Ascension du Seigneur 2007 / C
Luc 24, 46-53 (page 710)
Avouons-le : il n’est pas facile de bien parler du mystère glorieux de l’Ascension du Seigneur. Tout simplement parce que nous avons bien du mal à nous représenter ce mystère. Et les mots de la Bible comme ceux de la foi peuvent nous rendre cette tache encore plus difficile : « Ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus d’en allait… ». Pris de manière littérale le récit de Luc nous montrerait un Jésus s’envolant dans le ciel. Notre profession de foi se contente de dire qu’il monta au ciel, après en être descendu par l’incarnation. Nous voyons bien que ce vocabulaire biblique et théologique ne peut pas être compris de manière littérale : ce sont des images et nous avons à trouver le sens profond qu’elles nous transmettent à propos de Jésus ressuscité.
Relevons dans un premier temps l’état d’esprit des apôtres le jour de l’Ascension. Souvenons-nous avec saint Luc que « pendant quarante jours, Jésus leur était apparu, et leur avait parlé du Royaume de Dieu. » Eh bien ces 40 jours de catéchisme donné par le Ressuscité en personne ont été un véritable échec ! La question des apôtres prouve qu’ils n’ont toujours rien compris : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Les apôtres se font une image de la religion bien terrestre et bien matérialiste, une image limitée à leurs intérêts patriotiques. Ce manque de spiritualité des apôtres montre à quel point ils ont besoin de l’aide du Saint Esprit. Non seulement les 40 jours de catéchisme entre Pâques et l’Ascension ont été inutiles, mais en plus ils ont oublié toute leur formation initiale, une formation de trois ans tout de même ! Ils ont oublié la réponse donnée par leur Maître à la question des Pharisiens, bien proche de la leur : « Quand viendra le Règne de Dieu ? » « La venue du Royaume de Dieu ne fait pas l’objet d’un constat. On ne va pas dire : Il est ici ! Il est là ! Et voyez, le Royaume de Dieu est au milieu de vous. » Entre les apôtres au jour de l’Ascension et le pape Grégoire le Grand au 6ème siècle quel progrès spirituel ! Ce grand pape enseignait que « le ciel, c’est l’âme du juste ». C’est l’œuvre du Saint Esprit dans son Eglise qui a permis ce grand bond en avant, ce passage d’une religion matérialiste et nationaliste à une religion intérieure et universelle.
Nous fêtons donc Jésus qui monte au ciel. Essayons de traduire cette image. Nous fêtons Jésus glorieux qui disparaît à nos yeux de chair et qui introduit définitivement notre humanité dans la vie et la gloire de la Sainte Trinité. Le ciel, c’est Dieu Trinité. Jésus semble disparaître, mais il ne devient pas absent pour autant. Il sera présent par le don de l’Esprit, il sera présent dans son Eglise et dans le monde d’une nouvelle manière, à la manière du Ressuscité. Il ne connaîtra plus la limitation propre à ceux qui doivent encore passer par la mort : les limites du temps et de l’espace.
En montant au ciel, le Seigneur nous invite, comme il le fit pour ses apôtres autrefois, à un double passage. Nous devons passer tout d’abord du particulier à l’universel. Eux rêvaient de rétablir la royauté en Israël. Lui leur répond en leur donnant une mission universelle : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Nous devons ensuite passer d’une religion extérieure à l’intériorité de la foi. Et cela justement par le don de l’Esprit Saint, force venue d’en haut. Dans l’Evangile il nous est dit que les Apôtres étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu. Quelques années plus tard ce temple sera réduit à néant par les armées romaines. Alors les premiers chrétiens pourront comprendre le sens de la lettre aux Hébreux : « C’est avec pleine assurance que nous pouvons entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus : nous avons là une voie nouvelle et vivante… Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère, et dans la certitude que donne la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. »
Depuis l’Ascension et la Pentecôte, Jésus veut être présent dans notre âme. Il n’est jamais absent. C’est nous qui nous rendons absents à cette présence intérieure, à cette inhabitation divine.
L’Esprit du Christ Ressuscité ne cesse de nous redire intérieurement : « Le ciel, c’est l’âme du juste. » Selon les belles paroles de Maurice Zundel, « le ciel, on n’y entre pas, il faut le devenir. »
Amen
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
lundi 21 mai 2007
lundi 14 mai 2007
6ème dimanche de Pâques
6ème dimanche de Pâques / C
13 mai 2007
Jean 14, 23-29 (page 685)
« C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne. »
Le président de l’eucharistie redit ces paroles de Jésus avant la communion. Ces paroles qui font partie du testament du Seigneur dans l’Evangile selon saint Jean. C’est à l’heure où Jésus passe de ce monde à son Père qu’il prononce ces paroles en présence de ses apôtres. Jésus a vécu en pauvre. Il n’avait aucun bien matériel à laisser à ses disciples. L’héritage de Jésus c’est le Royaume de Dieu. Et l’un des biens les plus précieux de ce Royaume c’est la paix.
Tous nous désirons ardemment cette paix, nous pressentons qu’elle est le bien suprême. Nous savons aussi par expérience à quel point nous nous rendons incapables de l’accueillir dans nos vies et de la rayonner autour de nous. « Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » Nous sommes avertis. Nous ne devons pas confondre la paix selon le monde et la paix spirituelle. Qu’est-ce que la paix selon le monde ? L’absence de guerres, de conflits, de tensions, de disputes etc. Et pour obtenir cette absence de guerres quelle est la méthode du monde ? Pas seulement la diplomatie et la discussion… Mais aussi la dissuasion par la possession d’armes plus performantes que celles du voisin ! Cette paix selon le monde est plus que fragile car elle s’appuie sur un délicat équilibre des forces. Cette paix est fragile car elle ne vient pas de l’amour mais de la crainte. Ce qui est vrai à l’échelle de la planète peut aussi se vérifier à l’échelle des relations humaines qu’elles soient politiques, professionnelles ou familiales… La paix selon le monde n’est souvent qu’une paix de façade, une paix hypocrite. Nous savons combien il est facile d’acheter cette paix là par des menaces ou au contraire par des récompenses. C’est la méthode du bâton et de la carotte pour que surtout il n’y ait pas de vagues, pour que toute opposition ou contestation devienne impossible. Bref la paix selon le monde ressemble parfois à la paix des dictatures.
La paix de Jésus, elle, ne s’achète pas, elle se reçoit comme un don, comme un héritage sacré. La paix de Jésus n’est pas superficielle. Elle est au contraire intérieure, spirituelle. Cette paix est l’un des plus beaux dons du mystère pascal et c’est dans l’Esprit Saint que nous la recevons et la rayonnons autour de nous. La paix spirituelle n’exclut pas les conflits et les tensions. Car cette paix ne peut pas aller contre la vérité et la justice. Le prophète Jérémie avait dénoncé en son temps les faux prophètes : « Ils ne font que recouvrir la blessure de mon peuple, ils disent : ‘Ce sera la paix !’ quand il n’y a pas de paix. » Quelle est donc la « méthode » évangélique pour recevoir ce don de la paix, pour en vivre et le rayonner ? Nous avons un début de réponse dans la première partie de l’Evangile de ce dimanche : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » Ce qui est donc premier c’est l’amour de Jésus et à la fidélité à son Evangile. Alors la Sainte Trinité vient faire sa demeure en nous, alors nous goûtons la paix que seul Dieu peut nous donner par sa présence. L’expérience de la paix chrétienne est une expérience spirituelle : sans la vie de prière, sans l’aide des sacrements, particulièrement la grâce du sacrement du pardon, nous ne pouvons pas goûter cette paix donnée par le Seigneur. Vivre de cette paix divine suppose de notre part l’humilité, c’est-à-dire la vérité par rapport à notre incapacité d’y arriver par nos propres forces. En reconnaissant notre péché, nos fautes, nos chutes, nos faiblesses, et en demandant le pardon de Dieu nous nous réconcilions. Non seulement avec Dieu notre Père, mais aussi avec nos frères en humanité et avec nous-mêmes. Les guerres les plus terribles sont parfois celles qui nous déchirent intérieurement. La paix chrétienne est donc à la fois un don et une exigence pour nous. Nous savons bien que la plupart des blessures infligées à la paix proviennent de l’égoïsme, de l’injustice et de l’orgueil. Chaque fois qu’avec le Christ nous sommes victorieux de ces travers humains nous faisons progresser non seulement en nous mais dans le monde entier la cause de la paix.
