dimanche 27 septembre 2015

26ème dimanche du temps ordinaire / B


Marc 9, 38-48

27/09/15

L’Evangile de ce dimanche rassemble plusieurs paroles de Jésus qui ont été mises à la suite les unes des autres par saint Marc. L’unité entre ces paroles ne nous est pas donnée d’emblée : il ne s’agit pas d’une unité littéraire. Il existe même un contraste entre l’ouverture d’esprit recommandée par Jésus au début et la radicalité évoquée ensuite.

« Celui qui n’est pas contre nous est pour nous »
« Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la ».

Entre ces deux enseignements le Seigneur évoque l’importance du traitement que les hommes réserveront à ses disciples en positif comme en négatif : le simple verre d’eau offert à un chrétien et le scandale qui fait chuter les croyants.

« Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».

Avant d’aborder la portée de cette parole pour nous aujourd’hui, il faut être honnête et reconnaître que dans l’Evangile selon saint Luc Jésus semble dire le contraire : « Qui n’est pas avec moi est contre moi, qui ne rassemble pas avec moi disperse ». Mais de quoi s’agit-il chez saint Marc ? D’un homme qui chasse des esprits mauvais au nom de Jésus sans faire partie du groupe des disciples. Ce que le Seigneur condamne ici par avance, c’est bien la tentation du sectarisme dans son Eglise. Faire le bien n’est pas la propriété des seuls catholiques et Jésus n’appartient pas seulement aux catholiques. Plutôt que de vouloir empêcher les non-catholiques de faire du bien, nous devrions au contraire nous réjouir du bien accompli aussi par les membres des autres églises chrétiennes. Le bien est une valeur universelle qui dépasse largement les frontières déterminées par les diverses confessions religieuses. Tout simplement parce que la capacité à discerner le bien du mal et à s’engager dans la lutte contre le mal s’enracine en premier lieu dans la conscience morale. Et cette conscience est donnée par Dieu à tous les hommes comme une lumière pouvant les guider. C’est la raison pour laquelle même des athées peuvent accomplir le bien. Si Dieu veut passer par son Fils et par l’Eglise pour donner ses grâces aux hommes, son action n’en est pas pour autant limitée : il est le Père et le créateur de tous et par son Esprit il veut agir en tous en vue du salut du plus grand nombre. Etre catholique, c’est donc se garder d’un esprit étroit et jaloux, c’est s’ouvrir au contraire aux merveilles de Dieu dans le cœur de tous les hommes, aux signes de sa présence dans tous les actes d’amour et de réconciliation.

« Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la ».

L’image est forte, elle est même violente. Si d’un côté nous devons nous réjouir du bien accompli en dehors de l’Eglise catholique, de l’autre nous devons être fermes et courageux pour ne pas commettre le mal. Telle est l’unité spirituelle de l’Evangile de cette liturgie. Que devons-nous donc « couper » dans notre vie pour être de vrais chrétiens ? Telle est la question que nous pose d’une manière radicale l’image utilisée. Cette image nous invite à regarder honnêtement ce qui, dans notre vie, nous empêche d’être unis à la volonté du Christ pour prendre ensuite la ferme décision de nous en séparer. La deuxième lecture nous donne quelques exemples de ce pied que certains doivent couper pour être libres de suivre le Christ : l’amour des richesses, le plaisir devenu une idole, le goût pour le luxe, et surtout l’indifférence et l’injustice. A chacun de nous de trouver le pied qui nous handicape dans notre marche à la suite du Christ…

Enfin Jésus nous parle du scandale qui fait chuter les croyants. N’oublions pas le scandale qui empêche les incroyants d’entrer dans l’Eglise. Nous contribuons tous à divers niveaux à ce scandale chaque fois que nous manquons de zèle pour accomplir le bien et rejeter le mal en nous et dans notre monde.

