dimanche 14 novembre 2021

33ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

14/11/2021

Marc 13, 24-32

Dimanche prochain la solennité du Christ, roi de l’univers, marquera la fin de notre année chrétienne ou liturgique. En ce dimanche, Jésus nous fait comprendre que notre univers tel que nous le connaissons n’est pas éternel : il connaitra une fin, une transformation dans le Royaume de Dieu lors de la seconde venue du Christ en gloire. Il utilise pour ce faire le langage apocalyptique du Judaïsme de son temps. Un langage qui peut nous faire peur…

C’est l’occasion pour nous de réfléchir à la signification de notre année liturgique. Elle s’achève et commence avec la même vision de la fin des temps et du retour du Christ. Le 33ème dimanche du temps ordinaire et le premier dimanche de l’Avent ont la même tonalité. L’année liturgique chrétienne avec ses temps et ses fêtes a pour but de sanctifier le temps de notre histoire humaine. Le jour du Seigneur, le dimanche, est comme le pivot central du cycle liturgique. La sanctification de notre temps passe par la différentiation entre les jours, le dimanche étant un jour à part. Il y aussi les jours de fêtes et de solennités. Dieu nous permet ainsi par son Eglise d’échapper à la routine du temps qui se déroule, à l’ennui de jours qui seraient tous semblables. Même si le temps liturgique est un cycle qui se répète d’année en année jusqu’au retour du Christ, ce cycle nous permet de ne pas être écrasés par l’aspect répétitif du temps humain. En inscrivant dans ce temps une autre histoire que celle de nos vies personnelles, l’histoire du salut et celle du Christ, il nous libère de l’enfermement dans l’immanence. Dieu inscrit ainsi du nouveau dans la répétition de notre quotidien, nous invitant à écrire l’histoire avec lui par l’engagement de notre foi, de notre charité et de notre liberté.

Regardons maintenant quelques aspects significatifs des principaux temps liturgiques en commençant par le début avec l’Avent. Ce temps fait partie des temps de préparation. Il nous fait revivre la longue attente du Sauveur depuis la faute originelle en passant par toute l’histoire du peuple d’Israël telle qu’elle est consignée dans l’Ancien Testament. C’est aussi le temps de l’attente pour deux femmes, Elisabeth et Marie. Ensuite vient le temps de Noël qui inaugure une étape nouvelle et définitive dans l’histoire du salut. C’est le temps de l’incarnation, mystère par lequel la Parole de Dieu se fait chair et habite parmi nous en la personne de Jésus de Nazareth. Après l’Epiphanie et la fête du baptême du Seigneur, la première partie du temps dit ordinaire nous fait suivre pas à pas Jésus dans son ministère public de prédication du Royaume par la parole et par les actes. Le carême, autre temps de préparation, nous fait revivre à la fois la longue marche et errance du peuple hébreu dans le désert ainsi que le séjour du Christ tenté au désert. Tout cela aboutit enfin au temps de Pâques avec l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu lors de la fête de Pentecôte et le don de l’Esprit Saint à la première Eglise. Puis notre année chrétienne continue et s’achève avec la seconde partie du temps ordinaire, bien plus longue que la première. Nous approfondissons alors notre connaissance de l’Evangile tel qu’il fut prêché par le Seigneur pendant ses trois années de vie publique et nous revivons le développement missionnaire de l’Eglise au lendemain de la Pentecôte et jusqu’à aujourd’hui. Au cœur et à la fin de ce temps ordinaire les fêtes de l’Assomption de Marie, de la Toussaint et du jour des défunts orientent nos regards et nos cœurs vers la vie éternelle, nous rappelant que nous sommes tous appelés à participer à la résurrection du Christ en passant par la mort. Ainsi l’année liturgique constitue comme une grande fresque de l’histoire du salut culminant avec la manifestation du Fils de Dieu. A cette action de Dieu en notre faveur, nous pouvons répondre par un acte de foi renouvelé chaque jour et chaque année ainsi que par notre participation à la liturgie et aux sacrements, anticipation et avant-goût de la réconciliation de toutes les créatures et de la communion parfaite avec le Christ notre Seigneur.

Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

lundi 8 novembre 2021

32ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

7/11/2021

Marc 12, 38-44

Dans l’Evangile de ce dimanche, saint Marc nous donne à voir deux petits tableaux décrivant des attitudes humaines. A travers ces tableaux nous devinons un Jésus fin observateur de la vie de son peuple. Et c’est à partir de ses observations qu’il nous livre deux enseignements : le premier concerne les scribes tandis que le second compare les riches et une pauvre veuve.

Le Seigneur invite dans un premier temps ses disciples à se méfier des scribes, des hommes lettrés et religieux ayant une fonction importante dans le Judaïsme. Le tableau dépeignant leur comportement les situe en des endroits variés : les places publiques, les synagogues, les diners. Les scribes sont des personnages publics, bien connus de tous. Leur omniprésence dans tous ces lieux n’a qu’un seul but : s’y faire remarquer, y compris par le port de vêtements spéciaux, et obtenir la louange qui vient des hommes ainsi que des places d’honneur. Ils recherchent en permanence les premières places alors que Jésus enseigne que les premiers seront les derniers et que qui s’élève sera abaissé… Non seulement ils manquent d’humilité et sont dévorés par l’ambition de briller en société, mais ils sont aussi cupides, recherchant comment s’enrichir sur le dos des plus pauvres, en particulier des veuves. Le verbe dévorer signale bien que leur cupidité est sans limites. Ce n’est qu’à la fin de ce tableau que Jésus parle de leurs dispositions religieuses. Et ici l’observateur est divin, capable de lire dans les cœurs sans se laisser tromper par les apparences de dévotion que prennent les scribes. Bref c’est le Tartuffe de Molière déjà présent dans l’Evangile, car ce que leur reproche Jésus, c’est bien leur hypocrisie, leur double jeu. Sous un vernis de religion, ils ne sont en fait que carriérisme, vanité et cupidité. Et la conclusion de ce premier tableau est sans appel : ils seront d’autant plus sévèrement jugés.

La figure biblique de la veuve sert de transition entre les deux tableaux : on passe en effet des veuves victimes de la cupidité des scribes à la pauvre veuve faisant son offrande de deux piécettes dans le Temple. On passe des scribes qui dévorent les biens d’autrui à la veuve qui se dépouille totalement de ce qu’elle possède. Dans le second tableau, Jésus montre que la pauvre veuve donne infiniment plus que les riches, mais il en fait aussi le parfait contrepoint de l’attitude des scribes. D’un côté une cupidité sans bornes, de l’autre une générosité extrême, un dépouillement total.

Ces peintures de caractère très vivantes ont pour but de nous montrer quel est le droit chemin de Dieu. Il passe par l’humilité et par la vérité de nos attitudes. En tant que croyants nous ne jouons pas une belle pièce de théâtre en vue d’être applaudis de tous. A la fin de notre vie terrestre, nous devrons dire autre chose au Seigneur que les dernières paroles d’Auguste rapportées par Suétone : Si la pièce vaut quelque chose, applaudissez ! Il s’agit donc pour nous de vivre et d’agir sous le regard de Dieu et en sa présence. Le culte authentique, le culte spirituel, consiste à pouvoir faire de notre personne et de toute notre vie une offrande agréable à Dieu. Nous trouvons en saint Matthieu un commentaire lumineux de la page évangélique de ce dimanche :

Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux… Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.

