dimanche 26 octobre 2014

30ème dimanche du temps ordinaire / A

26/10/14

Matthieu 22, 34-40

Jésus nous donne dans l’Evangile de ce dimanche un enseignement fondamental pour notre vie chrétienne. Le double commandement de l’amour est en effet le cœur et l’âme de toute la Loi de Moïse. Cette Loi contenait tellement de commandements et de préceptes qu’il était facile d’en oublier l’essentiel au profit de certains préceptes secondaires. Jésus adressera un reproche sévère à ceux qui lui posent cette question « pour le mettre à l’épreuve ». Ce reproche du Seigneur à l’encontre des pharisiens se trouve dans le chapitre qui suit notre Evangile :

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste. Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau !

En allant à l’essentiel Jésus effectue une merveilleuse simplification de la vie religieuse. Tout l’Ancien Testament se résume à ces deux commandements, tout dans la Loi et les prophètes doit être compris à la lumière du commandement de l’amour. Nous le voyons, Jésus n’invente rien. Il se contente de mettre une hiérarchie entre les commandements. Il nous demande de distinguer ce qui est le plus important de ce qui est secondaire. En morale il s’agit en effet de ne pas tout mettre sur le même plan. C’est aussi un danger pour nous catholiques de nous attacher de manière excessive à des aspects secondaires de la vie chrétienne tout en négligeant ce qui est premier et essentiel. Le génie de Jésus consiste à avoir montré l’unité qui existe entre l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain. Le double commandement de l’amour nous permet d’unifier notre vie chrétienne et de ne pas vivre le culte et la prière comme des moments séparés, n’ayant aucun rapport avec le quotidien de notre existence, ni aucune influence sur nos choix et décisions. C’est cette belle unité de la vie chrétienne que nous rappelaient les évêques de France en 1996 : « Nous ne pouvons pas laisser croire qu’il nous faudrait choisir entre Dieu et les hommes, entre la foi en Dieu et le service des hommes ».

Je voudrais maintenant vous parler du premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». La formulation de ce commandement a l’avantage de nous montrer concrètement comment nous pouvons aimer Dieu et le servir : avec toute notre personne. Nous cherchons Dieu et nous allons à sa rencontre avec tout ce que nous sommes : le cœur, l’âme et l’esprit. Ce n’est pas par hasard que le cœur est cité en premier. Dans la Bible le cœur représente bien sûr notre capacité à aimer mais aussi le plus intime de notre personne humaine, le centre unique de notre personnalité. Blaise Pascal a beaucoup parlé de l’importance du cœur dans ses Pensées : « C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Notre amour pour Dieu va bien au-delà d’un amour philosophique. L’âme correspond quant à elle au souffle de vie que Dieu nous donne, c’est le principe même de notre vie. Aimer Dieu avec toute notre âme cela signifie donc l’aimer par toute notre vie : pas seulement le dimanche à la messe ou encore lorsque nous prions mais à travers nos pensées et nos actes de chaque jour, même les plus simples. Enfin l’esprit c’est ce qui nous permet l’intelligence des choses, la compréhension des êtres et du monde dans lequel nous vivons. C’est la foi qui nous met en relation avec Dieu mais la foi n’exclut pas l’usage de notre raison. Pascal avait cette belle formule : « Soumission et usage de la raison : en quoi consiste le vrai christianisme ». C’est pour cela qu’il y a toujours eu dans l’Eglise des exégètes et des théologiens, des personnes qui ont utilisé les lumières de l’esprit humain pour approfondir le sens de ce qui était révélé par Dieu dans la Bible et enseigné dans le catéchisme comme vérité de foi. Au cœur, à l’âme et à l’esprit Saint Paul n’hésite pas à ajouter notre corps : « Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps ». Oui, c’est vraiment avec toutes les dimensions de notre être, créé par Dieu, que nous sommes appelés à l’aimer en lui rendant grâce pour le don de notre vie, celui de son Fils Jésus, et celui de l’Esprit Saint qui habite en nos cœurs comme dans un temple. Nous pouvons enfin établir une correspondance entre les dimensions de notre être et les vertus théologales par lesquelles nous entrons en relation avec le Seigneur. Au cœur correspond bien sûr la vertu de charité. Notre âme, principe de notre vie humaine, va de pair avec l’espérance car cette vertu nous fait espérer la vie éternelle. Et notre esprit ou notre intelligence correspond à la foi. En effet, comme le faisait remarquer Jean-Paul II, « la foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ».


