3ème dimanche du TO / A
27 janvier 2008
Matthieu 4, 12-23 (page 447)
Depuis la fête du baptême du Seigneur l’Evangile du dimanche nous introduit aux commencements du ministère public de notre Seigneur. Les commencements sont toujours significatifs et ont donc une importance particulière.
Lorsque Jésus sort de sa vie cachée à Nazareth il vient aux bords du Jourdain pour recevoir des mains de Jean le baptême. Nous avons au tout début de son ministère public un double témoignage sur l’identité profonde de Jésus : un témoignage humain, celui de Jean, et un témoignage divin puisque la voix du Père se fait entendre et l’Esprit descend sur lui sous l’apparence d’une colombe.
La page évangélique de ce dimanche nous montre les pierres de fondations du ministère du Christ en ses commencements. Et Matthieu insiste beaucoup sur la géographie : c’est à Capharnaüm, en Galilée, que Jésus choisit de commencer sa mission. Et non pas en Judée, à Jérusalem… Le Seigneur choisit cette contrée du nord d’Israël, considérée d’un mauvais œil par les bons juifs de Judée. Il s’installe au « carrefour des païens » pour reprendre l’expression du prophète Isaïe. Par son baptême le Seigneur montrait qu’il venait pour sauver les pécheurs. Par son installation en Galilée il montre qu’il vient pour sauver tous les hommes qu’ils soient juifs ou païens.
Au chapitre 4 de son évangile, Matthieu nous rapporte deux actes fondateurs du Christ.
Le premier correspond à sa toute première prédication : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche ». Pour son Eglise en germe le Seigneur pose ici un principe spirituel, intérieur et personnel. La Bonne Nouvelle qu’il annonce en Galilée doit toucher les cœurs, les remuer et les amener à la conversion. Son désir le plus profond est que le cœur de pierre de tout homme soit transformé en un cœur de chair, capable d’accueillir en lui la nouvelle réalité du Royaume qui vient. En saint Luc, le Seigneur ira jusqu’à dire que le Royaume de Dieu est au milieu de nous . L’appel à la conversion est donc l’une des pierres de fondation de notre Eglise, et c’est ce que le Carême vient nous rappeler chaque année. Notre Eglise aurait beau être très bien organisée et très efficace dans ses institutions et dans ses œuvres, si chacun de ses membres ne se sentait pas concerné personnellement par cet appel, alors elle ne serait plus levain dans la pâte et lumière du monde… Etre membre de l’Eglise catholique c’est nécessairement être une personne en recherche spirituelle, en quête de sainteté. Le vrai chrétien ne peut se contenter de son état spirituel actuel. Il sait qu’il doit toujours avancer sur les chemins de l’Evangile. Et ce qui est vrai du chrétien l’est aussi de l’Eglise dans son ensemble. En plein Concile Vatican II, en 1964, le pape Paul VI écrivait l’encyclique Ecclesiam suam consacrée aux voies par lesquelles l’Eglise doit aujourd’hui accomplir sa mission. Toute la deuxième partie de ce document est consacrée au renouvellement de l’Eglise. Pour le pape ce renouvellement doit passer par l’esprit de pauvreté et l’esprit de charité. Et parler de renouvellement de l’Eglise revient à parler du renouvellement de notre vie spirituelle. « L’Eglise, écrit Paul VI, trouvera une jeunesse renouvelée bien moins par un changement dans l’appareil extérieur de ses lois que grâce à une attitude prise à l’intime des âmes, attitude d’obéissance au Christ et du même coup respect des lois que l’Eglise s’impose à elle-même afin de suivre les traces du Christ. Là gît le secret de son renouveau, là sa véritable « conversion » - retournement du cœur, - là son travail de perfection. »
Le deuxième acte fondateur du Christ au commencement de son ministère est l’appel des quatre premiers disciples au bord du lac. Jésus est le Fils de Dieu. Il aurait très bien pu, en théorie, se passer de la collaboration d’hommes faibles et pécheurs… Mais non ! Il les appelle à sa suite pour qu’ils deviennent à leur tour des pécheurs d’homme, c’est-à-dire des évangélisateurs et des missionnaires. Dans cet acte solennel nous avons une autre pierre de fondation pour notre Eglise. C’est le principe communautaire et apostolique. Nous le retrouverons exprimé de manière symbolique dans l’envoi en mission des premiers disciples : Jésus « appela à lui les Douze et commença à les envoyer deux par deux. » Pour les fondations de son Eglise et les besoins de la mission, le Seigneur a voulu qu’il y ait un esprit d’équipe parmi ses apôtres. N’est-ce pas là un défi essentiel pour nos communautés chrétiennes d’aujourd’hui ? Vivre, célébrer, témoigner ensemble dans la complémentarité des charismes pour que le Royaume de Dieu soit rendu présent et manifeste aux yeux de nos contemporains…
Amen.
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
mercredi 30 janvier 2008
dimanche 11 novembre 2007
32ème dimanche du temps ordinaire
32ème dimanche du TO / C
11 novembre 07
Luc 20, 27-38 (page 941)
La discussion byzantine que les Sadducéens ont avec Jésus dans l’Evangile de ce dimanche est pour nous l’occasion de méditer un article fondamental de notre foi chrétienne : « J’attends la résurrection des morts » ou bien dans le symbole des apôtres : « Je crois à la résurrection de la chair ».
Cette discussion qui nous semble ridicule ne peut se comprendre que si nous la replaçons dans le contexte religieux du judaïsme à l’époque de Jésus. En effet les Juifs étaient divisés entre eux quant à la résurrection des morts. Les Pharisiens y croyaient alors que les Sadducéens rejetaient cette croyance. Dans l’Ancien testament il y a comme une progression vers cette foi en la vie éternelle. Les textes les plus anciens n’y font pas allusion de manière claire alors que les plus récents, ceux qui ont été écrits peu de temps avant la venue du Christ, témoignent de la foi en la vie éternelle. Et ce sont justement ces écrits récents que les Sadducéens refusent de reconnaître…
La réponse de notre Seigneur se présente en deux parties. Dans la première partie, il semblerait que Jésus remette en question la valeur du mariage : « Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir. » Avant d’aborder le problème du statut du mariage dans cette affirmation, relevons tout d’abord un fait intéressant. Le mariage est perçu comme une institution permettant, par le moyen de la procréation, une certaine continuité entre les générations. Les parents survivent en quelque sorte dans leurs enfants. S’il n’y pas de vie éternelle personnelle, cela peut correspondre à une consolation de savoir qu’après le néant de la mort, nos enfants nous survivront. Ce serait donc un désir d’immortalité qui pousserait les parents à donner naissance à des enfants. Dans sa réponse, le Seigneur semble dire que les élus, ceux qui sont appelés à la résurrection, ne se marient pas. Ce qui ruinerait bien sûr le sacrement de mariage et qui obligerait tous les chrétiens au célibat en vue du Royaume des Cieux. Il est toujours intéressant lorsque nous rencontrons un problème d’interprétation d’un texte biblique d’aller voir les passages parallèles. Ce faisant nous remarquerons que seul Luc emploie cette formule ambiguë. Je me contenterai de citer ici la version de Matthieu : « Vous êtes dans l’erreur, vous ne connaissez pas les Ecritures et pas davantage la puissance de Dieu. A la résurrection on ne prend plus de femme ou de mari : tous sont comme des anges de Dieu dans le ciel. » Le Seigneur Jésus n’interdit donc pas le mariage, mais il le relativise. Le mariage est une réalité valable pour la vie humaine ici-bas. Donc une réalité transitoire qui disparaitra au moment de notre entrée dans la vie éternelle et au jour de notre résurrection. Les Mormons sont ainsi dans l’erreur lorsqu’ils parlent du mariage comme d’une réalité éternelle. La réponse de Jésus nous permet de comprendre ce que veut dire saint Paul lorsqu’il écrit aux Corinthiens : « Ceux qui ont pris femme doivent vivre comme s’ils n’en avaient pas. […] Car les situations de ce monde sont en train de passer. » Rien ici-bas n’est éternel, pas plus le mariage qu’autre chose. Le même Paul nous apprend que seule la charité subsistera dans la vie de gloire avec le Seigneur. L’erreur des Sadducéens consiste à avoir transposé une loi de Moïse, celle du lévirat, faite pour la vie humaine ici-bas, dans la vie éternelle. Ce débat nous permet aussi de mieux comprendre le sens du célibat ecclésiastique ainsi que de la vie religieuse consacrée. Si les moines, les moniales et les prêtres ne se marient pas, c’est justement pour témoigner de manière concrète de la foi de l’Eglise en la résurrection des morts. Leur célibat consacré est un signe qui anticipe la vie du Royaume des Cieux dans laquelle nous serons semblables aux anges.
