dimanche 26 septembre 2021

26ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

26/09/2021

Marc 9, 38-48

L’Evangile de ce dimanche rassemble diverses paroles de Jésus. Je me limiterai à considérer deux d’entre elles, car il me semble qu’elles s’éclairent mutuellement.

D’une part : Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Et d’autre part : Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.

Remarquons comment ces deux sentences commencent de manière identique : Celui qui… Elles sont clairement en contraste, en opposition, l’une par rapport à l’autre. La première désigne une bonne action qui aboutit à une récompense divine tandis que la seconde désigne une mauvaise attitude qui est pire que la mort.

Regardons tout d’abord la bonne action. Elle n’a rien d’héroïque, ni d’exigeant, elle est au contraire très simple et à la portée de tous : il s’agit de donner un verre d’eau à celui qui a soif ! Ici le Christ nous propose un bien facile à réaliser. Ici il s’agit d’une charité spécifique : celle qui est destinée aux chrétiens. Cela peut être la charité fraternelle des membres de l’Eglise qui ont le souci les uns des autres. Mais cela peut aussi vouloir dire qu’un païen, pour parler le langage antique, ou encore le non-chrétien, l’athée, recevront une récompense de Dieu s’ils agissent bien envers ses fils et ses filles, les croyants baptisés.

A l’opposé de cette bonne action se situe le scandale causé aux croyants. Jésus a un langage dur : il vaudrait mieux pour cette personne qu’elle meure noyée dans la mer plutôt que de causer la chute d’un seul de ses disciples. Cela nous invite à réfléchir à l’importance et à la qualité de notre témoignage de chrétiens. La deuxième lecture nous donne quelques exemples de contre-témoignages de la part de croyants qui ne recherchent que plaisir et luxe, en accumulant des richesses, tout en négligeant la justice sociale. Jacques souligne leur indifférence aux malheurs qui accablent leurs frères en humanité : vous avez fait bombance, pendant qu’on massacrait des gens. Ce faisant, il ne fait que reprendre la tradition prophétique la plus traditionnelle telle qu’elle est exprimée, par exemple, chez le prophète Amos. En pensant à l’actualité récente de notre Eglise, on peut avoir en mémoire le scandale de la pédophilie chez certains ministres de Dieu. La sévérité avec laquelle Jésus aborde toutes les formes de contre-témoignage qui font chuter les croyants (et aussi ceux qui ne le sont pas ou pas encore !) nous fait comprendre avec quelle intensité nous devons vivre notre engagement chrétien. Il s’agit bien pour nous d’être sel de la terre et lumière du monde ! Et cela passe avant toutes choses par l’amour authentique que nous aurons les uns pour les autres dans l’Eglise et pour tous nos frères les hommes. Le chapitre 9 de saint Marc se termine d’ailleurs par une allusion à cette image du sel :

C’est une bonne chose que le sel ; mais s’il cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa saveur ? Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous.

Que le Seigneur Jésus nous fasse cette grâce, alors que nous célébrons le sacrement de sa divine charité, de rechercher toujours avec ardeur la mise en conformité de notre vie et de nos actions avec le beau nom de chrétiens que nous portons !

dimanche 19 septembre 2021

25ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

19/09/2021

Jacques 3, 16- 4, 3

Depuis le dimanche 29 août, la liturgie de la Parole nous fait entendre en deuxième lecture des passages de la lettre de saint Jacques. Je vous recommande vivement la lecture de ce livre du Nouveau Testament. Cinq chapitres seulement, mais des enseignements d’une grande importance pour notre vie quotidienne ! Jacques aborde, entre autres questions essentielles, celle des péchés « en parole » ou de la langue, celle de la foi qui agit par les œuvres, celle de notre rapport aux richesses et à l’argent. Aujourd’hui il nous entretient de la sagesse chrétienne. Malheureusement le texte liturgique ne nous donne pas de début de sa réflexion. Le voici :

Quelqu’un, parmi vous, a-t-il la sagesse et le savoir ? Qu’il montre par sa vie exemplaire que la douceur de la sagesse inspire ses actes. Mais si vous avez dans le cœur la jalousie amère et l’esprit de rivalité, ne vous en vantez pas, ne mentez pas, n’allez pas contre la vérité. Cette prétendue sagesse ne vient pas d’en haut ; au contraire, elle est terrestre, purement humaine, démoniaque. Car la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes.