En ce mois de Marie comment ne pas évoquer celle que nous appelons avec raison la reine de la paix ? Oui, Marie est vraiment la reine de la paix parce qu’elle a toujours accompli la volonté du Seigneur, parce qu’elle a été l’humble servante du Seigneur. Tout chrétien qui prie Marie, particulièrement dans la méditation des mystères du chapelet, sait à quel point il est rempli de la paix du Seigneur. Contempler avec Marie les mystères de la vie du Seigneur est une méthode sûre et simple pour recevoir pleinement le don de la paix et le rayonner autour de nous. Que Marie intercède pour nous, ses enfants, afin que nous vivions toujours plus la béatitude de la paix !
« Heureux ceux qui sèment la paix, ils seront appelés enfants de Dieu. »
Amen
13 mai 2007
Jean 14, 23-29 (page 685)
« C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne. »
Le président de l’eucharistie redit ces paroles de Jésus avant la communion. Ces paroles qui font partie du testament du Seigneur dans l’Evangile selon saint Jean. C’est à l’heure où Jésus passe de ce monde à son Père qu’il prononce ces paroles en présence de ses apôtres. Jésus a vécu en pauvre. Il n’avait aucun bien matériel à laisser à ses disciples. L’héritage de Jésus c’est le Royaume de Dieu. Et l’un des biens les plus précieux de ce Royaume c’est la paix.
Tous nous désirons ardemment cette paix, nous pressentons qu’elle est le bien suprême. Nous savons aussi par expérience à quel point nous nous rendons incapables de l’accueillir dans nos vies et de la rayonner autour de nous. « Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » Nous sommes avertis. Nous ne devons pas confondre la paix selon le monde et la paix spirituelle. Qu’est-ce que la paix selon le monde ? L’absence de guerres, de conflits, de tensions, de disputes etc. Et pour obtenir cette absence de guerres quelle est la méthode du monde ? Pas seulement la diplomatie et la discussion… Mais aussi la dissuasion par la possession d’armes plus performantes que celles du voisin ! Cette paix selon le monde est plus que fragile car elle s’appuie sur un délicat équilibre des forces. Cette paix est fragile car elle ne vient pas de l’amour mais de la crainte. Ce qui est vrai à l’échelle de la planète peut aussi se vérifier à l’échelle des relations humaines qu’elles soient politiques, professionnelles ou familiales… La paix selon le monde n’est souvent qu’une paix de façade, une paix hypocrite. Nous savons combien il est facile d’acheter cette paix là par des menaces ou au contraire par des récompenses. C’est la méthode du bâton et de la carotte pour que surtout il n’y ait pas de vagues, pour que toute opposition ou contestation devienne impossible. Bref la paix selon le monde ressemble parfois à la paix des dictatures.
La paix de Jésus, elle, ne s’achète pas, elle se reçoit comme un don, comme un héritage sacré. La paix de Jésus n’est pas superficielle. Elle est au contraire intérieure, spirituelle. Cette paix est l’un des plus beaux dons du mystère pascal et c’est dans l’Esprit Saint que nous la recevons et la rayonnons autour de nous. La paix spirituelle n’exclut pas les conflits et les tensions. Car cette paix ne peut pas aller contre la vérité et la justice. Le prophète Jérémie avait dénoncé en son temps les faux prophètes : « Ils ne font que recouvrir la blessure de mon peuple, ils disent : ‘Ce sera la paix !’ quand il n’y a pas de paix. » Quelle est donc la « méthode » évangélique pour recevoir ce don de la paix, pour en vivre et le rayonner ? Nous avons un début de réponse dans la première partie de l’Evangile de ce dimanche : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » Ce qui est donc premier c’est l’amour de Jésus et à la fidélité à son Evangile. Alors la Sainte Trinité vient faire sa demeure en nous, alors nous goûtons la paix que seul Dieu peut nous donner par sa présence. L’expérience de la paix chrétienne est une expérience spirituelle : sans la vie de prière, sans l’aide des sacrements, particulièrement la grâce du sacrement du pardon, nous ne pouvons pas goûter cette paix donnée par le Seigneur. Vivre de cette paix divine suppose de notre part l’humilité, c’est-à-dire la vérité par rapport à notre incapacité d’y arriver par nos propres forces. En reconnaissant notre péché, nos fautes, nos chutes, nos faiblesses, et en demandant le pardon de Dieu nous nous réconcilions. Non seulement avec Dieu notre Père, mais aussi avec nos frères en humanité et avec nous-mêmes. Les guerres les plus terribles sont parfois celles qui nous déchirent intérieurement. La paix chrétienne est donc à la fois un don et une exigence pour nous. Nous savons bien que la plupart des blessures infligées à la paix proviennent de l’égoïsme, de l’injustice et de l’orgueil. Chaque fois qu’avec le Christ nous sommes victorieux de ces travers humains nous faisons progresser non seulement en nous mais dans le monde entier la cause de la paix.
En ce mois de Marie comment ne pas évoquer celle que nous appelons avec raison la reine de la paix ? Oui, Marie est vraiment la reine de la paix parce qu’elle a toujours accompli la volonté du Seigneur, parce qu’elle a été l’humble servante du Seigneur. Tout chrétien qui prie Marie, particulièrement dans la méditation des mystères du chapelet, sait à quel point il est rempli de la paix du Seigneur. Contempler avec Marie les mystères de la vie du Seigneur est une méthode sûre et simple pour recevoir pleinement le don de la paix et le rayonner autour de nous. Que Marie intercède pour nous, ses enfants, afin que nous vivions toujours plus la béatitude de la paix !
« Heureux ceux qui sèment la paix, ils seront appelés enfants de Dieu. »
Amen
lundi 7 mai 2007
5ème dimanche de Pâques
5ème dimanche de Pâques / C
6 mai 2007
Jean 13, 34.35 (page 641)
« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. » L’évangéliste Jean nous présente le commandement de l’amour fraternel d’une manière originale par rapport aux autres évangélistes. Il situe la parole de Jésus sur ce commandement lors de la dernière cène, le soir du jeudi saint, après le geste significatif du lavement des pieds. Ce qui donne à ce commandement une valeur de testament. En outre Jean ne mentionne ici que l’amour envers le prochain.
Regardons rapidement les évangiles synoptiques pour mieux saisir l’originalité du quatrième évangile sur ce point. Les autres évangélistes situent la parole sur le commandement de l’amour pendant la vie publique du Seigneur. Chez eux elle va toujours de pair avec le commandement de l’amour envers Dieu. Enfin la parole sur le commandement de l’amour est une réponse à une question. Chez Matthieu c’est un pharisien qui veut mettre Jésus à l’épreuve en lui posant la question suivante : « Maître, quel est le grand commandement de la Loi ? » Chez Marc c’est un maître de la Loi qui pose la question au Seigneur : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Quant à Luc il présente la question d’une manière différente et la met dans la bouche d’un maître de la Loi qui veut embarrasser Jésus : « Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? »
Nous comprenons à quel point Jean est l’évangéliste du commandement nouveau. Toute la première lettre de Jean est un développement sur ce même commandement. Et c’est dans cette lettre que le rapport entre amour de Dieu et amour du prochain est mis en lumière. Jean redit à sa manière l’enseignement des autres évangélistes : l’amour de Dieu et l’amour du prochain sont deux réalités interdépendantes. Ces deux commandements n’en font qu’un un peu à la manière des deux faces d’une médaille : « Quand nous aimons Dieu et faisons ce qu’il nous demande, nous savons que nous aimons aussi les enfants de Dieu » Pour le disciple bien-aimé on ne peut pas séparer la connaissance de Jésus de l’amour donc de la mise en pratique de ses commandements : « Et voilà comment nous saurons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui prétend le connaître et ne garde pas ses commandements est un menteur : la vérité n’est pas chez lui. Mais si quelqu’un garde sa parole, c’est chez lui que l’amour de Dieu est vraiment achevé. » L’amour du prochain est donc le test infaillible de l’authenticité de notre foi chrétienne.
« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » L’amour chrétien comme l’amour du chrétien est toujours une imitation du Christ. C’est un amour à la manière du Christ. Et quelle est donc cette manière ? Jean nous le dit dans sa première lettre : « Lui, il a donné sa vie pour nous, et c’est là que nous avons connu l’amour. Aussi nous-mêmes, nous devons donner notre vie pour nos frères. » Le mouvement de l’amour chrétien est tout entier dans le don. Il est inconciliable avec l’égoïsme et l’égocentrisme. Et Jean nous met bien en garde contre une vision théorique de ce que doit être notre amour du prochain : « Mes enfants, n’aimons pas seulement en paroles, avec nos lèvres, mais en vérité, avec des œuvres. » Si nous sommes avares de notre temps, de notre argent et de nos biens, alors nous ne sommes pas dans le réalisme de l’amour. Si nous sommes refermés sur nous-mêmes, calfeutrés dans notre confort et nos habitudes, alors nous risquons bien de fermer notre cœur à la relation avec notre prochain. Sans ouverture du cœur et des mains, nous ne pouvons pas suivre le Christ.
« Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » Pour Jésus nous ne pouvons pas donner de plus grand témoignage de notre foi que celui de l’amour fraternel. Le plus grand obstacle à l’évangélisation se trouve dans les mesquineries, les jalousies, les querelles et les divisions qui peuvent saper la vie de nos communautés chrétiennes. Pourquoi l’amour fraternel est-il le témoignage suprême ? Tout simplement parce que « personne n’a jamais contemplé Dieu, mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour s’épanouit au milieu de nous. »
L’Evangile de ce 5ème dimanche de Pâques est vraiment pascal. Parce que l’amour fraternel est source de vie. Il est le signe que grâce au Christ et avec Lui nous sommes déjà vainqueurs du péché et de la mort : « Nous voyons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères ; celui qui n’aime pas reste en état de mort » Le commandement que Jésus nous donne avant sa Passion est nouveau. Jean nous explique pourquoi : « Il est vraiment neuf en Jésus et chez nous, et déjà les ténèbres reculent cependant que luit la vraie lumière . » L’événement de Pâques fait mentir l’Ecclésiaste selon lequel il n’y a rien de nouveau sous le soleil : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »
Amen
6 mai 2007
Jean 13, 34.35 (page 641)
« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. » L’évangéliste Jean nous présente le commandement de l’amour fraternel d’une manière originale par rapport aux autres évangélistes. Il situe la parole de Jésus sur ce commandement lors de la dernière cène, le soir du jeudi saint, après le geste significatif du lavement des pieds. Ce qui donne à ce commandement une valeur de testament. En outre Jean ne mentionne ici que l’amour envers le prochain.
Regardons rapidement les évangiles synoptiques pour mieux saisir l’originalité du quatrième évangile sur ce point. Les autres évangélistes situent la parole sur le commandement de l’amour pendant la vie publique du Seigneur. Chez eux elle va toujours de pair avec le commandement de l’amour envers Dieu. Enfin la parole sur le commandement de l’amour est une réponse à une question. Chez Matthieu c’est un pharisien qui veut mettre Jésus à l’épreuve en lui posant la question suivante : « Maître, quel est le grand commandement de la Loi ? » Chez Marc c’est un maître de la Loi qui pose la question au Seigneur : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Quant à Luc il présente la question d’une manière différente et la met dans la bouche d’un maître de la Loi qui veut embarrasser Jésus : « Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? »
Nous comprenons à quel point Jean est l’évangéliste du commandement nouveau. Toute la première lettre de Jean est un développement sur ce même commandement. Et c’est dans cette lettre que le rapport entre amour de Dieu et amour du prochain est mis en lumière. Jean redit à sa manière l’enseignement des autres évangélistes : l’amour de Dieu et l’amour du prochain sont deux réalités interdépendantes. Ces deux commandements n’en font qu’un un peu à la manière des deux faces d’une médaille : « Quand nous aimons Dieu et faisons ce qu’il nous demande, nous savons que nous aimons aussi les enfants de Dieu » Pour le disciple bien-aimé on ne peut pas séparer la connaissance de Jésus de l’amour donc de la mise en pratique de ses commandements : « Et voilà comment nous saurons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui prétend le connaître et ne garde pas ses commandements est un menteur : la vérité n’est pas chez lui. Mais si quelqu’un garde sa parole, c’est chez lui que l’amour de Dieu est vraiment achevé. » L’amour du prochain est donc le test infaillible de l’authenticité de notre foi chrétienne.
« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » L’amour chrétien comme l’amour du chrétien est toujours une imitation du Christ. C’est un amour à la manière du Christ. Et quelle est donc cette manière ? Jean nous le dit dans sa première lettre : « Lui, il a donné sa vie pour nous, et c’est là que nous avons connu l’amour. Aussi nous-mêmes, nous devons donner notre vie pour nos frères. » Le mouvement de l’amour chrétien est tout entier dans le don. Il est inconciliable avec l’égoïsme et l’égocentrisme. Et Jean nous met bien en garde contre une vision théorique de ce que doit être notre amour du prochain : « Mes enfants, n’aimons pas seulement en paroles, avec nos lèvres, mais en vérité, avec des œuvres. » Si nous sommes avares de notre temps, de notre argent et de nos biens, alors nous ne sommes pas dans le réalisme de l’amour. Si nous sommes refermés sur nous-mêmes, calfeutrés dans notre confort et nos habitudes, alors nous risquons bien de fermer notre cœur à la relation avec notre prochain. Sans ouverture du cœur et des mains, nous ne pouvons pas suivre le Christ.
« Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » Pour Jésus nous ne pouvons pas donner de plus grand témoignage de notre foi que celui de l’amour fraternel. Le plus grand obstacle à l’évangélisation se trouve dans les mesquineries, les jalousies, les querelles et les divisions qui peuvent saper la vie de nos communautés chrétiennes. Pourquoi l’amour fraternel est-il le témoignage suprême ? Tout simplement parce que « personne n’a jamais contemplé Dieu, mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour s’épanouit au milieu de nous. »
L’Evangile de ce 5ème dimanche de Pâques est vraiment pascal. Parce que l’amour fraternel est source de vie. Il est le signe que grâce au Christ et avec Lui nous sommes déjà vainqueurs du péché et de la mort : « Nous voyons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères ; celui qui n’aime pas reste en état de mort » Le commandement que Jésus nous donne avant sa Passion est nouveau. Jean nous explique pourquoi : « Il est vraiment neuf en Jésus et chez nous, et déjà les ténèbres reculent cependant que luit la vraie lumière . » L’événement de Pâques fait mentir l’Ecclésiaste selon lequel il n’y a rien de nouveau sous le soleil : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »
Amen
vendredi 27 avril 2007
3ème dimanche de Pâques
3ème dimanche de Pâques / C
22 avril 07
Jean 21, 1-19 (page 546)
La page évangélique de ce dimanche est magnifique. Jean nous rapporte la troisième manifestation du Ressuscité à ses disciples : nous ne sommes pas à Jérusalem mais au bord du lac de Tibériade, bien plus au nord, en Galilée. Souvenons-nous du message adressé par un jeune homme aux saintes femmes dans le tombeau vide : « Allez dire à ses disciples, et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée ; là vous le verrez comme il vous l’a dit. » Matthieu parle d’une montagne alors que Jean situe ces retrouvailles au bord du lac. Tout avait commencé en Galilée, la première prédication du Christ, l’appel des premiers disciples, et voilà que tout s’accomplit dans cette même province. L’évènement de la Résurrection n’efface pas l’histoire, ce qui a été vécu et partagé entre le Seigneur et ses disciples. La Pâque de Jésus accomplit au contraire tout leur compagnonnage avec le Christ. En Galilée le Ressuscité retrouve ses disciples pour un nouveau départ, pour une nouvelle aventure : celle de la foi et de la mission. A partir de l’Ascension il ne sera plus visible à leurs yeux de chair. Ce que les Evangiles synoptiques placent pendant la vie publique de Jésus, la pêche miraculeuse , Jean le situe après Pâque. Cette pêche surabondante permet à Jean de reconnaître cet homme qui les rejoint au bord du lac : « C’est le Seigneur ! » Jean est toujours le premier à croire, et il entraîne Pierre à sa suite. Ce dernier toujours aussi impulsif se jette à l’eau pour rejoindre le Seigneur à la nage. La suite du récit est touchante de simplicité et d’humanité : voilà Jésus qui invite ses apôtres à partager un repas. Nous savons bien qu’un corps entré dans la gloire comme celui du Ressuscité n’a plus besoin de nourriture pour vivre. Et pourtant Jésus se plie à ce rituel humain pour rejoindre ses disciples, sans paroles, mais en partageant avec eux, gratuitement, un moment de convivialité. « Aucun des disciples n’osait lui demander : ‘Qui es-tu ?’ Ils savaient que c’était le Seigneur. » La pêche miraculeuse et le repas au bord du lac ont permis chez eux la reconnaissance de la foi. La suite de l’Evangile va nous conduire de la profession de foi à la déclaration d’amour.