La deuxième partie de la réponse du Seigneur se réfère à un passage du livre de l’Exode, livre reconnu par les Sadducéens : « Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. » Jésus qui s’est présenté à Marthe comme la résurrection et la vie fait ici une magnifique interprétation du récit du buisson ardent. Il nous montre que de manière implicite l’Ecriture affirme la vie éternelle. C’est une question de logique. Si Dieu, le Vivant, se présente à Moïse, comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, cela signifie que ces derniers ne sont pas seulement des personnages illustres du passé, mais qu’ils sont des vivants en Dieu. L’amour de notre Dieu est fidèle, il est plus puissant que notre mort même. Ne cherchons donc pas à survivre dans nos enfants, cherchons plutôt à vivre pour Dieu notre Père. C’est ainsi que nous serons jugés dignes d’avoir part à la résurrection d’entre les morts. Amen.
11 novembre 07
Luc 20, 27-38 (page 941)
La discussion byzantine que les Sadducéens ont avec Jésus dans l’Evangile de ce dimanche est pour nous l’occasion de méditer un article fondamental de notre foi chrétienne : « J’attends la résurrection des morts » ou bien dans le symbole des apôtres : « Je crois à la résurrection de la chair ».
Cette discussion qui nous semble ridicule ne peut se comprendre que si nous la replaçons dans le contexte religieux du judaïsme à l’époque de Jésus. En effet les Juifs étaient divisés entre eux quant à la résurrection des morts. Les Pharisiens y croyaient alors que les Sadducéens rejetaient cette croyance. Dans l’Ancien testament il y a comme une progression vers cette foi en la vie éternelle. Les textes les plus anciens n’y font pas allusion de manière claire alors que les plus récents, ceux qui ont été écrits peu de temps avant la venue du Christ, témoignent de la foi en la vie éternelle. Et ce sont justement ces écrits récents que les Sadducéens refusent de reconnaître…
La réponse de notre Seigneur se présente en deux parties. Dans la première partie, il semblerait que Jésus remette en question la valeur du mariage : « Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir. » Avant d’aborder le problème du statut du mariage dans cette affirmation, relevons tout d’abord un fait intéressant. Le mariage est perçu comme une institution permettant, par le moyen de la procréation, une certaine continuité entre les générations. Les parents survivent en quelque sorte dans leurs enfants. S’il n’y pas de vie éternelle personnelle, cela peut correspondre à une consolation de savoir qu’après le néant de la mort, nos enfants nous survivront. Ce serait donc un désir d’immortalité qui pousserait les parents à donner naissance à des enfants. Dans sa réponse, le Seigneur semble dire que les élus, ceux qui sont appelés à la résurrection, ne se marient pas. Ce qui ruinerait bien sûr le sacrement de mariage et qui obligerait tous les chrétiens au célibat en vue du Royaume des Cieux. Il est toujours intéressant lorsque nous rencontrons un problème d’interprétation d’un texte biblique d’aller voir les passages parallèles. Ce faisant nous remarquerons que seul Luc emploie cette formule ambiguë. Je me contenterai de citer ici la version de Matthieu : « Vous êtes dans l’erreur, vous ne connaissez pas les Ecritures et pas davantage la puissance de Dieu. A la résurrection on ne prend plus de femme ou de mari : tous sont comme des anges de Dieu dans le ciel. » Le Seigneur Jésus n’interdit donc pas le mariage, mais il le relativise. Le mariage est une réalité valable pour la vie humaine ici-bas. Donc une réalité transitoire qui disparaitra au moment de notre entrée dans la vie éternelle et au jour de notre résurrection. Les Mormons sont ainsi dans l’erreur lorsqu’ils parlent du mariage comme d’une réalité éternelle. La réponse de Jésus nous permet de comprendre ce que veut dire saint Paul lorsqu’il écrit aux Corinthiens : « Ceux qui ont pris femme doivent vivre comme s’ils n’en avaient pas. […] Car les situations de ce monde sont en train de passer. » Rien ici-bas n’est éternel, pas plus le mariage qu’autre chose. Le même Paul nous apprend que seule la charité subsistera dans la vie de gloire avec le Seigneur. L’erreur des Sadducéens consiste à avoir transposé une loi de Moïse, celle du lévirat, faite pour la vie humaine ici-bas, dans la vie éternelle. Ce débat nous permet aussi de mieux comprendre le sens du célibat ecclésiastique ainsi que de la vie religieuse consacrée. Si les moines, les moniales et les prêtres ne se marient pas, c’est justement pour témoigner de manière concrète de la foi de l’Eglise en la résurrection des morts. Leur célibat consacré est un signe qui anticipe la vie du Royaume des Cieux dans laquelle nous serons semblables aux anges.
La deuxième partie de la réponse du Seigneur se réfère à un passage du livre de l’Exode, livre reconnu par les Sadducéens : « Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. » Jésus qui s’est présenté à Marthe comme la résurrection et la vie fait ici une magnifique interprétation du récit du buisson ardent. Il nous montre que de manière implicite l’Ecriture affirme la vie éternelle. C’est une question de logique. Si Dieu, le Vivant, se présente à Moïse, comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, cela signifie que ces derniers ne sont pas seulement des personnages illustres du passé, mais qu’ils sont des vivants en Dieu. L’amour de notre Dieu est fidèle, il est plus puissant que notre mort même. Ne cherchons donc pas à survivre dans nos enfants, cherchons plutôt à vivre pour Dieu notre Père. C’est ainsi que nous serons jugés dignes d’avoir part à la résurrection d’entre les morts. Amen.
jeudi 1 novembre 2007
Toussaint
Toussaint 2007 (page 1297)
Dans ses lettres Saint Paul appelle parfois les chrétiens du nom de « saints ». La liturgie de la Parole en cette fête de la Toussaint utilise des noms variés pour désigner les disciples du Christ et ainsi nous parler de la sainteté : « serviteurs de Dieu », « enfants de Dieu » et « bienheureux ». Quant au Psaume 23, il nous présente la sainteté comme une recherche de Dieu : « Voici le peuple de ceux qui le cherchent, qui recherchent la face de Dieu ! »
En effet la sainteté chrétienne ne se laisse pas enfermer dans une définition, encore moins dans une définition unique. Fêter la Toussaint, c’est d’abord rappeler que Dieu seul est Saint dans le mystère de la Sainte Trinité : Père, Fils et Saint Esprit. Dieu seul est Saint parce qu’il est communion d’amour et de vie, parce qu’il est l’Amour. Fêter la Toussaint, c’est nous redire que nous sommes personnellement appelés à participer à la sainteté de Dieu en recevant en nous son amour et sa vie. Et cette participation commence pour nous avec le sacrement de baptême et la foi en Jésus Sauveur. Si la première lecture nous montre le but à atteindre, le terme de notre cheminement, la deuxième lecture souligne que nous sommes encore en chemin. La sainteté, qui peut se confondre avec la vie véritablement chrétienne, est déjà donnée par la grâce de Dieu : « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu ». En même temps notre sainteté ici-bas est toujours inachevée, imparfaite, car « ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ». C’est donc entre l’aujourd’hui de notre vie chrétienne et son achèvement dans la gloire de Dieu que se situe le chemin de notre sanctification. Nous avons bien besoin de toute une vie humaine pour nous laisser de plus en plus envahir et saisir par l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ, pour nous laisser guider par l’Esprit d’amour.
