dimanche 14 octobre 2018

28ème dimanche du temps ordinaire /B



14/10/18

Marc 10, 17-30

L’Evangile de ce dimanche nous rapporte la rencontre entre un homme et Jésus sur la route. Cet homme respecte et estime Jésus, il se met même à genoux pour lui poser une question. Nous ne connaissons pas son nom mais nous savons son désir d’avoir la vie éternelle en héritage. Tout au long de cet épisode nous retrouverons un vocabulaire s’appliquant d’abord aux richesses matérielles tout en ayant aussi une signification métaphorique : l’héritage, le trésor etc. La première lecture est dans la droite ligne de cette application du vocabulaire de la richesse à une réalité spirituelle, celle de la Sagesse qui vient de Dieu : en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Dans sa réponse, Jésus n’invente rien : il invite tout simplement cet homme à être fidèle aux commandements de Dieu pour hériter de la vie éternelle. Constatant que cet homme est un juste, Jésus l’appelle à progresser sur ce chemin de sainteté : une seule chose te manque. Que manque-t-il donc à cet homme ? Le détachement par rapport à ses richesses pour pouvoir suivre Jésus et devenir son disciple. Alors tu auras un trésor au ciel. Et c’est à ce point précis du récit que la rencontre entre l’homme et Jésus s’achève. Etant très riche, il ne se sent pas capable de renoncer à ses biens et s’en va tout triste. Cette incapacité de l’homme riche à répondre à l’appel de Jésus nous rappelle un enseignement évangélique : vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. En contraste avec cet homme, nous voyons Pierre et les disciples qui ont tout quitté pour suivre leur Maître.

Jésus profite de cet événement pour livrer un nouvel enseignement sur les richesses, tellement sévère que les disciples sont stupéfaits. C’est la célèbre image du chameau cherchant à passer à travers le trou d’une aiguille. C’est bien sûr impossible… Eh bien, c’est encore plus impossible à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, même si, lueur d’espoir, tout est possible à Dieu ! Un autre passage de saint Luc nous aidera à approfondir ce thème :

 « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.  Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Pour le chrétien, la priorité devrait donc être de s’enrichir en vue de Dieu. C’est-à-dire de développer sa vie de communion avec le Christ et sa vie de service du prochain dans l’amour, le partage et le don de soi, avec une attention particulière à ceux qui souffrent dans leur âme et dans leur corps et aux pauvres. Sur ce chemin de sainteté chrétienne peut se dresser l’obstacle de notre avidité ou de notre cupidité. Il s’agit bien d’un péché capital. Saint Paul n’hésite pas à affirmer que la cupidité est la racine de tous les maux. Aux riches de ce monde, il demande de devenir riches en bonnes œuvres par le partage. De cette façon, ils se préparent pour l’avenir un bon capital avec lequel ils pourront acquérir la vraie vie. Nous ne pouvons pas comprendre le pourquoi des crises économique, sociale et écologique, si nous ne tenons pas compte de ce péché de cupidité. Si le chrétien veut être sel de la terre et lumière du monde, il n’a pas d’autre choix que de se libérer de cet esclavage de la cupidité. S’il veut de l’intérieur changer la société, il doit prendre conscience de l’immoralité d’un système économique qui n’a pas d’autre but que le profit maximum pour une minorité de privilégiés et cela le plus rapidement possible, sans aucune considération éthique pour les travailleurs, les animaux et l’environnement. Dénoncer ne suffit pas, il faut aller jusqu’au boycott et promouvoir des alternatives compatibles avec l’Evangile. La rencontre de l’homme riche avec Jésus nous remet devant la question essentielle du sens de notre vie et du bonheur véritable. Quelle est la richesse qui seule peut combler mon cœur et me rendre heureux dans ma vocation d’homme et de chrétien ? Certainement pas celle qui me permet d’accumuler toujours plus de biens de consommation ou de billets de banque. La seule et unique richesse, celle qui nous permet déjà de faire l’expérience de la vie éternelle sur cette terre, c’est notre capacité à entrer en relation avec Dieu et les uns avec les autres, à sortir de notre égoïsme pour nous donner et pour partager ce que nous sommes et ce que nous avons.
Le prêtre suisse Maurice Zundel a beaucoup médité sur la signification de la pauvreté évangélique : elle nous commande d’extirper la misère autant qu’elle nous presse de supprimer la richesse, pour qu’il n’y ait plus deux humanités, séparées par la frontière infranchissable qui oppose la pénurie à l’abondance. Zundel va cependant plus loin. Il nous montre la pauvreté évangélique, le choix libre d’une vie simple et sobre, comme une participation du chrétien au mystère même de Dieu Trinité : la divinité n’est pas autre chose que son amour. Dieu est celui qui n’a rien ; la Trinité veut dire : la divinité n’est à personne parce que la divinité c’est le jaillissement éternel de la lumière et de l’amour du Père dans le Fils, du Fils dans le Père, et du Père et du Fils dans le Saint-Esprit. Elle est l’oblation parfaite : Dieu n’a pas, Dieu est.


