dimanche 28 mai 2023

Pentecôte 2023 / année A

 

28/05/2023

La liturgie de la Parole utilise 3 images pour nous parler de l’événement de la Pentecôte. Les deux premières se trouvent dans le récit des Actes des apôtres :

Un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent…

Des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient…

La troisième image se trouve dans l’Evangile : il souffla sur eux.

L’Esprit Saint se manifeste donc par un bruit, un feu et un souffle. Le souffle ou le vent comme le feu produisent un certain bruit. Le souffle est invisible, le feu visible. Le souffle rafraichit, le feu réchauffe. L’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint, est insaisissable. Dans son enseignement à Nicodème Jésus utilise lui-même l’image du vent :

Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit.

Le récit des Actes nous donne aussi le contexte de la Pentecôte :

Ils se trouvaient réunis tous ensemble.

Il est significatif que le don de l’Esprit se manifeste au moment où tous les disciples de Jérusalem sont réunis. La Pentecôte est l’acte de naissance de l’Eglise, Corps du Christ et temple de l’Esprit. Le don de l’Esprit est fait à l’Eglise naissante comme à chacun des premiers disciples, le feu se partageant pour se poser sur chacun d’entre eux. Ce feu unique qui se partage est un beau symbole de la communion de l’Eglise. L’Eglise est une dans la diversité de ses membres. La diversité des disciples ne s’oppose pas à la communion du corps et vice-versa. C’est ce que saint Paul nous enseigne dans la deuxième lecture :

C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

La Pentecôte est à l’origine de l’unité de l’Eglise et de sa catholicité. L’unique Esprit rassemble dans le corps ecclésial ceux qui étaient séparés autrefois par la loi de Moïse et la circoncision : Juifs et païens. L’unique Esprit abat non seulement les anciennes barrières religieuses mais il abat aussi les barrières humaines liées au statut social : les esclaves comme les hommes libres sont tous frères dans l’unique Eglise du Christ. Dans la lettre aux Galates Paul ose même affirmer qu’il n’y a plus ni homme ni femme !

Le don de l’Esprit reçu au baptême et à la confirmation insère chacun de nous dans le corps ecclésial et nous donne une mission en vue du bien de tous :

À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.

Chaque membre de l’Eglise reçoit sa vocation propre et des dons particuliers appelés charismes. La diversité de ces dons dans les baptisés constitue la richesse de l’Eglise et sa force dans la mesure où tous ces dons nous poussent vers les autres, au service de notre prochain, au service du bien de l’Eglise. Lorsque Dieu nous donne un don particulier, ce n’est jamais pour que nous le gardions jalousement pour nous-mêmes ou dans notre seul intérêt. Lorsque Dieu nous donne part à son Esprit, c’est toujours pour susciter en nous le don de nous-mêmes en vue du bien et du service des autres, en vue de l’édification du temple spirituel qu’est l’Eglise. Car il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. En répondant au don de l’Esprit par notre propre don nous faisons l’expérience véritable de la joie spirituelle.

dimanche 21 mai 2023

Septième dimanche de Pâques / année A

 

21/05/2023

Jean 17, 1-11

La liturgie nous fait revivre le temps entre l’Ascension et la Pentecôte. La première lecture nous montre les apôtres et les femmes, dont Marie, rassemblés pour la prière commune. Luc insiste sur le fait que c’est d’un seul cœur qu’ils prient ensemble. L’unité des disciples peut être comprise comme à la fois la condition de la prière et le fruit de cette même prière.

Dans sa prière au Père Jésus affirme en parlant de lui-même :

Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.

Souvenons-nous aussi des dernières paroles du Seigneur au jour de l’Ascension :

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.

Le mystère de Pâques, de la Passion à l’Ascension, donne un pouvoir universel au Ressuscité, le pouvoir même de Dieu. Avant le temps de l’incarnation le Fils partageait déjà dans l’éternité de Dieu ce pouvoir. Un pouvoir sur tout être de chair car c’est par le Verbe que tout a été créé : C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.

