons du vendredi saint au jour de Pâques. Paul est fidèle à la chronologie de la vie du Sauveur. Il déploie de manière synthétique une vision historique qui commence avec l’incarnation (Il s’est anéanti), passe par le mystère du vendredi saint (Il s’est abaissé) pour aboutir à la gloire du dimanche de Pâques et de l’Ascension (Dieu l’a exalté). La marque spécifique du mystère de l’incarnation « jusqu’à la mort de la croix » est bien celle de l’humilité de Jésus, serviteur de Dieu et cause de notre salut. Jésus nous sauve par son humilité et son obéissance au dessein salvifique du Père. C’est pourquoi Dieu l’a exalté, dit saint Paul. La gloire unique que le Père accorde à son Fils dans la résurrection et l’Ascension est présentée comme la conséquence de l’humilité de Jésus. D’abord l’abaissement, ensuite l’élévation.

Dans les paroles de Jésus à Nicodème nous trouvons une théologie différente qui se reflète dans tout l’Evangile selon saint Jean : l’abaissement et l’élévation sont comme une seule et même réalité, les deux faces inséparables d’une pièce de monnaie si je puis me permettre cette image. Il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit ait la vie éternelle. De manière très concrète le supplice de la croix impliquait une élévation du condamné dans l’espace, de la terre vers le ciel. Jean fait donc coïncider l’abaissement de la mort de Jésus en croix avec son élévation dans le sens théologique, c’est-à-dire sa glorification par Dieu. C’est le sens de l’expression paradoxale de « croix glorieuse ». Seul l’amour divin du Christ pouvait rendre « glorieuse » cette mort ignominieuse. C’est par la foi en Jésus que nous avons accès au fruit de l’arbre de la croix : la vie éternelle. La fête de ce dimanche est donc une célébration de notre salut, un salut universel offert par Dieu dans le Christ pour que, par lui, le monde soit sauvé ; un salut toujours actuel et agissant parce que le mystère de la croix n’est pas seulement un événement du passé mais un événement glorieux.

dimanche 7 septembre 2025

23ème dimanche du temps ordinaire / année C / 2025

 7/09/2025

Luc 14, 25-33

Dans l’Evangile de ce dimanche nous entendons à trois reprises la parole de Jésus s’adressant aux foules et disant : il ne peut pas être mon disciple. Cette parole de Jésus, particulièrement exigeante, énonce trois conditions nécessaires pour être chrétien. Prenons le temps de reprendre chacune de ces conditions qui constituent un examen de conscience pour nous. Remarquons aussi que la parole de Jésus concerne tous les disciples et pas seulement ceux qui sont appelés à la vie religieuse ou consacrée.

Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.

Ici le Seigneur parle de priorité dans l’amour. C’est en fait une traduction concrète du grand et premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » Comme le dit saint Benoît il s’agit de ne rien préférer à l’amour du Christ. Quand je prépare les fiancés au sacrement de mariage je leur dis toujours : votre engagement dans le mariage implique un changement de priorité dans votre amour. Désormais l’amour pour votre femme, pour votre mari est premier par rapport à l’amour pour vos parents qui passe donc au second plan. Ainsi pour le chrétien l’amour pour Dieu est premier, il est prioritaire par rapport à l’amour pour notre famille. Dans certains cas, douloureux, cette priorité de l’amour pour Dieu fait que je dois m’éloigner de ma famille, si elle s’oppose à la pratique de ma foi ou à l’appel de Dieu. Je peux aussi être rejeté par ma famille en raison de ma foi. C’est un grand sacrifice. Jésus n’annule pas le commandement qui demande d’honorer son père et sa mère. Il établit une hiérarchie dans l’amour : Dieu en premier, ma famille ensuite.

Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

La deuxième condition pour être chrétien concerne notre rapport aux épreuves, à la souffrance qui peut nous atteindre dans notre âme comme dans notre corps. L’exemple nous est donné par Jésus dans le mystère de son agonie. Il est pleinement homme, notre frère en humanité, et à ce titre il ne se réjouit pas de la souffrance de la Passion : Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe. Puis il ajoute immédiatement : cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. Confrontés au mystère du mal dans le monde et du mal qui nous atteint, Jésus nous demande de le suivre en portant cette croix qui est la nôtre. Il ne s’agit pas d’abord de courage ou d’endurance d’un point de vue humain à la manière des stoïciens. Il s’agit d’un acte de foi qui nous permet dans l’épreuve de reconnaître que nous ne sommes pas seuls et que Jésus est avec nous. Facile à dire, très difficile à mettre en pratique ! Porter sa croix exige de notre part un grand esprit d’abandon et de confiance alors que nous souffrons et que, comme Jésus, il nous arrive de dire : Mon âme est triste à en mourir.

Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

Après notre rapport aux liens de la chair (notre famille), à la souffrance, le Seigneur aborde notre rapport aux biens matériels. Ce verset explique pourquoi les religieux et les religieuses font vœu de pauvreté. Rien n’appartient en propre au moine, à la moniale, car tout appartient à la communauté. Un moine bénédictin me montrant un simple stylo me disait : notre stylo… En effet ce stylo est celui de la communauté qui le lui prête, ce n’est pas le sien. Les hommes et les femmes engagés dans la vie consacrée et la vie religieuse vivent ce que saint Luc nous dit des premières communautés chrétiennes qui étaient petites : Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun.

Se pose alors la question des chrétiens qui vivent dans le monde. Que peut bien signifier pour eux ce renoncement ? Dans le petit Larousse je lis la définition suivante du verbe « renoncer » : 1. Se désister du droit qu’on a sur quelque chose ; 2. Cesser de s’attacher à quelque chose. Le chrétien vivant dans le monde, contrairement au religieux, a besoin de jouir du droit personnel de propriété pour lui-même et pour sa famille s’il est marié et a des enfants. Jésus demande alors à ses disciples vivant dans le monde de jouir des biens qui sont les leurs sans s’y attacher. Il veut pour eux une pleine liberté d’esprit et de cœur par rapport aux possessions et à l’argent. C’est cet esprit évangélique de détachement que saint Paul nous enseigne lorsqu’il écrit aux Corinthiens :

Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, […] ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons. J’aimerais vous voir libres de tout souci.

L’ermite saint Gens que nous vénérons en ce lieu a vécu les difficiles exigences du Christ jusqu’à sa mort. Il a pu le faire parce que son amour pour Dieu était grand et vivant. Demandons avec foi et humilité à Dieu la grâce de le servir d’un cœur sans partage à l’exemple de saint Gens.