dimanche 27 juin 2021

13ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

27/06/2021

2 Corinthiens 8, 7-15

Au cours de l’année 48, il y eut une famine en Judée et à Jérusalem en raison de la mauvaise récolte de l’année précédente. Dans la deuxième lecture l’apôtre Paul parle aux chrétiens de Corinthe d’une collecte pour venir en aide à la communauté de Jérusalem. Il est intéressant de voir comment il les motive afin qu’ils se montrent généreux.

Puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux !

La participation des Corinthiens à la collecte est donc une expression concrète de l’amour et de la foi qui les habitent. La générosité des disciples dans le partage de leurs biens matériels reflète la générosité avec laquelle Dieu les a comblés de dons spirituels.

Pour les motiver à donner Paul utilise tout d’abord l’émulation : Ce n’est pas un ordre que je donne, mais je parle de l’empressement des autres pour vérifier l’authenticité de votre charité.

En effet les chrétiens de Macédoine ont déjà participé à la collecte avec une grande générosité : Dans les multiples détresses qui les mettaient à l’épreuve, l’abondance de leur joie et leur extrême pauvreté ont débordé en trésors de générosité. Ils y ont mis tous leurs moyens, et davantage même, j’en suis témoin ; spontanément, avec grande insistance, ils nous ont demandé comme une grâce de pouvoir s’unir à nous pour aider les fidèles de Jérusalem.

En donnant, les chrétiens de Macédoine ont eu conscience de recevoir une grâce de la part de Dieu. Pour eux ce n’était pas un fardeau, un don forcé réalisé à contrecœur, mais bien plutôt une joie. C’est cet aspect du don que Paul rappelle dans le chapitre qui suit notre passage : Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement.

Après avoir donné en exemple les Macédoniens, Paul élève les cœurs des Corinthiens vers le Christ lui-même pour susciter leur générosité : Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté.

Il suffit de contempler le Christ pour comprendre à quel point il s’est montré généreux à notre égard en se faisant notre Sauveur dans le mystère de son incarnation et de sa passion. Par contre il est difficile de comprendre en quoi le Fils de Dieu est « riche », vu que Dieu est Esprit et qu’il n’a besoin d’aucune richesse ni d’aucune possession pour être bienheureux… L’hymne de la lettre aux Philippiens peut nous aider à comprendre en quel sens l’image de la richesse peut s’appliquer à Dieu :

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

Dieu n’a pas d’autre richesse que sa divinité, c’est-à-dire son amour infini et sa parfaite sainteté. Dans le mystère de son incarnation le Fils se fait pauvre pour nous en se faisant notre frère en humanité, ne retenant pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Il se fait pauvre pour nous rendre riches de sa divinité, c’est le merveilleux échange. Dieu se fait homme pour faire de l’homme un dieu. Cette logique divine aide à mieux comprendre la logique du don généreux auquel Paul appelle les chrétiens de Corinthe. Le don vise à établir une égalité entre la communauté de Corinthe et celle de Jérusalem, entre ceux qui ont de quoi se nourrir et ceux qui souffrent de la famine : Ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité.

Chacun dans la communauté est appelé à participer à cet effort de solidarité en fonction de ses moyens : Car s’il y a de l’ardeur, on est bien reçu avec ce que l’on a, peu importe ce que l’on n’a pas. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité.

Tout l’Ancien Testament mettait en valeur l’importance spirituelle de l’aumône. Dans le Nouveau Testament l’aumône devient don, un don généreux dont l’exemple suprême est Jésus. On pourrait en effet comprendre toute la vie chrétienne à la lumière du don. Dieu se donne à nous en Jésus, nous nous donnons à lui et à nos frères dans l’amour de charité et le service. Dans le couple chrétien l’homme et la femme sont appelés à se donner l’un à l’autre comme le Christ se donne à l’Eglise et l’Eglise au Christ. C’est la raison pour laquelle chaque fois que nous donnons avec joie une partie de nos biens matériels pour l’Eglise et pour nos frères dans le besoin, nous faisons un geste spirituel qui va bien au-delà de l’aumône. Par cette disposition à la générosité joyeuse, nous nous rendons plus semblables au Christ et nous devenons toujours davantage image du Dieu Père et Créateur. Le don généreux nous ouvre ainsi à une communion plus parfaite avec Celui que nous adorons.

dimanche 20 juin 2021

12ème dimanche du temps ordinaire / année B

 

20/06/2021

2 Corinthiens 5, 14-17

Dans la deuxième lecture de ce dimanche l’apôtre Paul nous rappelle ce que nous sommes devenus par le baptême, la confirmation et la foi en Jésus : des créatures nouvelles.

Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle.

L’Evangile du Christ ne transforme pas seulement les personnes. Il est le commencement d’un monde nouveau. Aux créatures nouvelles correspond en effet une nouvelle création : Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. D’après Pierre, le chrétien est celui qui attend et désire des cieux nouveaux et une terre nouvelle où règnera la justice.

Paul nous donne deux caractéristiques de l’homme nouveau recréé par et dans l’amour du Christ.

Le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.

Le chrétien est bien celui qui centre sa vie sur Jésus et donc sur Dieu. La créature nouvelle est libérée de l’égoïsme et s’ouvre au quotidien à la transcendance de Dieu et à l’altérité du prochain. C’est dans la mesure où nous ne vivons plus centrés sur nous-mêmes et sur nos intérêts personnels que nous devenons capables, dans l’Esprit Saint, d’aimer Dieu et notre prochain dans un même mouvement. En tant que créatures nouvelles nous ne sommes plus esclaves de nos désirs mais nous cherchons à les harmoniser avec la volonté de Dieu. L’Evangile convertit donc notre volonté, de telle sorte que nous utilisons notre liberté pour rechercher le Royaume de Dieu, sa justice et sa paix.

L’Evangile convertit aussi notre intelligence, notre manière de percevoir ce monde, la création et nos relations interpersonnelles : Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi.

L’homme ancien a des critères de perception du monde et du prochain totalement opposés à ceux de l’homme nouveau, né de l’eau et de l’Esprit Saint. Jean énumère les caractéristiques de l’homme qui n’a pas encore découvert la libération apportée par le Christ. Centré sur lui-même, il se laisse diriger par le désir de la chair, l’avidité des yeux et l’arrogance des richesses. Il fait le tri entre ceux qui sont quelque chose à ses yeux (parce qu’ils sont riches, puissants, séduisants, influents) et ceux qui ne sont rien… Son jugement est celui de l’homme pécheur qui connaît selon la chair, c’est-à-dire de manière simplement humaine. En tant que créatures nouvelles l’Esprit Saint nous donne un sixième sens pour nous empêcher de juger selon les apparences et pour découvrir l’unique trésor qui est celui du cœur et de l’intériorité. Tout le reste, pouvoir, ambition, richesse, n’est que vanité, c’est-à-dire illusion et ne dure qu’un très bref instant. L’Esprit Saint nous permet ainsi d’avoir dans notre cœur le regard de Dieu, le seul capable de discerner la vérité des êtres au-delà des apparences et des faire-valoir. Car, pour citer Paul, ce que le monde tient pour rien, c’est ce que Dieu a choisi pour confondre les forts. Dieu a choisi dans le monde ce qui est sans considération et sans puissance, ce qui n’est rien, pour réduire au néant ce qui est grand. En tant que créatures nouvelles gravons dans nos cœurs les paroles de Marie : Dieu renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. Ne confondons jamais la véritable grandeur, celle de l’humanité et de la sainteté, avec ses caricatures mondaines qui vident le cœur de l’homme et créent en lui amertume, insensibilité et frustrations.

dimanche 6 juin 2021

LE SAINT SACREMENT 2021

 



Marc 14, 12-16.22-26

Dimanche dernier nous avons célébré la Sainte Trinité. Nous avons fait mémoire du Dieu trois fois saint qui est amour. La liturgie dans sa cohérence nous fait célébrer en ce dimanche le plus grand don de l’amour de Dieu, le saint sacrement du corps et du sang du Seigneur. L’Evangile nous montre bien que c’est dans le cadre de la célébration de la Pâque juive que Jésus nous a fait don du sacrement de l’eucharistie. Au lieu de prendre dans ses mains l’agneau pascal pour en faire le sacrement de son corps offert en sacrifice, il choisit le pain et le vin, se situant ainsi dans la lignée du sacerdoce de Melchisédech. Ce mystérieux personnage du livre de la Genèse est appelé prêtre du Dieu très haut. Lors de sa rencontre avec Abram, il apporte du pain et du vin. Le psaume 109, psaume messianique que l’Eglise prie lors des vêpres du dimanche, annonce le Christ roi et prêtre selon l’ordre de Melchisédech. Lors de l’institution de l’eucharistie, Jésus accomplit cette prophétie. Il ne prend pas la suite des prêtres juifs qui desservaient le temple, issus de la tribu de Lévi et chargés d’offrir les sacrifices d’animaux. Le soir du jeudi saint, Jésus abolit tous les sacrifices de l’ancienne alliance, ce qui sera manifesté de manière symbolique le lendemain lorsque le rideau du sanctuaire se déchirera en deux, du haut en bas, au moment même de la mort de Jésus en croix (Mc 15, 38).