Le pouvoir divin du Christ, c’est-à-dire du Messie, s’exprime dans le temps de l’incarnation d’une manière qui lui est propre, aux antipodes du pouvoir d’un tyran ou d’un despote ou tout simplement d’un gouvernant de ce monde. Le pouvoir du Christ est parfaitement pur et saint, car dans le Christ le péché et le mal sont totalement absents. L’humanité de Jésus n’a aucune complicité avec le mal et le péché. C’est ce qui lui permet d’exercer un pouvoir libérateur en notre faveur. L’exercice de ce pouvoir prend la forme permanente du service, un service qui libère de l’erreur, de la fausse piété, des maux du corps et du cœur. Ce pouvoir va de pair avec l’autorité unique avec laquelle Jésus enseigne le chemin de la vraie religion, n’hésitant pas, à la manière des prophètes, à démasquer les détournements de la foi par les traditions humaines. Un exemple significatif nous en est donné au chapitre 7 de l’Evangile selon saint Marc :

Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition.

Le pouvoir du Ressuscité nous libère donc d’une religion purement formelle et ritualiste, d’une conception trop humaine de Dieu qui serait mise au service de nos traditions. A cette fin Jésus purifie nos cœurs, il les sanctifie. Il nous donne l’Esprit Saint, Esprit d’amour, de joie et de paix. Ce pouvoir ne se limite pas au temps de notre vie humaine terrestre. Jésus veut nous entraîner à sa suite dans sa victoire sur la mort. Il a le pouvoir de nous donner la vie éternelle. Lui seul peut nous glorifier en nous rendant semblables à lui et en nous introduisant dès maintenant et pour l’éternité dans la bienheureuse communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.

dimanche 7 mai 2023

Cinquième dimanche de Pâques / année A

 

7/05/2023

Jean 14, 1-12

L’Evangile de ce dimanche nous rapporte des paroles du Christ qui constituent en quelque sorte son testament. Nous sommes le jeudi saint, la veille de la mort en croix du Seigneur. Saint Jean nous fait entendre dans son Evangile, du chapitre 13 au chapitre 17, les enseignements et les confidences du Christ à ses apôtres, entre le geste du lavement des pieds et l’entrée dans la Passion. Ces ultimes paroles ont donc une importance particulière. Dans ces paroles Jésus se révèle en profondeur et ouvre son cœur à ses apôtres. Ces derniers interviennent en posant des questions à leur Maître et Seigneur. La demande de Philippe a de quoi nous étonner : Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. Dieu est Esprit, Dieu est invisible et voilà que Philippe ose demander : montre-nous le Père… Etait-il bien conscient de ce qu’il demandait ? En ajoutant : cela nous suffit… Commentaire de sa part qui relève presque du domaine de l’humour. Si pour un homme, un mortel, voir Dieu cela ne suffisait pas, alors qu’est-ce qui pourrait bien suffire ? Philippe exprime ici de manière bien maladroite cette éternelle aspiration des hommes à faire l’expérience de l’absolu, de l’infini, du divin. La réponse de Jésus à cette demande plus qu’audacieuse nous introduit dans le grand mystère de la Trinité : Celui qui m’a vu a vu le Père. S’il est impossible pour un homme de voir Dieu qui est Esprit, nous comprenons que le mystère de l’incarnation nous ouvre cette possibilité. C’est dans son Fils Jésus que nous pouvons voir Dieu et le connaître. Donc par la médiation d’un homme. Autrement dit c’est à travers la chair du Christ que nous percevons le Père qui est Esprit. Jésus est en effet ce chemin qui nous conduit vers le Père. A deux reprises il affirme la relation unique qu’il vit avec son Père : Je suis dans le Père et le Père est en moi. Si Jésus est l’unique médiateur, le chemin par lequel nous pouvons connaître Dieu, c’est en raison de cette union parfaite qu’il vit avec son Père dans l’Esprit Saint. Cela signifie que connaître Jésus, c’est connaître Dieu : Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu.