 

 

 

lundi 1 novembre 2021

TOUSSAINT 2021

 




La solennité de la Toussaint est pour nous une occasion favorable de méditer sur la sainteté de Dieu. En effet la sainteté des saints et des saintes, connus et inconnus, une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues, cette sainteté humaine est une participation à la sainteté de Dieu. Jésus-Christ manifeste cette sainteté de Dieu dans notre condition humaine de la manière la plus parfaite possible et il en constitue pour nous la source. Notre sainteté vient de la sienne, elle est un don et un appel de son amour. Dans la Bible il est fréquent d’entendre un appel à imiter Dieu ou à imiter le Christ. En effet la sainteté des créatures humaines est toujours une image particulière de la sainteté même de Dieu. D’où l’importance pour nous de comprendre ce que signifie l’affirmation selon laquelle Dieu est Saint. C’est ce que nous chantons à chaque messe au seuil de la prière eucharistique en reprenant les paroles du prophète Isaïe.

La sainteté de Dieu a été révélée dans une histoire particulière à un peuple particulier, Israël, en même temps que l’unicité de Dieu. Or ce peuple vivait dans un contexte où les dieux étaient nombreux. C’était le cas à l’époque de la révélation du Christ. Faire un détour par les dieux de la mythologie grecque et romaine nous aide à mieux comprendre la sainteté du Dieu révélé à Israël. Cette mythologie est fortement imprégnée d’anthropomorphisme. Cela signifie que les dieux sont représentés sous forme humaine. Mais aussi que les dieux ne sont pas meilleurs que les hommes, ils ont des qualités mais aussi des défauts. Le roi des dieux, Jupiter, passe son temps à tromper sa femme Junon par exemple. Bref les dieux de la mythologie ne sont pas éthiques. Ils sont juste immortels et dotés de pouvoirs spéciaux. Et quand les Romains s’adressent à Jupiter en le qualifiant de très bon et très grand, cela n’a rien à voir avec la bonté du Dieu biblique. Optimus, traduit par très bon, signifie en fait que Jupiter est le garant de la prospérité du peuple romain et non pas qu’il aimerait ce peuple. Ce détour étant fait, revenons maintenant à la sainteté du Dieu biblique. Même si dans l’Ancien Testament, on prête parfois à Dieu des attitudes humaines comme la colère et la jalousie, le Dieu de la révélation est transcendant car il est esprit, donc invisible. Dire de Dieu qu’il est saint ce n’est pas seulement affirmer sa perfection et sa bonté, mais aussi sa transcendance, sa différence absolue avec les créatures que nous sommes. C’est bien cette transcendance que Paul rappelle aux Grecs d’Athènes : Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, lui qui est Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des sanctuaires faits de main d’homme ; il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le nécessaire. Dire de Dieu qu’il est Saint, c’est toujours se rappeler qu’il est Esprit et Amour. Si comme l’enseigne Jésus, Dieu seul est bon, notre sainteté consiste à recevoir cette bonté et à y participer par pure grâce. La sainteté est donc une divinisation progressive de l’homme. Contrairement aux grecs qui se faisaient des dieux à leur image, nous sommes appelés à devenir images de Dieu en l’imitant. Le prophète Osée révèle bien le propre du Dieu biblique : Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer.  On ne peut rien comprendre aux exigences de l’Evangile et à la morale chrétienne, si nous oublions que notre but est d’agir à la manière de Dieu, et donc de refléter dans nos existences sa bonté et sa sainteté. Au terme de notre pèlerinage terrestre nous serons appelés à voir Dieu, l’Esprit invisible à nos yeux de chair. Cette vision de Dieu qui rend parfaitement heureux est l’aboutissement du chemin de sanctification que nous vivons à la suite du Christ et en communion avec lui : Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu !


dimanche 31 octobre 2021

31ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

31/10/2021

Marc 12, 28-34

A la question du scribe qui veut savoir quel est le premier de tous les commandements, Jésus répond en citant le commandement de l’amour de Dieu et du prochain, déjà présent dans l’Ancien Testament. Ces commandements sont les plus grands. Ce faisant il simplifie la vie de ses disciples, si nous nous souvenons de ce que la Torah contenait 613 préceptes différents ! En même temps cette simplification de la vie religieuse et morale du croyant correspond à une exigence plus grande. Si la voie que Dieu nous trace est simple comme Dieu lui-même est simple, elle est difficile à mettre en pratique en raison de la faiblesse du péché et surtout à cause du péché des origines. Dans le premier commandement qui concerne l’amour envers Dieu, il s’agit d’un amour très fort, d’un amour total qui engage toute notre personne (cœur, âme, esprit et force). Il s’agit d’un amour qui ne se limite pas aux temps de prière et de culte, mais qui a pour vocation à remplir chaque instant de notre vie humaine. Cette vérité est à mettre en lien avec l’enseignement de Jésus selon lequel il nous faut prier en permanence. Toute notre vie devant devenir un acte de prière, donc d’amour de Dieu. Ce qui nous rend très difficile l’accomplissement effectif de ce commandement, c’est que notre esprit et notre cœur sont occupés par bien des choses, attachés à bien des choses. Ne croyons pas que la première partie de ce commandement ne concerne que les Juifs et les chrétiens de l’antiquité qui vivaient au milieu de peuples adorant une multitude de dieux… Le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Nous ne sommes plus tentés par le culte de Jupiter, du Soleil, de Baal ou de Mithra, mais cela ne signifie pas pour autant que nous ne nous sommes pas donné de nouvelles idoles. Ces idoles contemporaines ne sont pas représentées par des statues devant lesquelles on se prosterne. Elles peuvent avoir des noms bien différents : l’argent, la patrie, la famille ou le clan ou la tribu ou encore l’ethnie, la politique, la science etc. Il est si facile de mettre Dieu et l’Evangile au service de l’une de ces idoles, en renversant l’ordre des priorités. L’instrumentalisation de la religion n’est pas chose nouvelle, elle n’en demeure pas moins une tentation de notre temps.

Le commentaire du scribe est d’une importance capitale car il récupère la grande tradition des prophètes : Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. Le cœur du Judaïsme et du christianisme ne consiste pas en effet dans l’accomplissement de rites, aussi sacrés soient-ils. Le culte que Dieu désire et attend de nous se célèbre à chaque instant sur l’autel de notre cœur par les actes de foi, d’espérance et de charité. Jésus lui-même a fait sienne la critique prophétique des sacrifices. A ceux qui lui reprochaient sa proximité avec les pécheurs, il répondit en citant le prophète Osée : Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.

Enfin ce qui constitue peut-être la spécificité de Jésus dans son enseignement, c’est ce lien indissoluble qu’il établit entre le commandement de l’amour pour Dieu et celui de l’amour pour le prochain, lien mis en lumière de manière admirable par l’apôtre Jean :

Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.

Ainsi l’amour envers notre prochain est le test de la vérité de notre amour envers Dieu. Voilà le sacrifice authentique et véritable qui plaît à Dieu. Seul l’Esprit Saint, le lien d’amour entre le Père et le Fils, peut remplir notre cœur d’amour, de joie, de paix, de patience, de bonté, de bienveillance, de fidélité, de douceur et de maîtrise de soi. Demandons Lui au cours de cette eucharistie sa lumière et sa force, pour que nous ne perdions pas courage sur ce chemin exigeant et quotidien de la sainteté.

dimanche 24 octobre 2021

30ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

Journée mondiale des missions

24/10/2021

Marc 10, 46-52

L’évangéliste saint Marc situe la rencontre entre Bartimée et Jésus juste avant l’entrée messianique de Jésus dans Jérusalem. En cette journée mondiale des missions, nous sommes invités par l’Eglise à réfléchir sur ce qu’est l’évangélisation et à prier pour que des chrétiens et des chrétiennes donnent leur vie au service de la mission. Le motif principal de l’évangélisation est de permettre la rencontre entre chaque homme et Jésus par le don de la foi. Va, ta foi t’a sauvé, c’est par ces paroles que s’achève la rencontre entre le mendiant aveugle et celui qu’il reconnaît comme son Seigneur. La prière d’ouverture de la messe pour l’évangélisation des peuples demande à Dieu la grâce de la foi : Que l’Esprit répande les semences de vérité au cœur de chacun pour y susciter la foi.

