dimanche 24 novembre 2013

Le Christ Roi de l'univers


Le Christ Roi de l’univers / C

24/11/13

Colossiens 1, 12-20

La fête du Christ Roi de l’univers marque la fin de notre année liturgique. En ce dimanche je voudrais méditer sur la royauté du Christ à partir de la deuxième lecture. Dans cette lecture saint Paul nous invite à rendre grâce à Dieu le Père parce qu’ « il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé ». Nous le voyons le royaume n’est pas seulement une réalité à venir, lors du retour du Christ à la fin des temps, le royaume est une réalité déjà présente à laquelle nous participons en tant que chrétiens : « Le royaume de Dieu est au milieu de vous ». Dans la prière du Seigneur nous demandons au Père : « Que ton règne vienne ». Qu’il vienne à la fin des temps et chaque jour de notre histoire humaine. Le royaume de Dieu et le royaume du Christ sont des réalités qui se confondent car Dieu règne par l’œuvre de son Fils. Dans le magnifique passage de sa lettre aux Colossiens Paul affirme la divinité de Jésus. Il est tout d’abord « l’image du Dieu invisible ». Connaître le Christ par la foi c’est donc avoir accès au mystère même de Dieu. « Il est avant tous les êtres et tout subsiste en lui » : en tant que Fils de Dieu Jésus transcende toute la création. Comme Dieu lui-même le Fils est sans commencement. Il est donc roi parce qu’en tant que Fils unique il participe à la royauté divine elle-même. Saint Paul nous montre que cette royauté du Christ s’exprime à travers deux réalités essentielles : son rôle de créateur et sa mission de sauveur. Etre roi c’est donc d’abord donner la vie. Jésus est « le premier-né par rapport à toute créature ». Dans la communion de la Sainte Trinité il est créateur de tout ce qui existe : « C’est en lui que tout a été créé… Tout est créé par lui et pour lui ». Ces affirmations de saint Paul nous rappellent celles de saint Jean dans son prologue :

Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui.

 

Le Christ est aussi Roi parce qu’il est l’auteur de notre salut : « tête du corps » qui est l’Eglise. « Premier-né par rapport à toute créature » il est aussi « le premier-né d’entre les morts ». L’apôtre Paul fait ce beau parallèle entre le Christ qui donne la vie à toute créature et le Christ qui, le premier, est ressuscité d’entre les morts le jour de Pâques. Le Christ est donc roi par sa résurrection et sa victoire définitive sur la mort. Le mystère pascal qu’il a vécu au milieu de nous en épousant notre nature humaine donne à Jésus « la primauté ». La fin de la deuxième lecture nous ouvre des perspectives grandioses quant à la royauté du Christ :

 

Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

 

Puisque tout ce qui existe a été créé dans le Christ, il est logique que « toute chose ait son accomplissement total » en lui. La royauté du Christ est universelle et cosmique. Elle ne concerne pas seulement le salut des hommes mais le salut de toute la création. L’œuvre de réconciliation accomplie par Jésus touche en effet tous les êtres. En lui c’est toute la création, du stade minéral au règne animal en passant par le stade végétal, qui est appelée à connaître la paix du royaume. La traduction de la Bible Osty propose la formule suivante : « pacifiant par le sang de sa croix soit ce qui est sur la terre, soit ce qui est dans les cieux ». Le Christ est donc roi de paix. Sa royauté consiste à restaurer les relations que notre péché ne cesse de détruire à la suite du péché d’Adam et d’Eve : relation entre les hommes et Dieu, relations entre les hommes, et relation entre notre humanité et toute la création. L’Evangile de cette fête nous montre que le royaume instauré par Jésus c’est le paradis. Au bon larron qui le supplie de l’accueillir dans son royaume le crucifié répond : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». Jésus-Christ est donc roi parce qu’il donne la vie, parce qu’il répare ce que notre péché a détruit et enfin parce qu’il offre la paix de Dieu à toutes les créatures. Nous sommes les membres de son royaume chaque fois que nous luttons pour le respect de la vie sous toutes ses formes, chaque fois que nous refusons l’égoïsme du péché et chaque fois que nous nous engageons pour la réconciliation et pour la paix entre les hommes, entre les nations et avec la création.

