dimanche 6 septembre 2020

23ème dimanche du temps ordinaire / année A

 


6/09/20

Matthieu 18, 15-20

En cette période de rentrée, Jésus nous parle de l’importance de l’Eglise, la communauté, l’assemblée des chrétiens. Si l’Eglise est sainte, elle est composée de pécheurs. Dans la première partie de l’Evangile le Seigneur aborde la difficile question du péché à l’intérieur de la communauté. Le Notre Père nous rappelle que nous devons pardonner les offenses. Mais ce pardon n’exclut pas ce que la tradition chrétienne nomme la correction fraternelle : Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.

Cette correction est décrite en trois étapes : d’abord seul à seul, ensuite avec d’autres chrétiens, enfin au niveau de l’Eglise elle-même. Faire remarquer à un frère ou à une sœur que son attitude est déplacée du point de vue de la foi chrétienne n’a pas pour but d’humilier celui qui a commis une faute. Il s’agit bien plutôt de lui permettre de guérir de son mal. Il est donc essentiel que cette correction s’exerce avec miséricorde et avec amour. Le passage parallèle en saint Luc mérite aussi d’être cité : Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras.

L’exercice de la correction fraternelle dans la communauté Eglise est un art délicat et difficile. D’autant plus que nous devons toujours avoir à l’esprit la parabole de la paille et de la poutre : Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Dans certains cas si mon frère pèche contre moi ou m’offense, c’est parce que je l’ai moi-même entraîné au péché par mon attitude mauvaise à son égard. Je n’ai donc qu’à m’en prendre à moi-même et à me corriger. Remarquons bien que Jésus présente d’abord la correction fraternelle comme un dialogue entre deux personnes. Cette démarche implique que l’offense soit grave et qu’en conscience je sois blessé injustement, sans aucune responsabilité de ma part. Dans les cas les plus graves et lorsqu’un frère s’entête dans son attitude mauvaise et refuse de reconnaître qu’il a mal agi, alors c’est l’Eglise qui peut utiliser son pouvoir de lier ou de délier. Deux chapitres plus haut ce pouvoir est confié à Pierre de manière personnelle. Ici, il est confié à l’Eglise en tant que telle. Il arrive en effet que l’Eglise sanctionne l’un de ses membres en allant jusqu’à l’excommunication qui signifie qu’un fidèle s’est exclu par sa faute de la communion ecclésiale.

La deuxième lecture nous rappelle quelle est la racine du péché : mon incapacité à aimer mon prochain comme le Christ me le commande. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. Quand j’ai conscience d’avoir péché gravement contre mon prochain, je dois recourir au sacrement du pardon. Mais pour que ma démarche soit vraiment complète, je dois demander pardon à la personne que j’ai offensée et si possible réparer mon tort. Cela demande beaucoup d’humilité donc de force. Lorsque le pécheur est capable de faire cette démarche, il prend les devants et évite ainsi à la personne offensée de s’engager dans le processus toujours difficile et pénible de la correction fraternelle.

dimanche 30 août 2020

22ème dimanche du temps ordinaire / année A

 


30/08/20

Matthieu 16, 21-27

L’Evangile de ce dimanche marque un tournant décisif dans la vie publique de Jésus et sa mission :

À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.

Ce tournant se situe immédiatement après la profession de foi de Pierre. Face à l’annonce de cette montée vers Jérusalem et de la grande souffrance de la Passion, Pierre se révolte tout en oubliant l’annonce de la résurrection. Il ne voit que le rejet violent du Messie, et c’est bien par amour pour Jésus qu’il ose lui faire discrètement des reproches. Son intention est bonne mais il parle de manière humaine, sans se laisser éclairer par le Saint Esprit, sans véritablement comprendre les paroles scandaleuses annonçant la croix. D’où la réaction sévère du Seigneur :

Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.

