dimanche 9 février 2020

Cinquième dimanche du temps ordinaire / A



Matthieu 5, 13-16

9/02/20

Avec les Béatitudes, au commencement du chapitre 5 de son Évangile, saint Matthieu commence une longue section allant jusqu’au chapitre 7 qui rassemble divers enseignements de Jésus donnés sur la montagne. Le lieu de cet enseignement, la montagne, fait penser à Moïse qui, sur le mont Sinaï, reçoit les tables de la Loi. Ici Jésus, nouveau Moïse, nous donne les tables de la loi nouvelle qui vient perfectionner la loi de Moïse. Le passage que nous venons d’entendre se situe immédiatement après les Béatitudes. Ici le Seigneur comme dans les Béatitudes fait en quelque sorte le portrait de ses disciples. S’adressant à eux, il leur rappelle leur identité. Comme dans les Béatitudes, ce qui est dit des disciples est d’abord valable pour Jésus. Il suffit pour s’en convaincre de nous souvenir du chapitre 8 de saint Jean dans lequel le Seigneur se présente comme la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres : il aura la lumière qui est vie.

Sel de la terre et lumière du monde : ces deux images sont facilement compréhensibles. Regardons d’abord ce qu’elles ont en commun : terre et monde. Comme leur Maître, les disciples sont donnés au monde, leur mission comme leur témoignage ne se limite pas à leur ville ou à leur pays, mais ils comportent une valeur universelle. C’est l’un des sens de notre appartenance à l’Eglise catholique, une Eglise universelle envoyée à tous et au service de tous. Le sel donne du goût, de la saveur aux aliments ; la lumière quant à elle est indispensable. A quoi serviraient les yeux dans une nuit permanente ? Dans les deux images la présence du chrétien dans le monde est présentée comme utile et nécessaire. Parce que là où est le chrétien, là aussi est le Christ. Telle est notre dignité et notre mission. Encore faut-il que nous soyons vraiment chrétiens comme le bon sel qui garde sa capacité. Encore faut-il que nous ne cachions pas notre foi. Comment témoigner ? A la fin de cette page évangélique, Jésus nous donne le critère essentiel : De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

Pour être du bon sel, pour être une lumière sur le lampadaire, nous n’avons pas d’autre choix que de faire le bien, donc que de le choisir et de le désirer. C’est d’ailleurs en nous rappelant cette vérité que Jésus achève son enseignement sur la montagne à la fin du chapitre 7 : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux… Celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc.

La première lecture nous montre le lien indissociable entre ce bien que nous sommes appelés à faire et la vertu de charité, en particulier pour notre prochain. Autant les images de sel de la terre et de lumière du monde peuvent avoir un aspect abstrait, autant leur sens profond se vérifie par des actions concrètes. Ces actes par lesquels nous choisissons le bien découlent de ce que nous sommes : disciples du Christ. Et en même temps c’est en les pratiquant avec persévérance que nous devenons ce que nous sommes : réellement chrétiens. Tout ce bien, nous pouvons le réaliser dans notre communion avec le Christ car sans lui nous ne pouvons rien faire. Bien souvent notre incapacité à faire le bien nous humilie et nous fait honte. Ce n’est pas une raison pour nous décourager et abandonner la Parole du Seigneur. Lui, il compte sur nous pour faire rayonner sur notre monde la lumière de son Evangile.

dimanche 26 janvier 2020

Troisième dimanche du temps ordinaire / année A



26/01/20

Matthieu 4, 12-23

En ce dimanche l’évangéliste Matthieu nous fait revivre les commencements du ministère public du Seigneur. Immédiatement après les tentations au désert, Jésus choisit de quitter Nazareth pour Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée appelée aussi lac de Tibériade. L’arrestation de Jean Baptiste par Hérode semble avoir été l’événement déclencheur de ce déménagement vers le nord de la Galilée. L’évangéliste insiste sur le choix de Capharnaüm y voyant l’accomplissement d’une prophétie. Dans Isaïe la Galilée est appelée Galilée des Nations, carrefour des païens. En faisant de cette ville située au bord du lac sa base missionnaire, Jésus de Nazareth devient Jésus de Capharnaüm. Ce choix indique dès le départ la portée universelle de sa mission. Au lieu de prêcher depuis Jérusalem, le centre religieux d’Israël, Jésus va aux frontières, aux périphéries comme dirait le pape François. C’est aussi une manière de dire qu’il se met au service des plus abandonnés et des plus méprisés, tous ceux que l’on relègue aux marges d’Israël pour diverses raisons. Ce choix de Capharnaüm marque sa prise de distance par rapport aux autorités religieuses de Jérusalem et garantit ainsi sa liberté de parole.