dimanche 30 septembre 2018

26ème dimanche du temps ordinaire / B



Marc 9, 38-48

30/09/18

L’Evangile de ce dimanche rassemble divers petits enseignements de Jésus donnés à ses disciples à Capharnaüm.

Le premier part d’un fait vécu rapporté par Jean. Les disciples ont en effet vu, chemin faisant, une personne chasser des esprits mauvais au nom de Jésus. Et ils ont voulu l’en empêcher. Quelle est donc la raison donnée par Jean ? Car il n’est pas de ceux qui nous suivent. La réaction des disciples révèle leur sectarisme, sectarisme condamné par Jésus car celui qui n’est pas contre nous est pour nous. C’est une tentation permanente pour les disciples de se croire les propriétaires exclusifs du bien. Avant le développement de l’œcuménisme, c’est ainsi que les chrétiens s’excluaient les uns les autres, catholiques contre protestants et vice-versa. La réaction de Jésus nous invite à comprendre que non seulement faire le bien n’est pas la propriété des disciples mais que l’Esprit Saint inspire de bonnes actions à tous les hommes de bonne volonté. Au sectarisme des disciples Jésus oppose l’universalité de Dieu, Père créateur, qui veut le salut de tous les hommes et qui peut agir dans le cœur de tous pour que son Règne arrive. En tant que catholiques nous devons donc nous réjouir et rendre grâce à Dieu lorsque nos frères protestants ou des croyants d’autres religions ou encore des athées réalisent de bonnes œuvres.

Le deuxième enseignement, très bref, parle du comportement des hommes à l’égard des disciples de Jésus avec l’exemple du verre d’eau. Dans l’événement précédent, il s’agissait d’un bien spirituel accompli au nom de Jésus : chasser des démons. Ici il s’agit d’un bien corporel : soulager la soif des disciples. Mais l’on pourrait ajouter toutes les œuvres de bienfaisance corporelle que nous trouvons au chapitre 25 de saint Matthieu : donner à manger, vêtir etc. J’avais soif, et vous m’avez donné à boire. Ces œuvres de charité seront récompensés, la version de saint Matthieu précise qu’il s’agira de la récompense suprême : celle du Paradis, de la vision béatifique des élus.

L’enseignement suivant, sur le scandale, porte sur une action mauvaise : entraîner la chute des croyants. Celui qui cause ainsi le scandale, mieux vaut pour lui mourir immédiatement, jeté dans la mer avec une meule au cou ! La chute des petits que sont les croyants peut venir des incroyants comme d’autres croyants. Les terribles scandales de pédophilie ayant ébranlé l’Eglise ces derniers temps nous montrent la gravité de certaines actions qui sont des contre-témoignages manifestes. En positif, cet enseignement du Christ exige que nous nous soutenions les uns les autres dans la foi par notre attitude et notre vie dans la communauté Eglise. Il s’agit bien plutôt que de nous entre-détruire de nous édifier les uns les autres par la foi agissant par l’amour. Dans la communion de l’unique corps du Christ, chaque membre est responsable et solidaire de tous les autres membres. Comme l’affirme saint Paul, si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.

