dimanche 23 mai 2010

PENTECOTE

Pentecôte /C
23/05/10
Jean 14, 15-26 (p.797)
La solennité de Pentecôte marque le terme du temps pascal. Ce terme est un sommet, un couronnement, une plénitude. Car avec le don de l’Esprit Dieu se révèle et se donne totalement. Avec le don de l’Esprit la révélation chrétienne est achevée. Ce n’est pas par hasard que la liturgie nous fera célébrer dimanche prochain la Sainte Trinité. Ce sommet de la révélation chrétienne que nous célébrons aujourd’hui correspond au temps de l’Eglise, ce que nous nommons dans la liturgie le temps ordinaire. Ce qui marque le commencement de l’Eglise, c’est le rassemblement, dans la prière et l’attente, des apôtres et des saintes femmes dont Marie, la mère du Sauveur. Cela nous rappelle que l’essence de l’Eglise est d’ordre spirituel. L’Eglise est une réalité née de la volonté du Fils et du don de l’Esprit. L’organisation nécessaire à la vie de l’Eglise, corps du Christ, doit se comprendre et se vivre dans la primauté donnée à la relation avec Dieu dans l’Esprit. Le ministère des apôtres n’a de raison d’être que s’il est au service de la vie de Dieu dans les membres de l’Eglise, que s’il annonce le don de cette vie divine à tous les hommes. Evangéliser dans l’Eglise apostolique, ce n’est donc pas faire de la propagande sectaire. C’est témoigner de ce que l’homme ne peut s’accomplir lui-même s’il reste en dehors de cette vie divine communiquée par l’Esprit. Seul l’Esprit du Christ nous fait devenir ce que nous sommes comme en promesse à notre naissance : des personnes humaines à l’image de la divine Personne du Fils. Notre vie humaine, fécondée par la vie de l’Esprit, devient ainsi un passage de l’homme charnel, prisonnier de son égoïsme et de son individualité, à l’homme spirituel : une personne humaine capable d’aimer et de se donner, ouverte à la relation aux autres et à Dieu. Célébrer la Pentecôte, c’est affirmer à nouveau que Dieu seul est source de vie. De notre vie humaine tout d’abord en tant que créateur. Souvenez-vous de la première page de la Bible : « La terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ». C’est le même Esprit qui vient nous recréer en nous communiquant la vie divine. Voilà le miracle de la Pentecôte ! Ainsi que celui de notre baptême et de notre confirmation !
Les textes bibliques de cette liturgie insistent tous sur le fait que Dieu nous donne l’Esprit pour qu’il habite en chacun de nous. Je ne fais que rappeler ici quelques expressions parlantes : « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint » ; « L’Esprit de Dieu habite en vous » ; « Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». Et dans l’Evangile un verset omis par la version liturgique : l’Esprit de vérité « est avec vous et demeure en vous ». En nous donnant son Esprit, Dieu se donne totalement. Ce qui signifie que ce sont les trois personnes divines qui font de nous leur temple, leur sanctuaire. La Pentecôte nous révèle cette merveilleuse réalité de l’inhabitation divine. Et nous comprenons alors beaucoup mieux certains enseignements du Seigneur Jésus dans les Evangiles. Par exemple : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », « Dieu est esprit ; quand on adore, il faut adorer en esprit et en vérité ». Depuis la Pentecôte, tout chrétien devrait avoir une vive conscience que c’est d’abord en lui qu’il doit trouver la présence de Dieu Trinité. « Grandeur de l’âme humaine », notait Pascal dans son Mémorial. L’expression utilisée par Luc dans les Actes des Apôtres mérite qu’on s’y arrête : « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint ». Comme si l’Esprit était un liquide et nous des récipients ! L’image nous parle : l’eau répandue dans un vase a la capacité de « remplir » justement, c’est-à-dire de ne laisser aucun espace vide. Le don de l’Esprit ne concerne donc pas seulement notre cœur ou encore notre âme mais notre être tout entier corps et âme. D’ailleurs Paul le rappellera aux chrétiens de Corinthe : ne savez-vous pas que vos corps sont des temples de l’Esprit ? C’est ainsi que l’Esprit du Christ devient notre vie, en nous remplissant totalement de sa présence, en sanctifiant non seulement notre âme mais aussi notre corps. Cette vérité de foi, suite logique de l’incarnation du Fils, a des conséquences nombreuses au niveau de la morale chrétienne.
L’événement de Pentecôte institue donc en quelque sorte une religion de l’intériorité, un culte spirituel de Dieu. Et tout dans notre pratique religieuse extérieure doit nous aider à aller sans cesse vers ce centre, ce foyer intérieur dans lequel Dieu Trinité habite. C’est en nous que nous avons à faire l’expérience de l’amour divin, de ce feu dévorant. Particulièrement par la prière communautaire, les sacrements et la prière personnelle. En même temps l’événement de Pentecôte nous pousse à sortir de nos églises pour évangéliser, porter la Bonne Nouvelle de Jésus dans toutes les langues du monde. Pentecôte, c’est la double respiration de notre vie chrétienne : du foyer intérieur où brûle l’amour divin à la mission apostolique, par notre capacité à entrer en dialogue avec tous et chacun, porteurs de l’amour du Fils et polyglottes de l’Esprit Saint. Amen.

