dimanche 28 juin 2015

13ème dimanche du temps ordinaire / B

28/06/15

2 Corinthiens 8, 7-15

Dans la deuxième lecture de cette messe l’apôtre Paul parle d’une collecte qu’il a organisée chez les Corinthiens en faveur des chrétiens de l’Eglise de Jérusalem. Lorsque saint Luc décrit la première communauté chrétienne dans les Actes des apôtres, il mentionne l’esprit de solidarité et de partage parmi les disciples : « Tous ceux qui avaient cru se retrouvaient ensemble : ils mettaient tout en commun et vendaient leurs propriétés, leurs biens, partageant avec tous ceux qui étaient dans le besoin ».
Il est intéressant de relever les arguments que Paul donne aux Corinthiens pour les encourager à partager leurs biens avec les frères qui sont dans le besoin. Il ne leur dit pas « puisque vous êtes riches, donnez de votre argent »,  mais « puisque vous avez reçu largement tous les dons : la foi, la Parole et la connaissance de Dieu… ». Paul rappelle donc aux Corinthiens les bénédictions du Seigneur à leur égard, tous les dons spirituels dont ils ont été comblés. Une vie spirituelle authentique doit susciter le désir du partage matériel avec les plus démunis et les plus pauvres : « Que votre geste de générosité soit large ». L’apôtre ajoute une autre motivation pour que la collecte soit une réussite : « Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ ». L’esprit de partage et de solidarité permet donc aux chrétiens d’imiter l’attitude de leur Maître et Seigneur : « lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté ». Quelle est donc cette richesse du Verbe de Dieu, du Fils bien-aimé du Père ? Certainement pas une richesse matérielle, comme si Dieu avait besoin d’or et d’argent pour manifester son immense gloire. La richesse du Christ, c’est son union parfaite avec le Père, c’est sa divinité elle-même. Pour comprendre ce que veut dire Paul en parlant du Christ, qui de riche est devenu pauvre, nous pouvons nous référer à ce qu’il écrit dans sa lettre aux Philippiens : « Lui qui jouissait de la façon d’être de Dieu, il ne s’est pas attaché à cette égalité avec Dieu, mais il s’est réduit à rien, jusqu’à prendre la condition de serviteur ». Donc si les Corinthiens sont appelés par Paul à aider financièrement leurs frères de Jérusalem, c’est en raison des dons spirituels qu’ils ont reçu et afin d’imiter la générosité du Christ. Dans le chapitre suivant l’apôtre insiste sur la générosité du don à l’occasion de la collecte qu’il organise : « Rappelez-vous le proverbe : “À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement”. Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. Et Dieu est assez puissant pour vous donner toute grâce en abondance, afin que vous ayez, en toute chose et toujours, tout ce qu’il vous faut, et même que vous ayez en abondance de quoi faire toute sorte de bien ».
Chaque année le Carême nous rappelle d’une manière particulière l’importance du partage et de la solidarité dans notre vie chrétienne. Mais le partage ne doit pas se limiter au seul temps du Carême. Nous devons nous poser la question de manière personnelle et nous demander si nous sommes généreux et ouverts aux besoins de nos frères. En ce moment, nous le savons, les chrétiens d’Orient subissent de nouvelles persécutions en raison de leur foi. Connaissons-nous l’œuvre d’Orient, œuvre de solidarité avec les chrétiens du Proche et du Moyen Orient ? Saint Paul qui appelait les Corinthiens à venir en aide à leurs frères de Jérusalem rappelait aussi aux responsables de l’Eglise les paroles du Christ :


« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».

dimanche 21 juin 2015

12ème dimanche du temps ordinaire / B

21/06/15

2 Corinthiens 5, 14-17

Dans la deuxième lecture de cette liturgie l’apôtre Paul nous parle de notre vie chrétienne. Etre disciple du Christ a des conséquences sur notre vie humaine. Paul nous donne trois caractéristiques de la vie chrétienne, et cela en utilisant des formules saisissantes :

-      « Le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux ».
-      « Désormais nous ne connaissons plus personne à la manière humaine ».
-      « Si donc quelqu’un est en Jésus-Christ, il est une créature nouvelle ».