Le premier message que Jésus délivre dans sa prédication n’a rien d’original puisque Jean Baptiste a lui aussi prêché l’imminence du Royaume des cieux et la nécessité de se convertir pour l’accueillir : Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. Jésus place ainsi toute sa prédication sous le patronage des prophètes, Jean étant le dernier et le plus grand parmi les prophètes. Même si Jésus respecte la Torah, les cinq premiers livres de notre Ancien Testament, son inspiration vient principalement des livres prophétiques. C’est ce qui explique l’opposition inévitable qui se manifestera très tôt entre lui et les docteurs de la Loi, eux qui considéraient la Torah comme la source principale, presque unique, de la vie religieuse du peuple Juif. Royaume des cieux et Royaume de Dieu sont des expressions équivalentes. Le Royaume est tout proche, ce qui n’empêchera pas Jésus de nous faire demander dans le Notre Père : Que ton règne vienne. Ce qui est certain et tout à fait nouveau, c’est que Dieu se fait proche de nous en Jésus l’Emmanuel. Si bien que le Royaume tend à se confondre avec la manifestation de Jésus, avec le mystère de l’incarnation. Dans l’Evangile selon saint Luc, le Seigneur nous fera comprendre que ce Royaume des cieux est en nous. Il n’est pas seulement proche dans le temps, il nous est intérieur : le royaume de Dieu est en vous. Ce qui fera dire au pape Grégoire le grand : le ciel, c’est l’âme du juste. C’est par le mouvement de la conversion que nous devenons nous-mêmes ce royaume des cieux. L’appel des quatre premiers disciples nous montre de manière concrète ce que signifie se convertir : tout laisser pour suivre Jésus. Cela signifie renoncer à nos manières humaines de voir pour adopter les pensées de Dieu, renoncer à notre volonté propre pour rechercher la volonté de Dieu. Dire Que ton règne vienne c’est en même temps dire Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Nous sommes le royaume des cieux chaque fois que nous accordons notre volonté à celle de notre Père céleste. Toute la Bible nous apprend à connaître et à mettre en pratique cette volonté de Dieu. Je laisserai au prophète Michée le soin de nous rappeler qu’elle ne consiste pas en des choses compliquées et inaccessibles : Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. Jésus a simplifié le contenu moral de la foi en le résumant au double commandement de l’amour. Il est Sauveur parce qu’il nous permet de mettre en pratique ce commandement en le suivant, en écoutant sa parole et en recevant sa grâce, particulièrement dans les sacrements et la vie de prière.


dimanche 19 janvier 2020

Deuxième dimanche du temps ordinaire / année A



Jean 1, 29-34

19/01/20

Nous entrons à nouveau dans le temps liturgique dit « ordinaire ». Un temps qui se divise en deux périodes distinctes de notre année liturgique : celle qui précède le carême et celle qui suit le temps pascal. Le temps ordinaire a pour but de nous faire revivre les événements de la vie publique de Jésus entre le moment de son baptême et celui de son entrée messianique dans Jérusalem. Cette année c’est avec saint Matthieu que nous suivrons et écouterons le Christ dans sa prédication et dans ses actions. Mais nous commençons avec une exception puisque l’Evangile de ce dimanche est un passage de l’Evangile selon saint Jean. Nous sommes encore sur les bords du Jourdain avec Jean le baptiste et nous prolongeons en quelque sorte la fête de dimanche dernier, celle du baptême du Seigneur.

Nous pouvons être surpris par le fait que Jean affirme à deux reprises à propos de Jésus : Je ne le connaissais pas. Jean ne connaît pas Jésus et en même temps sa mission consiste à ce qu’il soit manifesté au peuple d’Israël.  Malgré son ignorance, le précurseur est bien celui qui introduit Jésus auprès du peuple et lui permet de commencer sa mission. Par révélation du Père, Jean va passer de l’ignorance à la profession de foi et au témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jean nous instruit sur l’identité profonde du Fils de Dieu et sur sa mission dans le mystère de son incarnation.