 

 

dimanche 17 novembre 2013

33ème dimanche du temps ordinaire



33ème dimanche du TO/C

17/11/13

Luc 21, 5-19

Le dimanche qui précède la fête du Christ Roi, donc la fin de notre année liturgique, nous parle toujours du sens de notre histoire humaine. La Bible nous montre comment Dieu se révèle progressivement dans l’histoire d’un petit peuple : Israël. Le mystère de l’incarnation marque l’accomplissement de cette révélation et l’entrée dans les temps qui sont les derniers. Ecoutons le commencement de la lettre aux Hébreux :

Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées ; mais, dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils qu'il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.

 

L’ère chrétienne dans laquelle nous nous trouvons est donc celle des derniers temps. Avec l’Alliance nouvelle et éternelle la fin de notre monde tel que nous le connaissons a déjà commencé. Il est inutile de chercher à connaître la date de la fin du monde, c’est-à-dire le moment de la fin de notre histoire humaine. Les premiers chrétiens pensaient que la fin du monde était toute proche. Certains avaient même arrêté de travailler puisque la figure de ce monde était en train de passer. Cela explique l’exhortation au travail que Paul adresse aux Thessaloniciens dans la deuxième lecture. Quelques années plus tard, à la fin du premier siècle, le Christ n’était toujours pas revenu dans la gloire, alors certains chrétiens commençaient à douter. C’est à eux que s’adresse la deuxième lettre de Pierre :

 

Mes bien-aimés, il y a une chose que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur n'est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes ; c'est pour vous qu'il patiente : car il n'accepte pas d'en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir.

 

Beaucoup de prophètes avaient annoncé le jour du Seigneur, jour correspondant au jugement dernier et marquant le terme de notre histoire humaine. La première lecture nous donne l’annonce de ce jour dans le livre de Malachie. Le jour du Seigneur sera le temps de la justice comme nous le rappelle le psaume : « Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture ! » Tous les hommes affamés de justice, chrétiens ou hommes de bonne volonté, souffrent en voyant le déroulement de notre histoire humaine, si contraire au projet de Dieu pour notre humanité. Dans sa lettre aux Romains saint Paul décrit cette souffrance de la création dans l’attente de l’accomplissement de notre histoire humaine à la fin des temps :

 

J'estime donc qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu. Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.

 

C’est dans ce contexte biblique que nous pouvons mieux comprendre le sens de l’évangile de ce dimanche. C’est à partir d’une remarque de ses disciples que Jésus envisage l’avenir de notre histoire. Même le temple de Jérusalem sera détruit. En disant cela le Seigneur n’annonce pas seulement la venue des armées romaines et la destruction de Jérusalem en 70. Il nous fait comprendre que même les choses les plus sacrées, le temple en faisait partie, sont passagères et ne doivent pas être absolutisées. Au regard de l’ensemble de l’histoire humaine ce n’est pas le temple de Jérusalem et son culte qui sont importants mais l’œuvre de l’Esprit Saint dans le cœur des hommes. Le temple que Dieu désire c’est chacun d’entre nous. Et c’est bien par l’offrande de sa personne sur la croix que le Christ nous permet de devenir des sanctuaires de la sainte Trinité. Dans son discours le Seigneur mêle des perspectives historiques différentes : la ruine de Jérusalem et la persécution des premiers chrétiens d’une part, et la venue du jour du Seigneur de l’autre. La fin des temps n’arrivera pas avant que les disciples ne soient persécutés. Les romains détruiront le temple de pierre mais tout au long des âges de l’histoire on cherchera à détruire l’Eglise, corps du Christ. C’est au milieu d’un monde passant par les douleurs d’un enfantement qui dure encore que nous sommes témoins de notre espérance. C’est au sein des tribulations de notre histoire humaine que nous possédons déjà la vie éternelle. Notre attachement au Christ ne fait pas de nous des optimistes béats. Il implique au contraire une lutte pour la vérité et la justice, un engagement de chaque jour pour que la création nouvelle puisse advenir. Oui, c’est par notre persévérance que nous obtiendrons la vie. Les difficultés et les oppositions inévitables ne doivent jamais nous faire oublier la promesse du Seigneur :

 

« Le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement ».