La structure essentielle du sacrement de l’eucharistie est toujours demeurée la même malgré les changements extérieurs de rites et de langues. L’apologiste et martyr saint Justin nous en donne un témoignage datant du 2ème siècle. Dès l’antiquité chrétienne l’eucharistie se célèbre selon une structure en deux parties : tout d’abord la liturgie de la Parole et ensuite la liturgie du sacrifice eucharistique. Il est très intéressant de replacer dans son contexte historique juif cette structure du sacrement chrétien. Pour ce faire il faut rappeler la destruction du temple de Jérusalem en 70 et la fin du sacerdoce lévitique ainsi que des sacrifices d’animaux et se souvenir de la liturgie pratiquée en dehors du temple dans les synagogues. Au chapitre 4 de saint Luc nous voyons Jésus participer au culte du sabbat dans la synagogue de Nazareth. Ce culte synagogal était une liturgie de la Parole dans laquelle on proclamait les écrits de la Torah et des Prophètes qui étaient ensuite commentés. Dans la synagogue aucun sacrifice d’animaux puisque ceux-ci ne pouvaient être réalisés que dans le cadre de l’unique temple de Jérusalem. La première partie de notre messe est donc une reprise chrétienne du culte de la synagogue, reprise qui nous fait comprendre que Jésus accomplit les Ecritures de l’ancienne alliance dans sa personne comme il le dit lui-même lorsqu’il commente un passage d’Isaïe dans la synagogue de la ville où il avait grandi : Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre.

La deuxième partie de la messe consiste à célébrer le sacrifice d’action de grâce en refaisant ce que Jésus fit le soir du jeudi saint. Eucharistie signifie précisément la prière d’action de grâce, d’où le choix du psaume 115 : je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce. Ce sacrifice correspond aux sacrifices d’animaux qui se pratiquaient dans le temple. Nous voyons comment la première partie de notre messe reprend le culte de la synagogue et la seconde celui du temple. Aux sacrifices d’animaux le Seigneur substitue le sacrifice de sa personne qui nous est rendu présent en vue de la communion sous les espèces du pain et du vin. En abolissant les sacrifices, rendus impossible par la destruction du temple en 70, Jésus les mène à leur accomplissement. En témoigne l’une des sept dernières paroles qu’il prononça avant de mourir sur le bois de la croix : tout est accompli.

Le saint sacrement, sacrement de la nouvelle alliance, témoigne donc dans sa structure même d’un double accomplissement de la part de Jésus. Accomplissement signifiant non seulement réalisation des prophéties mais le fait de porter à leur perfection spirituelle des réalités du culte juif qui n’étaient que l’annonce imparfaite du culte en esprit et en vérité. Le sacrement institué par Jésus synthétise en lui le culte de la synagogue et celui du temple. Il est accomplissement des Ecritures dans la liturgie de la Parole et accomplissement des sacrifices dans la liturgie eucharistique. Enfin le sacrement de l’eucharistie offre le fruit de la nouvelle alliance non plus aux seules 12 tribus du peuple d’Israël mais à la multitude des hommes et des peuples.

Célébrons donc ce sacrement avec foi, amour, respect et reconnaissance.


lundi 24 mai 2021

Pentecôte 2021

 


Pentecôte 2021

Galates 5, 16-25

Marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair.

En cette solennité de la Pentecôte, l’apôtre Paul nous rappelle que notre vie chrétienne est une marche sous la conduite de l’Esprit Saint. Et que sur ce chemin nous rencontrons forcément à un moment ou à un autre un obstacle qui a la capacité de nous faire dévier et de nous perdre : les convoitises de la chair. Dans le langage de Paul la chair n’est pas le corps, mais bien tout ce qui nous éloigne de Dieu et de l’accomplissement de notre vocation chrétienne. La chair est le signe de la lutte spirituelle que le chrétien vit en lui-même : Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Paul a vécu personnellement cet affrontement entre la chair et l’Esprit, et il en témoigne dans sa lettre aux Romains :

Nous savons bien que la Loi est une réalité spirituelle : mais moi, je suis un homme charnel, vendu au péché. En effet, ma façon d’agir, je ne la comprends pas, car ce que je voudrais, cela, je ne le réalise pas ; mais ce que je déteste, c’est cela que je fais. […]. Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans l’être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas.