L’Evangile des Béatitudes nous montre à la fois le fruit et le moyen de la sainteté chrétienne. Etre saint, participer à la sainteté de Dieu, doit nous combler de bonheur, nous rendre bienheureux, non seulement après notre mort mais dès maintenant. Et Jésus nous livre ici, de manière paradoxale il est vrai, les chemins pour atteindre ce bonheur que tous nous recherchons. Le bonheur spirituel étant d’un autre ordre que le bonheur simplement humain, il est logique que nous ne puissions pas l’atteindre en suivant l’esprit de ce monde. Cet esprit, opposé à celui des Béatitudes, Jean le résume ainsi dans sa première lettre : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse » . Aspirer à la sainteté, la désirer de tout son cœur, ce n’est donc pas autre chose que de rechercher notre bonheur et notre bien véritables. Car Dieu seul est notre béatitude. Si notre chemin de sanctification passe inévitablement par la porte étroite et par la croix, le but reste le bonheur. D’où le paradoxe des Béatitudes : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux ! »
Pour approfondir notre réflexion, écoutons maintenant un passage de la lettre de l’apôtre Paul aux Galates : « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, largeur d’esprit, générosité, bonté, foi, douceur, maîtrise de soi. Ce sont des choses qu’aucune loi ne condamne. » L’unique fruit de l’Esprit se décline en neuf réalités. Ces réalités, surtout les trois premières (amour, joie et paix), sont en quelque sorte le test qui nous permet de vérifier l’authenticité de notre vie spirituelle. Si nous sommes vraiment dans l’amour, la joie et la paix, c’est alors le signe évident que nous avons bien pris le chemin de la sainteté. Et ce n’est pas un hasard si nous retrouvons dans le fruit de l’esprit la paix et la douceur déjà rencontrées dans les Béatitudes.
Je terminerai en m’attachant à une manifestation de cet unique fruit de l’Esprit, la joie. Nos contemporains ont tellement besoin de redécouvrir la beauté de la joie, son rayonnement tout simple ! Déjà en 1975 Paul VI constatait que notre monde, en ignorant Dieu, passait à côté de la joie. Gilbert Cesbron écrivait quant à lui que « la seule vraie preuve de l’existence de Dieu, c’est la preuve par la joie. » Enfin je citerai Dominique Savio, le fils spirituel de Don Bosco, qui accueillait un nouvel arrivant au Valdocco en lui disant : « Sache qu’ici nous faisons consister la sainteté à être toujours joyeux. »
Dans notre prière à l’Esprit Saint, demandons-lui jour après jour la grâce d’être toujours joyeux et de progresser ainsi dans notre propre sanctification et celle de nos frères.
Amen
Dans ses lettres Saint Paul appelle parfois les chrétiens du nom de « saints ». La liturgie de la Parole en cette fête de la Toussaint utilise des noms variés pour désigner les disciples du Christ et ainsi nous parler de la sainteté : « serviteurs de Dieu », « enfants de Dieu » et « bienheureux ». Quant au Psaume 23, il nous présente la sainteté comme une recherche de Dieu : « Voici le peuple de ceux qui le cherchent, qui recherchent la face de Dieu ! »
En effet la sainteté chrétienne ne se laisse pas enfermer dans une définition, encore moins dans une définition unique. Fêter la Toussaint, c’est d’abord rappeler que Dieu seul est Saint dans le mystère de la Sainte Trinité : Père, Fils et Saint Esprit. Dieu seul est Saint parce qu’il est communion d’amour et de vie, parce qu’il est l’Amour. Fêter la Toussaint, c’est nous redire que nous sommes personnellement appelés à participer à la sainteté de Dieu en recevant en nous son amour et sa vie. Et cette participation commence pour nous avec le sacrement de baptême et la foi en Jésus Sauveur. Si la première lecture nous montre le but à atteindre, le terme de notre cheminement, la deuxième lecture souligne que nous sommes encore en chemin. La sainteté, qui peut se confondre avec la vie véritablement chrétienne, est déjà donnée par la grâce de Dieu : « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu ». En même temps notre sainteté ici-bas est toujours inachevée, imparfaite, car « ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ». C’est donc entre l’aujourd’hui de notre vie chrétienne et son achèvement dans la gloire de Dieu que se situe le chemin de notre sanctification. Nous avons bien besoin de toute une vie humaine pour nous laisser de plus en plus envahir et saisir par l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ, pour nous laisser guider par l’Esprit d’amour.
L’Evangile des Béatitudes nous montre à la fois le fruit et le moyen de la sainteté chrétienne. Etre saint, participer à la sainteté de Dieu, doit nous combler de bonheur, nous rendre bienheureux, non seulement après notre mort mais dès maintenant. Et Jésus nous livre ici, de manière paradoxale il est vrai, les chemins pour atteindre ce bonheur que tous nous recherchons. Le bonheur spirituel étant d’un autre ordre que le bonheur simplement humain, il est logique que nous ne puissions pas l’atteindre en suivant l’esprit de ce monde. Cet esprit, opposé à celui des Béatitudes, Jean le résume ainsi dans sa première lettre : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse » . Aspirer à la sainteté, la désirer de tout son cœur, ce n’est donc pas autre chose que de rechercher notre bonheur et notre bien véritables. Car Dieu seul est notre béatitude. Si notre chemin de sanctification passe inévitablement par la porte étroite et par la croix, le but reste le bonheur. D’où le paradoxe des Béatitudes : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux ! »
Pour approfondir notre réflexion, écoutons maintenant un passage de la lettre de l’apôtre Paul aux Galates : « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, largeur d’esprit, générosité, bonté, foi, douceur, maîtrise de soi. Ce sont des choses qu’aucune loi ne condamne. » L’unique fruit de l’Esprit se décline en neuf réalités. Ces réalités, surtout les trois premières (amour, joie et paix), sont en quelque sorte le test qui nous permet de vérifier l’authenticité de notre vie spirituelle. Si nous sommes vraiment dans l’amour, la joie et la paix, c’est alors le signe évident que nous avons bien pris le chemin de la sainteté. Et ce n’est pas un hasard si nous retrouvons dans le fruit de l’esprit la paix et la douceur déjà rencontrées dans les Béatitudes.
Je terminerai en m’attachant à une manifestation de cet unique fruit de l’Esprit, la joie. Nos contemporains ont tellement besoin de redécouvrir la beauté de la joie, son rayonnement tout simple ! Déjà en 1975 Paul VI constatait que notre monde, en ignorant Dieu, passait à côté de la joie. Gilbert Cesbron écrivait quant à lui que « la seule vraie preuve de l’existence de Dieu, c’est la preuve par la joie. » Enfin je citerai Dominique Savio, le fils spirituel de Don Bosco, qui accueillait un nouvel arrivant au Valdocco en lui disant : « Sache qu’ici nous faisons consister la sainteté à être toujours joyeux. »
Dans notre prière à l’Esprit Saint, demandons-lui jour après jour la grâce d’être toujours joyeux et de progresser ainsi dans notre propre sanctification et celle de nos frères.