Dans la première de ces affirmations l’apôtre nous enseigne que le Christ nous décentre de nous-mêmes. C’est Jésus, dans son mystère de mort et de résurrection, qui devrait être le centre de la vie de chaque chrétien. La force de l’amour du Christ nous est en effet donnée pour nous arracher à la pesanteur de notre égoïsme. Depuis le péché des origines notre nature humaine est marquée par l’égoïsme qui fait que chacun est le centre de son petit monde. Comment faire de Jésus le centre de notre vie ? En mettant peu à peu en pratique le double commandement de l’amour. L’amour de charité envers Dieu et envers le prochain nous décentre de nous-mêmes. Nous comprenons ainsi que c’est par la prière et les œuvres de charité que nous laissons au Christ la première place dans notre vie. Dans la même lettre saint Paul déclare : « Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur ». Et nous savons que pour lui plaire nous devons aimer comme lui-même nous a aimés.
En tant que chrétiens nous ne connaissons plus personne à la manière humaine, c’est la deuxième affirmation de Paul. Cela signifie que notre manière d’entrer en relation les uns avec les autres n’est plus déterminée par des critères simplement humains mais par le regard de la foi, cette foi qui fait défaut aux disciples au milieu de la tempête : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Le regard que nous devrions porter sur les autres est donc surnaturel. Spontanément nous jugeons les autres sur un certain nombre de critères tels que l’apparence, le rang social, la richesse etc. Il est très difficile pour nous de ne pas regarder notre prochain de manière humaine. Un peu avant notre passage, Paul fait allusion à « ceux qui mettent leur fierté dans les apparences, et non dans le cœur ». Et nous pouvons penser à la sévère remontrance que l’apôtre Jacques fait aux chrétiens lorsqu’ils font la différence, dans l’assemblée du dimanche, entre les riches et les pauvres :
Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied ». Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ?

Enfin l’apôtre nous fait contempler notre condition de chrétiens en nous rappelant que par la foi et le baptême nous sommes devenus des créatures nouvelles. Nous vivons en ce monde mais à travers nous « un monde nouveau est déjà né », c’est le monde du Royaume de Dieu. Dans ce monde ce qui est important c’est la présence et l’action du Christ en chacun, peu importe ses caractéristiques humaines. Sans la lumière de la foi nous sommes toujours tentés de diviser, d’opposer alors que le regard de foi aspire à l’unité et à la communion. C’est ainsi que Paul comprend le baptême dans un magnifique passage de sa lettre aux Galates :


Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.

dimanche 14 juin 2015

11ème dimanche du temps ordinaire / B

14/06/15

Marc 4, 26-34

La réalité du règne de Dieu ou du royaume des cieux est au centre du message annoncé par Jésus. Il a commencé sa prédication en disant : « Les délais sont accomplis, le règne de Dieu est là, convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Et dans la prière qu’il nous a transmise, le Seigneur nous fait demander : « Que ton règne vienne ! » De très nombreuses paraboles nous parlent du règne de Dieu. En ce dimanche nous venons d’entendre la parabole du grain jeté dans le champ et celle de la graine de moutarde, toutes deux empruntées à la vie agricole, à une époque où le travail de la terre occupait un très grand nombre de personnes et faisait partie de la vie quotidienne.