dimanche 20 septembre 2015

25ème dimanche du temps ordinaire / année B


Marc 9, 30-37

20/09/2015

Qui est le plus grand ? Cette question des disciples pourrait se décliner en de nombreuses variations : Qui est le plus fort ? Qui est le meilleur ? Qui est le plus puissant ? Saint Marc n’hésite pas à souligner la distance qui sépare Jésus de ses disciples, ces disciples qui ne comprenaient pas les paroles mystérieuses de leur Maître. La discussion des Douze est encadrée par deux paroles : la première annonce la souffrance de la passion et de la mort de Jésus, la seconde met en avant un enfant, celui qui est le plus petit de par sa taille.
Cette discussion porte sur l’un des lieux classiques de la tentation. Nous sommes tous marqués par le péché des origines et par nos propres péchés. C’est la raison pour laquelle nous sommes particulièrement faibles par rapport à trois réalités de notre vie humaine : le pouvoir, l’argent et la sexualité. Ce sont les trois lieux principaux de la tentation. Et saint Paul n’hésitera pas à affirmer que le plus dangereux des trois, c’est l’amour de l’argent. La cupidité est la racine de tous les maux. Saint Jacques dans la deuxième lecture reprend, lui aussi, ce thème : « Vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts ».

La discussion des disciples sur la route révèle « la jalousie et les rivalités » qui « mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes ». Derrière la question « qui est le plus grand ? », c’est bien la question du pouvoir qui est posée. En instituant le groupe des Douze, Jésus donne à ses apôtres une participation à son pouvoir divin, et, parmi les Douze, il accorde à Pierre la charge de veiller sur l’unité de la première communauté. La soif de puissance et de domination est liée à notre vanité. C’est bien parce que nous sommes orgueilleux que nous désirons être considérés par les autres comme les plus grands. Cette soif de reconnaissance et de grandeur est à l’origine de la plupart des carrières politiques et militaires. Même si l’homme politique authentique et le vrai militaire se situent dans l’optique du service et du bien commun. Dans le commentaire que le Seigneur fait, c’est bien le service qui est donné comme le critère de la vraie grandeur. Et pour pouvoir servir en vérité, il est nécessaire de se décentrer de sa propre personne, d’oublier ses ambitions : c’est cela que signifie être le dernier de tous. A de nombreuses reprises Jésus affirme que les premiers seront derniers et les derniers premiers. Les valeurs de ce monde, la vanité, la puissance et la richesse, sont opposées aux valeurs du Royaume de Dieu : l’amour et le service. Et nous savons que seules les valeurs du Royaume ont les promesses de la vie éternelle. Tout passera sauf l’amour de charité. Comme le dit Job, nous sommes entrés nus en ce monde, nous en sortirons nus. Après notre mort nos titres et nos richesses nous seront totalement inutiles. L’enseignement de Jésus nous révèle ainsi que la première vertu de celui qui a un pouvoir dans la société ou dans l’Eglise, c’est l’humilité. Seul un cœur humble peut comprendre la grandeur selon l’Evangile. L’humilité nous ouvre à la vérité. C’est par elle que nous comprenons à quel point les gloires humaines sont fragiles et passagères. C’est par elle que nous réalisons que la seule gloire véritable, c’est celle révélée dans la personne et dans la vie de Jésus-Christ. Jésus n’a jamais voulu être un roi ou un général, et sa gloire est infiniment plus grande que celle des plus grands de ce monde. Un Alexandre le grand, un Louis XIV, un Napoléon ne sont rien face à la gloire divine du Fils de Dieu. Mais cette gloire est cachée, et seule la foi nous permet de la reconnaître. Si nous voulons être les plus grands, écoutons avec attention ce que Paul nous dit : « Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes ».                                             

