mercredi 1 novembre 2023

TOUSSAINT 2023

 

Psaume 33

Saints du Seigneur, adorez-le : rien ne manque à ceux qui le craignent.

En cette solennité de la Toussaint je vous propose une méditation sur la sainteté chrétienne à partir du psaume 33 qui invite les saints du Seigneur à l’adorer : Saints du Seigneur, adorez-le : rien ne manque à ceux qui le craignent.

La sainteté consiste tout d’abord à chercher le Seigneur : Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. Qui cherche le Seigneur ne manquera d'aucun bien. Cette recherche de Dieu implique de notre part un désir de vivre dans la communion avec lui, de vivre en sa présence chaque jour de notre vie et jusque dans la vie éternelle. Il s’agit d’une attitude active de notre part impliquant notre volonté et notre amour. Ce désir de Dieu aboutit toujours au désir de la prière et de la contemplation de son mystère révélé en Jésus-Christ. Le saint ne peut pas vivre sans la prière, sans cette relation privilégiée avec Dieu qui lui permet de mettre en pratique le premier commandement rappelé par Jésus dimanche dernier : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Dans le temps offert à la prière le saint fait l’expérience privilégiée de la bonté du Dieu qui est Amour, même quand la prière devient difficile parce que Dieu semble absent et que son silence nous pèse. Dans l’acte de l’offrande de notre temps et de notre personne à Dieu dans la prière nous lui exprimons notre désir d’être avec lui, de nous tenir tout simplement en sa présence. Le Dieu trois fois saint nous permet alors de goûter sa présence, en anticipation de la communion parfaite et éternelle dans le Royaume : Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! Heureux qui trouve en lui son refuge !

La sainteté, c’est aussi apprendre la crainte du Seigneur : Venez, mes fils, écoutez-moi, que je vous enseigne la crainte du Seigneur. Le sens biblique de la crainte n’a rien à voir avec la peur. Il s’agit du respect de Dieu et du désir de vivre conformément à ses commandements en suivant la voie de la sagesse. La crainte en tant qu’attitude de sagesse est la condition du bonheur authentique : Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ? La sainteté n’est pas un mépris de notre vie terrestre ni un refus du bonheur. Elle est au contraire un désir de vie et de bonheur en plénitude. Le psalmiste nous indique le chemin concret que prend la sainteté dans la crainte du Seigneur : Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides. Évite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la. L’enseignement du psaume est pour nous une invitation à relire ce que saint Jacques nous dit au chapitre 3 de sa lettre sur la bonne ou la mauvaise utilisation de notre langue et du don merveilleux du langage. Les préceptes qui conduisent à la sainteté sont simples mais difficiles à mettre en œuvre en raison de notre nature pécheresse. Saint Jacques fait le lien avec la langue qui prie et la langue qui peut causer du tort au prochain : Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, qui sont créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Mes frères, il ne faut pas qu’il en soit ainsi. C’est un exemple de la séparation entre l’amour pour Dieu et l’amour pour notre prochain. Eviter le mal, faire le bien, rechercher la paix, quoi de plus simple en effet ? L’actualité de notre monde avec ses guerres et ses conflits sans fin nous montre cependant à quel point le cœur de l’homme est malade et a besoin de salut et de libération. Ils sont rares les artisans de paix loués par Jésus dans l’Evangile des Béatitudes : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. La sainteté consiste à choisir ce chemin malgré tous les obstacles. Il y faut beaucoup de courage, de persévérance et surtout de confiance et d’abandon à Dieu :

Le Seigneur entend ceux qui l'appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre. Il est proche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu… Le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

dimanche 22 octobre 2023

"Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". 29ème dimanche du temps ordinaire / année A.