Nous ne sommes plus dans la situation des apôtres au soir du jeudi saint. Pour reprendre une expression de Paul nous ne connaissons pas le Christ selon la chair. Depuis l’Ascension la présence physique du Christ au milieu de nous a laissé la place à d’autres types de présence. Comment donc connaître Jésus aujourd’hui ? Bien sûr à travers les Evangiles qui constituent notre unique source de connaissance sur sa personne. Bien plus profondément dans le mystère de l’Eglise, de la communauté chrétienne qui est son corps. La parole des Evangiles ne devient vivante pour nous que dans l’Eglise, dans la prière personnelle et communautaire, dans les sacrements. Connaître Jésus ce n’est pas d’abord lire des livres, même si certains livres peuvent nous aider dans ce chemin. C’est faire une expérience de sa présence de Ressuscité en nous ouvrant à lui par la prière et par les sacrements. C’est le baptême qui, en premier, nous ouvre à cette connaissance vivante du Seigneur. C’est la célébration de la messe et la communion qui nous offrent de vivre dans le Christ et pour le Christ. Si Jésus dit à ses apôtres qu’il est dans le Père et que le Père est en lui, nous pouvons dire, chaque fois que nous communions, que nous sommes dans le Christ et que le Christ est en nous. Et si le Fils est en nous et nous en lui, alors nous sommes, comme lui, dans le Père, unis à Dieu par la grâce du sacrement de l’eucharistie. La vie chrétienne est donc comme une chaîne de communion : nous passons par la communion avec Jésus ressuscité, vrai homme et vrai Dieu, pour vivre dans la foi la communion avec le Dieu invisible qui est Esprit. Nous passons par la communion entre nous, communion qui implique toujours l’amour, la réconciliation et le pardon, pour vivre dans la communion avec Dieu qui est Amour.

dimanche 30 avril 2023

Quatrième dimanche de Pâques / Année A

 

Journée mondiale de vocations

30/04/2023

En ce 4ème dimanche de Pâques, l’Eglise nous invite à prier pour les vocations. Dans l’Evangile Jésus nous présente sa vocation en utilisant l’image du bon pasteur. Il nous dit le pourquoi du mystère de son incarnation : Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. Toutes les vocations dans l’Eglise sont d’une manière ou d’une autre au service de ce grand dessein de Dieu. En effet Dieu appelle des hommes et des femmes pour faire d’eux des serviteurs et des messagers de l’Evangile de la vie. Il s’agit de rappeler à  tout homme sa dignité et la valeur de sa vie humaine. Nous naissons biologiquement humains mais il est tout aussi vrai que nous sommes appelés à le devenir vraiment en mettant nos pas dans ceux du Christ. Il s’agit bien de faire de notre vie humaine un chef d’œuvre qui puisse devenir un sacrifice agréable au Père. Il s’agit pour chacun de nous de remplir notre vie humaine de la présence de Dieu et de son amour, donc de nous laisser transformer à l’image du Christ. Notre vie humaine ne s’achève pas avec notre mort. Célébrer la résurrection du Christ nous rappelle notre vocation à entrer dans la vie éternelle. Cette vie du Royaume de Dieu ne constitue pas l’acte II de notre vie humaine. Elle en est comme le prolongement et l’épanouissement total dans la lumière de Dieu car la vie éternelle est déjà commencée ici-bas à travers les vicissitudes de ce monde et les joies et les peines qui font notre vie humaine.