 

 

 

 


lundi 11 novembre 2013

Messe de Requiem pour les défunts des guerres (11 novembre)


Messe de Requiem du 11 novembre 2013

Mes chers frères et sœurs, prier pour le repos de l’âme de nos défunts, comme nous le faisons en ce 11 novembre pour les victimes militaires et civiles des deux guerres mondiales, est la plus grande preuve de notre charité à leur égard. Depuis un certain nombre d’années on parle avec raison du devoir de mémoire. C’est ce devoir qui nous rassemble en cette cathédrale. Mais si le devoir de mémoire était uniquement tourné vers le passé il serait inutile. Nous avons à tirer des leçons des erreurs, des fautes et des crimes commis dans le passé pour ne plus recommencer et pour préserver le bien commun de la paix entre les nations. Il y a 50 ans le bienheureux pape Jean XXIII écrivait l’encyclique Pacem in terris. Ce document fondamental est à l’origine de l’enseignement constant de l’Eglise et des papes sur la grave question de la promotion de la paix. Cet enseignement fait partie de la doctrine sociale de l’Eglise. Depuis le 1er janvier 1968, date à laquelle le pape Paul VI institua la première journée mondiale de prière pour la paix, cet enseignement est sans cesse repris, approfondi et actualisé. Dans Pacem in terris Jean XXIII s’adressait non seulement aux catholiques mais à tous les hommes de bonne volonté. Il nous donnait les 4 piliers qui assurent la paix dans notre monde : la vérité, la justice, la charité, la liberté. Il parlait entre autres choses de la responsabilité des grandes puissances vis-à-vis des pays économiquement sous-développés ou n’ayant pas la capacité militaire de se défendre. Le principe de la liberté « interdit aux nations toute ingérence dans les affaires internes des autres comme toute action oppressive à leur égard… L’aide apportée à ces peuples ne peut s'accompagner d'aucun empiétement sur leur indépendance… Les communautés politiques économiquement développées, dans leur action multiforme d'assistance aux pays moins favorisés, sont tenues de reconnaître et de respecter les valeurs morales et les particularités ethniques de ceux-ci, et de s'interdire à leur égard le moindre calcul de domination. C'est ainsi qu'elles apportent « une précieuse contribution à la formation d'une communauté mondiale, dont tous les membres, conscients de leurs obligations comme de leurs droits, travailleraient sur un pied d'égalité à la mise en œuvre du bien commun universel. » Et il définissait ainsi quelle doit être la mission de l’ONU : « Le but essentiel de l'Organisation des Nations Unies est de maintenir et de consolider la paix entre les peuples, de favoriser et de développer entre eux des relations amicales, fondées sur le principe de l'égalité, du respect réciproque et de la collaboration la plus large dans tous les secteurs de l'activité humaine. » Nous le remarquons le principe de l’égalité entre les nations est nécessaire pour que l’ONU puisse jouer correctement son rôle. Lors de sa visite à l’ONU Paul VI revenait sur ce principe : « que personne, en tant que membre de votre union, ne soit supérieur aux autres: Pas l'un au-dessus de l'autre. C'est la formule de l'égalité. » Du point de vue chrétien il est évident que non seulement tous les hommes jouissent d’une égale dignité mais aussi qu’aux yeux de Dieu il n’existe pas de nation ou de race supérieure aux autres. Dieu bénit toutes les nations et tous les peuples. L’impérialisme des grandes puissances a toujours constitué une grande menace pour la paix. Pour le 10ème anniversaire de Pacem in terris le cardinal Roy adressa une lettre à Paul VI. Dans ce document il montre qu’une nouvelle forme d’impérialisme s’est développé : le néo-colonialisme économique qu’il s’agit de combattre si nous voulons la paix. Il signale « les agressions et les oppressions des infrastructures lourdes et des nouvelles puissances financières, industrielles, commerciales, dans leur course au monopole ou à la domination, sur les terres, au fond des mers, et dans l’espace ». Le cardinal revient aussi sur la nécessité morale de stopper la course aux armements qu’il qualifie de danger, d’injustice et de vol, de folie et d’erreur. Cette course aux armements est une injustice et un vol car « les budgets fabuleux ainsi affectés constituent un véritable détournement de fonds et un gaspillage des pays riches qui représente déjà une agression à l’égard des pays ou des catégories sociales défavorisées ». En plus de la tentation impérialiste et de la réalité du néo-colonialisme dans le domaine économique une autre menace pèse sur la paix entre les peuples : celle du patriotisme aveugle. Le patriotisme est une bonne chose quand il demeure ouvert à l’universel et aux exigences de la raison humaine. Mais le patriotisme aveugle consiste à apporter un soutien inconditionnel à toutes les décisions d’un gouvernement même si elles s’avèrent moralement critiquables. Dans un tel contexte le cardinal Roy mentionne comme faisant partie des droits de l’homme le droit au dissentiment et celui à l’objection de conscience dans le domaine militaire.