jeudi 13 mai 2010

ASCENSION DU SEIGNEUR

Ascension du Seigneur / C
13/05/10
Luc 24, 46-53 (p. 710)
C’est avec saint Luc que nous faisons mémoire du mystère de l’Ascension du Seigneur. En effet la liturgie de la Parole nous fait entendre la finale de l’Evangile selon saint Luc et le commencement du livre des Actes des Apôtres. Ce livre est en quelque sorte le tome II de l’Evangile selon saint Luc. Ecrit par le même auteur il nous rapporte les commencements de l’Eglise à partir de l’Ascension et de la Pentecôte.
C’est essentiellement à partir de la première lecture que je vous propose de méditer ce mystère de l’Ascension comme le début, dans notre histoire humaine, du temps de l’Eglise. Luc nous dit que c’est pendant 40 jours, entre Pâques et l’Ascension, que le Seigneur Ressuscité s’est manifesté à ses disciples pour les confirmer dans la foi. Ce nombre symbolique nous rappelle bien sûr d’autres moments importants de l’histoire sainte dans l’Ancienne Alliance comme dans la Nouvelle, à commencer par les tentations du Christ au désert. Tentations qui inaugurent et préparent son ministère public. Et que fait le Seigneur pendant ces 40 jours ? Il parle à ses disciples du Royaume de Dieu. Il ne leur dit donc rien de nouveau. Pas de révélation nouvelle. Mais il les invite à approfondir dans la lumière de Pâques son enseignement d’avant Pâques, son premier enseignement concernant la venue du Royaume de Dieu. Enseignement donné justement après les tentations au désert. Ce rappel de la présence du Royaume de Dieu s’accompagne d’une promesse : celle du baptême dans l’Esprit Saint, « force venue d’en haut ». Avant de quitter physiquement ses disciples, voilà ce que Jésus désire partager avec eux. Encore une fois rien de nouveau, mais la confirmation de tout ce qu’il avait enseigné et promis avant sa mort et sa résurrection.
Malgré les trois années de compagnonnage, les 40 jours après Pâques, les apôtres, pierres de fondation de l’Eglise, ne sont toujours pas prêts ! « Est-ce donc maintenant que tu vas rétablir le royaume d’Israël ? » Dans le texte de Luc nous passons du Royaume de Dieu au royaume d’Israël… Les apôtres sont encore prisonniers d’une vision étriquée de la religion, une religion réduite à un nationalisme, une religion mise au service d’une politique, d’un peuple, d’un territoire. Toute la prédication de Jésus montrait clairement que le Royaume de Dieu ne se confondait pas avec la royauté en Israël et pourtant nous voilà revenus à la case départ, juste avant l’Ascension ! Cette confusion entre la sphère spirituelle et la sphère temporelle ou politique qui est alors dans la mentalité des apôtres reviendra tout au long de l’histoire de notre Eglise sous le nom de chrétienté. Jésus n’a pas prêché la chrétienté mais la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Et dans l’Eglise nous n’avons pas à réduire le christianisme à une simple expression temporelle historique, la chrétienté. La réponse du Seigneur va remettre les apôtres dans le droit chemin de leur mission avec délicatesse mais fermeté :
Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.

Ces hommes, galiléens de naissance, Juifs de religion, reçoivent une mission universelle et spirituelle : être les témoins du Christ Seigneur et de son Evangile « jusqu’aux extrémités de la terre ». Notez bien la progression géographique, du plus local (Jérusalem) au plus universel en passant par la Judée et la Samarie. Nous retrouvons cela dans la finale de l’Evangile :

C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins.