dimanche 28 juin 2015

13ème dimanche du temps ordinaire / B

28/06/15

2 Corinthiens 8, 7-15

Dans la deuxième lecture de cette messe l’apôtre Paul parle d’une collecte qu’il a organisée chez les Corinthiens en faveur des chrétiens de l’Eglise de Jérusalem. Lorsque saint Luc décrit la première communauté chrétienne dans les Actes des apôtres, il mentionne l’esprit de solidarité et de partage parmi les disciples : « Tous ceux qui avaient cru se retrouvaient ensemble : ils mettaient tout en commun et vendaient leurs propriétés, leurs biens, partageant avec tous ceux qui étaient dans le besoin ».
Il est intéressant de relever les arguments que Paul donne aux Corinthiens pour les encourager à partager leurs biens avec les frères qui sont dans le besoin. Il ne leur dit pas « puisque vous êtes riches, donnez de votre argent »,  mais « puisque vous avez reçu largement tous les dons : la foi, la Parole et la connaissance de Dieu… ». Paul rappelle donc aux Corinthiens les bénédictions du Seigneur à leur égard, tous les dons spirituels dont ils ont été comblés. Une vie spirituelle authentique doit susciter le désir du partage matériel avec les plus démunis et les plus pauvres : « Que votre geste de générosité soit large ». L’apôtre ajoute une autre motivation pour que la collecte soit une réussite : « Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ ». L’esprit de partage et de solidarité permet donc aux chrétiens d’imiter l’attitude de leur Maître et Seigneur : « lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté ». Quelle est donc cette richesse du Verbe de Dieu, du Fils bien-aimé du Père ? Certainement pas une richesse matérielle, comme si Dieu avait besoin d’or et d’argent pour manifester son immense gloire. La richesse du Christ, c’est son union parfaite avec le Père, c’est sa divinité elle-même. Pour comprendre ce que veut dire Paul en parlant du Christ, qui de riche est devenu pauvre, nous pouvons nous référer à ce qu’il écrit dans sa lettre aux Philippiens : « Lui qui jouissait de la façon d’être de Dieu, il ne s’est pas attaché à cette égalité avec Dieu, mais il s’est réduit à rien, jusqu’à prendre la condition de serviteur ». Donc si les Corinthiens sont appelés par Paul à aider financièrement leurs frères de Jérusalem, c’est en raison des dons spirituels qu’ils ont reçu et afin d’imiter la générosité du Christ. Dans le chapitre suivant l’apôtre insiste sur la générosité du don à l’occasion de la collecte qu’il organise : « Rappelez-vous le proverbe : “À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement”. Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. Et Dieu est assez puissant pour vous donner toute grâce en abondance, afin que vous ayez, en toute chose et toujours, tout ce qu’il vous faut, et même que vous ayez en abondance de quoi faire toute sorte de bien ».
Chaque année le Carême nous rappelle d’une manière particulière l’importance du partage et de la solidarité dans notre vie chrétienne. Mais le partage ne doit pas se limiter au seul temps du Carême. Nous devons nous poser la question de manière personnelle et nous demander si nous sommes généreux et ouverts aux besoins de nos frères. En ce moment, nous le savons, les chrétiens d’Orient subissent de nouvelles persécutions en raison de leur foi. Connaissons-nous l’œuvre d’Orient, œuvre de solidarité avec les chrétiens du Proche et du Moyen Orient ? Saint Paul qui appelait les Corinthiens à venir en aide à leurs frères de Jérusalem rappelait aussi aux responsables de l’Eglise les paroles du Christ :


« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».

dimanche 21 juin 2015

12ème dimanche du temps ordinaire / B

21/06/15

2 Corinthiens 5, 14-17

Dans la deuxième lecture de cette liturgie l’apôtre Paul nous parle de notre vie chrétienne. Etre disciple du Christ a des conséquences sur notre vie humaine. Paul nous donne trois caractéristiques de la vie chrétienne, et cela en utilisant des formules saisissantes :

-      « Le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux ».
-      « Désormais nous ne connaissons plus personne à la manière humaine ».
-      « Si donc quelqu’un est en Jésus-Christ, il est une créature nouvelle ».