Toute la Bible est la longue histoire d’un Dieu qui appelle des hommes et des femmes à écouter sa Parole et à la transmettre : d’Abraham aux apôtres en passant par Moïse, David, les prophètes, Marie etc. Le mot vocation vient du verbe latin vocare qui signifie appeler. Regardons la vocation du prophète Isaïe. Elle nous révèle les chemins de la vocation. Il voit dans un premier temps la gloire de Dieu. Il fait une expérience forte de la présence de Dieu. Sa réaction humaine est celle de l’effroi provoqué par la conscience de sa faiblesse et de son indignité : Je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures. Isaïe se sent solidaire d’un peuple pécheur. Son humilité lui permet de recevoir le pardon : maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. Après la vision vient l’écoute de la voix divine : Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ?  En posant cette question, Dieu laisse le temps et la liberté pour la réponse humaine. Isaïe répond : Me voici : envoie-moi ! Le prophète est présenté à la foi comme messager de Dieu et apôtre de Dieu, c’est-à-dire envoyé par lui en mission auprès des hommes. L’apôtre Paul utilisera la belle image d’ambassadeur pour qualifier sa vocation : Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu (2 Co 5,20). Il serait passionnant de regarder une à une toutes les vocations de prophètes. Concluons avec quelques mots à propos de celle de Jérémie et celle d’Ezéchiel. Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. Avant même notre naissance Dieu pensait à nous et au don qu’il nous ferait de notre vocation. La réaction de Jérémie est significative de notre difficulté à répondre immédiatement « oui » lorsque nous percevons clairement l’appel de Dieu : Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant ! Jérémie se sent incapable d’assumer cette mission mais Dieu le confirme dans sa vocation : Ne dis pas : “Je suis un enfant !” Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur. Puis le Seigneur étendit la main et me toucha la bouche. Il me dit : « Voici, je mets dans ta bouche mes paroles ! Répondre à sa vocation suppose toujours d’éliminer la peur qui paralyse notre cœur. Combien de fois tout au long de la Bible Dieu a-t-il dit à ceux qu’il choisit : Sois sans crainte, N’aie pas peur ! Cela est particulièrement vrai dans le récit de la vocation d’Ezéchiel : à cinq reprises Dieu lui dit Ne crains pas. Car la mission du prophète sera difficile, il est envoyé vers un peuple de rebelles, un peuple qui ne voudra pas écouter sa parole : La maison d’Israël tout entière a le front endurci et le cœur obstiné. Et voici que je rends ton visage aussi dur que leur visage, ton front aussi dur que leur front. Comme un diamant plus dur que le roc, ainsi je rends ton front. Ne les crains pas, devant eux ne t’effraie pas – c’est une engeance de rebelles ! La vocation du prophète, homme de la Parole de Dieu, est mise en valeur par une symbolique très forte. Dieu lui demande d’avaler et de manger le rouleau d’un livre, celui de ses paroles pour le peuple : « Fils d’homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel. Le verset 10 du chapitre 3 décrit bien l’attitude de docilité qui est requise de notre part pour accueillir notre vocation et la vivre : Fils d’homme, toutes les paroles que je te dirai, reçois-les dans ton cœur, écoute de toutes tes oreilles.

En priant en ce dimanche pour le don des vocations et surtout pour qu’elles soient reçues positivement, nous pensons bien sûr aux plus jeunes, à ceux qui commencent leur pèlerinage terrestre. Cela ne doit pas nous faire oublier que Dieu nous appelle à tout âge et que c’est aujourd’hui que nous avons à vivre fidèlement la vocation reçue dans notre enfance ou dans notre jeunesse. Epicure disait qu’il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard pour prendre soin de son âme. En le paraphrasant, je dirais qu’il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard pour écouter l’appel de Dieu et y répondre. Notre vocation se conjugue en effet au présent !

 

dimanche 23 avril 2023

Troisième dimanche de Pâques / Année A

 


23/04/2023

Luc 24, 13-35

La découverte du tombeau vide et les manifestations du Ressuscité n’ont pas suffi, dans un premier temps, à susciter la foi des disciples et des apôtres. Ces derniers n’ont pas cru au témoignage des femmes. C’est le paradoxe de Pâques. La difficulté à reconnaître Jésus ressuscité a perduré. Le récit des disciples d’Emmaüs nous parle précisément de cette difficulté à reconnaître le Ressuscité et à croire que Jésus est vivant. Cette difficulté s’exprime dans le récit de Luc avec les images des yeux et du cœur. Image des yeux car il s’agit bien des yeux de la foi et image du cœur car, comme le dit Blaise Pascal, nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur… C’est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et légitimement persuadés… C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison.

Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Tel est le point de départ pour les deux disciples. Pascal note dans ses Pensées : Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. La disposition des disciples est celle de la tristesse car ils ont été déçus dans leur espérance vis-à-vis du Messie : Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Ce qui va ouvrir leurs yeux ce ne sont pas les paroles de Jésus qui, partant de Moïse et de tous les Prophètes, leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. C’est le simple geste de la fraction du pain, le geste central de l’eucharistie, qui permet la reconnaissance et donc l’accès à la foi : Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ainsi quand ils voient Jésus marchant avec eux sur la route, ils sont incapables de le reconnaître, mais quand ils voient le pain partagé ils le reconnaissent et c’est alors que sa présence physique disparaît. Cela nous rappelle les paroles du Christ à Thomas : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Le récit de Luc semble nous dire que le sacrement est plus efficace que la manifestation du Ressuscité elle-même dans le long processus de reconnaissance : À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Le signe sacramentel de la présence du Ressuscité ne laisse plus aucune place au doute. C’est aussi, bien sûr, une manière de nous dire à quel point la célébration de l’eucharistie vécue dans la foi et l’amour est pour nous une expérience particulièrement forte de la présence du Ressuscité à son Eglise et au cœur de ce monde. Comme les yeux, le cœur des disciples, lui aussi, est transformé et passe de l’incrédulité à la foi : Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Puis : Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ?