lundi 20 octobre 2014

29ème dimanche du temps ordinaire / Année A

19/10/14

Matthieu 22, 15-21

En lisant les évangiles nous trouvons assez souvent des épisodes semblables à celui que nous rapporte saint Matthieu en ce dimanche. Des pharisiens ou des docteurs de la Loi s’approchent de Jésus pour lui tendre un piège. Ils lui posent une question non pas parce qu’ils recherchent la vérité mais pour « prendre en faute Jésus en le faisant parler ». Nos hommes politiques sont de grands spécialistes de cette tactique au cours des faux débats auxquels ils participent sur les plateaux de télévision. Saint Luc est encore plus clair quant au but recherché ici par les pharisiens : « afin de le livrer à l’autorité et au pouvoir du gouverneur ». Jésus n’est bien sûr pas dupe : il connaît la perversité de ses adversaires et n’hésite pas à les traiter d’hypocrites. Sa prédication les gêne. Il attire à lui le peuple. Il menace donc leur autorité religieuse et surtout le prestige humain dans lequel ils se complaisent. Il faut donc en finir au plus vite avec ce prédicateur trop charismatique. Dans le chapitre suivant le Seigneur se montre particulièrement sévère envers ces hommes qui pratiquent une religion de façade : ce sont les sept malédictions contre les pharisiens.
Mais il nous faut être justes. Même si l’intention est perverse, la question qui est posée n’est pas sans intérêt : « Est-il permis de payer l’impôt à l’empereur ? » Remettons-nous dans le contexte du peuple juif au premier siècle : il est sous occupation romaine, donc sous la domination païenne. Depuis 587 av. JC, date de la ruine de Jérusalem, Israël a perdu son indépendance politique. On comprend donc que pour certains Juifs nationalistes payer l’impôt à Rome cela revient à collaborer avec l’occupant. Cette question morale ne relève pas seulement d’un antique débat. Elle se pose aussi à nous aujourd’hui même si nous n’y pensons pas spontanément. Un citoyen français, et un chrétien à plus forte raison, peut se poser des questions quant au fait de contribuer à travers son impôt à l’arme nucléaire par exemple. Ou encore de contribuer aux subventions attribuées par les municipalités du midi aux corridas. On pourrait multiplier les exemples. Mais on devine derrière cette question un véritable cas de conscience pour ceux qui se la posent honnêtement.
Comme souvent Jésus ne répond pas directement à la question. Il évite ainsi de tomber dans le piège qui lui est tendu. S’il répond « oui », il sera traité de collaborateur. S’il répond « non », il sera dénoncé comme un révolutionnaire voulant renverser le pouvoir romain. Il répond donc en posant à son tour une autre question : « Cette effigie et celle légende, de qui sont-elles ? » Ou pour le dire autrement : quelle est l’autorité qui frappe la monnaie que nous utilisons chaque jour pour nos échanges commerciaux ? C’est bien l’empereur de Rome, en l’occurrence Tibère. Finalement Jésus répond indirectement « oui » : il est permis de payer l’impôt à César. Car il ne faut pas confondre les règnes temporels qui se succèdent les uns aux autres dans l’histoire et le règne de Dieu, son royaume, qui demeure à jamais. Ce que Jésus veut dire aux pharisiens c’est qu’ils peuvent être de bons juifs tout en payant l’impôt à César. La qualité de leur vie religieuse n’est pas diminuée par leur soumission au pouvoir temporel sur ce point précis. Si Jésus distingue donc la sphère du pouvoir civil du Royaume de Dieu, les choses se compliqueront tout au long de l’histoire de l’Eglise. Dans le Nouveau Testament lui-même nous trouvons des accents différents. Saint Paul recommande aux chrétiens d’obéir aux autorités civiles et il va même jusqu’à affirmer que leur autorité vient de Dieu. Mais face aux autorités religieuses Pierre et Jean revendiquent l’objection de conscience, le devoir de désobéir : « Est-il juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que d’écouter Dieu ? A vous de juger. »
La distinction entre César et Dieu n’est pas une séparation. Et c’est là toute la difficulté du débat. Jésus condamne par avance toute vision nationaliste ou patriotique de la foi religieuse, car ce sont deux domaines différents. Par ailleurs si nous rendons vraiment à Dieu ce qui est à Dieu nous ne pouvons pas rester indifférents au cours des affaires terrestres. Notre foi chrétienne est aussi une force prophétique dans le domaine de César, c’est-à-dire dans la politique. Et c’est au nom de cette foi que tout au long de l’histoire des chrétiens se sont élevés contre les diktats des puissants. Pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres on peut penser aux frères Berrigan, deux prêtres catholiques américains, qui ont organisé des actions de désobéissance civile pour s’opposer à la poursuite de la guerre du Vietnam et influencer l’opinion publique. Oui, le chrétien doit participer à la vie civique de son pays en payant l’impôt. Mais il doit garder sa conscience libre par rapport aux décisions des autorités. S’il veut être sel de la terre et lumière du monde, il doit demeurer vigilant et exprimer son désaccord de manière pacifique lorsque cela est nécessaire.