La rencontre avec le Christ ressuscité, vivant et agissant dans l’Eglise et dans le monde, peut être favorisée comme empêchée. Dans l’Evangile de ce dimanche des personnes s’interposent entre le Seigneur et Bartimée :

Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! ».

L’évangélisation consiste au contraire à favoriser cette rencontre. Jésus désire avoir une relation personnelle avec chacun d’entre nous que nous soyons baptisés ou pas, croyants ou incroyants. Pour nous chrétiens il est essentiel de vivre les rencontres du quotidien dans cet esprit d’ouverture à l’autre, dans le désir de lui permettre de faire, lui aussi, l’expérience de la rencontre avec le Christ. Non seulement il nous faut éviter d’être des obstacles comme les gens de l’Evangile qui rabrouaient Bartimée, mais notre humble témoignage doit indiquer que nous somme saisis par l’amour de Jésus. Les personnes que nous rencontrons doivent comprendre d’une manière ou d’une autre que notre conception de la vie est différente et qu’elle ne se limite pas à naître, procréer, travailler, se divertir et mourir. Faire entrevoir un horizon plus vaste et plus beau fait aussi partie de l’évangélisation. Seule la reconnaissance de la présence de Dieu dans nos vies peut les sortir de la banalité et de l’enfermement dans le train-train quotidien. C’est cette présence qui donne un sens nouveau à nos activités quotidiennes et répétitives en les situant sur l’horizon ouvert par le Christ.

En 1964, en plein concile Vatican II, le pape Paul VI offrit à l’Eglise une méditation très belle sur les voies par lesquelles l’Eglise doit aujourd’hui accomplir sa mission. Dans la troisième partie de son encyclique, Paul VI souligne la grande valeur du dialogue dans le cadre de la rencontre avec tous et chacun. Tout simplement parce que la religion est d’abord un dialogue entre Dieu et l’homme, ouvert par l’initiative divine et culminant en Jésus-Christ. Ce dialogue, écrit le pape, suppose une volonté de courtoisie, d’estime, de sympathie, de bonté de la part de celui qui l’entreprend. Il exclut la condamnation a priori, la polémique offensante et tournée en habitude, l’inutilité de vaines conversations. Il est donc un moyen d’exercer la mission apostolique ; c’est un art de communication spirituelle. Ses caractères sont les suivants : la clarté avant tout, la douceur, la confiance et la prudence pédagogique enfin, qui tient grand compte des conditions psychologiques et morale de l’auditeur. Dans le dialogue ainsi conduit se réalise l’union de la vérité et de la charité, de l’intelligence et de l’amour (Paul VI).

 

dimanche 10 octobre 2021

28ème dimanche du temps ordinaire / année B

10/10/2021

Marc 10, 17-30

L’homme juste sur lequel Jésus pose son regard rempli d’amour ne peut pas répondre à l’appel du Seigneur à cause de ses grands biens. Il est incapable de renoncer à ses richesses pour obtenir un trésor différent, celui du ciel. Jésus part de ce blocage psychologique pour enseigner ses disciples à propos des richesses :

Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu !

Leur réaction passe de la stupéfaction au fait d’être fortement déconcertés et aboutit à une question angoissée :

Mais alors, qui peut être sauvé ?