 


22/10/2023

Matthieu 22, 15-21

Les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. L’introduction que l’évangéliste donne à l’Evangile de ce dimanche révèle les tensions de plus en plus fortes entre les pharisiens et Jésus. Dans le but de lui tendre un piège ils s’associent aux partisans d’Hérode, collaborateurs des Romains. Ils viennent vers Jésus avec des paroles de flatterie : Tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Ce qu’ils disent de Jésus est vrai mais ils ne le pensent pas. Il s’agit bien ici de leur hypocrisie servant à masquer leur intention mauvaise… comme s’il était aussi simple que cela de tromper Jésus ! La question qu’ils lui posent est purement formelle : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? Ils ne recherchent pas la vérité sur cette question qui divisait les Juifs. La réponse que donnera Jésus ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse, c’est de le faire parler pour ensuite pouvoir se retourner contre lui. Nous en sommes toujours là dans les pseudo-débats télévisés, surtout quand il s’agit de politique. Le vrai débat, le dialogue authentique est un art qui suppose une recherche commune de la vérité. Cet Evangile nous rappelle l’usage travesti que nous pouvons faire du don de la parole et du langage. Les pharisiens utilisent leur question comme une arme destinée à faire tomber Jésus dans le piège d’une réponse embarrassante. Un petit rappel historique s’impose : depuis 63 avant J.C le territoire d’Israël est sous le contrôle de la puissance romaine. C’est le pouvoir qui domine les Juifs même s’il consent à leur laisser des roitelets pour la forme comme Hérode. Evidemment certains Juifs ne voulaient pas payer l’impôt à un occupant et à un païen, l’empereur Tibère qui portait comme Auguste avant lui le titre de César. La première partie de la réponse de Jésus est une dénonciation claire et nette de l’hypocrisie des pharisiens : Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Il montre qu’il n’est pas dupe de leur jeu. Et comme souvent Jésus va répondre à leur question en leur posant une autre question : Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? Qui donc émet la monnaie en circulation dans le pays ? César, donc l’empereur de Rome. L’autorité monétaire est celle de Rome ce qui rappelle aux Juifs qu’ils ont perdu leur liberté politique et de gouvernement. La réponse de Jésus est connue de tous, même de ceux qui ignorent les Evangiles, elle est devenue proverbiale : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Cette sentence distingue clairement l’appartenance religieuse de l’appartenance politique. Jésus leur dit : vous pouvez être religieusement de bons Juifs tout en étant de bons citoyens en payant l’impôt à César. Le fait de payer cet impôt ne concerne pas votre relation avec Dieu car elle est d’un autre ordre, celui de l’Esprit, distinct et tellement différent de l’ordre temporel des souverains de cette terre. Les Césars passent et changent avec leur gloire humaine éphémère mais Dieu demeure toujours le même. Honorez donc Dieu par votre vie de foi, de prière et de charité et obéissez à l’autorité politique. Jésus est tout le contraire d’un révolutionnaire, d’un zélote ayant pour but la libération politique d’Israël. Cela ne l’intéresse pas. Il montre aux pharisiens et à tous les Juifs qui ne supportaient pas la présence et le pouvoir des Romains que la liberté spirituelle est infiniment plus importante que la liberté politique. Il vient libérer les cœurs du mal et du péché, de l’hypocrisie, du mensonge et de la perversité. Reconnaître la perte d’indépendance politique d’Israël n’empêche absolument pas de s’engager dans le chemin de la sainteté qui est celui du peuple de Dieu. Chemin de sainteté par lequel on comprend que l’unique souverain et roi, c’est Dieu seul. Même après Pâques ce message de Jésus n’est toujours pas accueilli dans le cœur de ses apôtres comme en témoigne leur question : Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? Depuis la mort de Salomon, en 931 av.JC, ce royaume unifié auquel ils rêvent encore avait disparu ! C’est en devenant ce qu’ils sont, c’est-à-dire missionnaires, qu’ils comprendront peu à peu que le Royaume de Jésus n’est pas de ce monde. En ce dimanche qui conclut la semaine missionnaire mondiale accueillons avec les apôtres la finale de l’Evangile selon saint Matthieu :

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.