Amen
dimanche 29 juillet 2007
17ème dimanche du temps ordinaire
17ème dimanche du temps ordinaire / C
29 juillet 2007
Luc 11, 1-13 (page 218)
Après l’épisode de Jésus chez Marthe et Marie, l’Evangile de ce dimanche nous rapporte la transmission du Notre Père aux premiers disciples. Marie avait choisi la meilleure part, le nécessaire de toute vie humaine : la vie spirituelle, la vie qui se met à l’écoute de la Parole du Seigneur. Et voilà que Jésus va enseigner à ses disciples ce qui deviendra la prière de tous les chrétiens. Si Matthieu nous rapporte aussi la transmission du Notre Père, il y a toutefois quelques différences notables entre Luc et Matthieu. Chez ce dernier le Notre Père prend place dans le sermon sur la montagne, sermon qui commence avec les Béatitudes. L’atmosphère est donc chez le premier évangéliste celle de l’enseignement. Luc situe le Notre Père dans un tout autre contexte. Chez lui tout part de l’expérience de Jésus en prière. C’est en voyant prier leur Maître que les disciples lui ont en quelque sorte demandé une méthode d’oraison : « Un jour, quelque part, Jésus était en prière. » Cette introduction mériterait à elle seule un commentaire approfondi. Jésus était en prière. Pour lui la prière n’est pas seulement une activité. Elle est une composante fondamentale de sa personne. L’imprécision de Luc est aussi intéressante : un jour, quelque part… Comme s’il voulait nous dire que la prière ne dépend ni d’un jour précis ni d’un lieu particulier. Le chrétien qui est avancé dans la voie de la prière sait en effet qu’il faut prier en tout temps et en tout lieu, même si, bien sûr, on ne prie pas de la même manière dans le silence d’un oratoire ou dans le brouhaha du métro.
Entre Matthieu et Luc, il y a plus qu’une différence de contexte. Sans parler des nuances dans les mots mêmes du Pater, nous pouvons relever une insistance différente. Chez Matthieu, le Seigneur met l’accent sur le pardon des offenses en faisant suivre le Pater du commentaire suivant : « Si vous pardonnez aux autres leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos offenses. » Chez Luc le Seigneur fait suivre l’enseignement du Pater par une petite parabole, celle de l’ami importun. La leçon est claire : nous devons prier avec insistance et sans nous lasser. Il est relativement facile de commencer dans la voie de la prière. Il est beaucoup plus difficile de persévérer sur ce chemin de vie. La tentation la plus fréquente pour le chrétien qui veut être fidèle à la vie de prière c’est bien celle du découragement. On se décourage car on ne ressent pas la présence paternelle et aimante de Dieu. On se décourage car on a l’impression de ne pas être entendu, de ne pas être exaucé. Le découragement dans la prière, l’abandon de la vie spirituelle régulière proviennent toujours d’un manque de foi de notre part. Nous n’avons pas assez confiance en Dieu et surtout notre amour pour Lui s’est refroidi. La fin de notre Evangile est un appel à la confiance : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent ? » Cette conclusion est riche d’enseignements. En transmettant le Pater Jésus insiste sur la bonté de Dieu en tant que Père. Et il nous montre aussi que toutes les demandes du Pater peuvent se résumer en une seule : demander à Dieu notre Père l’Esprit-Saint. Car si nous avons en nous cette présence de l’Esprit-Saint et si nous suivons ses inspirations, non seulement nous éviterons le mal mais nous grandirons de jour en jour sur le chemin de la sainteté. Voilà ce que nous avons à demander en premier : le don de l’Esprit-Saint. Comme le dit le Seigneur dans l’Evangile nous devons rechercher d’abord le Royaume de Dieu et tout le reste nous sera donné par surcroît.
En guise de conclusion je voudrais faire allusion à l’expérience de deux saints espagnols du 16ème siècle. Tout d’abord sainte Thérèse de Jésus, la réformatrice du Carmel. Elle affirme avoir quelquefois passé tout le temps de son oraison à méditer seulement les deux premiers mots du Pater : « Notre Père ». Chaque mot du Pater est en effet d’une profondeur insoupçonnable. Si dans la prière communautaire nous n’avons pas le temps de méditer ces paroles, dans la prière personnelle nous avons tout intérêt à les savourer les unes après les autres, en prenant conscience sous l’action de l’Esprit de toute leur portée. L’autre saint est Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites. Dans ses Exercices spirituels il affirme que « ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. » Et il donne aux retraitants trois manières de prier, trois méthodes en quelque sorte. La deuxième manière de prier, écrit-il, « se fait en contemplant la signification de chaque mot de la prière. » Nous retrouvons l’expérience de Thérèse d’Avila avec le Pater. Et Ignace donne le détail de cette méthode : « Etant à genoux ou assis, selon qu’on s’y trouve plus disposé et accompagné de plus de dévotion, tenant les yeux fermés ou posés sur un endroit, sans les laisser aller ça et là, on dira : Pater. Et l’on restera dans la considération de ce mot aussi longtemps que l’on trouvera des significations, des comparaisons, du goût et de la consolation dans des considérations qui se rapportent à ce mot. Si celui qui contemple le Pater noster trouve dans un ou deux mots une bonne matière pour la pensée, et du goût et de la consolation, qu’il ne se soucie pas d’aller plus loin, même si l’heure devait se terminer sur ce qu’il trouve. Celle-ci terminée, il dira le reste du Pater noster de la manière habituelle. »
Amen
29 juillet 2007
Luc 11, 1-13 (page 218)
Après l’épisode de Jésus chez Marthe et Marie, l’Evangile de ce dimanche nous rapporte la transmission du Notre Père aux premiers disciples. Marie avait choisi la meilleure part, le nécessaire de toute vie humaine : la vie spirituelle, la vie qui se met à l’écoute de la Parole du Seigneur. Et voilà que Jésus va enseigner à ses disciples ce qui deviendra la prière de tous les chrétiens. Si Matthieu nous rapporte aussi la transmission du Notre Père, il y a toutefois quelques différences notables entre Luc et Matthieu. Chez ce dernier le Notre Père prend place dans le sermon sur la montagne, sermon qui commence avec les Béatitudes. L’atmosphère est donc chez le premier évangéliste celle de l’enseignement. Luc situe le Notre Père dans un tout autre contexte. Chez lui tout part de l’expérience de Jésus en prière. C’est en voyant prier leur Maître que les disciples lui ont en quelque sorte demandé une méthode d’oraison : « Un jour, quelque part, Jésus était en prière. » Cette introduction mériterait à elle seule un commentaire approfondi. Jésus était en prière. Pour lui la prière n’est pas seulement une activité. Elle est une composante fondamentale de sa personne. L’imprécision de Luc est aussi intéressante : un jour, quelque part… Comme s’il voulait nous dire que la prière ne dépend ni d’un jour précis ni d’un lieu particulier. Le chrétien qui est avancé dans la voie de la prière sait en effet qu’il faut prier en tout temps et en tout lieu, même si, bien sûr, on ne prie pas de la même manière dans le silence d’un oratoire ou dans le brouhaha du métro.
Entre Matthieu et Luc, il y a plus qu’une différence de contexte. Sans parler des nuances dans les mots mêmes du Pater, nous pouvons relever une insistance différente. Chez Matthieu, le Seigneur met l’accent sur le pardon des offenses en faisant suivre le Pater du commentaire suivant : « Si vous pardonnez aux autres leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos offenses. » Chez Luc le Seigneur fait suivre l’enseignement du Pater par une petite parabole, celle de l’ami importun. La leçon est claire : nous devons prier avec insistance et sans nous lasser. Il est relativement facile de commencer dans la voie de la prière. Il est beaucoup plus difficile de persévérer sur ce chemin de vie. La tentation la plus fréquente pour le chrétien qui veut être fidèle à la vie de prière c’est bien celle du découragement. On se décourage car on ne ressent pas la présence paternelle et aimante de Dieu. On se décourage car on a l’impression de ne pas être entendu, de ne pas être exaucé. Le découragement dans la prière, l’abandon de la vie spirituelle régulière proviennent toujours d’un manque de foi de notre part. Nous n’avons pas assez confiance en Dieu et surtout notre amour pour Lui s’est refroidi. La fin de notre Evangile est un appel à la confiance : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent ? » Cette conclusion est riche d’enseignements. En transmettant le Pater Jésus insiste sur la bonté de Dieu en tant que Père. Et il nous montre aussi que toutes les demandes du Pater peuvent se résumer en une seule : demander à Dieu notre Père l’Esprit-Saint. Car si nous avons en nous cette présence de l’Esprit-Saint et si nous suivons ses inspirations, non seulement nous éviterons le mal mais nous grandirons de jour en jour sur le chemin de la sainteté. Voilà ce que nous avons à demander en premier : le don de l’Esprit-Saint. Comme le dit le Seigneur dans l’Evangile nous devons rechercher d’abord le Royaume de Dieu et tout le reste nous sera donné par surcroît.