Pour comprendre l’électrochoc provoqué par les paroles du Seigneur dans l’esprit des disciples, nous devons nous remettre dans le contexte biblique de l’Ancien Testament. Dans beaucoup de textes de la Bible juive la richesse est en effet présentée sous un jour très positif, comme le signe de la bénédiction de Dieu. Je ne prendrai qu’un exemple dans le livre de Job, conte philosophique écrit sur plusieurs siècles d’histoire biblique mais dont le canevas de base pourrait remonter au 9ème siècle av. JC. Nous connaissons l’histoire de Job, homme juste, sur lequel s’abattent tous les malheurs possibles et imaginables. Or Job nous est présenté au début du livre comme un personnage très riche et important :

Sept fils et trois filles lui étaient nés. Il avait un troupeau de sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses, et il possédait un grand nombre de serviteurs. Cet homme était le plus riche de tous les fils de l’Orient.

Voilà que Job, mis à l’épreuve par Dieu, perd absolument tout : ses enfants, ses richesses et sa santé. Malgré tout il persévère dans sa foi et ne renie pas Dieu. A la fin du livre Dieu pour le récompenser de sa fidélité le rétablit dans tous ses biens et même encore davantage !

Le Seigneur bénit la nouvelle situation de Job plus encore que l’ancienne. Job posséda quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses. Il eut encore sept fils et trois filles.

Comment ne pas penser à la réponse que le Seigneur fait à la demande de Pierre dans notre Evangile ?

Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

Il existe cependant une différence essentielle entre le livre de Job et la réponse de Jésus, c’est la vie éternelle dans le monde à venir. Nous oublions facilement que dans le Judaïsme le plus ancien la vie s’arrêtait à la mort : pas de paradis ni de vie éternelle ! D’où logiquement le fait que Dieu récompensait les justes par des biens matériels dès maintenant, ce qui faisait de la richesse le signe certain de la bénédiction divine. Nous retrouvons cette mentalité encore aujourd’hui chez certains chrétiens, en particulier dans les Eglises évangéliques américaines qui prêchent la théologie de la prospérité. Sur le continent américain cette théologie de la prospérité est l’exact opposé de la théologie de la libération, née, elle, en Amérique latine, selon laquelle l’Eglise ne doit pas seulement avoir le souci prioritaire des plus pauvres mais doit contribuer à les libérer de ceux qui les oppriment. D’où la célèbre sentence de Dom Helder Camara, évêque brésilien :

Je nourris un pauvre et l'on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n'a pas de quoi se nourrir et l'on me traite de communiste.

Si la théologie de la prospérité peut se réclamer de la première phase de la révélation biblique, elle est clairement incompatible avec l’enseignement de Jésus qui présente plutôt la possession des richesses comme un danger et une tentation. La grande différence, c’est que Jésus situe notre vie sur terre dans la perspective de la vie éternelle. Cela revient à deux reprises dans notre Evangile :

Alors tu auras un trésor au ciel… et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

Jésus affirme la difficulté du salut pour celui qui possède des richesses et, en même temps, il rassure ses disciples en leur disant que tout est possible à Dieu.

Dans sa première lettre à Timothée, l’apôtre Paul indique aux chrétiens qui possèdent des richesses quelle est pour eux la voie du salut :

Quant aux riches de ce monde, ordonne-leur de ne pas céder à l’orgueil. Qu’ils mettent leur espérance non pas dans des richesses incertaines, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en profitions. Qu’ils fassent du bien et deviennent riches du bien qu’ils font ; qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière, ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie.


dimanche 3 octobre 2021

27ème dimanche du temps ordinaire (année B) / Dimanche de la création

 


Dimanche de la création

3/10/2021

Genèse 1, 26-28

Depuis la publication de l’encyclique Laudato si’ du pape François en 2015, nous sommes invités à célébrer une fois par an une messe en action de grâce pour le don de la création, une messe pour la sauvegarde de cette même création. Nous le faisons en ce dimanche, veille de la fête de saint François d’Assise que le pape a donné comme saint patron aux écologistes.