Ce dialogue entre le Seigneur et Simon, fils de Jean, est très beau. Ce que Matthieu plaçait pendant la vie publique de Jésus , Jean le situe, une fois encore, après le mystère pascal. Pour Matthieu c’est la foi de Pierre qui est importante. Pour Jean c’est son amour pour le Seigneur. Jésus Ressuscité donne véritablement à Simon-Pierre sa vocation, c’est-à-dire le sens de sa vie. S’il le fait en lui posant trois questions, ce n’est pas pour le culpabiliser en lui rappelant son triple manque de foi, son triple reniement. C’est plutôt pour lui signifier que sa mission de chef de l’Eglise ne repose pas sur ses mérites mais sur la miséricorde et le pardon de son Maître et Seigneur. C’est aussi pour permettre à Pierre de réparer par l’amour ce que le manque de foi avait brisé. Les trois questions ont l’air quasiment identiques.
Seule la première comporte la précision : « Plus que ceux-ci ». Ce qui signifie que dans l’Eglise la responsabilité et le ministère doivent aller de pair avec la ferveur de l’amour : ce qui compte avant toutes choses pour un apôtre c’est son attachement sincère au Christ. Le « plus que ceux-ci » n’est pas un appel à la comparaison avec les autres mais un appel à la perfection de l’amour. D’ailleurs Pierre le comprend bien. Il ne répond pas : « Je t’aime plus que tous les autres ». Ce qui serait de l’orgueil. Sa propre expérience lui a servi de leçon. Il se souvient avoir dit à Jésus, avant l’épreuve de la Passion : « Même si tous doutent de toi et chutent, moi non ! » L’humilité est indispensable pour exercer un service dans l’Eglise : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais ».
Ceux qui ont la chance de pouvoir lire notre Evangile dans le texte grec savent que le verbe « aimer » en français traduit des expressions différentes en grec. Pour les deux premières questions, Jésus utilise le verbe « aimer » dans le sens d’ « Agapè ». Il s’agit ici de l’amour divin, l’amour même de Dieu, qui est d’abord don, gratuité. Pierre, m’aimes-tu de cet amour divin ? Pierre est devenu humble, et il répond en disant : Je t’aime, Seigneur, d’un amour d’amitié (« Philia »). A cette humilité de Pierre, Jésus répond en se mettant à son niveau lors de sa troisième question : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes d’un amour d’amitié ? » Et Pierre renouvelle l’expression de son amour pour le Seigneur, certes imparfaite, mais sincère et forte.
La prophétie de Jésus sur la mort de son apôtre nous montre que cet amour proclamé au bord du lac ne cessera de grandir. En gouvernant la première Eglise selon l’Esprit du Ressuscité, Pierre grandira dans sa vie de foi, d’espérance et de charité. Le Seigneur s’était contenté de son amour d’amitié pour lui faire confiance, pour lui confier une très grande mission. A la fin, au moment du martyre, cet amour d’amitié sera pleinement un amour « Agapè ». En donnant sa vie pour la foi et pour l’Eglise, Pierre, l’humble pécheur du lac, imitera l’amour même du Christ. Non pas par ses forces humaines, mais par la grâce et la vie de Jésus ressuscité en lui.
Amen
22 avril 07
Jean 21, 1-19 (page 546)
La page évangélique de ce dimanche est magnifique. Jean nous rapporte la troisième manifestation du Ressuscité à ses disciples : nous ne sommes pas à Jérusalem mais au bord du lac de Tibériade, bien plus au nord, en Galilée. Souvenons-nous du message adressé par un jeune homme aux saintes femmes dans le tombeau vide : « Allez dire à ses disciples, et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée ; là vous le verrez comme il vous l’a dit. » Matthieu parle d’une montagne alors que Jean situe ces retrouvailles au bord du lac. Tout avait commencé en Galilée, la première prédication du Christ, l’appel des premiers disciples, et voilà que tout s’accomplit dans cette même province. L’évènement de la Résurrection n’efface pas l’histoire, ce qui a été vécu et partagé entre le Seigneur et ses disciples. La Pâque de Jésus accomplit au contraire tout leur compagnonnage avec le Christ. En Galilée le Ressuscité retrouve ses disciples pour un nouveau départ, pour une nouvelle aventure : celle de la foi et de la mission. A partir de l’Ascension il ne sera plus visible à leurs yeux de chair. Ce que les Evangiles synoptiques placent pendant la vie publique de Jésus, la pêche miraculeuse , Jean le situe après Pâque. Cette pêche surabondante permet à Jean de reconnaître cet homme qui les rejoint au bord du lac : « C’est le Seigneur ! » Jean est toujours le premier à croire, et il entraîne Pierre à sa suite. Ce dernier toujours aussi impulsif se jette à l’eau pour rejoindre le Seigneur à la nage. La suite du récit est touchante de simplicité et d’humanité : voilà Jésus qui invite ses apôtres à partager un repas. Nous savons bien qu’un corps entré dans la gloire comme celui du Ressuscité n’a plus besoin de nourriture pour vivre. Et pourtant Jésus se plie à ce rituel humain pour rejoindre ses disciples, sans paroles, mais en partageant avec eux, gratuitement, un moment de convivialité. « Aucun des disciples n’osait lui demander : ‘Qui es-tu ?’ Ils savaient que c’était le Seigneur. » La pêche miraculeuse et le repas au bord du lac ont permis chez eux la reconnaissance de la foi. La suite de l’Evangile va nous conduire de la profession de foi à la déclaration d’amour.
Ce dialogue entre le Seigneur et Simon, fils de Jean, est très beau. Ce que Matthieu plaçait pendant la vie publique de Jésus , Jean le situe, une fois encore, après le mystère pascal. Pour Matthieu c’est la foi de Pierre qui est importante. Pour Jean c’est son amour pour le Seigneur. Jésus Ressuscité donne véritablement à Simon-Pierre sa vocation, c’est-à-dire le sens de sa vie. S’il le fait en lui posant trois questions, ce n’est pas pour le culpabiliser en lui rappelant son triple manque de foi, son triple reniement. C’est plutôt pour lui signifier que sa mission de chef de l’Eglise ne repose pas sur ses mérites mais sur la miséricorde et le pardon de son Maître et Seigneur. C’est aussi pour permettre à Pierre de réparer par l’amour ce que le manque de foi avait brisé. Les trois questions ont l’air quasiment identiques.