dimanche 8 octobre 2023

27ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

8/10/2023

Matthieu 21, 33-43

La parabole des vignerons assassins est le développement du texte d’Isaïe que nous avons entendu en première lecture. Il y est question du domaine de Dieu dans lequel il plante une vigne. Ce domaine c’est la création tout entière et la vigne peut être comprise comme l’image de l’humanité, du peuple d’Israël ou encore de l’Eglise. Dans cette parabole Jésus résume le drame des relations entre Dieu et l’humanité, de l’alliance de la création en passant par celle avec Noé puis Moïse jusqu’à l’alliance définitive offerte dans le mystère de l’incarnation. Les vignerons qui nous représentent refusent de vivre dans l’Alliance et persécutent les envoyés de Dieu, les prophètes. Ils vont même jusqu’à tuer le fils du maître du domaine. Jésus annonce ainsi sa propre mort sur la croix et l’interprète par avance à la lumière du psaume 118 (117) :

Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !

Les vignerons deviennent dans le psaume des maçons bâtissant une maison. Image parlante elle aussi car elle nous montre le projet d’une humanité voulant se construire et se développer en rejetant la pierre d’angle, c’est-à-dire Jésus. Il y a eu à un moment précis de l’histoire de l’humanité le meurtre de l’innocent et du saint, le Fils de Dieu. Il y a aussi à tout moment de l’histoire, celle des peuples comme celle des personnes, cette tentation de rejeter Jésus hors de nos vies, de refuser d’écouter sa Parole et d’accueillir son Evangile. En lien avec l’image des maçons dans le psaume 118 nous pouvons penser à un autre psaume, le psaume 126 :

Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain.

Les psaumes 118 et 126 nous mettent en garde contre notre orgueil qui nous pousse à vouloir être totalement autonomes, détachés de Dieu Père et Créateur. Contrairement à Jésus, nous refusons parfois d’être fils, c’est-à-dire de reconnaître que nous dépendons de Dieu qui nous donne de vivre dans son domaine et nous confie sa vigne. Le texte d’Isaïe précise les mauvais fruits issus de cette séparation volontaire d’avec le maître du domaine :

Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.

C’est bien en raison de la méchanceté des vignerons que Dieu les abandonne à leur autonomie revendiquée par et dans le crime :

Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits.

Il est facile de voir dans cette sentence le transfert du Royaume de Dieu vers les peuples païens. Cela ne doit pas nous empêcher, bien au contraire, de nous l’appliquer à nous-mêmes dans la situation qui est la nôtre aujourd’hui. Même si l’Eglise ne se confond pas avec le Royaume de Dieu, elle en est en quelque sorte le signe sur cette terre. Dieu a promis à l’Eglise par la bouche de son Fils que jamais elle ne serait détruite par les forces du mal à l’extérieur comme à l’intérieur :

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.

Cela n’empêche pas Dieu d’opérer la purification de son Eglise par l’épreuve. Le passage rapide en Occident, mais remontant dans ses racines au 18ème siècle, d’une Eglise majoritaire à une Eglise minoritaire, mise en « concurrence » par de nombreuses églises chrétiennes évangéliques, ne peut que nous pousser à la réflexion et à un examen de conscience. Ce passage n’est pas forcément totalement négatif car il purifie l’Eglise institution d’une volonté de puissance et de domination sur la société civile qui n’avait rien d’évangélique.  Maintenant que nous, les catholiques français, nous sommes devenus semblables au petit reste d’Israël, le petit troupeau, il est salutaire de nous laisser interpeller par la parabole de ce dimanche en nous posant les questions suivantes en tant que personnes et membres de la communauté croyante :

Dans quelle mesure vivons-nous quotidiennement en fils et filles de Dieu, donc dans la reconnaissance que nous dépendons de lui ? Ou bien sommes-nous, nous aussi, dans la logique de bâtir notre vie, notre maison commune, notre société, en excluant la Parole du Christ ?

Quel type de foi entretenons-nous dans notre relation avec Dieu ? Une foi d’habitude sociale, de tradition, ou bien une foi fervente animée de l’intérieur par un amour authentique de Dieu et un désir de vivre en communion avec lui dans la nouvelle et éternelle Alliance scellée par la Pâque de son Fils ? Nous ne pouvons pas être de bons vignerons par habitude, aujourd’hui il s’agit bien pour chaque membre de l’Eglise de choisir Dieu dans la conscience qu’Il nous a choisis pour travailler dans sa vigne et lui faire donner de bons et beaux fruits.