Dans le dernier enseignement de cette page évangélique, Jésus utilise des images violentes (couper sa main, arracher son œil) pour nous inviter à la fermeté par rapport à tout ce qui peut nous entraîner au péché, donc au mal. Car ce qui est en jeu ici, c’est notre vie éternelle ou au contraire notre perdition. Ces images choc ne doivent pas nous faire perdre de vue que dans certains cas, par exemple des mauvaises habitudes acquises depuis longtemps, il nous faudra beaucoup de temps et de patience pour en être libérés avec l’aide du Seigneur, et pouvoir « couper notre main ou arracher notre œil ». Plus profondément Jésus nous invite à nous poser la question suivante : qu’est-ce qui, dans ma vie, m’entraîne au péché ? La deuxième lecture peut nous fournir certaines indications comme l’amour des richesses, du plaisir et du luxe, ainsi que l’indifférence au sort de notre prochain. Pour conclure nous pourrions méditer la formule concise que nous trouvons dans la première lettre de saint Jean :

Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passe, et sa convoitise avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours.


dimanche 16 septembre 2018

24ème dimanche du temps ordinaire / B



16/09/18

Marc 8, 27-35

Jésus choisit un moment bien particulier pour annoncer à ses disciples son propre destin : l’accomplissement de son mystère pascal à Jérusalem où il devra beaucoup souffrir de la part de l’élite religieuse du peuple pour être finalement condamné à mort. Il fait cette annonce scandaleuse immédiatement après la profession de foi de Pierre qui reconnaît en lui le Messie. C’est cette réalité du Messie souffrant que Pierre rejette. Celui qui vient de reconnaître en Jésus le Messie se voit traité de Satan, car ses pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. La scène évangélique de ce dimanche présente donc un paradoxe. D’un côté Pierre proclame la vraie foi, et de l’autre il est incapable d’accepter que son Maître puisse souffrir et être tué. Ce paradoxe rejoint le cœur de notre expérience chrétienne. Nous pouvons confesser la foi catholique en ce qui concerne la personne de Jésus et y adhérer, tout en ayant des difficultés à incarner cette foi dans notre vie. Nous pouvons communier au Christ mort et ressuscité pour nous, et ne pas accepter pour nous-mêmes le mystère de la croix. D’où l’enseignement par lequel se termine notre Evangile : la nécessité pour tout disciple d’accepter dans sa vie le scandale de la croix. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.

Que signifie donc prendre sa croix à la suite du Seigneur ? Nous ne sommes pas tous appelés à être martyrs, mais tous nous avons à prendre cette croix de Jésus, en sachant que son joug est facile à porter et son fardeau léger dans la mesure où nous recevons sa grâce et son amour. Comme souvent il est très utile de faire appel à d’autres passages bibliques pour mieux saisir ce que signifie prendre sa croix. Tout d’abord un verset des Béatitudes : Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. La persécution fait partie de la vie du chrétien dans la mesure où le témoignage authentique qu’il donne dérange forcément. Quand nous nous engageons réellement au nom de notre foi pour la vérité, la justice et la paix, nous allons contre l’esprit du monde. Aller à contre-courant n’est jamais confortable et demande une grande force de caractère, une force qui ne peut venir que de la présence et de l’action de l’Esprit Saint en nous. Un passage de l’apôtre Paul aux Romains nous fait bien comprendre ce qu’est la justice chrétienne : Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. Notre foi est en effet une force de contestation par rapport à un monde qui promeut souvent de fausses valeurs et qui s’engage dans bien des impasses tout en se proclamant « civilisé ». S’engager pour la paix, pour la justice sociale, le partage des biens et la solidarité, la sobriété évangélique, l’écologie, la vérité et l’honnêteté, implique de souffrir à la suite de Jésus sans avoir peur du jugement des autres. Ceux qui s’engagent sur ce chemin peuvent même être exclus et connaître la solitude de ceux qui semblent prêcher dans le désert. Mais le chrétien persécuté pour la justice n’est jamais seul, puisqu’il vit de l’intérieur une profonde communion avec le Messie souffrant, lui aussi rejeté à cause de la justice du Royaume des cieux. Le Concile Vatican II, dans la constitution sur l’Eglise dans le monde ce temps, nous livre un commentaire particulièrement beau des paroles de Jésus nous invitant à le suivre sur son chemin de souffrance, de mort et de résurrection :