En guise de conclusion je voudrais faire allusion à l’expérience de deux saints espagnols du 16ème siècle. Tout d’abord sainte Thérèse de Jésus, la réformatrice du Carmel. Elle affirme avoir quelquefois passé tout le temps de son oraison à méditer seulement les deux premiers mots du Pater : « Notre Père ». Chaque mot du Pater est en effet d’une profondeur insoupçonnable. Si dans la prière communautaire nous n’avons pas le temps de méditer ces paroles, dans la prière personnelle nous avons tout intérêt à les savourer les unes après les autres, en prenant conscience sous l’action de l’Esprit de toute leur portée. L’autre saint est Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites. Dans ses Exercices spirituels il affirme que « ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. » Et il donne aux retraitants trois manières de prier, trois méthodes en quelque sorte. La deuxième manière de prier, écrit-il, « se fait en contemplant la signification de chaque mot de la prière. » Nous retrouvons l’expérience de Thérèse d’Avila avec le Pater. Et Ignace donne le détail de cette méthode : « Etant à genoux ou assis, selon qu’on s’y trouve plus disposé et accompagné de plus de dévotion, tenant les yeux fermés ou posés sur un endroit, sans les laisser aller ça et là, on dira : Pater. Et l’on restera dans la considération de ce mot aussi longtemps que l’on trouvera des significations, des comparaisons, du goût et de la consolation dans des considérations qui se rapportent à ce mot. Si celui qui contemple le Pater noster trouve dans un ou deux mots une bonne matière pour la pensée, et du goût et de la consolation, qu’il ne se soucie pas d’aller plus loin, même si l’heure devait se terminer sur ce qu’il trouve. Celle-ci terminée, il dira le reste du Pater noster de la manière habituelle. »
Amen
16ème dimanche du temps ordinaire
16ème dimanche du temps ordinaire / C
22 juillet 2007
Luc 10, 38-42 (page 168)
Après la parabole du bon samaritain, nous poursuivons notre lecture du chapitre 10 de saint Luc. L’épisode de Jésus chez Marthe et Marie comme la parabole du bon samaritain sont des textes propres à l’évangéliste Luc. Bien des commentateurs se sont heurtés à la difficulté d’une juste interprétation de ce passage évangélique. Cela fait maintenant un certain temps que la plupart des commentateurs ont abandonné l’interprétation qui consistait à opposer la vie active, représentée par Marthe, à la vie contemplative, représentée par sa sœur Marie. En fait cet Evangile semble bien être une leçon de vie chrétienne pour tous, et pas seulement pour les personnes consacrées.
Regardons tout d’abord l’attitude de Marthe recevant Jésus chez elle : elle « était accaparée par les multiples occupations du service. » Une autre traduction donne la version suivante : elle « était absorbée par tout le service. » Et lorsque Marthe se plaint de ne pas être aidée par sa sœur, le Seigneur lui répond : « tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. » Si l’intention de Marthe est louable, c’est sa état d’esprit qui est critiquable. Dans sa volonté de perfectionnisme, de bien recevoir son hôte de marque, elle passe à côté de l’essentiel, ce que Jésus nomme ici le « nécessaire ». Finalement elle est davantage absorbée par ses casseroles et par ses plats que par la présence du Seigneur Jésus. Recevoir quelqu’un, surtout si c’est le Seigneur, c’est le recevoir dans toutes ses dimensions. Certes le corps de Jésus a besoin de nourriture, mais Jésus n’est pas seulement un corps affamé. Le livre des Proverbes note avec humour : « Mieux vaut un morceau de pain sec et la paix, qu’une maison où les festins se terminent en dispute. » Recevoir quelqu’un c’est lui permettre d’entrer en relation, en dialogue, donc c’est toujours, d’une manière ou d’une autre, l’écouter. Nous avons tous faits l’expérience de repas succulents au cours desquels nous nous sommes ennuyés car nous n’étions pas réellement accueillis… Marthe oublie la relation entre les âmes, entre les esprits. Son souci excessif du service de la table lui fait rater cette occasion peut-être unique de rencontre en profondeur avec le Seigneur. Quand nous sommes inquiets et agités intérieurement, nous avons beau être là, physiquement présents, nous ne pouvons pas être présents véritablement à la personne que nous recevons. Les apôtres ont bien compris au commencement de l’Eglise le danger de l’activisme, même dans un but noble : aider les pauvres et rendre service aux prochain : « Ce ne serait pas normal que nous laissions de côté la parole de Dieu pour assurer le service des tables. »
Regardons maintenant l’attitude de Marie : elle écoute la parole de Jésus. C’est elle qui a choisi « la meilleure part ». Est-ce par hasard si, quelques versets plus haut, dans le même chapitre, saint Luc nous rapporte ces paroles du Seigneur : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Oui, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu ! » Marie a conscience de vivre un événement unique, bouleversant : une rencontre avec Celui qui est la Parole de Dieu faite chair. Marthe veut nourrir le corps de Jésus. Quant à elle, elle veut nourrir son âme en écoutant la Parole du Seigneur. L’une veut donner, l’autre se rend disponible pour recevoir. La première attitude du disciple est bien celle de l’écoute. L’écoute du Seigneur, voilà le nécessaire dans nos vies, la meilleure part sans laquelle tout le reste s’évanouit et perd finalement saveur et consistance.
Alors cet Evangile nous invite à un examen de conscience. Notre vie est peut-être chrétienne, mais est-elle vraiment spirituelle ? Et que signifierait une vie chrétienne sans spiritualité ? La vie de prière, de méditation, d’étude et de lecture de la Parole de Dieu est indispensable pour notre vie chrétienne. Si nous sommes en permanence inquiets et agités à cause des choses matérielles, comment pouvons-nous nous rendre présents à l’unique nécessaire ? Nous courons sans cesse, nous n’avons jamais le temps… Oui, nous courons après le vent. S’arrêter, faire une vraie pause quotidienne pour la rencontre avec le Seigneur est une véritable libération. Pour une fois on ne nous demande pas de donner ou de faire, mais de recevoir : quel bonheur ! Encore faut-il écarter tous les obstacles qui se dressent sur ce chemin de notre vie spirituelle. Et ils sont nombreux ! Le premier étant peut-être le bruit de notre vie moderne. Le silence est devenu une denrée de luxe. Oui, tout lâcher, tout quitter, y compris téléphones fixes et portables, pour vivre pleinement et avec toute notre foi, tout notre amour, ce temps privilégié de la prière. Amen.
22 juillet 2007
Luc 10, 38-42 (page 168)
Après la parabole du bon samaritain, nous poursuivons notre lecture du chapitre 10 de saint Luc. L’épisode de Jésus chez Marthe et Marie comme la parabole du bon samaritain sont des textes propres à l’évangéliste Luc. Bien des commentateurs se sont heurtés à la difficulté d’une juste interprétation de ce passage évangélique. Cela fait maintenant un certain temps que la plupart des commentateurs ont abandonné l’interprétation qui consistait à opposer la vie active, représentée par Marthe, à la vie contemplative, représentée par sa sœur Marie. En fait cet Evangile semble bien être une leçon de vie chrétienne pour tous, et pas seulement pour les personnes consacrées.