 

dimanche 1 octobre 2023

26ème dimanche du temps ordinaire, année A / Journée mondiale de prière pour la création

 


1er/10/2023

Message du Pape François pour la célébration de la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création du 1er septembre au 4 octobre 2023.

 

“Que la justice et la paix jaillissent” est cette année le thème du Temps œcuménique de de la Création, inspiré des paroles du prophète Amos : « Que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais » (5, 24).

Dans son message pour la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, le pape François écrit : Rendons-nous compte qu’une approche d’ensemble exige que nous pratiquions le respect écologique selon quatre directions : envers Dieu, envers nos semblables d’aujourd’hui et de demain, envers l’ensemble de la nature et envers nous-mêmes. A la suite de Benoît XVI il nous invite à prendre au sérieux notre profession de foi en Dieu Créateur : En ce qui concerne la première de ces dimensions (le respect écologique envers Dieu), Benoît XVI a identifié un besoin urgent de comprendre que la Création et la Rédemption sont inséparables : « Le Rédempteur est le Créateur et si nous n’annonçons pas Dieu dans cette grandeur totale qui est la sienne – de Créateur et de Rédempteur – nous dévalorisons également la Rédemption ». La création fait référence au mystérieux et magnifique acte de Dieu qui consiste à créer cette majestueuse et belle planète et cet univers à partir de rien, ainsi qu’au résultat de cet acte, toujours en cours, que nous expérimentons comme un don inépuisable. Au cours de la liturgie et de la prière personnelle dans la « grande cathédrale de la création », nous nous souvenons du Grand Artiste qui crée tant de beauté et nous réfléchissons au mystère du choix amoureux de créer le cosmos.

Parmi les quatre prières eucharistiques du Missel Romain la quatrième donne une place significative à la Création issue du choix amoureux de Dieu. Je vous propose donc une méditation à partir de cette prière eucharistique d’inspiration fortement biblique. Dès la préface de cette prière l’Eglise s’adresse au Père en tant que Créateur, source de la vie :

Toi, le Dieu de bonté, la source de la vie, tu as fait le monde pour que toute créature soit comblée de tes bénédictions, et que beaucoup se réjouissent de l’éclat de ta lumière.

Ce passage de la préface nous dit le pourquoi de la grande cathédrale de la création : pour que toute créature, et pas seulement les créatures humaines, soit comblée des bénédictions divines et que beaucoup puissent connaître la joie de se savoir voulus et aimés par Dieu. La conclusion de la préface nous présente l’homme comme le prêtre de toute la création :

Unis à leur hymne d´allégresse, avec la création tout entière qui t´acclame par nos voix, Dieu, nous te chantons…

Chaque fois que nous prions ou chantons Dieu, nous devons prendre conscience que nous sommes en quelque sorte les porte-paroles de la création tout entière. Par nos voix, à travers le langage humain de la prière, les arbres, les rivières, les montagnes, les oiseaux, les poissons, tous les animaux, toutes les créatures adressent à Dieu leur chant de louange. Les créatures privées de langage ou dont le langage, différent du nôtre, nous est inaccessible, sont comme portées par le langage humain et ainsi présentées en offrande au Père dont elles viennent et vers qui elles retournent, par nous et avec nous, humanité sauvée et sanctifiée dans l’offrande du Christ.

Le début de la prière eucharistique reprend les deux récits de la Création en Genèse 1 et 2 nous rappelant notre place et notre mission au sein de la Création :

Père très saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as fait toutes choses avec sagesse et par amour : tu as créé l´homme à ton image, et tu lui as confié l´univers afin qu´en te servant, toi seul, son Créateur, il règne sur la création. Nous ne pouvons régner sur la Création que dans la mesure où nous reconnaissons le Créateur en le servant. C’est dire que ce règne est incompatible avec l’orgueil humain ou encore avec un comportement tyrannique de la part de l’homme à l’égard des autres créatures. Les saints par leur douceur envers toutes les créatures et leur amour pour le Père Créateur ont été capables de vivre les relations harmonieuses du Paradis terrestre entre l’homme et les animaux avant le péché des origines : Saint François d’Assise, saint Antoine de Padoue, saint Gens et bien d’autres encore.