Seule la première comporte la précision : « Plus que ceux-ci ». Ce qui signifie que dans l’Eglise la responsabilité et le ministère doivent aller de pair avec la ferveur de l’amour : ce qui compte avant toutes choses pour un apôtre c’est son attachement sincère au Christ. Le « plus que ceux-ci » n’est pas un appel à la comparaison avec les autres mais un appel à la perfection de l’amour. D’ailleurs Pierre le comprend bien. Il ne répond pas : « Je t’aime plus que tous les autres ». Ce qui serait de l’orgueil. Sa propre expérience lui a servi de leçon. Il se souvient avoir dit à Jésus, avant l’épreuve de la Passion : « Même si tous doutent de toi et chutent, moi non ! » L’humilité est indispensable pour exercer un service dans l’Eglise : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais ».
Ceux qui ont la chance de pouvoir lire notre Evangile dans le texte grec savent que le verbe « aimer » en français traduit des expressions différentes en grec. Pour les deux premières questions, Jésus utilise le verbe « aimer » dans le sens d’ « Agapè ». Il s’agit ici de l’amour divin, l’amour même de Dieu, qui est d’abord don, gratuité. Pierre, m’aimes-tu de cet amour divin ? Pierre est devenu humble, et il répond en disant : Je t’aime, Seigneur, d’un amour d’amitié (« Philia »). A cette humilité de Pierre, Jésus répond en se mettant à son niveau lors de sa troisième question : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes d’un amour d’amitié ? » Et Pierre renouvelle l’expression de son amour pour le Seigneur, certes imparfaite, mais sincère et forte.
La prophétie de Jésus sur la mort de son apôtre nous montre que cet amour proclamé au bord du lac ne cessera de grandir. En gouvernant la première Eglise selon l’Esprit du Ressuscité, Pierre grandira dans sa vie de foi, d’espérance et de charité. Le Seigneur s’était contenté de son amour d’amitié pour lui faire confiance, pour lui confier une très grande mission. A la fin, au moment du martyre, cet amour d’amitié sera pleinement un amour « Agapè ». En donnant sa vie pour la foi et pour l’Eglise, Pierre, l’humble pécheur du lac, imitera l’amour même du Christ. Non pas par ses forces humaines, mais par la grâce et la vie de Jésus ressuscité en lui.
Amen
lundi 16 avril 2007
Deuxième dimanche de Pâques
Deuxième dimanche de Pâques / C
15 avril 07 (page 494)
Jean 20, 19-31
Il est toujours enrichissant de lire et de méditer la Parole de Dieu dans son contexte. Ce qui implique de ne pas isoler le texte évangélique qui nous est proposé par la liturgie dominicale…
L’Evangile de ce dimanche appartient au chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean. Dimanche dernier, nous avons entendu le commencement de ce chapitre. Marie de Magdala se rend au tombeau à l’aube, et annonce aux apôtres Pierre et Jean son étrange découverte : la pierre qui fermait l’entrée du tombeau a été enlevée… Puis c’est la manifestation du Ressuscité à Marie Madeleine. C’est bien la pécheresse convertie, Marie Madeleine, qui est au centre du récit pascal du quatrième Evangile. De l’aube nous passons au crépuscule du même jour, puis une semaine plus tard avec la présence de Thomas. Il y a un contraste évident entre la situation du matin et celle du soir. Marie constate que la pierre qui fermait le tombeau a été enlevée… Jésus constate que ses apôtres se sont enfermés par peur des Juifs. Ils ont verrouillé les portes du lieu où ils se trouvaient. Le tombeau de Jésus est bel et bien vide, ouvert. Et voilà que ses apôtres s’enterrent en quelque sorte, emmurés par la peur. Le ressuscité est sorti vivant du tombeau ; ses disciples s’emmurent en refusant d’affronter la vie extérieure. Le matin, Jean voit et croit. Le signe du tombeau ouvert et des linges funéraires suffit à ouvrir son cœur à l’intelligence des Ecritures. Marie Madeleine est aussi une femme de foi. Et voilà que l’absence de Thomas va introduire l’incrédulité au sein du récit de Pâques. Huit jours plus tard, le ressuscité se manifeste à nouveau dans le « tombeau de ses apôtres », car les portes sont toujours verrouillées… Ils sont toujours dans la crainte malgré la manifestation du Ressuscité et le don de l’Esprit. Le Vivant revient pour son apôtre Thomas et se manifeste à lui dans sa miséricorde et dans sa délicatesse. Pour Jean le signe du tombeau vide et des linges suffisait. Pour Thomas il en faut davantage : lui veut voir et toucher avant de croire. « Cesse d’être incrédule, sois croyant » ; « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » : telles sont les paroles fortes qui résonnent dans la maison des apôtres, paralysés par la peur.
Et cela nous amène à lire cette page évangélique dans un contexte encore plus large. Remontons, dans le même Evangile, au chapitre 14. Les paroles du Christ sont, dans tout ce chapitre, un appel à la foi et à la confiance, une préparation au mystère pascal : « Que votre cœur ne se trouble pas : croyez en Dieu et croyez aussi en moi. […] Ne restez pas dans le trouble et dans la crainte. » Les apôtres semblent avoir tout oublié. Ils n’ont pas profité de cette préparation spirituelle que Jésus leur avait donnée avant sa Passion et sa mort en croix. Le Maître et Seigneur leur avait alors promis de ne pas les laisser orphelins, de leur envoyer l’Esprit Saint. Il leur avait même déjà donné, comme par avance, le don de Pâques pour que leurs coeurs ne se troublent pas dans le scandale de la Passion : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Vous avez appris ce que je vous ai dit, que je m’en vais et je reviens vers vous. »
Le soir de Pâques, le Seigneur renouvelle ce don merveilleux de la paix spirituelle : « La paix soit avec vous ! » En ce dimanche de la divine miséricorde, relevons comment le Seigneur associe au don de l’Esprit le pouvoir de remettre les péchés. Ce pouvoir spirituel est apostolique. Et la rémission des péchés semble être comme le premier fruit, le fruit essentiel, de la victoire de Pâques. Le ministère de la réconciliation est central dans la mission de l’Eglise. Satan nous trompe et nous met dans l’illusion : c’est lorsque tu pèches que tu es vraiment libre ! C’est lorsque tu te rends indépendant de Dieu, que tu exerces ta liberté ! L’enfermement des apôtres dans leur cénacle est probablement le signe de leur péché qui est d’abord un manque de confiance en Dieu, un manque de foi. S’ils avaient été vraiment libres, ils n’auraient pas eu peur des Juifs. C’est l’Esprit qui, peu à peu, va les éduquer dans cette liberté spirituelle. Elle ira pour la plupart d’entre eux jusqu’au martyre, manifestation suprême de la liberté chrétienne.
Je conclurai en revenant sur l’absence de Thomas, le soir de Pâques. On ne nous dit pas pourquoi il était absent. En tout cas il n’était pas enfermé avec ses frères dans la maison. C’est peut-être le signe que Thomas était le seul apôtre qui n’avait pas peur ! Il ne donne pas sa foi facilement, mais il est probablement plus courageux que les autres. Bref il n’a pas que des défauts. Thomas l’incrédule ne serait-il pas aussi Thomas l’audacieux ?