Je prendrai comme point de départ de notre méditation un texte fondateur, extrait du premier récit de la création dans la Genèse :

Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. »

Ce verset nous dit en même temps quelle est notre identité de créatures humaines et quelle est notre mission au cœur de la création. L’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu. Le projet du Créateur consiste à faire de l’homme et de la femme ses représentants sur cette terre. Ils participent ensemble de son autorité et de sa paternité en réalisant leur être le plus profond : rendre visible Dieu dans le créé. En raison du péché des origines, cette qualité d’image de Dieu est devenue une vocation, un horizon vers lequel tendre. Nous devons en quelque sorte devenir ce que nous sommes. Car le mal est entré dans notre cœur, et il ne nous est plus naturel d’être images de Dieu. Notre mission découle directement du fait que nous sommes appelés à être images de Dieu. Il s’agit d’être les maîtres de toutes les créatures, en particulier des autres espèces animales. Dieu confie à notre liberté et à notre sagesse sa création, il la remet entre nos mains pour que nous puissions lui offrir tout le créé. D’après la Genèse nous pouvons affirmer que nous sommes les rois de la création. La question qui se pose alors est la suivante : quel type de rois, quel genre de maîtres ? L’histoire humaine nous montre à la fois de bons rois mais aussi des rois despotiques, des tyrans cruels et sanguinaires, il en va de même pour les maîtres… Cette autorité nous vient de Dieu. Elle ne saurait donc être absolue. Elle comporte des règles et donc des limites. Le péché des origines, étant un péché d’orgueil, a mis dans le cœur de l’homme une orientation mauvaise lui laissant penser qu’il pouvait faire ce qu’il voulait du don de Dieu, sans aucune limite éthique. Le pape qualifie cette situation de domination absolue et d’anthropocentrisme déviant. Nous constatons aujourd’hui avec une conscience toujours plus vive les conséquences désastreuses pour nous-mêmes, pour les espèces animales domestiques et sauvages ainsi que pour notre terre d’une royauté humaine exercée de manière autonome et sans référence au Créateur. Appelés à être images de Dieu, nous ne pouvons exercer cette royauté et ce sacerdoce que selon les règles données par le Créateur lui-même. Une image doit toujours imiter et refléter son modèle. Ce qui signifie que nous devons apprendre à être les maîtres de la création à la manière de Dieu : avec sagesse, avec amour, avec tendresse et miséricorde. Tout cela implique d’accepter des limites à notre domination et à notre soif de profit, tout cela exige de nous imposer à nous-mêmes des limites et de renoncer au péché d’orgueil pour, je cite le pape, former avec les autres êtres de l’univers une belle communion universelle. La mission unique qui est la nôtre de par la volonté de Dieu n’implique pas égoïsme, indifférence, irresponsabilité. Bien au contraire : La Bible, écrit le pape, ne donne pas lieu à un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures. Le pape nous invite à sortir d’une vision utilitariste des animaux qui est toujours une vision égoïste. Les animaux ne sont pas d’abord des ressources à exploiter à notre service comme bon nous semble car ils ont une valeur en eux-mêmes, de par le simple fait d’être voulus par Dieu comme créatures à part entière. Le pape cite dans ce contexte les évêques allemands soulignant la priorité de l’être sur le fait d’être utile. L’encyclique Laudato si’ nous rappelle avec force l’urgence de notre conversion écologique en tant que chrétiens. L’écologie intégrale consiste, je cite à nouveau le pape, à rompre la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme, celle du monde de la consommation exacerbée qui est celui du mauvais traitement de la vie sous toutes ses formes.

Pour ce faire, nous pouvons nous mettre à l’école du Christ roi, maître au cœur humble et doux. Seule l’humilité, en effet, nous permettra de reconstruire une belle relation avec Dieu, entre nous et avec les autres créatures. Dans le contexte de crise écologique qui est le nôtre, la béatitude de la douceur prend une signification ô combien prophétique et nous montre comment nous pouvons être de bons maîtres de la création à l’image du Père et de son Fils, Jésus, le Verbe créateur. Cette béatitude est un chemin privilégié pour vivre comme saint François d’Assise cette fraternité sublime avec toute la création.

Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.