Celui auquel le Seigneur vient de confier les clés du Royaume des cieux est maintenant appelé Satan ! Comprenons bien en quel sens : il est assimilé à Satan parce qu’il tente son maître en lui proposant un autre chemin que celui qui est le sien de par la volonté de Dieu. Il est appelé Satan parce qu’il est un obstacle sur le chemin qui monte à Jérusalem. Pierre n’est pas possédé par le démon, c’est une évidence. Mais il pense de manière diabolique même si, une fois encore, c’est l’amour qui l’anime et que son intention est bonne. Il est une occasion de chute sur la route de Jésus comme le fut le tentateur dans le désert. Lui aussi proposait des solutions faciles…

Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »

Arrière, Satan… Passe derrière moi, Satan ! Les deux formules sont très proches. Pour Pierre, cet ordre de passer derrière Jésus, se situe entre deux appels du Seigneur. Celui du commencement : Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes et celui d’après Pâques : Suis-moi, par lequel Jésus annonce à Pierre son martyre. Remarquons comment la formule par laquelle Pierre est corrigé (passe derrière moi) est très proche de celle par laquelle il est appelé à se faire le disciple de Jésus (suis-moi). C’est ainsi que tout en corrigeant la manière humaine de penser de Pierre, Jésus le confirme dans sa mission de disciple. Cette remise dans la juste perspective qui est celle de l’obéissance de la foi au projet de Dieu s’inspire directement du prophète Isaïe :

Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Pierre a cru pouvoir se faire le conseiller de Jésus, donc d’une certaine manière de Dieu, en oubliant sa condition d’homme et de disciple, en n’écoutant pas la parole de Jésus et en refusant sa montée à Jérusalem. Ce faisant il a inversé le rapport existant entre Jésus et ses disciples. Probablement parce qu’il n’était pas encore assez décentré de lui-même… et par manque d’humilité.

Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.

Pierre parviendra à ce renoncement en passant d’abord par l’épreuve de son propre reniement et en recevant le pardon du Ressuscité. Paul, plus tard, exprimera d’une manière magnifique, dans sa lettre aux Philippiens, ce en quoi consiste le renoncement du chrétien et du disciple :

Tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte. Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi. Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts.

dimanche 28 juin 2020

13ème dimanche du temps ordinaire / année A



28/06/20

Matthieu 10, 37-42

Les paroles de Jésus rapportées par l’Evangile de ce dimanche sont très exigeantes. Elles peuvent nous effrayer tellement nous nous sentons éloignés de cet amour parfait qui nous est demandé. Dans un premier temps remettons-les dans leur contexte en écoutant les versets qui les précèdent :

Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.

Nous voyons immédiatement le lien puisque le Seigneur parle des relations à l’intérieur de la famille. Soyons bien clair car la formulation hébraïsante est ici trompeuse : le but de Jésus n’est pas de porter divisions et querelles au sein des familles humaines. Simplement mettre sa foi en Jésus pourra parfois provoquer des déchirements douloureux avec certains membres de notre famille. C’est inévitable quand la foi chrétienne n’est pas partagée par tous. Lors de la présentation de l’enfant Jésus au temple, Syméon avait prophétisé en ce sens :
Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction.
Jésus, signe de contradiction, divise forcément même s’il veut rassembler toute l’humanité dans l’amour et la vérité de Dieu. D’où le début de notre Evangile :

Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.

Si nous aimons davantage nos parents ou nos enfants que Jésus, Fils de Dieu, alors nous ne pouvons pas le suivre. Car dans certaines situations il nous faudra choisir entre l’amour humain et naturel pour notre famille et l’amour surnaturel pour le Christ. Ce sont des situations extrêmes dans lesquelles nous avons à faire des choix crucifiants pour demeurer fidèles au Christ :

Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.

Si l’un des membres de ma famille m’empêche de vivre ma foi et d’agir selon les commandements de Dieu, alors je peux être amené à choisir une séparation douloureuse pour demeurer libre de servir le Seigneur. Le chrétien est d’abord enfant de Dieu avant d’être le fils de ses parents. Il doit honorer et respecter ses parents mais pas au point de les aimer plus que le Christ. Saint Jean rappelle bien dans son prologue l’importance de notre origine divine de par notre condition de créatures et de par la foi et le baptême :

À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.

Et Jésus lui-même, âgé de 12 ans, n’a pas hésité à rappeler à Marie et à Joseph cette priorité de l’amour pour Dieu sur l’amour qui nous unit par les liens de la famille :

Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?

Enfin Jésus va encore plus loin cette exigence de l’amour divin. Il ne s’agit pas seulement de mettre à sa juste place, c’est-à-dire en seconde position, l’amour que nous avons pour les membres de notre famille. Il s’agit aussi de nous décentrer de nous-mêmes :

Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.

Saint Paul est l’exemple parfait de ce décentrement du croyant qui met au centre de l’existence humaine sa relation avec Jésus :

Tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte. Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi.