Il est tout d’abord celui qui baptise dans l’Esprit Saint. Deux chapitres plus loin, dans son entretien avec Nicodème, le Seigneur affirmera : Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Baptiser dans l’Esprit Saint, cela signifie plonger une créature humaine dans le feu de l’amour divin. Baptiser dans l’Esprit, cela signifie permettre au vieil homme de renaître à une vie nouvelle, celle des enfants de Dieu. Seul le Fils de Dieu a ce pouvoir de nous ressaisir au plus intime de nous-mêmes pour faire de nous des hommes nouveaux. Et il le réalise par la puissance de l’amour divin.

Si Jésus est présenté comme celui qui baptise dans l’Esprit Saint, c’est bien parce qu’il est l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Dans sa présentation de Jésus, Jean, en tant qu’inspiré, voit loin. Il voit déjà le terme : les jours de la Passion et de l’offrande de Jésus sur la croix. En se soumettant au baptême d’eau donné par Jean, Jésus se montrait solidaire d’un peuple pécheur. Il désignait le sens de sa mission : nous libérer de l’esclavage du péché. C’est par l’offrande sa vie qu’il réalisera en plénitude cette mission. Par ses paroles inspirées, Jean nous fait donc parcourir dès le début du temps ordinaire tout l’itinéraire de Jésus qui le conduira du baptême dans l’eau au baptême dans le sang.

C’est en méditant ce mystère que saint Jean peut affirmer dans sa première lettre :

C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un.

dimanche 5 janvier 2020

ÉPIPHANIE 2020


Épiphanie 2020

Saint Matthieu est le seul parmi les évangélistes à nous rapporter l’épisode de la visite des mages orientaux à Bethléem. Tandis que saint Luc nous parle de la crèche, saint Matthieu mentionne la maison dans laquelle Marie se tient avec son fils nouveau-né. Probablement qu’après la naissance de Jésus dans la crèche, ses parents sont restés à Bethléem un certain temps et ont pu ainsi trouver une maison, une fois le recensement terminé. Si nous poursuivons notre comparaison entre les deux récits, il est aussi intéressant de relever qu’aux bergers de Luc correspondent les mages de Matthieu. Un parallélisme peut ainsi s’établir entre la pauvreté et l’ignorance des bergers et la richesse et la science des mages. L’une des significations de l’Epiphanie est l’universalité du salut apporté par la naissance de l’enfant Jésus. Dieu se fait en son Fils notre frère pour dire la proximité de son amour pour tous les hommes, pauvres et riches, savants et ignorants. Cependant les bergers et les mages ont un point en commun : ils appartiennent à des catégories mal considérées dans le Judaïsme. N’oublions pas que les mages devaient être en même temps des scientifiques et des astrologues… La frontière entre astronomie et astrologie étant ténue à cette époque. Or l’astrologie est condamnée et ridiculisée dans certains passages de l’Ancien Testament.

Ces mages ont donc en quelque sorte tout contre eux : astrologues et païens. Cela n’empêche pas Dieu de les guider par l’étoile jusqu’à Jésus. Dans l’Evangile de cette solennité, nous voyons la diversité des moyens adaptés que Dieu utilise pour guider les hommes et les conduire vers le salut. L’étoile pour les mages, les Ecritures pour les Juifs et enfin le songe pour les mages. L’étoile peut aussi bien représenter la création, la nature que la science puisque seuls les astronomes peuvent en déchiffrer le message. Les Ecritures représentent la révélation et la foi. Le mystère de l’Epiphanie nous montre de manière concrète comment foi et science peuvent mener à Dieu ou pour le dire autrement comment le livre de la nature complète le livre de la révélation. S’il y a eu au cours de l’histoire de l’humanité des scientifiques athées, de nombreux exemples nous montrent qu’il est tout à fait possible d’être un grand scientifique et un grand croyant, pour n’en citer qu’un pensons à Blaise Pascal.

