dimanche 8 mai 2016

Septième dimanche de Pâques / C


Jean 17, 20-26

8/05/16

En ce dernier dimanche de Pâques avant la Pentecôte, nous venons d’entendre une partie de la prière de Jésus pour l’unité de ses disciples. Ce dimanche est bien le dimanche de l’unité des chrétiens, même si dans notre année liturgique nous sommes invités à prier à cette intention au mois de janvier.

Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Que leur unité soit parfaite.

Dans sa dernière prière avant sa Passion et sa mort, Jésus demande donc au Père la grâce de l’unité pour ses disciples. Une unité aussi forte et profonde que celle qui unit le Fils au Père ! Dans la sainte Trinité, c’est l’Esprit Saint, Esprit d’amour, qui est le lien de communion entre le Père et le Fils. L’unité que Jésus demande pour nous est donc parfaite et elle se réalise dans l’amour de charité. C’est une unité essentiellement spirituelle. Or quand nous pensons à l’unité des chrétiens, notre premier réflexe est peut-être de constater la division des chrétiens en de nombreuses Eglises et communautés. Il ne faut pourtant pas confondre l’unité juridique, celle par exemple qui unit tous les catholiques entre eux, et l’unité spirituelle. Il existe une unité visible, extérieure, et une autre invisible, intérieure. Les deux types d’unité ne s’opposent pas, mais doivent être distingués. Au niveau spirituel, qui est celui de la sainteté, de la communion avec Dieu, tel catholique peut être uni à tel protestant, alors qu’il sera éloigné d’un autre catholique, pourtant membre de la même Eglise. L’unité pour laquelle Jésus prie est bien celle de la sainteté et de l’amour de charité. Or cette sainteté et cet amour sont présents dans toutes les Eglises et les communautés chrétiennes. C’est dans la mesure où les catholiques, les orthodoxes et les protestants ont le désir de grandir dans la communion avec Dieu et dans la fidélité à l’Evangile du Christ qu’ils progresseront vers l’unité voulue par Jésus, même s’ils n’ont pas exactement la même profession de foi (les uns reconnaissant par exemple 7 sacrements, les autres seulement 2). Et cela est aussi valable à l’intérieur de l’Eglise catholique et pour une communauté chrétienne comme la nôtre.

Dans la société civile, il existe aussi bien des manières d’obtenir l’unité d’un groupe ou d’un peuple. Un dictateur l’obtiendra par la contrainte et la peur, et dans ce cas il s’agit bien sûr d’une unité très fragile et superficielle, d’une unité de façade. Dans l’armée cette unité s’obtient par le principe de l’obéissance absolue aux ordres donnés par l’autorité militaire etc. Il est évident que l’unité voulue par Jésus n’a rien à voir avec ces caricatures. Encore une fois, elle est d’ordre spirituel et suppose donc la liberté des disciples et le respect des consciences. C’est l’Esprit Saint qui est le lien d’amour entre le Père et le Fils, c’est aussi par l’Esprit Saint que se réalise l’unité des disciples et de l’Eglise. Un détail du récit de la Pentecôte me semble particulièrement significatif à cet égard : Ils virent comme un feu qui se divisait, et sur chacun d’eux se posait une des langues de ce feu. Le feu représente ici l’Esprit Saint. Nous voyons comment le don de l’Esprit est fait en même temps à la première communauté chrétienne et à chacun de ses membres, de manière personnelle. Vivre de l’unité dans le Corps du Christ, ce n’est donc pas renoncer à ce qui fait de nous des personnes uniques. Au contraire le don de l’Esprit nous est fait de manière personnelle pour mettre en valeur nos dons et nos charismes au service de tous et pour le bien de l’Eglise et de la société. Pour le dire autrement, l’unité donnée par l’Esprit intègre nos différences. C’est une unité qui suscite la liberté chrétienne. Si c’est en priant que le Seigneur demande la grâce de cette unité spirituelle pour chacun d’entre nous, nous comprenons alors que la voie royale pour recevoir ce don de l’unité, c’est de développer dans nos vies une spiritualité forte et profonde. Le meilleur moyen de répondre au désir du Christ pour nous, c’est d’être des hommes et des femmes de prière, des hommes et des femmes qui prennent toujours davantage conscience de la grandeur et de la nécessité de la communion eucharistique. Notre unité grandira dans la mesure où nous nous laisserons toucher de manière personnelle par les paroles de Jésus à la Samaritaine :