Regardons tout d’abord l’attitude de Marthe recevant Jésus chez elle : elle « était accaparée par les multiples occupations du service. » Une autre traduction donne la version suivante : elle « était absorbée par tout le service. » Et lorsque Marthe se plaint de ne pas être aidée par sa sœur, le Seigneur lui répond : « tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. » Si l’intention de Marthe est louable, c’est sa état d’esprit qui est critiquable. Dans sa volonté de perfectionnisme, de bien recevoir son hôte de marque, elle passe à côté de l’essentiel, ce que Jésus nomme ici le « nécessaire ». Finalement elle est davantage absorbée par ses casseroles et par ses plats que par la présence du Seigneur Jésus. Recevoir quelqu’un, surtout si c’est le Seigneur, c’est le recevoir dans toutes ses dimensions. Certes le corps de Jésus a besoin de nourriture, mais Jésus n’est pas seulement un corps affamé. Le livre des Proverbes note avec humour : « Mieux vaut un morceau de pain sec et la paix, qu’une maison où les festins se terminent en dispute. » Recevoir quelqu’un c’est lui permettre d’entrer en relation, en dialogue, donc c’est toujours, d’une manière ou d’une autre, l’écouter. Nous avons tous faits l’expérience de repas succulents au cours desquels nous nous sommes ennuyés car nous n’étions pas réellement accueillis… Marthe oublie la relation entre les âmes, entre les esprits. Son souci excessif du service de la table lui fait rater cette occasion peut-être unique de rencontre en profondeur avec le Seigneur. Quand nous sommes inquiets et agités intérieurement, nous avons beau être là, physiquement présents, nous ne pouvons pas être présents véritablement à la personne que nous recevons. Les apôtres ont bien compris au commencement de l’Eglise le danger de l’activisme, même dans un but noble : aider les pauvres et rendre service aux prochain : « Ce ne serait pas normal que nous laissions de côté la parole de Dieu pour assurer le service des tables. »
Regardons maintenant l’attitude de Marie : elle écoute la parole de Jésus. C’est elle qui a choisi « la meilleure part ». Est-ce par hasard si, quelques versets plus haut, dans le même chapitre, saint Luc nous rapporte ces paroles du Seigneur : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Oui, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu ! » Marie a conscience de vivre un événement unique, bouleversant : une rencontre avec Celui qui est la Parole de Dieu faite chair. Marthe veut nourrir le corps de Jésus. Quant à elle, elle veut nourrir son âme en écoutant la Parole du Seigneur. L’une veut donner, l’autre se rend disponible pour recevoir. La première attitude du disciple est bien celle de l’écoute. L’écoute du Seigneur, voilà le nécessaire dans nos vies, la meilleure part sans laquelle tout le reste s’évanouit et perd finalement saveur et consistance.
Alors cet Evangile nous invite à un examen de conscience. Notre vie est peut-être chrétienne, mais est-elle vraiment spirituelle ? Et que signifierait une vie chrétienne sans spiritualité ? La vie de prière, de méditation, d’étude et de lecture de la Parole de Dieu est indispensable pour notre vie chrétienne. Si nous sommes en permanence inquiets et agités à cause des choses matérielles, comment pouvons-nous nous rendre présents à l’unique nécessaire ? Nous courons sans cesse, nous n’avons jamais le temps… Oui, nous courons après le vent. S’arrêter, faire une vraie pause quotidienne pour la rencontre avec le Seigneur est une véritable libération. Pour une fois on ne nous demande pas de donner ou de faire, mais de recevoir : quel bonheur ! Encore faut-il écarter tous les obstacles qui se dressent sur ce chemin de notre vie spirituelle. Et ils sont nombreux ! Le premier étant peut-être le bruit de notre vie moderne. Le silence est devenu une denrée de luxe. Oui, tout lâcher, tout quitter, y compris téléphones fixes et portables, pour vivre pleinement et avec toute notre foi, tout notre amour, ce temps privilégié de la prière. Amen.
dimanche 15 juillet 2007
15ème dimanche du temps ordinaire
15ème dimanche du temps ordinaire / C
15 juillet 07
Luc 10, 25-37 (page 118)
« Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » Le docteur de la Loi pose ici au Seigneur la question essentielle de toute vie humaine même si c’est avec une intention mauvaise, pour le mettre à l’épreuve. Cette question ne devrait pas se situer sur un plan théorique ou intellectuel… Or c’est bien à un jeu théologique que le docteur de la Loi veut se livrer ici. Cette question ne peut obtenir de réponse que sur un plan pratique, celui de l’engagement de toute notre personne en vue d’obtenir la vraie vie. La réponse de Jésus est désarmante de simplicité : tu es docteur de la Loi, tu as donc la réponse à ta propre question. Tu connais la Loi de vie, tu n’as plus qu’à la mettre en pratique : « Fais ainsi et tu auras la vie. » Cette simplicité n’est pas sans rappeler l’épisode de Lazare et du riche dans le même Evangile… « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent… S’ils n’écoutent pas Moïse, et les prophètes, même avec la résurrection d’un mort on ne les convaincrait pas. » La première lecture, extraite de la Torah, insiste sur cette simplicité de la Loi. Croire et pratiquer notre religion n’est pas quelque chose de compliqué : « Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte… Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. »
Même si son intention n’est pas pure, le docteur de la Loi veut se faire passer pour un homme juste auprès de Jésus, d’où sa volonté de poursuivre le débat par une nouvelle question : « Et qui donc est mon prochain ? » Peut-être espérait-il avec cette question apparemment difficile mettre Jésus en mauvaise posture… C’était bien sûr méconnaître la personne du Seigneur. Il n’est pas un docteur de la Loi, même excellent, il est la Parole de Dieu faite chair. Et c’est par la merveilleuse parabole du bon samaritain que le Seigneur va répondre et ainsi nous enseigner ce que signifie aimer notre prochain.
Sur ce chemin de Jérusalem à Jéricho vont passer un prêtre, un lévite et un samaritain. Seul ce dernier verra l’homme blessé au bord de la route : « Il le vit et fut saisi de pitié. » Le prêtre et le lévite l’ont eux aussi vu. Mais ils l’ont ignoré. Il ne suffit pas de voir la souffrance de l’autre pour l’aimer. Il faut encore que notre cœur soit bouleversé, capable de compassion, saisi de pitié comme le dit l’Evangile. Ne jetons pas trop vite la pierre sur le prêtre et le lévite en les traitant d’égoïstes ou de personnes insensibles. Bien souvent nous leur ressemblons, bien souvent, nous aussi, nous avons changé de trottoir pour éviter de voir de trop près ce mendiant ou ce clochard ou ce groupe de jeunes marginaux au look peu catholique. Il est certain que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Mais alors comment faire pour aimer notre prochain ? Cela demande non seulement d’avoir un cœur capable de compassion, mais aussi de prendre le temps de nous faire proche de ce prochain au bord du chemin ou sur le trottoir de nos villes. Or, bien souvent, nous courrons, nous n’avons pas le temps, nous avons telle course à faire ou telle affaire à régler. Et puis si nous sommes en vacances nous considérons peut-être qu’il est temps de penser d’abord à nous… Voilà nos difficultés bien concrètes dans l’exercice de la charité. Sans oublier qu’il peut être des fois dangereux pour nous de nous approcher de certaines personnes. Il arrive aussi que sous le mendiant se cache un brigand, ou sous l’auto-stoppeur une personne malhonnête…
Qui est donc le prochain de l’homme pauvre ou en difficulté ? « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » La traduction liturgique est inexacte. Il faudrait dire avec la Bible Osty : « Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. » Aimer notre prochain, c’est donc faire preuve de miséricorde à son égard. Nous avons à demander au Seigneur un cœur de chair, un cœur capable d’aimer et d’être sensible. Si notre cœur est endurci, le sacrement de réconciliation nous sera d’une grande aide. Ensuite tout est dans le don de nous-mêmes. Sortir de notre égoïsme c’est bien difficile. Mais souvenons-nous que la Loi du Seigneur n’est pas au-dessus de nos forces. Le bon samaritain était peut-être lui aussi pressé. Il a donné de son temps. Il a aussi donné de son argent pour que cet homme puisse être accueilli et soigné par l’aubergiste. Ce qui signifie que dans l’exercice de la charité nous ne sommes pas seuls. Il ne nous est pas demandé de tout faire par nous-mêmes. Nous pouvons nous faire aider. Ce qui nous est demandé, c’est bien en quelque sorte de payer de notre personne pour que notre prochain soit réconforté et soulagé. Notre présence, notre sourire, notre parole, notre main tendue, tout cela fait partie de la miséricorde envers celui qui souffre pour une raison ou pour une autre. Cela ne demande pas forcément beaucoup de temps ni beaucoup d’argent. Si nous avons le cœur ouvert, alors nous trouverons bien, avec l’aide de l’Esprit Saint, la juste attitude au bon moment. Amen.