dimanche 12 octobre 2014

28ème dimanche du temps ordinaire / année A

Matthieu 22, 1-14

12/10/14

En ce dimanche la liturgie nous propose à nouveau une parabole. Jésus raconte cette histoire pour nous faire entrer dans le mystère du Royaume des cieux. Il avait commencé sa prédication en Galilée en annonçant ce Royaume : « Convertissez-vous car le Règne de Dieu est là ». Ce thème a toujours été central dans la prédication de Jésus et à la fin de son ministère public il le reprend, quelques jours seulement avant sa Passion et sa mort. Cette fois c’est l’image des noces qui est utilisée. Un roi célèbre les noces de son fils. Il nous invite à partager sa joie et à venir au banquet de fête qu’il a préparé pour nous. Ce roi c’est Dieu et son fils c’est bien sûr Jésus. Les noces représentent l’alliance nouvelle et éternelle, l’union de la divinité avec notre humanité dans la personne du Fils de Dieu. Oui, dans le sein de Marie sa mère, Jésus épouse notre condition humaine, il se lie pour toujours avec tous les hommes et toutes les femmes, de tous les pays et de tous les temps. Et ce n’est pas par hasard qu’il choisit un repas pour en faire le mémorial de la nouvelle alliance, l’eucharistie. Les noces du Fils de Dieu commencent donc dès l’annonciation et Noël. Elles seront consommées à la fin des temps lors du retour du Christ en gloire. La parabole est dramatique : elle nous décrit notre refus de participer à la fête des noces, notre mauvaise volonté, et même parfois notre opposition violente à ceux qui, de la part de Dieu, nous transmettent cette invitation. Jésus lui-même sera la plus grande victime de ce refus. Nos affaires terrestres (notre champ, notre commerce) nous préoccupent tellement et mobilisent à un tel point notre intérêt et nos énergies qu’il nous est impossible d’entendre l’appel de Dieu. Nous sommes comme spirituellement paralysés. Saint Matthieu nous décrit la réaction violente du roi. Ce que ne fait pas saint Luc. L’exemple du Christ lui-même nous invite à ne pas prendre ce détail de la parabole pour une vérité théologique. Souvenons-nous de la réaction du Seigneur face au refus des samaritains de l’accueillir dans leur village. Ce n’est pas les samaritains qu’il a condamnés mais le mauvais zèle de ses apôtres qui voulaient faire tomber sur eux la punition céleste comme à « la bonne vieille époque » de Sodome et de Gomorrhe... En tant que Fils de Dieu Jésus a toujours refusé d’utiliser la violence et la contrainte. Dans la deuxième partie de la parabole le roi envoie à nouveau ses serviteurs pour inviter largement les hommes à participer aux noces, « les mauvais comme les bons », puisque les premiers invités n’en étaient pas dignes. Comme chez saint Luc la parabole originelle devait se terminer à ce moment précis, celui où « la salle de noces fut remplie de convives ». Mais on a ajouté par la suite une autre parole de Jésus, celle sur le vêtement de noce, qui rend du coup notre parabole incompréhensible. Car si le roi demande à ses serviteurs d’inviter tous ceux qu’ils rencontreront sur les chemins sans donner aucune limitation, comment peut-il ensuite reprocher à l’un de ses invités d’avoir répondu oui à l’invitation et d’être là ? En effet cette invitation était sans condition aucune. Sur le carton d’invitation il n’était pas précisé : « vêtement de noce exigé » ou encore « entrée réservée à ceux qui en sont dignes ». Et de fait les mauvais comme les bons se retrouvent dans la salle du festin. La deuxième partie de notre parabole illustre la grâce divine, le fait que le salut nous est offert sans aucun mérite de notre part alors que la parole sur le vêtement de noces aborde probablement un autre thème, celui de notre libre participation au salut ou encore la nécessité du baptême. D’ailleurs la liturgie de l’eucharistie reflète parfaitement l’enseignement de la parabole. C’est logique puisque l’eucharistie est déjà ce repas du Royaume des cieux, une anticipation dans l’Eglise du festin des noces de l’Agneau à la fin des temps. « Heureux les invités au repas du Seigneur ! Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », telle est l’invitation de Dieu à son repas sacré. Et que répondons-nous ? « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir… ». Oui, face à l’invitation de Dieu nous sommes tous indignes, et personne ne peut dire : je mérite de communier au corps du Seigneur. Que la méditation de cette parabole fasse grandir en nous la gratitude émerveillée pour le don de Dieu, notre humilité face à la grandeur de ce don, et la conscience profonde de notre indignité !