Jacques oppose une sagesse purement terrestre à la sagesse qui vient de l’Esprit Saint. La sagesse divine se caractérise par la douceur tandis que la sagesse démoniaque se nourrit de la jalousie et des rivalités. Elle conduit à la division et au péché. Au fond elle n’est pas une sagesse, car même la sagesse simplement humaine peut produire en nous de bons fruits. Il s’agit d’une prétendue sagesse qui donne libre cours à nos instincts les plus bas et à nos convoitises :

D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ?

L’homme divisé en lui-même, celui dont le cœur n’est pas unifié, ne peut pas vivre dans la paix du Seigneur. Non seulement il ne le peut pas, mais il empêche les autres de vivre dans cette paix et selon la sagesse véritable. La lettre de saint Jacques nous rappelle les Béatitudes et le lien qui existe entre chacune d’entre elles. La sagesse est douceur (Heureux les doux !) et cette douceur est inséparable d’un cœur pacifié et pacifique : C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix.

Ecoutons maintenant ce que Jacques nous dit de la sagesse divine :

La sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie.

A nouveau nous retrouvons l’enseignement de Jésus dans les Béatitudes avec la pureté, la paix et la miséricorde. Le cœur pur, c’est le cœur droit, honnête, sincère, sans hypocrisie, c’est le cœur qui recherche d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, c’est le cœur qui aspire à la sainteté et à l’imitation du Christ… à l’opposé du cœur partagé et divisé en lui-même. Le cœur pur est pacifique parce qu’il est en paix avec lui-même et avec Dieu. Il va de pair avec une bonne conscience. La sagesse qui vient d’en haut nous donne ce cœur pur et nous rend bienveillants, conciliants et miséricordieux. A l’opposé de la dureté qui caractérise la fausse sagesse et qui nous entraîne facilement vers le jugement et la condamnation, souvent dans le péché d’orgueil, la douceur de la sagesse divine est cette force qui nous permet de comprendre l’autre, de nous mettre à sa place et de lui pardonner ses offenses. La sagesse chrétienne telle que nous la décrit saint Jacques est une formidable puissance de réconciliation, une annonce prophétique du Royaume à venir, féconde en bons fruits. La sagesse chrétienne est une participation dans l’Esprit Saint à l’œuvre du Christ telle qu’elle nous est décrite par l’apôtre Paul dans sa lettre aux Colossiens :

Dieu a jugé bon qu’habite dans le Christ toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

 

dimanche 12 septembre 2021

24ème dimanche du temps ordinaire / année B. "Au dire des gens, qui suis-je?"

 


Marc 8, 27-35

12/09/2021

Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? »

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus fait en quelque sorte un sondage d’opinion. Comment est-il perçu en Israël ? La société de son époque est très différente de la nôtre du point de vue religieux. En Israël tout le monde croit au Dieu unique et les Juifs se passionnent pour des débats religieux comme en témoignent les Evangiles. Dans le vaste empire romain tous les hommes sont religieux et adorent une multitude de dieux. Contrairement à notre époque on pourrait caractériser le temps de Jésus par une surabondance de dieux… pas question d’athéisme même pour ceux qui peuvent avoir des doutes. Pas d’indifférence religieuse non plus. La religion et le culte font partie du quotidien de la vie. On est alors très éloigné de la formule de Nietzche annonçant la mort de Dieu. Un épisode rapporté par les Actes des apôtres témoigne de cette religiosité omniprésente. C’est Paul qui parle alors qu’il se trouve à Athènes :

Athéniens, je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : “Au dieu inconnu.” Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer.

Les athéniens comme tous les habitants de l’Empire pensaient qu’il y avait tellement de dieux qu’il était préférable de prendre des précautions en dédiant un autel au dieu inconnu afin de n’en oublier aucun dans leurs dévotions…

C’est la raison pour laquelle la question posée autrefois par Jésus résonne d’une manière totalement différente dans notre société sécularisée car Dieu n’est plus une question, il est tout simplement considéré comme inintéressant, inutile ou inexistant par la plupart de nos contemporains. C’est l’indifférence à son égard qui domine. Le sacré a quitté le domaine du religieux et il est descendu sur terre investissant des domaines profanes comme le sport, la musique etc. Les dieux ont changé de visage et se sont résorbés dans la réussite matérielle, la gloire, le succès, l’ambition, les richesses, les plaisirs sensuels… tels sont les dieux de notre polythéisme contemporain. Saint Jean les trouvaient déjà présents comme concurrents du Dieu d’Israël, comme obstacles essentiels à l’accueil de l’Evangile du Christ, confessé par Pierre dans notre Evangile :

Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde.