En 2009 M. Obama a reçu le prix Nobel de la paix. Cela a créé dans le monde « une controverse considérable » pour reprendre l’expression utilisée par M. Obama lui-même. La prison militaire de Guantanamo n’est toujours pas fermée et la guerre des drones a fait des centaines de victimes, en particulier au Pakistan qui est un état souverain. Lorsque des présumés terroristes sont enlevés et emprisonnés ou bien encore tués sans jugement préalable c’est la force de l’arbitraire et non pas celle du droit qui domine. Et lorsque les droits de l’homme sont bafoués, comme celui de l’habeas corpus, de la présomption d’innocence et celui d’être jugé au cours d’un procès équitable avec l’assistance d’un avocat, c’est la cause de la paix qui régresse. Peut-être ce prix Nobel de la paix aurait-il dû être attribué à un petit pays d’Amérique centrale, le Costa Rica, qui est un pays sans armée depuis 1948…

Nous sommes tous responsables de la promotion de la paix mais nos gouvernants devront rendre compte à Dieu d’une manière particulière de leur gestion au jour du jugement. C’est l’enseignement du livre de la Sagesse :

Soyez attentifs, vous qui commandez aux foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples. Car la domination vous a été donnée de la part du Seigneur, et le pouvoir de la part du Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions. En effet, vous étiez les serviteurs de sa royauté, et vous n'avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu. Terrifiant et rapide il fondra sur vous, car un jugement implacable s'exerce sur les grands ; le petit obtient le pardon et la miséricorde, mais les puissants seront jugés avec puissance. Le Souverain de l'univers ne reculera devant personne, il ne se laissera influencer par aucune grandeur ; car les petits comme les grands, c'est lui qui les a faits, et il prend soin de tous pareillement. Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse.

 

 

 