En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, Jésus nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui poursuivent la justice et la paix. Constitué Seigneur par sa résurrection, le Christ à qui tout pouvoir a été donné, au ciel et sur la terre agit désormais dans le cœur des hommes par la puissance de son Esprit ; il anime aussi, purifie et fortifie ces aspirations généreuses qui poussent la famille humaine à améliorer ses conditions de vie et à soumettre à cette fin la terre entière. […] De tous il fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres pour la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu (n°38).

dimanche 9 septembre 2018

23ème dimanche du temps ordinaire / B



9/09/18

Marc 7, 31-37

L’Evangile de ce dimanche nous rapporte la guérison d’un sourd-muet. Comme souvent saint Marc nous donne beaucoup de détails. Dès les commencements du christianisme, cette guérison a été interprétée de manière spirituelle, si bien que nous en avons toujours une trace dans le rite de l’Effata lors du sacrement de baptême. Le geste autrefois accompli par Jésus a donc été compris comme l’annonce de ce que le baptême réalise pour celui qui croit en Jésus Sauveur : il devient capable d’écouter la Parole de Dieu et de la transmettre. Nous retrouvons une partie de ce symbolisme lorsque nous traçons une croix sur nos lèvres avant d’écouter l’Evangile. Mais revenons au sens premier de notre Evangile et regardons comment les détails donnés par l’évangéliste peuvent enrichir notre compréhension de cet événement. Tout d’abord l’action se situe en Décapole, donc en dehors des frontières d’Israël. Ce sourd-muet est certainement un païen. Par son geste de guérison, Jésus signifie que le don de la foi sera offert à tous les hommes. Le Seigneur réalise son geste à l’écart, loin de la foule, et il recommande de n’en rien dire à personne. Ce geste de bonté à l’égard d’un homme coupé de la société à cause de son handicap est fait gratuitement, sans arrière-pensée. Jésus ne recherche ni le succès ni la publicité en guérissant les malades. Il veut simplement leur témoigner son amour et surtout il veut donner un signe de la guérison pour laquelle il est venu, la guérison spirituelle qui permet à l’homme blessé par le péché de recevoir un cœur et un esprit nouveau. Le sourd-muet ne vient pas de lui-même vers le Seigneur, il lui est présenté par des personnes dont nous ignorons l’identité et qui le prient de poser la main sur lui. Ceux qui amènent le sourd-muet à Jésus attendent donc de lui un geste précis, celui de l’imposition des mains, par lequel on demandait à Dieu la guérison. Ce geste est toujours celui du sacrement des malades. Mais Jésus ne va pas utiliser ce geste traditionnel. Il met ses doigts dans les oreilles du sourd et applique sa salive sur sa langue. Et surtout il prie en disant : Ouvre-toi ! Les deux gestes très concrets du Seigneur, que nous serions tentés de regarder de travers au nom de l’hygiène, nous enseignent une profonde vérité sur ce que sont les sacrements de l’Eglise. Le mystère de l’Incarnation, la Parole de Dieu faite chair en la personne de Jésus de Nazareth, n’élimine jamais le corps, et ne sépare jamais le corps de l’esprit. Dans quasiment tous les sacrements nous retrouvons cet aspect concret de l’action de Dieu en notre faveur. Et si les sacrements ont d’abord pour but la guérison spirituelle et notre sanctification, ils s’adressent toujours à notre être charnel. Cela se vérifie au plus haut point dans la communion eucharistique qui est une manducation mais aussi dans les différentes onctions d’huile.  Finalement ce miracle de guérison nous enseigne la fonction de la liturgie et des sacrements, signes sensibles de la grâce divine. Nous ne sommes pas seulement des êtres doués de raison et d’intelligence, nous sommes aussi des êtres inséparables de la dimension corporelle. D’où l’importance pour nous de la beauté de la liturgie que nous célébrons. Car Dieu ne nous parle pas seulement par des lectures et des sermons, mais il s’adresse à tous nos sens par la beauté de l’espace liturgique, de la musique, des chants, des fleurs, par l’odeur de l’encens, la lumière des cierges etc. C’est aussi et peut-être d’abord par nos sens que nous vivons la liturgie comme le lieu où la Sainte Trinité nous guérit et nous transforme en nous faisant communier au mystère de mort et de résurrection du Sauveur. Nous comprenons ainsi davantage le souhait de saint Paul pour les chrétiens de Thessalonique : 