Dans le corps du Christ, nous sommes des membres différents les uns des autres. Dans le souffle de l’Esprit, essayons de voir toujours en premier ce qui ouvre un chemin de liberté. Rendons grâce, sans jalousie ni rivalité, pour les dons et les talents de nos frères dans la foi, pour la variété de ces mêmes dons ! Evitons d’enfermer, d’emmurer nos frères dans le tombeau de leurs défauts et de leurs péchés. Soyons miséricordieux comme Jésus est miséricordieux pour chacun d’entre nous. Respectons le rythme de nos frères, acceptons avec patience ce que nous considérons comme leurs lenteurs. Et surtout redisons au ressuscité notre acte de foi :
« Jésus, j’ai confiance en toi ! »
Amen
15 avril 07 (page 494)
Jean 20, 19-31
Il est toujours enrichissant de lire et de méditer la Parole de Dieu dans son contexte. Ce qui implique de ne pas isoler le texte évangélique qui nous est proposé par la liturgie dominicale…
L’Evangile de ce dimanche appartient au chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean. Dimanche dernier, nous avons entendu le commencement de ce chapitre. Marie de Magdala se rend au tombeau à l’aube, et annonce aux apôtres Pierre et Jean son étrange découverte : la pierre qui fermait l’entrée du tombeau a été enlevée… Puis c’est la manifestation du Ressuscité à Marie Madeleine. C’est bien la pécheresse convertie, Marie Madeleine, qui est au centre du récit pascal du quatrième Evangile. De l’aube nous passons au crépuscule du même jour, puis une semaine plus tard avec la présence de Thomas. Il y a un contraste évident entre la situation du matin et celle du soir. Marie constate que la pierre qui fermait le tombeau a été enlevée… Jésus constate que ses apôtres se sont enfermés par peur des Juifs. Ils ont verrouillé les portes du lieu où ils se trouvaient. Le tombeau de Jésus est bel et bien vide, ouvert. Et voilà que ses apôtres s’enterrent en quelque sorte, emmurés par la peur. Le ressuscité est sorti vivant du tombeau ; ses disciples s’emmurent en refusant d’affronter la vie extérieure. Le matin, Jean voit et croit. Le signe du tombeau ouvert et des linges funéraires suffit à ouvrir son cœur à l’intelligence des Ecritures. Marie Madeleine est aussi une femme de foi. Et voilà que l’absence de Thomas va introduire l’incrédulité au sein du récit de Pâques. Huit jours plus tard, le ressuscité se manifeste à nouveau dans le « tombeau de ses apôtres », car les portes sont toujours verrouillées… Ils sont toujours dans la crainte malgré la manifestation du Ressuscité et le don de l’Esprit. Le Vivant revient pour son apôtre Thomas et se manifeste à lui dans sa miséricorde et dans sa délicatesse. Pour Jean le signe du tombeau vide et des linges suffisait. Pour Thomas il en faut davantage : lui veut voir et toucher avant de croire. « Cesse d’être incrédule, sois croyant » ; « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » : telles sont les paroles fortes qui résonnent dans la maison des apôtres, paralysés par la peur.
Et cela nous amène à lire cette page évangélique dans un contexte encore plus large. Remontons, dans le même Evangile, au chapitre 14. Les paroles du Christ sont, dans tout ce chapitre, un appel à la foi et à la confiance, une préparation au mystère pascal : « Que votre cœur ne se trouble pas : croyez en Dieu et croyez aussi en moi. […] Ne restez pas dans le trouble et dans la crainte. » Les apôtres semblent avoir tout oublié. Ils n’ont pas profité de cette préparation spirituelle que Jésus leur avait donnée avant sa Passion et sa mort en croix. Le Maître et Seigneur leur avait alors promis de ne pas les laisser orphelins, de leur envoyer l’Esprit Saint. Il leur avait même déjà donné, comme par avance, le don de Pâques pour que leurs coeurs ne se troublent pas dans le scandale de la Passion : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Vous avez appris ce que je vous ai dit, que je m’en vais et je reviens vers vous. »
Le soir de Pâques, le Seigneur renouvelle ce don merveilleux de la paix spirituelle : « La paix soit avec vous ! » En ce dimanche de la divine miséricorde, relevons comment le Seigneur associe au don de l’Esprit le pouvoir de remettre les péchés. Ce pouvoir spirituel est apostolique. Et la rémission des péchés semble être comme le premier fruit, le fruit essentiel, de la victoire de Pâques. Le ministère de la réconciliation est central dans la mission de l’Eglise. Satan nous trompe et nous met dans l’illusion : c’est lorsque tu pèches que tu es vraiment libre ! C’est lorsque tu te rends indépendant de Dieu, que tu exerces ta liberté ! L’enfermement des apôtres dans leur cénacle est probablement le signe de leur péché qui est d’abord un manque de confiance en Dieu, un manque de foi. S’ils avaient été vraiment libres, ils n’auraient pas eu peur des Juifs. C’est l’Esprit qui, peu à peu, va les éduquer dans cette liberté spirituelle. Elle ira pour la plupart d’entre eux jusqu’au martyre, manifestation suprême de la liberté chrétienne.
Je conclurai en revenant sur l’absence de Thomas, le soir de Pâques. On ne nous dit pas pourquoi il était absent. En tout cas il n’était pas enfermé avec ses frères dans la maison. C’est peut-être le signe que Thomas était le seul apôtre qui n’avait pas peur ! Il ne donne pas sa foi facilement, mais il est probablement plus courageux que les autres. Bref il n’a pas que des défauts. Thomas l’incrédule ne serait-il pas aussi Thomas l’audacieux ?
Dans le corps du Christ, nous sommes des membres différents les uns des autres. Dans le souffle de l’Esprit, essayons de voir toujours en premier ce qui ouvre un chemin de liberté. Rendons grâce, sans jalousie ni rivalité, pour les dons et les talents de nos frères dans la foi, pour la variété de ces mêmes dons ! Evitons d’enfermer, d’emmurer nos frères dans le tombeau de leurs défauts et de leurs péchés. Soyons miséricordieux comme Jésus est miséricordieux pour chacun d’entre nous. Respectons le rythme de nos frères, acceptons avec patience ce que nous considérons comme leurs lenteurs. Et surtout redisons au ressuscité notre acte de foi :
« Jésus, j’ai confiance en toi ! »
Amen
dimanche 8 avril 2007
Dimanche de Pâques
Pâques
8 avril 07 (page 433)
Jean 20, 1-9
« Et voici que Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour. Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. » Nous venons d’entendre ces paroles de Pierre dans la première lecture. Cependant, pour la fête des fêtes, Pâques, l’Eglise n’a pas choisi comme Evangile une manifestation du Ressuscité à ses disciples… Chaque année nous entendons l’Evangile du tombeau ouvert et vide en saint Jean.
Alors que la nuit se transforme lentement en jour, Marie Madeleine se rend au tombeau. Contrairement aux Evangiles de Marc et de Luc, Jean ne nous dit pas le but de sa visite. Il est suivi sur ce point par Matthieu. Les deux autres évangélistes sont clairs. Ecoutons la version de Marc : « Une fois terminé le sabbat, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums afin d’embaumer le corps. » Dans le quatrième Evangile nous ne savons donc pas ce qui pousse Marie Madeleine à se rendre au tombeau de si bonne heure. A propos de Marie, relevons deux choses : c’est une femme et une ancienne pécheresse. Et c’est elle qui, la première, va constater que la grosse pierre qui ferme l’entrée du tombeau a été roulée : bref le tombeau est ouvert ! C’est curieux mais Jean ne nous dit pas que Marie a été voir l’intérieur du sépulcre. Elle retourne immédiatement en arrière pour annoncer la nouvelle à deux Apôtres : Pierre, et l’autre disciple, celui que Jésus aimait : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Marie parle de Jésus comme Seigneur, elle lui donne ainsi le titre divin. Elle n’annonce pas du tout la résurrection aux apôtres, elle parle tout simplement d’un enlèvement, d’un vol de cadavre.