dimanche 3 novembre 2013

TOUSSAINT



Toussaint 2013

Qu’est-ce que la sainteté chrétienne ? La Bible répond de bien des manières à cette question que nous pouvons nous poser en cette fête de la Toussaint. La sainteté est une réalité tellement riche qu’il est impossible en effet de l’enfermer dans une seule définition. C’est logique si l’on comprend bien que la sainteté est un don de Dieu et qu’elle est dans la personne des saints et des saintes un reflet de sa gloire. Personne ne peut définir qui est Dieu de manière satisfaisante. Seul Jésus nous a montré en sa personne, par ses actes et ses paroles, qui est Dieu. Aussi lorsque la Bible nous dit que Dieu est amour ou qu’il est esprit, elle nous enseigne bien la vérité. Mais en disant cela elle ne prétend pas enfermer le mystère de Dieu dans nos pauvres définitions humaines, forcément limitées et imparfaites. Il en va de même pour la sainteté, tout simplement parce que la sainteté des hommes est une participation à la sainteté de Dieu. Aussi la Bible n’est-elle pas pour nous la seule source nous permettant de comprendre ce qu’est la sainteté. La fête de la Toussaint est là pour nous dire la richesse de la sainteté chrétienne tout au long de l’histoire du peuple de Dieu. Richesse et diversité car chaque saint, chaque sainte, incarne en quelque sorte un aspect de la sainteté de Dieu à une époque particulière. Les saints et les saintes sont des membres éminents du corps mystique, de l’Eglise. L’image que Paul emploie pour nous parler de l’Eglise, celle du corps du Christ, indique bien la nécessaire diversité de la sainteté. De la même manière que dans un corps il faut des membres différents ainsi les saints et les saintes forment ensemble dans leur diversité l’unique image du visage du Christ. D’une certaine manière les saints et les saintes prolongent dans l’histoire de l’Eglise le mystère de l’incarnation. Depuis l’Ascension Jésus n’est plus présent parmi nous de manière visible. Les saints et les saintes rendent présent le Christ Ressuscité à notre humanité. De ce point de vue on pourrait dire que les saints et les saintes forment ensemble comme un huitième sacrement : ils rendent présent le Christ et nous attirent à la communion avec lui.

Je voudrais méditer brièvement sur la sainteté chrétienne à partir d’un texte de saint Paul, dans sa lettre aux Galates, texte qui ne se trouve pas dans la liturgie de la Parole de cette fête et que je cite donc maintenant :

Je vous le dis : vivez sous la conduite de l'Esprit de Dieu ; alors vous n'obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair. Car les tendances de la chair s'opposent à l'esprit, et les tendances de l'esprit s'opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez. Mais en vous laissant conduire par l'Esprit, vous n'êtes plus sujets de la Loi. Voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi.

 

Paul nous montre que notre nature humaine, blessée par le péché, nous empêche de réaliser notre vocation de chrétiens qui est la sainteté. Pour que Dieu puisse vivre sa vie en nous, nous devons nous en remettre à lui par la foi : nous laisser conduire par son Esprit. L’Esprit nous délivre d’une vision légaliste de la sainteté : celle-ci ne consiste pas d’abord à être fidèle à une loi ou à des commandements. La sainteté c’est surtout le désir de Dieu, le désir de vivre en communion avec le Christ. Si nous nous laissons conduire par l’Esprit alors nous sommes sur ce chemin de vie qui fera de nous des saints et des saintes. Nous le voyons la vocation à la sainteté ne s’adresse pas à des hommes parfaits mais bien à des hommes de chair qui connaissent en eux la lutte entre les tendances égoïstes de leur nature et la charité de l’Esprit. Paul cite 9 aspects de l’unique fruit que porte en nous l’Esprit si nous l’accueillons et le prions. Pour savoir si nous nous laissons vraiment conduire par l’Esprit nous pouvons donc nous demander si ces fruits sont à l’œuvre dans notre vie. Les trois premiers (amour, joie et paix) sont essentiels. Les autres peuvent se regrouper en trois groupes : patience et maîtrise de soi, bonté et bienveillance, foi et humilité. Toutes ces qualités du cœur, ces attitudes spirituelles mériteraient un long commentaire. Mais la sainteté est peut-être d’abord une affaire de patience. Le véritable amour ne nous donne pas seulement le désir de faire le bien et de le rayonner autour de nous. Il nous donne aussi la force de supporter le mal qui est en nous et dans notre monde. La sainteté est un chemin, celui de toute notre vie, avec des moments de réussite et d’échec. D’où l’importance de la vertu de patience pour ne pas se décourager et garder en nous vivante l’espérance de la communion parfaite avec le Christ et avec nos frères et sœurs du ciel, les saints et les saintes.