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ.

samedi 14 juillet 2018

15ème dimanche du temps ordinaire / B



15/07/18

Marc 6, 7-13

Après l’échec de sa première prédication dans la synagogue de Nazareth, Jésus envoie pour la première fois les douze apôtres en mission. Saint Marc donne moins de détails que saint Matthieu. Aussi sera-t-il utile de se référer parfois à la version de Matthieu afin de mieux comprendre le sens des consignes missionnaires que le Seigneur donne à ses apôtres.

Le premier élément significatif consiste dans le fait que les apôtres sont envoyés deux par deux dans les villages de Galilée. La mission d’annoncer l’Evangile est inséparable de l’appartenance à la communauté de l’Eglise. Elle se reçoit du Christ et se partage avec d’autres. Le message porté par un apôtre dépasse toujours son témoignage personnel pour rejoindre celui de l’Eglise tout entière. Même s’il peut arriver qu’un apôtre évangélise seul pendant un temps, ce fut le cas de Paul juste après sa conversion lorsqu’il partit pour l’Arabie, cette mission demeure toujours celle de l’Eglise du Christ. Par le baptême et par la foi, nous devenons les membres du Corps du Christ, ce qui signifie que nous ne sommes jamais chrétiens seuls, isolés du reste de l’Eglise. En outre le but de l’évangélisation est bien d’amener un homme ou une femme à la conversion, à la foi en Jésus Sauveur, et inséparablement à la vie chrétienne dans la communion de l’Eglise. Chaque fois que nous participons à la messe du dimanche, nous le faisons avec nos frères et sœurs dans la foi. La messe implique un rassemblement des croyants pour faire mémoire du mystère du Christ mort et ressuscité et pour vivre la communion de l’Eglise avant de vivre la communion avec Jésus.

Le deuxième élément significatif se trouve dans le style de vie simple des missionnaires. Jésus leur demande de partir deux par deux sur les routes sans rien emporter avec eux, légers. Ce dépouillement des missionnaires trouve sa motivation en saint Matthieu : pensez que l’ouvrier a droit à sa nourriture. Les apôtres auront à lutter contre les esprits mauvais. Une image peut éventuellement nous aider à comprendre cette exigence de dépouillement. Si un soldat est trop lourdement équipé, il sera moins rapide et moins agile sur le champ de bataille. Souvenons-nous de l’exemple de David affrontant Goliath. Le bagage le plus important des apôtres, c’est le pouvoir que Jésus leur donne sur les puissances du mal.

Enfin un troisième élément de la mission apostolique consiste à respecter la liberté de conscience de ceux auxquels le message est annoncé. Face au refus d’accueillir les missionnaires et d’écouter l’Evangile, le geste symbolique consistant à secouer la poussière de ses pieds signifie le respect de la liberté d’autrui. L’Evangile se propose, jamais il ne peut s’imposer par la force. La foi est en effet toujours un acte libre.

Marc ne nous dit rien du contenu de la première prédication des apôtres. D’où l’utilité de se référer à Matthieu : En entrant dans la maison, saluez ceux qui l’habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne vers vous.

