dimanche 5 avril 2015

Dimanche de Pâques


Pâques 2015

Dans la première lecture nous avons entendu comment Pierre, le chef des apôtres, résume la vie et la mission de Jésus pour le païen Corneille, centurion de l’armée romaine. « Ils l’ont fait mourir en le pendant au bois du supplice. Et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour ». Cet homme nommé Jésus de Nazareth, cet homme par lequel Dieu se révèle, nous parle et se donne en personne, a subi l’horrible supplice de la croix. Cet homme torturé et mort, descendu de la croix et mis au tombeau, c’est lui qui s’est montré vivant aux saintes femmes et aux apôtres. Voilà le message de Pâques, celui de la résurrection du Seigneur. C’est la raison pour laquelle les chrétiens se rassemblent chaque dimanche pour faire mémoire dans l’eucharistie de la mort et de la résurrection du Seigneur. Le dimanche est pour cette raison le jour du Seigneur, le jour de la prière, de la joie et du repos. Même si, malheureusement, le gouvernement français veut en faire le jour du commerce et des achats… A la célébration de la résurrection de Jésus s’ajoute la mémoire du septième jour de la création au cours duquel Dieu « se reposa ». Chaque dimanche nous disons merci à Dieu pour sa création et pour la nouvelle création inaugurée le jour de Pâques avec la victoire de son Fils sur la mort. L’ignorance, la jalousie, la lâcheté et la méchanceté des hommes ont abouti au rejet du Messie. Celui que les hommes ont rejeté, Dieu l’a choisi pour être le roi de sa création nouvelle. C’est ce que le psaume prophétisait déjà : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille devant nos yeux ». Si Jésus est la pierre angulaire du temple nouveau que Dieu construit à partir du jour de Pâques, nous sommes, nous ses disciples, les pierres vivantes de l’Eglise. A la merveille de la résurrection, Dieu en ajoute une autre : celle du sacrement de baptême par lequel nous participons à la mort et à la résurrection du Christ. En ce dimanche de Pâques nous aurons la joie de célébrer six baptêmes d’enfants. Le baptême comme tous les sacrements de l’Eglise implique notre foi en Jésus mort et ressuscité : « tout homme qui croit en Jésus reçoit par lui le pardon de ses péchés ». Dans quelques instants la puissance de la résurrection de Jésus, la puissance de son amour divin, va sanctifier à travers le signe de l’eau Mahuna, Sewlan, Yaëlle, Grâce, Happy et Victoire. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous décrit les effets du sacrement de baptême dans la vie des chrétiens : « Vous êtes ressuscités avec le Christ… Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire ». A quatre reprises Paul utilise le mot « avec » pour caractériser la vie chrétienne. Etre chrétien, c’est donc vivre chaque jour avec le Christ. Le baptême est un commencement, le cadeau de Dieu par lequel vous allez devenir les amis de Jésus et les membres de son Eglise. Yaëlle, Grâce, Happy et Victoire cette vie de Dieu que vous allez recevoir par le baptême sera nourrie et fortifiée dimanche après dimanche par votre participation à l’eucharistie. En ce jour de la résurrection du Seigneur, Dieu notre Père va vous purifier par l’eau du baptême, vous rendre saints et saintes, et vous nourrir en vous permettant de communier au corps de son Fils pour la première fois. Soyez donc dans la joie pour cette vie avec le Christ qui commence pour vous en ce jour. Du fond de votre cœur, dites merci à Jésus qui se donne à vous aujourd’hui dans le sacrement de l’eucharistie et dans l’immense don du pain de vie. Enfin n’oubliez jamais en tant que baptisés l’importance de la prière quotidienne par laquelle vous pourrez faire l’expérience de l’amitié de Jésus pour vous et reconnaître dans la foi sa présence dans votre vie et en vous.