Un dernier élément de méditation nous est donné si nous comparons les mages païens au Juif Hérode, les savants au roi. Hérode avait tout de son côté pour pouvoir, lui aussi, se prosterner devant l’enfant de Bethléem : les Ecritures et l’enseignement des prêtres et des scribes. Mais il laissa son cœur se troubler et pécha en commettant mensonge et tromperie. Pour un homme de pouvoir comme lui, entendre ces voyageurs lointains parler du roi des Juifs a dû le bouleverser profondément. Les mages partaient de loin, dans tous les sens du terme. Ils arrivent à Jérusalem au terme d’un long voyage qui n’est que l’image de leur longue recherche spirituelle du salut et de la vérité. Et voilà que ceux qui étaient loin sont le plus proche de Jésus tandis que celui qui était prêt s’en éloigne infiniment par son péché et son obsession maladive du pouvoir. Tel est le paradoxe de l’Epiphanie qui annonce l’enseignement de Jésus selon lequel bien des premiers seront derniers et bien des derniers seront premiers.

Ce paradoxe nous invite à l’humilité en tant que catholiques. Nous qui avons tout pour connaître le salut apporté par Jésus dans le mystère de l’incarnation, nous sommes parfois plus éloignés de Jésus que ceux qui sont hors de l’Eglise. Parce qu’une tentation terrible menace chacun de nous, celle de vivre notre foi de manière routinière. Les mages orientaux nous rappellent l’importance du désir spirituel et de la recherche de Dieu. Le croyant authentique est toujours en chemin, toujours poussé de l’avant par la recherche d’une communion plus forte et plus intime avec Jésus. Et il n’hésite pas à contempler en même temps le livre de la création et celui de la révélation, à unir dans son cœur foi et raison pour atteindre son but.
Paul, le converti, est un magnifique exemple de ce dynamisme de la foi, d’un homme qui ne s’est jamais laissé endormir par une pratique religieuse routinière et automatique :

Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

mercredi 25 décembre 2019

NOEL 2019




Jean 1, 1-18

Nous venons d’écouter le magnifique prologue que saint Jean donne à son Evangile. Ce prologue est une profonde méditation de l’apôtre sur le mystère que nous célébrons chaque année à Noël : l’incarnation.

Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Pour nous parler du grand mystère de l’incarnation, Jean utilise la notion de Verbe, en grec Logos, qui signifie à la fois la Parole et la Raison. La seconde personne de la Trinité, le Fils unique de Dieu, c’est donc le Verbe, la Parole de Dieu. L’enfant couché dans la crèche, le fils de Marie, nommé Jésus, est le Verbe éternel de Dieu. Cette révélation du Verbe a été préparée par Dieu dans l’Ancienne Alliance comme en témoigne le commencement de la lettre aux Hébreux :

A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.

Oui, le Verbe a appelé des hommes nommés prophètes pour non seulement nous transmettre la Parole de Dieu, mais aussi pour se révéler lui-même et pour nous préparer à l’accueillir dans son incarnation. La Bible conserve le témoignage écrit de l’activité de ces prophètes à travers 18 livres. Si l’on voulait résumer le contenu des livres prophétiques, on pourrait retenir trois thèmes principaux : l’annonce du Messie à venir et donc du mystère de Noël, la critique du culte hypocrite et du ritualisme et enfin l’exigence de justice sociale. Parmi les prophètes Isaïe tient une place exceptionnelle. Tout chrétien devrait avoir lu et médité au moins une fois dans sa vie le livre d’Isaïe tellement il est essentiel pour comprendre la personne et le message de Jésus. Je donnerai ici un seul exemple du style vigoureux de ce prophète :

Malheureux, ces gens qui déclarent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui rendent amer ce qui est doux et doux ce qui est amer ! […] Malheureux ! Ils rédigent des décrets malfaisants, ils inscrivent des écrits d’oppression ! Ils refusent de rendre justice aux faibles, et privent de leurs droits les pauvres de mon peuple ; les veuves deviennent leurs proies, et ils dépouillent les orphelins !