Pour saint Paul comme pour chacun d’entre nous cette conversion demande du temps et de la patience. C’est un chemin de sainteté qui nous assimile toujours plus au Christ :

Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus.

dimanche 21 juin 2020

12ème dimanche du temps ordinaire / année A



21/06/20

Matthieu 10, 26-33

Il est important de remettre les paroles de Jésus que nous venons d’écouter dans leur contexte, celui du chapitre 10 de l’Evangile selon saint Matthieu. Ce chapitre commence avec l’appel des douze apôtres et leur envoi en mission. Le contexte est donc celui de la prédication de l’Evangile. Jésus annonce à ses disciples qu’ils devront souffrir des persécutions de la part des hommes :

Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et candides comme les colombes.

Dans l’Evangile de ce dimanche Jésus répète à trois reprises : Ne craignez pas. C’est le cœur de son message. Cet appel à ne pas craindre est aussi l’un des grands messages de toute la révélation biblique en commençant par Abraham jusqu’à Marie lors de l’annonciation. Dieu notre Père veut chasser toute crainte de notre cœur. Car l’amour parfait chasse la crainte (1 Jean 4,18). Le disciple qui vit dans la perfection de l’amour de Dieu ne craint ni le jugement ni les hommes hostiles à l’Evangile présentés par Jésus comme des loups.

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme. En entendant cette parole nous pensons spontanément aux martyrs de l’histoire de l’Eglise, du passé comme du présent. Nous pensons aussi à tous les témoins de la vérité qui ont résisté à des régimes totalitaires, à tous ceux qui ont voulu manifester la dignité et la liberté de l’homme alors que l’on voulait les réduire au silence. Nous pensons enfin aux lanceurs d’alerte qui sont persécutés non seulement par des dictatures lointaines mais aussi dans nos démocraties occidentales parce qu’ils gênent, parce qu’ils dérangent, en révélant des vérités que l’on ne veut pas voir et que l’on veut garder cachées. Les persécuteurs des lanceurs d’alerte, qu’ils soient gouvernants ou juges à leur service, oublient que rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Souffrir parce que l’on témoigne en faveur de la justice et de la vérité n’est pas l’exclusivité des chrétiens. Ce qui est propre aux chrétiens, c’est de souffrir en raison de leur foi en Jésus-Christ. Jésus étant lui-même la vérité, tout homme, même incroyant, qui accepte de souffrir pour rendre témoignage à la vérité rend témoignage, sans le savoir, au Christ. La violence et la brutalité des puissants de ce monde et de leurs armes ne peuvent rien contre la vérité. Elles peuvent malheureusement torturer et tuer les corps, mais elles n’ont aucun pouvoir contre la conscience humaine. Pensons à Socrate et à tant d’autres.

Pour nous encourager à la confiance, même dans les situations difficiles, Jésus nous fait contempler la providence universelle du Père qui s’étend à toutes ses créatures :

Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.

Dans saint Luc nous trouvons une variante intéressante :

Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Or pas un seul n’est oublié au regard de Dieu.

Après nous avoir parlé des brebis et des loups, des serpents et des colombes, voici que Jésus nous montre l’amour du Créateur qui s’étend jusqu’aux moineaux, ces petites créatures fragiles. Elles aussi sont précieuses aux yeux de Dieu. Le raisonnement est le suivant : si même les moineaux ne sont pas oubliés au regard de Dieu, alors, à plus forte raison, vous, mes disciples ! Dieu ne nous abandonne pas au sein de l’épreuve si nous abandonnons la crainte pour la confiance, dans un esprit de foi. Contempler ainsi la Providence divine avec le regard du Seigneur nous encourage à nous abandonner à la volonté de Dieu même quand nous ne comprenons pas, même quand Dieu nous semble absent et lointain. Jésus lui-même, au moment de l’épreuve suprême, celle de la croix, a crié Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné tout en faisant un acte d’abandon au Père : Père, entre tes mains je remets mon esprit.