La prière eucharistique IV s’achève avec une perspective eschatologique qui associe dans un même élan vers le Royaume les hommes et toutes les créatures :

Nous pourrons alors, avec la création tout entière enfin libérée de la corruption du péché et de la mort, te glorifier par le Christ, notre Seigneur, par qui tu donnes au monde toute grâce et tout bien.

Le Royaume de Dieu ou le Paradis qui est notre vocation à tous, après le passage de la mort à cette vie terrestre, ne concerne donc pas seulement les hommes mais la création tout entière. La prière cite ici Saint Paul dans sa lettre aux Romains au chapitre 8 :

En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu.

Enfin, en lien avec le thème de cette journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, Que la justice et la paix jaillissent, nous pouvons penser à un passage particulièrement significatif de la deuxième lettre de Pierre :

Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.


lundi 25 septembre 2023

25ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

24/09/2023

Matthieu 20, 1-16

Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.

La parabole de ce dimanche nous montre bien que le Royaume des Cieux n’est pas seulement le Paradis après notre vie terrestre mais qu’il commence déjà au cœur même de notre vie terrestre. Il y est en effet question de travail dans la vigne du Maître. L’enseignement de Jésus est simple à comprendre : le moment où nous commençons à travailler dans la vigne du Seigneur en répondant à son appel n’a aucune importance pour lui, l’essentiel étant de répondre « oui » à l’appel de Dieu. Les anciens ou les premiers venus n’ont aucun privilège ni aucun droit par rapport aux derniers venus. La première Eglise chrétienne se séparant peu à peu de son berceau, le Judaïsme, a connu de très vifs débats sur l’intégration des païens ou des Gentils dans la petite communauté des disciples de Jésus. Cette parabole affirme que les derniers venus, les chrétiens issus du paganisme, seront tout aussi bien accueillis par Dieu que les membres du peuple d’Israël. Dieu, Père universel de tous les hommes, ne fera aucune différence entre les anciens et les nouveaux. Dans la logique du Royaume de Dieu ce n’est pas l’ordre d’arrivée qui importe mais bien notre réponse à l’appel universel que Dieu fait à tous les hommes de tous les temps et de tous les continents. Les communautés chrétiennes, les paroisses, sont toutes confrontées à cette question : l’intégration et l’accueil des nouveaux, des derniers venus, des plus jeunes dans la vie de la communauté. A l’époque de Jésus être un ancien était un honneur considérable que ce soit dans la culture biblique ou dans la société romaine. L’ancien de par son âge et de par son expérience était souvent assimilé à un sage qu’il fallait écouter et respecter. Il est vrai, aussi, que l’espérance de vie était beaucoup plus réduite qu’aujourd’hui. Jésus, mort jeune, nous dit au contraire : aucun privilège lié à l’ancienneté. Ce faisant il renverse les traditions les mieux établies et surtout la logique humaine. Notons que cette parabole est encadrée par deux sentences semblables et significatives de cette révolution opérée par le Christ : Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers. Ceux que Jésus met en avant et propose en modèles dans sa prédication sur le Royaume des Cieux, ce ne sont pas les anciens mais bien les enfants !

À ce moment-là, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des Cieux ? » Alors Jésus appela un petit enfant ; il le plaça au milieu d’eux, et il déclara : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux.