« Un homme jette le grain dans son champ ». L’image de l’agriculteur jetant la semence en terre évoque la confiance de celui-ci envers la fertilité de la terre et la puissance de la semence. Pour jeter le grain en terre, il faut en effet croire que la terre lui fera porter tous ses fruits en temps voulu. Pour nous approcher du mystère du règne de Dieu, nous avons besoin de notre foi, nous avons besoin de faire confiance en la puissance et la fertilité de la Parole de Dieu semée dans les cœurs humains. Sans cette confiance fondamentale nous risquons bien de nous décourager et de perdre patience car la croissance du règne de Dieu peut nous sembler bien trop lente ou encore trop peu visible à nos yeux, pas assez éclatante. Quand nous regardons l’histoire de l’humanité et notre propre histoire, les forces contraires à celles du royaume des cieux peuvent nous apparaître tellement puissantes que nous sommes amenés à douter. C’est alors qu’il faut nous souvenir de ce que saint Jacques enseignait aux premiers chrétiens : « Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. » La fine pointe de la parabole se trouve dans le mystérieux pouvoir de vie qui se trouve caché dans le grain : « La semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi ». A notre époque la plus grande partie de l’agriculture est devenue industrielle et il n’y a plus grand-chose de naturel dans les pratiques de l’agriculture intensive. Cette agriculture est dépendante des biotechnologies, de la chimie et du pétrole. Nous la voyons d’abord comme le produit du travail de l’homme et de la recherche scientifique et technologique. La parabole nous ramène au miracle de la vie. Ce miracle est un don de Dieu créateur. L’homme ne sait pas comment la semence germe et grandit… Ce n’est plus vrai aujourd’hui avec le progrès des connaissances scientifiques mais cela n’enlève rien au fait que la nature nous donne dans une simple graine les promesses d’une croissance extraordinaire. Ce n’est pas parce que nous connaissons mieux le processus de la croissance que le miracle de la vie n’existe plus. La parabole nous enseigne donc que le règne de Dieu est d’abord un don, un cadeau que nous devons recevoir avec reconnaissance. Il n’est pas tellement le fruit de notre travail que l’œuvre de l’Esprit Saint au cœur de ce monde. Simplement Dieu n’est pas productiviste. Pour comprendre le développement de son royaume mieux vaut se référer à l’agriculture traditionnelle telle qu’elle existe encore dans beaucoup de pays du sud. Une agriculture qui sait être patiente et qui demeure à taille humaine. Une agriculture qui fait davantage confiance à la richesse de la terre qu’à la chimie. Le règne de Dieu se découvre en effet dans les petites choses, il passe souvent inaperçu en ses commencements comme la minuscule graine de moutarde. Le règne de Dieu se révèle à ceux qui ne sont pas esclaves d’un productivisme et d’une rentabilité à court-terme. Seul celui qui a le regard adapté au long-terme est capable de déchiffrer dans l’histoire de l’humanité et dans son histoire personnelle la croissance mystérieuse de ce règne, et cela chaque fois que l’amour du Christ Ressuscité triomphe des forces destructrices, faisant ainsi reculer l’empire de la mort.

samedi 23 mai 2015

PENTECÔTE (année B)