La tendre sollicitude du Père pour les moineaux et pour toutes les créatures peut nous aider à recevoir dans nos vies l’exhortation de l’apôtre Pierre :

Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous.

dimanche 14 juin 2020

LE SAINT SACREMENT / 2020



14/06/20

Jean 6, 51-58

Dimanche dernier en fêtant la Sainte Trinité, nous nous sommes remis en présence du mystère de Dieu qui est communion d’amour et de vie entre les trois personnes divines. En célébrant en ce dimanche le Saint Sacrement, nous contemplons comment l’amour et la vie du Dieu trois fois Saint nous sont communiqués d’une manière tout à fait unique dans l’eucharistie. L’eucharistie est tout entière trinitaire : elle est une action de grâce au Père par le Fils dans l’Esprit. Elle unifie en quelque sorte notre vie parfois dispersée et éclatée pour en faire une offrande spirituelle agréable à Dieu notre Père. Dans l’eucharistie nous n’offrons pas seulement le pain et le vin, fruits de la terre et de la vigne ainsi que du travail des hommes, nous nous offrons nous-mêmes avec toute notre vie pour devenir toujours davantage ce que nous sommes de par notre baptême et notre confirmation : le corps du Christ. L’eucharistie ne nous donne pas seulement le corps et le sang de Jésus en communion, elle est le signe et le moyen de la communion entre nous, de la communion qui est celle du corps de l’Eglise. Elle est le sacrement de l’unité comme nous le rappelle saint Paul dans la deuxième lecture. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas communier au corps du Christ si nous n’avons pas le désir et la ferme volonté de vivre notre foi en communion avec tous les autres chrétiens, et d’abord ceux de notre communauté paroissiale. La communion n’est pas une démarche individualiste, mais comme tous les sacrements elle nous engage à vivre plus profondément notre lien de foi, de charité et d’espérance avec tous ceux qui ont part à un seul pain.

Il est significatif que parmi les sept sacrements seule l’eucharistie soit célébrée lors d’une fête liturgique. C’est dire toute son importance. C’est pourquoi nous appelons ce sacrement le Saint Sacrement, ce qui signifie le sacrement par excellence. Sans oublier le fait que nous célébrons aussi chaque jeudi saint l’institution de ce sacrement par Jésus lors du dernier repas pascal qu’il partagea avec ses apôtres.

Dans la première lecture Moïse rappelle au peuple une vérité essentielle : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Jésus reprendra cette citation du Deutéronome face à Satan, le tentateur, dans le désert. En chacun de nous, croyant ou incroyant, existe en effet une aspiration à des réalités qui ne relèvent pas seulement de la satisfaction de nos besoins essentiels garantissant notre sécurité physique : la nourriture, le vêtement, le logement. Nous aspirons tous à une vie sociale et culturelle, à l’éducation, à l’affection, à la reconnaissance de notre dignité de personne humaine, au respect de notre liberté et à l’amour. Cette aspiration universelle aux biens de l’esprit et du cœur nous parle de ce qu’est la vie éternelle promise par Jésus. Il s’agit bien d’une plénitude de vie, et non pas d’une simple immortalité. Le pain vivant de l’eucharistie nous est donné par la parole de Jésus, par la fidélité de Dieu à sa parole. Ce pain lui-même est Parole de Dieu puisqu’il nous donne Jésus en communion, Jésus, le Verbe de Dieu. Oui, l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. Dans l’Evangile de cette fête, Jésus nous donne une magnifique définition de ce qu’est chaque communion eucharistique : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. Tel est le grand don de la Trinité dans l’eucharistie, tel est le trésor inépuisable de l’Eglise.
Demandons à l’Esprit Saint de nous approcher de ce mystère avec humilité et gratitude. Que l’Esprit Saint nous fasse prendre conscience de la grandeur du don reçu et qu’il nous préserve de le recevoir machinalement, distraitement, seulement par habitude. Communier requiert de notre part un acte de foi et de charité envers le Seigneur ressuscité qui, après s’être rendu présent sur l’autel, vient demeurer en nous. Communier nous engage à vivre dans la communion de l’Eglise et dans la recherche constante de la volonté de Dieu dans nos vies. Que l’Esprit Saint nous préserve du péché qui consisterait à banaliser le Saint Sacrement. L’eucharistie est en effet beaucoup plus qu’un simple rite, fut-il religieux.