 


dimanche 27 octobre 2013

30ème dimanche du temps ordinaire


30ème dimanche du TO/C

27/10/13

Luc 18, 9-14

La parabole du pharisien et du publicain est propre à l’évangile selon saint Luc. En nous rapportant cet enseignement de Jésus l’évangéliste nous donne dès le début le but de la parabole. Il s’agit de toucher le cœur de ceux qui sont convaincus d’être justes et qui méprisent tous les autres. D’autres traductions apportent une nuance intéressante : « à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et qui méprisaient les autres ». Le Seigneur veut ainsi mettre ses disciples en garde contre une terrible tentation : celle de l’orgueil spirituel. L’orgueil spirituel représente en effet la pire forme du péché d’orgueil, celle qui est la plus grave parce qu’elle nous coupe de la juste relation avec Dieu et avec nos frères. Ce type d’orgueil détruit en nous l’amour de charité. Nous devons considérer les deux hommes de la parabole comme des types, représentant non pas des individus concrets mais plutôt des attitudes spirituelles opposées. Pour que l’enseignement soit bien clair Jésus force les traits. Ce qui signifie que dans la vie réelle il peut y avoir en nous un mélange de ces deux attitudes. Dans notre vie spirituelle personnelle nous pouvons aussi évoluer et passer d’une attitude à l’autre. Si le pharisien représente l’orgueil spirituel, le publicain, lui, illustre la vertu d’humilité. Saint Luc est un bon disciple de saint Paul. L’apôtre Paul a développé dans ses lettres ce que l’on nomme la théologie de la grâce. C’est Dieu qui nous justifie. C’est par notre foi en Jésus Sauveur que nous recevons ce cadeau de la part de Dieu et non pas parce que nous serions meilleurs que les autres ou en récompense de nos bonnes actions. Justification et sanctification ont à peu près le même sens chez saint Paul. Le pharisien se flatte donc dans sa prière d’être un saint. Il tire orgueil de ses bonnes actions car il en fait plus que ce que la loi juive exigeait de lui. D’un côté il est donc généreux dans sa pratique religieuse. Mais il oublie finalement ce Dieu qu’il prétend si bien servir. Il se met au centre du culte. D’une certaine manière son orgueil, dont il est probablement inconscient, le conduit à s’adorer lui-même. Il remercie Dieu mais au fond il pense que c’est parce qu’il est bon qu’il peut faire par lui-même toutes ces bonnes actions, sans avoir besoin du secours divin. Sa prière au lieu de le faire grandir dans la communion le coupe et l’isole. Non seulement de Dieu, source de l’amour véritable, mais aussi des autres qu’il méprise. Il ressent le besoin de se comparer à ceux qu’il considère comme des pécheurs pour se glorifier lui-même et se sentir supérieur. Il fait le contraire de ce que saint Paul nous demande :

S'il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage dans l'amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la pitié,  alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.

 

Le danger mortel de la tentation à laquelle le pharisien succombe est bien le suivant : il croit bien faire, il ne se rend même pas compte de son attitude orgueilleuse. La parabole de ce dimanche est un appel à désirer et à cultiver en nous la vertu d’humilité. La vérité exige que nous nous reconnaissions pécheurs en présence du Seigneur. Le sacrement du pardon nous est toujours offert dans l’Eglise pour célébrer la miséricorde du Seigneur et confesser notre péché. La conclusion de la parabole nous montre, une fois de plus, que les règles de la vie chrétienne sont différentes de celles qui régissent la vie de notre monde : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ». Les puissants de ce monde qui veulent s’élever au-dessus des autres parviennent souvent à obtenir ce qu’ils désirent, en utilisant parfois des moyens malhonnêtes. L’ambition du chrétien est tout autre. C’est la sainteté, la ressemblance avec Jésus, la communion avec lui. Désirer la sainteté ce n’est pas vouloir se mettre au-dessus des autres et ainsi les dominer avec un regard méprisant. C’est vouloir vivre en vérité avec Dieu, soi-même et les autres :

 

Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre.