Et Paul déjà se lamentait du matérialisme grossier dans lequel certains se complaisaient :

Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre.

Depuis la mort de Dieu prophétisée par Nietzsche, il semblerait bien que les nouveaux dieux, les idoles, ne soient plus en concurrence avec Dieu, comme s’ils avaient acquis le monopole des cœurs, la majorité dans les sondages d’opinion…

C’est dire si l’annonce de la foi chrétienne et du Christ crucifié et ressuscité se fait aujourd’hui dans un contexte très différent de celui de l’époque de Pierre et de Paul ! Le reproche adressé par Jésus à son apôtre, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes, a une résonance bien spécifique 2000 ans plus tard. La grande difficulté de nos contemporains et même de certains d’entre nous, les croyants, consiste bien à s’extraire de la pensée humaine pour accueillir la révélation divine venant bouleverser nos vies par le mystère de l’incarnation, par la présence au milieu de nous du Christ qui est Seigneur. Il était déjà intolérable pour Pierre d’entendre son maître annoncer sa Passion et sa mort en croix. A plus forte raison de nos jours, le message du Christ nous choque profondément et nous indispose :

Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.

Nos contemporains pensent généralement du bien de Jésus… ou encore de son message d’amour fraternel et de paix… mais de là à le reconnaître comme la Parole de Dieu faite chair, il y un abime qui leur semble impossible à franchir ! C’est le saut de la foi dans la nouveauté et l’inconnu des pensées de Dieu ! S’il est pour nous essentiel de vivre la  foi qui agit par la charité, comme nous le rappellent à la fois Paul et Jacques, nos contemporains ont besoin du témoignage de chrétiens qui prient et qui développent une vie spirituelle intense, témoignant par-là que le Christ est vraiment le Vivant avec lequel ils désirent vivre la communion. D’où l’importance de la vie religieuse et consacrée ainsi que de la vie spirituelle de chaque chrétien, personnelle et communautaire. Rendons grâce pour le don de la foi et demandons pour nos frères et sœurs indifférents la grâce d’accueillir la révélation du Christ et les pensées de Dieu :

Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

 


dimanche 5 septembre 2021

23ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

5/09/2021

Marc 7, 31-37

Après avoir guéri la fille d’une étrangère, Jésus opère à nouveau une guérison hors d’Israël, dans le territoire de la Décapole. Peut-être connaissons-nous cet Evangile à travers l’un des rites du catéchuménat des adultes qui porte le nom d’Effata.

Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et supplient Jésus de poser la main sur lui.

Ici ce n’est pas le sourd-muet qui demande à Jésus sa guérison mais des personnes de son entourage. C’est bien le rôle de l’Eglise et de chaque chrétien d’intercéder dans la prière pour ceux qui en ont particulièrement besoin et de les présenter à Jésus. L’Eglise dans sa mission doit toujours avoir le souci de conduire à Jésus toutes les personnes avec lesquelles elle entre en contact par ses membres. L’Eglise est faite pour conduire à Jésus et à son Evangile. Dans cette mission elle peut emprunter bien des chemins différents en fonction des époques, des situations et des personnes. Il n’y a pas une seule manière d’évangéliser mais chaque chemin doit aboutir à la connaissance et à l’amour du Christ. Dans l’Evangile de ce dimanche on demande à Jésus de faire un geste bien précis en faveur du sourd-muet : celui de l’imposition de la main, geste de bénédiction et d’appel de l’Esprit de Dieu que l’on retrouve souvent dans la liturgie sous le nom d’épiclèse, en particulier en vue de la consécration du pain et du vin dans l’eucharistie. Mais le Seigneur choisit un autre geste de guérison :

Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue.

Notons bien l’insistance de l’évangéliste sur le fait que Jésus tient à opérer cette guérison de la manière la plus discrète possible. Elle n’est pas un spectacle destiné à épater les foules comme le ferait un bon magicien pour s’acquérir un succès facile auprès de son public. Nous retrouvons cette caractéristique de la non-publicité du miracle à la fin de notre page évangélique :

Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne.

Le miracle s’opère par des gestes très concrets (mettre les doigts dans les oreilles et appliquer de la salive sur sa langue). Mais comme les gestes de la liturgie, ceux que Jésus fait pour cet homme s’accompagnent d’une parole. C’est la structure même des sacrements de l’Eglise catholique : geste et parole.