Les tendances de la chair ont pour effet de nous déchirer intérieurement, elles détruisent l’unité du corps et de l’âme dans la personne humaine que nous sommes. L’action de l’Esprit a en nous l’effet contraire : elle nous unifie. Parmi les fruits néfastes des tendances de la chair, Paul cite : haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme. Nous comprenons bien que la chair ne divise pas seulement l’homme intérieur mais qu’elle propage la division au sein même de la communauté civique et chrétienne. Les rivalités et les divisions dans l’Eglise proviennent du fait que les chrétiens ne marchent pas sous la conduite de l’Esprit mais sont esclaves de leurs instincts humains et sont ainsi les premières victimes de leur orgueil. Si l’apôtre parlait des fruits de la chair, il parle maintenant du fruit de l’Esprit, signe évident que l’Esprit Saint est source d’unité intérieure et de communion dans l’Eglise.

Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.

L’Esprit de Pentecôte donné à la première Eglise, l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation, nous rend capables de sortir vainqueurs des tendances de la chair. Le remède à notre orgueil c’est bien l’humilité, l’antidote aux divisions et aux rivalités ce sont la patience, la bonté et la bienveillance. Face aux emportements nous avons le secours de la maîtrise de soi. Le verset qui précède notre deuxième lecture nous montre dans quel contexte Paul rappelle aux chrétiens de Galatie qu’ils doivent reprendre le bon chemin et marcher sous la conduite de l’Esprit de Dieu, lien d’amour du Père et du Fils : Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Deux chemins s’ouvrent donc devant nous : celui des tendances de la chair qui mène à la mort et celui des tendances de l’Eprit qui mène à la vie. Chaque jour il nous faut choisir et cela dans chaque situation, particulièrement dans notre manière d’entrer en relation avec notre prochain dans la société comme dans l’Eglise. Le don de l’Esprit Saint est une exigence de vivre selon l’Evangile. Seule la coopération de notre liberté à ce grand don de l’amour de Dieu nous permettra de vivre les enseignements de Jésus, en particulier dans le sermon sur la montagne. Pour reconnaître si nous marchons sous la conduite de l’Esprit, il suffit de scruter notre cœur et de voir si nous y trouvons amour, joie, paix, bienveillance et douceur ou au contraire amertume, colère, médisance, jugement…

J’ajouterai au verset qui conclut notre lecture le verset qui le suit, celui par lequel s’achève le chapitre 5 de la lettre aux Galates :

Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. Ne cherchons pas la vaine gloire ; entre nous, pas de provocation, pas d’envie les uns à l’égard des autres.

Pour conclure une suggestion : pourquoi ne pas utiliser régulièrement dans notre prière quotidienne le magnifique texte de la séquence de Pentecôte ?

O lumière bienheureuse,

Viens remplir jusqu’à l’intime

Le cœur de tous tes fidèles.

Lave ce qui est souillé,

Baigne ce qui est aride,

Guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,

Réchauffe ce qui est froid,

Rends droit ce qui est faussé.

 


dimanche 16 mai 2021

Septième dimanche de Pâques / année B

 