Et voilà que Pierre et Jean se mettent, eux aussi, à courir, mais dans l’autre sens, pour constater ce que Marie vient de leur annoncer. Après le signe du tombeau ouvert, Jean, le plus rapide, découvre le signe des linges funéraires. Jean a couru plus vite certainement parce que son amour pour Jésus était le plus fort. Il est le disciple aimé du Seigneur. « Cependant il n’entre pas. » Il laisse la préséance à Pierre, celui que Jésus a choisi pour être le chef de son Eglise. Pierre, lui aussi, voit les linges, et c’est alors que l’autre disciple entre dans le sépulcre vide. Et là c’est comme un espèce d’éclair, une illumination subite : « Il vit et il crut. » Le signe du linceul ouvre à Jean l’univers de la foi en la Résurrection. Et à ce deuxième signe s’en ajoute un troisième, celui de l’Ecriture, selon laquelle « il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » En fait la Parole de Dieu était le premier signe, mais il a fallu les deux autres pour que tout s’illumine d’un seul coup. Si la résurrection du Seigneur est un objet de foi, j’y reviendrai, la Bible ne prend tout son sens que dans la foi au Seigneur Jésus. C’est ce que Paul affirme aux Corinthiens :
« Les pensées des Israélites se sont endurcies. Car jusqu’au jour d’aujourd’hui, lors de la lecture de l’ancienne Alliance, le même voile demeure sans qu’il y ait dévoilement, parce que c’est en Christ qu’il est aboli. Mais jusqu’à ce jour, chaque fois qu’on lit Moïse, un voile est posé sur leur cœur. C’est quand on se tourne vers le Seigneur que le voile est enlevé. »
Je conclurai en insistant sur le fait suivant : il n’y a pas de preuves et il n’y aura jamais de preuves de la Résurrection du Seigneur. L’Evangile de cette liturgie montre tous les signes que Dieu a destiné aux premiers témoins de Pâques : le tombeau vide, les linges funéraires soigneusement rangés, et la Sainte Ecriture elle-même. Au matin de Pâques, Marie, Pierre et Jean ne découvrent pas la plénitude de la vie ou une manifestation éclatante du Ressuscité. Ils découvrent plutôt une absence, un vide. Oui, le tombeau est bien vide, donc inutile. Jean, pour le moment, n’a pas vu le Seigneur ressuscité. Ce n’est qu’après que viendront les manifestations du ressuscité aux saintes femmes et aux apôtres. Il n’a vu que des signes, et pourtant il croit.
Nous aussi nous croyons en la résurrection du Seigneur, non pas comme en un simple symbole, mais comme en une réalité. Le crucifié, enseveli au tombeau, est vraiment ressuscité d’entre les morts par la puissance du Père et l’amour de l’Esprit. Pâques n’est pas une allégorie, un mythe ou une légende qui nous consolerait de notre condition mortelle et finie… Pâques est véritablement le centre et le pivot de notre histoire humaine. Jésus, le Vivant, se révèle à nous dans l’Apocalypse comme le commencement et la fin, l’Alpha et l’Oméga. Avec saint Paul, nous savons que si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine : c’est-à-dire inutile et vide. « Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus misérables de tous les hommes. » Oui, nous sommes bien à plaindre dans ce cas-là ! Nous n’avons plus les signes du tombeau ouvert et des linges. Notre foi de Pâques s’appuie donc sur un double témoignage : celui des Ecritures et celui des Apôtres, toujours vivant dans notre Eglise. Depuis 2000 ans, la foi pascale a véritablement déplacé des montagnes. L’histoire de l’Eglise est d’abord une histoire de sainteté, même si elle a traversé des zones d’ombre. Les saints sont les meilleurs témoins de la force du ressuscité à l’œuvre dans notre existence et dans l’histoire de notre humanité. Si vraiment nous croyons en Jésus ressuscité, alors nous pouvons être certains que Dieu fera des merveilles dans notre vie et pour la vie éternelle.
Amen
8 avril 07 (page 433)
Jean 20, 1-9
« Et voici que Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour. Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. » Nous venons d’entendre ces paroles de Pierre dans la première lecture. Cependant, pour la fête des fêtes, Pâques, l’Eglise n’a pas choisi comme Evangile une manifestation du Ressuscité à ses disciples… Chaque année nous entendons l’Evangile du tombeau ouvert et vide en saint Jean.
Alors que la nuit se transforme lentement en jour, Marie Madeleine se rend au tombeau. Contrairement aux Evangiles de Marc et de Luc, Jean ne nous dit pas le but de sa visite. Il est suivi sur ce point par Matthieu. Les deux autres évangélistes sont clairs. Ecoutons la version de Marc : « Une fois terminé le sabbat, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums afin d’embaumer le corps. » Dans le quatrième Evangile nous ne savons donc pas ce qui pousse Marie Madeleine à se rendre au tombeau de si bonne heure. A propos de Marie, relevons deux choses : c’est une femme et une ancienne pécheresse. Et c’est elle qui, la première, va constater que la grosse pierre qui ferme l’entrée du tombeau a été roulée : bref le tombeau est ouvert ! C’est curieux mais Jean ne nous dit pas que Marie a été voir l’intérieur du sépulcre. Elle retourne immédiatement en arrière pour annoncer la nouvelle à deux Apôtres : Pierre, et l’autre disciple, celui que Jésus aimait : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Marie parle de Jésus comme Seigneur, elle lui donne ainsi le titre divin. Elle n’annonce pas du tout la résurrection aux apôtres, elle parle tout simplement d’un enlèvement, d’un vol de cadavre.
Et voilà que Pierre et Jean se mettent, eux aussi, à courir, mais dans l’autre sens, pour constater ce que Marie vient de leur annoncer. Après le signe du tombeau ouvert, Jean, le plus rapide, découvre le signe des linges funéraires. Jean a couru plus vite certainement parce que son amour pour Jésus était le plus fort. Il est le disciple aimé du Seigneur. « Cependant il n’entre pas. » Il laisse la préséance à Pierre, celui que Jésus a choisi pour être le chef de son Eglise. Pierre, lui aussi, voit les linges, et c’est alors que l’autre disciple entre dans le sépulcre vide. Et là c’est comme un espèce d’éclair, une illumination subite : « Il vit et il crut. » Le signe du linceul ouvre à Jean l’univers de la foi en la Résurrection. Et à ce deuxième signe s’en ajoute un troisième, celui de l’Ecriture, selon laquelle « il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » En fait la Parole de Dieu était le premier signe, mais il a fallu les deux autres pour que tout s’illumine d’un seul coup. Si la résurrection du Seigneur est un objet de foi, j’y reviendrai, la Bible ne prend tout son sens que dans la foi au Seigneur Jésus. C’est ce que Paul affirme aux Corinthiens :
« Les pensées des Israélites se sont endurcies. Car jusqu’au jour d’aujourd’hui, lors de la lecture de l’ancienne Alliance, le même voile demeure sans qu’il y ait dévoilement, parce que c’est en Christ qu’il est aboli. Mais jusqu’à ce jour, chaque fois qu’on lit Moïse, un voile est posé sur leur cœur. C’est quand on se tourne vers le Seigneur que le voile est enlevé. »
Je conclurai en insistant sur le fait suivant : il n’y a pas de preuves et il n’y aura jamais de preuves de la Résurrection du Seigneur. L’Evangile de cette liturgie montre tous les signes que Dieu a destiné aux premiers témoins de Pâques : le tombeau vide, les linges funéraires soigneusement rangés, et la Sainte Ecriture elle-même. Au matin de Pâques, Marie, Pierre et Jean ne découvrent pas la plénitude de la vie ou une manifestation éclatante du Ressuscité. Ils découvrent plutôt une absence, un vide. Oui, le tombeau est bien vide, donc inutile. Jean, pour le moment, n’a pas vu le Seigneur ressuscité. Ce n’est qu’après que viendront les manifestations du ressuscité aux saintes femmes et aux apôtres. Il n’a vu que des signes, et pourtant il croit.
Nous aussi nous croyons en la résurrection du Seigneur, non pas comme en un simple symbole, mais comme en une réalité. Le crucifié, enseveli au tombeau, est vraiment ressuscité d’entre les morts par la puissance du Père et l’amour de l’Esprit. Pâques n’est pas une allégorie, un mythe ou une légende qui nous consolerait de notre condition mortelle et finie… Pâques est véritablement le centre et le pivot de notre histoire humaine. Jésus, le Vivant, se révèle à nous dans l’Apocalypse comme le commencement et la fin, l’Alpha et l’Oméga. Avec saint Paul, nous savons que si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine : c’est-à-dire inutile et vide. « Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus misérables de tous les hommes. » Oui, nous sommes bien à plaindre dans ce cas-là ! Nous n’avons plus les signes du tombeau ouvert et des linges. Notre foi de Pâques s’appuie donc sur un double témoignage : celui des Ecritures et celui des Apôtres, toujours vivant dans notre Eglise. Depuis 2000 ans, la foi pascale a véritablement déplacé des montagnes. L’histoire de l’Eglise est d’abord une histoire de sainteté, même si elle a traversé des zones d’ombre. Les saints sont les meilleurs témoins de la force du ressuscité à l’œuvre dans notre existence et dans l’histoire de notre humanité. Si vraiment nous croyons en Jésus ressuscité, alors nous pouvons être certains que Dieu fera des merveilles dans notre vie et pour la vie éternelle.