L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. 

jeudi 5 mai 2016

Ascension du Seigneur / C


Luc 24, 46-53

5/05/16

Nous devons à saint Luc deux livres du Nouveau Testament : l’Evangile qui porte son nom et le livre des Actes des Apôtres. Dans ces deux livres, saint Luc nous parle du mystère de l’Ascension du Seigneur. Cela correspond à la première lecture et à l’Evangile de cette liturgie. Dans un premier temps regardons les mots humains par lesquels Luc tente de rendre compte de ce mystère. Nous lisons dans l’Evangile : Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Quant à la première lecture, elle se place du côté des apôtres : Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. L’Ascension du Seigneur ne peut se comprendre qu’en relation avec sa résurrection à Pâques et le don de l’Esprit à Pentecôte. Les paroles utilisées par Luc veulent signifier deux réalités. La première, c’est que Jésus dans son humanité glorifiée passe en quelque sorte dans une autre dimension. Il ne perd pas son humanité mais il entre dans le Ciel, symbole biblique de ce qui est le propre de Dieu. Le ciel, immense et situé au-dessus de nous, représente en effet la transcendance de Dieu, sa différence radicale d’avec les créatures qui se trouvent sur cette terre. Jésus, dans son corps de ressuscité, appartient pleinement à Dieu, et il ne pouvait pas rester plus longtemps sur cette terre. S’il est resté parmi les hommes pendant 40 jours, se manifestant seulement à certains d’entre eux, c’était pour confirmer leur foi et les envoyer en mission. Souvenons-nous de ce qu’il dit à Marie Madeleine, pour bien marquer la nouveauté de son état de ressuscité : Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Après sa résurrection, la place de Jésus n’est plus sur cette terre, elle est dans le Royaume de Dieu. La seconde réalité n’est qu’une conséquence de la première. Si avec l’Ascension, le Seigneur devait quitter cette terre pour aller vers le Ciel, alors il disparaît à nos yeux. L’Ascension marque une séparation entre Lui et nous. Mais nous savons qu’il ne nous abandonne pas pour autant : il nous donne l’Esprit Saint par lequel nous pouvons reconnaître sa présence et son action au milieu de nous, il nous donne aussi le sacrement de l’eucharistie, sacrement de sa présence pour nous. La deuxième lecture nous montre comment le Christ monte au Ciel le premier pour nous ouvrir le chemin du Royaume : C’est avec pleine assurance que nous pouvons entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus : nous avons là une voie nouvelle et vivante qu’il a inaugurée en pénétrant au-delà du rideau du sanctuaire, c’est-à-dire de sa condition humaine. Remarquons comment les apôtres ne sont pas attristés par cette séparation au jour de l’Ascension. Au contraire ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.


L’Ascension nous invite à comprendre le fait suivant, paradoxal à nos yeux : Jésus est beaucoup plus proche de nous après son Ascension qu’avant. Avant, sa présence parmi les hommes était limitée dans le temps et dans l’espace. Depuis Pâques et surtout depuis l’Ascension, son humanité glorifiée, son corps transfiguré, lui permettent une présence universelle. La séparation d’avec lui est donc d’ordre physique mais elle permet, paradoxalement, une communion spirituelle beaucoup plus forte avec le Ressuscité. Communion qui atteint l’un de ses sommets dans le sacrement de l’eucharistie. C’est dans la lumière de l’Ascension que nous pouvons comprendre une parole prononcée par Jésus avant sa mort et sa résurrection : Le Règne de Dieu est au milieu de vous. Ce qui signifie que nous n’avons pas à chercher Dieu en dehors de ce qui constitue le plus intime de notre personne humaine. Depuis l’Ascension, Jésus est devenu intérieur à chacun de ses disciples, nous n’avons pas à le chercher dans les nuées du ciel. C’est en descendant au plus intime de notre cœur et de notre conscience que nous nous élèverons avec le Christ à la droite du Père. Le pape Grégoire le grand avait parfaitement saisi ce mystère lorsqu’il affirmait que le Ciel, c’est l’âme du juste.