dimanche 29 mars 2015

Dimanche des Rameaux et de la Passion / B



29/03/15

Tout au long de sa Passion Jésus parle très peu. Lui qui est le Verbe de Dieu, lui qui pendant trois années a enseigné les foules et le groupe des apôtres choisit de se taire. Face au grand prêtre et à Pilate, le Seigneur ne se défend pas, il refuse de répondre aux accusations qui lui sont adressé, « si bien que Pilate s’en étonnait ». Lorsqu’il accepte de répondre aux questions qui lui sont posé, ce n’est pas pour se justifier ni pour se défendre, c’est pour affirmer le mystère de sa personne et de sa relation unique avec son Père. Face au grand prêtre, il déclare être le Messie, « le Fils du Dieu béni » : « Vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel ». A Pilate qui lui demande s’il est le roi des Juifs, il répond par une formule ambigüe : « C’est toi qui le dis ». En affirmant la vérité de son être divin en présence du grand prêtre, Jésus sait très bien qu’il se condamne lui-même à mort. En ce sens il est le martyr de la vérité sur Dieu, un Dieu unique mais un Dieu qui est aussi relation vivante entre trois personnes divines. C’est cette affirmation indirecte du mystère de la sainte Trinité qui lui vaut l’accusation de blasphème et le supplice de la croix.
Saint Marc encadre le récit de la Passion du Seigneur par deux paroles qui nous montrent la vérité de son humanité. Face à l’horreur de la mort sur la croix, Jésus ne se comporte pas en super héros : il souffre dans son âme et dans corps et n’hésite pas à le dire clairement. A Gethsémani il demande au Père d’éloigner de lui la coupe du supplice. « Mon âme est triste à en mourir ». A l’autre bout du récit de la Passion, alors qu’il se trouve sur la croix, il crie d’une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est la seule parole du Christ crucifié que nous trouvons chez saint Marc.
Remarquons enfin que le plus bel acte de foi en Jésus lors de sa Passion ne vient pas de ses apôtres, de ses disciples ou encore des responsables religieux du peuple Juif mais bien d’un païen, qui plus est d’un militaire symbolisant l’occupation romaine de la Judée. C’est la profession de foi du centurion qui, « voyant comment Jésus avait expiré, s’écria : Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! » Le premier fruit de l’amour du Christ donnant sa vie c’est donc la conversion d’un centurion romain. Ce qui se passe sur le Golgotha dans un petit pays occupé il y a plus de 2000 ans a une portée universelle qui dépasse les frontières du temps et de l’espace. Cet événement nous rejoint aujourd’hui parce que le Seigneur est ressuscité d’entre les morts et qu’il nous a donné son Esprit.

dimanche 22 mars 2015

Cinquième dimanche de Carême / B

22/03/15

Jean 12, 20-33

« Nous voudrions voir Jésus » : cette demande de certains Grecs à l’apôtre Philippe va bien au-delà de la simple curiosité. Elle nous rappelle la démarche de Zachée qui, étant petit de taille, monta sur un sycomore afin de voir Jésus qui devait passer par là. Ici le verbe « voir » signifie plutôt « connaître ». Nous voudrions découvrir qui est vraiment cet homme nommé Jésus de Nazareth. Le Seigneur ne semble pas répondre directement à la demande des Grecs. L’Evangile ne nous dit pas qu’il a été à leur rencontre pour qu’ils puissent le voir… Mais il parle de « service » : pour voir Jésus, il faut être prêt à le servir, donc à le suivre : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur ». Servir et suivre Jésus, c’est l’imiter en s’inspirant de ses paroles, de ses pensées et de ses actes. La Parole de Dieu s’est incarnée en s’unissant à l’humanité de Jésus de Nazareth. Lorsque nous servons et suivons le Christ, nous lui permettons de prolonger en chacun de nous le mystère de son incarnation.
Comment pouvons-nous imiter le Christ notre Seigneur ? De bien des manières. La vie des saints et des saintes nous montre la richesse et la diversité de la vie chrétienne en fonction des dons du Saint Esprit et des appels du Père. Mais avant l’Heure de sa Passion, Jésus nous livre ce qui constitue le secret de sa vie et de sa mission : le don de soi, le don de sa personne pour tous ses frères les hommes. Un don d’amour capable de faire reculer les puissances du mal et de rendre présent au milieu de nous le Règne de Dieu. Voilà le point commun entre tous les disciples du Christ, voilà ce qui rassemble les saints et les saintes dans une même communion : la fécondité d’une vie donnée au Christ. Jésus exprime de deux manières ce don de lui-même pour le salut du monde : avec l’image du grain de blé tombé en terre et avec celle de l’élévation de terre. Remarquons que ces deux images sont contraires dans les apparences : tomber et s’élever. Le grain qui meurt enfoui et caché dans la terre donne beaucoup de fruit et Jésus, élevé de terre sur la croix, attirera à lui tous les hommes. La signification de la mort est inversée dans le mystère pascal de Jésus. Car c’est en vivant par amour sa mort sur la croix qu’il devient source de vie pour tous ceux qui le suivront. Le suivre signifiant écouter sa parole pour la mettre en pratique.
La prière d’ouverture de cette messe résume parfaitement le message que Jésus délivre dans l’Evangile aux Grecs et à tous ceux qui désirent le voir :

« Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde ».

dimanche 8 mars 2015

Troisième dimanche de Carême / B

8/03/15

Jean 2, 13-25

Dimanche dernier nous avons contemplé Jésus transfiguré sur la montagne. La transfiguration était une merveilleuse annonce de la gloire de la résurrection, le jour de Pâques. L’Evangile de ce troisième dimanche de Carême est aussi pascal, non seulement parce qu’il se situe juste avant la fête de la Pâque, mais surtout parce qu’il annonce, lui aussi, la résurrection du Seigneur : « Détruisez ce Temple, et en trois jours, je le relèverai… Le Temple dont il parlait, c’était son corps ».
L’épisode des marchands chassés du Temple par Jésus peut nous poser un problème de compréhension, donc d’interprétation. Car c’est le seul moment dans l’Evangile où le Seigneur, « doux et humble de cœur », se montre violent. D’autant plus que saint Jean, contrairement aux autres évangélistes, mentionne un fouet fait de cordes avec lequel Jésus met à la porte les marchands et leurs animaux, nécessaires aux sacrifices de la Pâque. Bien sûr l’évangéliste ne dit pas que Jésus les a frappés avec ce fouet, simplement qu’il les a chassés… Mais cela n’en demeure pas moins un geste violent. Au chapitre 23 de saint Matthieu, nous pouvons trouver l’équivalent de ce geste en paroles : les sept malédictions contre les pharisiens font partie des très rares paroles violentes mises dans la bouche du Seigneur. Non seulement les pharisiens sont traités d’hypocrites et de guides aveugles, mais Jésus les interpelle avec une sévérité extrême : « Serpents, race de vipères, comment échapperez-vous au jugement de l’enfer ? » Ce vocabulaire particulièrement dur rappelle celui de Jean le baptiste. A propos des marchands chassés du Temple, certains ont parlé de « sainte colère » de la part de Jésus. Qu’est-ce qui peut donc expliquer cette colère, unique dans les évangiles ? Le fait que certains Juifs aient profité du culte et de la fête de Pâque pour faire du commerce dans l’enceinte de cet édifice sacré. En les mettant à la porte, Jésus ne remet pas en question le culte ni les sacrifices. Il veut simplement séparer d’une manière très stricte ce qui relève du commerce de ce qui relève du culte. C’est à l’aide d’un verset du psaume 69 que les disciples essaient de comprendre cette scène inhabituelle : « L’amour de ta maison fera mon tourment ». Nous le constatons, Jésus est attaché au caractère sacré du Temple de Jérusalem, même si un peu plus loin, dans le même Evangile, il annonce à la femme de Samarie un nouveau culte : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père… L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
Le chapitre 16 de saint Luc peut nous aider à comprendre cette colère du Seigneur. Jésus y parle de l’argent malhonnête et de l’incompatibilité entre le culte divin et l’amour de l’argent : « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l’argent, tournaient Jésus en dérision. » Nous pourrions peut-être nous poser la question de la quête au cœur de la messe. Cependant la quête n’est pas assimilable à un acte de commerce, puisque l’on peut très bien participer à la messe sans rien donner à la quête. Le sens de la quête n’est donc pas celui d’acheter sa place lors du culte divin mais de participer au sacrifice du Christ pour la vie matérielle de la communauté. Lui a donné sa vie pour nous, il a offert son corps en sacrifice, abolissant ainsi le sacrifice des animaux et le culte du Temple de Jérusalem. Les fidèles, en faisant leur offrande, se détachent d’une certaine somme d’argent représentant leur travail quotidien pendant une semaine.