Au terme de cette longue préparation prophétique, la Parole de Dieu se manifeste directement, de manière personnelle, en naissant du sein de la Vierge Marie. En épousant notre condition humaine en toutes choses à l’exception du péché, le Verbe veut nous parler en quelque sorte à partir de notre intériorité, du dedans et non plus du dehors. Cette Parole ne vient pas de nous mais elle nous est désormais transmise dans la personne de Jésus, notre frère en humanité. Jean nous montre que le Verbe n’a pas été accueilli par tous et que même il a été rejeté comme un signe de contradiction pour reprendre les paroles du vieux Syméon dans le temple. Il en est toujours de même aujourd’hui car chacun de nous nous sommes marqués par le péché qui est un refus de Dieu. Le but du mystère de Noël est précisément de nous libérer de l’esclavage et du fardeau de nos péchés pour nous faire participer à la création nouvelle voulue par Dieu et commencée dans la nuit de Noël. Jean nous dit que tout a été créé, que tout continue d’être créé par et dans le Verbe de Dieu. A Noël ce même Verbe inaugure le Royaume de Dieu, donc la nouvelle création. La Parole de Dieu est plénitude de grâce et de vérité. Nous qui sommes nés de Dieu par le baptême, nous devons incarner dans nos vies la grâce et la vérité du Verbe. Cela implique un combat spirituel car nous vivons dans une société dont les valeurs sont bien souvent opposées au message évangélique. Au lieu de la grâce, on nous encourage au chacun pour soi, au profit illimité et à l’égoïsme dans la grande concurrence de la mondialisation. La dureté de cœur et l’indifférence sont présentées comme des vertus pour survivre. Rien ne doit être gratuit, tout doit se payer, même une réalité aussi vitale que l’eau. Au lieu de la vérité, on nous habitue à tordre le sens des mots et à manipuler les esprits, la tristement célèbre novlangue. Nous sommes matraqués par toutes sortes de propagandes publicitaires, idéologiques et politiques. Comment retrouver la grâce et la vérité du Verbe dans un monde dominé par des structures de péché ? Saint Paul nous le dit dans sa lettre aux Romains :

Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Le Verbe de Dieu a choisi comme lieu de son incarnation la crèche de Bethléem. Marie donne naissance à son fils Jésus dans la pauvreté. Le Verbe fait chair se manifeste donc à nous dans une double faiblesse : celle d’un nouveau-né qui ne parle pas encore et qui a besoin de la protection de ses parents, celle du dénuement de sa naissance. Le chrétien épris de la Parole de Dieu a besoin avant toutes choses de la vertu d’humilité pour refléter dans sa vie la grâce et la vérité du Verbe. Etre humble, c’est être toujours vrai et miséricordieux. En ce sens l’humilité de l’incarnation et celle du disciple de Jésus n’est pas une faiblesse mais elle est au contraire le signe de la force spirituelle. C’est cette douce force qui nous permet de démasquer les mensonges de ce monde et de résister aux tentations qu’il nous présente pour détourner notre cœur de l’essentiel : la présence en nous et dans l’Eglise du Verbe, plein de grâce et de vérité. Et cette force ne peut se recevoir que dans une vie de prière fidèle et intense, que par la grâce des sacrements, en particulier l’eucharistie et le sacrement de la réconciliation.

Souvenons-nous enfin du cri prophétique de Bernanos qui, en 1946, écrivait déjà dans La France contre les robots :

« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ».

dimanche 22 décembre 2019

Quatrième dimanche de l'Avent / A



Matthieu 1, 18-24

22/12/19

Nous venons d’écouter l’Evangile de l’annonce à Joseph qui fait suite à la généalogie de Jésus, Christ, fils de David, fils d’Abraham. Alors que saint Luc nous parle de Gabriel venant demander à Marie d’être la mère du Messie, saint Matthieu nous montre Joseph visité par un ange pendant son sommeil. Face à l’embarras bien compréhensible de Joseph qui veut répudier en secret sa fiancée, Dieu lui envoie son ange pour le réconforter : ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. Marie n’a pas été infidèle à Joseph. Elle a été choisie entre toutes les femmes pour que par elle se réalise le grand mystère de l’incarnation. Ce qui est véritablement au centre de l’annonce à Joseph c’est la révélation faite par l’ange de la conception virginale. Saint Matthieu la mentionne à deux reprises :

-      Marie fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
-      L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint.

Nous retrouvons cette affirmation dans l’Evangile selon saint Luc lors du récit de l’Annonciation :

L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.