15 juillet 07
Luc 10, 25-37 (page 118)
« Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » Le docteur de la Loi pose ici au Seigneur la question essentielle de toute vie humaine même si c’est avec une intention mauvaise, pour le mettre à l’épreuve. Cette question ne devrait pas se situer sur un plan théorique ou intellectuel… Or c’est bien à un jeu théologique que le docteur de la Loi veut se livrer ici. Cette question ne peut obtenir de réponse que sur un plan pratique, celui de l’engagement de toute notre personne en vue d’obtenir la vraie vie. La réponse de Jésus est désarmante de simplicité : tu es docteur de la Loi, tu as donc la réponse à ta propre question. Tu connais la Loi de vie, tu n’as plus qu’à la mettre en pratique : « Fais ainsi et tu auras la vie. » Cette simplicité n’est pas sans rappeler l’épisode de Lazare et du riche dans le même Evangile… « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent… S’ils n’écoutent pas Moïse, et les prophètes, même avec la résurrection d’un mort on ne les convaincrait pas. » La première lecture, extraite de la Torah, insiste sur cette simplicité de la Loi. Croire et pratiquer notre religion n’est pas quelque chose de compliqué : « Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte… Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. »
Même si son intention n’est pas pure, le docteur de la Loi veut se faire passer pour un homme juste auprès de Jésus, d’où sa volonté de poursuivre le débat par une nouvelle question : « Et qui donc est mon prochain ? » Peut-être espérait-il avec cette question apparemment difficile mettre Jésus en mauvaise posture… C’était bien sûr méconnaître la personne du Seigneur. Il n’est pas un docteur de la Loi, même excellent, il est la Parole de Dieu faite chair. Et c’est par la merveilleuse parabole du bon samaritain que le Seigneur va répondre et ainsi nous enseigner ce que signifie aimer notre prochain.
Sur ce chemin de Jérusalem à Jéricho vont passer un prêtre, un lévite et un samaritain. Seul ce dernier verra l’homme blessé au bord de la route : « Il le vit et fut saisi de pitié. » Le prêtre et le lévite l’ont eux aussi vu. Mais ils l’ont ignoré. Il ne suffit pas de voir la souffrance de l’autre pour l’aimer. Il faut encore que notre cœur soit bouleversé, capable de compassion, saisi de pitié comme le dit l’Evangile. Ne jetons pas trop vite la pierre sur le prêtre et le lévite en les traitant d’égoïstes ou de personnes insensibles. Bien souvent nous leur ressemblons, bien souvent, nous aussi, nous avons changé de trottoir pour éviter de voir de trop près ce mendiant ou ce clochard ou ce groupe de jeunes marginaux au look peu catholique. Il est certain que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Mais alors comment faire pour aimer notre prochain ? Cela demande non seulement d’avoir un cœur capable de compassion, mais aussi de prendre le temps de nous faire proche de ce prochain au bord du chemin ou sur le trottoir de nos villes. Or, bien souvent, nous courrons, nous n’avons pas le temps, nous avons telle course à faire ou telle affaire à régler. Et puis si nous sommes en vacances nous considérons peut-être qu’il est temps de penser d’abord à nous… Voilà nos difficultés bien concrètes dans l’exercice de la charité. Sans oublier qu’il peut être des fois dangereux pour nous de nous approcher de certaines personnes. Il arrive aussi que sous le mendiant se cache un brigand, ou sous l’auto-stoppeur une personne malhonnête…
Qui est donc le prochain de l’homme pauvre ou en difficulté ? « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » La traduction liturgique est inexacte. Il faudrait dire avec la Bible Osty : « Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. » Aimer notre prochain, c’est donc faire preuve de miséricorde à son égard. Nous avons à demander au Seigneur un cœur de chair, un cœur capable d’aimer et d’être sensible. Si notre cœur est endurci, le sacrement de réconciliation nous sera d’une grande aide. Ensuite tout est dans le don de nous-mêmes. Sortir de notre égoïsme c’est bien difficile. Mais souvenons-nous que la Loi du Seigneur n’est pas au-dessus de nos forces. Le bon samaritain était peut-être lui aussi pressé. Il a donné de son temps. Il a aussi donné de son argent pour que cet homme puisse être accueilli et soigné par l’aubergiste. Ce qui signifie que dans l’exercice de la charité nous ne sommes pas seuls. Il ne nous est pas demandé de tout faire par nous-mêmes. Nous pouvons nous faire aider. Ce qui nous est demandé, c’est bien en quelque sorte de payer de notre personne pour que notre prochain soit réconforté et soulagé. Notre présence, notre sourire, notre parole, notre main tendue, tout cela fait partie de la miséricorde envers celui qui souffre pour une raison ou pour une autre. Cela ne demande pas forcément beaucoup de temps ni beaucoup d’argent. Si nous avons le cœur ouvert, alors nous trouverons bien, avec l’aide de l’Esprit Saint, la juste attitude au bon moment. Amen.
dimanche 1 juillet 2007
13ème dimanche du temps ordinaire
13ème dimanche du TO/C
1er juillet 2007
Luc 9, 51-62 (page 18)
En ce premier dimanche du mois de juillet, la liturgie de la Parole n’est pas précisément une invitation au farniente estival… « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête. »
Les quatre paroles du Seigneur rassemblées ici par saint Luc se situent à un moment charnière de l’Evangile, un moment décisif dans le ministère public du Seigneur : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. » Au chapitre 9 de son Evangile, Luc signale une étape importante. Le temps de la prédication et des miracles en Galilée est terminé. Le temps de l’annonce du Royaume de Dieu est accompli. Maintenant Jésus durcit sa face en direction de Jérusalem. Tel est le sens du texte grec original. Et cette expression grecque nous renvoie directement à l’un des chants du serviteur en Isaïe : « Le Seigneur Dieu est de mon côté, et les insultes ne me touchent pas ; aussi je garde un visage de pierre, je sais que je n’aurai pas à rougir. » Autant dire que cette montée vers Jérusalem est synonyme d’entrée dans la Passion. C’est le temps où le Seigneur va enseigner davantage par son attitude de liberté et de courage que par ses paroles.
Sur la route qui va le conduire de la Galilée à Jérusalem, Jésus doit traverser la Samarie. « On refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. » La première réalité à laquelle se heurte Jésus est bien celle du refus. Ce refus d’accueil annonce déjà le refus radical qui sera signifié à Jérusalem par le supplice de la Croix. C’est bien le chemin de Croix qui commence ici en filigrane. Ce refus est le symbole d’une humanité profondément divisée et déchirée. Les samaritains n’aiment pas les juifs et les juifs n’ont guère d’estime envers eux… Ce sont ces petites et grandes rivalités qui conduisent bien souvent à la haine et à la guerre. Comment ne pas penser ici aux merveilleuses paroles de Paul dans sa lettre aux Colossiens ? Dieu a jugé bon qu’habite dans le Christ toute plénitude « et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel. » Oui, le chemin de Croix est bien un chemin de souffrance en vue de la réconciliation, en vue de l’unité du genre humain.