Avant son Ascension, Jésus confirme donc ses apôtres dans leur mission spirituelle de témoins de l’Evangile avec la force de l’Esprit et il en fait les pierres de fondations d’une Eglise universelle, donc catholique. L’Eglise ou le christianisme ne peuvent jamais se réduire à un nationalisme, un patriotisme, une culture localisée dans le temps et l’espace ou encore à une civilisation particulière. L’Eglise est catholique ou elle n’est pas. Et cela n’a aucun sens de parler par exemple d’une Eglise anglicane ou d’une Eglise gallicane.
La solennité de l’Ascension ouvre donc notre cœur et notre esprit aux larges horizons du Royaume de Dieu ou Royaume des cieux. L’Ascension nous rappelle que nous ne sommes que de passage ici-bas et que notre vocation ultime c’est bien d’entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus. Le temps de l’Eglise est celui de l’espérance universelle, dans l’attente et le désir du retour du Christ dans la gloire « pour le salut de ceux qui l’attendent ». Et c’est bien parce que nous sommes animés par cette espérance surnaturelle que nous devons, à la suite des apôtres, rendre témoignage jour après jour de la vérité et de la beauté de l’Evangile. Oui, nous sommes membres d’une Eglise qui est inséparablement catholique et apostolique.

dimanche 9 mai 2010

6ème dimanche de Pâques

6ème dimanche de Pâques / C
9/05/10
Jean 14, 23-29 (p. 685)
Dimanche dernier nous avons entendu la parole du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », le commandement de l’amour fraternel. En ce dimanche, le dernier avant l’Ascension, le Seigneur nous invite à l’aimer : « Si quelqu’un m’aime… ». Il nous adresse cette parole pendant qu’il demeure encore avec nous. Cette expression de l’Evangile de Jean s’applique bien sûr aux derniers jours de la vie terrestre de Jésus. Mais nous pouvons aussi l’appliquer avec l’Eglise à ce temps qui précède la fête de l’Ascension. Sans oublier que le Seigneur annonce aussi, avant d’entrer dans sa Passion, le don du Saint Esprit comme le Défenseur de l’Eglise et des fidèles.
« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ». Jésus nous donne ici un critère de jugement tout simple pour savoir si nous demeurons vraiment dans son amour. C’est notre fidélité à la parole du Seigneur qui prouve en effet que nous l’aimons. Cette fidélité, nous avons à la vivre suivant deux orientations inséparables. Cette parole du Seigneur, ce sont d’abord les quatre Evangiles au cœur et sommet de la Bible comme de la liturgie chrétienne. Etre fidèle à la parole du Seigneur, c’est donc d’abord connaître et lire avec amour les Evangiles. La méditation amoureuse de ces textes, nommée Lectio Divina dans la Tradition de l’Eglise, nous unit de plus en plus au Christ. Le minimum pour nous consiste à préparer notre messe du dimanche en nous appropriant personnellement la liturgie de la Parole dans la méditation et la prière. Mais cette connaissance amoureuse et priante de la Parole ne suffit pas. Car cette Parole doit devenir chair dans notre vie et dans notre personne. De la même manière que le Verbe de Dieu s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie, la Parole de Dieu désire s’incarner en chacun de nous. Comment ? Dans la mesure où nous voulons la mettre en pratique, l’appliquer au quotidien de nos existences humaines. Si la Parole de Dieu porte des fruits dans notre vie, alors nous savons que nous aimons Jésus et que nous lui sommes fidèles.
Et si nous vivons cette fidélité de l’amour, qui comprend aussi ses chutes et ses faiblesses, nous pouvons recevoir avec une immense joie la promesse du Seigneur : « Nous viendrons vers lui et nous ferons chez lui notre demeure ». La traduction de la Bible Osty va beaucoup plus loin que la traduction liturgique qui dit : « Nous irons demeurer auprès de lui ». Si nous vivons cette fidélité à la Parole de Jésus, alors le Père et le Fils nous promettent de venir en nous, de faire en nous leur demeure. Nous devenons véritablement des sanctuaires, des temples pour le Seigneur. Dieu n’est pas seulement à nos côtés, tout proche, il vient en nous pour y faire sa demeure. Ce miracle de l’amour divin commence avec le baptême et s’accomplit par la confirmation et la communion eucharistique. Mais il demande de notre part une libre réponse d’amour. Il ne suffit pas d’avoir reçu les sacrements pour être fidèle à la Parole du Seigneur, pour l’aimer vraiment. Avant l’Ascension Jésus nous demande de ne pas en rester à une religion extérieure dans laquelle seuls les rites et les sacrements ont une importance. Il nous montre que nous avons à vivre un 8ème sacrement qui est celui de l’amour fraternel et de l’amour pour Dieu dans nos vies. Si nous venons à l’église pour prier et pour nous ressourcer en communiant, c’est bien pour pouvoir vivre dans le monde ce 8ème sacrement, celui de la charité chrétienne, qui se vérifie d’abord par nos actes et nos choix quotidiens.
Dans son testament Jésus nous promet donc de venir en nous avec le Père et l’Esprit. Il ne pourra le faire qu’après sa résurrection et son ascension. C’est le Christ ressuscité, vivant à jamais, assis à la droite du Père, qui vient en nous et nous communique le don de l’Esprit. Voilà l’un des plus beaux fruits du mystère pascal, fruit intérieur et invisible : Dieu Trinité fait de chacun de nous son temple. Et le signe intérieur de la présence de Dieu c’est toujours la paix. « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ». La paix du Christ s’accompagne toujours de l’amour et de la joie. Ce sont là les fruits de l’Esprit Saint. Cette paix n’est pas celle du monde, c’est-à-dire une paix trompeuse fondée sur le mensonge et l’illusion. La paix selon le monde consiste à nous anesthésier, à nous faire croire que nous avons pris le bon chemin alors que nous nous précipitons dans le vide. La paix selon le monde endort notre conscience et nous empêche de nous remettre en question pour changer de vie lorsque c’est nécessaire. La paix du Seigneur est toujours liée à notre désir de nous rapprocher de Dieu par la conversion. C’est pour cette raison que Jésus permet parfois que nous vivions l’épreuve de la sécheresse spirituelle, comme si sa paix nous était enlevée. Soit pour interpeller notre conscience croyante, soit pour nous faire progresser dans l’union avec lui. Car nous devons aimer le Seigneur pour lui-même et pas d’abord pour le réconfort spirituel que sa paix nous procure. Si nous sommes dans sa paix, n’oublions jamais de lui dire merci. Si cette paix nous est enlevée, si nous ne la ressentons plus, alors demeurons fidèles au Seigneur Jésus, et montrons-lui notre amour au sein même de l’épreuve spirituelle, conscients qu’elle est là pour notre progrès.