Les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »

Que signifie donc ce soupir de Jésus ? Que donnent d’autres traductions ? Il gémit (Bible Bayard), comme peiné (Bible des peuples). Il est difficile d’interpréter ce gémissement, ce soupir du Christ alors qu’il redonne à cet homme la capacité d’entendre et de parler. Peut-être faut-il y reconnaître la réticence du Christ à répondre aux demandes de guérison, car là n’est pas pour lui l’essentiel de sa mission … Autrement il aurait guéri avec sa puissance divine tous les malades et handicapés, et pas seulement quelques personnes… On peut penser par exemple à ce que Jésus affirme au chapitre 12 de l’Evangile selon saint Matthieu :

Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. En effet, comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, le Fils de l’homme restera de même au cœur de la terre trois jours et trois nuits.

Pour le dire simplement le grand signe, le signe unique accompli par le Christ dans le mystère de son incarnation c’est celui de sa Pâque, de son passage par la mort pour aboutir à la résurrection.

Pour conclure écoutons la reprise que la liturgie du catéchuménat fait de notre Evangile avec le rite de l’Effata. Le prêtre touche les oreilles et les lèvres du catéchumène en disant :

Effata, c’est-à-dire ouvrez-vous, afin de proclamer, pour la louange et la gloire de Dieu, la foi qui vous a été transmise.

Le signe de croix que nous traçons sur nos lèvres avant d’écouter la proclamation de l’Evangile a exactement la même signification : il s’agit bien de proclamer notre foi en paroles et en actes.

dimanche 29 août 2021

22ème dimanche du temps ordinaire / année B

 


29/08/2021

Marc, chapitre 7

L’évangéliste saint Marc consacre la première partie du chapitre 7 de son Evangile à la question de la pureté. Tout part du fait que les disciples de Jésus ne se sont pas lavés les mains avant de manger. Ce qui scandalise les pharisiens qui accusent les disciples de ne pas respecter la tradition des anciens. La polémique qui les oppose à Jésus tourne donc autour des notions de pureté et de tradition. La version liturgique de cette confrontation omet quelques versets. Face à l’accusation des pharisiens le Seigneur cite le prophète Isaïe :

Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes.

A la suite des prophètes Jésus prêche la religion du cœur, celle qui provient de notre intériorité et qui nous met en communion avec Dieu. La tradition à laquelle les pharisiens accordent tant d’importance a pour origine les hommes contrairement aux commandements donnés par Dieu. Parmi les versets qui ont été omis dans la version liturgique, le verset 13 nous rapporte une accusation particulièrement grave de la part du Seigneur :

Vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre.

Les traditionnalistes, ceux qui ne jurent que par la tradition, trahissent gravement la volonté de Dieu : ils placent au-dessus de la parole de Dieu des traditions purement humaines.

Dans un premier temps Jésus explique à la foule ce qu’est la véritable pureté :

Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.

Il ne faut pas confondre la pureté rituelle et la pureté intérieure, celle du cœur. La religion authentique, celle prêchée par les prophètes, est celle de la pureté intérieure. Un homme injuste et infidèle aux commandements de Dieu aura beau faire toutes les ablutions rituelles possibles, il demeurera dans son péché et dans son injustice. Seule la grâce de Dieu et la conversion sont capables de purifier le cœur de l’homme. En saint Matthieu, nous retrouvons dans la bouche de Jésus cette distinction essentielle entre pureté extérieure ou rituelle et pureté intérieure ou religieuse :

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance ! Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe, afin que l’extérieur aussi devienne pur. Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures. C’est ainsi que vous, à l’extérieur, pour les gens, vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal.

Après avoir enseigné la foule sur la véritable pureté, le Seigneur s’adresse aux disciples pour approfondir encore ce qu’il vient de dire :

Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur.

Nous ne sommes pas sauvés par l’observance de traditions humaines ni par des purifications rituelles. C’est toujours notre cœur qu’il s’agit de purifier et de sanctifier. Et cela est hors de notre portée sans l’amour puissant et miséricordieux du Seigneur. Ezéchiel avait bien annoncé cette sanctification véritable à laquelle l’homme religieux aspire de toutes ses forces :

Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles.

Seul l’Esprit Saint, l’amour infini du Père et du Fils, peut créer en nous ce cœur de chair sans lequel nous ne pouvons pas pratiquer la religion authentique. Saint Paul décrit ainsi le fruit de l’Esprit dans le cœur des fidèles :

Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.