dimanche 24 avril 2016

Cinquième dimanche de Pâques / C


Jean 13, 31-35

24/04/16

Cet Evangile du temps pascal nous fait entendre les dernières paroles de Jésus, la veille de sa mort : Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Le jeudi 5 mai nous célébrerons l’Ascension du Seigneur. En cette dernière partie du temps pascal, ces paroles de Jésus peuvent aussi se comprendre comme des paroles d’adieu avant l’Ascension. Car les disciples ont dû vivre deux séparations : la première sur le Golgotha, lorsque Jésus meurt en croix ; la seconde, lorsque Jésus ressuscité les quitte pour rejoindre son Père et s’asseoir à sa droite, dans la gloire.
Le testament spirituel du Seigneur est centré sur le don du commandement nouveau, celui de l’amour fraternel. Or nous savons que ce commandement se trouvait déjà dans l’Ancien Testament. Alors pourquoi Jésus le qualifie-t-il de « nouveau » ? Tout simplement parce que ses disciples doivent aimer les hommes comme lui-même les a aimés. Ce qui est nouveau, c’est l’intensité et l’universalité de cet amour. Un amour tellement puissant et universel qu’il va jusqu’à l’exigence d’aimer ses ennemis. Beaucoup de textes du Nouveau Testament nous permettent de mieux comprendre la nature de cet amour fraternel. Tout d’abord nous pouvons penser à la règle d’or qui se trouve aussi dans d’autres traditions religieuses ou de sagesse humaine. Cette règle d’or répond à la question que nous pourrions nous poser. Qu’est que cela signifie « aimer son prochain » ?

Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes.

Il ne s’agit donc pas seulement d’éviter de faire du mal au prochain. La règle d’or est formulée positivement : il s’agit de vouloir son bien. Les chapitres 12 et 13 de la lettre aux Romains sont un merveilleux commentaire du commandement nouveau et de la règle d’or. Paul y reprend bien sûr l’enseignement de Jésus. Pour lui comme pour Jésus, cette règle résume l’essence de toute la révélation divine :

N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour.

Je terminerai en citant longuement l’apôtre Paul qui, dans son exhortation aux Romains, nous donne des moyens concrets d’aimer comme Jésus lui-même nous a d’abord aimés :


Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, pratiquez l’hospitalité avec empressement. Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez-leur du bien, et non pas du mal. Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord les uns avec les autres ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous fiez pas à votre propre jugement. Ne rendez à personne le mal pour le mal, appliquez-vous à bien agir aux yeux de tous les hommes. Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. Bien-aimés, ne vous faites pas justice vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu. Car l’Écriture dit : C’est à moi de faire justice, c’est moi qui rendrai à chacun ce qui lui revient, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire : en agissant ainsi, tu entasseras sur sa tête des charbons ardents. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien.