mardi 7 octobre 2014

INTERVIEW AVEC GILLES LARTIGOT à Piolenc (Vaucluse)


Cet été j'ai eu la joie de recevoir dans le jardin du presbytère de Piolenc Gilles LARTIGOT, l'auteur du livre EAT (écrit en français malgré son titre en anglais), venu faire une interview de moi sur deux sujets: 

1°/ L'alimentation et le végétarisme

2°/ La musique Metal

Alors même si cette interview n'est pas une homélie du dimanche vous y trouverez un enseignement biblique (en référence particulièrement au 9 premiers chapitres du livre de la Genèse), c'est la raison pour laquelle je vous propose de la visionner sur You Tube en suivant ce lien:

https://www.youtube.com/watch?v=7RjB1vts1tc&list=UUo3AhnfsCnyDF9Z73MA0q-w



dimanche 28 septembre 2014

26ème dimanche du temps ordinaire / A

28/09/14

Matthieu 21, 28-32


C’est dans le temple de Jérusalem que Jésus adresse cette parole que nous venons d’écouter aux autorités religieuses. Nous sommes dans les derniers jours du ministère public du Seigneur. Il vient de faire son entrée triomphale dans la ville sainte et, dans le temple, il s’est fait remarquer par les autorités en expulsant du lieu de prière les marchands d’animaux et les changeurs. Les chefs des prêtres et les anciens ne peuvent le laisser faire sans réagir : « De quelle autorité fais-tu tout cela ? Qui t’a chargé de le faire ? » En proposant aux responsables religieux du peuple l’histoire des deux fils Jésus met au centre de la discussion la volonté du Père. Dans la prière qu’il nous a transmise nous disons : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». L’histoire des deux fils invités à travailler dans la vigne de leur père est assez simple à comprendre : nos actes valent mieux que nos paroles. Dans l’évangile selon saint Matthieu le Seigneur avait déjà précisé cet aspect de son enseignement : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » Dans le cas du premier fils il y a un conflit entre sa volonté et ce que veut son père et il le reconnaît clairement : « Je ne veux pas ». L’autre fils fait comme s’il n’y avait pas de conflit : « Oui, Seigneur ! » Tous, autant que nous sommes, ne faisons pas naturellement la volonté de Dieu. Ce que Jésus nous demande en tant qu’envoyé du Père dépasse largement nos capacités naturelles. Il est bon de le savoir pour ne pas se faire d’illusions. Notre refus spontané d’aller travailler dans la vigne du Père est en quelque sorte naturel car nous avons d’autres projets qui nous semblent meilleurs. La qualité du premier fils c’est donc son honnêteté, il ne fait pas semblant, il dit « non ». Alors que l’histoire des deux fils semble nous parler de la différence entre les paroles et les actes, le commentaire qu’en donne Jésus est en décalage. Car la différence entre les publicains et les prostituées d’une part et les chefs religieux de l’autre ne consiste pas en des actes. Tout tourne autour du verbe croire : eux ont cru à la parole de Jean, vous, vous n’y avez pas cru. La différence entre les deux fils ne serait-elle pas d’abord dans la manière qu’ils ont eu d’écouter ou de ne pas écouter la parole de leur Père ? Comment faire la volonté du Père si nous n’écoutons pas sa parole ? Le premier fils semble avoir écouté réellement la parole, c’est pour cela que dans un second temps « s’étant repenti, il y alla ». Il faut du temps à la parole de Dieu pour nous changer du dedans, nous convertir. La différence entre les deux fils consiste dans le fait de laisser la parole de Dieu nous travailler ou pas. Il s’agit davantage de se laisser travailler par la volonté de Dieu que d’aller travailler dans sa vigne. Ou pour le dire autrement nos actes sont le fruit de notre conversion intérieure. Pour la plupart d’entre nous nous connaissons bien les évangiles que la liturgie nous propose chaque dimanche. Il y a donc un réel danger à ce qu’ils n’aient plus de prise sur notre cœur, à ce qu’ils aient perdu leur force d’interpellation. Pour faire la volonté du Père nous avons besoin de cette grâce : écouter avec un cœur nouveau ces textes « anciens » dans le sens de « connus ». Pour faire la volonté du Père nous avons besoin de croire qu’il veut notre bien et notre bonheur. Ce qu’il nous demande nous coûte souvent car cela va dans le sens contraire de notre nature marquée par le péché. Pensons à l’exhortation de Paul dans la deuxième lecture : « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres ». Mais en fin de compte nous savons par expérience que vivre en conformité avec l’Evangile est la source d’une joie et d’une paix profondes. 