16/05/2021

L’année liturgique nous fait revivre en ce moment les jours entre l’Ascension et la Pentecôte, ce temps béni où les premiers disciples attendaient la réalisation de la promesse du Christ, le don de l’Esprit Saint. De Pâques à la Pentecôte, c’est un seul et unique mystère qui se déploie et qui fonde l’Eglise. Une Eglise envoyée par le ressuscité et consacrée dans la vérité par l’Esprit. Dans le mystère trinitaire le Saint Esprit est le lien d’amour entre le Père et le Fils, leur amour mutuel et réciproque. Saint Jean nous fait entendre cette révélation à la fois si simple et si merveilleuse : Dieu est amour. Si l’être même de Dieu, sa vérité la plus profonde, consiste à aimer, alors nous comprenons l’importance de l’Esprit Saint dans nos vies chrétiennes puisqu’Il est l’amour du Père et du Fils. L’amour du Père se manifeste d’abord dans la chair, dans le mystère de l’incarnation du Fils unique à Noël. Après l’Ascension c’est l’Esprit Saint qui continue et mène à son achèvement l’œuvre du Fils. C’est l’Esprit qui rend présent pour nous l’amour du Ressuscité, particulièrement dans la prière et dans les sacrements. C’est par la puissance de l’Esprit Saint que le pain et le vin deviennent dans l’eucharistie corps et sang du Christ. Nous comprenons alors que la chair et l’esprit ne sont plus séparés. Dans le mouvement de l’incarnation la chair est parole de Dieu et à partir de l’Ascension elle n’est plus visible si ce n’est dans le mystère eucharistique et dans le visage du frère, en particulier de celui qui souffre dans son corps et dans son âme. Le don de l’Esprit permet à notre faiblesse humaine marquée par le péché d’être elle aussi parole de Dieu, signe pour nos frères. L’Esprit de Jésus ne cesse jamais de vouloir nous sanctifier et nous transfigurer pour que nous soyons de plus en plus possédés par l’amour de Dieu. Dans la deuxième lecture nous avons entendu Jean nous livrer le secret de notre existence chrétienne dont le centre est toujours la révélation de Dieu qui est amour.

Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. C’est notre foi dans le mystère de l’incarnation. Grâce à cette foi nous percevons en l’homme Jésus de Nazareth, dans ses paroles et ses actes, la Parole de Dieu qui nous est adressée, le Fils de Dieu venu nous rassembler par la puissance de son amour.

Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Qui nous permet de reconnaître dans nos vies l’amour que Dieu a pour nous si ce n’est l’Esprit Saint ? Remarquons comment Jean utilise à cinq reprises le verbe « demeurer » pour dire qui nous sommes en tant que chrétiens. A l’image de l’union entre le Père et le Fils, nous demeurons en Dieu et lui en nous. Ce qui permet cette union, cette communion, c’est bien notre foi en Jésus et notre fidélité au commandement de l’amour fraternel : Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. En communion avec Marie et les disciples dans l’attente de l’Esprit consolateur, supplions Jésus de nous rendre capables de cette intelligence spirituelle, celle du cœur, par laquelle nous percevons la simplicité et la beauté de la vie chrétienne. Que l’Esprit Saint nous permette de transformer nos misères et nos chutes en de nouvelles occasions pour aimer vraiment à la manière de Jésus. Ne soyons pas des chrétiens résignés ou découragés. Au contraire soyons persuadés que nous pouvons changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair grâce à l’Esprit du Ressuscité. Ayons cette folle espérance de voir s’accomplir en nous la victoire de Jésus sur le Mauvais !

dimanche 9 mai 2021

Sixième dimanche de Pâques / année B

 

9/05/2021

Jean 15, 9-17

Les paroles particulièrement fortes que nous venons de recevoir font partie du testament nouveau que Jésus donne à ses disciples la veille de sa mort. Ce passage d’Evangile nous donne accès au cœur de la révélation chrétienne dans sa beauté et sa simplicité. Le secret de Jésus, ce qui nous permet de comprendre sa personne, sa vie et sa mission, c’est l’amour de charité qui habite son cœur. Il est le médiateur de l’amour divin : Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Le commandement du testament nouveau, Demeurez dans mon amour, Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, se présente sous la forme d’un don et non pas d’un devoir. C’est dans la mesure où nous recevons la grâce de l’amour divin par Jésus que nous devenons capables de demeurer dans son amour et de le transmettre. Le Seigneur nous parle de son choix, son choix qui précède toujours et suscite de notre part une réponse de foi : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit… Nous sommes donc dans le règne de la grâce et non pas sous le régime de l’obligation. La morale chrétienne est essentiellement une morale intérieure dans le sens où elle surgit du cœur qui se laisse enflammer d’amour par l’Esprit Saint. Le testament nouveau de Jésus et l’Evangile de l’amour accomplissent parfaitement la prophétie de Jérémie : Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Dans son encyclique « Dieu est amour », le pape Benoît XVI décrit bien cette intériorisation de la loi divine :

La volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même (n°17).

C’est dans ce contexte du don de la loi nouvelle inscrite dans les cœurs que Jésus qualifie la relation qu’il veut avoir avec nous du nom d’amitié. C’est le seul passage des Evangiles où il appelle ses disciples ses amis.

Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

Ce verset constitue une véritable révolution dans la conception religieuse classique de la relation entre Dieu et l’homme, Dieu étant habituellement le maître et l’homme le serviteur. Jésus établit un amour d’amitié avec nous. La relation d’amitié est tout sauf hiérarchique, elle implique au contraire l’égalité entre les amis. Si nous parvenions à prendre conscience du don magnifique qui nous est fait, notre cœur serait véritablement comblé de la joie spirituelle. Ce qui nous permet d’entrer dans cette relation d’amitié avec le Christ, c’est d’aimer comme lui nous a aimés : Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Dans la relation d’amitié authentique, il est naturel de vouloir faire plaisir à l’autre, d’aller au-devant de ses désirs. Chaque fois que nous nous aimons les uns les autres, nous sommes certains de réjouir le cœur du Christ et donc celui du Père. Chaque fois que nous sommes capables de sortir de notre égoïsme pour nous tourner vers l’autre dans un mouvement de don et d’amour, nous fortifions en nous l’homme intérieur. Nous permettons au Christ de faire de nous ses amis.

samedi 24 avril 2021

Quatrième dimanche de Pâques / année B

 

25/04/2021

Jean 10, 11-18

Chaque année, pour le dimanche de prière pour les vocations, l’Eglise nous propose un passage du chapitre 10 de l’évangile selon saint Jean, chapitre dans lequel Jésus se présente à ses disciples comme le bon pasteur. Dans un premier temps regardons comment cette métaphore du berger a été utilisée dans l’antiquité. Dans le contexte biblique cette image n’a rien d’original. Elle est très présente dans l’Ancien Testament avec par exemple le chapitre 34 du prophète Ezéchiel ou encore le psaume 22 bien connu de tous. Ce qui est moins connu c’est l’utilisation de la même image dans l’antiquité gréco-romaine et cela depuis Platon. Pour qualifier le bon roi ou le bon empereur les philosophes le décrivent comme le bon pasteur. Dion de Pruse, à l’époque de Trajan, utilise, lui aussi, cette image du bon pasteur – bon roi qui n’a rien d’un tyran. Entre l’un et l’autre, écrit-il, il y a toute la différence du berger et du boucher ! Et l’empereur Tibère déclarait avec un certain humour à propos du taux d’imposition : un bon berger doit tondre ses moutons, non les écorcher… Il faut aussi souligner, pour revenir au contexte juif, que les bergers à l’époque de Jésus avaient très mauvaise réputation, entre autres motifs parce qu’en raison de leur travail ils ne pouvaient pas sanctifier le sabbat. La venue des bergers à la crèche sonne donc comme une provocation dans le judaïsme… Comment associer ces moins que rien à la naissance du Messie ? En même temps souvenons-nous que le plus grand roi d’Israël, David, a été choisi par Dieu au moment où il faisait paître le troupeau de son père Jessé…

Le texte grec de l’Evangile parle du beau pasteur et non pas du bon pasteur… Dans le passage que nous venons d’entendre le berger se distingue du mercenaire qui était employé pour un temps seulement afin d’aider le berger dans sa tâche. Ou pour le dire autrement c’est un peu la différence qui peut exister entre le propriétaire d’une maison et son locataire. Le beau berger est prêt à prendre des risques pour ses bêtes… jusqu’à donner sa vie pour elles, précise Jésus. Or, seul un amour infini peut pousser le bon berger à se sacrifier lui-même pour ses brebis. C’est dans ce contexte que le Seigneur annonce son mystère pascal et cela en conformité avec la volonté de son Père : Je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père.

Un autre aspect essentiel de cet enseignement, c’est que Jésus se présente comme un berger universel qui veut conduire tous les enfants de Dieu à l’unité et à la communion : J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Contrairement aux rois et aux empereurs de l’antiquité, Jésus ne se préoccupe pas seulement de l’enclos d’Israël mais de toutes les brebis. C’est la raison pour laquelle l’Eglise catholique a le désir de faire résonner l’Evangile aux oreilles de tous. C’est la raison pour laquelle les pasteurs de l’Eglise ont le souci de s’adresser à tous, en dehors de l’enclos de ceux qui fréquentent la paroisse. Si Jésus veut évangéliser les brebis qui ne sont pas dans l’enclos, c’est tout simplement parce qu’elles lui appartiennent toutes en tant que créatures. C’est lui qui donne vie et existence à toutes. D’où son souci pour elles. Seul Dieu peut être le véritable et unique Pasteur de son peuple. Si nous écoutons la voix de Jésus, en recevant son Evangile, c’est Dieu lui-même qui nous guide et nous conduit.