24/05/2015

 Galates 5, 16-25

Pour saint Paul la vie chrétienne est une vie de communion avec le Christ, particulièrement dans son mystère de mort et de résurrection. Le chrétien qui est fidèle à la grâce de son baptême s’inspire des actes et des paroles du Christ pour faire de sa vie une vie nouvelle. Au centre et au fondement de toute notre vie chrétienne il y a notre foi en Jésus ressuscité, vivant et agissant aujourd’hui dans son Eglise et dans l’univers tout entier. Tout ce dynamisme de la foi qui nous pousse sans cesse à mettre en conformité notre vie avec l’Evangile de Jésus ne serait pas possible sans le don de l’Esprit Saint. C’est ce don que nous célébrons au terme du temps pascal avec la solennité de la Pentecôte. Le jour de la Pentecôte marque en quelque sorte la naissance de l’Eglise. Et chacun de nous peut revivre cette expérience grâce au sacrement de la confirmation qui nous rend pleinement membres du Corps du Christ et qui nous permet de témoigner de notre foi en paroles et en actes.
Dans la deuxième lecture l’apôtre Paul nous décrit la vie chrétienne de la manière suivante : « Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu ». Il nous prévient qu’en tant que chrétiens nous avons à lutter, à choisir sans cesse entre les « tendances égoïstes de la chair » et les « tendances de l’esprit ». Tout simplement parce que nous demeurons marqués, même après notre baptême, par les conséquences du péché originel ainsi que par nos propres péchés. L’affrontement entre la chair et l’esprit correspond en fait à un affrontement entre l’égoïsme et la charité, et cet affrontement nous empêche de faire ce que nous voudrions. Nos bonnes intentions ne se concrétisent pas toujours par des choix et des actes concrets. Saint Paul décrit de manière magnifique ce déchirement intérieur dans sa lettre aux Romains : En effet, ma façon d’agir, je ne la comprends pas, car ce que je voudrais, cela, je ne le réalise pas ; mais ce que je déteste, c’est cela que je fais… Je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans l’être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c’est de vouloir le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas… Ainsi, moi, par ma raison, je suis au service de la loi de Dieu, et, par ma nature charnelle, au service de la loi du péché. Ce que Paul nomme les œuvres de la chair, en fait notre nature pécheresse et égoïste, non seulement nous ferme les portes du royaume de Dieu mais nous divise profondément. Au contraire le fruit de l’Esprit unifie notre personne humaine : à la place du déchirement intérieur nous trouvons peu à peu la paix spirituelle qui est réconciliation non seulement avec Dieu mais aussi avec les autres et avec nous-mêmes. Saint Paul nous donne neuf aspects du fruit de l’Esprit en nous. Nous comprenons que ces caractéristiques de notre vie chrétienne sont inséparables. On peut les distinguer entre elles mais elles forment un tout. La foi ne va pas sans l’humilité, ni l’amour sans la bonté et la bienveillance etc. Et notre expérience nous montre à quel point la patience et la maîtrise de soi vont de pair. L’Esprit Saint n’a qu’un désir, c’est que nous grandissions et que nous nous fortifions dans ces différentes facettes de l’être chrétien. Là où sont véritablement amour, joie et paix, là est aussi la sainteté chrétienne ; là se trouve réalisée en nous l’œuvre de l’Esprit du Père et du Fils. Nous oublions peut-être d’invoquer l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation, de le prier et de lui demander son aide. Or la prière à l’Esprit Saint ne doit pas se limiter à la fête de la Pentecôte. Elle est essentielle dans la spiritualité chrétienne. Et nous pouvons utiliser de manière régulière la très belle prière de la séquence de Pentecôte, prière que la liturgie nous fait entendre avant la proclamation de l’Evangile. Notre faiblesse est grande et nous avons tellement besoin d’accueillir en nous, toujours plus profondément, la force de l’Esprit de Dieu ! « Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit ! »

dimanche 17 mai 2015

Septième dimanche de Pâques / B

17/05/15

1 Jean 4, 11-16

Dans la deuxième lecture de cette messe, saint Jean nous parle de l’inhabitation divine : Dieu demeure en nous et nous en lui. Nous ne pouvons pas saisir cette réalité spirituelle sans d’abord recevoir la révélation que Jésus nous apporte sur Dieu. C’est cette révélation que l’apôtre Jean nous transmet en nous donnant l’une des rares définitions de Dieu dans le Nouveau Testament : Dieu est amour, amour de charité en lui-même, c’est la raison pour laquelle il « nous a tant aimés », c’est aussi ce qui explique pourquoi il veut entrer en communion avec nous qui sommes ses créatures. Dieu est Esprit et Amour, et c’est pour cela qu’il veut se donner à nous, vivre avec et en nous. L’amour véritable cherche toujours la présence de l’être aimé et veut vivre en communion avec lui. Saint Jean, comme les autres apôtres, les premiers disciples et les saintes femmes, a fait cette expérience bouleversante de l’amour divin manifesté à travers la personne, les actes et les paroles de Jésus de Nazareth : « Et nous, nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous ».
Comment pouvons-nous, nous aussi, participer à cette expérience spirituelle qui est celle du christianisme authentique ? Quelle doit être notre réponse à ce désir de Dieu de vivre en communion avec nous ? Quelle attitude va nous permettre de considérer Dieu, non plus comme un être suprême extérieur à nous-mêmes et distant, mais comme un Esprit d’amour intérieur à nous-mêmes ? Dieu comme un Père, vie de notre vie.
Saint Jean nous indique deux voies essentielles pour rendre possible cette expérience spirituelle.
La première est celle de la foi : « Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu ». C’est la foi en Jésus qui nous ouvre ce chemin. Mais la foi seule ne suffit pas. D’où la nécessité de la deuxième voie : « Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui ». D’où la nécessité de nous aimer les uns les autres pour pouvoir accueillir dans nos vies ce Dieu qui est Amour. La morale chrétienne, cet aspect de notre vie qui détermine les relations que nous avons avec notre prochain, est une conséquence logique de notre vie spirituelle. C’est la vie de Dieu en nous bien plus que les commandements qui exige de nous une vie morale, c’est-à-dire une vie ajustée à l’Evangile. Les commandements ne sont pas la source de la vie morale. Ils sont comme des panneaux de signalisation sur notre route vers la perfection de l’amour. La source ne peut être que Dieu lui-même et particulièrement, dans le mystère de la sainte Trinité, la personne du Saint Esprit, amour du Père et du Fils. « Nous reconnaissons que nous demeurons en lui, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit ». Dans cette dernière partie du temps pascal, nous nous préparons à célébrer la fête de Pentecôte. Prions l’Esprit de notre baptême et de notre confirmation de nous confirmer dans la foi et l’amour !