 

dimanche 20 octobre 2013

29ème dimanche du temps ordinaire


29ème dimanche du TO/C

20/10/13

Luc 18, 1-8

La parabole du juge inique et de la veuve est simple à comprendre d’autant plus que saint Luc nous en donne la fine pointe : « pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager ». Cet enseignement de Jésus n’est pas nouveau dans l’Evangile selon saint Luc. Souvenons-nous de la parabole de l’ami importun qui suit le don du Notre Père :

Moi, je vous l'affirme : même s'il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu'il lui faut. Eh bien, moi, je vous dis : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte.

Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre.

Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ? Ou un scorpion, quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !

 

Ces deux paraboles nous parlent de la puissance de la prière. La traduction liturgique de la parabole de ce dimanche présente toutefois une difficulté :

 

Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice.

 

Cette traduction me semble inexacte. Celle de la Bible des peuples est beaucoup plus compréhensible dans le contexte de la parabole :

« Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus s’ils crient vers lui jour et nuit alors qu’il les fait attendre ! » La Bible Osty propose quant à elle : « alors qu’il patiente à leur sujet ». Ces traductions ont le mérite de correspondre à notre expérience de la prière de demande. Nous savons bien que nous ne sommes pas exaucés immédiatement. Dieu fait attendre, Dieu patiente. Pourquoi donc ? La fin de la parabole nous donne une première explication : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Cela nous rappelle un évangile entendu récemment :

Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait.

 

La prière seule ne suffit donc pas, même s’il elle insiste sans se décourager. La prière est puissante si elle s’accompagne de la foi. Et au plus notre foi est sincère au plus notre prière touche le cœur de Dieu. La parabole du juge et de la veuve n’est donc pas seulement un appel à prier sans cesse, c’est aussi un appel à la foi. De ce constat découle une deuxième explication. Pourquoi le Père semble-t-il être parfois sourd à nos prières ? Pourquoi cette attente entre le moment de la prière et celui de son exaucement ? Pour faire grandir en nous le désir et la foi, et donc être en mesure de recevoir la grâce qu’il veut nous donner. Quand nous étions enfants nous avons tous vécu dans l’attente des cadeaux de Noël. Ces présents lorsque nous pouvions enfin les découvrir au pied du sapin avaient pris une valeur supplémentaire. Ou pour le dire autrement ce que nous attendons nous l’estimons à sa juste valeur, nous l’apprécions. Alors que le « tout, tout de suite et maintenant », banalise au contraire le don qui nous est fait. Dans cette perspective le temps de l’attente n’est pas là pour nous torturer mais pour nous préparer à mieux recevoir le don. Lorsque nous serons prêts, alors oui, « sans tarder, Dieu nous fera justice ». L’autre parabole, celle de l’ami importun, complète bien la parabole de ce dimanche en nous indiquant d’une manière indirecte quel doit être l’objet premier et principal de notre prière de demande :

 

Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !

 

C’est le don de l’Esprit que nous devons demander sans nous lasser. Nous sommes baptisés et confirmés, alors pourquoi demander au Père son Esprit puisqu’il nous a déjà été donné ? Lorsque nous prions l’Esprit Saint qui est en nous nous lui demandons en fait de nous rendre présents à sa présence. Viens Esprit Saint et permets-moi de goûter en moi ta douce présence ! Le don nous a été fait mais nous devons l’actualiser jour après jour par notre prière persévérante. Alors s’il s’agit d’imiter la veuve et de « casser les pieds » au bon Dieu n’oublions jamais l’enseignement du Christ :

 

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ».