dimanche 14 septembre 2014

La croix glorieuse


Basilique sainte Sabine, Rome


14/09/14

Jean 3, 13-17

Cette année le 14 septembre tombant un dimanche nous célébrons la fête de la croix glorieuse à la place du 24ème dimanche du temps ordinaire. Cette fête est inséparable de la célébration du vendredi saint au cours de laquelle nous vénérons la croix du Seigneur. C’est l’accent qui est différent. Le 14 septembre c’est la croix glorieuse que nous célébrons alors que la croix du vendredi saint est celle des souffrances physiques et morales du Christ.
Avant d’aborder le sens profond de cette fête il est nécessaire de se référer à l’histoire du christianisme. La croix considérée pour elle-même est un horrible objet de torture et de souffrance, un instrument de mort particulièrement terrible. Des milliers d’hommes sont morts du supplice de la croix dans l’antiquité, pensons simplement à Spartacus et aux esclaves qui l’avaient suivi dans sa révolte. La croix en tant qu’instrument de supplice est la preuve de la perversité de l’esprit humain capable d’inventer des formes de torture toujours plus cruelles et barbares. Elle est la preuve éclatante de la méchanceté de l’homme marqué par le péché originel et esclave de ses propres péchés, méchanceté qui va de pair avec un cœur de pierre, un cœur non seulement insensible aux souffrances d’autrui, mais un cœur qui prend un plaisir diabolique à faire souffrir et à tuer. Ne pensons pas que cette barbarie soit l’apanage de l’antiquité : nos armes modernes, en particulier la bombe atomique, les drones et les armes chimiques, sont tout aussi condamnables moralement. Au moins le soldat romain qui plantait les clous dans les pieds et les mains de Jésus avait du cran pour commettre cette horreur, contrairement au pilote qui depuis son avion lâche lâchement des bombes… Tant que l’homme ne s’est pas vraiment converti au Seigneur et à son Evangile il demeure capable des pires atrocités à l’égard de son prochain. Les premiers chrétiens savaient par expérience à quel point le supplice de la croix était un spectacle horrible. C’est la raison pour laquelle il a fallu attendre le 5ème siècle pour que Jésus crucifié soit représenté pour la première fois dans l’histoire de l’art chrétien sur les portes de la basilique sainte Sabine à Rome ! Et encore la croix est absente de cette représentation, on y voit simplement le Christ entouré des larrons étendant les bras en forme de croix. Tout cela pour dire qu’aujourd’hui nous ne célébrons pas un instrument de torture mais bien la croix sur laquelle le Seigneur Jésus a donné sa vie pour obtenir notre conversion et notre salut. Le magnifique texte de saint Paul aux Philippiens nous présente le mystère de Pâques comme un abaissement (la mort sur la croix) et comme une élévation (la résurrection et l’ascension). En parlant de croix glorieuse la liturgie nous montre que les deux aspects du mystère de Pâques sont inséparables : la douleur et la gloire, la croix et la résurrection, la mort et la vie. Aussi si la croix, instrument de supplice, peut être qualifiée de glorieuse c’est uniquement en raison de l’amour du Christ. Ce qui compte en effet ce n’est pas la croix mais bien ce que Jésus y a accompli en acceptant cette mort infamante. Célébrer la croix glorieuse c’est donc célébrer le sacré cœur de Jésus, ce cœur qui nous a tant aimés. C’est la puissance de l’amour divin de Jésus qui a transformé cet instrument de supplice en signe de vie et d’espérance. Comme le disent souvent les pères de l’Eglise en acceptant de mourir sur le bois de la croix Jésus a tué la mort. Il a transformé une invention diabolique en source de vie pour tous ceux qui mettraient sa foi en lui. La fête de ce jour nous demande de mettre au centre de notre foi et de notre vie chrétienne le mystère de Pâques. Tous les dons de Dieu, en commençant par la foi, mais aussi les sacrements et les grâces diverses et variées, les charismes de l’Esprit Saint, ont leur source dans la croix glorieuse, celle de Jésus-Christ, notre unique Seigneur.