L’enseignement de cette parabole est illustré d’une manière magnifique par une scène de la crucifixion de Jésus avec l’épisode du bon larron. Ce malfaiteur condamné au supplice de la croix, quelques instants avant sa mort, prie Jésus subissant le même sort à ses côtés : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » L’unique travail de cet homme dans la vigne du Seigneur aura été une simple prière faite avec confiance et espérance. Cette prière suffit à lui ouvrir immédiatement l’accès au Paradis. Le royaume des Cieux est un don qu’il s’agit d’accueillir dans notre être, une présence à vivre, pas une récompense que nous gagnerions par le mérite de notre travail. Il est d’abord une présence aimante, celle du Christ ressuscité, celle de l’Esprit Saint consolateur. C’est toute la théologie de la grâce développée par saint Paul. Nous ne pouvons pas comprendre la justice de Dieu tellement différente de la justice humaine. C’est la raison pour laquelle cette parabole nous choque dans un premier temps : payer de la même manière ceux qui ont beaucoup travaillé et ceux qui ont peu travaillé. L’entrée dans le royaume n’a rien à voir avec la réussite à un examen ou l’obtention d’un diplôme. Jésus nous dit que la justice de Dieu est subordonnée à sa bonté, et sa bonté est infinie, infiniment libre.

 

dimanche 10 septembre 2023

23ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

10/09/2023

Matthieu 18, 15-20

Dans le chapitre 18 de son Evangile Matthieu a rassemblé des enseignements du Seigneur sur la vie des disciples en communauté. Le passage de ce dimanche est encadré par deux autres enseignements : le premier sur ceux qui sont cause de scandale pour leurs frères, le second sur la nécessité de pardonner les offenses. Le thème de l’Evangile est celui de la correction fraternelle : Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.

Le pardon des offenses n’est donc pas incompatible avec la pratique de la correction fraternelle. On peut pardonner tout en signalant à l’autre qu’il s’est mal comporté. La gradation que Jésus indique dans cette pratique montre l’importance de la communauté Eglise à ses yeux. La foi chrétienne a toujours une dimension à la fois personnelle et communautaire. Jésus ne nous fait pas dire Mon Père mais bien Notre Père. La première étape de cette démarche délicate n’en demeure pas moins celle de la relation interpersonnelle : va lui faire des reproches seul à seul. Ce n’est qu’ensuite qu’il est fait appel à la communauté des croyants, communauté à laquelle Jésus donne le même pouvoir que celui donné à Pierre au chapitre 16 : Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.

Jésus est présent dans la communauté Eglise, En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux, et il donne à cette communauté de participer à sa propre autorité divine. Cela nous montre qu’il ne faut jamais séparer le Christ de l’Eglise, la Tête du Corps.

La démarche de la correction fraternelle est toujours difficile et délicate à pratiquer. D’autant plus qu’elle semble en contradiction avec d’autres enseignements du même Evangile selon saint Matthieu :

Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Si on prend ensemble ces deux enseignements il semblerait que la parabole de la paille et de la poutre limite considérablement la possibilité de la correction fraternelle… Comme si seuls les chrétiens vivant dans la sainteté étaient autorisés à faire des reproches aux autres. Jésus est clair : il faut d’abord enlever la poutre de notre œil avant de prétendre enlever la paille qui est dans l’œil de mon frère. Pour le dire autrement mon premier réflexe ne doit pas être d’accuser les autres mais de faire mon examen de conscience. Dans la pratique toujours possible de la correction fraternelle je dois me poser les questions suivantes avant d’aller voir mon frère qui a péché contre moi : quelle est mon intention profonde ? Rétablir la justice et la vérité ? Ou bien passer ma colère sur mon frère ? Est-ce que je pense que ma démarche portera un fruit positif pour lui ? Dans la démarche elle-même, une fois qu’elle a été décidée, avec quelle délicatesse et quelle charité je dois l’accomplir ! Dans les cas où je suis la victime d’une grave offense comme par exemple la calomnie, la diffamation, l’insulte, je m’en remets à la communauté Eglise non seulement pour obtenir justice mais en vue de la conversion de celui qui a commis cette faute grave à mon égard. Encore une fois cela ne me dispense jamais du devoir chrétien de pardonner les offenses, rappelé chaque fois que nous prions le Notre Père. C’est ainsi que Matthieu conclut le chapitre 18 consacré à la vie en communauté avec ses conflits et ses difficultés inévitables, communauté de disciples pécheurs en marche vers la sainteté :

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur.