Viens, Esprit Saint en nos cœurs, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens lumière de nos cœurs. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos ; dans les pleurs, le réconfort. Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient, donne tes sept dons sacrés, donne la joie éternelle. Amen.

jeudi 14 mai 2015

ASCENSION DU SEIGNEUR / B

14/05/15

Le mystère glorieux de l’Ascension du Seigneur a fait passer les premiers disciples de Pâques à la Pentecôte. Au jour de l’Ascension le Seigneur ressuscité devient invisible aux yeux de ses disciples. Sa présence dans l’Eglise et dans le monde demeure mais sous un autre mode. Nos mots humains ne peuvent pas rendre compte de ce mystère sans utiliser des images. Et les images, si elles peuvent nous aider à nous représenter l’Ascension du Seigneur, peuvent aussi nous tromper si nous les comprenons d’une manière purement matérielle : monter au ciel, s’asseoir à la droite du Père. Dans la deuxième lecture saint Paul utilise lui aussi ces images : « Celui qui était descendu est le même qui est monté au plus haut des cieux pour combler tout l’univers ». Pour saint Paul l’Ascension doit se comprendre en correspondance avec l’Incarnation. Au jour de Noël la Parole de Dieu « descend » vers nous en se faisant chair dans le sein de la Vierge Marie ; au jour de l’Ascension elle « monte » auprès du Père. Ces images de descente et de montée sont bien sûr liées au fait que la Bible nous parle du Père qui est aux cieux. Les cieux symbolisent le « lieu » propre de la divinité, sa demeure. Les cieux représentent la transcendance de Dieu, le fait qu’il n’est pas un être parmi les autres, une créature se mouvant dans les limites du temps et de l’espace, mais le Créateur et Père, pur Esprit, éternel et partout présent. Nous comprenons alors pourquoi il ne faut pas essayer de nous représenter avec notre imagination Jésus montant au ciel. Simplement il nous suffit de comprendre qu’à partir de l’Ascension il est présent d’une autre manière, d’une manière invisible.
Dans la première lecture saint Luc nous montre que le mystère de l’Ascension est tout entier orienté vers celui de la Pentecôte. Avant de quitter ses disciples, le Seigneur ressuscité leur parle en effet du don de l’Esprit Saint, force venue d’en-haut pour en faire des témoins. Jésus étant devenu invisible, c’est l’Esprit du Père et du Fils qui va nous permettre de croire en Jésus ressuscité. La présence de l’Esprit en nous est intérieure. Nous ne sommes plus dans une situation de face à face comme celle qui fut celle des disciples entre Pâques et l’Ascension. Lorsque Jésus se manifestait à eux, ils le voyaient comme nous nous voyons lorsque nous nous rencontrons. L’Esprit n’ayant pas de corps il peut venir demeurer au plus intime de notre être et faire que la présence de Dieu nous devienne intérieure. Le temps de l’Eglise qui commence après l’Ascension et surtout après la Pentecôte est le temps de l’Esprit. C’est en effet par l’Esprit Saint que nous reconnaissons la présence de Jésus ressuscité. Et c’est encore par l’Esprit Saint que tous les sacrements nous communiquent les dons du Père. Il n’y aurait pas d’eucharistie, donc pas de présence sacramentelle de Jésus, sans l’action de l’Esprit Saint.