Le parcours des disciples d’Emmaüs est riche d’enseignements quant à notre manière d’être chrétiens dans le monde. Si Jésus a ouvert les yeux de ses disciples bien davantage par le simple geste de la fraction du pain que par un magnifique cours biblique, cela nous dit quelque chose de ce qu’est l’évangélisation ou le témoignage chrétien. Lui aussi est en quelque sorte sacramentel, il passe par des gestes et des actes qui sont signes de l’amour de Dieu et de la présence du Ressuscité. Nos humbles gestes, nos actes, nos choix de vie, lorsqu’ils sont accomplis dans l’esprit du Christ et dans l’amour du prochain ont cette puissance d’ouvrir peu à peu les yeux de ceux qui ont du mal à croire. Ils peuvent toucher les cœurs alors que bien souvent nos paroles ne touchent que la raison.


dimanche 16 avril 2023

Deuxième dimanche de Pâques / Année A

 

16/04/2023

Jean 20, 19-31

Le dimanche dans l’octave de Pâques nous fait revivre les manifestations du Ressuscité au groupe des disciples le soir de Pâques et huit jours plus tard en faveur de Thomas. N’oublions pas le verset qui précède le commencement de l’Evangile de ce dimanche : Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. Les disciples ont donc reçu le témoignage de celle que la Tradition a surnommée l’apôtre des apôtres. Mais ce témoignage ne leur permet pas encore l’audace de la foi. Au lieu de l’assurance que donne la foi dans le Ressuscité ils sont encore captifs de la crainte et demeurent enfermés chez eux. C’est Jésus qui va les faire passer de la crainte à la joie et à la foi, à la joie de croire. Dans sa manifestation du soir de Pâques le Ressuscité leur fait don de sa paix et les confirme dans leur mission avec le don de l’Esprit Saint. Le premier don, celui de la paix du Christ, doit toucher le cœur, l’intériorité des disciples, afin de chasser en eux toute crainte. Le second don, celui de l’Esprit Saint, touche lui aussi le cœur, l’intériorité, mais cette fois en vue de l’accomplissement de leur mission : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Une mission dans laquelle le pardon des péchés a une place particulière et éminente. Les disciples deviennent les serviteurs et les continuateurs de la miséricorde du Seigneur Jésus en faveur de tous les hommes. Jésus remet entre leurs mains un pouvoir spirituel qu’ils exerceront dans l’Eglise au nom de Dieu. Plus largement il s’agit du pouvoir de sanctification manifesté dans la célébration des sacrements. Le soir de Pâques le Ressuscité ouvre à ses disciples le chemin de la vie : la vie intérieure, la vie spirituelle qui implique d’être fermement établis dans la paix du Christ et la vie apostolique, missionnaire, qui implique de sortir de chez soi pour aller à la rencontre des autres, frères et sœurs en humanité, et ainsi leur partager la joie de croire et la paix de la réconciliation.

Dans sa lettre aux Colossiens l’apôtre Paul nous redit notre vocation de chrétiens et l’importance pour nous d’être fermement établis dans la paix du Christ et dans son amour miséricordieux :

Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. Le Seigneur vous a pardonnés : faites de même. Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce.

samedi 8 avril 2023

Méditation pour Pâque: une civilisation de la vie

 


Méditation pour la solennité de Pâques

9/04/2023

Au terme de ce Carême nous célébrons à nouveau l’événement de la Pâque, la résurrection de Jésus. Cette victoire de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort est l’œuvre de Dieu en Jésus-Christ. Toute la vie du Christ pendant le temps de son incarnation nous enseigne la valeur et la dignité de notre vie humaine, la valeur de toute vie au sein de la création. Les miracles de guérison, les enseignements, la miséricorde qui pardonne les péchés, enfin la Passion, la mort et la résurrection du Seigneur peuvent se comprendre à la lumière de ce que Jésus affirme dans l’Evangile selon saint Jean : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. (Jean 10, 10.11)

A Pâques nous célébrons cette surabondance de vie. Il s’agit de notre vie humaine, terrestre, qui est appelée à entrer tout entière dans la joie de Dieu en se laissant transformer par la vie du Christ ressuscité. Pierre résume ainsi pour ses auditeurs le mystère de la Pâque : Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. (Actes 3, 15).