Dans la première de ces affirmations l’apôtre nous enseigne que le Christ nous décentre de nous-mêmes. C’est Jésus, dans son mystère de mort et de résurrection, qui devrait être le centre de la vie de chaque chrétien. La force de l’amour du Christ nous est en effet donnée pour nous arracher à la pesanteur de notre égoïsme. Depuis le péché des origines notre nature humaine est marquée par l’égoïsme qui fait que chacun est le centre de son petit monde. Comment faire de Jésus le centre de notre vie ? En mettant peu à peu en pratique le double commandement de l’amour. L’amour de charité envers Dieu et envers le prochain nous décentre de nous-mêmes. Nous comprenons ainsi que c’est par la prière et les œuvres de charité que nous laissons au Christ la première place dans notre vie. Dans la même lettre saint Paul déclare : « Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur ». Et nous savons que pour lui plaire nous devons aimer comme lui-même nous a aimés.
En tant que chrétiens nous ne connaissons plus personne à la manière humaine, c’est la deuxième affirmation de Paul. Cela signifie que notre manière d’entrer en relation les uns avec les autres n’est plus déterminée par des critères simplement humains mais par le regard de la foi, cette foi qui fait défaut aux disciples au milieu de la tempête : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Le regard que nous devrions porter sur les autres est donc surnaturel. Spontanément nous jugeons les autres sur un certain nombre de critères tels que l’apparence, le rang social, la richesse etc. Il est très difficile pour nous de ne pas regarder notre prochain de manière humaine. Un peu avant notre passage, Paul fait allusion à « ceux qui mettent leur fierté dans les apparences, et non dans le cœur ». Et nous pouvons penser à la sévère remontrance que l’apôtre Jacques fait aux chrétiens lorsqu’ils font la différence, dans l’assemblée du dimanche, entre les riches et les pauvres :
Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied ». Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ?

Enfin l’apôtre nous fait contempler notre condition de chrétiens en nous rappelant que par la foi et le baptême nous sommes devenus des créatures nouvelles. Nous vivons en ce monde mais à travers nous « un monde nouveau est déjà né », c’est le monde du Royaume de Dieu. Dans ce monde ce qui est important c’est la présence et l’action du Christ en chacun, peu importe ses caractéristiques humaines. Sans la lumière de la foi nous sommes toujours tentés de diviser, d’opposer alors que le regard de foi aspire à l’unité et à la communion. C’est ainsi que Paul comprend le baptême dans un magnifique passage de sa lettre aux Galates :


Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.

dimanche 14 juin 2015

11ème dimanche du temps ordinaire / B

14/06/15

Marc 4, 26-34

La réalité du règne de Dieu ou du royaume des cieux est au centre du message annoncé par Jésus. Il a commencé sa prédication en disant : « Les délais sont accomplis, le règne de Dieu est là, convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Et dans la prière qu’il nous a transmise, le Seigneur nous fait demander : « Que ton règne vienne ! » De très nombreuses paraboles nous parlent du règne de Dieu. En ce dimanche nous venons d’entendre la parabole du grain jeté dans le champ et celle de la graine de moutarde, toutes deux empruntées à la vie agricole, à une époque où le travail de la terre occupait un très grand nombre de personnes et faisait partie de la vie quotidienne.

« Un homme jette le grain dans son champ ». L’image de l’agriculteur jetant la semence en terre évoque la confiance de celui-ci envers la fertilité de la terre et la puissance de la semence. Pour jeter le grain en terre, il faut en effet croire que la terre lui fera porter tous ses fruits en temps voulu. Pour nous approcher du mystère du règne de Dieu, nous avons besoin de notre foi, nous avons besoin de faire confiance en la puissance et la fertilité de la Parole de Dieu semée dans les cœurs humains. Sans cette confiance fondamentale nous risquons bien de nous décourager et de perdre patience car la croissance du règne de Dieu peut nous sembler bien trop lente ou encore trop peu visible à nos yeux, pas assez éclatante. Quand nous regardons l’histoire de l’humanité et notre propre histoire, les forces contraires à celles du royaume des cieux peuvent nous apparaître tellement puissantes que nous sommes amenés à douter. C’est alors qu’il faut nous souvenir de ce que saint Jacques enseignait aux premiers chrétiens : « Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. » La fine pointe de la parabole se trouve dans le mystérieux pouvoir de vie qui se trouve caché dans le grain : « La semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi ». A notre époque la plus grande partie de l’agriculture est devenue industrielle et il n’y a plus grand-chose de naturel dans les pratiques de l’agriculture intensive. Cette agriculture est dépendante des biotechnologies, de la chimie et du pétrole. Nous la voyons d’abord comme le produit du travail de l’homme et de la recherche scientifique et technologique. La parabole nous ramène au miracle de la vie. Ce miracle est un don de Dieu créateur. L’homme ne sait pas comment la semence germe et grandit… Ce n’est plus vrai aujourd’hui avec le progrès des connaissances scientifiques mais cela n’enlève rien au fait que la nature nous donne dans une simple graine les promesses d’une croissance extraordinaire. Ce n’est pas parce que nous connaissons mieux le processus de la croissance que le miracle de la vie n’existe plus. La parabole nous enseigne donc que le règne de Dieu est d’abord un don, un cadeau que nous devons recevoir avec reconnaissance. Il n’est pas tellement le fruit de notre travail que l’œuvre de l’Esprit Saint au cœur de ce monde. Simplement Dieu n’est pas productiviste. Pour comprendre le développement de son royaume mieux vaut se référer à l’agriculture traditionnelle telle qu’elle existe encore dans beaucoup de pays du sud. Une agriculture qui sait être patiente et qui demeure à taille humaine. Une agriculture qui fait davantage confiance à la richesse de la terre qu’à la chimie. Le règne de Dieu se découvre en effet dans les petites choses, il passe souvent inaperçu en ses commencements comme la minuscule graine de moutarde. Le règne de Dieu se révèle à ceux qui ne sont pas esclaves d’un productivisme et d’une rentabilité à court-terme. Seul celui qui a le regard adapté au long-terme est capable de déchiffrer dans l’histoire de l’humanité et dans son histoire personnelle la croissance mystérieuse de ce règne, et cela chaque fois que l’amour du Christ Ressuscité triomphe des forces destructrices, faisant ainsi reculer l’empire de la mort.