L’Evangile est donc un message de paix pour tous, il est le don de la paix même de Dieu à notre humanité. Une paix que ne peuvent recevoir que ceux qui s’ouvrent pleinement à l’action de l’Esprit Saint. Dès l’aube du mystère de l’incarnation, c’est le don de cette paix que les anges ont chanté dans la nuit de Noël, l’Eglise reprenant dans sa liturgie leur message par le chant du Gloria : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime.

dimanche 8 juillet 2018

14ème dimanche du temps ordinaire / B



8/07/18

Marc 6, 1-6

Après son baptême et les commencements de sa mission en Galilée, Jésus revient dans sa ville, Nazareth, pour y enseigner dans la synagogue le jour du sabbat. Il attire les foules mais c’est l’échec. Saint Marc nous décrit comment les auditeurs de Jésus passent de l’étonnement au scandale : frappés d’étonnement… profondément choqués à cause de lui. L’Evangile de ce dimanche nous parle de l’identité de Jésus, question centrale dans les Evangiles et pour la foi chrétienne. Il aura bien fallu 4 siècles de prière, de méditation, de réflexion théologique et de disputes pour que les premiers chrétiens parviennent à un accord doctrinal sur cette question… alors il n’est pas étonnant que Jésus ait suscité l’incompréhension parmi ses compatriotes. D’ailleurs cette incompréhension avait été annoncée par Syméon à Marie lors de l’épisode de la présentation au temple : Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction. Ce sur quoi butent les auditeurs dans la synagogue, c’est tout simplement le mystère inouï de l’incarnation : cet homme qui leur parle est vrai Dieu et vrai homme. Il est bien plus qu’un génial rabbin ou un grand prophète. Dans l’esprit des habitants de Nazareth, il y a une contradiction entre d’une part ce qu’ils connaissent humainement de Jésus et d’autre part sa sagesse et ces miracles : d’où cela lui vient-il ? Voilà la question à laquelle ils ne peuvent trouver de réponse satisfaisante. Pour eux il est tout simplement scandaleux que le charpentier de leur village, sans avoir fait d’études religieuses, puisse enseigner avec une telle autorité et une sagesse si grande et qu’en plus il ait ce pouvoir d’accomplir tant de miracles… Leur incompréhension les conduit logiquement au manque de foi. Ne serait-il pas un imposteur, un faux prophète ? Cet incident de la synagogue de Nazareth annonce déjà la grande incompréhension qui sera celle des derniers jours de Jésus à Jérusalem, entre l’entrée triomphale du jour des Rameaux et la condamnation à la mort de la croix le vendredi saint. La foule de Nazareth vit en un instant ce que les foules de Jérusalem vivront tout au long de la semaine sainte : passage de l’étonnement au scandale, de la gloire messianique à l’abandon du vendredi saint. La version que saint Luc donne de la première prédication de Jésus dans la synagogue de Nazareth confirme ce parallèle avec les jours de la Passion, car les habitants de Nazareth ne sont pas seulement scandalisés mais violents et remplis de colère au point de vouloir tuer Jésus ! À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas.

Cette page évangélique nous montre toute la différence qui existe entre une perception simplement humaine de la personne de Jésus et une compréhension spirituelle de son identité. Sans la lumière de la foi, sans le secours du Saint Esprit, Jésus demeure incompréhensible. Saint Paul souligne l’importance de cette connaissance spirituelle dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Il n’est donc pas étonnant que certains, ayant seulement une connaissance humaine du Christ, aient pu percevoir en lui un imposteur ou encore un grand prophète… sans jamais parvenir au centre du mystère : il est le Fils bien-aimé du Père. Nouvel Adam, il est l’image du Dieu invisible. Par le mystère de l’incarnation, Dieu vient accomplir et porter à sa perfection ce qu’il avait commencé avec l’acte créateur en nous accordant gracieusement le pardon de nos péchés et la réconciliation. L’homme et la femme avaient été créés à l’image de Dieu et selon sa ressemblance, mais seul le Christ, parce qu’il est vraiment Dieu et vraiment homme, est l’image parfaite de son Père. Du point de vue de la sainteté de Dieu, il n’existe aucune contradiction entre l’humble condition du charpentier de Nazareth et la gloire de la divinité. Bien au contraire, c’est toujours par l’humilité et la simplicité que Dieu se manifeste le plus pleinement et de la manière la plus parfaite.