Enfin l’Ascension oriente notre cœur vers notre avenir en Dieu, vers le terme dont nous parle saint Paul : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ ». Notre vie chrétienne est en effet un chemin. Si Dieu est patient avec nous, nous devons aussi être patient avec nous-mêmes et ne pas exiger de tout comprendre en une seule fois. C’est en parcourant le chemin de notre vie, chemin de foi, d’espérance et de charité, que, peu à peu, nous progresserons vers la vraie connaissance du Fils de Dieu. Ce n’est qu’au terme, nous avertit saint Paul, donc après le passage de notre mort, que nous saisirons dans la pleine lumière les mystères du Seigneur et le mystère de notre propre personne.

dimanche 3 mai 2015

Cinquième dimanche de Pâques / B

3/05/15

Jean 15, 1-8

Dans la deuxième lecture et l’Evangile de ce dimanche, saint Jean utilise à de nombreuses reprises le verbe « demeurer ». Ce verbe nous parle de la relation intérieure et profonde que nous avons avec le Christ et avec Dieu. C’est le verbe de la vie spirituelle et de l’intériorité. Et l’image de la vigne n’est utilisée par Jésus que pour illustrer cette réalité nommée « inhabitation divine ».
« Demeurez en moi, comme moi en vous ». Nous le comprenons, le verbe « demeurer » désigne la relation unique que Jésus veut avoir avec nous et la relation que nous pouvons avoir avec Lui. Dieu, en Jésus, est un « au-delà au-dedans » pour reprendre une belle expression de Maurice Zundel. Mais comment pouvons-nous savoir que Dieu demeure en nous et que nous demeurons en Lui ? La deuxième lecture nous donne une indication concrète :
« Celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit ».
Nous le voyons, la communion authentique avec le Seigneur est en même temps spirituelle et très concrète. Le spirituel dans l’enseignement de Jésus a toujours un effet concret dans notre vie. Si l’Esprit habite en nous, alors oui, Dieu demeure en nous. Il ne nous reste plus extérieur, mais il se fait intérieur à ce qui constitue le cœur le plus intime de notre personne. Le mystère de Dieu se joint ainsi au mystère même de notre personne humaine. Car, est-il besoin de le rappeler, si Dieu, en tant qu’au-delà de tout créé, est mystère, nous sommes aussi pour nous-mêmes un mystère. Nous pensons nous connaître, mais bien souvent nous n’avons qu’une connaissance très limitée de ce qui fait que nous sommes une personne humaine unique, créée à l’image de Dieu et selon sa ressemblance. En même temps c’est par notre fidélité aux commandements du Seigneur que nous pouvons savoir que nous demeurons en Lui et Lui en nous. Il s’agit toujours d’aimer « non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité ». Les commandements du Seigneur nous sont donnés pour nous permettre d’ajuster sans cesse notre vie à ce qui est vrai, bon et juste.
L’image de la vigne ne dit pas autre chose : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit ». Donner beaucoup de fruit et être fidèle aux commandements, c’est une même et unique réalité. Simplement Jésus nous rappelle avec force que nous en sommes incapables si nous nous confions seulement à nos forces humaines. En plus de notre bonne volonté, nous avons besoin de la grâce du Christ, de son aide et de sa présence, pour porter du fruit en observant ses commandements. « Car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ».

La liturgie de la Parole nous enseigne donc le lien étroit qui existe entre d’une part notre vie de prière, notre vie sacramentelle, et d’autre part notre action en ce monde. Le cœur à cœur invisible de la prière, s’il est vraiment rencontre avec le Seigneur, donnera comme fruit visible les œuvres de charité. En ces jours qui nous acheminent peu à peu vers la solennité de la Pentecôte et la célébration de la confirmation le 31 mai, il nous est bon de réentendre l’enseignement de saint Paul dans sa lettre aux Galates : « Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit. »