dimanche 2 mai 2010

5ème dimanche de Pâques

5ème dimanche de Pâques / C
2 mai 2010
Jean 13 (p. 641)
Nous sommes, liturgiquement, dans ce temps entre Pâques et l’Ascension. Ce que le Seigneur dit à ses apôtres lors de la dernière Cène correspond bien au temps liturgique que nous vivons, temps qui atteindra son sommet avec la Pentecôte : « Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps ». Le temps pascal nous invite à redécouvrir d’une manière plus intense la présence du Christ Ressuscité dans nos vies, dans la vie de l’Eglise et dans celle du monde puisqu’il est aussi le Roi de l’univers. La fête de l’Ascension nous rappellera ce passage d’une présence visible à une présence invisible mais tout aussi réelle. C’est dans ce contexte que le Ressuscité nous laisse son testament sous la forme d’un commandement nouveau : l’amour fraternel. Chaque fois que nous sommes fidèles à ce commandement nouveau, nous expérimentons d’une manière unique la présence du Ressuscité dans nos vies et dans nos cœurs. Le Ressuscité ne se rend pas présent uniquement par sa Parole, par les sacrements, par la vie de prière mais aussi, ne l’oublions pas, dans notre vie tout entière si elle est fidèle au commandement de l’amour. Chaque fois que nous aimons en actes et en vérité, nous manifestons au monde la présence du Ressuscité. Et nous en faisons en même temps une expérience personnelle.
« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ». Ce commandement nouveau représente bien le sommet de la vie chrétienne, la perfection de la sainteté. Ce commandement nous trace un chemin de vie, de résurrection que nous n’aurons jamais fini d’explorer. Sur ce chemin nous sommes toujours à la traîne, nous avons toujours à progresser, à avancer à travers « bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». La grâce suprême, celle qui consiste après notre mort à nous réjouir de la présence de Dieu avec tous les saints et toutes les saintes, cette grâce n’est en fait que l’aboutissement d’une vie vécue dans la charité du Christ. Nous le savons bien : ce programme dépasse nos simples forces humaines. Et il faudra que l’Esprit de Pentecôte soit donné à l’Eglise et à chaque disciple pour que nous puissions mettre en pratique le commandement de l’amour. Reconnaître la difficulté de ce chemin ne doit jamais nous décourager ou nous dispenser de nous remettre en question. Si Jésus nous demande d’aimer, c’est parce qu’avec sa grâce cela nous est rendu possible. Aussi nous avons à mettre la prière à l’Esprit Saint, Amour entre le Père et le Fils, au cœur de notre programme de vie. Nous voyons l’Esprit de Dieu agir chez des non-chrétiens et même chez des non-croyants… Pourquoi ne ferait-il pas en nous qui sommes les membres de l’Eglise, des merveilles d’amour ? Douterions-nous de sa puissance ? Concrètement la prière persévérante à l’Esprit Saint est le meilleur moyen d’entrer dans la volonté du Seigneur sur nous. Et c’est dans cette atmosphère spirituelle que nous avons ensuite à considérer les cercles de nos relations humaines et à nous poser la question de notre fidélité au commandement de l’amour : ma famille, mon milieu professionnel, ma paroisse, ma ville ou mon village, mon pays etc. Sans exclure personne puisque le Seigneur nous demande d’aimer comme lui, à sa manière, c’est-à-dire de manière catholique, universelle, jusqu’aux ennemis. Dans l’Evangile de ce dimanche il s’agit d’un aspect de cet amour : l’amour fraternel entre disciples du Christ dans l’Eglise. C’est la pratique effective de cet amour qui montrera à tous les hommes que nous sommes vraiment les disciples du Ressuscité. C’est cette pratique du commandement nouveau qui édifie l’Eglise et rend témoignage auprès des non-croyants. Cet amour fraternel suppose que nous ayons le sens du bien commun, le sens communautaire qui fait d’une paroisse bien plus qu’un rassemblement de croyants isolés chaque dimanche… Une paroisse, ça devrait être comme une famille. Il peut y avoir des désaccords, des disputes, des caractères différents, mais l’amour doit l’emporter. Avec les armes du pardon, de la réconciliation. Dans une paroisse nous sommes membres les uns des autres. Nous n’allons pas à l’église chaque dimanche comme nous irions au supermarché une fois par semaine pour faire nos courses : uniquement pour communier au corps du Christ sans avoir le souci des membres de ce corps qui m’entourent. C’est le sens de l’eucharistie comme rassemblement autour de l’autel. La vie divine qui nous est donnée dans le corps eucharistique de Jésus ne peut pas être séparée de la vie divine qui circule par l’amour entre les membres de l’Eglise. Autrement notre foi s’affaiblit et ne peut pas porter de fruit. Nous pourrions être tentés à notre époque par la recherche d’expériences personnelles gratifiantes de type extraordinaire : des prodiges, des extases, le parler en langues, le repos dans l’Esprit etc. Ce n’est pas ce que Jésus attend de nous. L’amour fraternel implique un réel effort de décentrement de soi pour aller vers l’autre, pour s’intéresser à lui, à ses joies comme à ses peines. Ne confondons jamais le surnaturel avec l’extraordinaire. Aimer à la manière du Christ, voilà ce qui est surnaturel, car l’amour qui prend patience supporte tout et il ne passera jamais.