dimanche 10 avril 2016

Troisième dimanche de Pâques / C


10/04/16

Jean 21, 1-19

C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples. Cette précision de saint Jean me semble importante pour bien comprendre la portée de l’Evangile que nous venons d’entendre. Nous sommes en Galilée, au bord du lac de Tibériade. De la même manière que les deux disciples quittaient Jérusalem pour se rendre à Emmaüs, les disciples ont quitté Jérusalem pour retourner dans leur région d’origine, la Galilée. Malgré la double manifestation du Seigneur à Jérusalem, ils semblent avoir repris le cours ordinaire de leur existence de pécheurs. Jésus ressuscité leur avait pourtant donné sa paix, son Esprit et une mission : Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Nous nous souvenons qu’il avait fait d’eux des pécheurs d’hommes. Et voilà que Pierre, le chef des apôtres, leur dit : Je m’en vais à la pêche, comme s’il avait oublié sa vocation. Cette scène est troublante. Certes, elle nous rappelle ce qui s’est passé avant Pâques, au commencement, lorsque Jésus appelle les quatre pécheurs, au bord du même lac, à tout quitter pour en faire ses disciples. Mais il semble bien que ces hommes agissent comme si Jésus ne les avait pas invités à tout quitter pour le suivre, comme s’il n’était pas ressuscité, comme s’ils ne l’avaient pas vu vivant à Jérusalem après l’épreuve de la Passion et de la Croix. Et même Thomas se trouve parmi eux, lui qui a eu le privilège d’une visite de Jésus qui lui était particulièrement destinée, lui qui, après avoir douté de la résurrection, a fini par s’écrier : Mon Seigneur et mon Dieu ! Il semblerait bien que la foi de ces hommes ne soit pas encore solide et forte. Et le reproche que Jésus adressait aux disciples d’Emmaüs pourrait être adapté à leur situation : Hommes sans intelligence, cœurs lents à croire ! Mais voilà que leur retour à leur métier de pécheurs est un échec : ils passèrent la nuit sans rien prendre. Et c’est sur cet échec que le Ressuscité va s’appuyer pour leur rappeler leur mission, mais sans leur faire aucun reproche. C’est la deuxième partie de ce tableau évangélique située au lever du jour. Jésus ne se fait pas immédiatement reconnaître d’eux. Il leur pose simplement une question remplie d’affection : les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? Il leur parle le seul langage capable de toucher leur cœur, celui de leur métier. Ils sont entièrement occupés à prendre des poissons, Jésus leur parle donc de poisson. Il renouvelle pour eux le signe de la pêche miraculeuse. Jean, comme toujours, est le premier à comprendre le signe, et donc à reconnaître en cet homme, au bord du lac, Jésus. Pendant que ses disciples pêchent, le Seigneur leur prépare un repas et les invite à le partager : Venez déjeuner ! Ce pique-nique au bord du lac nous touche par sa simplicité. Ici pas d’enseignement, ni d’envoi en mission, pas de grande révélation. Jésus offre à ces hommes sa présence et son amitié à travers un simple repas. Et cela suffit pour ouvrir les yeux de leur cœur : ils savaient que c’était le Seigneur.


De cette attitude du Ressuscité à l’égard des disciples, nous pouvons retenir quelques enseignements valables pour nous : tout d’abord la patience du Seigneur à notre égard, sa charité qui le pousse à s’adapter à nos lenteurs et à notre manque de foi, mais surtout le don toujours fidèle de sa présence et de son amitié. Dimanche dernier, nous avons vu que l’un des grands dons du Ressuscité était la paix spirituelle. Aujourd’hui nous ne faisons qu’approfondir la signification de cette paix. Elle est en effet inséparable de la présence et de l’amitié du Ressuscité pour nous, quelle que soit notre situation. Elle est la conséquence de la miséricorde du Seigneur. Il ne nous fait pas de reproches, mais, en partageant notre vie, il nous invite avec douceur, nous attirant ainsi à Lui. Dans la communion eucharistique nous vivons de manière privilégiée cette union au Christ Ressuscité, nous sommes saisis et comme emportés par la réalité de sa présence et la force de son amitié.