samedi 23 mai 2015

PENTECÔTE (année B)



24/05/2015

 Galates 5, 16-25

Pour saint Paul la vie chrétienne est une vie de communion avec le Christ, particulièrement dans son mystère de mort et de résurrection. Le chrétien qui est fidèle à la grâce de son baptême s’inspire des actes et des paroles du Christ pour faire de sa vie une vie nouvelle. Au centre et au fondement de toute notre vie chrétienne il y a notre foi en Jésus ressuscité, vivant et agissant aujourd’hui dans son Eglise et dans l’univers tout entier. Tout ce dynamisme de la foi qui nous pousse sans cesse à mettre en conformité notre vie avec l’Evangile de Jésus ne serait pas possible sans le don de l’Esprit Saint. C’est ce don que nous célébrons au terme du temps pascal avec la solennité de la Pentecôte. Le jour de la Pentecôte marque en quelque sorte la naissance de l’Eglise. Et chacun de nous peut revivre cette expérience grâce au sacrement de la confirmation qui nous rend pleinement membres du Corps du Christ et qui nous permet de témoigner de notre foi en paroles et en actes.
Dans la deuxième lecture l’apôtre Paul nous décrit la vie chrétienne de la manière suivante : « Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu ». Il nous prévient qu’en tant que chrétiens nous avons à lutter, à choisir sans cesse entre les « tendances égoïstes de la chair » et les « tendances de l’esprit ». Tout simplement parce que nous demeurons marqués, même après notre baptême, par les conséquences du péché originel ainsi que par nos propres péchés. L’affrontement entre la chair et l’esprit correspond en fait à un affrontement entre l’égoïsme et la charité, et cet affrontement nous empêche de faire ce que nous voudrions. Nos bonnes intentions ne se concrétisent pas toujours par des choix et des actes concrets. Saint Paul décrit de manière magnifique ce déchirement intérieur dans sa lettre aux Romains : En effet, ma façon d’agir, je ne la comprends pas, car ce que je voudrais, cela, je ne le réalise pas ; mais ce que je déteste, c’est cela que je fais… Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans l’être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas… Ainsi, moi, par ma raison, je suis au service de la loi de Dieu, et, par ma nature charnelle, au service de la loi du péché. Ce que Paul nomme les œuvres de la chair, en fait notre nature pécheresse et égoïste, non seulement nous ferme les portes du royaume de Dieu mais nous divise profondément. Au contraire le fruit de l’Esprit unifie notre personne humaine : à la place du déchirement intérieur nous trouvons peu à peu la paix spirituelle qui est réconciliation non seulement avec Dieu mais aussi avec les autres et avec nous-mêmes. Saint Paul nous donne neuf aspects du fruit de l’Esprit en nous. Nous comprenons que ces caractéristiques de notre vie chrétienne sont inséparables. On peut les distinguer entre elles mais elles forment un tout. La foi ne va pas sans l’humilité, ni l’amour sans la bonté et la bienveillance etc. Et notre expérience nous montre à quel point la patience et la maîtrise de soi vont de pair. L’Esprit Saint n’a qu’un désir, c’est que nous grandissions et que nous nous fortifions dans ces différentes facettes de l’être chrétien. Là où sont véritablement amour, joie et paix, là est aussi la sainteté chrétienne ; là se trouve réalisée en nous l’œuvre de l’Esprit du Père et du Fils. Nous oublions peut-être d’invoquer l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation, de le prier et de lui demander son aide. Or la prière à l’Esprit Saint ne doit pas se limiter à la fête de la Pentecôte. Elle est essentielle dans la spiritualité chrétienne. Et nous pouvons utiliser de manière régulière la très belle prière de la séquence de Pentecôte, prière que la liturgie nous fait entendre avant la proclamation de l’Evangile. Notre faiblesse est grande et nous avons tellement besoin d’accueillir en nous, toujours plus profondément, la force de l’Esprit de Dieu ! « Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit ! »