lundi 19 avril 2010

3ème dimanche de Pâques

3ème dimanche de Pâques / C
18/04/2010
Jean 21, 1-19 (p. 546)
En ce dimanche du temps de Pâques nous méditons la fin de l’Evangile selon saint Jean. Marie-Madeleine avait annoncé la Bonne Nouvelle de la résurrection aux disciples. Jésus lui-même s’était manifesté aux apôtres et en particulier à Thomas (l’évangile de dimanche dernier). Le Ressuscité leur avait donné l’Esprit Saint et les avait envoyés en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Et de manière étrange nous retrouvons le groupe des apôtres au bord du lac de Tibériade. Ils ont quitté Jérusalem pour rejoindre leur Galilée natale, au nord d’Israël. Ils semblent avoir repris leur activité habituelle de pêcheurs comme si rien ne s’était passé entre temps… Il est vrai que le Ressuscité avait demandé à ses disciples de l’attendre en Galilée. Mais cette finale de l’Evangile nous renvoie d’une manière déconcertante au commencement du même Evangile, à l’appel des disciples. D’ailleurs la dernière parole du Christ est bien celle de l’appel renouvelé à Pierre : « Suis-moi ! » Les spécialistes de la Bible nous expliquent que ce chapitre 21 aurait été ajouté en appendice à la fin de l’Evangile selon saint Jean, ce qui expliquerait en partie l’étrangeté de la situation.
Pour notre méditation retenons d’abord un premier point.
Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui.
Les disciples sont dans la même situation que les disciples d’Emmaüs en saint Luc. Le Seigneur se manifeste à eux mais ils ne le reconnaissent pas. Notons que le Ressuscité choisit de se manifester à eux dans ce qui constitue l’ordinaire de leur vie : leur travail de pêcheurs. Comme sur la route d’Emmaüs il s’était intéressé à la vie et aux sentiments des deux disciples. C’est un premier point spirituel important pour nous. Si le Christ est vraiment ressuscité, s’Il est le Vivant, où allons-nous trouver le signe de sa présence et de son passage ? Dans les sacrements bien sûr, dans la vie de prière. Mais aussi et peut-être même d’abord dans notre vie de tous les jours, dans les événements banals qui tissent le quotidien de nos existences. Simplement nous ressemblons bien souvent aux disciples au bord du lac, nous ne le savons pas, nous n’en prenons pas conscience, nous passons à côté de cette présence quotidienne du Ressuscité à nos côtés. Pourquoi ? Parce que nous ne regardons pas l’ordinaire de nos vies avec les yeux de la foi. Avec le regard de la foi, avec cette présence permanente du Ressuscité à nos côtés, l’ordinaire de nos vies n’est plus banal, mais devient précisément un lieu spirituel, un lieu de rencontre avec le salut apporté par le Christ.
Le deuxième point de notre méditation porte sur ce passage de l’aveuglement à la reconnaissance.
Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n'arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l'entendit déclarer que c'était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n'avait rien sur lui, et il se jeta à l'eau.