dimanche 7 juin 2020

SAINTE TRINITÉ 2020



Dans la lumière de la Pentecôte, accomplissement de la révélation divine, l’Eglise nous fait célébrer en ce dimanche le mystère de Dieu Trinité. C’est un choix plein de sens même si cette solennité est relativement récente dans l’histoire de notre calendrier liturgique. Il s’agit d’une fête instituée au Moyen-âge. Bien sûr la foi en la Trinité plonge ses racines dans la personne et la vie de Jésus. Célébrer ce mystère le dimanche qui suit la Pentecôte nous rappelle qu’avec la manifestation et le don de l’Esprit Saint Dieu s’est pleinement révélé et communiqué à ses créatures. Le simple signe de la croix est une confession de cette vérité de foi. C’est la raison pour laquelle nous devons toujours le faire avec dignité et respect, en pensant non seulement à l’offrande du Christ et à sa mort, mais aussi au Dieu trois fois Saint. Toute la liturgie de la messe est trinitaire. La grande majorité des prières sont adressées par le ministre du sacrement à Dieu le Père par Jésus le Fils. La grande prière qui accomplit la prière eucharistique indique bien la nature trinitaire du culte public de l’Eglise : Par lui (le Fils), avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit tout honneur et toute gloire…

Notre foi en la Trinité est donc le mystère central, le dogme le plus important, le plus essentiel du catéchisme, on pourrait dire la marque de fabrique du christianisme. C’est cette foi qui fait que nous ne sommes pas déistes mais bien chrétiens. Nous ne sommes pas simplement des monothéistes, mais des monothéistes trinitaires. L’affirmation de saint Jean selon laquelle Dieu est amour est la porte d’entrée la plus directe dans le mystère trinitaire. Comprenons bien que Dieu est amour avant même la création de tout ce qui est. Il ne l’est pas seulement par rapport à ses créatures, Il l’est en lui-même. Cela fait partie de son être le plus essentiel. Or si Dieu était unique sans être Trinité, il ne pourrait s’agir que d’un amour tourné vers soi-même, donc d’un égocentrisme infini, pour reprendre l’expression du prêtre suisse Maurice Zundel. La révélation de la Trinité nous délivre de cette oppression. Toujours selon Zundel, l’amour s’exerce en Dieu dans un véritable altruisme, entre trois Personnes relativement distinctes, quoique identiques chacune avec la totalité de l’Essence divine. En partant de notre difficile expérience de l’amour humain, Zundel nous fait entrevoir l’extraordinaire beauté du mystère trinitaire :

L’amour suppose à la fois la distinction des êtres qui s’aiment et leur unité. Ces deux éléments apparaissent toujours plus ou moins irréalisables dans notre expérience. Nous ne pouvons nous aimer nous-même sans dégoût ; nous ne pouvons aimer les autres sans douleur. Nous voudrions pouvoir saisir leur intérieur, nous identifier avec lui, de façon à n’être plus qu’un être avec eux. Mais justement leur intérieur nous demeure insaisissable, et les confidences qu’ils nous font ne nous livrent pas son mystère. Nous ne dépassons pas le seuil de leur âme. En Dieu, l’Amour ne rencontre point ces obstacles. La distinction des Personnes ne fait qu’exprimer l’unité de l’Etre.
Un peu plus loin dans sa méditation, Zundel signale une autre difficulté en rapport avec la réalité de l’amour, non seulement pour nous, mais aussi pour un Dieu qui ne se révélerait que comme l’Unique :

Il y a en Dieu une unité qui semble exclure l’amour. Il y a en nous une diversité  qui semble rendre impossible l’unité requise par l’amour.
C’est dans la révélation de la Trinité que cette difficulté disparaît :

En effet la Trinité nous offre la solution de ce problème sous ses deux faces : unité et diversité. Dieu se présente à nous comme l’unité absolue d’une diversité relative ; comme l’Amour de don dans son expression la plus totale et la plus intime ; comme la plus haute sainteté – que nous concevons nécessairement comme le plus grand amour.

Nous avons en Dieu la réalisation parfaite du « moi » comme don, comme altruisme subsistant. Le « moi », en Dieu, est un « regard vers ». Le Père s’exprime dans le Fils. Le Père et le Fils se donnent dans le Saint-Esprit, qui se donne à eux comme leur lien.

Trinité : mystère de l’Amour.
Moi divin : altruisme infini, effusion, don.
Vie de la Trinité : vie d’amour qui se termine en une complète circumincession, c’est-à-dire dans cette intériorité d’une Personne par rapport à l’autre, dans cette habitation de l’une dans l’autre.