dimanche 17 mai 2015

Septième dimanche de Pâques / B

17/05/15

1 Jean 4, 11-16

Dans la deuxième lecture de cette messe, saint Jean nous parle de l’inhabitation divine : Dieu demeure en nous et nous en lui. Nous ne pouvons pas saisir cette réalité spirituelle sans d’abord recevoir la révélation que Jésus nous apporte sur Dieu. C’est cette révélation que l’apôtre Jean nous transmet en nous donnant l’une des rares définitions de Dieu dans le Nouveau Testament : Dieu est amour, amour de charité en lui-même, c’est la raison pour laquelle il « nous a tant aimés », c’est aussi ce qui explique pourquoi il veut entrer en communion avec nous qui sommes ses créatures. Dieu est Esprit et Amour, et c’est pour cela qu’il veut se donner à nous, vivre avec et en nous. L’amour véritable cherche toujours la présence de l’être aimé et veut vivre en communion avec lui. Saint Jean, comme les autres apôtres, les premiers disciples et les saintes femmes, a fait cette expérience bouleversante de l’amour divin manifesté à travers la personne, les actes et les paroles de Jésus de Nazareth : « Et nous, nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous ».
Comment pouvons-nous, nous aussi, participer à cette expérience spirituelle qui est celle du christianisme authentique ? Quelle doit être notre réponse à ce désir de Dieu de vivre en communion avec nous ? Quelle attitude va nous permettre de considérer Dieu, non plus comme un être suprême extérieur à nous-mêmes et distant, mais comme un Esprit d’amour intérieur à nous-mêmes ? Dieu comme un Père, vie de notre vie.
Saint Jean nous indique deux voies essentielles pour rendre possible cette expérience spirituelle.
La première est celle de la foi : « Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu ». C’est la foi en Jésus qui nous ouvre ce chemin. Mais la foi seule ne suffit pas. D’où la nécessité de la deuxième voie : « Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui ». D’où la nécessité de nous aimer les uns les autres pour pouvoir accueillir dans nos vies ce Dieu qui est Amour. La morale chrétienne, cet aspect de notre vie qui détermine les relations que nous avons avec notre prochain, est une conséquence logique de notre vie spirituelle. C’est la vie de Dieu en nous bien plus que les commandements qui exige de nous une vie morale, c’est-à-dire une vie ajustée à l’Evangile. Les commandements ne sont pas la source de la vie morale. Ils sont comme des panneaux de signalisation sur notre route vers la perfection de l’amour. La source ne peut être que Dieu lui-même et particulièrement, dans le mystère de la sainte Trinité, la personne du Saint Esprit, amour du Père et du Fils. « Nous reconnaissons que nous demeurons en lui, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit ». Dans cette dernière partie du temps pascal, nous nous préparons à célébrer la fête de Pentecôte. Prions l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation de nous confirmer dans la foi et l’amour !

Viens, Esprit Saint en nos cœurs, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans les pleurs, le réconfort. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient, donne tes sept dons sacrés, donne la joie éternelle. Amen.