La formule est saisissante et résume bien en effet le drame de l’histoire de notre humanité. L’homme pécheur, l’homme mauvais est homicide. Il donne la mort et la propage. Dieu de son côté répare ce mal que nous commettons en nous proposant toujours de choisir le chemin de la vie et surtout en ressuscitant son Fils Jésus. Célébrer Pâque ne signifie pas se voiler la face et ne pas voir tout le mal dont souffre l’humanité actuellement. Un mal qui n’est jamais une fatalité mais dont nous sommes à divers niveaux partie prenante. Devant le tombeau vide et ouvert une espérance nouvelle se lève, celle de la civilisation de la vie qui est toujours la civilisation de l’amour. Le drame de l’humanité se joue en chacun de nous au niveau de notre conscience et de notre cœur. C’est celui de notre coopération ou pas à l’œuvre de Dieu. Remplis de l’amour du Christ et de la grâce de l’Esprit Saint, nous avons tous la possibilité de répondre oui à l’appel du Christ en vue d’une civilisation de la vie.

En 2020 Thomas Guénolé a écrit un livre choc intitulé Le livre noir de la mondialisation. A partir d’un sérieux travail de recherche s’appuyant sur les statistiques disponibles il a calculé le coût humain de notre organisation économique entre 1992 et 2017, soit en 25 ans : 400 millions de morts parmi lesquels pour ne prendre que quelques exemples : 11 millions de morts de faim malgré l’abondance de nourriture ; 56 millions de morts causées par les conditions de travail dont l’esclavagisme moderne ; 69 millions de morts de la catastrophe écologique ; 256 millions de morts de maladies pourtant soignables etc. Je ne vous donne pas ces chiffres pour vous plonger dans le désespoir. Je vous les donne, car, affirme l’auteur, rien de tout cela n’était une fatalité. Cette civilisation de la mort est le résultat de choix de société, de choix politiques et économiques mauvais et immoraux. Par exemple quand des Etats préfèrent investir des sommes d’argent colossales dans la course à l’armement et la préparation des guerres plutôt que dans la lutte contre la faim ou l’accès pour tous à l’éducation, aux soins et aux médicaments. Mais au cœur de cet énorme massacre silencieux il y a une constante : faire passer systématiquement le profit maximum au-dessus de toute considération morale et cela pour l’enrichissement d’une infime minorité. C’est bien la cupidité qui gouverne cette civilisation de mort. L’amour immodéré de l’argent est non seulement une folie, il est criminel et tue chaque jour. Saint Paul l’avait déjà clairement compris en son temps, mais que dirait-il aujourd’hui face à la multiplication des milliardaires et des profits colossaux ? La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent (1 Timothée 6, 10).

L’Eglise dans sa sagesse nous offre sa doctrine sociale pour incarner dans notre vie, là où nous vivons, la bonne nouvelle de la résurrection du Seigneur. Aujourd’hui un chrétien, ou même un homme de bonne volonté comme il en existe tant, qui prend au sérieux l’enseignement du Christ a toutes les chances d’avoir des problèmes ou d’être persécuté. Cela ne doit pas nous empêcher de faire vivre le message des Béatitudes qui est un antidote aux fausses valeurs véhiculées par ce que l’on pourrait qualifier avec raison de domination universelle du dieu Argent et de la technique. Chacun de nous a la possibilité de s’engager avec humilité et résolution pour la dignité du travail humain, pour le respect de la création, donc pour l’écologie, pour la promotion de la paix et de la justice entre les nations et dans notre pays, pour l’accès de tous aux biens de la terre, nourriture et eau par le partage et la solidarité… Le trésor de notre foi est le meilleur rempart contre la dictature de l’argent qui tue et détruit lorsqu’il est érigé en idole et critère du succès. Notre foi est l’espérance d’un monde meilleur, d’un monde profondément converti à la vie, sur cette terre et pour la vie éternelle. Amen.