L’Evangile de ce dimanche nous appelle à mettre notre confiance et notre espérance en Dieu seul. Ne nous attachons pas aux traditions humaines, même religieuses, incapables de nous transformer intérieurement. Ne soyons pas des traditionnalistes comme les pharisiens d’autrefois ou encore comme les païens attachés à l’observance scrupuleuse des rites, soyons des chrétiens fidèles ayant comme unique lumière celle de l’Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ. Demandons avec foi la grâce de l’Esprit Saint qui seul peut nous sanctifier et nous permettre de donner de bons fruits pour la plus grande gloire de Dieu.


dimanche 22 août 2021

21ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

22/08/2021

Jean 6, 60-69

Nous terminons en ce dimanche notre lecture du chapitre 6 de l’Evangile selon saint Jean consacré à l’eucharistie. Le discours de Jésus scandalise les disciples ce qui provoque le départ de certains tandis que d’autres, comme Pierre, demeurent fidèles au Christ. Au cœur de l’enseignement de Jésus nous trouvons l’affirmation suivante :

C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas.

Comment comprendre ces paroles dans la bouche de celui qui vient de déclarer à ses disciples :

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ?

D’un côté nous sommes invités à manger la chair de Jésus, et de l’autre celui-ci nous avertit de ce que la chair n’est capable de rien… La chair ne sert à rien, selon une autre traduction. La difficulté semble grande face à ce contraste. Peut-être Jésus vise-t-il ici une compréhension charnelle, c’est-à-dire trop humaine, de ses paroles concernant la communion avec sa personne (chair et sang) dans le mystère de l’eucharistie… C’est spirituellement qu’il nous faut recevoir ses paroles concernant sa chair offerte en sacrifice et en communion. Saint Paul peut nous aider à y voir plus clair. Dans la deuxième lettre aux Corinthiens il écrit que la lettre tue, mais que l’Esprit donne la vie. Nous sommes invités à recevoir les paroles spirituelles de Jésus non pas selon la lettre ou la chair mais selon l’esprit, dans l’Esprit Saint. Dans le sacrement de l’eucharistie, c’est en effet par un appel à l’Esprit Saint, une épiclèse, que le célébrant demande à Dieu de consacrer le pain et le vin afin qu’ils deviennent la chair et le sang du Christ. Immédiatement après la consécration nous proclamons notre foi dans l’eucharistie, mémorial de la Passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Lorsque nous communions au corps et au sang du Christ, nous communions à celui qui est le Vivant, ressuscité d’entre les morts et vainqueur à jamais de la mort. Les paroles de Jésus sur l’esprit qui fait vivre et la chair capable de rien nous renvoient à la manière dont saint Paul aborde dans sa première lettre aux Corinthiens le mystère central de notre foi, celui de la résurrection. Il est important de le citer longuement car sa manière d’aborder la résurrection nous aide à mieux comprendre la relation entre la chair et l’esprit dans l’eucharistie :

Ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. L’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel. Je le déclare, frères : la chair et le sang sont incapables de recevoir en héritage le royaume de Dieu, et ce qui est périssable ne reçoit pas en héritage ce qui est impérissable.

Si les paroles de Jésus ont scandalisé les disciples, ce n’est pas seulement en raison de leur réalisme (ma chair, mon sang), mais aussi parce qu’ils n’étaient pas prêts spirituellement à les recevoir. Sans l’action de l’Esprit Saint il n’y a pas d’eucharistie et de foi en la résurrection. Il en va de même pour notre compréhension de l’Evangile : sans la lumière de l’Esprit de Dieu les paroles de Jésus peuvent devenir la lettre qui tue alors qu’elles sont pour nous esprit et vie. Seul le Seigneur Jésus a les paroles de la vie éternelle. A la suite de Pierre, nous sommes invités à lui faire confiance et à nous laisser envahir par son amour chaque fois que nous le recevons avec foi dans l’eucharistie.

 

dimanche 15 août 2021

Assomption de Marie

 


Assomption 2021

Chaque année nous écoutons pour la solennité de l’Assomption de Marie l’Evangile de la Visitation. En réponse aux paroles d’Elisabeth qui la proclament « heureuse », Marie chante son cantique, le Magnificat. Cette prière s’inspire de la riche spiritualité de l’Ancien Testament, en particulier du cantique d’Anne dans le premier livre de Samuel. Elle est reprise par l’Eglise dans la prière des Vêpres. Dans sa prière Marie ose affirmer, elle qui est toute humble :

Désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Dans le mystère de l’Assomption de Marie, nous célébrons en effet sa béatitude parce que Dieu l’a associée pleinement à la victoire de son Fils sur la mort. Marie vit, depuis le jour de son Assomption, depuis le jour de sa mort, dans sa personne de créature humaine, la pleine et parfaite communion avec Dieu Trinité. Elle est le modèle de la sainteté évangélique.