dimanche 7 septembre 2014

23ème dimanche du temps ordinaire

Matthieu 18, 15-20

7/09/14

L’Evangile de ce dimanche nous parle de la présence du mal à l’intérieur de l’Eglise. L’Eglise est sainte mais elle rassemble en son sein un peuple de pécheurs en marche vers la sainteté. Les conseils de Jésus ont pour but de nous rendre solidaires les uns des autres. Nous devons nous aider à atteindre la sainteté qui est notre vocation commune. C’est dans ce contexte qu’il nous faut pratiquer la correction fraternelle. Certaines expressions peuvent nous sembler dures : Si le pécheur « refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain ». J’y reviendrai mais je voudrais dans un premier temps prendre de la hauteur pour mieux comprendre la portée de cet Evangile. En fait c’est la relation entre l’Eglise-communauté et la personne qui est au cœur de cet enseignement de Jésus. La plupart des religions ont un aspect communautaire et un aspect personnel. Cela signifie que c’est ensemble et de manière personnelle que l’on recherche Dieu, qu’on le prie, qu’on lui voue un culte. Il suffit de connaître l’histoire du christianisme pour savoir que l’accent s’est déplacé au cours des siècles. En schématisant à l’extrême on peut dire que jusqu’à la Renaissance l’aspect communautaire a prévalu. La pratique de la religion, soutenue et imposée par l’autorité civile, était une pratique sociale. Si bien qu’en théorie la grande majorité de la population était chrétienne. A partir du 16ème siècle et surtout à partir de la révolution française la religion se privatise au fur et à mesure ou pour le dire d’une manière plus positive elle s’intériorise : ce qui est mis en avant c’est la relation personnelle du croyant avec Dieu. Cela correspond bien sûr à la séparation des Eglises et de l’Etat, à ce que nous appelons la laïcité. L’un des problèmes essentiels de l’Islam aujourd’hui consiste précisément dans l’affirmation communautaire de la pratique religieuse aux dépens de la relation personnelle du croyant avec Dieu. D’où la volonté d’imposer la théocratie, c’est-à-dire un système dans lequel l’Etat et la religion se confondent sans laisser aucun espace de liberté à la conscience personnelle. Comprise ainsi la théocratie n’est en fait qu’une dictature religieuse utilisant, comme toute dictature, la violence, la contrainte et la peur pour obtenir de la population un consensus purement extérieur.
Je reviens maintenant à notre Evangile qui exige que nous le comprenions, comme toujours, en lien avec d’autres enseignements de Jésus. Il serait facile de voir une contradiction entre la pratique de la correction fraternelle et l’image de la paille et de la poutre employée dans le même Evangile :
« Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. Quoi ! Tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Ou encore de relever le contraste entre la sévérité de Jésus, demandant de considérer le pécheur refusant de se convertir comme un païen et un publicain, et sa propre attitude faite de bienveillance et de miséricorde à l’égard des pécheurs :

Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » Jésus, qui avait entendu, déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Cette mise en perspective des textes les uns avec les autres nous interdit d’emblée d’avoir une interprétation fanatique de la correction fraternelle. Aider mon prochain à devenir meilleur et à changer ne peut pas se faire sans amour ni patience, et encore moins en niant la dignité de sa conscience. Cela suppose en moi une grande humilité. Le concile Vatican II a donné une belle définition de la conscience : « Le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ». L’Eglise a justement pour mission d’éclairer et de former la conscience des fidèles en particulier par l’enseignement de la morale. Jésus ne précise pas de quel type de péché il s’agit. Mais on peut supposer que la correction fraternelle concerne surtout les péchés qui portent atteinte à la vie de la communauté, à sa communion et à son unité. D’où l’utilisation en cas de nécessité absolue de l’excommunication. Après avoir fait son travail de formation l’Eglise, comme le confesseur, renvoie toujours le fidèle à sa propre conscience, donc à l’usage de sa liberté qui est un don de Dieu. L’Eglise en tant que communauté comme le chrétien de manière personnelle doivent toujours se souvenir de l’exhortation de saint Paul dans sa lettre aux Romains :

Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.