L’affirmation de notre foi en Dieu Trinité n’est finalement que l’explicitation de ce que Jésus affirme à de nombreuses reprises dans l’Evangile selon saint Jean. Au chapitre 17, en priant le Père, il affirme cette relation unique qui l’unit à Lui tout en nous incluant dans ce grand mystère de la vie divine, une vie capable de vaincre tout mal parce qu’elle s’identifie à l’amour, parce qu’elle est l’amour même :

Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.



dimanche 31 mai 2020

Pentecôte 2020



Jean 20, 19-23

Dans la conversation que Jésus a avec la Samaritaine, il lui enseigne que Dieu est esprit et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. Cela explique pourquoi dans le Judaïsme toute représentation de Dieu est interdite. Un esprit n’a pas de corps, il ne peut donc pas être représenté par une image.

Avec la solennité de la Pentecôte, nous faisons mémoire du don de l’Esprit Saint à la première Eglise, don toujours actuel dans l’Eglise de notre temps. Si Dieu est esprit, il est aussi communion de trois personnes divines dans le mystère de la Sainte Trinité. Et l’une de ces personnes est appelée le Saint Esprit. Comment parler du don de l’Esprit au jour de la Pentecôte ? Comment évoquer le don d’une réalité spirituelle et invisible ? Avant de regarder comment les textes de cette messe parlent de l’Esprit souvenons-nous de la manifestation du même Esprit lors du baptême de Jésus dans le Jourdain :

Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.

Comme une colombe… Il s’agit bien d’une image. L’Evangile ne nous dit pas bien sûr que la troisième personne de la Trinité est un oiseau ! Cette image de la colombe n’est pas reprise dans les textes qui nous parlent de la Pentecôte. Ils utilisent d’autres images : le souffle, le vent et le feu.
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Lors de la première Pentecôte, celle réservée aux apôtres et aux disciples le soir de Pâques, avant même la grande Pentecôte, cinquante jours plus tard, l’Esprit est manifesté par le souffle du Ressuscité, en grec pneuma qui est aussi le terme utilisé pour désigner l’Esprit Saint, le souffle sacré. Ce souffle de Jésus annonce un autre souffle, celui de la Pentecôte. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. La traduction liturgique remplace le souffle par le vent. Or il vaudrait mieux traduire : comme la venue d’un souffle violent. Nous retrouvons la conjonction comme, déjà utilisée lors de la scène du baptême. Ce petit mot nous montre qu’il est impossible au langage humain de décrire l’expérience de la Pentecôte, la venue mystérieuse de l’Esprit invisible dans le cœur des disciples. A l’image du souffle s’ajoute ensuite celle du feu : Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Le feu éclaire, illumine et réchauffe tandis que le souffle rafraichit, nettoie, purifie et pousse de l’avant. A la course ou en vélo nous savons la grande différence qu’il y a à courir avec ou sans vent, avec l’aide du vent ou contre le vent ! L’image du feu nous parle aussi de l’unité de l’Eglise. Ce feu unique de l’Esprit se partage en effet en langues et devient un don personnel pour chaque disciple du Christ. Saint Paul a bien compris cette action de l’Esprit dans l’Eglise comme en témoigne la deuxième lecture : C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. L’Esprit, nous le voyons, est source de communion entre les membres du corps ecclésial. Grâce au baptême les différences de peuples et de condition sociale s’effacent. Car dans l’Eglise catholique peu importe que l’on soit français, ivoirien ou danois, riche ou pauvre, homme ou femme… L’essentiel n’est plus dans nos caractéristiques humaines personnelles que nous pouvons malheureusement utiliser pour nous séparer les uns des autres, les différences se transformant parfois en murs infranchissables. Cette solennité de la Pentecôte nous rappelle le don du baptême et de la confirmation par lequel nous avons été abreuvés par un souffle unique. S’ajoutant aux images du souffle et du feu, le verbe abreuver ou désaltérer suggère que le souffle de Dieu est comme une eau vive. Décidemment aucune image n’est suffisante pour parler de l’Esprit Saint et pour rendre compte de la richesse de ses dons en nous. Les paroles de Jésus à Nicodème, en reprenant l’image du souffle, nous font comprendre que nous sommes nous-aussi, en tant que baptisés nés du souffle de l’Esprit, un mystère, une part du mystère trinitaire :

Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit.

Il n’y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais une eau vive qui murmure et dit en moi : « Viens vers le Père. » (Saint Ignace d’Antioche).