Dans la première partie de son Magnificat, Marie, comblée de grâce, parle d’elle-même. Elle exalte le Seigneur, elle confesse la grandeur de Dieu, et elle trouve en lui sa joie. Lorsque la créature humaine reconnaît Dieu dans sa vie, Dieu créateur et sauveur, elle ouvre son cœur à la joie spirituelle. L’humilité de Marie a attiré sur elle la bénédiction du Seigneur. Il lui a donné une vocation unique. Elle est parfaitement consciente de toutes les grâces dont elle a été comblée et elle demeure dans l’humilité :

Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

Dans la seconde partie de son Magnificat, Marie élargit sa prière à toute la communauté des croyants et à Israël, le peuple dont elle est issue :

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. La crainte de Dieu dans l’Ancien Testament n’est pas l’équivalent de la peur. On pourrait caractériser cette attitude spirituelle par le mot « respect », un respect rempli d’amour et d’attachement filial. Après avoir évoqué les fidèles sur lesquels Dieu répand sa miséricorde à toutes les époques de l’histoire, Marie termine son cantique par l’évocation de son peuple :

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais.

Entre l’évocation de ceux qui craignent Dieu et celle d’Israël, serviteur du Seigneur, nous avons trois versets qui peuvent s’appliquer à tous les hommes de tous les temps :

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Ces versets proprement révolutionnaires,  tellement opposés à l’ordre établi et à l’échelle humaine des valeurs, décrivent l’action de Dieu qui, d’un côté disperse, renverse et renvoie, et, de l’autre élève et comble. Cela en fonction de qualités du cœur comme l’humilité ou au contraire de péchés comme l’orgueil, sans oublier l’opposition entre les affamés et les riches, opposition qui peut se comprendre en même temps au niveau social et au niveau spirituel. Nous retrouverons la même inspiration dans les Béatitudes proclamées par le fils de Marie, Jésus. Quand nous méditons ces versets, nous pensons spontanément qu’ils ne se réalisent pas dans le monde tel que nous le connaissons. Les superbes et les riches dominent et exploitent les petits et les pauvres. Et la justice sociale, le partage des richesses, le sens du bien commun sont des réalités le plus souvent absentes de l’organisation politique et économique de nos sociétés. C’est précisément en ce sens que le cantique de Marie est révolutionnaire et prophétique. Révolutionnaire parce qu’il se situe aux antipodes de l’ordre social établi. Qui mieux que Voltaire a su décrire cet ordre social, non pas pour le critiquer mais pour le défendre, lui qui écrivait : « Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ».

Le décalage entre ce que chante la Vierge Marie au présent et notre réalité quotidienne donne à son cantique un aspect prophétique. Si les petits sont humiliés par les grands, si les pauvres sont méprisés par les riches, cela ne correspond certes pas à la volonté de Dieu. Malgré les apparences, au niveau le plus profond qui est le spirituel, qui est celui de notre relation avec Dieu, Dieu est du côté des opprimés et des victimes d’un ordre social injuste et meurtrier. C’est en ce sens que le cantique de Marie est prophétie. Il annonce aussi le jugement dernier qui mettra en lumière l’iniquité des méchants et des égoïstes et la vertu morale des humbles et des petits. Ce que Dieu renverse, c’est tout simplement le règne de l’argent et le pouvoir qu’il donne, ce qu’il ne peut pas supporter c’est notre égoïsme et notre indifférence  face aux malheurs et aux souffrances de nos frères en humanité ici et ailleurs. En attendant la réalisation de la justice de Dieu dans le Royaume, l’Eglise nous offre sa doctrine sociale et nous interpelle sur notre manière de vivre en chrétiens en ce monde. Que Marie, dans la lumière du mystère de son Assomption, purifie notre cœur des idoles que sont la richesse égoïste, le pouvoir qui se sert au lieu de servir, l’ambition vaniteuse ; qu’elle nous rende attentifs aux vraies valeurs qui sont celles de l’Evangile, en opposition avec l’esprit du monde : humilité, sobriété, esprit de service et de dévouement au bien commun, attention à la qualité de nos relations humaines avec tous, dans le respect, l’estime et l’amour.