dimanche 3 avril 2016

Deuxième dimanche de Pâques / C

3/04/16

Jean 20, 19-31

Si l’Eglise a choisi cette page d’Evangile pour le dimanche dans l’octave de Pâques, c’est parce que saint Jean nous rapporte deux manifestations du Ressuscité à ses disciples : la première le soir de Pâques, et la seconde, huit jours plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, plus particulièrement destinée à Thomas. Dans ces deux manifestations de Jésus vivant à ses disciples, un refrain revient : La paix soit avec vous ! Jésus les salue à trois reprises de cette manière. Et c’est cette salutation qui est réservée à l’évêque au début de la célébration eucharistique alors que le prêtre dit le plus souvent : Le Seigneur soit avec vous ! Même si la salutation du Ressuscité est réservée à l’évêque dans la liturgie pour bien montrer son importance, la troisième formule de salutation que le prêtre peut utiliser mentionne, elle aussi, le don de la paix : Que Dieu notre Père et Jésus Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix. Il ne fait aucun doute que la paix est avec la joie le don le plus précieux du Ressuscité à son Eglise. La paix du Christ est le fruit de sa Pâques et, comme saint Paul le souligne, elle est aussi le fruit de l’Esprit Saint. Elle est donc une caractéristique essentielle de la vie de chaque chrétien et de la vie de l’Eglise en tant que communauté des disciples du Christ. La paix spirituelle, avec la joie et l’amour de charité, fait partie du témoignage que chaque chrétien doit rendre au Christ Ressuscité parmi les hommes de son temps. Il est significatif que la préparation immédiate à la communion insiste sur ce don de la paix. Dans la prière qui développe le Notre Père, le célébrant demande à Dieu de donner la paix à notre temps. Ensuite il rappelle les paroles de Jésus : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Enfin les fidèles sont invités à se donner le signe de la paix avant de recevoir Jésus vivant en communion.

Spontanément lorsque nous pensons à la paix, nous pensons à l’absence de guerres entre les nations. Mais la paix que le Christ nous donne, celle qu’il désire pour nous, est universelle. Elle ne concerne pas seulement les rapports entre les peuples, mais toutes les relations interpersonnelles à commencer par la société, la famille, le travail et la communauté chrétienne locale. La qualité humaine des relations que nous avons entre nous est un test pour savoir si, oui ou non, nous vivons de cette paix du Christ. Si l’histoire de l’humanité a été sans cesse marquée par d’horribles et d’atroces guerres entre les hommes, force est de constater qu’il nous est difficile de vivre en paix entre nous. Tout simplement parce que nous portons l’héritage du péché originel et que nous sommes pécheurs. Mais le baptême, tous les sacrements et la grâce du Christ ne nous permettent pas de nous résigner à la fatalité en nous disant qu’il faut « faire avec ». En donnant sa paix aux disciples, Jésus leur donne aussi son Esprit avec le pouvoir de pardonner les péchés. Le chrétien est un homme nouveau, une créature nouvelle, et à ce titre sa personne (ses pensées, ses paroles et ses actions) doit être exemplaire. Le comportement du chrétien dans le monde annonce en effet le Royaume de Dieu. L’une des Béatitudes proclame : Heureux ceux qui sèment la paix, ils seront appelés enfants de Dieu. Sans Jésus nous ne pouvons rien faire, d’où la nécessité d’une profonde vie de prière et de la grâce des sacrements pour devenir toujours davantage des artisans de paix là où nous sommes. Laissons-nous toucher en ce dimanche de la divine miséricorde par l’appel de l’apôtre Paul pour lequel le chrétien vit de manière surnaturelle, c’est-à-dire selon la grâce et dans l’Esprit Saint :

Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.