Pour leur faire faire ce passage, Jésus va refaire un signe du passé : la pêche miraculeuse. Comme devant les disciples d’Emmaüs, il a en quelque sorte refait les gestes de la multiplication des pains. Cette pêche miraculeuse d’après Pâques est la manière qu’a le Christ de se faire reconnaître de ses disciples. Comme au matin de Pâques, c’est Jean qui est le plus rapide, Jean qui comprend le premier le message : « C’est le Seigneur ! » Dans l’ordre de l’amour Jean est le premier. Mais c’est Pierre qui sera confirmé dans sa mission de « premier » des apôtres dans l’Eglise. Jésus lui rappelant à trois reprises qu’il doit imiter Jean dans son amour pour lui. La hiérarchie de l’Eglise, le service du gouvernement pastoral, ne dépend pas d’abord des mérites personnels de celui qui est appelé, mais bien de la grâce de Dieu. Tout appel de Dieu est aussi un appel à correspondre à la grâce par l’amour, d’où la triple question du Christ au chef des apôtres. L’histoire de l’Eglise nous montre que les papes, les évêques et les prêtres ne sont pas forcément les plus saints dans le peuple de Dieu. Mais être pape, évêque ou prêtre, c’est toujours recevoir un appel à la sainteté de l’amour pour Dieu et pour tous les hommes : « Suis-moi ».
Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c'était le Seigneur.
A l’issue de ce pique-nique pascal, les disciples savent, leurs yeux se sont ouverts, grâce au signe de la pêche surabondante.
Pour ouvrir nos yeux, pour réveiller notre foi, le Christ nous conduit par les mêmes chemins encore aujourd’hui. A travers certains événements qui nous rappellent des moments de notre passé, des grâces reçues autrefois, il nous redit sa présence indéfectible à nos côtés. C’est pour cette raison qu’il est essentiel de faire de temps en temps une relecture de notre vie à la lumière de tout ce que nous avons déjà vécu et reçu. Et alors d’un seul coup tout prend sens, tout s’illumine, même parfois telle épreuve qui nous révolte… D’où l’importance de vivre aussi une fois par an un temps de retraite spirituelle ou de récollection pour nous retrouver avec Jésus au bord du lac et accueillir dans nos cœurs ouverts la surabondance de son amour de Ressuscité !

dimanche 11 avril 2010

Dimanche de la miséricorde divine (dans l'octave de Pâques)