dimanche 1 juillet 2018

13ème dimanche du temps ordinaire / B



1/07/18

Marc 5, 21-43

La page évangélique de ce dimanche a été écrite par saint Marc dans un style particulièrement vivant. En témoigne, par exemple, cette annotation : la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait. Jésus n’accomplissait pas sa mission en suivant un planning détaillé dans lequel toutes ses activités étaient prévues à l’avance… Bien sûr il savait quelle était sa mission et où elle le conduirait. Certains choix, comme l’appel des Douze, étaient préparés dans la prière et murement réfléchis. Mais la plupart du temps Jésus se contentait de vivre simplement au milieu des gens en se laissant guider par leurs interrogations pour délivrer un enseignement ou par leurs prières pour accomplir un miracle. C’est justement cette impression de naturel qui domine la page évangélique de cette liturgie. Rien n’est planifié à l’avance. C’est dans la rencontre avec les hommes que Jésus manifeste sa puissance de Sauveur. Ici il guérit, à son insu, une femme malade depuis longtemps et il redonne la vie à une jeune fille. Les deux miracles s’entrecroisent. Comme toujours dans les Evangiles, Jésus associe le miracle à la foi de ceux qui en bénéficient. A la femme qui lui vole en quelque sorte sa propre guérison, il déclare avec affection : ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. Au chef de la synagogue, désespéré par la mort de sa fille, il n’hésite pas à dire : ne crains pas, crois seulement. Dans la mission de Jésus, ces miracles ne sont jamais un but en soi, encore moins des moyens faciles d’obtenir la popularité et le succès auprès des foules : il leur recommanda avec insistance que personne ne le sache. Jésus n’utilise jamais son pouvoir divin pour se faire de la publicité. Il agit d’abord mu par la compassion et l’amour envers les personnes qui souffrent dans leur corps à cause de la maladie ou dans leur âme comme ce père qui a perdu sa fille de douze ans. Jésus n’est pas un politicien qui se ferait une propagande facile afin de dominer les foules. Sa charité est authentique parce que désintéressée, sans aucune arrière-pensée. Dans son esprit, ces miracles sont des signes du Royaume de Dieu, ils annoncent son propre mystère de mort et de résurrection par lequel nous avons accès avec toute la création à la vie éternelle. Il est intéressant de relever que le Seigneur n’a pas guéri tous les malades ni redonné la vie à tous les morts. Là n’était pas le but de sa mission au milieu de nous. Mais dans certains cas il manifeste sa puissance de Sauveur pour faire naître et grandir dans le cœur des hommes la foi et l’espérance. Le vocabulaire employé dans les Evangiles est de ce point de vue significatif, il ne parle pas tant de guérison que du fait d’être sauvé : viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive / Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. La guérison des corps est donc toujours à comprendre comme une manifestation de la guérison spirituelle. Le vocabulaire utilisé par Jésus pour parler de la petite fille qui vient de mourir a aussi son importance : l’enfant n’est pas morte, elle dort. Saint Paul reprendra cette manière de parler pour l’appliquer aux défunts : ceux qui dorment, ceux qui se sont endormis. Dans leurs intercessions pour les défunts, les prières eucharistiques I et II reprennent aussi ce vocabulaire : souviens–toi aussi de nos frères qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection.

A travers cette page évangélique saint Marc nous rappelle donc le cœur de notre foi chrétienne : si, par le baptême et par la foi, nous sommes en communion avec Jésus mort et ressuscité pour nous, alors nous sommes sauvés, nous sommes déjà vainqueurs de la mort et appelés à entrer dans la vie du Royaume, la vie éternelle.