dimanche 3 septembre 2023

22ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

3/09/2023

Matthieu 16, 21-27

Dimanche dernier nous avons entendu Pierre proclamer sa foi en Jésus le messie. Etape importante et décisive dans la vie de l’apôtre. A cette profession de foi de Pierre correspond la première annonce par Jésus de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection. C’est dire toute l’importance de ce chapitre 16 dans l’Evangile selon saint Matthieu. Bien avant le « oui » qu’il prononcera dans le jardin de l’agonie le soir du jeudi saint, Jésus sait ce qui l’attend à Jérusalem. Non seulement il le sait, mais il l’accepte et le choisit en quelque sorte comme une nécessité intérieure qui s’impose à lui : À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem… Pierre est incapable d’accepter cette vision du Messie crucifié comme s’il n’entendait que la première partie de l’annonce faite par son Maître en oubliant la résurrection. L’intervention de Pierre, Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas, opère un renversement des rôles. En effet nous dit l’évangéliste, Pierre, prenant à part Jésus, se mit à lui faire de vifs reproches… A ce moment Pierre oublie que c’est lui le disciple et que Jésus est le Maître. Professer sa foi en Jésus est une chose, vivre cette foi concrètement en est une autre, bien différente. C’est tout le chemin qui attend encore Pierre et qu’il devra vivre jusqu’à l’heure de son martyre. Jésus profite de l’intervention de son apôtre pour délivrer un enseignement à tous ses disciples :

Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera.

Paroles difficiles qui heurtent notre sensibilité humaine. D’autant plus que l’expression perdre sa vie est traduite de bien des manières : perdre son âme, perdre son être etc. Renoncer à soi-même… C’est renoncer à ses idées sur Dieu et à sa volonté. Ce que n’a pas pu faire Pierre : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Dans la deuxième lecture Paul illustre ce renoncement de la manière suivante : Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. Renoncer à soi-même c’est faire siennes les pensées de Dieu, faire siennes les attitudes de Jésus. Marcher à la suite de Jésus, c’est imiter Dieu comme Paul l’indique aux Ephésiens : Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant en sacrifice à Dieu, comme un parfum d’agréable odeur. Renoncer à soi-même, c’est surtout faire sienne la volonté de Dieu, c’est vivre ce que nous demandons dans le Notre Père : Que ta volonté soit faite ! C’est cela prendre sa croix. Prendre sa croix implique pour nous de grandir dans la confiance en Dieu, dans l’abandon à sa volonté qui nous apparaît parfois comme incompréhensible de la même manière que la décision de Jésus de monter à Jérusalem pour y souffrir sa Passion a révolté le cœur de son apôtre. Prendre sa croix ce n’est pas aimer la souffrance, c’est aimer la volonté de Dieu qui, parfois, passe pour nous par la souffrance physique ou spirituelle. Qui perd sa vie à cause de moi la trouvera… Ne pensons pas que ce que dit Jésus se réfère uniquement au don suprême du martyre. Perdre sa vie ou son âme, c’est renoncer à l’égoïsme profond qui nous habite tous, c’est s’ouvrir à la possibilité du don et de la relation. Cela s’apprend aussi et peut-être d’abord dans la prière. Le moine bénédictin John Main qui a fait connaître la pratique de la méditation chrétienne écrivait à ce propos :

Dans la vision chrétienne de la méditation, une perspective qui découle des paroles de Jésus, nous découvrons la réalité du grand paradoxe qu’il enseigne : si nous voulons trouver la vie, nous devons être prêts à la perdre. En méditant, c’est exactement ce que nous faisons. Nous nous trouvons parce que nous sommes prêts à nous quitter, à plonger dans les profondeurs, qui se révèlent bientôt être les profondeurs de Dieu. Le message central du christianisme est que Dieu est présent dans les profondeurs de chaque être humain. C’est pourquoi nous devons apprendre l’humilité. C’est pourquoi nous devons apprendre le silence, car nous devons pénétrer ces profondeurs de notre moi pour rencontrer l’altérité de Dieu et, par cette rencontre, découvrir notre être essentiel dans l’union avec Dieu.