2ème dimanche de Pâques / C
11 avril 2010
Jean 20, 19-31 (p. 494)
Le dimanche de l’octave de Pâques est une célébration de la miséricorde divine. Dans l’Evangile de cette liturgie, il y a une référence à cette miséricorde :
Jésus répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Le premier fruit du mystère pascal, c’est le don de l’Esprit Saint aux apôtres, et à travers eux à toute l’Eglise. Et ce don de l’Esprit de Dieu est en vue de la manifestation de sa miséricorde envers tous les hommes, en vue du pardon des péchés par le ministère de l’Église. Tout cela est cohérent. Dans la Sainte Trinité l’Esprit est la Personne Amour, Il est le lien d’amour entre le Père et le Fils. Et c’est bien parce que Dieu est Amour qu’il est aussi celui qui fait miséricorde, celui qui pardonne. Le Coran souligne de très nombreuses fois que Dieu est miséricordieux, mais il ne signale pas la source de cette miséricorde : Dieu aime ses créatures. Célébrer la miséricorde de Dieu qui nous parvient par le mystère du Christ et dans l’Esprit Saint, c’est revenir à l’essentiel de la révélation chrétienne, un essentiel condensé en trois mots lumineux de simplicité par l’apôtre saint Jean : « Dieu est Amour ». En effet l’être le plus profond de Dieu Trinité est relation d’Amour puis communication de ce même Amour à sa création. En disant que Dieu est Bon, nous disons de lui l’essentiel. Tout le reste n’est que la conséquence de cette vérité première. Tout le reste est secondaire, tout le reste doit être compris à la lumière de cette affirmation fondamentale. Comme quand nous disons de Dieu, par exemple, qu’Il est juste. C’est parce que Dieu est Bon, qu’en Lui la miséricorde et la justice ne s’opposent pas, mais au contraire sont des qualités inséparables. Nous comprenons ainsi que la miséricorde n’est pas une qualité ajoutée en Dieu, comme si Dieu pouvait choisir de ne pas être miséricordieux… Non, la miséricorde fait partie de l’être même de Dieu puisqu’en Lui il n’y aucune place pour le mal, pour la rancune ou la vengeance, puisque le cœur de Dieu n’est que pure bonté.
Le don que le Christ Ressuscité fait à ses apôtres en vue de la réconciliation du genre humain avec le Père se situe dans une ambiance de peur. Après Pâques les apôtres sont enfermés par peur des Juifs. La miséricorde de Dieu, en tant que manifestation de son amour patient, va faire passer les apôtres de la peur à l’audace de la foi. Pâques pour eux comme pour tout chrétien sera la résurrection de la foi et de la confiance, le passage justement, non seulement de la mort à la vie, mais de la peur et du doute à la foi et à la confiance. Dans notre première lecture, lorsque le Ressuscité se manifeste à Jean dans une vision, il reprend le message pascal adressé aux saintes femmes venues visiter le tombeau :

Quand je le vis, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant : j'étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts.

C’est ce message pascal du Ressuscité que Jean-Paul II avait choisi en 1978 pour inaugurer son pontificat, et il n’a pas cessé jusqu’à sa mort de le répéter à tous : « N’ayez pas peur ! » Nous, catholiques de France, nous pourrions être tentés par la peur, et sa conséquence : le repli identitaire, le ghetto catholique voire l’intégrisme. Nous savons bien que la France n’est plus un pays réellement chrétien. Il subsiste un vernis de christianisme, mais pour combien de temps encore ? Certains prennent peur en constatant la baisse du nombre des prêtres, le manque de renouvellement du clergé. Mais nous devrions surtout comprendre que s’il y a moins de prêtres qu’avant, c’est parce qu’il y a aussi moins de croyants. Notre problème n’est donc pas le manque de prêtres, mais le manque de foi. Seule une foi vivante nous permet d’échapper à cette tentation inspirée par la peur devant des statistiques en baisse. Seule une foi vivante nous pousse à témoigner de la joie d’être chrétiens dans une société qui semble se désintéresser de plus en plus de la religion catholique. Le défi pour nous consiste à rattacher la pratique de notre religion à une vraie spiritualité. Car nos contemporains, même s’ils rejettent les religions, ont un grand besoin de spiritualité. A nous de montrer par notre vie et par nos actes que nous trouvons ce supplément d’âme dans l’Evangile du Christ. A nous de témoigner que la foi catholique n’est pas d’abord un fardeau, un ensemble d’obligations et de rites, mais une relation vivante avec Celui qui est le Vivant. A nous de témoigner que la foi est une force merveilleuse capable de transporter les montagnes, que la foi est ce trésor par lequel nous entrons en relation avec le Dieu Trinité. Ce témoignage, nous pourrons le donner à la suite des apôtres, si nous faisons vraiment l’expérience de la prière communautaire et personnelle. A nous de témoigner que la prière est la respiration de notre vie, le soleil de nos journées ! Tout simplement parce que la prière est une rencontre avec le Dieu Amour, une ouverture de tout notre être à sa Vie qui a vaincu la mort et le mal. Notre témoignage n’est pas d’abord la défense d’une religion, d’une institution, l’Eglise, mais la profonde conviction que sans la Vie du Christ Ressuscité en nous notre vie perd son sens, sa saveur et son goût. Témoigner en vérité, n’est-ce pas donner à ceux que nous fréquentons la faim et la soif de la rencontre avec le Dieu Vivant ? Nous sommes peu nombreux, mais est-ce une raison pour avoir peur ? Ecoutons la parole de Jésus :
Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.