 

 

 

 

 

 

dimanche 13 octobre 2013

28ème dimanche du temps ordinaire


28ème dimanche du TO/C

13/10/13

Luc 17, 11-19

L’épisode de la guérison des dix lépreux est pour nous l’occasion de parler de la vertu de gratitude. Le Nouveau Testament utilise très rarement ce mot. Il n’utilise que très peu un mot semblable, celui de reconnaissance. Dans notre évangile on parle de « glorifier Dieu » ou bien de rendre grâce à Jésus. Les mots sont différents mais la réalité est bien la même. L’action de grâce, la gratitude ou la reconnaissance désignent en effet une attitude spirituelle bien précise et caractéristique du chrétien. Le mot « eucharistie » lui-même signifiant « action de grâce », action de dire merci à Dieu et de reconnaître ainsi ses bienfaits. Avant le chant du Sanctus et la prière eucharistique le prêtre dit une prière appelée « préface ». Le commencement de cette prière nous fait toujours entrer dans l’action de grâce :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur.

Remarquez au passage comment ce texte liturgique reprend les expressions de l’évangile de ce dimanche dans une même formule : il s’agit bien de « rendre gloire » à Dieu et de lui offrir « notre action de grâce ». La préface développe ensuite les raisons que nous avons de rendre grâce au Seigneur. Cette partie change en fonction des fêtes et des temps liturgiques. Si nous regardons le développement de la préface commune n°4 nous constatons que l’action de grâce est un don de Dieu :

Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ, notre Seigneur.

Il est donc clair que la gratitude est une attitude essentielle non seulement dans la prière, prière qui ne doit pas se limiter à la prière de demande, mais aussi dans toute notre vie chrétienne. Pour vivre de cette vertu nous avons besoin de nous replonger dans notre condition de créatures, c’est-à-dire reconnaître humblement que nous dépendons d’un autre à la racine même de notre être. Et que tout ce que nous sommes du point de vue humain et spirituel, nous le sommes grâce à Dieu, parce qu’il nous aime en son Fils unique Jésus. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? », s’exclamait saint Paul. Notre religion est celle de la gratitude envers Dieu créateur et sauveur parce qu’elle est la religion de la grâce, du don gratuit de Dieu en notre faveur. Savoir nous reconnaître créatures de Dieu, et avec nous regarder tous les êtres, toute la création, comme venant de Dieu, est une grande source de paix et de joie spirituelle. Lorsque nous pensons à la vie de saint François d’Assise il est impossible de séparer le respect qu’il portait à toutes les créatures de la joie profonde qui habitait son cœur. Saint Paul demandait aux chrétiens de faire de toute leur vie « une eucharistie » : Chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance.  Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. Si la gratitude est une vertu spirituelle elle est aussi une vertu humaine. Il est essentiel dans l’éducation des enfants et des jeunes de leur enseigner la grande valeur de la gratitude. Cela commence bien sûr par la politesse, attitude qui se perd de plus en plus de nos jours. Savoir dire « merci », reconnaître tout ce que l’on doit aux autres (nos parents, nos professeurs etc.) va cependant bien plus loin que la simple politesse. Cette attitude apprend aux enfants à ne pas se renfermer sur eux-mêmes d’une manière égoïste mais à s’ouvrir aux autres, à reconnaître qu’ils ont besoin des autres pour bien vivre. Le drame de l’enfant roi, pourri et gâté, qui devient vite un petit dictateur, provient en grande partie du fait que cette qualité du cœur n’est plus transmise. Les parents et les adultes doivent bien sûr montrer l’exemple dans ce domaine. Savoir dire « merci » ce n’est pas humiliant. C’est être capable de faire plaisir aux autres et de recevoir soi-même le don de la joie, car il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Sans ce fondement humain comment les enfants pourraient-ils apprendre à dire merci à Dieu ? La vie chrétienne n’élimine pas les simples vertus humaines, elle les présuppose. Un moyen tout simple d’éduquer les enfants au sens de la gratitude humaine et chrétienne c’est la prière avant ou après le temps du repas. En famille nous reconnaissons que cette nourriture nous vient de Dieu créateur, elle est le fruit de la terre et du travail des hommes. Et c’est pour cela que nous devons la respecter et ne pas la gaspiller. Nous le constatons l’esprit de gratitude va de pair avec le respect de la création de Dieu. C’est ce lien qui nous permet de comprendre ce qu’est l’écologie du point de vue chrétien.