Amen
mercredi 4 avril 2007
Dimanche des rameaux et de la Passion
Dimanche des Rameaux et de la Passion / année C
Premier avril 2007 (page 302)
Cette année nous avons entendu le récit de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem dans la version qu’en donne saint Luc. Le troisième évangéliste est original à bien des égards. Lui se contente de parler des manteaux et ne mentionne pas les rameaux ! Avec saint Luc nous devrions donc parler du dimanche des Manteaux ou des vêtements pour suivre la traduction liturgique… Mais le plus important n’est pas là. Ecoutons plutôt la foule des disciples : « Déjà Jésus arrivait à la descente du mont des Oliviers, quand toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus : ‘Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux !’ » La louange des disciples nous rappelle le chant du Sanctus qui clôt la Préface et ouvre la Prière eucharistique. Mais comment ne pas penser ici au récit de la Nativité ? Le jour de l’entrée triomphale du Christ dans la ville sainte, les disciples reprennent presque mot à mot le chant des anges dans la nuit de la Nativité : « Gloire à Dieu dans les cieux, et sur la terre paix aux hommes, car il les prend en grâce » . Le contexte de la Nativité est aussi celui de la joie pour tout le peuple. De la nuit de Bethléem à l’entrée triomphale dans Jérusalem, la louange divine passe des anges à la foule des disciples… Car si eux se taisent, « les pierres crieront » ! La paix proclamée passe de la terre au ciel. Relevons le motif de cette louange divine : « pour tout les miracles qu’ils avaient vus ». Jean précise même que c’est à cause de la réanimation de Lazare que la foule acclame Jésus comme son Roi. Dans la deuxième lecture, ce magnifique passage de la lettre de Paul aux Philippiens, nous retrouvons ces réalités du ciel et de la terre : « C’est pourquoi Dieu a élevé Jésus au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : ‘Jésus Christ est le Seigneur’, pour la gloire de Dieu le Père. » Cet homme qui entre à Jérusalem sur un petit âne n’est pas seulement le Roi d’Israël, il est le Sauveur, il est le Fils de Dieu : vraiment homme et vraiment Dieu ! Le paradoxe est que pour comprendre cela il faudra l’abaissement volontaire de la Passion et de la mort en croix. Luc a une expression qui pourrait presque nous choquer à la fin de son récit de la Passion : « Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. » La Passion serait-elle un spectacle ? Les personnes qui étendaient leurs vêtements sur le chemin louaient Dieu dans la joie « pour tous les miracles qu’ils avaient vus ». Ils confessaient en Jésus leur Roi. Et si la Passion était le plus grand miracle du Christ ? Le plus spectaculaire, justement ? Celui de son abaissement volontaire, de sa victoire définitive sur le mal et notre péché… Un Dieu qui consent à mourir pour nous offrir la vie en abondance ! Ceux qui ont contemplé le spectacle de la Passion n’honorent pas Jésus en jetant leurs manteaux à terre. Ils l’honorent en se frappant la poitrine. Le spectacle de la Passion nous conduit en effet à nous reconnaître pécheurs, et à reconnaître dans cet homme humilié, torturé, mort, bien plus qu’un Roi : le Sauveur, le Seigneur !
Que cette liturgie des Rameaux et de la Passion nous introduise dans une connaissance toujours plus vraie et plus intérieure du Christ notre Sauveur ! Puissions-nous tomber à genoux et confesser la divinité du Christ ! Ne lui offrons pas des choses extérieures, des vêtements ou des rameaux : offrons-lui plutôt notre cœur brisé et contrit. Demandons-lui de changer notre coeur de pierre en un cœur de chair. Tout au long de cette grande semaine sainte, laissons jaillir au plus profond de nous-mêmes l’Amour divin, laissons toute la place à l’Esprit du Seigneur.
Amen
Premier avril 2007 (page 302)
Cette année nous avons entendu le récit de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem dans la version qu’en donne saint Luc. Le troisième évangéliste est original à bien des égards. Lui se contente de parler des manteaux et ne mentionne pas les rameaux ! Avec saint Luc nous devrions donc parler du dimanche des Manteaux ou des vêtements pour suivre la traduction liturgique… Mais le plus important n’est pas là. Ecoutons plutôt la foule des disciples : « Déjà Jésus arrivait à la descente du mont des Oliviers, quand toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus : ‘Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux !’ » La louange des disciples nous rappelle le chant du Sanctus qui clôt la Préface et ouvre la Prière eucharistique. Mais comment ne pas penser ici au récit de la Nativité ? Le jour de l’entrée triomphale du Christ dans la ville sainte, les disciples reprennent presque mot à mot le chant des anges dans la nuit de la Nativité : « Gloire à Dieu dans les cieux, et sur la terre paix aux hommes, car il les prend en grâce » . Le contexte de la Nativité est aussi celui de la joie pour tout le peuple. De la nuit de Bethléem à l’entrée triomphale dans Jérusalem, la louange divine passe des anges à la foule des disciples… Car si eux se taisent, « les pierres crieront » ! La paix proclamée passe de la terre au ciel. Relevons le motif de cette louange divine : « pour tout les miracles qu’ils avaient vus ». Jean précise même que c’est à cause de la réanimation de Lazare que la foule acclame Jésus comme son Roi. Dans la deuxième lecture, ce magnifique passage de la lettre de Paul aux Philippiens, nous retrouvons ces réalités du ciel et de la terre : « C’est pourquoi Dieu a élevé Jésus au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : ‘Jésus Christ est le Seigneur’, pour la gloire de Dieu le Père. » Cet homme qui entre à Jérusalem sur un petit âne n’est pas seulement le Roi d’Israël, il est le Sauveur, il est le Fils de Dieu : vraiment homme et vraiment Dieu ! Le paradoxe est que pour comprendre cela il faudra l’abaissement volontaire de la Passion et de la mort en croix. Luc a une expression qui pourrait presque nous choquer à la fin de son récit de la Passion : « Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. » La Passion serait-elle un spectacle ? Les personnes qui étendaient leurs vêtements sur le chemin louaient Dieu dans la joie « pour tous les miracles qu’ils avaient vus ». Ils confessaient en Jésus leur Roi. Et si la Passion était le plus grand miracle du Christ ? Le plus spectaculaire, justement ? Celui de son abaissement volontaire, de sa victoire définitive sur le mal et notre péché… Un Dieu qui consent à mourir pour nous offrir la vie en abondance ! Ceux qui ont contemplé le spectacle de la Passion n’honorent pas Jésus en jetant leurs manteaux à terre. Ils l’honorent en se frappant la poitrine. Le spectacle de la Passion nous conduit en effet à nous reconnaître pécheurs, et à reconnaître dans cet homme humilié, torturé, mort, bien plus qu’un Roi : le Sauveur, le Seigneur !
Que cette liturgie des Rameaux et de la Passion nous introduise dans une connaissance toujours plus vraie et plus intérieure du Christ notre Sauveur ! Puissions-nous tomber à genoux et confesser la divinité du Christ ! Ne lui offrons pas des choses extérieures, des vêtements ou des rameaux : offrons-lui plutôt notre cœur brisé et contrit. Demandons-lui de changer notre coeur de pierre en un cœur de chair. Tout au long de cette grande semaine sainte, laissons jaillir au plus profond de nous-mêmes l’Amour divin, laissons toute la place à l’Esprit du Seigneur.
Amen
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