dimanche 27 mars 2016

PÂQUES 2016



Avec la solennité de Pâques commence une semaine unique dans la liturgie de l’Eglise, semaine au cours de laquelle c’est Pâques chaque jour, semaine de l’octave de Pâques qui se terminera dimanche prochain avec la célébration de la divine miséricorde. Au cours de l’octave pascal, l’Eglise propose chaque jour à notre méditation un Evangile de Pâques. Nous sommes ainsi invités à revivre l’expérience qui fut celle des saintes femmes, des apôtres et des disciples d’Emmaüs. En ce dimanche de Pâques, l’Eglise n’a pas choisi un Evangile nous rapportant une manifestation de Jésus vivant à ses disciples. Le dimanche de Pâques est en effet tout entier consacré à la découverte du tombeau vide et des linges funéraires. C’est la première étape, c’est l’expérience fondamentale qui conduira les femmes comme les apôtres à la foi en Jésus ressuscité. Dans la version de saint Jean que nous venons d’écouter, il ne nous est pas dit pourquoi Marie Madeleine se rend au tombeau de Jésus de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Regardons dans un premier temps ce que les autres Evangiles nous disent de cette visite matinale au tombeau. Chez Matthieu Marie Madeleine n’est pas seule, elle est accompagnée d’une autre femme nommée elle aussi Marie. On nous dit simplement qu’elle était allée visiter la tombe. Marc quant à lui ajoute une troisième femme, Salomé, et nous indique clairement le but de cette marche : embaumer le corps de Jésus. Luc confirme cette version des faits en nous parlant des femmes qui, aux premières lueurs de l’aube, vont à la tombe emportant les aromates qu’elles ont préparés. En se rendant au tombeau le dimanche matin, les saintes femmes font donc un pèlerinage pour honorer celui qu’elles aiment et achever sa toilette funéraire, inachevée à cause du sabbat. C’est un pèlerinage conduisant à la tombe d’un mort, à la tombe de Jésus crucifié. Et là première surprise : la pierre a été enlevée du tombeau. Quelque chose d’imprévu s’est produit pendant la nuit. Même si cela ne nous est pas dit, Marie Madeleine, logiquement, a dû constater que le tombeau était vide, deuxième surprise, d’où son annonce aux apôtres : On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. Remarquez comment cette première annonce de Marie Madeleine aux apôtres ne contient pas la foi en la résurrection. Nous n’en sommes pas encore à cette étape. Elle se contente de rapporter ce qu’elle a vu et donne son interprétation : le corps de Jésus a été enlevé ou volé. C’est d’ailleurs cette interprétation que les chefs des prêtres donneront pour empêcher les Juifs de croire en la résurrection de Jésus. S’adressant aux gardes ils diront : Vous direz que ses disciples sont venus de nuit pendant que vous dormiez, et qu’ils ont fait disparaître son corps. Avant même que Jésus ne se montre vivant, Jean croit en la résurrection grâce à un autre signe, celui des linges funéraires laissés sur place selon une certaine disposition. Les premiers signes de la résurrection ne sont donc convaincants que pour Jean. Pierre comme Marie-Madeleine n’en sont pas encore à croire que Jésus est vivant. La foi en la résurrection de Jésus est centrale dans notre vie chrétienne. Tous les sacrements, en particulier les baptêmes de Kelel et d’Esther ainsi que l’eucharistie, seraient vidés de leur sens si le Christ n’était pas ressuscité. Ils ne seraient alors que des rites inutiles, inefficaces, incapables de nous communiquer la vie et l’amour du Christ vainqueur du mal et de la mort. En ressuscitant son Fils bien-aimé d’entre les morts, Dieu contredit les puissances politiques et religieuses de ce monde. Comme le dit le psaume, la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. La liturgie catholique, comme la liturgie juive, a une dimension cosmique. Elle unit à la célébration des mystères du salut la célébration de la création. Ainsi Pâques est une fête de Printemps. A la magnifique résurrection de la nature qui réjouit nos cœurs et nos yeux correspond la résurrection encore plus magnifique du Crucifié par amour pour nous. Si pour s’émerveiller en présence de la création sortie de l’hiver, il suffit d’avoir de bons yeux, pour s’émerveiller de la résurrection du Seigneur nous avons besoin des yeux de la foi, ceux de l’apôtre Jean qui, au-delà des signes, a vu la réalité. Que le Seigneur Jésus augmente notre foi en sa sainte résurrection pour nous permettre d’accueillir réellement les dons de Pâques : sa paix et sa joie !

lundi 21 mars 2016

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION / Année C


20/03/16

En cette année sainte de la miséricorde nous pouvons méditer plus particulièrement deux paroles de Jésus en croix dans le récit de la Passion tel que saint Luc nous le rapporte.

Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font.

Dans la Passion selon saint Luc, la première parole de Jésus crucifié est une parole de miséricorde. Lui, l’innocent condamné au supplice de la croix, lui qui souffre dans son âme et dans son corps, demande le pardon pour ses bourreaux et pour ceux qui, l’ayant rejeté, ont réclamé sa mort à Pilate. Cette grandeur d’âme est un signe de la divinité de Jésus. Au sein même du rejet et de la souffrance, il ne réclame pas à Dieu la vengeance comme autrefois le prophète Jérémie, mais il prie pour obtenir le pardon de ses bourreaux. Cette prière de miséricorde nous donne le pourquoi profond du mystère de la croix. Si Jésus accepte cette mort, c’est bien pour que nous recevions le pardon de nos péchés. Le premier martyr de l’Eglise chrétienne, le diacre Etienne, imitera cette attitude divine de son Maître en priant lui aussi en vue du pardon de ses bourreaux : Seigneur, ne leur compte pas ce péché. Mais l’amour miséricordieux de Jésus va encore plus loin. Il ne demande pas seulement au Père le pardon pour ses bourreaux, il les excuse : ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils me crucifient parce qu’ils ignorent la vérité, ils pensent que je suis un imposteur. Ils me considèrent comme un blasphémateur, un simple homme qui s’est fait l’égal de Dieu. L’apôtre Paul a parfaitement compris cette prière de Jésus en croix. Lui-même, en effet, a d’abord persécuté les chrétiens par ignorance. Il le dit clairement dans sa première lettre à Timothée : J’ai obtenu miséricorde, parce que j’avais agi par ignorance, n’ayant pas la foi.
Et dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul n’hésite pas à affirmer à propos des Juifs qui ont voulu la mort de Jésus : S’ils avaient connu la sagesse de Dieu, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. Quant à Pierre, lorsqu’il s’adresse au peuple peu de temps après la Pentecôte, il souligne lui aussi le pourquoi de cette condamnation à mort : Maintenant, frères, je sais que c’est par ignorance que vous avez agi, tout comme vos chefs. La bonté infinie du Seigneur en croix non seulement ne nous condamne pas, mais elle tient compte de nos limites et de nos faiblesses pour nous excuser auprès du Père.

Amen, je te le déclare, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.


C’est la deuxième parole de miséricorde de Jésus en croix en faveur d’un malfaiteur. Ce criminel nommé le bon larron est un homme droit qui reconnaît l’innocence de Jésus en même temps que sa propre culpabilité : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons, mais lui, il n’a rien fait de mal. D’un même mouvement il confesse son péché et la sainteté de Jésus. C’est l’attitude de tout chrétien qui s’approche de Jésus dans le sacrement du pardon. A cette attitude d’humilité, le malfaiteur ajoute une prière : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. Et voilà que le Seigneur exauce immédiatement cette prière : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Si dans la première parole Jésus demande au Père le pardon pour ses bourreaux, ici, il accorde lui-même son pardon au malfaiteur qui le supplie. Ces deux paroles nous révèlent la communion du Père et du Fils lorsqu’il s’agit d’œuvrer en vue de notre réconciliation et de notre conversion. Ces deux paroles nous rappellent notre faiblesse, mais aussi notre capacité à revenir vers Dieu par la foi et l’humilité. Au seuil de cette semaine sainte, demandons à l’Esprit du Père et du Fils une foi plus vive et une véritable humilité en présence du mystère de Pâques.