Pourquoi donc cette conception virginale ? Parce que Jésus, le Sauveur, n’est pas seulement un homme extraordinaire et unique, le Messie d’Israël, mais parce qu’il est le Fils de Dieu. Son père ne pouvait être que Dieu lui-même, Dieu agissant par son Esprit dans le sein de Marie. L’épisode de Jésus âgé de 12 ans et retrouvé dans le temple de Jérusalem par Marie et Joseph montre bien cette conscience que l’enfant avait de son origine divine : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant !  Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »

L’insistance de l’Evangile sur la conception virginale de Jésus n’a pas pour but de mettre en avant une naissance extraordinaire, hors des lois de la nature. La conception virginale est en fait une révélation de l’identité de l’enfant qui naitra de Marie : comme nous le disons dans notre profession de foi il est vrai Dieu et vrai homme. Vrai homme parce que né d’une femme, Marie, sa mère, et vrai Dieu parce qu’elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. C’est aussi pour cette raison que l’évangéliste cite la prophétie d’Isaïe, notre première lecture. Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète. Or ce qui s’accomplit lors de l’annonce à Joseph et ensuite lors de la naissance de l’enfant, ce n’est en fait qu’une partie de la prophétie : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils, la conception virginale. Car pour ce qui est de son nom l’enfant s’appellera Jésus et non pas Emmanuel, même si ce nom peut bien sûr s’appliquer à lui.

Enfin Joseph comme Marie est docile à la volonté de Dieu même quand elle se manifeste dans une situation totalement imprévue et déstabilisante. Si Luc donne à Marie la parole pour manifester son consentement à l’ange, Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole, Matthieu quant à lui nous montre l’obéissance d’un Joseph silencieux :
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

dimanche 15 décembre 2019

Troisième dimanche de l'Avent / A



15/12/19

Matthieu 11, 2-11

L’Evangile de ce dimanche nous fait entendre un échange à distance entre Jean, dans sa prison, et Jésus. Il nous parle de l’identité de ces deux hommes. Tout part d’une question de Jean, une question habitée par le doute : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Comme souvent Jésus ne répond pas directement. Il se contente de se présenter comme celui qui accomplit une prophétie d’Isaïe. Et il conclut avec une formule qui pose question : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! Cette formule rappelle la prophétie du vieillard Syméon dans le temple à l’occasion de la présentation de l’enfant Jésus par ses parents : Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction. Oui, encore aujourd’hui, la question de l’identité de Jésus divise. Il est toujours un signe de contradiction pouvant susciter tout aussi bien la foi que le refus. Au commencement Jean a cru et, en baptisant Jésus, l’a présenté au peuple comme le Messie. Cependant sa conception du Messie était fort éloignée de ce qu’il entendait dire des premiers pas missionnaires du Seigneur. D’où son doute. En passant par cette étape du doute sa foi en Jésus a été purifiée. Il a fini par accepter que Jésus soit Messie selon une tout autre image que celle qu’il s’était fait(e). Il peut nous arriver à nous aussi, chrétiens, de nous faire une image fausse ou inexacte de Dieu. Dans ce cas Jésus peut être pour nous une occasion de chute si nous ne sommes pas prêts à recevoir de lui la véritable image de Dieu. Qui me voit, voit le Père. Connaître Jésus à travers les Evangiles, c’est connaître non seulement sa véritable identité, mais c’est en même temps avoir accès à l’authentique image de Dieu en tant que Père.

Dans la seconde partie de notre Evangile, le Seigneur précise l’identité de Jean. Il est non seulement le plus grand des prophètes, mais le plus grand parmi les hommes qui ont vécu avant l’ère chrétienne. Il est cette frontière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. Le Royaume des Cieux ce n’est pas seulement le Paradis après notre mort. Jésus commence précisément sa prédication en annonçant cette présence du Royaume des Cieux ou de Dieu. Le plus petit parmi les disciples de Jésus, le plus petit membre de son Eglise, est plus grand que Jean le baptiste. Car ce dernier est mort avant d’avoir vu l’accomplissement de la mission de Jésus à Pâques. Alors que nous nous connaissons par la foi le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Nous en vivons dans les sacrements et en particulier chaque fois que nous célébrons l’eucharistie. Pour comprendre pourquoi nous sommes plus grands que le plus grand des prophètes, il faut se référer à une autre parole de Jésus adressée à ses disciples : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. En ce temps de l’Avent, Jésus en nous rappelant notre dignité de chrétiens nous invite à la joie et à la gratitude parce que nous vivons dans l’ère chrétienne, dans le temps de la grâce, dans le temps de l’accomplissement des promesses par le mystère de l’incarnation que nous célébrerons à Noël.