Enfin, en lien avec la première lecture, nous pourrions évoquer des questions d’actualité qui nous montrent comment le culte de l’argent a tendance à toujours diminuer la part du sacré qui demeure dans nos sociétés. « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié. » En France, un gouvernement étiqueté « socialiste » n’a de cesse de promouvoir l’ouverture des magasins le dimanche et donc de réduire le caractère sacré du repos dominical. Jésus se serait certainement mis dans « une sainte colère » devant cet empiétement de l’appât du gain et du commerce sur la sanctification du jour qui est consacré à la célébration de sa résurrection !

dimanche 1 mars 2015

Deuxième dimanche de Carême / B

1er mars 2015

Marc 9, 2-10

De l’épreuve à la gloire : tel est le chemin que la liturgie nous fait parcourir avec Jésus en ce début de Carême. Du désert de la tentation à la montagne de la transfiguration. Les évangiles des deux premiers dimanches de Carême annoncent déjà le mystère pascal que nous célébrerons tout au long de la semaine sainte : souffrance, mort et résurrection du Seigneur.
L’événement de la transfiguration est une révélation pour les trois apôtres choisis par Jésus pour en être les témoins privilégiés. A ce moment précis l’humanité de Jésus devient en quelque sorte transparente et laisse apparaître de manière visible la gloire de la divinité. La blancheur éblouissante des vêtements du Seigneur en est un signe. Face à cette révélation, les apôtres ont deux réactions qui semblent contradictoires. D’une part Pierre semble goûter la beauté de cette vision : « Il est heureux, il est bon que nous soyons ici ! ». D’autre part les apôtres sont effrayés à la vue de ce spectacle. Voir Dieu sur cette terre est en effet une expérience éprouvante. C’est la raison pour laquelle nous le connaissons par la médiation de la foi tant que nous sommes vivants de cette vie terrestre. La vision de Dieu face à face, ce sera dans l’au-delà, après, si nous en avons besoin, la purification du purgatoire. L’expérience des apôtres sur la montagne nous renvoie à notre propre expérience de la prière. Nous ne voyons pas Jésus transfiguré, nous le contemplons dans la foi et l’amour. Le Seigneur Ressuscité peut nous accorder cette grâce de goûter avec joie sa présence dans la prière. Nous aussi, nous pouvons parfois dire avec Pierre : « Comme il est heureux que nous soyons ici ! » Mais la prière n’est pas toujours aussi facile pour nous. Etre fidèle chaque jour à ce rendez-vous avec le Seigneur peut parfois constituer une épreuve car Dieu nous semble absent et lointain. Nous ne devons pas nous effrayer ou nous inquiéter de ces alternances de moments faciles et difficiles dans notre relation avec Dieu. La foi n’est pas une réalité statique, mais dynamique, la foi est vivante en nous. Les moments de grâce nous sont donnés pour persévérer lorsque la prière se fait pesante, quand nous avons l’impression de nous adresser à un mur. L’expérience de la transfiguration a été unique dans la vie des apôtres et elle n’a probablement pas duré très longtemps. Ne l’oublions pas !
En demandant le silence à ses apôtres jusqu’au jour de Pâques sur cette expérience unique, le Seigneur nous donne lui-même le sens de la transfiguration. En laissant transparaître sa gloire divine, il annonçait le mystère de sa propre résurrection d’entre les morts. Sur la montagne c’est donc comme un avant-goût de Pâques qui a réjoui et effrayé les trois apôtres. Ils se demandaient en effet « ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts ».