samedi 20 mars 2010

5ème dimanche de Carême

5ème dimanche de Carême /C
21 mars 2010
Jean 8, 1-11 (p. 233)
A la fin de notre Carême, à l’approche du temps de la Passion, l’Eglise nous propose comme nourriture spirituelle l’Evangile de la femme adultère. Seul saint Jean nous rapporte cet épisode que beaucoup de biblistes attribuent en fait à saint Luc. Cette page d’Evangile est à la fois l’une des plus belles et des plus simples que nous puissions trouver dans les quatre Evangiles. Elle nous livre dans une pureté saisissante, bouleversante, le cœur du message de Jésus-Christ. Elle se situe bien dans la continuité de l’Evangile de dimanche dernier : la parabole du fils prodigue. Mais ici nous avons affaire à un événement réel et non pas à une parabole. Un événement dans lequel se manifeste de manière merveilleuse la miséricorde du Seigneur Jésus. Cet événement nous montre ce «monde nouveau » annoncé par Isaïe, ce monde de la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi comme l’affirme Paul : « cette justice ne vient pas de moi-même, c’est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse ».
Les scribes et les pharisiens qui veulent mettre Jésus à l’épreuve sont justement de ceux qui croient que la fidélité scrupuleuse à la loi de Moïse donne la justice. Ils trouvent ainsi leur justice, on pourrait dire leur sainteté, en eux-mêmes. C’est parce qu’ils sont fidèles à la loi de Moïse qu’ils s’estiment justes aux yeux de Dieu. C’est ce schéma de pensée que Jésus va remettre en question et saint Paul à sa suite dans l’Eglise primitive. Paul n’hésitera pas à reprendre Pierre, le chef des apôtres, pour affirmer que notre justice vient de Dieu par la foi, et non pas de la loi et de la circoncision. Ces hommes religieux vont utiliser une femme pécheresse pour essayer de mettre en difficulté Jésus par rapport à un précepte de la Torah. Ils la placent au centre de la foule comme un animal de foire. Le précepte du Deutéronome est clair, et ne fait pas, notons-le bien, de différence entre l’homme et la femme coupables d’adultère : « Si l’on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous les deux : aussi bien la femme que l’homme qui a couché avec elle. C’est ainsi que tu ôteras le mal d’Israël ». Ici on ne nous parle que de la femme. Face à la question piège des scribes et des pharisiens, le Seigneur adopte une attitude étrange et se réfugie dans le silence : il dessine ou écrit sur le sol… Ce qui ne démotive pas ses interlocuteurs. Il doit répondre oui ou non. Il doit se situer par rapport à ce précepte de la Loi. Par sa réponse lumineuse de simplicité et de vérité, Jésus échappe au piège qui lui est tendu : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ». Et à nouveau il se met à tracer des traits sur le sol. D’un côté nous avons des hommes qui se considèrent justes et sont les gardiens de la morale, des hommes qui cherchent le péché chez les autres pour pouvoir les dénoncer et les condamner. Cette attitude est profondément ambigüe. Elle consiste à se convaincre de sa propre justice, donc de sa supériorité, par comparaison avec les autres qui sont pécheurs et mauvais. Cette fausse justice ne se situe pas au niveau de la conscience personnelle en présence de Dieu mais bien dans la comparaison. Souvenez-vous de la prière du pharisien au temple : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' De l’autre côté nous avons Jésus qui renvoie les accusateurs à leur conscience personnelle dans la droite ligne de la parabole de la paille et de la poutre : Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Comment vas-tu dire à ton frère : 'Laisse moi retirer la paille de ton œil', alors qu'il y a une poutre dans ton œil à toi ? Esprit faux ! Enlève d'abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l'œil de ton frère.
En ce Carême Jésus nous rappelle que nous avons à scruter notre vie et pas celle des autres, c’est nous qui devons travailler à notre propre conversion avant de prétendre travailler à celle des autres. En tout cas dans le monde nouveau de l’Evangile une chose est certaine : on ne travaille pas à la conversion de son frère en le tuant, mais en étant le témoin de la miséricorde divine. L’Evangile de la femme adultère condamne par avance tous les procédés violents qui ont été utilisés dans l’histoire de l’Eglise pour convertir ou faire taire les hérétiques et les dissidents. Les scribes et les pharisiens qui demandent la mise à mort de la femme adultère sont des fanatiques. Qu’est-ce qu’un fanatique religieux, qu’il soit chrétien, juif ou musulman ? Un homme dont la foi est tellement faible qu’il ne peut trouver sa force qu’en condamnant les autres. Le fanatique est gêné par une attitude différente de la sienne, il est remis en question, parce que sa foi est d’abord extérieure et sociale, elle n’est pas une relation personnelle et spirituelle avec Dieu. Il se sent donc menacé et ne sait réagir que par la violence. Certains préceptes de la loi de Moïse reflètent ce fanatisme religieux qui est le lot de tous ceux qui se prétendent plus orthodoxes que les autres ou encore intégristes. La miséricorde de Jésus nous renvoie quant à elle au cœur de Dieu et de son projet d’amour pour notre humanité blessée : Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Amen.