Devant ce refus, Luc rapporte deux réactions : celle de Jacques et de Jean, puis celle du Seigneur. « Veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Les apôtres suggèrent à leur Maître de punir les samaritains en employant la méthode forte. La violence est la méthode employée en tout temps et en tous les lieux par les fanatiques religieux. Dès le moment où des personnes refusent de les accueillir ou de les écouter, ils veulent s’imposer par la force, et cela au nom du Dieu qu’ils prétendent servir. Jacques et Jean ont des circonstances atténuantes, pourrait-on dire… Ils ont l’illustre exemple du prophète Elie dans l’Ancien Testament qui avait fait tomber le feu du ciel sur les messagers du roi Okozias : « Elie répondit au chef des cinquante : ‘Si je suis un homme de Dieu, que le feu du ciel descende et te dévore, toi et tes cinquante hommes !’ Et le feu du ciel descendit : il le dévora, lui et ses cinquante hommes. »
« Mais Jésus se retourna et les interpella vivement ». Le Seigneur, en route vers Jérusalem et vers le Golgotha, ne se met pas à l’école du prophète Elie. Son attitude est nouvelle. Il refuse la violence, il refuse de punir ces samaritains qui ne veulent pas lui offrir l’hospitalité… « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ! » Un peu plus loin dans sa marche vers Jérusalem, Jésus choisira même un samaritain pour illustrer l’amour du prochain, c’est la parabole bien connue du bon samaritain . Les fanatiques religieux, eux, ont tendance à diviser le monde en deux camps : celui des bons auquel ils s’identifient bien sûr, et celui des mauvais, des ennemis. Jésus montre que si certains samaritains ont refusé de l’accueillir, d’autres peuvent être des modèles de charité. Il ne faut jamais généraliser dans nos jugements et dire : ce peuple ou ce groupe est mauvais. D’ailleurs Jésus nous demande de ne pas juger, de ne pas condamner notre prochain. Et même dans une personne, la plupart du temps, le bien et le mal cohabitent. C’est l’expérience de la lutte spirituelle que tous nous faisons. Il aura fallu beaucoup de temps à notre Eglise pour vivre en plénitude cet enseignement du Christ. Le texte du concile Vatican II sur la liberté religieuse a clairement condamné le fanatisme religieux comme antiévangélique : « Bien qu’il y ait eu parfois dans la vie du peuple de Dieu, cheminant à travers les vicissitudes de l’histoire humaine, des manières d’agir moins conformes, bien plus même contraires à l’esprit évangélique, l’Eglise a cependant toujours enseigné que personne ne peut être amené par contrainte à la foi. » Et le Concile se réfère évidemment à l’exemple du Christ : « Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume, en effet, ne se défend pas par l’épée, mais il s’établit en écoutant la vérité et en lui rendant témoignage, il s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la Croix, attire à lui tous les hommes. »
Si les apôtres voulaient faire descendre le feu du ciel pour tuer les samaritains, Jésus, lui, veut faire descendre en chacun de nous le feu de l’Esprit, le feu de son amour divin, infini et universel : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! »
Amen
1er juillet 2007
Luc 9, 51-62 (page 18)
En ce premier dimanche du mois de juillet, la liturgie de la Parole n’est pas précisément une invitation au farniente estival… « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête. »
Les quatre paroles du Seigneur rassemblées ici par saint Luc se situent à un moment charnière de l’Evangile, un moment décisif dans le ministère public du Seigneur : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. » Au chapitre 9 de son Evangile, Luc signale une étape importante. Le temps de la prédication et des miracles en Galilée est terminé. Le temps de l’annonce du Royaume de Dieu est accompli. Maintenant Jésus durcit sa face en direction de Jérusalem. Tel est le sens du texte grec original. Et cette expression grecque nous renvoie directement à l’un des chants du serviteur en Isaïe : « Le Seigneur Dieu est de mon côté, et les insultes ne me touchent pas ; aussi je garde un visage de pierre, je sais que je n’aurai pas à rougir. » Autant dire que cette montée vers Jérusalem est synonyme d’entrée dans la Passion. C’est le temps où le Seigneur va enseigner davantage par son attitude de liberté et de courage que par ses paroles.
Sur la route qui va le conduire de la Galilée à Jérusalem, Jésus doit traverser la Samarie. « On refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. » La première réalité à laquelle se heurte Jésus est bien celle du refus. Ce refus d’accueil annonce déjà le refus radical qui sera signifié à Jérusalem par le supplice de la Croix. C’est bien le chemin de Croix qui commence ici en filigrane. Ce refus est le symbole d’une humanité profondément divisée et déchirée. Les samaritains n’aiment pas les juifs et les juifs n’ont guère d’estime envers eux… Ce sont ces petites et grandes rivalités qui conduisent bien souvent à la haine et à la guerre. Comment ne pas penser ici aux merveilleuses paroles de Paul dans sa lettre aux Colossiens ? Dieu a jugé bon qu’habite dans le Christ toute plénitude « et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel. » Oui, le chemin de Croix est bien un chemin de souffrance en vue de la réconciliation, en vue de l’unité du genre humain.
Devant ce refus, Luc rapporte deux réactions : celle de Jacques et de Jean, puis celle du Seigneur. « Veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Les apôtres suggèrent à leur Maître de punir les samaritains en employant la méthode forte. La violence est la méthode employée en tout temps et en tous les lieux par les fanatiques religieux. Dès le moment où des personnes refusent de les accueillir ou de les écouter, ils veulent s’imposer par la force, et cela au nom du Dieu qu’ils prétendent servir. Jacques et Jean ont des circonstances atténuantes, pourrait-on dire… Ils ont l’illustre exemple du prophète Elie dans l’Ancien Testament qui avait fait tomber le feu du ciel sur les messagers du roi Okozias : « Elie répondit au chef des cinquante : ‘Si je suis un homme de Dieu, que le feu du ciel descende et te dévore, toi et tes cinquante hommes !’ Et le feu du ciel descendit : il le dévora, lui et ses cinquante hommes. »
« Mais Jésus se retourna et les interpella vivement ». Le Seigneur, en route vers Jérusalem et vers le Golgotha, ne se met pas à l’école du prophète Elie. Son attitude est nouvelle. Il refuse la violence, il refuse de punir ces samaritains qui ne veulent pas lui offrir l’hospitalité… « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ! » Un peu plus loin dans sa marche vers Jérusalem, Jésus choisira même un samaritain pour illustrer l’amour du prochain, c’est la parabole bien connue du bon samaritain . Les fanatiques religieux, eux, ont tendance à diviser le monde en deux camps : celui des bons auquel ils s’identifient bien sûr, et celui des mauvais, des ennemis. Jésus montre que si certains samaritains ont refusé de l’accueillir, d’autres peuvent être des modèles de charité. Il ne faut jamais généraliser dans nos jugements et dire : ce peuple ou ce groupe est mauvais. D’ailleurs Jésus nous demande de ne pas juger, de ne pas condamner notre prochain. Et même dans une personne, la plupart du temps, le bien et le mal cohabitent. C’est l’expérience de la lutte spirituelle que tous nous faisons. Il aura fallu beaucoup de temps à notre Eglise pour vivre en plénitude cet enseignement du Christ. Le texte du concile Vatican II sur la liberté religieuse a clairement condamné le fanatisme religieux comme antiévangélique : « Bien qu’il y ait eu parfois dans la vie du peuple de Dieu, cheminant à travers les vicissitudes de l’histoire humaine, des manières d’agir moins conformes, bien plus même contraires à l’esprit évangélique, l’Eglise a cependant toujours enseigné que personne ne peut être amené par contrainte à la foi. » Et le Concile se réfère évidemment à l’exemple du Christ : « Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume, en effet, ne se défend pas par l’épée, mais il s’établit en écoutant la vérité et en lui rendant témoignage, il s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la Croix, attire à lui tous les hommes. »
Si les apôtres voulaient faire descendre le feu du ciel pour tuer les samaritains, Jésus, lui, veut faire descendre en chacun de nous le feu de l’Esprit, le feu de son amour divin, infini et universel : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! »
Amen
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