Le mystère lumineux de la transfiguration manifeste toute la nouveauté de l’Alliance que Jésus vient accomplir en sa personne. Tout d’abord la nouveauté de la personne de Jésus elle-même. Il n’est pas un prophète comme ceux d’autrefois, il n’est pas seulement le Messie, il est Dieu dans le mystère de sa relation unique avec le Père. Ensuite la nouveauté de l’annonce de la résurrection. En Jésus et avec lui notre humanité est parfaitement glorifiée au matin de Pâques. La contemplation de Jésus transfiguré nous donne donc accès à ce qui constitue le propre de notre foi : En Jésus Dieu s’est fait homme, il a épousé notre condition humaine et l’a vécue jusqu’à la mort. En Jésus nous sommes promis à la gloire de la résurrection, nous participons à sa victoire définitive sur le mal et la mort. A chaque messe le pain et le vin sont eux aussi « transfigurés » par l’Esprit et nous communiquent ainsi la présence du Seigneur ressuscité.

lundi 23 février 2015

Parution de mon livre: Méditations bibliques sur les animaux


http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/culat-robert/meditations-bibliques-sur-les-animaux,66654549.aspx

Le livre Méditations bibliques sur les animaux se situe au carrefour de la théologie biblique, de la philosophie, de l’écologie et de questions d’actualités comme celle de l’industrie de la viande.
Ce livre se déploie sous la forme de 24 méditations ou tableaux bibliques dont 15 pour l’Ancien Testament et 9 pour le Nouveau Testament. Une importance particulière est accordée aux deux premiers chapitres de la Genèse (méditation 1) ainsi qu’au livre des Psaumes (méditation 15). Deux annexes montrent comment le message biblique sur le thème de la relation hommes/animaux est traité dans les catéchismes et comment la théologie de la création est présente dans la liturgie.
Au regard d’une actualité chargée dans le domaine de l’élevage industriel (depuis l’affaire de la « vache folle » en passant par l’évolution récente du statut de l’animal dans le Code civil jusqu’à la « ferme usine des 1000 vaches ») et des défis éthiques et écologiques posés par l’industrie de la viande et la surconsommation de produits d’origine animale, ce livre a pour but de revisiter la notion biblique d’anthropocentrisme ainsi que la théologie de la création, trop oubliée dans l’enseignement ordinaire de l’Eglise. Les textes bibliques, en particulier les textes fondateurs de la Genèse, sont la source d’une sagesse précieuse concernant la relation de l’homme aux animaux. Si la Bible affirme la place centrale de l’homme dans le dessein créateur de Dieu, elle ne lui donne pas pour autant le droit de faire ce qu’il veut du don de la création. Si l’homme est au centre, ce n’est pas pour se comporter en dictateur capricieux, encore moins en oppresseur et en destructeur de la création et des autres créatures. Le message biblique enseigne au contraire à l’homme la voie de la solidarité entre les créatures et celle d’une responsabilité de la part de l’homme qui implique toujours le respect pour la création divine ainsi que pour la vie sous toutes ses formes, y compris la vie animale. Le végétarisme est habituellement associé au bouddhisme. Il est temps pour les chrétiens de redécouvrir que les textes fondateurs de leur foi et le fonctionnement scandaleux de l’industrie de la viande depuis les années 60 les invite eux aussi à devenir végétariens, ou au moins à réduire leur consommation de viande, pour des raisons écologiques et pour le respect dû à la vie des animaux, qui sont, eux aussi, des créatures de Dieu. Le rapport entre l’homme et les animaux fait pleinement partie de l’éthique et un chrétien doit se laisser interpeller par le message biblique aussi dans ce domaine. Comme l’affirme Thomas Lepeltier notre siècle sera peut-être celui de La révolution végétarienne[1].



[1] Editions Sciences humaines / Accent aigu (2013)

dimanche 22 février 2015

Premier dimanche de carême / B

Marc 1, 12-15

22/02/15

Avant de commencer sa prédication en Galilée, Jésus, poussé par l’Esprit, se rend au désert. Vrai homme, il accepte l’épreuve de la tentation pendant quarante jours, comme autrefois les hébreux furent tentés pendant quarante ans dans le désert. Le Carême est un temps de pénitence, de purification et de renouvellement de notre vie chrétienne. C’est la raison pour laquelle, chaque année, nous commençons ce temps de préparation à Pâques en contemplant Jésus mis à l’épreuve par Satan dans le désert. Il se préparait ainsi à l’accomplissement de sa mission : annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Si Matthieu et Luc nous donnent le contenu des tentations du Seigneur, saint Marc, lui, se contente de signaler la tentation. Mais dans sa brièveté habituelle, il nous donne un détail que nous ne trouvons pas chez les autres évangélistes : « Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient ». D’où le choix de la première lecture qui nous rappelle l’alliance de Dieu avec Noé et tous les êtres vivants, « les oiseaux, les animaux domestiques, toutes les bêtes sauvages ». En fait la présentation faite par saint Marc des tentations au désert nous renvoie plutôt aux deux premiers chapitres de la Genèse, les récits de la création, au commencement. Jésus est victorieux dans l’épreuve de la tentation contrairement à Adam et Eve. Il nous est présenté comme le roi de la création nouvelle. Roi ne signifie pas dictateur ou tyran. Le fait d’être roi n’implique pas l’oppression et la destruction. Après le péché des origines, l’homme et la femme qui avaient été constitués rois de la création ont exercé cette royauté d’une manière perverse. Ils se sont transformés en dictateurs et ont soumis toute la création à leur joug égoïste. Nous nous trouvons toujours dans cette situation de nos jours pour ce qui concerne l’organisation globale de nos sociétés et particulièrement l’économie qui justifie tout au nom du profit et de la concurrence. La preuve nous en est fournie par l’extrême difficulté que nous avons à prendre au sérieux la crise écologique et à revoir notre relation avec les autres créatures vivantes. De sommets en sommets, nos dirigeants politiques et les responsables économiques avec eux se comportent en irresponsables, remettant toujours à demain ce qui aurait dû être décidé depuis des années déjà. Nous vivons clairement de ce point de vue-là dans une structure de péché. Le tableau que Marc nous donne nous renvoie, lui, au paradis terrestre. Les bêtes sauvages représentent la création visible et les anges la création invisible. Jésus, nouvel Adam, réalise en sa personne libérée du péché l’unité de toute la création. Deux textes magnifiques de saint Paul nous permettent de comprendre en profondeur ce qui commence dans le désert alors que Jésus est vainqueur de Satan. Dans le premier, la lettre aux Ephésiens, l’apôtre décrit ainsi le projet de Dieu : « Saisir l’univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ ». Dans le second, la lettre aux Colossiens, saint Paul nous montre que le Christ, roi de la création nouvelle, apporte la paix de Dieu à toute la création et à toutes les créatures : « Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix ». Depuis le péché des origines l’homme est déchu de sa royauté sur la création. C’est le Christ qui est le roi de la création. C’est donc dans la mesure où nous vivons selon l’Evangile de Jésus et que nous cherchons à l’imiter dans notre vie que nous retrouverons notre royauté sur la création. Royauté pour Jésus signifie, nous le savons, service et don de soi, libération, reconnaissance de la primauté du Créateur, source et origine de toute vie et de toute grâce. Et si ce temps de Carême nous était donné pour redécouvrir notre véritable royauté au sein de la création ? Alors que le pape François prépare une encyclique sur l’écologie, quelle joie ce serait pour nous de pouvoir nous émerveiller en présence de la création et de toutes les créatures ? De pouvoir dire merci à Dieu notre Père pour la beauté de sa création, le miracle de toute vie et lui demander pardon pour l’oppression que nous lui faisons subir de bien des manières. Le Créateur attend de nous que nous soyons les libérateurs de sa création. Il est grand temps que non seulement nous respections la dignité de toute personne humaine mais aussi la vie des animaux avec lesquels Dieu a aussi fait alliance et notre planète terre sans laquelle nous ne pourrions même pas exister. Écoutons un passage de l’hymne de l’univers dans le livre de Daniel :

Que la terre bénisse le Seigneur : À lui, haute gloire, louange éternelle !
Et vous, montagnes et collines, bénissez le Seigneur,
et vous, les plantes de la terre, bénissez le Seigneur,
et vous, sources et fontaines, bénissez le Seigneur !
Et vous, océans et rivières, bénissez le Seigneur,
baleines et bêtes de la mer, bénissez le Seigneur,
vous tous, les oiseaux dans le ciel, bénissez le Seigneur,
vous tous, fauves et troupeaux, bénissez le Seigneur À lui, haute gloire, louange éternelle !
Et vous, les enfants des hommes, bénissez le Seigneur : À lui, haute gloire, louange éternelle !